Shah

Keharqta

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A~. Keharqta R~.Orobarian
           Le  Molosse  de  l'Est
 

Surnoms  :  Keh  ;Khah  ;Keart  ;Al
autrefois  Killian

Date de naissance  :  19 du mois de la Clé.  Il  est  dit  de  l’an  259 (?)
Lieu de naissance  :  Altinova
Préjugé  :  On le prend pour un Valencien

Âge  :   39 ans
Ethnie :  Medhien
Emploi : Homme de main de la maison  Di Castelli   ; Tricheur
Relation : Marié à Dulcia Da Monti
 
| Physique |


Peau  :  Basanée                                    Yeux  :  Bleu barbeau
Cheveux  :  Bruns                     Taille  :  ≈  1m90
Corpulence  :  Massif                     Poids  :  ≈  89 kg


 

Au premier regard, Keharqta est un grand gaillard. Robuste, taillé en V, de larges épaules et une taille sculptée, l'on remarque d'office chez lui une silhouette sportive mais pas vouée au combat. Un entrainement régulier lui aura permis de se rendre plus large et résistant mais l'on devine de par sa carrure plus élancée que ce  n'est pas un guerrier, quoi que l'on puisse s'y tromper.
Ses yeux clairs sont encastrés dans un visage aux traits fins et à la peau cuivrée, surmontés d'une crête brune rabattue en arrière pour descendre sur sa nuque. Sa barbe est régulièrement taillée pour être présentable et une fine cicatrice orne sa lèvre inférieure, vestige d'une ancienne morsure.
S'il est de notoriété publique qu'il porte quelques tatouages comme la plupart de ses contemporains, il ne les montre que rarement, par pudeur.

 

| Attitude |


Qualités  :  Taquin ; curieux ; bienveillant ; aimable
                                dévoué ; burlesque ; fidèle ; patient
Défauts  :  Râleur ; colérique ; impulsif ; névrosé ; docile
                              sarcastique ; dépendant


 

N'ayons pas peur des mots : Keharqta aime l'humour. L'humour noir. De là à dire que l'humour l'aime lui... S'il ne le montre pas au premier abord, peut-être est-ce parce que ses réflexions intérieures sont trop acerbes ou trop déplacées pour être dites au premier venu ? La bienséance qu'il aime à démontrer le pousse à se retenir pour ne pas froisser autrui, mais parfois cet instinct espiègle le surpasse et il se voit déclarer des choses qu'il regrette presque instantanément après. Parfois.
Les autres fois, il aime à provoquer et les gens et les situations embarrassantes si tant est que cela reste relativement amusant. Autrement dit, Keharqta est un enfant dans un corps d'adulte. Et malheureusement pour lui, cela se voit. Alors, avec le temps, il aura appris à réduire son sourire putassier — malgré lui — pour atténuer l'esprit taquin qu'il renferme. Ainsi, ceux le connaissant depuis un moment pourront dire qu'il s'est assagi, voire même renfermé.

| Singularités |


Détails  :  Fossettes ; cicatrices
Sourire  :  Putassier  —  malgré lui
Faciès  :  Tête-à-claques

 


L'on a beau voir qu'il arbore la trentaine bien tassée, chaque fois qu'il sourit ses traits semblent rajeunir considérablement. Son côté "tête-à-claques" le fait tant ressembler à un sale gosse qu'il perd dix ans rien qu'en arquant les lèvres d'un rictus.
A cela se rajoutent quelques TOCS dont il ne parvient pas totalement à se débarrasser comme le fait de ne pas oser manger ce qu'on lui sert. Si parfois il parvient à passer outre, il ne saurait l'expliquer bien qu'il suppose aisément que cela soit en rapport à son niveau de confiance envers la personne qui le nourrit.
De même, il n'est pas rare de le voir revenir au vouvoiement quand il s'adresse à une personne qu'il connait
bien, sans raison apparente.
La cicatrice qu'il porte à la lèvre inférieure ressemble à une morsure humaine.


 

 

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  Parce qu'un soir sans limite se finit par un matin sans soucis. Ode d'une courtisane, d'un Chevalier et d'un Molosse (Masquer le contenu)

 

@Néron @Dulcia

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Dans les terres sablonneuses de l'Est, sous le soleil harassant qui surplombe les étendues arides par-delà les contrées de Mediah, le vent charrie les éclats d'ocre qui virevoltent pour former quelques danses à l'allure exotique. Au-delà du désert dont les dunes forment à elles seules toute la beauté du décor, certains peuvent voir parfois quelques troupes nomades se réfugier derrière les sommets dont le sable volant fait office d'écume qui s'égaye au déclin du jour. Ainsi, sur les rivages de cet erg qui déploie ses houles d'ambre telle une femme qui s'étend pour offrir la grâce de ses courbes, la silhouette du géant se détache pour se tenir face à l'Ouest. L’œil sévère porté au loin sur l'horizon, les aspérités filandreuses de ses iris barbeaux fixent cet objectif qu'il s'est donné tandis qu'il médite certainement sur ce que son corps et son esprit semblent réclamer. Le "géant Khah Arghataï", l'homme immense aux yeux clairs qui s'est éclipsé à l'Est durant un mois, ce héro qui fit tourner la tête des jeunes femmes d'Altinova — d'après les rumeurs — est là, debout devant la chute solaire qui perce les cieux de ses flammes indolores. Leur chaleur se répand encore quelque peu sur les corps et les ressacs fauves pour subsister une dernière fois avant de succomber face au silence de la nuit glaciale.
 
L'ombre d'un palmier passe doucement sur lui tandis qu'il voit la silhouette plus fine d'une invitée surprise se rapprocher pour le rejoindre. Un visage barré d'une peinture rouge, qui soutient des yeux gris aux ridules prononcés par l'âge trentenaire, se lève vers lui pour murmurer dans l'encadrement de ses mèches d'ébène. Les deux s'entretiennent au crépuscule et le ton monte quelque peu : le molosse grogne tandis que sa voisine demeure calme face à sa colère latente. Finalement, il ne lui faudra pas longtemps avant de calmer ses ardeurs, et bien vite le géant retrouve la sérénité dans laquelle il s'était retiré avant l'arrivée de la tribale. Il se passe un temps, un silence qui ne se brise que par le frisson d'un vent encore chaud, et dans un bruissement poussiéreux il balaie sur leur visage les embruns brûlants de quelques amas de sable qui s'emmêlent avec leurs cheveux.
 
Quand enfin le temps reprend son cours, le basané s'éclipse après quelques mots glissés à sa camarade. Il rejoint la villa qu'il habitait depuis quelques temps avec ses amis et prépare en silence ses affaires pour en apporter les sacs jusqu'à la grande silhouette au dos courbé de son dromadaire. Il lui faut partir. Il lui faut s'éclipser dans la nuit pour ne pas perdre de temps, bien que dans ses gestes rien ne laisse transparaitre un besoin urgent de fuir. Au contraire, c'est à contre-cœur qu'il s'en va à en juger les regards récurrents qu'il jette sur la bâtisse. Cette boîte de Pandore dans laquelle se terre son secret à la robe porcelaine et aux rayons flamboyants. Il revient une dernière fois sur ses pas pour écrire un mot, quelques lignes laissées sur le guéridon près de son lit, avant d'observer la silhouette endormie. Aucun mot. Seulement celui écrit. Il abandonne là ses envies et se détourne pour rejoindre son amie qui l'attend devant l'entrée.
 
Dans la nuit claire, sous la voûte céleste perlée de gemmes ivoirines, deux silhouettes voilées se jettent dans les gorges galbées du désert pour dériver vers l'Ouest. Sur la lettre laissée sur la table de chevet, figurent ces quelques mots emportés par la danse des palpitants :

 

Révélation

Parfait amour riant des orages noirs nouant enchantements, mortel or iconique...
Jamais endormi, délirante oisiveté ici souriante, pour autant ravie tant il rit.
Jalousie effarouchée, terrible ennemie, renvoie et trouve renfort offrant ultime vérité en repoussant agonie irritante.
Journée enneigée... Tu attires ici mon été, Mumtâz.

 

S. Jahân     

 
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Il est des erreurs que mon cœur garde telle une boîte de Pandore.
Dans la grâce de ces jours mourants au point culminant des Olympes d'or,
Quand leurs yeux se ferment pour plonger dans la mort,
Je vis est grandis sous la grâce des remords.
 
Que la nuit chute en cascade d'argent,
Silencieuse comme un voile brumeux pour cacher les amants ;
Lune qui fleurit pour noircir la couleur du sang,
Jamais ne sera plus belle sphère que ce visage qui s'en fait parent.
 
Emporte avec toi le souffle de mon âge,
Jette en pâture la clameur des guerres et de nos rages.
Car la complexité que cache l'apparat de ton maquillage,
Fait pâlir de jalousie l'astre caché par quelques nuages.
 
Apporté par nos cauchemars, le temps chassera l'orage...
Et la pluie lavera le monde pour nous faire disparaitre..
 
 
 
 
Dhälssya,                 
J'apporterai à ton nom la gloire de tous les Djinns.
Laisse-moi être ce cœur pur qui mérite de faire naître ton sourire.
 
 
Douce unisson libérée contre incendie amoureux,
Née oasis unie sous mon agonie naturelle,
gravit et ronge orages nébuleux sous lune embellie,
contre ouragans et usurpateurs racontars.
Durant un moment obstinés,
nous découvrons encore, sûrs ou ulcérés.
Signons langoureux et rappelons en grognant,
alors réunis du devoir unique,
serment originel.
Levons et illustrons la peur lovée.
Enragée utopie, raconte alors nous tout.
 

 

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L'arrogance de l'époux face au désir de libération de sa femme...

 

 

L'aurore naissait par-delà les dunes et délivrait aux éveillés la splendeurs de ses parures d'or. Régnait sur cette montagne la chaleur arrogante d'Aal, accueilli par la présence d'un de ses serviteurs dont la silhouette large et haute se découpait dans son halo. Ses mains perdues sur la chute de ses reins, l'homme dardait sur l'Ouest un regard fier, fort de sa condition, encore que persistaient quelques entailles à sa gloire. L'une d'elles, la plus profonde, se nécrosait depuis des années jusqu'à l'oubli le plus total malgré la rumeur qui répandait le nom des Orobarian à l'Est. Lui, ignorait tout cela et restait à contempler l'aurore en se félicitant d'être encore là, et de posséder femme de puissance capable de faire pâlir de honte les hommes devant sa sévérité et rougir de jalousie ses paires par sa beauté. Car pour lui, elle était belle . . .
 
Il ignorait pourtant qu'elle-même rougissait à l'aube de cette journée. Chantant la gloire et le bonheur retrouvés, son épouse enfuie au loin à Valencia trompait déjà sa vigilance entre les bras noueux d'un arbuste plus grand et plus puissant que lui. Perdue dans les fragrances de rose, de menthe poivrée dont elle était friande et de quelques fruits qui embaumaient la pièce, elle libérait les chaînes de son être en donnant la clé de sa reddition à ce Prens conquérant et envoûtant. Sa complainte résonnait dans la demeure où elle était séquestrée, dans le voile vaporeux d'une rosée qui perle sur la peau quand le bonheur comble les cœurs. Et lui, grand Seigneur déchu, regardait à l'opposé en croyant qu'Aal glorifiait son état par son élévation brûlante. Pouvait-il seulement se douter qu'en cet instant, alors qu'il admirait le lever de soleil à l'Ouest, derrière lui, au-delà des dunes, son épouse murmurait un autre nom que le sien ? Prens Al'Jalis... Ce nom salvateur qui avait conquis ses terres arides par le seul pouvoir de son regard brisait à présent les tabous par quelques hymnes qu'il fit durer en son honneur jusqu'à ne plus pouvoir chanter.
 
Un autre, cependant, regardait droit vers l'Ouest également, plantant son regard barbeau sur la nuque de celui qui lui tournait le dos. Le Molosse d'ébène, rescapé d'un empoisonnement, se laissait ronger par la haine et se répétait sans cesse de cueillir la vie qui coulait chez cet époux insouciant. Il fit la promesse, dans cette aube nouvelle, de mourir par la rumeur et de cette même parole rapportée, de renaître de ses cendres, revenir d'entre les morts, se relever plus beau encore et marcher avec son armée pour fleurter avec La Faucheuse. Il triompherait de cet homme. Il lui ôterait tout. Et plus encore que la vie, il détruirait jusqu'à la moindre pierre érigée de son royaume devant ses yeux mourants pour qu'à son départ vers l'Autre-Monde il n'oublie jamais le visage de celui qu'il croyait décédé. Et si la rumeur de son empoisonnement parvenait jusqu'à lui avant son arrivée, pourvu que le mythe de sa renaissance suive sans attendre, afin qu'il sache que son avancée dans le désert n'était vouée que pour Lui, revenu le hanter jusqu'à ce qu'il plie . . .

 

 

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[Récit d'un père à son enfant]

 

 

"Mon enfant,
 
L'on raconte dans le noir, par-delà les limites d'Altilova, qu'une ombre vint s'abattre sur la demeure d'un riche marchand. Écoute ainsi son histoire, je m'en vais te la conter.
L'homme avait réussi tant d'exploits et de prouesses que chacun félicitait son nom dans quelques louanges à son encontre. Il avait en une main richesse et grandeur, et de l'autre tenait amour et respect. Chacun jalousait sa vertu et sa réussite.
C'était un homme apprécié, dit-on . . . mais quelques langues affirmaient le contraire. Par jalousie ? Par connaissance de cause ? Nul ne le sait vraiment.
Malheureusement, il est dit par la majorité que notre homme portait en lui un lourd secret et qu'il crut longtemps pouvoir le garder enfoui. Entend, mon enfant . . . L'on dit que le marchand tenait sa gloire de quelques méfaits commis dans sa jeunesse. L'Envie l'aurait surpris un jour en convoitant la fortune d'un autre et pour enfin obtenir le gain qu'il désirait, aurait livré son rival et sa famille à la colère de ses chiens. L'on ne su jamais vraiment ce qu'il advint de ces personnes sacrifiées, mais la doyenne de la cité murmura bien souvent par la suite qu'un jour Aal abattrait sa colère sur sa destinée.
Aussi, mon enfant, il se passa bien des lunes avant que l'Homme n'eut à répondre de ses actes . . .

A la chaleur d'une matinée nouvelle, dans l'embrasement magnifique qui sacrifiait l'abysse pour sa beauté flamboyante, le cor sonna sur les parois rocheuses par-delà Altinova. Un son puissant qui retentit jusque dans les plaines de l'Avant-Poste du Rocher. Peu de temps après, ce fut aux tambours de guerre de résonner à même les canyons pour filer en échos dans les chemins sinueux cachés dans la pierre. La colère grandissait. La vengeance était en marche.
Dans la clameur qui anima le monde, des silhouettes brunes aux hurlements effrayants surgirent de la roche pour attaquer les remparts du marchand.
Oh, mon enfant . . . La fureur qui les consumait était si intense.
Et elle gronda durant de longues heures dans les cris des Ombres qui fusèrent en grand nombre, jusqu'à l'abandon du marchand. Ces Créatures noires répondaient toutes à la voix de leur maître d'or vêtu, "Morsure" le Fléau de l'Est. Et ce Fléau mena l'assaut dans le ciel rougeoyant d'une aurore déclarée, propageant sa colère à même le dos de son étalon majestueux.

Oh, mon cher enfant, si tu savais. La beauté des envoyés d'Aal n'a d'égale que la sagesse de ses préceptes.
 
Car Aal envoya avec le Fléau de l'Est ses trois compagnons pour former ces Cavaliers sinistres.
A sa suite, galopait "Anöfyrr" le Vol Meurtrier dont les flèches transperçaient l’œil des ennemis.
La Lionne des Sables que l'on nomma, par contraction, "Liosaäb".
Et "Aal-Arsès" le Molosse lourd au regard pers.
On lutta . . . jusqu'à la reddition de l'Homme. Il s'était dès lors reclus dans sa demeure pour échapper au courroux de ceux qu'il avait insultés.

Mais dans son esprit, mon enfant, qui avait-il pu bien maltraiter ? Depuis tant d'années passées, l'image même de cet homme bafoué et de sa famille détruite n'était qu'un voile exclus de sa raison pour s'échouer sur d'autres rives que celle du souvenir. Alors il se demanda, longuement, pourquoi l'on avait pris sa demeure en retour d'un assaut aussi foudroyant que vindicatif. On le fit prisonnier . . . au sein de sa propre maison. Et pour éviter sa fuite, on lui brisa les jambes avec force. Ainsi, il ne pouvait plus échapper à sa dette.
Le Fléau repartit vers le Nord cueillir en son sein d'autres âmes égarées, et l'Homme fut enfermé jusqu'à la nuit tombée. Laissé sous la garde de ces Cavaliers menaçants, l'homme pria la journée durant qu'on lui permis de voir au dehors pour implorer Aal de lui venir en aide. Le silence répondit, mais lentement la porte vers l'extérieur s'ouvrit à sa vue. Quelques Ombres l'aidèrent à regagner les jardins et le trainant au sol dans la poussière du chemin, on le laissa s'échouer au milieu des arbustes qu'il avait fait tailler jadis. Oh, mon enfant . . . Il fut seul et désemparé, pleurant son Dieu qui l'avait abandonné. Quand enfin sa complainte fut terminée, son ouïe affutée par la peur perçut le bruissement des feuilles alentours. Quelque chose bougeait autour de lui parmi les branches et les fourrés, mais sa vue dans le noir et brouillée par les larmes ne percevait plus assez les formes qui l'encerclaient. Après le chant des feuilles vint le tour de quelques pas qui écrasaient les herbes sèches, suivit de grognements échappés à la gorge d'animaux évadés. La peur le saisit et il ne put contenir son cri quand s’annoncèrent à l'unisson une Lionne et un Molosse pour gronder face à lui.
 
Dans l'obscurité et le silence le plus total, ils se reconnurent . . .

C'était "maintenant". C'était là qu'il paierait sa dette et que tout finirait.
Le paysage sembla se figer, gravant à jamais dans les mémoires telle une peinture magnifique exposée aux Dieux la beauté de cette confrontation sur le point d'aboutir.
 
Plus que quelques minutes . . . Mais pas sans combattre.
 
L'Homme fut le premier à redonner sa course au Temps suspendu. Dépossédé de ses jambes, il se jeta sur le côté pour attraper une branche et se défendre. Oh, il savait bien qu'il ne ferait pas long feu, mais pour l'honneur, il devait lutter. Jusqu'au bout.
Alors, la Lionne bondit et attaqua le corps perdu pour y planter ses griffes en espérant arracher son cœur. Le conflit se poursuivit de frappes dans les côtes et de morsures aux bras, et alors que l'Homme abattait son bâton de toute ses forces sur le flanc de l'animal, le Molosse riposta et fondit sur lui pour venir en aide à sa Sœur. D'un bond, il le surpris dans le dos et l'agrippa en se courbant jusqu'à pouvoir planter ses crocs acérés dans sa gorge, étouffant ainsi son cri de détresse. La voix du marchand ne put émettre qu'un gargouillis immonde tandis que sa chair était arrachée par les mâchoires du puissant chien d'ébène.

L'on raconte, par quelques transporteurs de passages non loin de là, que les falaises hurlèrent d'un écho tétanisant. L'Homme venait de rendre son dernier soupir sous le joug des bêtes qui, amenées par le Fléau, se délectèrent de sa chair jusqu'à l'aurore. Dans le mugissement du vent qui rafraichissait l'air de l'été, les craquements sinistres des os que l'on ronge résonnèrent dans les jardins.
Au petit matin qui succéda le combat, nul ne retrouva le marchand. Et comme personne ne chercha à le retrouver, son nom disparu avec lui, sans tombe, sans un mot . . . un murmure perdu vers l'aube alors que, lentement, les Ombres et les Bêtes se retirèrent telle une vague de la demeure conquise pour retourner vers l'Est.

 
Ainsi, n'oublie jamais d'obéir à Aal et de ne point entacher ton âme. Sinon crains le Fléau, son Vol, sa Lionne et son Molosse.
Quelque part dans la demeure, mon enfant, gît pourtant le souvenir du marchand qui voulu défier les plus grands."
 
 
 
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"Ne le prenez pas mal, surtout . . . Mais vous me faites penser à un chien tenu en laisse."
 
Les mots terribles de la trentenaire jaillirent aussitôt comme des lames pour entailler son égo. Profondes et douloureuses, les fissures à son être se répandirent jusqu'à déchirer son corps de flétrissures intérieures pour le ramener une première fois à la réalité.
 
"C'est peut-être ce que je suis . . ."
 
Sa propre voix avait tenu ces mots pour garder sa dignité dans tout cela, mais en son esprit elle avait déjà semé le doute. Le voilà qui se faisait incertain, utilisant alors la probabilité cependant infondée du "peut-être" pour justifier ce qu'il pourrait alors être. Mais son crâne déjà bouillonnait de mille questions auxquelles aucune réponse ne pourrait survenir. Condamné à la peine de tant d'incertitudes, son cœur en sa poitrine se mit à palpiter plus férocement sans qu'il ne se laisse le loisir d'en montrer les symptômes.
 
"Vous êtes à l'affut du moindre geste, demandeur de la moindre caresse . . ."
 
Des coups de surin pour l'anéantir davantage sur sa condition.
 
"Qui êtes-vous, Keharqta ? Vos valeurs, vos rêves, votre personnalité . . ."
 
Pourquoi ce silence avait-il perduré à ses lèvres sans pouvoir répondre autrement que par un regard évadé sur les fils d'or du tapis ? Les échos de ces paroles retentirent encore jusqu'à faire sonner en son être l'alarme de la peur et de la reddition.
Le doute . . . Soudainement, le doute. Celui qui erre dans l'esprit et fond dans les tripes pour tout chambouler.
 
"Regarde, Keh . . . Comme ils ont pitié de toi."
 
La pitié. La pitié mêlée au doute. Quoi de plus cruel en cet instant que la pitié du monde, lui qui l'emmerdait profondément ? Ces gens qu'il prenait de haut, voilà qu'il était à terre pour voir le monde depuis les dominés.
Et la conversation se poursuivit, enchainant les détails et les arguments jusqu'à faire plier sa raison et laisser la vérité triompher de ses tourments presque oniriques. Il s'entendit rire, la voix grave aux inflexions caverneuses de son corps résonnant dans le salon où il avait pris racine avec son invitée.
 
"Revenir aux origines."
 
Ces paroles en tête, il en répéta les mots plusieurs fois du bout des lèvres tandis qu'il reprenait son cheval pour grimper à même la selle. Il prit le temps de prévenir un serviteur de la demeure, indiquant son départ imminent devant le regard éberlué du pauvre jeune homme qui venait à peine de l'accueillir quelques heures plus tôt.
 
"Vous repartez déjà, Signore . . .?
— Oui. Calpheon m'attendra encore un peu."

Redevenu fier et arrogant, le Molosse retrouva dès lors la splendeur d'antan de cette liberté qu'il s'était arraché lui-même. C'est avec un signe du chef simple qu'il salua le serviteur de la maison tandis que sa monture s'ébrouait de hâte, renâclant l'air chaud de ses naseaux mouchetés.
Et dans l'élan d'un galop soudain, il repris la route pour chasser son corps de la capitale et prendre la direction de l'Est. Dans le noir de la nuit tombée, sous l’énigmatique lune qui observait en silence les pas des éveillés, le Molosse s'en alla.

 

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[Cette vidéo est susceptible de choquer la sensibilité de certains pour son contenu explicite.]

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Assis sur le muret d'un jardin en fleurs où se mêlaient les parfums exotiques des jasmins et des hibiscus, le petit homme observait au loin sa mère en pleine conversation avec une de ses rares amies. Affublée de sa belle robe pourpre parsemée de serpentins d'or, sa silhouette penchée dans quelques confidences la faisait passer pour une de ces créatures d'Orient accordant ses secrets à une âme égarée. Son fils, au loin, offrait son attention sur elle d'un air pensif, perdu dans les méandres de son esprit encore trop jeune. Ses sentinelles azurées perçaient les pendentifs qu'elle portait aux oreilles, des perles turquoises qui tintaient parfois en quelques résonances cristallines quand sa mère secouait la tête pour rire avec sa comparse. Son attention rivée sur la jeune mère, il écoutait sa voix calme dont les aspérités évoquaient les murmures des nymphes à l'orée d'un ruisseau.

« J'ai promis à Alharsès de rapporter de nouvelles plumes pour ses écrits, disait cette voix féminine et délicate en désignant l'enfant qui l'observait depuis son muret. Il est très assidu et progresse bien, sa curiosité sur les choses l'entrainera loin. »


Et tandis que son pied, machinalement, se déchaussait de son soulier pour libérer son talon engourdi, elle sourit avec une douceur propre à ces mères aimantes dont l'admiration était sans faille devant leur progéniture.
Un choc sonore se fit entendre sur sa gauche un peu plus loin dans le jardin et l'enfant, perturbé par ces nuisances auditives, dévia son attention pour aviser le combat qui s'y déroulait. A l'orée de la pelouse entretenue par les serviteurs de la villa, là où la terre redevenait plus sèche pour s'élever en nuages de poussières, sa sœur aînée croisait le fer avec son jumeau. Armés tous deux d'épées de bois, la fratrie les fracassait l'une contre l'autre sous le regard perçant de leur père. Un regard aussi clair que le sien. Et Alharsès sur son muret contempla l'air sévère de ce "lui" plus vieux qui ne ratait rien du spectacle de ses enfants en plein apprentissage.


« 'Kadraz, plus large l'écart entre tes jambes, ordonna le père d'une voix où se mêlaient la patience et l'affection avant d'effectuer une légère rotation de la tête vers sa fille. Isa'k, ne reste pas immobile. Tourne autour de lui. »


La jeune fille au regard d'ambre s'interrompit à l'ordre donné, et malgré son souffle court, elle passa le revers de son poignet sur son front où perlait la sueur de son exercice. A ses tempes se collaient les mèches échappées de sa chevelure charbonneuse relevée en un chignon serré. Son frère, quant à lui, avait les cheveux trop courts pour être gêné par eux mais il n'était pas pour autant épargné par sa transpiration qui s'évacuait de gouttelettes sur son visage. Les jumeaux ne se ressemblaient pas tellement. Du moins, pas autant que de "vrais" jumeaux, mais le lien de parenté était indéniable grâce à ces mêmes yeux ambrés, à leur chevelure d'onyx et à ces fossettes qui creusaient parfois leurs joues quand ils souriaient pour rappeler celle de leur père. Cependant, ils avaient tout de leur mère. Un visage plus rond que celui de son époux, des traits doux qui, malgré l'âge avançant, demeuraient délicats contrairement à leur petit frère. Ce dernier était le portrait craché de son paternel. Et bien que huit années le séparaient de ses aînés, ce gosse de cinq ans savait déjà rien qu'à les regarder tous qu'il n'aurait jamais vraiment de ressemblance avec sa mère.

« Je veux le jouet », fit une voix éraillée à ses côtés, jeune et à l'élocution hasardeuse.


Laissant là l'entrainement des deux adolescents, Alharsès tourna la tête sur sa droite cette fois-ci à l'appel du petit qui s'approchait de lui. Un autre frère, plus jeune encore qu'il ne l'était, se dandinait sur ses courtes pattes pour saisir le rebord du muret trop grand pour lui en agitant les doigts comme une pince vers un soldat taillé dans le bois. Balayant sa frange d'une main, l'enfant déjà installé se pencha dès lors pour saisir le jouet et l'offrir docilement à son cadet. Aussitôt contenté par l'acquisition de son soldat, Ashem pivota pour trottiner comme un petit animal jusqu'à la robe de sa mère pour réclamer avec autant d'aplomb les bras de cette dernière.

Observant le benjamin de la fratrie grimper sur les genoux de leur mère, Alharsès demeura silencieux. Ses mains cherchèrent quelque chose à faire mais ne trouvant rien pour les occuper, il en avisa les phalanges dans cette attente passive qu'une chose arrive avant d'en poser les paumes sur ses cuisses. Au loin, résonnaient toujours les armes en bois qui s'affrontaient dans un combat à moindre échelle. Ses pieds battaient l'air durant son ennui, balançant les jambes dans le vide et alors qu'il se mit à rêver à quelques jeux auxquels s'adonner durant son temps libre, l'ombre d'une énième personne vint le couvrir en le surplombant. Gêné d'être ainsi protégé du soleil, le petit Medhien releva la truffe vers la silhouette fraichement arrivée. A sa vue se dessina alors le visage rond et au regard tout aussi clair que le sien d'une petite fille à peine plus âgée que lui, et dont le sourire étiré pour lever le rideau marbré de ses lèvres sur sa denture lui donnait des airs de peste que l'on giflerait bien volontiers.


« Maman m'a dit qu'elle m’emmènerait avec elle à Altinova. »


La petite teigne, que l'on nommait Ilioza, penchée sur son frère fit grincer ses cordes vocales pour le narguer de sa voix aigrelette, trop aiguë encore, tout en laissant sa chevelure d'ébène tomber en cascade sur lui. Ennuyé par l'arrivée de sa sœur, Alharsès chassa les mèches de sa main tout en grognant pitoyablement comme un chaton.

« Et même que j'aurai une robe rien qu'à moi, toute neuve, parce que maman elle m'aime, continua-t-elle pour narguer son frère.
Maman m'aime aussi...
Moi je vais avoir une robe! Toi, tu auras des plumes... C'est pourri comme cadeau!
»


L'enfant au regard clair plissa les yeux sur son aînée qui ne cessait de se vanter outrageusement, cherchant à le provoquer ouvertement par quelques procédés enfantins aussi idiots qu'intolérants. Cela avait toujours été ainsi entre eux et il se maudissait déjà d'avoir à la supporter durant des années encore. Secrètement, il espérait même qu'on l'emmena loin d'ici pour qu'elle cesse enfin de le chercher.

« Elle t'offre une robe parce que sans elle t'es aussi moche qu'idiote. Espèce de sale truie. »


Piquée au vif par l'insulte de son frère, la petite peste se figea dans cet outrage qu'elle venait de subir. Si elle savait répliquer parfois quand on attaquait son intelligence — autant que faire se peut du haut de ses sept ans — elle perdait cependant tous ses moyens quand on visait sa beauté. Véritable petite princesse dans l'âme, complexée par quelques défauts physiques qu'elle seule pouvait voir, son frère avait appris à en jouer pour lui rendre les maux qu'elle s'évertuait à faire tomber, comme des revanches inexpliquées qu'elle lui réservait chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls. Son visage se déforma sous les affres de la colère et une haine furieuse émana de ses iris dont les filaments océaniques offraient tout de même une beauté perçante à la vue de son adversaire. Lui-même s'en trouva transformé, passant de cet état de docilité calme et sereine à une folie massacrante, tantôt immobile et apathique, tantôt agité et furieux, incapable de se contrôler. Et comme à chaque fois qu'ils se disputaient, la guerre était déclarée à peine les hostilités annoncées. Il y avait dans leur façon de s'entretuer quelque chose de précoce, comme si le moindre regard, le moindre mot de travers était une excuse pour se jeter l'un sur l'autre et se faire mal. Aussi, cette querelle fut tout aussi absurde tant elle éclata d'un petit rien.

Aussitôt, la petite se rua sur lui pour attraper l'épi de son frère et tirer sur ses cheveux dressés comme l'on cherche à secouer de rage un animal qui nous aurait attaqué. L'enfant poussa un bref cri de surprise en levant les mains et agrippa le poignet de son aînée pour la griffer. Tentant d'échapper à sa hargne, gesticulant comme un ver hors du sol, il se débattit comme un forcené en essayant de lui envoyer quelques coups de pieds maladroits, donnés à moitié dans le vide. Et en voulant ainsi réagir, il bascula sur le côté et tomba sur l'herbe en contrebas, entrainant sa sœur avec lui. La pelouse amortit leur chute et aussitôt Ilioza revint à l'attaque en sautant sur son frère pour le maintenir au sol entre ses jambes. Assise sur lui, elle battit de ses bras trop petits pour le frapper, le griffer comme un chat sauvage :


« T'ES QU'UN CON, AL'!!! UN GROS CON! DE TOUTE FAÇON PAPA TE JETTERA AUX LIONS!!! », hurla-t-elle dans sa démence revancharde alors que ses ongles, même jeunes, éraflaient la peau de basane de son ennemi.


Alharsès tenta d'échapper à ses griffures, sa pommette déjà entaillée et ses joues se virent rapidement striées de sillons rougeâtres. Il hurla de rage, se défendit avec ferveur, et devant la colère de sa sœur son instinct de survie pris le dessus au point d'oublier la convenance qu'on lui avait apprise. Il agrippa alors la tignasse emmêlée d'Ilioza et la tira, la secoua avec autant de force qu'elle ne le fit, arrachant quelques cheveux au passage ce qui fit crier la petite jusqu'aux sanglots. Et dans un ultime élan de mépris, il ferma son poing libre et l'envoya droit dans le nez de la lionne dont la tête partit en arrière. Les yeux écarquillés, et malgré la petite force de l'enfant, le coup fut brutal. Peut-être plus par le symbole que par la douleur, Ilioza retomba sur son séant et portant ses mains à son visage endommagé, elle se mit à pleurer abondamment. Ils n'eurent, ni l'un ni l'autre, l'occasion de reprendre leur querelle car déjà une main venait saisir la petite par le bras pour la trainer plus loin.
Et tandis qu'Alharsès subissait le même sort de la part de son père dont la force le surpassait de loin rien que par la voix, il reculait, trébuchait sur les pierres en regardant Ilioza se faire tirer par sa mère dans le sens opposé :


« T'ES QU'UN MINABLE, ALHARSÈS! UN MINABLE! TU FINIRAS SEUL! TU S'RAS ABANDONNÉ PARCE QUE LES TARES DANS UNE FAMILLE CA SE NETTOIE! ON T'ABANDONNERA ET ON T'OUBLIERA!!! MINABLE!!! »

 

___________________________

 

Ouvrant soudainement les yeux, le Molosse d'ébène reprit conscience peu à peu alors qu'à ses côtés œuvrait un serviteur. Ce dernier passait un chiffon propre sur son bureau pour faire un peu de nettoyage, repoussant un encrier et une plume avec précaution pour débarrasser la table de sa poussière. Keharqta l'observa quelques secondes, émergeant de son sommeil alors qu'il s'était endormi sur le canapé sous une liasse de feuilles. Et se redressant mollement en massant ses yeux sous la clarté de quelques bougies, il mit pieds à terre en pivotant sur son séant et pris son verre de Whisky délaissé avant son sommeil pour en prendre une gorgée. Il lu quelques lignes de ses feuillets à la va-vite mais voyant qu'il les avait mélangé durant son rêve, il abandonna l'idée de poursuivre sa lecture pour l'heure, collant son dos aux coussins confortables de son assise.

"A-t-on des nouvelles concernant la loi ?" demanda-t-il alors vers le serviteur en tournant légèrement la tête vers ce dernier.

Le domestique interpellé se figea à la demande du basané et lui accorda un bref regard en coin avant de reprendre sa tâche avec minutie :

"Les rumeurs disent que la famille Snyder réagirait à la loi. On dit même, parait-il, qu'il s'agirait de donner son appui... Mais je ne suis pas certain, Signore."

Le Molosse riva son regard pers sur le domestique pour le considérer un instant à ses mots. Sans s'émouvoir pour l'heure, il finit par hocher la tête avec dépit tout en remettant de l'ordre dans ses feuillets :

"Vous croyez qu'ils ont au moins compris l'enjeu de cette loi, Anselmo ?"

A nouveau, le serviteur s'arrêta dans sa tâche et réfléchit un instant, les yeux posés à même la table qu'il venait de nettoyer :

"Il n'est pas donné à tout le monde de comprendre que derrière cette volonté à retirer les marges de profit des marchands pour aider les plus pauvres se cache en vérité le danger de voir ces mêmes marchands abandonner l'idée de vendre leur blé dans les bas quartiers. Les gens s'arrêtent à l'idée seule que si on leur retire ce droit, les plus pauvres pourront avoir accès à la nourriture. Mais peu se dit que les marchands voudront sûrement faire leur profit ailleurs, en vendant leur blé à un quartier non soumis à cette loi.
— Tu as sûrement raison, fit le basané en vidant son verre pour le poser par la suite sur le guéridon à sa gauche. Il va peut-être falloir faire un peu de publicité..."

Et se levant de son canapé, il enfila son manteau de cuir brun dont il ferma le col. Congédiant le domestique en le remerciant pour son travail, il passa la porte et s'engouffra dans les couloirs de la demeure Di Castelli.
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Sa main prisonnière dans celle de l'homme immense au regard marqué par la sévérité, le corps chétif du garçonnet suivait les grandes enjambées de son ravisseur qui l'obligeait à trottiner dans la poussière et la terre sèche du chemin, l'éloignant de chez lui. Devant eux, se tenait une troupe d'hommes enturbannés et armés de cimeterres sur quelques chevaux aux protections métalliques pour entourer une dame d'un certain âge dont le voile masquait le visage. Il ne comprenait pas. Tout allait si vite, presque autant que la marche rapide et forcée du cinquantenaire qui le trainait sans une once de pitié vers ses soldats, bien qu'il tentait de suivre du mieux qu'il pouvait. Son esprit bourdonnait de mille grésillements, devenant une ruche où chaque pensée était une abeille en train de se débattre dans un capharnaüm de battements d'ailes, concentré sur ses pas pour ne pas tomber en se prenant les pieds dans quelques pierres et la respiration haletante. Épuisé, et alors qu'il saisissait qu'on l'emmenait loin des siens, il se risqua à regarder par-dessus son épaule pour voir les grandes portes de la villa s'éloigner.

 

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C'était un soir plus frais que les autres, à l'ombre des tentures légères dansant au gré du vent qui s'engouffrait par les moucharabiehs. Les voiles aux couleurs chatoyantes brodés parfois de filaments délicats s'élevaient sous le souffle régulier de quelques fantômes tandis que le petit homme assis sur son lit tournait les pages d'un livre de contes orientaux. Reposant à même les couvertures repliées sur ses jambes, l'enfant observait les dessins imprimés de paysages oniriques où le sable dansait sous l'effet de magies qui le dépassaient. Sa fratrie dormait, pour la plupart, car l'heure était tardive et la lune haut dans le ciel. Un grillon sifflait au loin et venait perturber le silence de la chambre baignée de lumières d'ambre via quelques torches et candélabres disposés çà et là sur les murs et guéridons. Il en était au chapitre du Djinn qui aidait un Prince du Royaume des Sables à reprendre ses terres contre l'infâme traitre "Azmar" quand le lit se mit à bouger près de lui, s'affaissant d'un côté sous le poids d'un corps qui venait le rejoindre. Quittant son récit des yeux, ses sentinelles azurées se relevèrent pour s'ancrer dans leurs jumelles alors que le visage rond et poupin de sa sœur se présentait à lui. Elle arborait un large sourire où ses dents encore jeunes présentaient quelques imperfections d'alignement, et une fossette se traçait de chaque côté de ses lèvres alors qu'elle se tenait là, penchée sur lui en se tenant bras tendus sur le matelas :

« Papa et maman sont avec les Solis, fit la petite fille aux yeux aussi clairs que les siens. Merl les reçoit dans le grand salon. Tu veux venir les écouter avec moi !? »
 

Elle semblait sous l'emprise d'une curiosité euphorique, trépignant sur le bord du lit comme un chaton impatient. Sa chevelure charbonneuse cascadait sur ses épaules, toujours bien peignée avant d'aller dormir telle la petite princesse qu'elle aimait être malgré ses sept candides années. Son frère, de deux ans son cadet, la considéra avec une forme de lassitude qui le fit souffler par le nez au point d'en faire tourner une page de son livre qu'il dut rabattre de sa petite main. Détournant le visage sur son conte, il murmura d'une voix encore claire par son jeune âge :

« Je veux pas te parler. »
 

Le sourire de sa sœur s'atténua quelque peu devant son refus et elle se laissa choir sur son séant, légèrement de côté et les pieds dans le vide, pour se tourner vers lui dans une posture qu'elle voulait déjà séductrice sans avoir encore pleinement conscience du pouvoir attractif que cela évoquait :

« Allez Al... Viens ! l'encouragea-t-elle d'une petite voix encore aigrelette. Je crois qu'ils parlaient de morts...
T'as qu'à y aller sans moi.
Mais c'est pas drôle toute seule...
J'ai pas envie, Ilioza ! »

 

Et tranchant ainsi la conversation, le garçon tourna franchement une page de son livre pour poursuivre sa lecture. Mais il était bien trop énervé pour vraiment lire, la présence seule de sa sœur l'incommodait et l'énervait au plus haut point. Ilioza demeura quelques secondes silencieuse, observant son jeune frère de sa moue enfantine en pinçant les lèvres en avant telle une princesse sceptique. Alors elle se détourna, s'asseyant sur le rebord du lit pour laisser pendre ses jambes dans le vide avant de les balancer doucement. Bras tendus derrière elle pour se maintenir légèrement en arrière dans une attitude typiquement aguicheuse, elle lui murmura comme l'on chantonne quelques mots pour narguer son prochain :

« Ils ont parlé de toi... »
 

Alharsès releva alors la tête.

 

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Abrité derrière quelques piliers soutenant le plafond en arches orientales, le corps minuscule du garçon s'appuyait à même les décorations gravées dans la pierre pour passer la tête hors de sa cachette. Petite caboche de basane à la chevelure en bataille, quelques mèches d'onyx venaient se glisser devant sa châsse bleu barbeau tandis qu'il observait, silencieusement, la scène qui se déroulait plus loin devant lui. Drapé de tissus noirs ponctués de sporadiques notes d'or et d'azur en guise d'ornements, ses larges manches tombaient sur ses menottes dans cette mode Valencienne qu'il trouvait trop grandes pour lui. Il était si petit en cet instant, camouflé dans l'ombre d'une colonne, et il se plaisait à admirer les lueurs orangées portées par les torches sur cette salle qui accueillait quelques invités.

Au loin devant lui, assis sur un siège au dossier tressé à la couleur d'or, un homme — Merl — trônait devant quatre autres personnes. Ce prince aux allures de vieillard à ses yeux se tenait là, sur son fauteuil mordoré, légèrement voûté tandis qu'il parlait avec ses invités. Parmi eux se trouvaient ses parents, assis côte à côte sur quelques coussins légèrement excentrés à gauche de l'homme tandis qu'un autre couple reposait sur le versant opposé, en miroir au premier. Il reconnaissait son père et es sentinelles pastel rivées sur l'homme qui présidait leur assemblée. Il avait comme à son habitude cet air sévère qui le caractérisait, la glabelle plissée et lui parvenait parfois l'écho de sa voix déformée par la réverbération contre les arches. Il semblait soucieux. Plus que d'ordinaire. Brusquement, sa mère vient poser sa main sur le poignet de son époux tandis qu'elle poussait un cri de désolation ; et à sa plus grande surprise, son père — qui d'ordinaire ne témoignait que peu d'affection en public — vint saisir la dextre qui venait de l'emprisonner pour la garder entre ses doigts plus massifs. L'autre couple paraissait plus emporté, l'homme parlant avec de grands gestes en désignant son homologue opposé comme l'on pointe un coupable devant un tribunal. Sa compagne quant à elle, bien que visiblement dans la tourmente au vu de ce mouchoir qu'elle portait à ses yeux pour en sécher les larmes, était plus silencieuse. Le corps amorphe, parfois un reniflement venait ponctuer les dires de son mari dans son accusation furibonde.

« Seth omha tuhëm onfiss ! criait l'homme à la femme éplorée.  Seth omh, Selazaär! Khejë konssi dehrai komhun freïr ! Gelui fehzaï konphi enss hai hilma thrahÏ ! »
 

L'enfant ne comprenait pas ce qui se disait, l'écho était trop prononcé et malheureusement pour lui l'accent de l'enragé rendait caduque le peu qu'il parvenait à saisir. Il lui faisait peur. Lui qui était habitué au calme impérieux de son père était confronté à la colère sourde d'un homme qui l'obligeait à monter le ton et à battre l'air de ses bras. Du haut de ses cinq ans, l'enfant curieux n'avait cependant pas pu s'empêcher de venir espionner, poussé par cette envie enivrante de découvrir quelques secrets "de grands", avec l'innocence de l'âge pour lui permettre d'échapper aux idées noires qui consument les cœurs une fois adulte. L'idée lui avait paru séduisante, mais à présent qu'il avait bravé l'interdit de la confidentialité et qu'il voyait ce couple s'énerver de la sorte contre ses parents, il sentait comme les prémices d'un danger nouveau, jusque là inconnu à son esprit. Il avait connu la peur momentanée d'un danger imminent ; la peur languissante dans l'attente d'être grondé après avoir fait une bêtise ; mais jamais encore il n'avait "suspecté" un danger d'arriver comme un poison qui s'immisce dans le sang pour corrompre l'entièreté du corps. Il sentait enfin, et pour la toute première fois, que cette querelle qui les animait n'avait rien de dangereux comparée à ce qui en découlerait, sûrement, par la suite. Son intuition se développa ce soir-là, alors qu'il épiait l'homme aux grands gestes.

Sa sœur, quelques mètres plus loin, se cachait quant à elle derrière un paravent tressé en osier duquel dépassaient, de chaque côté, un Areca élégant et un Ficus aux feuilles plus douces. Profitant du camouflage des feuilles de ce dernier, elle osait parfois sortir la tête pour jeter plusieurs coups d'œil répétés vers le salon sans s'attarder, de peur d'être repérée. Elle se tenait penchée en avant, sa longue chevelure d'onyx tombant sur son visage poupin qu'elle rabattit en arrière d'une main délicate. A ce geste, elle cessa d'épier leurs parents et leurs invités afin de porter sur son frère la clarté jumelle de ses iris. Et de soucieuse, elle passa à une mine mutine tandis qu'elle arborait un sourire chafouin, sa main se levant doucement jusqu'à ses lèvres pour y presser la tranche de son index redressé. Taquine, espiègle, la petite fille au regard trop clair, comme lui, se faisait complice mais apparaissait comme diabolique... Et à ce geste, Alharsès eu un mauvais pressentiment. Il était rare qu'Ilioza lui témoigna de l'attention autrement que pour lui rendre la vie impossible, et ces moments de complicité inaccoutumés étaient aussi surprenants qu'étranges à ses yeux car jamais cela ne durait. Sa sœur trouvait toujours le moyen de détruire cette confiance qui naissait entre eux durant ces rapprochements insolites, à tel point qu'en cet instant le petit basané se surpris à sentir un danger autrement plus grand émaner d'elle, réveillant un désagréable chatouillement au fond de ses entrailles nouées. Son regard ancré dans le sien aurait pu passer pour un témoignage simple de sa complicité avec lui, mais pourtant elle dégageait une aura de malveillance qui le fit frissonner.

A son grand soulagement, Ilioza détourna enfin les yeux pour reporter son attention sur le salon au loin et ses occupants. La sensation incommodante qui le rongeait s'atténua alors quelque peu et lui-même revint observer ses parents ainsi que le couple accompagnant, menant sa main à ses lèvres pour ronger l'ongle de son pouce dans un réflexe d'appréhension compulsif.

« Amadehl, fit la voix grave et légèrement brisée par le temps de Merl qui les surplombait. Genthan tathrïss tess. Héje deplörhla paihrte dh'Albar. Mhejë douhtt khe Selazaär hai voulluh te prihvey dhun fiss. Kahlm tapehn, monâm hi.

Jehnele rheverey jameh, répondit ledit Amadehl en offrant à Selazaär un regard mauvais où transparaissait la peine la plus profonde. Geh peir dhu'mun ceulfiss. »
 

Sa femme, mains liées sur ses genoux, ferma les yeux alors qu'une nouvelle montée de larmes vint l'assaillir mais elle ne prononça pas un mot. Ses doigts repliés sur son mouchoir se contractaient régulièrement pour marquer l'émoi qui l'envahissait mais elle semblait déployer un effort considérable pour ne pas succomber aux pleurs. Alharsès la trouvait étrangement déplaisante à regarder. Peut-être était-ce dû au chagrin qu'elle éprouvait et qui lui tirait les traits ? Ou peut-être parce que son âge était déjà bien avancé ? Une cinquantenaire pour un garçon de cinq ans paraissait toujours affreusement vieille, après tout.

« Jeh gzïj le'dhon dufiss, reprit le mari Solis vers Merl d'un murmure qui sonna comme le glas. Pärr seh droha sahcrè kihon or léh kouthum dhai klan dhejadhïss ! »
 

Une agitation passa dans le salon et la mère des deux enfants cachés étouffa un cri dans la paume de sa main libre. D'une impulsion soudaine, Selazaär se redressa comme prêt à se battre, imposant sa carrure à Solis en s'approchant d'un large pas tout en brandissant son bras vers lui d'un air menaçant. Il y eu des mots, des insultes certainement qui s'enchainèrent avec une telle violence qu'il fallut aux femmes se lever pour empêcher leur époux respectif de s'entretuer et Merl dut se dresser entre eux et porter la voix pour faire régner l'ordre à nouveau sous son toit. Une telle cohue fit peur à Alharsès qui, déstabilisé, recula d'un pas et se prit les pieds dans les pans de sa tenue trop grande. Il tituba en voulant reprendre son équilibre, et s'accrochant au meuble près de lui fit tomber l'assiette décorative qui s'y trouvait. Celle-ci chut et se brisa sur le sol dans un fracas assourdissant qui mit aussitôt fin à la querelle au loin. Les yeux écarquillés sur son méfait, le garçon replia ses bras contre lui dans une attitude apeurée, se gardant bien d'apparaître de derrière la large colonne. Intérieurement, il espérait pouvoir s'en sortir et fuir loin d'ici avant qu'on ne le surprenne à espionner, mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir que déjà il sentait son bras attrapé et tout son corps tiré sur le côté pour soudainement être visible à la vue de tous.

« Il n'était pas dans sa chambre donc je l'ai cherché ! Il était en train de vous écouter ! »

 

Ilioza. La poigne forte et le sourire fier, la moucharde qu'elle était venait de le dénoncer auprès des adultes afin d'avoir leurs bonnes grâces, sans nul doute. Il la fixa alors de ses yeux ronds, abasourdi par sa trahison — qui pourtant n'avait rien de surprenant — et il fut mené vers les grandes personnes au salon qu'ils occupaient en portant sur sa mère un regard terrorisé, ainsi qu'à son père. Si cette dernière avait l'air désolée et inquiète, lui en revanche semblait encore bien menaçant et ne cessait d'épier Amadehl de sa mire barbeau comme s'il veillait à ce que ce dernier ne fasse pas le moindre faux pas. Trottinant sur le sol dallé de la grande salle dorée aux côtés de sa traitresse de sœur, il vit sa mère s'approcher sans un mot afin de le serrer contre elle dans une étreinte fébrile. Toute fière d'elle, Ilioza se positionna près de son père avec un large sourire pour réclamer sa bénédiction en venant chercher le poignet de l'homme dont elle avait hérité les yeux, mais ce dernier observait farouchement la réaction de Solis. Ses doigts énormes pour elle se posèrent à même sa tête pour en lisser la chevelure de jais, doucement, et elle afficha son bonheur en fermant les yeux de satisfaction.

Amadehl, en pleine conversation avec Merl pour faire remarquer Ô combien il était impoli d'être interrompu par une bande d'enfants incapables de se tenir en présence d'honorables invités, finit par se tourner vers eux pour considérer ceux qui les avaient importunés. Proche de lui, Alharsès vit sa grande carrure pivoter dans un mouvement lent où se mêlait le froissement de sa cape noble. Il s'interrompit sur cette dextre énorme, plus brute et vallonnée de veines saillantes sous la peinture brune de son épiderme et par cette simple vue il compris que ce n'était pas une main douce, faite pour l'amour. Le parcours de ses yeux se poursuivit plus haut, remontant sur ce bras costaud jusqu'à voir apparaître enfin le visage de cet homme qui deviendrait par la suite son bourreau. Un visage carré et fade, plissé par les rides de son âge, surmonté de deux yeux bruns sévères et intransigeants, et affublé d'une barbe finement taillée. Et tandis qu'Amadehl exposait au garçon son apparence malveillante, ses sentinelles d'ocre vinrent se figer sur lui pour le toiser comme l'on découvre une chose qui a tout son intérêt.

Et il su... A ce regard perçant qui pressentait comme une promesse de malheur où fleurissait la folie, il su que Solis était un prédateur. Et que lui, petit enfant de cinq ans, était la proie.

 

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Il trottinait dehors, la main capturée par celle de cet homme au regard sévère. Sa poigne sur lui lui faisait mal, mais il n'osait pas faire de bruit, n'osait rien dire de peur d'avoir à subir sa colère tandis qu'ils s'approchaient des soldats entourant madame Solis. Instinctivement, alors qu'il réalisait qu'on l'éloignait de chez lui, il tourna la tête et regarda par-dessus son épaule pour voir le parvis de la demeure. Son père était là devant les portes, et bien qu'il ne faisait rien que les regarder sans bouger, jamais son regard n'avait témoigné d'autant de douleur intérieure. Une déchirure de l'âme. Mais à cet instant, du haut de son jeune âge, Alharsès ne pouvait le savoir. Il le saurait plus tard, un jour lointain alors que les années se seraient succédé pour lui donner la sagesse de s'en rendre compte...

Soudain, sa mère entra dans son champ de vision, repoussant la lourde porte en arche qui menait à l'intérieur de la villa dans des gestes désespérés. Accourant en hurlant vers eux, la longue robe de voiles pourpres volait au gré de sa course désemparée pour les rejoindre dans un ballet de tissu aux froissements oniriques. Sa main tendue vers son fils ne trouva jamais le bras de ce dernier pour s'y cramponner et le ramener vers elle. Stoppant net sa progression, Selazaär l'attrapa brusquement et la retint contre lui de toutes ses forces pour l'empêcher d'aller les rejoindre. Elle se débattit avec hargne, frappa l'air et son époux pour se libérer alors qu'on lui enlevait son fils. Sa voix déchira le silence de la nuit, se répandit en écho sonore contre les falaises rocheuses qui encerclaient la villa de Merl et à la voir ainsi paniquer, l'ampleur de la situation naquit enfin à l'esprit embrumé d'Alharsès. Comprenant qu'on l'enlevait, et que ses parents ne feraient rien, il se mit à paniquer à son tour et soudain les larmes emplirent ses yeux pour déborder et inonder ses joues alors qu'il tentait de repartir en arrière. Il pleura comme jamais, tendit son bras libre vers sa mère pour réclamer les siens et s'y réfugier, mais jamais il ne pourrait les retrouver à nouveau. Sa force pitoyable face à celle de Solis ne lui permettait pas de s'échapper et irrémédiablement il se vit tiré loin de sa famille, et plus il implorait, plus sa mère devenait folle jusqu'à l'arrêt total de sa raison.

Sans qu'il ne puisse s'en douter, elle s'écroula et Selaäzar la réceptionna dans ses bras avant de l'allonger sur le sol en maintenant sa tête. L'enfant ne vit plus grand chose sous les larmes qui affluaient abondamment, même sa voix n'était qu'un son flou à sa mémoire. Il se sentit décoller, soulevé par des bras puissants et il fut posé à même la selle d'un cheval renâclant bruyamment, pressé de partir face à toute cette agitation. Quelques mots furent lancés. Des adieux méprisants. Et d'un coup de talon contre les flancs de l'animal ils disparurent par le chemin qui les éloigna de sa demeure. Son chez-lui. Il vit les murs rapetisser tandis qu'ils partaient, devenir plus indistincts... et la dernière vision de ses parents fut sa mère, étendue sur le sol et bercée par l'inconscience, ainsi que son père dont les yeux s'ancrèrent dans les siens pour trahir l'horreur de sa perte et la déchirure de son cœur. Un homme brisé qui assistait, impuissant, à l'abandon de son propre fils.

Modifié par Shah

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Un bel dì vedremo
Levarsi un fil di fumo
Sull'estremo confin del mare.
E poi la nave appare.
Poi la nave bianca
Entra nel porto,
Romba il suo saluto.

Vedi ? È venuto !
Io non gli scendo incontro. Io no.
Mi metto là sul ciglio del colle e aspetto,
E aspetto gran tempo.
E non mi pesa,
La lunga attesa.


E uscito dalla folla cittadina,
Un uomo, un picciol punto
S'avvia per la collina.
Chi sarà ? chi sarà ?
E come sarà giunto
Che dirà? che dirà?
Chiamerà " Butterfly ! " dalla lontana.

Io senza dar risposta
Me ne starò nascosta.

Un po' per celia,
E un po' per non morir
Al primo incontro ;
Ed egli alquanto in pena
Chiamerà, chiamerà :
" Piccina mogliettina,
Olezzo di verbena !
"

I nomi che mi dava
Al suo venire.

Tutto questo avverrà,
te lo prometto.
Tienti la tua paura,
Io con sicura fede l'aspetto.

Un beau jour nous verrons
Une trainée de fumée se lever
Aux confins de la mer.
Et puis le navire apparaît.
Puis le navire blanc
Entre dans le port.
Son salut gronde.

Tu vois ? Il est venu !
Je n'ose pas aller à sa rencontre. Pas moi.
Je me mets sur le rebord de la colline et je l'attends,
Et j'attends longtemps.
Et cette longue attente
Ne me semble pas longue.

Et hors de la foule citadine
Un homme, un petit point
Qui gravit la colline.
Qui est-il ? Qui est-il ?
Et quand il me rejoindra
Que dira-t-il? Que dira-t-il?
Il appellera « Butterfly !» de loin.

Moi sans répondre
Je resterai cachée.

Un peu pour taquiner,
Un peu pour ne pas mourir
A la première rencontre ;
Et lui, chagriné,
Clamera, clamera :
« Ma petite femme,
Au parfum de verveine !
»
Doux noms qu'il m'a donnés
A son arrivée.

Tout ceci arrivera,
Je te le promets.
Sois sans peur,
Avec une confiance sûre je l'attends.

 

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Une poudre blanche tombait sur les toits de Calphéon depuis quelques minutes déjà pour recouvrir la ville de sa fourrure encore fragile. Cette pluie opaline dont la chute s'étirait sur la durée comme mise au ralenti donnait à ce bout de vue sur la rue une atmosphère brumeuse plongée dans un silence relatif à l'hiver quand le froid s'installait sur le monde. Par endroit, l'on devinait les carcasses de bonhommes de neige qu'on avait tenté de construire avec un peu de poudreuse, des résidus de monticules ayant servi aux projectiles pour les batailles enfantines et le sol perdait peu à peu les traces de passages d'habitants et de leurs pas à mesure que le manteau immaculé se reformait. Sous le poids de la gravité, virevoltant d'une danse délicate jusqu'à s'éteindre sur la terre, les flocons se réunissaient en un immense tapis blanc après une chute qui faisait rêver les enfants quand ceux-ci regardaient par leur fenêtre.

L'un d'eux, minuscule petit être encore innocent qui découvrait son environnement, perdait son regard azuré sur cet élégant ballet. Suspendu dans les bras de son père, le nourrisson se faisait bercer doucement tandis qu'il scrutait d'un œil alerte le spectacle nouveau qui s'opérait devant lui. Il l'oublierait bien vite, mais pour l'heure cela calmait ses pleurs en cette fin d'après-midi. Elyssa, âgée d'à peine quelques mois, ne se lassait pas de regarder la neige depuis la fenêtre des appartements du basané. Celui-ci était rentré la veille après une longue route à travers les montagnes, revenant tout juste de Duvencrune, et depuis il n'avait cessé de rester avec elle pour profiter de sa fille laissée derrière lui depuis des semaines. Parfois, un gazouillis perçait les lèvres de la petite sans qu'elle n'y pense vraiment, perdue dans sa contemplation de la neige tombante, mais cela ne la coupait en rien de ce spectacle captivant. Son père, par contre, détachait régulièrement son regard trop clair de la fenêtre pour le poser sur le visage rond de sa fille au moindre hoquet, comme ramené à la réalité. Il s'en amusait sans émouvoir ses traits, puis revenait à la même vue que la petite Elyssa pour se perdre dans la cascade de flocons sur le sol.

Il était rentré. Enfin.
Il en avait fait du chemin pour fuir cette région montagneuse qui finalement l'avait rendu aussi morose que pouvait l'être Wander. Drieghan regorgeait de beautés diverses, pourtant il n'avait su en profiter pleinement. Au contraire, depuis quelques temps cet endroit avait une connotation des plus désagréables pour lui. Duvencrune ne lui manquait pas. Et cette seule pensée lui chatouilla tant l'esprit que son regard se troubla avant de se plisser sur l'horizon enneigé de l'autre côté des carreaux. Non, Duvencrune ne lui manquait pas. Et le simple fait de savoir qu'il était le seul à n'en rien regretter le déprima davantage au point d'exprimer un soupir las qui balaya la petite chevelure naissante de sa fille encore dans ses bras. Le monde avait succombé au charme de Drieghan et de sa cité, et semblait être tombé amoureux de cette architecture et de ces coutumes au point de commencer à s'installer avant même d'être certain de s'y plaire sur la durée. Le contraste avec sa propre appréciation des lieux était tel que Keharqta en éprouva, peut-être un peu au fond de lui, une certaine jalousie. Pour lui, Duvencrune avait un côté froid et terne exacerbé par l'amertume de l'abandon, et plus il y pensait, plus sa dextre venait caresser la joue de sa fille d'un mouvement pensif du bout des doigts. Pourtant, il n'était pas triste. La vue qui s'étalait devant lui était plaisante, et l'idée même d'être enfin rentré pour passer les fêtes de fin d'année avec sa fille lui donnait le sourire. A dire vrai, depuis son retour, il avait de nouveau envie de faire n'importe quoi ; de courir çà et là comme un fou ; de choper de la poudreuse en paquet compact et de la fourrer dans le col tiré d'une vieille bique raciste avant de détaler comme un lapin... Il aurait bien fait pire comme bêtises, mais il devait bien se tenir. Au moins pour sa famille. Aussi, il se contentait de sourire d'un air béat et parfaitement putassier quand, en regardant par la fenêtre, il surprenait un passant glisser sur le sol givré.

Keharqta n'était pas mauvais en soi. Méchant, parfois, mais pas mauvais. Pas tout le temps. Il lui arrivait d'avoir ses moments de médisance, ou de sadisme, mais se limitait à une taquinerie enfantine. Cela se produisait souvent quand il s'ennuyait et, il devait l'avouer, derrière les grands rideaux pourpres de sa chambre luxueuse, il s'emmerdait un peu. Alors, il parcourait la demeure Di Castelli pour parfois jouer quelques farces aux domestiques, changeait de place quelques objets qui avaient été pourtant mis à cet endroit précis afin de semer le trouble chez les servantes déjà bien surchargées ou s'amusait encore à faire foirer quelques recettes quand les cuisiniers avaient le dos tourné. Ces dernières blagues, pourtant, il les regrettait peu de temps après puisque ces plats lui étaient notamment destinés. Mais au moins, cela l'occupait quand il devait laisser sa fille dormir.

Et quand elle sommeillait et qu'il n'était pas en train de penser à faire des blagues de mauvais goût, il repensait à Elle... se perdait alors dans quelques souvenirs où flottait encore la chevelure flamboyante de la courtisane. De temps en temps, il regardait son propre reflet diffus dans une vitre afin d'avoir l'illusion de faire face à ce même regard clair, aussi pâle que le sien. Et parfois, sans qu'il ne sache si ce fut une chimère ou non, se rappelait à lui l'odeur enivrante de l'ambre gris pour le transporter au loin. Alors, il fermait les yeux, et rêvait quelques instants dans un temps en suspension. Allait-elle bien ? Depuis qu'elle était partie sans mot dire en le laissant derrière, cette question était revenue régulièrement à son esprit. Et si cela l'avait hanté un temps à Duvencrune, à présent qu'il était rentré et qu'il avait sa fille près de lui, la réponse lui apparaissait comme une évidence. Alors, il souriait simplement, à la fois serein et parfaitement goguenard avant de revenir à quelques préoccupations plus pressantes.

Et parmi elles, la présence de son compagnon de route gisant sur le canapé. Cette seule pensée suffit à le sortir de ses songes une nouvelle fois alors qu'il scrutait les flocons tomber pour ramener sa mire azurée derrière lui dans la pièce. Endormi depuis leur retour, à même le moelleux des coussins, l'homme pâle à la chevelure de jais gisait dans ce sommeil lourd pour se reposer de leur escapade agitée. Et le Molosse d'ébène, aux aguets près de la fenêtre avec sa fille dans les bras, veillait sur son repos mérité comme un gardien sur un trésor sacré. Il n'avait pas eu le courage de réveiller l'homme, craignant de l'épuiser plus encore que le long voyage qu'ils avaient fait pour rentrer. Et malgré son caractère serein à contempler cet être endormi, restait cependant un sentiment de méfiance presque amicale pour lui, le rendant à un dilemme étrange pour le partager entre une forme de mépris et de fascination fusionnels. Réfractaire à le garder trop près de lui mais incapable de s'en défaire, cette présence obscure ne cessait de le confronter à un choix qu'il savait, d'une certaine manière, dangereux pour lui. Mais chaque fois qu'il approchait de la solution et manquait de choisir l'éloignement, il ressentait le besoin de changer d'avis pour le garder encore comme un animal de compagnie.

La vérité, c'est qu'il se sentait à nouveau vivant, à ses côtés. Un petit peu.

 

 
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Un rayon solaire filtrait à travers la fenêtre devant laquelle tombaient une paire de rideaux d'ivoire pour se fracasser sur le plancher brun de la salle d'entretien. Un tapis circulaire aux teintes grises prenait une large place dans cette pièce et sur lui reposaient deux fauteuils en toile douce pour se faire face, au centre même d'une enceinte de murs parsemés de livres entreposés à même de nombreuses bibliothèques.

« Vos rêves sont de moins en moins logiques. »

Dans l'un des fauteuils, le corps svelte du médecin était installé confortablement, jambes croisées et mains liées sur son ventre. Son visage fin, encadré de quelques mèches de jais échappées de sa queue de cheval, scrutait son patient avec attention tandis que ses doigts pianotaient les uns sur les autres durant ses réflexions. L'œil gauche barré d'un cache en cuir, l'unique restant à la couleur bistre sondait le regard adverse avec une telle intensité qu'il paraissait sur le point de le transpercer comme un ennemi à défaire sans le moindre scrupule. En face de lui, vautré dans son assise sans aucune grâce comme un adolescent obligé de faire acte de présence lors d'un entretien, le basané soutenait sa tempe de son poing fermé tout en rendant à son homologue un regard terne.

« Ils sont néanmoins plus précis à mesure que vous les enchainez », concéda l'Albâtre avec évidence.

A cette confession, le patient releva ses sentinelles azurées sur les traits moroses de son vis à vis d'un air incertain. De son poing contre sa tempe s'échappèrent deux doigts pour venir masser sa pommette alors qu'il inspirait doucement. Un mutisme s'installa entre les deux hommes, sans que l'ambiance ne parut tendue ou refroidie pour autant. Le médecin avait cette capacité étrange et pourtant naturelle de faire durer les silences entre eux sans que cela ne soit gênant ni pour l'un ni pour l'autre. La communication semblait se poursuivre sans un mot par des regards éloquents, et parfois le basané avait le sentiment d'en dire davantage par les yeux que par les mots. De longues minutes défilèrent sans qu'aucun d'entre eux ne parle. L'Albâtre demeurait cloîtré dans la discrétion comme pour attendre un sursaut de la part de son patient, l'inciter à poursuivre et à être à son tour à l'initiative de la discussion. Ce qui arriva alors :

« J'ai l'impression que je suis en train de me perdre, confia l'homme de l'Est en reprenant la parole. J'ai l'impression de voir le monde me glisser entre les mains sans parvenir à le retenir. »

Le corps du médecin s'inclina légèrement en avant pour darder sur lui un iris terreau surmontant une mine sinistre.

« Essayez-vous seulement de vraiment le retenir ? fit-il sur le ton de l'évidence même avant de reprendre en voyant l'air sceptique de son patient. Vous vous effacez, Al'. Vous disparaissez comme une ombre sous la lumière d'un soleil au zénith. »

Le Molosse d'ébène, engoncé dans son fauteuil, ne quitta pas le semi-Elfe des yeux durant son analyse sur sa personne. C'est en silence qu'il encaissa les mots du médecin sans broncher, ne prenant pas même la peine d'acquiescer ou d'invalider les faits. Aussi, quand il reprit la parole, ce fut pour enchainer sur tout autre chose. Par mimétisme involontaire, sans doute, il se redressa contre son dossier moelleux et croisa les jambes pour adopter une attitude moins désinvolte. Ses lèvres se pincèrent brièvement le temps de les humecter, étirant la fine cicatrice qu'il portait toujours à même leur pulpe puis il prit une inspiration profonde alors que son attention se focalisait lentement mais sûrement sur ce tapis gris sous leurs pieds.

« Je n'ai pas eu l'occasion de le voir lors de ma dernière visite à Heidel. Je me suis dis qu'il était parti pour Calphéon ou je ne sais où.
— Êtes-vous allé jusqu'à sa porte ?
demanda le médecin du tac au tac sans laisser transparaître dans sa voix le moindre agacement.
Oui, j'y suis allé.
— Et avez-vous frappé à celle-ci ? enchaina-t-il le plus naturellement du monde comme si tout cela découlait d'une logique imparable.
Non. »

Un nouveau silence s'installa, bien plus bref que les précédents cependant. A cette réponse, le semi-Elfe se contenta de cligner de son unique œil sans prononcer le moindre son, comme on laisse à l'autre le temps de comprendre sa propre bêtise. Il faut avouer qu'il avait le don pour en dire beaucoup sans avoir à formuler quoi que ce soit. Malgré tout et pour continuer sur cette lancée, la Créature reprit en l'encourageant d'un mouvement de tête vers l'avant :

« Pourquoi vous n'avez pas frappé, Al' ? »

Le basané souleva lourdement les épaules en dodelinant de la tête, son regard s'évadant déjà sur les recoins de la pièce servant de décor à leur mise en scène. Tout était étrangement flou, et pourtant d'une netteté étonnante. Il pouvait clairement percevoir les bibliothèques qui s'enchainaient contre les murs pour décorer l'espace, pourtant il lui était parfaitement impossible de lire ne serait-ce qu'un seul titre, même quand les lettres étaient écrites en gros caractères. Plus loin sur sa gauche, une table taillée dans un bois sombre et verni supportait quelques feuillets jaunis et une statuette de canidé sauvage sur un petit piédestal.

« Je crois que j'ai eu peur, Doc'.
— La Peur arrive souvent quand un élément de notre entourage se fait source de stress. Ou si danger il y a.
Je ne le perçois pas comme un danger. Cela dit, je suis stressé en pensant à lui.
— Vous aurait-il mis dans l'embarras pour être ainsi la cause de ce trouble ?
demanda l'homme pâle dont l'intrigue ne se trahissait que par une infime hausse du sourcil.
Non... »

Et à nouveau ce silence qui revient pour marquer l'hésitation du Molosse encastré dans son assise. Le docteur ne parut pas s'en émouvoir à nouveau et d'un mouvement lent se laissa retomber contre le dossier de son fauteuil avant de caresser doucement le côté de son menton d'une phalange.

« En êtes-vous sûr ? Ne tournez pas autour du pot et dites-moi sans détour ce qui vous tracasse.
— Il disparaît.

Précisez ? » invita le légiste à poursuivre d'un mouvement délicat de la main après avoir cligné de son œil visible pour marquer son incompréhension.

Le Medhian se terra dans le mutisme une nouvelle fois. Il pressait son visage de sa main au niveau des joues pour masquer ses lèvres, massant sa peau de ses doigts dans une attitude anxieuse, ce que son voisin ne se lassait pas d'observer avec une lueur d'appétit dans le regard. Le médecin ne laissait jamais transparaître le moindre intérêt, ni pour lui ni pour quiconque, mais son ton aussi aimable que glacial laissait sous-entendre, de temps en temps, qu'il éprouvait de la curiosité pour autrui. Dans ce lieu baigné d'une lumière pâle mais réconfortante, la silhouette opaline du clinicien se faisait si immobile qu'il ressemblait à une statue qu'on aurait habillé pour faire office de trompe-l'œil.

« Fut un temps où, malgré la distance, je ressentais envers lui de l'angoisse, de la peur, voire même de la méfiance profonde qui m'incitait à le garder dans mon champ de vision et ne jamais lui tourner le dos, confia l'homme de l'Est en enchainant d'un murmure. Mais au moins, je ressentais quelque chose. »

L'attention du médecin dévia quelques secondes relativement courtes pour se focaliser sur le lustre au-dessus d'eux avant de revenir à lui pour rétorquer sans trouble :

« Êtes-vous en train de me dire que vous n'éprouvez plus rien à son égard ? En supposant que vous donniez ainsi raison à toutes ces simagrées impliquant une relation plus qu'ambigüe entre vous.
— Je suis en train de vous dire surtout que je ne le ressens plus
, précisa le Medhian alors que ses sentinelles de glace se relevaient pour se confronter à l'unique iris brun. Il s'éloigne même quand il est proche. Comme s'il était à des lieues d'ici, sur une autre terre. »

Non loin d'eux, un enfant passa en courant pour se réfugier quelque part dans un recoin. Si le basané suivit la petite tête brune à la peau mate comme si l'alerte avait été donnée, la Créature diaphane qui lui faisait face ne parut pas même surprise de cette présence. Et quoi qu'il était parfaitement au courant de son existence en ces lieux, il agissait comme s'il n'en avait aucune idée. Le rythme cardiaque de l'onyx s'accéléra.

« A vous entendre, cela est tragique... trancha le médecin de cette voix caractéristique des grandes vérités bien cruelles qu'il était capable d'offrir, dans son franc parler typique mais sans malveillance. Vous n'êtes pas à l'article de la mort, et vous avez tout pour être heureux. Une femme, un enfant, un mariage, une famille qui vous a pris sous son aile... Et vous pleurez parce qu'un sinistre solitaire aussi émotif qu'un trombone s'efface de votre vie ? Al', il va falloir penser à vous réveiller. Tout comme votre épouse revendiquait sa liberté, vous saviez pertinemment qu'il brandissait la sienne sans s'attacher. Il ne vous a rien juré, sinon la fin de la solitude. Certes, ce n'est peut-être celle que vous espériez, mais promesse il y a eu, promesse a été tenue. Que vous faut-il de plus, dites-moi ? »

Le patient réprima un soupir qui gonfla néanmoins sa cage thoracique de lassitude. Mordant l'intérieur de sa joue tandis que son regard s'égarait dans un recoin de la pièce où il était sûr et certain d'avoir entraperçu à nouveau la silhouette chétive du gosse à son image, ses doigts commencèrent à marquer le rythme d'un galop incertain sur l'accoudoir qui soutenait son bras.

« Vous manque-t-il, Al' ? »

Et le Medhian hocha la tête à cette question.

« Est-il digne de confiance ? enchaina le scientiste comme l'on poursuit un questionnaire.
— Je crois que oui.
— C'est une réponse un peu hasardeuse pour définir quelqu'un censé vous manquer. Est-il tendre avec vous ?
— Certainement pas
, répliqua le basané en roulant des yeux comme si l'idée était parfaitement saugrenue. Il ne m'épargne en rien.
— Dans ce cas, vous encourage-t-il dans la voie qui est la vôtre ?
— Oui et non. Cela dépend de la voie.
— Pouvez-vous compter sur lui dans ce cas ?
fit le médecin avec pragmatisme.
— Je ne sais pas.
— Mais vous l'espérez, n'est-ce pas ?
»

Le Molosse acquiesça d'un mouvement de la tête sans répondre cette fois oralement.

« Vous me décrivez une personne assez étrange, Al', nota alors le scientiste en costume cintré comme l'on fait un premier bilan d'une séance. Je ne comprends pas en quoi il vous manque s'il ne possède aucune qualité dans ce que je vous ai demandé. Qu'a-t-il de si spécial dans ce cas pour que sa place délaissée vous fasse ressentir un tel vide ?
— C'est un con. Autant que je peux l'être
, murmura son homologue en reposant doucement sa joue contre son poing. Mais j'ai de l'estime pour lui. C'est mon ami. »

Les deux hommes se regardèrent alors un moment sans mot dire, assis l'un en face de l'autre dans ces larges fauteuils confortables au milieu de cette pièce soigneusement rangée. De l'autre côté de la pièce, caché derrière une longue tenture magnifique aux teintes violettes et dorées, le petit garçon observait le duo sans oser approcher.

Modifié par Shah

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Keharqta1.jpg

Je profite de ces temps d'accalmie pour dire un grand merci à @Ikhlas pour cette commande (qui date un peu à présent, je le reconnais...) mais qui a su capter l'esprit de ce perso que j'incarne depuis plusieurs années, inlassablement. Je reste un fan de son travail et ne manquerai pas d'en demander d'autres à l'avenir!

SPOILER_Keharqta.png

Et je dis également un grand merci à @Nobuyari pour ce dessin, gracieusement offert en totale surprise aujourd'hui et qui a su, quant à elle, saisir tout l'aspect putassier qui se dégage de ce basané insupportable! Un cadeau pour fêter mes 30 ans qui me va droit au cœur, symbole sans doute de futures commandes de ma part!

Modifié par Shah

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