Minho

Aeluin Wander Gotha

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~ Aeluin Wander Gotha ~

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Révélation

 

~ Fiche générale ~

Prénom : Aeluin - (Qui signifie "Lac pâle" en Elfique.)

Nom de famille : Wander Gotha.

Surnoms : "Docteur", "Wander"

Adresse actuelle : Heidel, rue de la Place n°9-2. - Il ne semble plus loger au Manoir di Oscuro Contea où il possède néanmoins toujours un cabinet annexe, à Calphéon.

Caractère : Soupe au lait, observateur, cérébral, résigné, ironique.

Attitude : Distante mais parfois oppressante. Appliquée, flegmatique et élégante à la fois.

Défauts : Caractère farouche de bête esseulée. Susceptible.

Qualité : Fin analyste, doigts de fée. Multi-tâche.

Religion : Non précisée. À Calphéon il répondra "Je ne remet pas en cause l'existence de Dieu."

Particularité : Il affiche souvent un air contraint de lion en cage. Il apparait désabusé, las, la plupart du temps.

Compétences : Chirurgien de renom à Calphéon, aujourd'hui installé à Heidel. On le dit aussi "Empathe", parfois même "Envoûteur" mais personne ne sait vraiment ce que cela implique, ni si c'est un mythe. Lui-même ajoutera qu'il a un talent particulier pour la fuite à pleines enjambées et le cynisme. Par ailleurs, on lui attribue volontiers la qualité d'homme à tout faire, au sens littéral.

Aspect : Beauté sauvage prise sur le vif. Svelte et élancée. Il approche les deux mètres de haut. La peau claire, voire diaphane, et les traits déliés. L'air macabre, voir sinistre, il semble toujours suivi d'une aura de désespoir et d'abandon et est souvent surnommé "Le Cercueil" ou "Le Fantôme" pour ces raisons.

Il aime : On ne sait pas trop. On l'a déjà vu frémir sans raisons apparentes.

Il n'aime pas : La navigation, et plus globalement, tout ce qui implique une grande quantité d'eau. Les imbroglio politiques humains qu'il a du mal à comprendre. Les allusions à la Chasse. Les légumes, et fruits de mer.

Signe physique particulier : Oreilles pointues, canines pointues. Contextuellement : Des marques rituelles sur le visage. L’œil gauche toujours - ou presque - couvert d'un cache-oeil en cuir ouvragé.

Tatouages : Une curieuse marque sombre sur le dos de la main droite, la forme est abstraite et ne semble répondre à aucun symbole connu.

Concept :  Médecin d'excellence, Serviteur dévoué honoraire, plus récemment mystère ambulant, revenant.

Ce qu'il n'est pas : Un loup-garou ni un Vampire, un non-mort, un zombie, hors-lore.

Aeluin_Couleur.jpg

Aeluin by Ikhlas.jpg

( Illustrations par l'excellentissime @Ikhlas )

~ Galerie d'images ~

Révélation

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Révélation

IMPORTANT /!\  Mon personnage n'est pas un loup-garou, ni un Lycanthrope. Il respecte des éléments du Lore elfe de BDO qui admet et valide la présence de nombreux esprits dans les forêts de Kamasylve.

 

 

 

 

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Si deus me relinquit,
Ego deum relinquo.

Solus oppressus nigram clavem habere potest,
Omnias ianuas praecludo
Sic omnias precationes obsigno.

Sed
Qui me defendet ?
Ab me terriblissimo ipse.

 

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Aeluin wolf.jpg

( Source image artiste @Nairy sur Deviantart. Légèrement modifié. )

" Tu te plais à plonger au sein de ton image;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur,

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage. "

- Baudelaire dans les Fleurs du Mal.

 

Révélation

IMPORTANT /!\  Mon personnage n'est pas un loup-garou, ni un Lycanthrope. Il respecte des éléments du lore elfe qui admet et valide la présence de nombreux esprits dans les forêts de Kamasylve.

" Être sous la protection de l'Esprit-Loup, c’est être libre, compatissant, dévoué, mystique, spirituel et grégaire mais rencontrant des difficultés à s’intégrer dans toute norme, à faire preuve de réalisme, de fermeté ou de persévérance tant les choses de ce monde lui semble souvent sans importance. Ceux qui ont Loup pour totem sont comme lui sensitifs et intuitifs, ils aiment les hauteurs aussi bien physiques que spirituelles. Ils aiment aussi avoir un territoire bien à eux et délimité (foyer, travail, relation), et ils n’apprécient pas du tout que l’on y entre sans y avoir été invité.

Ils ont aussi une intuition très développée, qui leur permet de savoir immédiatement les pensées et les intentions de quelqu’un, même si elles sont bien cachées. Comme les loups, ils peuvent lire dans le cœur d’une personne en plongeant dans leur regard (d’ailleurs l’Église catholique prescrivait de ne jamais croiser directement le regard d’un loup sous peine de se voir voler son âme). Ils ont aussi du mal à gérer leurs sentiments : ils se sentent vulnérables s’ils les laissent apparaître au grand jour, et ils dépriment s’ils les refoulent, d’où une difficulté pour eux à prendre des décisions dans ce domaine. Ils doivent donc apprendre à gérer et harmoniser leurs émotions. Comme leur totem, ce sont des chasseurs, mais des chasseurs de philosophie et de spiritualité, ce qui donne un sens à leur vie. Enfin ils savent adoucir et faire passer même les pires nouvelles, ce qui les aide beaucoup auprès des enfants. Ils sont enclins à la compassion et à la bienveillance, ils sont aussi généreux, artistes, chaleureux, sympathiques et compréhensifs. C’est à cause de cela que l’on se tourne vers eux en cas de problème, car ils peuvent tout comprendre.

Le hic, c’est que les problèmes qu’on leur soumet les affectent et les « vident » : les Loups ont en effet tendance à « absorber » les émotions des autres comme une éponge (ils sont fortement empathiques). Ils doivent donc faire attention à ne pas tomber sur des « vampires psychiques » qui les videraient de leur énergie. Ils doivent faire d’autant plus attention qu’ils prennent souvent leurs décisions plus en fonction de leurs émotions que de leur logique ou de leur instinct, qui les guideraient cependant beaucoup plus justement. Ils doivent aussi se mettre à l’écart de temps en temps, afin de se débarrasser des énergies qu’ils ont accumulées au contact des gens ; cela leur est nécessaire pour pouvoir continuer à vivre normalement. Ces périodes de solitude nécessaires à ceux qui ont Loup pour totem peuvent faire passer ceux-ci pour des êtres peu sociables, mais ce n’est pas le cas.

Ils ont besoin de se sentir libres sur tous les plans possibles, et rester libres de leurs choix. Leur amour de la liberté les pousse à tenter d’aider ceux et celles qui sont en difficulté, maltraités ou privés de leur liberté.

Les Loups sont aussi très sensibles à la critique, surtout si elle porte sur leur travail, et ils peuvent prendre très mal une simple remarque. Ils aiment la beauté, qu’elle soit naturelle ou artistique, ce qui les amène à apprécier la musique, l’art, la littérature, la poésie, etc. Enfin, ce sont des romantiques, qui ont besoin d’aimer et d’être aimés, ainsi que d’avoir des relations intimes épanouies. Ils aiment beaucoup les plaisirs de la chair, ce qui les amène parfois à prendre du poids. Ils sont aussi enclins à utiliser principalement les médecines naturelles, souvent à cause d’allergie ou de mauvaise réaction aux effets secondaires des médicaments allopathiques.

L’animal totem Loup est un des représentants les plus remarquables du monde fascinant où se rejoignent nature et spiritualité. La médecine de Loup fait référence à l’instinct, l’intelligence, l’appétit de liberté et l’importance des liens sociaux. De son côté sombre, cet animal totem peut aussi symboliser la peur, parfois excessive, de se sentir menacé, et le manque de confiance dans votre milieu de vie. Avoir cet animal comme guide ou totem pourrait souligner la façon dont vous vivez votre vie, et plus précisément à quel point vous faites confiance à vos instincts et intuition. "

 

( source : https://www.paganguild.org/aubeseptiemelune/grimoire-chamanisme/totem/loup.htm )

 

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~ Mais avant que nous poursuivions, vous devez chercher au fond de votre cœur, et répondre à une question, une seule.

Si vous avez été touché par le Mal, c'est comme avoir été touché par le dos de la main de Dieu. Cela vous rend un peu Sacré, n'est-ce pas ? Cela vous rend Unique, avec une sorte de gloire. La gloire de la souffrance, n'est-ce pas ? Alors voici ma question.

Voulez-vous vraiment être normal ? ~

- Penny Dreadful, un prêtre à Vanessa Ives.

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Chapitre I " La Chasse."

Dans l'obscurité pesante de cette forêt aux arbres noueux et aux branches acérées comme des lames de rasoir, un lourd silence régnait. Il s'agissait de l'un de ces silences si profond et étouffant qu'il étreint la poitrine et avorte toute forme d'espoir naissant. Un silence atrocement assourdissant, sinistre augure d'un sinistre sort. Au-delà de la cime des arbres aux pointes affûtées perçaient quelques rares rayons de lune qui nimbaient le sol humide d'une aura lugubre et bercée de mysticisme. La chaleur moite dégagée par les racines entrelacées de la végétation désordonnée ondulait sous forme de brume opaque à la surface imparfaite du sol, comme autant de fantômes perdus à jamais dans les méandres sinueux d'un domaine à la gloire passée. Les troncs repliés des arbres, comme autant de vieillards cambrés sur leurs os grinçants, adoptaient dans la pénombre des formes monstrueuses de créatures menaçantes prêtes à bondir.

Non loin, à l'orée de quelques épais fourrés épineux, se tenait une clairière au centre de laquelle une vieille cabane grinçante semblait installée depuis la nuit des temps. Ses bois usés et recouverts de mousse et de lierre, une minuscule fenêtre aux verres obscurcis par la crasse accumulée trop longtemps et un petit appentis, au toit de biais en taule à travers lequel le vent glacé sifflait comme une veuve épeurée.

Il ouvrit les yeux sur cette vision sépulcrale. Une vive douleur lui fendit le crâne.

" Vous êtes enfin réveillé, Docteur."

La silhouette qui lui faisait face s'étendait en long comme un sinistre corbeau et le surplombait de toute sa hauteur. Ses yeux verts le fixaient avec une violence sourde et une folie latente, celle d'un prédateur. Aeluin le reconnu à l'instant où, lorsqu'il avança d'un pas, son visage sévère, déformé par la colère, passa à travers un rayon diaphane.

" Comme je suis sport, je vous laisse quelques secondes d'avance. Je vous suggère de les mettre à profit. "

~

Le corps svelte de l'elfe-bâtard filait comme une ombre folle à travers les bosquets, sa chair pâle caressée par les épines s'écorchait un peu plus à chaque pas qu'il faisait. Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il se dirigeait, et pas la moindre idée de l'endroit où il se trouvait, il courait à tue-tête, cherchant à mettre le plus de distance possible entre lui et son ravisseur. C'est quand, une bonne trotte plus loin, il se tourna dans sa course folle pour chercher le prédateur d'un regard affolé qu'il s'étala subitement contre un monticule de rochers mousseux. Un sifflement pernicieux accompagna sa chute, fendant l'air en un instant, alors que la pointe brillante d'une flèche effleura sa tempe et vint se planter à l'horizontale dans un rondin de bois flotté juste à côté de sa tête.

" Courez, petit, courez, vous ne faites que prolonger l'extase et retarder votre fin. "

Comme un animal esseulé, il se releva d'un bond et disparu derrière quelques fourrés au feuillage épais, seul son œil, d'un bleu vif comme un lac gelé, brillait à travers le linceul sombre de la nuit tombée. Il haletait, les sens en alerte, l’extrémité pointue de ses oreilles frémissait d'angoisse et son crâne vibrait si fort qu'il cru voir sa tête exploser. Le grondement de sabots lancés à toute allure dans sa direction l'arracha à l'inventaire de ses blessures, il prit la fuite à grandes enjambées, filant comme un daim pourchassé entre les arbres tortueux et les racines serpentantes. Sa course effrénée fut plusieurs fois ponctuée de sifflements, les flèches fendaient l'air et manquaient toujours de peu de transpercer sa chair. Il était sur le point de remercier les Esprits pour cette chance incroyable lorsque son pied, lancé à toute vitesse, ne toucha plus aucun sol, mais palpa du vide, pendant une fraction de seconde.

"Merde."

L'instant d'après, il dévalait le flanc de colline rocailleux dans un concert de grognements douloureux et s'écrasa en bas comme on signe son arrêt de mort.

Ce qui se produisit après est proprement semblable à ce qui se produit lorsqu'un chasseur parvient à immobiliser sa proie. Cela implique le plus souvent une dague, un sentiment victorieux très malsain comblé d'ivresse, et du sang, beaucoup de sang.

"Oh non, je ne vais pas vous tuer, Docteur, ce serait bien trop magnanime. Vous méritez un sort bien plus funeste, oui, vous allez embrasser les ténèbres et je prendrai un malin plaisir à briser tout ce qu'il reste d'espoir et de hargne en vous. Maintenant, chut...Taisez-vous, ne trouvez-vous pas le silence de cette forêt tout à fait étourdissant ?"

 

~

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Chapitre II " Le Silence. "

Révélation

 

Il regardait défiler les paysages décrépis du début de l'hiver à travers la fine fenêtre du carrosse. Le soleil s'élevait timidement au-delà de l'horizon aux couleurs printanières délavées. Il avait froid, la fraicheur de l'air remontait de ses pieds jusqu'au sommet de son crâne comme s'il l'avait absorbée et fait sienne. Était-ce simplement une impression ? L'habitacle vétuste grinçait et vibrait au rythme des sabots qui frappaient la route. Où allaient-ils ? Le Docteur avait posé sa tempe contre le rebord en velours bleu roi de sa banquette, l’œil maussade et les épaules déliées dans une posture d'abandon lasse et usée. Il avait tenté jusqu'au dernier instant d'échapper à ce funeste destin mais cet étau qui l'oppressait peu à peu semblait grandir à chaque instant, comme un lierre dévore et se nourrit, avide, peu à peu, insidieusement, de l'énergie du plus robuste des grands chênes. Alors que les chevaux hennissaient dans de succincts nuages de buée, il entendait Xavius cravacher de temps à autres depuis la place de cocher. Ce majordome à l'allure austère et vieillie était-il à l'image de sa destination ? Quel sort l'attendait-t-il à la sortie de ce sinistre habitacle de voiture trop luxueux ? Son œil sombre oscillait avec le panorama mouvant qui s'offrait à sa vue, il battait lentement des paupières, ponctuant chacun de ses gestes d'un profond soupir dépourvu. La voix de l'homme résonnait encore en lui comme un avertissement funeste à la tessiture basse comme l'orage.

" Suivez Xavius sans faire d'histoires, Docteur. Si vous tentez la moindre folie, sachez que ce que vous avez traversé jusqu'ici n'était qu'une délicieuse mise en bouche."

Qu'entendait-il par là ? Aeluin avait retourné cette phrase dans un sens, puis dans l'autre, retraçant méticuleusement les évènements des derniers jours. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ou peut-être avait-il compris si vite et si tôt qu'il avait préféré occulter la triste conclusion de son esprit fertile pour se préserver d'une vision tragique. Juste une mise en bouche. Ces quelques mots défilaient et repassaient en boucle dans son esprit comme une mélodie qui colle à la peau et revient à chaque silence. D'un geste distrait par sa contemplation du paysage, il dépliait et repliait lentement sa jambe droite sous l'égide protectrice d'une main pâle posée sur son genou. Il avait encore mal, les soins de Maître Sylannrod lui avaient été salvateurs, et il lui devait probablement la vie, mais quelle vie ? La rousse créature avait-elle compris ce à quoi elle avait participé ? Était-elle seulement consciente de sa complicité ? En avait-elle seulement cure ? Si il devait y avoir pour lui une quelconque forme de salut, il espérait qu'elle en soit la clé. Ne s'était-elle pas, après tout, penché sur lui pour murmurer.

" Vos mots sont-ils contraints, Docteur. Y a-t'il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ? "

Il ressentait encore la frustration de son silence assujetti, il pouvait encore cerner l'étreinte obscure qui l'avait fait taire à ce moment là comme si elle était toujours présente. La main sombre qui s'était posée sur ses lèvres diaphanes pour étouffer le cri mordant de son âme farouche. Il aurait souhaité lui répondre tant de choses, hurler, peut-être même s’agripper à elle et lui secouer l'épaule jusqu'à ce qu'elle comprenne, mais il ne pu que répondre dans un souffle las.

" Vous m'avez déjà aidé, Maître Sylannrod. Rentrez chez vous maintenant, la route est longue et obscure en ces bois."

Le souvenir de cet échange de regard stagnait encore comme l'impression vague d'un spectre imprimé dans sa rétine. L'idée même de se soustraire à son destin provoqua une douleur incisive et brulante qui lui remonta du bras jusqu'au cœur comme un ras-de-marée ardent. Il essuya un grondement sourd, replié sur lui-même, au moment où la voiture se figea, l'arrachant tant à ses pensées éperdues qu'à son instinct sauvage. Il posa les yeux au dehors, ébloui par le rayon d'un soleil désormais perché haut dans le ciel. Combien de temps avait-il erré entre ce monde, et celui de son esprit ?

Un manoir à la façade lugubre et défraichie se tenait devant lui, colossal, et froid. Oui, pensa-t-il alors, Xavius est bel et bien à l'image de son Maître. Cette observation lui provoqua un long frisson d'angoisse, il eut envie de bondir hors de l'habitacle et de courir à tue-tête à travers la cité mais ces chaines vicieuses, depuis le fond de ses entrailles nouées, lui susurrèrent...

"Suivez Xavius sans faire d'histoire, Docteur."

Et avortèrent toute pulsion fougueuse.

À la suite du Serviteur, Wander claudiquait, le visage dissimulé derrière de longues mèches de cheveux sombres et ondulants. Ils traversèrent une cour aux pavés déchaussés par les racines desséchées de quelques haies oubliées. La végétation, vestigiale, lui apparu comme la triste métaphore d'une famille au bord de la déchéance. Tout ce qui défilait sous ses yeux décolorés lui sembla suer de mélancolie et d'obscurité, transpirant d'une gloire passée et d'un destin funeste. Ensembles, dans un silence morne semblable à celui du condamné, ils passèrent les deux amples portes d'ébène du Manoir dans un grincement qui lui rappela l'agonie d'une veille femme et fit frémir ses entrailles. Il ferma les yeux pour chasser de son esprit farouche les derniers espoirs de liberté qui l'animaient alors que, d'une pression de la main, le Majordome le fit pivoter vers un dédale de couloirs en marbre gelé et sombre comme une nuit sans étoile. Ils esquivèrent salons, bibliothèques, et portes closes, jusqu'à s'ériger, au bout d'un interminable escalier en colimaçon, devant la seule porte cloutée du domaine.

" C'est ici que s'achève votre route, ou commence la prochaine, Monseigneur."

Alors que le majordome poussait la porte d'une main, libérant serrure et verrous de l'autre, la vision qui s'offrit à Aeluin sembla lui faire perdre instantanément toute forme de reddition. Comme on découvre d'un geste le corps étourdi par la chaleur d'un lit, il se redressa subitement et, dans un déchainement d'éclairs de douleur, tenta une dernière fois d'échapper à ce qui lui semblait désormais une fatalité. Il recula d'un pas, la lèvre retroussée comme celle d'un animal.

" Non ! "

Le cri de désespoir et d'horreur lui déchira la gorge et résonna à travers les salles lambrissées du Manoir comme la complainte d'un animal esseulé, ou le hurlement serrant d'un loup solitaire. Il fut étouffé sans ménagement par une impulsion dans le dos qui lui fit passer le seuil de la pièce dans une expression horrifiée. Son front heurta sans détour le sol pavé où il s'écrasa lourdement en même temps que la porte se refermait derrière lui. À l'intérieur, pas la moindre étincelle de lumière, juste le silence étourdissant et l'obscurité la plus profonde. Le sol était froid, si froid.

Une odeur ferreuse de sang lui parvint aux narines alors que son esprit se déroba peu à peu...

~

Révélation

Le contenu de ce texte ne pourra, en aucun cas, être utilisé en RP ou considéré comme connu par un tiers n'ayant pas assisté à la scène.Tout geste ou parole en ce sens sera considéré comme Meta-RP. Merci de votre compréhension.

 

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(By Yellwolf on Deviantart.)

Chapitre III : " Le corbeau et le loup."

Aucune lumière ne filtrait dans la pièce. Seuls les reflets satinés d'outils métalliques et de vasques au contenu insoupçonnable lui renvoyaient l'impression de dimension et de profondeur. La seule fenêtre par laquelle un léger courant d'air glacé et fantomatique entrait était recouverte d'une épaisse tenture de velours noir. Les brises hivernales semblaient alors longer les murs de pierre comme des cascades brumeuses et s'étalaient en vaguelettes délicates sur le marbre noir. Les rétines vairons du captif s'étaient peu à peu accommodées de cette obscurité profonde. À travers les barreaux de sa cage, il apercevait les ombres immobiles et imposantes d'objets de toutes formes et usages. Certains lui apparaissaient plus menaçants ou familiers que d'autres.  Il avait passé les premières heures de sa détention à en faire l'inventaire mental, reconnaissant la forme distincte d'un établi d'alchimie ou encore d'un billard chirurgical. Il n'avait pu s'empêcher d'établir, méthodiquement, une carte des lieux et un million d'hypothétiques plans d'actions pour le moment où, enfin, la lourde porte cloutée s'ouvrirait à nouveau.

Combien de temps avait-il passé dans ce sordide donjon ? Il avait fini par perdre, isolé et désespérément seul, la notion du temps qui passe. Les minutes parurent des heures, les heures des journées, et toutes se confondaient entre elles sans ordre ni mesure. Quand vint le jour ? Était-il temps de dormir ? Il fini même par oublier ces questions pour abandonner son esprit aux divagations éperdues d'une âme en peine. Ces étreintes persistaient en lui comme l'écho lointain de la mer, qui frappe les rochers et revient sans cesse, plus fort, plus sauvage, plus intense, et répand son écume sur les rives ensablées. Pourquoi ressentait-il tant de désespoir ? Où s'était enfuie sa hargne, et la fougue de son esprit totem ? La nature elle-même l'avait-elle abandonné à son sort ? Ses mains délicates suivaient aveuglément chaque aspérité du mur qui l'entourait, elles avaient effleuré au moins une fois chaque barreau de sa cage pour en sentir la rugosité. Du bout de l'index, il dessinait sans cesse des cercles réguliers sur le sol, machinalement, comme si ses membres suivaient le cours de ses pensées. Il tournait en rond, les mêmes interrogations revenaient en boucle. Que lui voulait-il ? Serait-il condamné à croupir au fond de cette pièce pour le restant de ses jours ? Quelles étaient les intentions du Corbeau qui s'était penché sur lui ? Quelqu'un était-il seulement en train de le chercher ? Cette question résonna en lui comme un écho glacé dans un long couloir. Qui pouvait s'inquiéter de sa disparition ? Il n'avait pas réellement d'amis. Pas réellement de famille. Le visage particulier de son demi frère lui effleura un instant l'esprit, puis fut chassé par celui de ses nombreux patients. Il allait manquer des consultations, quelqu'un finirait forcément par noter son départ soudain. Quelqu'un devait forcément être en train de remonter la piste jusqu'à lui. Quelqu'un... N'importe qui.

Son poignet souple laissait derrière le mouvement lent de sa main, un crissement épouvantable de métal contre le pavement. Ses fers commençaient à lui faire mal, ils étaient serrés et leurs arrêtes lui paraissaient de plus en plus affûtées au fil des jours. Sous son corps pâle et élancé, la carpette rudimentaire qu'on avait daigné lui laisser fini par devenir son seul réconfort. Elle l'isolait tant bien que mal des gerçures sournoises du froid. Et revenaient ces questions, comme un hydre de malheur. À chaque fois qu'il sembla trouver une esquisse de réponse à l'une d'elles, deux autres lui parvenaient, ne laissant pas le moindre répit à sa conscience.

Lorsque, par miracle, il avait la chance de s'endormir, ce fut pour mieux retrouver encore sa condition asservie. Il rêvait. Non, il avait des cauchemars. Toujours le même, toujours ces mêmes images nocturnes...

~

Il se trouvait dans une lande morte. Aucune végétation ne semblait plus voir le jour. D'ailleurs, il n'y avait dans cette lande pas la moindre trace d'un jour quelconque. Juste cette coupole ronde, parfaite, à l'aura diaphane et laiteuse, qui guettait depuis les hauteurs immatérielles. Des terrains vagues et infertiles à perte de vue, un horizon vide et morne, sans promesse de lendemain, sans étincelle de lumière, sans limite distincte. C'était une nuit sans fin, une nuit sans étoiles, ces nuits si profondes qu'elles provoquent le vertige. La voûte céleste n'avait rien d'apaisant dans ce songe, non, elle pesait de tout son poids sur le sol comme si, d'un instant à l'autre, elle allait s'y affaisser. L'air était lourd, pas chaud, ni froid, mais atone, décoloré, insipide, oppressant. Pas la moindre saveur dans sa bouche asséchée, pas la moindre odeur dans son museau. Pas la moindre douceur sous les coussinets de ses pattes. Pas même, la moindre brise, le moindre soupçon de vent, dans sa fourrure épaisse. Un silence de mort, aucun murmure, pas même celui de la Nature. Pas de grondement, pas même celui de la Terre. Il se tenait là, perdu et seul au milieu de ce désert de terre sèche et inféconde, la truffe redressée vers l'Astre lointain avec désespoir. Et plus son regard semblait s'y attarder, plus la Lune semblait s'éloigner. Pire, elle ne semblait pas seulement hors d'atteinte, elle semblait aussi lui tourner le dos, laissant derrière-elle ce vide étourdissant. Il ne ressentait en lui qu'une solitude infinie, une absence profonde, l'âme léthargique, tétanisée.

Dans un battement d'aile sourd, de plus en plus imposant, une ombre menaçante approchait dans le ciel. Et contrairement à l'Astre clair qui l'illuminait timidement, cette silhouette d'oiseau, elle, semblait grandir un peu plus à chaque battement. Le ciel ne tomba pas comme il l'avait songé, non , peu à peu, dans une tornade de plumes obscures, sous les ailes gigantesques d'un Corbeau déployé, le loup semblait s'enfoncer dans le sol goudronneux. L'ample contour de cet oiseau de malheur, impérial et dominant la lande, recouvrait progressivement la face restante de la Lune. Dérobant au loup tout espoir.

Un hurlement éperdu s'élevait alors, grondant et serrant, tandis que l'Eclipse devint totale.

~

Le semi-elfe se réveillait inlassablement à cet instant, dans un cri qui faisait écho à celui du Loup, les tempes humides et le teint plus pâle encore que l'Astre étouffé.

Combien de temps cette torture allait-elle encore lui être infligée ? Existait-il pire sort que celui d'affronter, nuit après nuit, les démons de son passé, et les craintes de son futur ?

Il haletait encore, couché sur le flanc, la joue creuse posée contre le marbre glacé, quand, enfin, la serrure du Donjon cliqueta. Il ne fit rien de tout ce qu'il avait envisagé, il savait déjà. Il avait compris, seul dans le noir, que son cauchemar ne prendrait pas fin. Pas même lorsqu'il serait éveillé.

Dans un bruissement de cape sombre, l'ombre du Corbeau s'avançait vers la cage, à contrejour.

" Il est temps que nous passions à l'étape suivante, oubliez ce que vous étiez, désormais, vous êtes mon sujet."

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Chapitre IV : "Introspection."

Sur le marbre glacé du salon, ses genoux endoloris étaient posés. Il sentait la pierre froide à travers le tissus de son costume sombre et savamment ajusté. Un cadeau que le Corbeau lui avait fait. Quel cadeau. Ce trois-pièces de velours noir lui collait désormais comme une seconde peau. C'était la seule forme de dignité qu'il sembla lui rester. Il n'avait pas oublié la manière nonchalante qu'avait eu le Maître des lieux pour le lui confier. Ce soir-là, Xavius avait passé la lourde porte cloutée avec un paquet de vêtements repliés dans les mains et lui avait dit froidement.

"Monseigneur vous attend au salon. Ne l'enfilez pas encore."

Comme un morceau de viande, il s'était dévêtu sans grande pudeur, et avait pu profiter, pour la première fois depuis trop longtemps, d'un bain chaud. Quel bain. Il n'avait pas oublié non plus, la manière dont le Corbeau lui avait enfoncé la tête sous l'eau à plusieurs reprises pour lui faire ravaler le reste de sa hargne lorsqu'il avait corrigé l’appellation de ce dernier par "Docteur, je suis docteur, pas animal de foire." Le regard du Seigneur s'était alors subitement assombri, et il n'avait pas fallu plus d'une demi-seconde pour qu'il se retrouve sous la surface fumante et trouble de l'étuve, les yeux écarquillés et les quatre fers en l'air, impuissant.

"Vous serez ce que je veux que vous soyez, Aeluin. N'avez-vous pas encore compris ? Combien de temps encore vais-je devoir vous le marteler pour que vous lâchiez enfin prise ? Vous êtes ma plus parfaite, et ma plus incomplète création à ce jour, ne m'obligez pas à vous faire disparaitre. Cessez de vous débattre inutilement."

En réalité, le traitement du noble avait eu raison de sa volonté bien plus tôt qu'il ne l'eut cru, ce n'était que les vestiges d'un égo d'homme de lettre et de culture qui s'exprimaient au travers de ces réprimandes futiles. Le titre qu'il lui donnait n'importait plus. Au final, il savait qu'il ne serait jamais plus médecin, ou semi-elfe, qu'il était désormais sa chose, quel que soit le nom qu'on lui donne. Cette idée même lui provoquait des nausées incontrôlables, mais chaque fois que lui vint l'envie de montrer des dents, quelque chose de sombre, du fond de ses entrailles, inlassablement lui disait "Abandonne." C'était pourtant contre tout ce qu'il était autrefois, la reddition, la servitude. Il était de nature farouche, solitaire et incontestablement libre de ses actes et de ses pensées. Pourquoi fallait-il que tout bascule si subitement en sa défaveur ? Les souvenirs de ce bain chaud et agité, et la réaction du Corbeau lorsqu'il eut terminer d'enfiler son trois-pièce, s'échappèrent peu à peu de son esprit alors qu'il fut rappelé à la réalité.

Sur le marbre glacé du salon, donc, ses genoux étaient posés. Le noble se tenait au dessus de lui, impérieux et impassible. La seconde d'avant, Aeluin cherchait encore à déterminer les frontières de ce qui lui était, ou non, permis de faire, et de dire.

"À genoux."

Cette voix sombre, à la tessiture basse, toujours cette voix. La même que celle qui murmurait "Abandonne", ou qui l'empoignait par les tripes lorsqu'il pensait à fuir. Aeluin, dans un grognement sourd d'animal captif, ploya les jambes, et retomba au sol aux pieds du noble, ponctuant sa chute d'un profond soupir de désarroi. C'est tout ce qu'il lui restait, du désarroi, de l'amertume. Son visage n'était plus que le reflet maussade et mélancolique de son esprit assujettis. La main glacée du seigneur vint alors se poser, couverte d'un gantelet d'argent ouvragé, sur la nuque pâle du médecin, y exerçant une pression légère. Il lui intima, d'un ton sans appel.

" Regardez-moi, Wander."

Aeluin redressa alors le visage, dévoilant une mine claire et diaphane comme celle de l'Astre qui s'était détourné de lui, blême comme l'hiver. Le regard perdu entre la reddition et une forme de violence sourde et rabrouée. Il leva les yeux vers son Maître, l’œil gauche toujours dissimulé derrière un cache-oeil, et planta son iris marron dans la fenêtre abyssale qui le surplombait. Il serrait déjà les dents, la mâchoire crispée et les épaules hérissées par l'anticipation des évènements. À chaque fois qu'il avait regardé le corbeau jusqu'ici, une puissante vague de douleur s'était répandue en lui comme celle d'un tsunami, provoquant une souffrance éperdue qu'il était seul à connaître, et qui le laissait systématiquement plié en deux, en position fœtale, pendant une bonne demi-heure.

Il gronda sourdement, redressant d'instinct la lèvre supérieure pour dévoiler deux canines pointues lorsque, dans une caresse glaciale, les doigts gantés du seigneur virent dénouer la ficelle qui retenait son ultime rempart. Dans un réflexe défensif, il agrippa subitement le pantalon près duquel il était incliné.

"Ne me touchez pas ! " avait alors invectivé la voix orageuse.

Mais le semi-elfe eut à peine le temps de capter la réprimande que, déjà, son esprit lui échappait, et les horreurs s'éveillaient en lui. Son œil gauche, d'un bleu profond, luisait d'une aura hypnotique.

Nulle douleur cependant, comme si les ténèbres avaient été enfin domptés. Ils demeuraient désormais calmes, comme cette nuit obscure, sans lune, dont il rêvait toujours. Aussi froide que la tombe, aussi morne et atone. C'était une quiétude proche de celle de la mort, funeste, pleine et sans demi-mesure. À travers ce regard échangé, Aeluin put enfin voir au-delà de sa souffrance, l'étendue ténébreuse qui souillait l'âme du Corbeau. La vision de cet oiseau majestueux survolant la lande goudronneuse lui apparaissait plus forte que jamais. Mais entre ses serres, un loup, à la fourrure grisonnante, demeurait prisonnier et spectateur impuissant de cette déliquescence. Dans cette puissance mortifiante, le semi-elfe pouvait ressentir, et presque toucher du doigt, le plaisir, et le complet lâcher-prise du Maître.

Peu à peu, sa main fébrile se détendu, puis ses épaules crispées jusqu'alors par l'anticipation, suivirent le même mouvement. Son corps entier s'affaissa sous le poids accablant de cette introspection effrayante. Il n'avait plus envie de lutter, cette paix, qu'il avait ressentie, s'était peu à peu propagée d'un être à l'autre, passant par ce lien invisible dressé entre leurs iris. Ses paupières tombèrent légèrement, alors que son esprit, insidieusement, se laissait submerger à son tour par cette marée goudronneuse.

Lorsque le noble détourna subitement le regard, les vestiges de cette vision lugubre persistèrent chez l'empathe. Il soupira, d'un ton éperdu.

" Où est la paix, véritablement, dans ce linceul de ténèbres sans fin ?"

"La réponse est dans votre question, Wander." Un silence évocateur, puis le Maître de reprendre. " Il y a d'abord eu l'orage, et ce tonnerre, qui me brulait jusqu'à l'âme comme il vous a brûlé. De ces sombres douleurs, je ne voyais guère la richesse, mais quand j’eus enfin osé plonger, Aeluin, alors... Il n'est guère plus grand éclat que celui de la tempête."

Toujours subjugué par les volutes sombres qui enivraient son esprit, le semi-elfe lança, dans un nouveau souffle rendu.

" Est-il nuit plus sombre, que celle où le loup hurle à la lune ?"

Et à nouveau, le Corbeau de répondre platement.

" Vous pouvez hurler tant qu'il vous plait, Wander, mais plus aucune Lune ne viendra faire briller votre visage. Ce que vous oublierez, c'est votre vie entière. Votre ancienne demeure, les gens qui en ont franchit le seuil. Plus vous résisterez, plus l'on vous arrachera de souvenirs. Ne prenez pas ça pour de la faiblesse, il faut beaucoup de courage pour embrasser les ténèbres, et oser se rendre là où personne n'a jamais voulu marcher. Mais n'oubliez pas... C'est un voyage sans retour."

 

~

Au détour d'une conversation à demi-ton.

" Comment pouvez-vous accepter cette servitude, Docteur ?"

" Comme on accepte le temps qui passe, le cycle immuable du soleil dans le ciel, le vent qui souffle sur nos joues, Maître Sylannrod, avec beaucoup de résilience."

Révélation

Le contenu de ce texte ne pourra, en aucun cas, être utilisé en RP ou considéré comme connu par un tiers n'ayant pas assisté à la scène.Tout geste ou parole en ce sens sera considéré comme Meta-RP. Merci de votre compréhension.

 

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L'obscurité, dans les chambres, le soir, est une
Irréconciliable apporteuse de craintes ;
En deuil, s'habillant d'ombre et de linges de lune,
Elle inquiète ; elle a de félines étreintes

Comme une eau des canaux traîtres où l'on se noie
L'obscurité, c'est la tueuse de la joie
Qui dépérit, bouquet de roses transitoires,
Quand elle y verse un peu de ses fioles noires.

L'obscurité s'installe avec le crépuscule ;
Elle descend dans l'âme aussi qui s'enténèbre ;
Sur le miroir heureux tombe un crêpe funèbre
La clarté, dirait-on, est blessée et recule

Vers la fenêtre où s'offre un linceul de dentelle.
L'ombre est un poison noir, d'une douceur mortelle !
Et voici qu'on frémit d'on ne sait quoi... c'est l'heure
Où le vol libéré des âmes nous effleure ;

Ah ! Quel trouble ! Et les peurs, les peurs dominatrices
Dans les rideaux des lits agitant des fantômes !
Et ces sachets du linge aux sensuels arômes !
Et les lampes, là-bas, rouvrant leurs cicatrices,

Qui vont recommencer à faire saigner l'ombre !
Mais l'ombre se défend contre les lampes frêles,
Épaississant dans les angles sa force sombre
- On écoute les moucherons griller leurs ailes... -

Et l'on soupçonne, à voir mourir les bestioles,
Que c'est l'obscurité qui se venge ainsi d'elles
Pour avoir aimé mieux que ses noires fioles
Le soleil qui revit dans les lampes fidèles !

                                                                       -   Rodenbach

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Chapitre V : "Miroir."

Son front avait pâli, comme le reste de sa chair. Il observait la silhouette élancée qui se tenait face à lui. Ses mains, fines et laiteuses, suivaient avec une délicatesse chirurgicale, les courbes et les creux de son corps blême. Il avait maigri, le visage qu'il observait lui paraissait concave, ses joues semblaient durcies par la brutalité de sa condition. Était-il encore la même personne ? Le reflet du miroir lui semblait si peu familier, et pourtant si commun. La lividité de son teint lui rappelait celle des corps qu'il avait eu la chance d'étudier en secret. Il re-decouvrait du bout des doigts, chacun de ses muscles, chacune de ses veines, la texture doucereuse et fragile de sa peau, le frémissement indistinct de ses poils hérissés. Tout cela était-il réel ? Sa main fini par se poser comme un oiseau sur sa poitrine, il ferma les yeux un instant pour chasser cette vision morbide de lui-même. Sa paume s'éleva doucement, à un rythme régulier, accompagnant chaque battement de son cœur flétri. Était-il seulement encore en vie ? De quelle vie s'agissait-il désormais ? Il n'était plus maître de rien. Cette idée fit remonter une vague d'amertume le long de son œsophage et lui brula le fond de la gorge. Il en avait assez vu. Ou peut-être, songea t'il, ne voyait-il plus rien ?

Ses yeux, disparates et maussades, aux paupières alourdies par le poids de ses fantômes, décrivaient peu à peu la carte des traces viciées qui grimpaient le long de son bras. Elles prenaient toutes naissance au même endroit, au centre de sa paume, et se faufilaient en suivant ses racines, le long de l'artère brachiale, jusqu'au cœur, passaient et souillaient l'Aorte, puis remontaient par la jugulaire pour disparaitre quelque part à la lisière de ses longs cheveux sombres. La main, le cœur, l’échine, la tête. L'âme ? Était-il seulement un endroit où ne régnait pas désormais cette lande morte et inféconde ? Il la sentait courir à travers chaque parcelle de son corps, chaque recoin de son être.

Avait-il passé le cap ? Avait-il franchi la limite invisible du non-retour ?

Il en avait l'impression, intime et puissante. Le Corbeau n'avait pas menti, pourquoi aurait-il menti à sa Création ? Plus les jours passaient, plus il sentait cette étreinte sombre le couvrir comme un linceul opaque, oppressant et d'un réconfort pourtant troublant. Plus le temps passait, moins il en avait peur. Ce linceul apportait avec lui une quiétude indéniable et constante, un silence si profond et tranquille. L'obscurité avait lissé d'un revers de la main toutes les aspérités de son caractère. Il ne haïssait plus son Maître, il n'était plus réellement triste. Il n'avait plus envie de se battre, plus envie de lutter contre l'inévitable. Il ne ressentait qu'une mélancolie latente, délicieuse, quiète. Plus son fort intérieur s'obscurcissait, plus les choses lui semblaient paradoxalement claires et limpides. Est-ce là le secret de la paix qu'on lui promit en échange de sa reddition ? L'abandon, l'oubli.

Cela lui semblait trop facile, trop rapide. Il connaissait plus que quiconque les lois immuables de la Nature et du monde. Toute chose offerte a un prix, tout bénéfice comporte des risques, toute paix doit forcément résulter d'une lutte passée ou prédire celle à venir. Il avait apprivoisé la Nuit comme on apprivoise l'inéluctable sablier du temps, il l'avait laissé s'écouler peu à peu sur lui, en lui. Et en retour, la Nuit l'avait dompté, elle avait fait taire la hargne farouche de l'Esprit-Loup, elle l'avait fait sienne. Et quelque chose en son sein, désormais, en réclamait plus, encore, toujours...

" De qui suis-je désormais l'instrument ? Du Corbeau, résident ancestral des landes mortes, ou... de la Noirceur elle-même ?"

 

~

 

 

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Chapitre VI : "Rupture."

Quelque part au-delà des terres humides et boueuses de Glish, le vent hurlait à travers les pins dressés en colonnes majestueuses à flanc de colline, droits et fiers. Le jour avait décliné pour laisser place à l'atmosphère brumeuse des nuits d'un hiver bientôt là. L'air était glacé, il caressait les joues humides du médecin mais ne lui apportait aucun réconfort. La silhouette désincarnée du docteur gisait là, au bord de la surface argentée d'une source montagneuse reculée. La Lune, impassible gardienne, avait assisté à la déchirure sans ciller d'un iota. Elle l'avait définitivement abandonné au profit de cette nuit sans étoiles. Tout s'était déroulé si vite, et pourtant, chaque seconde avait été marquée au fer rouge à travers son âme, si bien qu'elle sembla avoir craquelé du milieu dans un bruit sinistre.

" Je suis ton créateur, tu es ma création... Tout ce que tu possèdes aujourd'hui, tu l'as parce que je le permet. Ne l'oublie jamais, Wander, tu ne pourrais oublier qu'en cette Noirceur, tu as aussi trouvé une étincelle que jamais tu n'as connue auparavant. Une étincelle de vie... Car l'on est jamais plus vivant que dans les ombres..."

La tempe blafarde d'Aeluin gisait contre la pierre froide et lisse d'une rive paisible. Sur la roche, les vestiges ruisselants d'une pluie battante qui l'avait imprégné des pieds à la tête. Mais cette averse là ne l'avait pas lavé, non, elle n'avait rien eu de salvatrice. Elle n'avait fait qu'accentuer la souillure glaciale qui l'avait étreinte cette nuit-là. Elle n'avait fait, maudite pluie, que sublimer encore la violence qui s'était abattue à l'abri des regards, sous le jugement impassible de la Lune. Son regard morne resta posé, des heures durant, immobile et voilé, indéchiffrable, sur la flaque de sang et d'eau mêlée qui s'étendait devant lui. Il ne sentait plus réellement son corps, pas plus que son âme, tout semblait avoir été engourdi par la froideur de cette nuit-là. Il ne se sentait ni triste, ni en colère. Il ne se sentait pas heureux, ni malheureux. Il ne se sentait tout simplement plus. Peut-être avait-il décidé de ne plus se ressentir lorsque la déchirure se produisit. Peut-être avait-il décidé de se cacher dans la pénombre de son esprit pour y perdre ses maux. Peut-être avait-t-il décidé de se soustraire à son sort lorsqu'en levant les yeux, il se rendit compte que la Lune s'était encore une fois détournée de lui. Peut-être se sentait-il honteux d'avoir, secrètement, trouvé une forme de réconfort dans ce geste d'abandon.

 

" Tu m'appartiens désormais, nous sommes liés que tu le veuilles ou non. Je serai ta seule famille."

Cette nuit-là...

Il avait découvert d'un même acte fugace et emporté, la passion et la violence du Corbeau.

Cette nuit-là...

Il s'en était repaît, avec honte et soumission.

Cette nuit-là...

Il savait qu'il ne serait jamais plus que l'ombre de ce qu'il fût.

Cette nuit-là...

Alors que le sol se dérobait sous ses pieds, c'était à Lui qu'il s'était accroché.

Alors que le Malin en personne l'avait tenté, c'était vers Lui qu'il avait tendu la main fébrilement.

Cette nuit-là...

C'était à ses pieds qu'il avait posé les genoux à terre, et qu'il avait festoyé.

Cette nuit-là...

C'était à Lui que le loup avait hurlé plus qu'à l'Astre.

 

Rien ne serait plus comme avant.

~

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Chapitre VII : "Union."

Le temps s'écoulait curieusement vite, peut-être que cet oubli de lui-même lui avait également fait perdre le fil du temps. Il se surprenait parfois, couché de biais sur la causeuse de ses appartements flambant neufs, à n'être plus inquiet de rien. Il n'avait pas oublié sa famille, pas plus que son ancienne vie, mais il ne ressentait plus d'amertume lorsqu'il en considérait la perte brutale. Sa condition était établie, figée à jamais, il n'avait pas plus d'espoir que d'aspiration à s'en défaire. Mais il lui manquait indéniablement quelque chose, il se sentait vide. S'il n'avait plus mal au cœur, si cet étau qui le serrait avait fini par faire partie intégrante de sa vie, il n'en demeurait pas moins terriblement seul. Il savait qu'il était inutile pour lui de chercher à nouer des liens en dehors de son service, il lui était de toute façon impossible de s'exprimer sur la nature de sa dévotion, pas plus que sur le lien qui l'unissait désormais à son Maître. Ce n'était pas vraiment d'un ami dont il avait besoin, mais d'une âme sœur. D'un être avec lequel les mots seraient inutiles, d'un être à qui il n'aurait pas besoin d'expliquer pourquoi sa peau était si pâle, et pourquoi son visage semblait si maussade. Une âme qui partagerait sa vie sans condition. Quelqu'un qui ne le jugerait pas, ni d'avoir cédé, ni d'avoir embrassé les ombres, quelqu'un qui ne verrait pas en lui un sous-être, mais quelque chose de sublime, ou quelque chose de sublimant. Ses yeux aux paupières basses détaillaient les aspérités du bois au dessus de lui. Il ne se sentait pas bien, dans cette aile du Manoir qui lui était désormais destinée, mais il ne s'y sentait pas mal non plus. Cette quête de moitié semblait s'être installée insidieusement en lui, comblant tous les autres vides laissés par la noirceur de ses tréfonds, elle occupait la plupart de ses pensées, et pourtant, la réponse était là, sous son nez, depuis les premiers jours.

"Vous me faites pitié, Wander, avec cet air de peinture défraichie que l'on garde par sentiment, à vous morfondre sans relâche. C'est votre vie, maintenant, faites-en quelque chose."

Cette insulte avait blessé le peu d'égo qui persistait chez le médecin, et lui avait même fait retrousser la lèvre supérieure dans une grimace bestiale qui fendait son visage d'un air de lion en cage. Pourtant, il n'avait pas tout à fait tort. C'était sa vie, désormais. Et si il n'avait plus le goût de bien des choses, il lui paru sensé de chercher, au moins, à trouver une forme de contentement à sa servitude.

~

Cette nuit lui apparu plus claire et limpide que jamais lorsque vint enfin l'aube. Chassant les démons des coins de la pièce pour laisser filtrer un rayon chatoyant à travers les épaisses tentures de velours noires de sa chambre. Son corps entier le faisait souffrir, il ressentait encore chaque lacération, chaque coup, chaque caresse, comme si elle venait de se produire. Cette douleur, le contact du sang contre le dos de sa chemise, la chaleur de ses chairs meurtries, l'odeur délicate des draps de satins, le souffle glacé qui lui hérissait le poil. Tout demeurait avec lui, l'habitant comme l'impression d'une image floue qui persiste au fond de l’œil. Il se tenait là, allongé comme un chat sur l'accoudoir de sa causeuse, la joue reposée contre le poing, le visage quiet, le souffle tranquille, les épaules déliées. Ce matin là, la réponse lui était apparue, avec une évidence si frappante qu'elle lui arracha un sourire.

Il n'était pas moins esclave que son Maître. Peut-être, était il même plus libre que lui, par sa condition, libre de culpabilité, libre du poids des décisions, libre de libre arbitre, libre de remords et de regrets. Son contentement était là, c'était celui de n'être plus obligé de s'évertuer à vivre pour lui-même, celui de ne plus porter le poids de son égo.

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Chapitre VIII : Renaissance.

Il avait fini par se faire à l'idée. Sa vie d'antan n'était plus. En voulait-il seulement encore ? Il avait goûté à l’exaltation si particulière d'une vie sur le fil. Perpétuellement en équilibre entre les noirceurs les plus denses et l'Illumination. Jouant sur la tranche d'une lame affûtée, prêt à basculer à tout moment. S'il avait perdu le goût de bien des saveurs, si le vin n'avait dans sa bouche plus que l'ombre de ses fragrances, si le thé autrefois si chéri n'avait pour lui plus que le goût de cendres, sa frustration s'était peu à peu muée en quelque chose de plus profond. Son sort était juste, lui qui avait cédé si vite aux affres de l'obscurité payait désormais le prix de son insolence. S'il ne croyait pas en Dieu de la même façon que son Maître, il n'en était pas moins persuadé que les évènements avaient un sens, et qu'il finirait bien par le trouver.

La routine de sa condition s'était installée insidieusement, peu à peu, sans qu'il n'ait réellement le temps d'en réaliser l'ampleur. Il se levait aux aurores, descendait assister Xavius à la préparation du petit-déjeuner, qu'il servait tantôt au bureau, tantôt dans la salle de banquet. Il dînait rarement avec le Corbeau, qui aimait lire l’Écho Calphéen, cigare en bouche, dans un silence pesant que personne n'osait troubler. Ça ne le dérangeait pas, il avait toujours fort à faire, la journée, il vaquait aux tâches léguées par son Maître. Tantôt diplomate, tantôt chirurgien, tantôt coursier ou interprète. Il n'avait plus réellement le temps de songer à sa raison d'être, elle était éludée à chaque fois qu'il avait un instant de répit.

"Wander ! Xavius ?... Où est passé Wander ?!" la voix rauque du Maître des lieux résonnait souvent ainsi à travers les couloirs lugubres de la demeure, suivie du grondement des pas qui filaient vivement d'une porte à l'autre en quête de son serviteur.

"Je suis là, Maître. Comme toujours. Où vous voulez que je sois." Soupirait-il la plupart du temps, avant d'être expédié ça ou là, pour l'une, ou l'autre raison.

~

Il avait tout juste fini par se faire à l'idée. Pourtant, il savait mieux que personne qu'il était incomplet. Création imparfaite, et inachevée. Chimère d'espoirs amers et de desseins cachés. Il n'était la résultante brouillonne que d'une Volonté Tierce. Peu à peu, cette idée d'imperfection avait mûrie en lui et s'était installée comme un parasite, troublant ses pensées. Il n'était plus ce qu'il était autrefois, et pourtant, il n'avait pas l'impression d'être totalement ce qu'il était devenu malgré lui. Sublime créature, amalgame de désespoir et d'ambition mêlés, derniers recours et baroud d'honneur. Il représentait à la fois la réussite prodigieuse d'un travail acharné, et l'échec cuisant d'une expérience tout juste... Tout juste inachevée.

Mais ça, c'était avant.

Avant qu'ils ne trouvent la pièce manquante, avant qu'ils ne mettent enfin la main sur le composé. Le Composé. La Solution. Liquide écarlate aux reflets zircons, tout était là, dans cette seule et unique fiole.

Le parfum du thé, le goût âpre du bon vin rouge, la chaleur d'une caresse solaire, le réconfort d'un rayon diaphane. Le sang qui bat, les pommettes rougies par le froid et surtout...

La Paix. Ce Silence.

Ce silence profond et éternel, ce silence quiet et étourdissant, récompense de tant de sacrifices. Consolation ultime d'une vie de servitude.

 

Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit,
Car chaque solitude a son propre mystère :
Les bois ont donc aussi leur façon de se taire
Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit.

On sent dans leur silence errer l'âme du bruit,
Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière.
Leur mystère est vivant : chaque homme à sa manière
Selon ses souvenirs l'éprouve et le traduit.

La nuit des bois fait naître une aube de pensées ;
Et, favorable au vol des strophes cadencées,
Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort.

Et le cœur dans les bois se donne sans effort :
Leur nuit rend plus profonds les regards qu'on y lance,
Et les aveux d'amour se font de leur silence.
                                                                                                           
- René François Sully Prudhomme dans "Les solitudes." 1869

 

 

 

 

 

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Chapitre IX : "Valse endiablée."

 

La cour du Manoir était couverte d'un épais manteau neigeux. On ne voyait déjà presque plus ces maudites pierres déchaussées où il se prenait régulièrement le bout des pieds en rejoignant l'entrée. Il ponctuait toujours cette impression de chute impromptue d'un grognement agacé et d'un regard pour le jardinier qui, clairement, ne faisait pas son travail. L'immense demeure de briques noircies par le temps, immuable et impartial, semblait encore plus lugubre sous cette couche immaculée. Seules les têtes des quelques gargouilles qui ornaient la façade effritée débordaient du linceul comme si elles s'y étaient frayé un passage, éternelles gardiennes des secrets du Domaine, et de ses habitants. Les fenêtres, toutes couvertes d'épaisses tentures de velours rouge vieillies par les décennies et la fâcheuse addiction de son Maître à fumer le cigare et à produire des quantités incommensurables de fumées en tout genre. Le semi-elfe se tenait là, entre les rideaux faiblement écartés de l'une d'elle, le regard posé en contrebas, sur cette cour misérable où la végétation sauvage avait repris ses droits et où les ronces et les lierres avaient élu domicile, fendant progressivement chaque dalle, chaque muret, chaque statue et l'habillant d'un pourpoint sordide et épineux. Dans sa chambre, la lumière était volontairement faible, il aimait à garder, comme son maître, un certain contrôle de l'obscurité où qu'il allait, il se sentait obligé de la coutoyer d'une façon qui ne la laisse jamais prendre totalement le dessus. Un chandelier allumé posé avec nonchalance sur sa table d’auscultation plongeait la pièce dans une aura particulière, mêlée de ces fantômes d'ombres qui dansent sur les murs, et de ces points de lumière vive et chaleureuse. L'ambiance était un peu, songeait-il, à son image. D'apparence, lugubre et essorée mais toujours emprunte d'un petit quelque chose de passionné. Il avait du mal à faire transpirer ces émotions fortes sur le visage qui était sien. Parfois, il se demandait s'il n'était pas tout simplement voué à tirer la tronche perpétuellement mais, quelque part, ce repos de l'âme, comme celui des muscles de son visage, avait quelque chose d'apaisant, et de réconfortant. Il ne se sentait pas, comme la plupart des gens, obligé de sourire, de hausser les sourcils pour appuyer son intérêt, ou encore de pleurer pour partager la peine d'un autre. Il n'en avait pas besoin, un regard suffisait toujours, un regard, et tout ce que ni son visage, ni son corps, ni ses mots ne parvenaient à dire, étaient aussitôt glissé comme une évidence. Dehors, la ville semblait tranquille, les jours de grand marché étaient passés, et chacun s'était probablement terré chez lui, au coin de l'âtre, auprès de sa famille. La chaleur d'un foyer. Voilà, songea-t-il toujours, alors que ses yeux dérivaient sur la façade du voisin Cortesi où il entrapercevait les silhouettes de quelques convives à l'étage, quelque chose qu'il pensait regretter tous les jours. Le deuil de son ancienne vie avait laissé en lui cette peur irraisonnée et irraisonnable pour la solitude, il avait du laisser derrière lui ses proches, si peu nombreux furent-ils à l'époque. Et pourtant, lorsqu'il observait bouger ces silhouettes, lorsqu'il voyait le Capitaine faire de grands gestes, ou partager un éclat de rire, il ne ressentait ni envie, ni tristesse, ni jalousie. Il souriait parfois depuis l'autre côté de la rue, d'un sourire paisible et contemplatif, mais d'un sourire aux reflets étrangers. Il ne manquait pas d'émotions, il n'était pas moins vivant que tous ces gens qu'il observait, mais les siennes étaient éternellement figées au fond de son être, maintenues par un écrin solide de noirceurs, pudique et possessif. Dissimulées derrière un petit morceau de cuir noué derrière ses oreilles, et qui cachait à l'orée du monde cette fenêtre ouverte sur son âme et ses pensées les plus intimes.

Alors pour parer à ce problème, il avait trouvé d'autres formes d'expression. Il ne laissait pas juste ses émotions percer cette épaisse couche nuageuse qui l'habitait, il les sublimait, les manipulait comme de l'argile, et les façonnait de manière à les glisser dans des choses à l'apparence anodine. Une suture, l'arôme d'un thé, le grincement de son archet sur les cordes du violon, la cadence de ses pas sur le marbre noir. Il exultait de ces sentiments dans chaque geste, sous l’œil de tous, à la vue du monde, et pourtant, personne ne semblait les voir. Il s'en amusait, cela non plus, ne se voyait pas. Les gens le trouvaient souvent insipide, voire désabusé et insultant de désintérêt. Tous se trompaient, tous sauf son Créateur. Ils partageaient dès lors cette pudeur ensemble, et savaient tous deux, sans jamais le dire, sans jamais l'échanger, qu'un monde parallèle grouillait sous leurs façades marmoréennes. Un monde où tout est consumé avec une puissante ardeur, et où rien n'est fait, ni vécu, avec modération. Cette violence, cette vie d'extrêmes, tout cela demeurait savamment glissé sous les apparences mornes et plates qui leur collaient à la peau. Cette pensée lui fit esquisser un nouveau sourire déformé. Ils l'étaient toujours, l'exercice, même spontané, ressemblait toujours davantage à une grimace qu'à une émotion sur ses traits délicats. Il redressa l'archet de son instrument dont il pouvait voir la silhouette miroitée sur les carreaux qui lui faisaient face, il aimait à contempler l'instrument lorsqu'il jouait. Pas un élan de narcissisme, mais plutôt une volonté toujours plus profonde de contempler ces choses que personne ne voit. La manière dont les cordes semblent onduler, où dont le bois ciré du coffre semble gronder sous les notes. Son coude s'envolait alors au gré d'une mélopée dont il était le seul à connaître la traduction. Et les grincements résonnaient alors peu à peu à travers tout le manoir, embaumant l'écho morbide des courants d'airs sifflants d'une mélopée puissante aux reflets indicibles,  non-conforme, intemporelle, défaite et reconstruite.

Aux reflets indicibles, non-conformes, intemporels, défaits et reconstruits. Comme leur auteur.

Modifié par Minho

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Chapitre X:  "Interlude."

 

 

Elle était l'église de leur vérité, un temple silencieux où les mots n'avaient pas leurs places, un atelier où seuls, tel deux artistes travaillant l'argile, il sculptait sa chair et son esprit. Cette chambre était leur royaume, et cette alcôve un bout de terre au dessus des abysses. Lui créature imparfaite, extraite à la fange de ce monde, et aux vies désolées, à la matière ébauchée couchée sur ce grand lit aux soies pourpres. Il n'était rien, qu'un petit rien, agrémenté de gouttes de chagrin, tel des coups de fusain. Une once de douleur, mêlée à une pincée de douceur, et autant de composants d'une substance qu'il ne cessait de retravailler et réajuster, de la boue à la majesté.

-Dors toi qui espère...Si loin désormais de Kamasylvia. Là où toute lumière n'est plus. Même ceux qui se sont penchés sur ton berceau t'ont abandonné, mais eux ne savent rien, ils ne pourraient de toute façon comprendre. Tu es à moi.

Les mots s'échappaient de sa gorge, alors que la silhouette massive n'était qu'une ombre nue face au clair de lune. Elle filtrait à travers les carreaux de verre de ses pales rayons mortifères et éclairaient les dalles au sol tel des flèches d’argent. L’instant était au calme et à la réflexion, du chaos à l’ordre, petite lumière fragile que le vent soufflera, mort et renaissance. Dans l’espace clos de cette non vie, la forme verticale de l’autel, terrible mat d’une guillotine aux tentacules d’acier, portaient les stigmates d’un crépuscule baigné de cri et de sang. Effusion et coulées rubis sur le sol de pierre et les chaines aux allures de dépouilles reptiliennes, allégorie de leurs péchés inconsolables. Ses prunelles nuit parmi la nuit, fixaient le corps étendu et endormis, sa nuque délicate, et cette chute de rein interdite. Beauté sauvage qu’il continuait de façonner encore et encore, corpus long et frêle, mieux que beau, fruit O combien comestible. Par habitude, sa main vint saisir un cigare dont il ôta l’extrémité d’une coupe nette. Il le porta à ses lèvres et fouillant dans sa poche, vint y porter la flamme capricieuse d’un briquet d’argent. Il tira une profonde bouffée, lente inspiration, avant de recracher une épaisse volute de fumée, tel le souffle d’un dragon.  De quelques pas, il se rapprocha sans bruits du lit calciné par leurs brulants émois, et alors que ses doigts glissaient affectueux entres ses fils de sombre soie aux couleurs de cirage, son regard trainait sur les traces de son méfait, de sa grande œuvre. Entailles et écorchures, gouffres écarlates sur sa chair embaumée et blanche comme un lys, mutilations du corps et de l’âme, où l’eros se mêlait à l’horreur. Lentement, doucement, il prenait forme entre ses mains, et s’élevait un peu plus chaque jour et chaque nuit, bien sûr, il était loin d’en avoir terminé, loin d'achever son ouvrage. Il se montrait parfois impulsif, parfois indompté, le défi dans le regard, ses yeux innocents avaient appris à aimer ce fauve affamé où chaque caresse cédait à la morsure. La fatigue, mêlé aux fumées obscènes qui s’échappaient de son cigare voilait son regard saphir d’un trouble muet, aux côtés de ce corps de poupée de chiffon.

-Ma plus parfaite création, vertueuse genèse. Souffla le noble à mi-voix.

 Ils étaient tous deux emporté par le destin, tel un navire l’est par la houle et la tempête avec pour seules destinations, les doux rivages ou le triste naufrage. Ils naviguaient parmi les vagues furieuses, mais tenaient la barre, pour se tenir à flot, et ne guère se noyer dans le désespoir. Alors il serrait les poings et se tenait droit, pour le protéger, pour éloigner les complots et les médisances et tous ceux qui se voulaient glas. Et dans cet océan de ténèbres, il serait le feu brulant d’un phare dans la nuit, la lumière d’un jour de soleil, irradiant de force de vivre, de rage de vivre.

La fatigue pesait, doux linceul opaque, sur son esprit écartelé. Et il s’effondra près de lui, calme et apaisé, son dos musclé reposait sur les draps tel une pierre, et son bras se délia pour retomber dans le vide, délaissant le cigare qui roula alors sur le sol. Son corps était aussi lourd que le plomb mais son esprit lui s’envolait, loin, si loin de ce manoir, si loin de sa vie. Alors aux portes de ses secrets, il s’alanguissait, et commençait à rêver, seul voyage illusoire, qui lui permettait de briser les chaines de sa prison, et partager avec lui, le fruit interdit de ses désirs et ésperances.

Modifié par Phileor

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[...] Non, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !

Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.

Et toi, soeur du Sommeil, toi qui nous as bercés,

Mort, ne nous livre pas : contre ton sein fidèle,

Tiens-nous bien embrassés. [...] - Ackermann L.

 

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Chapitre XI : "Réflexion".

Le manoir n'avait jamais été plus sinistre et silencieux que ces dernières semaines. Les épaisses tentures qui couvraient les fenêtres de leur velours sombre n'avaient même pas frémi une seule fois. Les passants du Quartier Noble se demandaient sans doute si il y avait toujours âme qui vive au milieu de ces pierres déchaussées. L’œil solitaire du sombre serviteur n'était pas apparu une seule fois d'entre les carreaux, pas plus que l'écho de ses lamentations au violon, ou les troublants bruits de casse qui s'élevaient parfois des étages ou de la tour du domaine. Où étaient passés les Di Oscuro Contea ? Cette question demeurait jusqu'alors sans réponse, et personne n'osa s'aventurer au delà des grilles rouillées de la Cour pour lever le voile sur ce mystère. Peut-être était-on mieux de ne pas savoir, après tout.

Pendant ce temps, la silhouette élancée du semi-elfe, les épaules abattues, se tenait face à la coquille vide qui reposait sur les draps satinés. Ses doigts fins glissaient entre les replis soignés du costume de son Maître. Son visage sévère, parfois courroucé, apparaissait aujourd'hui paisible, presque inviolé par les affres du monde. Aeluin détaillait ces traits qui lui semblaient inconnus, il avait pu découvrir, dans cette situation tragique, un aspect du Seigneur Di Oscuro Contea qu'il ne connaissait pas. Celui où il semblait enfin en paix avec lui-même. Seuls les craquements indisciplinés de la Maison endormie troublaient ce silence de mort. Le front pâle du chirurgien s'affaissa alors sur le rebord du lit où ses cheveux de jais s'étalèrent comme un linceul sombre. Il ne pleurait pas, mais tout lui semblait désormais trouble et incertain. Alors qu'il venait de s'y accommoder, on lui avait subitement arraché la quiétude, celle de l'asservissement, celle de l'oubli. Il se sentait perdu, tel un animal né en captivité que l'on aurait subitement relâché. Il n'était pas libre pour autant, c'était là toute l'horreur de cette nouvelle condition. Toujours accablé par le poids des obligations, mais désormais aussi celui de sa propre conscience. Il tourna la tête et laissa reposer sa joue contre les draps, avachi aux pieds du lit où le corps inerte de Raffaelle di Oscuro Contea gisait inlassablement. Le temps semblait s'être arrêté, il avait paru un instant, aux yeux de Wander, que même les particules de poussière qui voletaient à travers la chambre s'étaient figées. Depuis combien de temps était-il là ? Xavius n'avait osé jusqu'alors troubler le repos endeuillé d'Aeluin, et se contentait d'apporter les repas de ce dernier, et de repartir avec ceux-ci à peine touchés quelques heures plus tard. Mais ce jour-là, il décida de briser le silence mortifère qui régnait, et lorsqu'il posa sur le chevet une tasse de thé et quelques viennoiseries, sa voix tremblottante de vieil homme désincarné vint caresser les oreilles pointues du semi-elfe.

" Vous agissez comme s'il était mort, Maître Wander. Reprenez-vous, le monde ne s'est pas arrêté de vivre pendant que vous vous lamentiez sur votre triste existence. Maître Di Oscuro Contea compte toujours sur votre bon service. Alors vous allez me faire l'humble plaisir de vous ressaisir, de vous laver, d'enfiler un costume propre, et de commencer à vous mettre au travail comme le digne serviteur que vous êtes. Vous savez quoi faire."

Sur ces mots qui lui parurent plus cinglants que bienveillants, Xavius referma la porte derrière-lui.

Il avait raison, ça lui brulait l'âme et l'esprit de l'admettre, même seulement de le penser, parce que Xavius et lui s'étaient toujours trouvés particulièrement hostiles l'un envers l'autre, mais ... cette fois, il avait raison. Il avait une tâche à accomplir, et ce contretemps ne devrait pas le troubler autant. Il se déplia enfin, déroulant sa silhouette svelte dans un long soupir, et son regard glissa à travers la pièce pour s'arrêter sur le Miroir qui trônait là, sur un mur solitaire.

" Je ne peux m'incliner que devant mon propre reflet désormais, Maître. Je n'ai pas oublié ce pourquoi j'ai été créé. Je veillerai sur ce qu'il reste de vous ici et je trouverai un moyen de vous rappeler à moi. Quoi qu'il en coûte."

La surface du Miroir sembla frémir un instant, mais Wander avait chassé ce mirage d'un battement de paupière las avant de se détourner en réajustant la position de ses boutons de manchette.

 

 

 

 

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Chapitre XII : "Brumes".

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(Foggy Forest by Lapec on Deviantart. )

 

 

Il ne dormait toujours qu'à moitié. D'un œil, et le plus souvent du bon. Le chant funeste de la forêt de la solitude berçait les pensées qui couraient en lui comme le long d'un fleuve tranquille. Il reposait sous l'auvent déchiré d'une tente modeste abandonnée des semaines plus tôt, le corps engourdi par les tumultes d'une journée agitée. Repu, et pourtant si vide. Sa poitrine se soulevait au rythme lent du bruissement des feuilles, la nuit avait toujours été pour lui d'un réconfort certain après le jour. Il s'y sentait désormais plus à l'aise, l'obscurité demeurait aujourd'hui son seul repère. Rien, ni les villes, ni les gens, ne lui semblaient plus familiers depuis qu'il avait perdu le Corbeau. Au profit de quoi cette quiétude servile avait-elle été troquée si brutalement ? Il connaissait la réponse, mais elle ne lui plaisait pas. Lui, qui avait du céder à force de temps et d'efforts tout ce qui l'animait autrefois, devait aujourd'hui rappeler ces choses à lui pour trouver la force de poursuivre. Son Maître n'était plus là, mais la trace qu'il avait laissée sur l'âme d'Aeluin, elle, était indélébile. Il avait fini par éprouver pour son bourreau une affection sinistre et profonde, un amour farouche et possessif. Et tout ce qu'il pensait acquis lui avait été arraché avant qu'il n'ai eu le temps de s'en repaître. La frustration et la haine troublaient chacune de ses pensées. S'étaient-ils tous deux perdus dans le noir le plus profond ? Que pouvait-il bien faire de ce qu'il était aujourd'hui ? Il lui était impossible de remonter le temps, de changer ce qui avait été, ou de défaire les liens puissants qui l’étreignaient désormais. Il devrait faire avec, comme il l'avait fait ce soir-là. User de l'outil funeste qu'il était pour apaiser un peu la souffrance qui l'habitait. Peut-être même, lui revenait désormais la tâche de prévenir à d'autres le sort qui avait été le sien. Détruire à la source, ce qui poussait à la perversion. Il avait été dénaturé et arraché à son monde, son sort était scellé, mais peut-être était-il encore possible d'empêcher celui des prochains...

Dans la pénombre brumeuse qui les entourait, le chirurgien pouvait entendre la respiration torturée de son nouveau compagnon de route. Hyandaure était apparu aussi brusquement dans sa vie que son Maître l'avait quittée. Si il y avait un équilibre dans ce monde, il fut convaincu que c'en était la résultante. Son visage naïf, ces sourires pleins de bienveillance, il pouvait retracer chaque expression qui avait déformé le visage du semi-elfe, mais toutes lui semblaient si lointaines et indicibles. Il n'avait plus accès à ce qu'il pouvait lire dans les yeux du guerrier et chaque fois qu'il croisait son regard, il était subitement rappelé à sa triste condition. Cette impression d'assister, impuissant, à l'expression même de ce qu'il entendait autrefois comme la "vie". Hyandaure, par sa simple existence, était une forme de torture, le reflet de tout ce qu'Aeluin avait perdu. Sa vie, son sourire, sa famille, ses racines, son héritage culturel, sa Foi. Il n'avait plus rien d'humain, et plus rien d'elfe. Il n'était pas plus un mélange des deux qu'un amalgame de sombres desseins, une reconstitution déformée par la haine et la vengeance, une chimère... Une création dépourvue de créateur, laissée pour compte comme un jouet usé oublié au fond d'une malle. Inutile, sans but.

Le banc grinça légèrement, et depuis l'interstice minuscule entre ses paupières, Wander observa sans ciller le reflet de la lame qui venait de se redresser, menaçante, au-dessus de sa tête. Hyandaure en tenait le manche, immobile au dessus du corps pâle du docteur, prêt à faire tomber le couperet. L'albâtre n'esquissa pas le moindre geste face à cette épée de Damoclès qui ne lui paru pas plus inquiétante que les jours précédents. Cette fois seulement, il pouvait l'observer à l'ombre de ses longs cils noirs, elle s'était matérialisée, ni plus, ni moins. La fin serait digne, songea-t-il, au milieu de cette forêt, des mains de sa seule famille, au nom d'un héritage qu'il avait perdu. Il était prêt à sentir la tranche glacée du glaive lui caresser la gorge, ou lui transpercer le cœur, rien d'autre que la soif de vengeance et la souffrance ne le retenaient à ce monde, et ces sentiments, il le savait, ne l'animeraient pas éternellement. Il songeait à cette vie tumultueuse et bercée d'ombres qui avait été la sienne, et laissait déjà échapper un long soupir abandonné...

Le reflet argenté fendit l'air dans un sifflement imperceptible.

"Oh non, je ne vais pas vous tuer, Docteur, ce serait bien trop magnanime. Vous méritez un sort bien plus funeste, oui, vous allez embrasser les ténèbres et je prendrai un malin plaisir à briser tout ce qu'il reste d'espoir et de hargne en vous. Maintenant, chut...Taisez-vous, ne trouvez-vous pas le silence de cette forêt tout à fait étourdissant ?" 

L'écho de la voix de Raffaelle di Oscuro Contea résonna de concert avec le métal tranchant.

Et l'arme s'écrasa lourdement au sol à côté du médecin.

 

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Chapitre XIII : "Malédiction."

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(https://abigaillarson.deviantart.com/gallery/)

Révélation

 

Si il était une chose qu'Aeluin détestait désormais plus que les légumes, ou l'eau, c'était de devoir franchir encore les lourdes portes d'ébènes du Manoir di Oscuro Contea. Il haïssait chaque pas qu'il faisait à travers ces longs couloirs sombres où tout semblait aussi éperdument mort et désespéré que lui. En effet, c'étaient ces dalles de marbre noir, et ces lourdes tentures de velours qui l'avaient vu dépérir au premier jour, et qui assistaient aujourd'hui à sa longue, lente, et vicieuse chute. Le Seigneur des lieux n'avait pas seulement arraché à Aeluin sa famille et ses racines, il lui avait également dérobé son identité, et son existence toute entière. L'odeur à la fois poisseuse des lieux inhabités, mêlée à celle de la poussière qui commençait peu à peu à s'accumuler sur les meubles inusités lui donnait la nausée. Lui, le chirurgien et l'homme de main qui, d'ailleurs, avait du mettre ses mains dans les substances les plus ignobles, et s'exposer aux odeurs les plus méphitiques, se sentait inexorablement dépourvu devant celles qui, bien qu'inoffensives, le rappelaient aux souvenirs qu'il cherchait aujourd'hui plus que tout, à éloigner le plus possible de ses pensées. Oh, il savait pertinemment que c'était une utopie, essayez dont de ne plus penser, vous verrez le résultat. Aeluin était l'exemple parfait de cette absurdité. Il représentait en chaque aspect de sa personne tout ce qui le répugnait désormais le plus. Son propre échec, c'était lui-même, et à moins de mettre fin à ses jours, ce qui lui sembla de toute façon impossible, il devrait faire avec pour le restant de son existence.

Ses chausses vernies n'avaient plus leur satin d'autrefois, il s'agaça à peine en notant les traces de boue qu'il laissait derrière lui à travers le manoir vide. À quoi bon s'encombrer de ses névroses maniaques dans ces lieux où, de toute façon, plus rien d'autre que le papier peint ne pouvait désormais l'observer. L'écho de ses pas lents circulait à travers les interminables allées glaciales du château. Il préféra ne pas lever les yeux, et se concentra sur sa trajectoire, dépassant sans second regard les pièces où il avait vécu autrefois pour se diriger le plus promptement possible vers ses anciens quartiers, juste en bas des escaliers en colimaçons qui menaient à la tour du Donjon. Il ne pu s'empêcher alors de lancer vers le gouffre sombre où débutaient les marches pavées un regard indéchiffrable accompagné d'un soupir de désarroi. Il avait été confus bien des fois mais, en cette période tout particulièrement, il lui était difficile de vivre avec sa conscience. Comment pouvait-il lui manquer autant ? Après tout ce qu'il lui avait infligé ? Pourquoi ne pouvait-il à chaque instant s'empêcher de se figurer ce visage austère et impérieux, qu'il voyait toujours d'un angle symbolique assez particulier, en contre-plongé, dominé. Même ses souvenirs le rappelaient naturellement à l'ordre, comme autant de cas de consciences. Tout ce qu'il associait à ce qui le faisait souffrir, le manque, la peine, cette solitude abominable, était aussitôt accompagné par des images horrifiantes pour le commun des mortels. Avait-il aimé souffrir ? Ou était-ce la perversité même de la relation qui lui avait été imposée qui, par la force des choses, avait fini par le convaincre qu'il aimait souffrir ? Il n'avait pas terminé l'ébauche du monde de questions qui l'habitaient que, déjà, la pointe de sa botte heurta la minuscule marche qui le séparait de ses anciens quartiers.

Il poussa machinalement la porte, et jeta une fois à l'intérieur son cartable de cuir souple sur le coin de son lit encore fait au carré. Dans la pièce, l'odeur des nombreux livres qu'il n'avait pas pu emporter après son départ précipité semblait avoir recouvert l'ensemble du mobilier et des instruments médicaux qu'il conservait là précieusement. Après la disparition de Raffaelle, il avait décidé, contre les centaines de mises en gardes de Xavius - son majordome -, et de l'objet concerné lui-même, de déplacer le miroir qui ornait autrefois le Donjon pour le suspendre au-dessus de la tête de son lit. Il avait déménagé l'objet dans l'espoir vain d'y trouver quelque forme de réconfort, mais tout ce qu'il pouvait y voir lui inspirait plus d'amertume que de douceur. La surface luisante du miroir était couverte d'une fine couche de poussière, sous laquelle la patine ancienne semblait ondoyer faiblement en permanence. Le médecin s'appuya contre sa table d’auscultation et fixa le cadre sinistre pendant un long moment.

J'espère que vous vous êtes battu, Raffaelle, jusqu'à la dernière seconde. J'espère que vous avez sacrifié chaque minuscule parcelle restante de votre âme avant de céder car dans le cas contraire, je vous jure que je...

Il s'interrompit au milieu de sa phrase, réalisant à quel point il était absurde de faire des menaces à son propre reflet maussade. Puis repris dans ce qui ressemblait plus à un long soupir qu'à une tirade.

Je vous hais tant pour ce que vous avez laissé derrière vous. Quel est le dessein d'une création dont l'utilité est désormais impertinente ? Vous ne m'avez même pas laissé la recette du composé de Maître Dralereth ! Où diable suis-je supposé me procurer les ingrédients ? J'ignore comment vous survivre avec cette malédiction, Seigneur, j'ignore même si Hyandaure tolèrera mes méthodes drastiques, mais je peux vous promettre une chose, que votre bourreau m'en soit témoin, je détruirai ce qui vous a souillé vous et moi, sans relâche, jusqu'à ce qu'il ne demeure plus que ce miroir en souvenir de nos vies sacrifiées. Et quand ce jour sera venu, je franchirai à nouveau ce reflet, et je viendrai planter mes crocs et mon âme toute entière dans ce qu'il reste de vous de l'autre côté. Et je ne vous lâcherai plus.

Sans s'en rendre compte, ses poings aux doigts délicats s'étaient refermés avec force sur le rebord de la table, et ses sourcils d'ordinaire relâchés par l'expression de sa désinvolture étaient si froncés qu'on ne voyait presque plus ses yeux. Il grinça des dents, laissant échapper l'écho d'un grognement lupin avant de se redresser d'un geste fébrile, chassant d'un mouvement de tête l'émotion forte qui déformait son visage d'albâtre.

Je n'ai pas d'autre choix que de m'en remettre à la seule personne qui détient le composé. Je vais devoir tout lui révéler, Maître... Ma vengeance débute là, à l'Antre des fées.

Il releva les yeux à nouveau vers la surface du miroir qui sembla frémir devant l'expression de détermination qui suintait désormais du visage de Wander.

Tu fais bien de trembler, Créateur, tu es sur le point de découvrir à ton insu que les personnes qui n'ont plus rien à perdre sont aussi les plus dangereuses.

Le médecin se détourna ensuite de l'artefact et commença à empaqueter ce qu'il restait de son ancienne vie, laissant derrière lui de quoi pouvoir assurer, au besoin, des soins d'urgences au Manoir. Il n'avait pas d'autre endroit où installer son cabinet et, de toute façon, ni Xavius, ni le Manoir lui-même, ne pourraient le déloger, il faisait presque partie des murs lui aussi, après tout...

 

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~ Hors série ~

Combattre les forces occultes. C'était une belle cause, théoriquement. Mais tout semble toujours plus agréable en théorie. Wander avait pu s'en rendre compte à de nombreuses reprises ces dernières semaines. Si il ne s'attendait globalement plus à rien dans sa vie, parce qu'il connaissait désormais que trop bien la douleur de la désillusion, il ne soupçonnait pas pour autant la quantité astronomique d'évènements improbables qui se dérouleraient après qu'il eut franchi la porte de l'Antre des Fées, à Heidel...

Le tintement du carillon qui lui remontait aux oreilles à chaque fois qu'il en passait le seuil sans se faire prier lui rappelait malgré lui la mélodie indisciplinée de l'Ombre-Lune. Il ne pouvait s'empêcher de se demander, par moments, ce que Maître Sylannrod faisait désormais de ses journées. Il n'était pas certain d'avoir des amis, au sens commun du terme, mais il demeurait toutefois sûr qu'Adrastée, à un moment de sa vie, lui fut importante, et il aurait été malhonnête de nier qu'il s'y était attaché avec le temps, et que son absence lui posait question autant que celle de son Maître.

La jeune alchimiste qui l'avait accueilli de l'autre côté du comptoir n'était pas particulièrement enjouée par l'apparition spectrale du chirurgien. Et son visage déformé par une expression ahurie trahissait également la surprise de la concernée. Wander doutait assez peu souvent de lui, voir jamais. Lorsqu'il était question de faire quelque chose qu'il avait décidé de faire, il ne reculait presque jamais après coup, excès d'égo, ou inconscience volontaire, parfois les deux de concert. Mais le visage de Melusynne lorsque la porte s'était refermée derrière-lui avait faillit ébranler toutes ces certitudes. Il lui avait fallut le temps d'un battement de cil - ce qui, à son échelle, dura une éternité - pour reconsidérer ce qu'il s'apprêtait à faire, et en peser à nouveau le poids. Il le fit, sans grande surprise, néanmoins.

Et c'est ainsi, qu'assis en biais sur le rebord d'un fauteuil, il s'était mis à raconter à Dralereth l'intégralité de son histoire. Le flot de paroles constant avait semblé souvent troubler la jeune femme, qui grimaçait tantôt, ou étirait l'une ou l'autre moue empathique. Malgré la sincérité du discours de Wander, et l'aspect totalement "impossible à inventer" de son récit, il demeurait un soupçon de doute, et même de méfiance, au fond de l’œil de la jeune femme. Il savait dans quelle position déplaisante il l'avait mise en la faisant malgré elle, complice de son existence hérétique, mais il savait aussi que ses secrets n'étaient pas la seule chose qu'ils partageaient tous deux. L'Empathie, et une haine inconditionnelle pour les esprits de l'Occulte qui avaient détruit tout ce qui leur était cher.

Il n'en fallu pas d'avantage pour qu'ils se retrouvent à mi-chemin, et que la recette convoitée de son "Composé", soit livrée, en échange, relativement tacite, de leurs loyautés respectives.

~

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Chapitre XIV : "Baroud d'honneur."

Dans le local minuscule où il avait choisi de poser ses valises le temps de retrouver ses repères régnait une odeur qu'il ne parvenait déjà plus à identifier. Était-ce simplement la moiteur des alambics bouillonnants, les effluves boisées des plantes séchées qu'il entreposait là, ou le parfum singulier des ouvrages trop souvent feuilletés ? Il sentait sous ses jambes fines le plancher frémir légèrement à chaque fois qu'un cheval ou une caravane marchande remontait la chaussée pavée qui s’étendait sous ses fenêtres. Le calme funeste du Manoir lui manquait indéniablement, l'écho lointain des brises qui traversaient les longs couloirs gelés, et la mélodie sobre et lancinante d'une demeure dont chaque fondation soupirait toute sa vieillesse. Quels que furent ses repères à l'époque, il était certain que ni les odeurs, ni les sons environnants ne le rappelaient désormais à la moindre chose familière. Il se sentait encore plus étranger ici que partout ailleurs.

Ses doigts gantés pianotaient à un rythme cadencé sur la surface lisse d'un parchemin déroulé en travers sur son bureau. Chaque phalange venant caresser le document accompagnait une note suave dans les tréfonds de son esprit égaré. Il ne pouvait plus s'empêcher de réviser les enjeux de ses récentes décisions, ni de repenser à ce visage qui l'avait fixé avec tant de sérieux et de méfiance derrière son teint coloré et ses traits usés. Il n'avait pas su mettre de mots sur la sensation particulière qu'il avait ressentie ce soir-là, alors qu'il déroulait à nouveau le fil de son passé le plus méticuleusement possible sous le jugement placide de son visiteur. L'homme au regard profond et soucieux l'avait déstabilisé, lui, le patibulaire chirurgien au visage de marbre.  C'était bien l'écho répété de sa respiration lente et contrôlée, et ce mur glacial auquel il s'était heurté lorsqu'il avait tenté d'entrer dans ses pensées qui l'avait déstabilisé contre toute attente. D'ordinaire, ce sont les expressions vives et les sentiments impulsifs qui l'ébranlent, les passions imprévisibles des humains qui le prennent de court, mais ce soir-là, c'était l'absence totale de réaction palpable chez son interlocuteur qui l'avait désarçonné. Sa main cessa subitement de bouger lorsque l'image lui remonta à l'esprit. Il avait été, pendant une seconde, tétanisé à l'idée de ne pas pouvoir lire en lui. Il s'était senti, pour la première fois depuis longtemps, vulnérable et en danger. Les muscles de son visage se crispaient déjà à l'idée qu'il ait pu, en l'absence de rappel constant de sa condition par Raffaelle, croire qu'il était au-dessus des hommes, et de la Mort elle-même. Un excès de zèle qui lui coutait cher aujourd'hui, alors qu'il faisait scrupuleusement les comptes. Une confiance acquise par défaut, ou à défaut d'ancrage solide et de rappels à l'ordre, une confiance faillible et illusoire. Il était désormais trop tard, son destin n'était plus entre ses mains, il n'avait cessé, depuis son départ du Manoir, de le remettre entre les mains d'autrui. D'abord de l'Alchimiste, dont il dépendait désormais pour sa survie matérielle, et maintenant entres celles de cet homme qui l'avait tétanisé.

"Je ne suis pas seul à prendre les décisions, Docteur, si le reste des membres est appelé à travailler à vos côtés, il convient qu'ils sachent à quoi ils ont affaire et puissent vous évaluer eux-même. Aussi, pardonnez-moi l'expression, mais je vais être obligé de vous jeter en pâture à cette meute de loups. Il vous faudra ensuite, et bien...  défendre votre gigot."

Un long souffle s'échappa de son nez, abattu à nouveau par le poids de ces décisions solitaires qu'il haïssait tant prendre depuis qu'il avait oublié comment user de libre arbitre. Et depuis qu'il était seul et obligé, par la force des choses, de définir lui-même la course de ses actions, il avait ce sentiment de dévier un peu plus vers sa propre fin. Il était parfaitement conscient qu'il s'était lancé de plein gré, et la tête la première, au milieu d'une arène où l'issue du combat serait irréversible. Mais les mots du sage, bien qu'alarmants par leur nature propre, avaient eu un effet particulier sur Aeluin qui était désormais familier des loups, et encore plus de la chasse...

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Fatigué
Comme après un long, voyage,
Une traversée, dans l'enfer d'une cage,
Une odeur rance, un sentiment d'asphyxie,
Je sors d'une transe, ma colère est finie,

Et nous aussi, on a plus rien à se dire,
Plus le moindre instant à s'offrir,
Je ne sais même plus lire ton visage, je n'comprends plus tes mots,
On a tourné la page, on a rentré les crocs,
Mais ne m'en veux pas, si je pense encore à toi,
C'est que je regoûte, en silence, à cette vie-là,
J'ai fait le tour et notre amour est en cavale,

Il nous a volé, une année à tous les deux,
Laisse le partir, on va pas crier au scandale,
On le retrouvera peut-être quand on sera vieux,

On s'est laissé sombrer sans histoires,
A quoi bon se faire du mal si on perd l'envie,

 

L'indifférence s'installe tout est fini [...]

 

- Pomme.

Modifié par Minho

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Chapitre XV : "Bruyante solitude."

Il ne s'était jamais vraiment penché sur la singularité du peuple d'Olvia jusqu'à ce jour. Accoudé à un bureau où s'amoncelaient livres et objets incongrus dont la moitié ne lui inspiraient rien, Wander observait d'un oeil distrait les allées venues du petit peuple provincial. La ruelle, bien qu'étroite, était bondée aux heures pleines de la journée, on y faisait les marchés et quelques jeunes coursiers chapeautés criaient à la foule en quête d'un preneur pour le dernier numéro de la presse locale. En couverture du chiffon secoué par le petiot, le chirurgien avait pu entrevoir en lettres majeures "La sécheresse arrive !". La pluie lui manquait, et la vision de cette vie grouillante dont la plus grande crainte était de perdre le fruit de leur labeur au dépend d'une météo peu clémente lui semblait si surfaite. Il partageait pourtant leur ressentiment, et se sentait aussi fané et flétri que les champs alentours. Il n'avait que peu d'aspirations depuis sa rencontre avec le Corbeau, et re-goutait aujourd'hui au doux amer d'une liberté douloureuse.

Dans son dos, un silence tassé pesait sur tous ces meubles mal arrangés, et ces brics à bracs indicibles. La vision d'un tel capharnaüm aurait hérissé les poils de sa nuque s'il ne fut pas si glabre. Au sommet d'une étagère débordante de rouleaux de parchemins froissés trônait tristement son paquetage, affalé là comme un serpent mort. Il avait du faire ses bagages en hâte quelques jours plus tôt et avait oublié d'ôter de ses baluchons quelques affaires de rechange qu'il gardait autrefois pour son Maître. Ainsi, au milieu de ces monticules d'objets curieux pendait là une manche de tissus noble et souple aux reflets satinés, abandonnée à son sort et lasse, sans doute, de n'exister plus qu'au fond d'un sac.

Wander avait détourné le regard de la petite chaussée, et fixait désormais le bouton argenté qui ornait la manche froissée. Comment pouvait-il tant lui manquer ? Comment parvenait-il à le faire souffrir encore, lui, ce cœur rapiécé mille fois et déchiré le double ? Son absence résonnait en lui plus fort à chaque battement de cil. Avait-il été si profondément marqué qu'il lui fut désormais impossible de s'émanciper de cette loyauté ? Chaque pas qu'il faisait laborieusement dos à Raffaelle était aussitôt étouffé par une chute de trois autres dans sa direction. Le miroir le hantait comme il hantait jadis le Manoir di Oscuro Contea. La vision de cette surface trouble derrière laquelle il pouvait dessiner trait par trait le visage de l'homme qu'il aimait lui déchirait l'âme. Et bien qu'il fut entouré, et occupé par d'importantes affaires, il ne pouvait plus s'ôter de l'esprit la complainte imaginaire de l'homme retenu là-bas par son incompétence. Dans quel calvaire son amant perdu se noyait-il pendant que le monde s'inquiétait de la clémence des nuages, et du prix des céréales ?...

Il se redressa de sa chaise dans un grincement sinistre du plancher et allongea trois grands pas vers le baluchon d'un air contrit.

Ce soir-là, il porta une chemise sombre aux reflets satinés dont les manchettes en argent laissaient entrevoir le blason, funeste Cygne Noir, des Di Oscuro Contea et une épaisse pluie montagnarde s’abattit sur le village.

 

Modifié par Minho

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Chapitre XVI : "Concerto mortel."

 

Eut-il songé un jour vivre pareille expérience ? Certainement pas plus que toutes celles qui précédèrent...

[...]

Il cligna lentement des yeux avec effroi en assistant à la chute du Boucher grassouillet sous le coup de massue de son collègue d'aventure désastreuse. En plein concerto ! L'instrument ciré lui tomba des mains alors que son visage benêt de fanatique s'écrasait peu à peu contre la roche froide et humide qui tapissait la caverne. Comment une créature aussi épouvantable pouvait-elle manipuler un si noble instrument ? Plus que les morceaux de corps éparpillés dans le cabanon devant lequel il s'était affalé, plus que l'odeur méphitique de l'autel creux où une mélasse immonde dégoulinait contre les parois, plus encore que la présence d'une excroissance rougeoyante dont la menace endormie n'était plus à confirmer, la vision d'un tel gâchis fit grincer chaque articulation du chirurgien. Un. Gros. Lard. Tout nu. Avec un tablier de boucher. Et. Un. Violon. Un. VIOLON.

"Ah non... C'est trop ! Pas les violons !" - hurla t'il intérieurement alors que son corps tout entier se penchait déjà vers la pauvre créature musicale inanimée qui gisait sur le sol comme on tenterait de quérir l'oisillon tombé trop tôt du nid pour le sauver. Son précieux. Pauvre erre. Tombé si bas. Si mal. Entre de telles paluches ignobles !

Après un moulinet pas peu fier qui fit valser son crâne-massue improvisé, William chassa l'objet en direction de Wander. Sans doute avait-il capté toute la détresse de l’Albâtre derrière ce regard décomposé. Au dessus d'eux, le plafond vouté de la cavité étouffait l'écho tragique à travers ses racines entremêlées, lesquelles venaient de se rétracter dans un grincement sinistre au moment où la dernière note grinça. Ils se trouvaient enfin sous le Chêne aux milles visages, et l'occasion était trop belle de frapper un grand coup. Après tout, les malfaiteurs n'avaient eu aucun scrupule à mettre le trio d'investigateurs en sous-vêtements avant de les jeter en pâture au fond d'une tanière de Wendigos affamés. Ce n'était que justice ! Pour ce violon, et .. accessoirement, pour toutes les vies perdues pendant l'affaire.

"Je suis en train de songer." - Souffla Wander, alors qu'il caressait d'une main paternelle les courbes gracieuses du violon. "Que nous pourrions tout à fait reproduire ce rituel de festin en épiçant quelque peu la mélasse."

Ses deux confrères acquiescèrent de concert et ainsi naquit, à l'abri du monde, sous les racines nouées d'un chêne ancestral, le spectacle le plus improbable auquel il eut été donné à Wander d'assister.

[...]

Révélation

Toutes mes excuses si l'absence de dénouement, ou de contexte précis à ce récit vous a perturbé. C'est fait exprès. Bonne journée.

 

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Aeluin_Couleur.jpg

Par le talentueux @Ikhlas

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