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Les artisans du monde nouveau

"Voilà bien belle compagnie!"

Chanson de taverne

 

"Au secours d’un garçon à l’avenir austère,

Ce que le monde porte de cœurs courageux

S’est donné rendez-vous au lieu mystérieux

où le chant des sirènes fait briller la mer.

 

Voilà bien belle compagnie !

Chantons pour eux !

Que tremblent tous leurs ennemis.

Buvons par dieu !

 

Il y avait Dulcia, La belle poétesse,

esprit brûlant le ciel de ses rayons ardents.

Keharqta avec elle, soufflé du chaud levant,

apportait avec lui mystère, charme et adresse.

 

Voilà bien belle compagnie !

Chantons pour eux !

Que tremblent tous leurs ennemis.

Buvons par dieu !

 

Onofrio Le Brave apporta son épée,

son courage, sa droiture de noble chevalier.

Venait enfin Eyrun, joignant la compagnie,

apportant sa stature et sa force infinie.

 

Voilà bien belle compagnie !

Chantons pour eux !

Que tremblent tous leurs ennemis.

Buvons par dieu !

 

Tous étaient réuni pour rendre la justice,

Et moi, le troubadour, pour conter leurs exploits.

Erebor, cher enfant, demain dessus la lisse,

tes ennemis ploieront le genoux devant toi !

 

Voilà bien belle compagnie !

Chantons pour eux !

Que tremblent tous leurs ennemis.

Buvons par dieu !

"

 

 

Evanion le Magnifique, Vélia, printemps 289.

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Epilogue

 

L'incendie grondait encore, illuminant les abords de la sortie ouest de Calpheon. La Valkyrie observait, parée du visage impassible qu’on lui avait appris à affecter en toutes circonstances, la maison où elle avait grandit et vécu s’envoler en volutes de fumées noires dans le ciel, où le soleil d’Elion étirait ses rayons. Son père, son grand-père, leurs parents avant eux avaient foulé ce sol, parcouru les planchés dévorés par les flammes. Des souvenirs semblaient affluer dans son esprit, comme si chaque parcelle d’histoire se révélaient à mesure que brûlaient les lieux où s'étaient déroulés. Sur le sol dont la poutre tombait dans une gerbe d’étincelles, elle se souvenait avoir renversé petite le verre de vin d’un cousin et avoir provoqué les rires émus d’une assemblée de jeunes chevaliers. Par ce porche qui s’écroulait étaient passés, le visage grave, son père et ses oncles, pour partir à la guerre, alors que sa mère serrait ses mains anxieuses sur les épaules fragiles qu’elle avait alors. Elle avait observé dans un silence pesant cette scène de départ par une fenêtre dont le mur était déjà tombé, elle en reconnaissait la margelle dans des débris épars. Il lui semblait encore entendre les pleurs de son jeune frère, réclamant sa nourrice, dont elle entendait les pas pressés dans un escalier dont la fumée se dissipait déjà dans une odeur acre, loin dans le ciel. Plus haut, le toit disparu ne dissimulait plus les pierres d’un mur qui avait absorbé les cris de douleur et les malédictions de sa mère apprenant la mort de plusieurs de ses frères et cousins dans un attentat des républicains. C'était peu après la chute des Serric, peu après la mort de son père, assassiné dès le soir de la mort du monarque.

… fort heureusement cette bâtisse était tout ce qu’il restait d’un riche héritage, accumulé des siècles durant par sa famille. Les objets de valeur avaient déjà tous été vendus, à l’exception de quelques portraits et vieilles armes et armures dont Elbon n’aurait pu se départir même si on lui avait promis en échange le retour à la vie de tous leurs proches assassinés par la jeune république. Avec la mort du dernier Orietto, ces objets n’avaient plus personne pour les vénérer comme la promesse de leur rendre des temps plus cléments, peut-être, un jour à venir.

 

« Ma Soeur ?…. » Elle crut un instant que c’était lui… Elbon… Mais non. Ce terme de "sœur", désormais, ne pouvait plus être prononcé que pour ceux qui ne voyait qu’Elion comme son père. Elle tourna lentement le visage vers le soldat de Delphe, qui lui faisait le récit des évènements. Il devait s’inquiéter de ne pas la voir réagir, craignant la punition d’une dame Valkyrie pour une erreur commise involontairement. Elle la voyait dans ce regard, cette crainte, mue par une volonté d’obtenir d’elle un signe d’approbation, une bénédiction de sa part. C’était étrange… finalement, ce même regard, elle avait vu des courtisans, son père lui même, l’avoir levé vers Guy Serric. Elle se fit la réflexion que les hommes devaient avoir besoin de se soumettre à quelque chose, et qu’après tout, on ne pouvait les blâmer d’avoir choisi de le faire vers Dieu, par l’intermédiaire de ses filles...

 

Le soldat déglutit tandis qu’elle le sondait, perdue dans ses réflexions. Elle finit par hocher la tête, et reportant son regard sur les flammes.

« Continuez. »

Visiblement mal à l’aise, le soldat garda néanmoins une attitude martiale et droite. Il poursuivit donc le récit de l’assaut:

« Comme je vous le disais, tout porte à croire que messire Elbon était déjà mort au moment de l’assaut. Deux personnes sont entrée durant la nuit dans le domaine, d’après les dire des mercenaires de la famille Barcolo qui gardaient l’endroit avant notre arrivée. Nous avons pu récupérer une prisonnière, mais pas de traces de l’autre personne. Néanmoins ils ont eu le temps, avant l’aube et l’arrivée de nos forces, de piéger la maison avec de la poudre et de la poix. Nos sapeurs pensent que l’explosion a pris source dans les cuisines. »

 

Il marqua une pause, mais la valkyrie ne réagissait pas plus, alors il poursuivit.

 

« Le… Le parlement, représenté par Dulcia Da Monti, a proposé la reddition de messire Elbon, mais c’est sa fiancée, demoiselle Barcolo, qui est apparue à la fenêtre. Elle était visiblement menacée, aussi la charge a été lancée, menée par le capitaine Onofrio Cortesi. Il n’y avait néanmoins nulle armée à combattre, les mercenaires Barcolo ayant eu l’ordre d’abandonner la protection de messire Elbon. Une femme est sortie à l’arrière, tenant demoiselle Barcolo en otage. L’ensemble des forces s’y est précipité, et le soldat Amos ainsi que messire Keharqta Orobarian sont parvenus à libérer la demoiselle… Mais tout le monde était là bas, près du centre de l'explosion et… et bien… s’il n’y avait eu la réaction de Dame Da Monti, comprenant la présence d’explosif dans la maison, nous aurions tous été soufflés par l’explosion. »

 

Il interrompit son récit et regarda à son tour du côté du reste de maison en feu. Un nouveau pan de pierre venait de s’effondrer dans un vacarme terrible. La voix de la Valkyrie parla d’un ton las et égal.

« ...Le jeune Erebor ? »

Le soldat fut d’abord soulagé de voir la dame dire enfin quelque chose, mais mit un temps avant de savoir ce qu’elle demandait exactement. Il finit par hocher vivement la tête.

« Il était de l’assaut, Madame. Il a été blessé mais est sain et sauf. J’ai… j’ai cru comprendre que le domaine lui appartiendrait, désormais. »

La Valkyrie inspira profondément, sa tête se penchant légèrement en avant. Ce qui eu pour effet de faire douter l’homme de Delphe de la réponse qu’il avait donné. Elle sentait sa crainte de la décevoir et d'en être puni. Aussi se contenta-t-elle de souffler : « Le domaine Orietto n’existe plus... » avant de faire volte-face pour se diriger vers sa monture.

 

Autour, retenus par un encadrement de soldats, des badauds s’étaient amassés pour observer ce spectacle singulier, d’une demeure qui semblait aussi immortelle et intemporelle que le nom auquel elle était rattachée. Personne parmi les gens qui vivaient ou passaient régulièrement par ici n’avaient connu autre chose, dans ce paysage champêtre, que cette vieille demeure et ses murs d’enceinte. Ni eux, ni leurs parents, ni leurs grands-parents.

Elbon n’aurait jamais fait brûler cette maison, pas même pour tuer ses ennemis… tout en s’en persuadant, une part d’elle ne pouvait s’empêcher de penser à la folie qui l'avait gagné, comme elle avait gagné leur mère. Cette soif de vengeance intarissable... N’aurait-il pas préféré périr dans les flammes avec cette demeure plutôt que de la savoir aux mains de l’enfant d’un traître et d’une catin ?... Cette réflexion effrayante la traversait quand elle vit, parmi la foule, un visage qui la fixait, sous une capuche grise de mendiante. Un horrible visage de femme balafrée. Sans qu’elle su pourquoi, ce visage, aperçu exactement au moment où ses pensées allaient vers les parents d’Erebor, s’assimila a un autre de ces souvenirs qui la traversaient depuis qu’elle avait posé le pied dans le domaine dévasté de sa famille de sang.

… Les courtisanes …. Ces femmes qu’elle avait vu un jour parader durant une fête masquée… Héléna y était… celle dénommée « Nana » également. Et puis une autre, dont personne ne se souvenait plus, sans doute, que les survivants de ses anciens amants.

Le visage disgracieux disparu de son champs de vision presque aussitôt. Mais cette image laissait dans la bouche de la valkyrie un goût amer, un sentiment de révulsion que ces femmes lui inspiraient déjà alors. Ces femmes qui faisaient se déchirer des familles, mourir en duel ou à la guerre de jeunes hommes… Ce femmes qui prétendaient incarner l’idéal, ou des idéaux, mais qui écrasaient tout sur leur passage pour sentir un peu d’un soleil doré sur leur visage, pour rire à la face du monde avant qu’il ne s’effondre autour d'elles dans leur indifférence la plus totale.

 

Elle remonta à cheval, silencieusement, parée du visage impassible qu’on lui avait appris à affecter en toutes circonstances. Elle servait Calpheon… Hier une monarchie, aujourd’hui une république… demain peut-être encore autre chose, avec encore des morts pour bâtir dans le sang un monde soit disant nouveau. Mais elle était certaine qu’il y aurait alors toujours de ces femmes impies pour mener les hommes à leur mort, elles et Elion, pour pleurer en silence la folie de ses enfants.

 

 

Evanion regarda la valkyrie partir, sur son cheval blanc, avec un frisson. Appuyé à un muret à l’écart des badauds, sa plume en main, il ne décrocha ses yeux de la forme claire que lorsqu’elle disparut parfaitement de son regard. Il ramena ses yeux sur la page dans laquelle il avait écrit l’épilogue de cette histoire. Il songea longuement à ce qu’il en ferait… Puis il déchira la page et la froissa dans sa main, pour la jeter dans la boue à ses pieds. Qui pouvait se soucier de ce qui traversait l'esprit d'une valkyrie dans ces heures là, quand ce qu'on attendait d'elles était d'être inflexible et de protéger les faibles? Et puis d'ailleurs, à quoi bon se soucier des douleurs des vaincus, quand on les a combattu... Ne serait-ce pas une hypocrisie fort déplacée?...

La pluie commençait à tomber, en petites gouttes éparses. Elle nettoierai bien vite tout cela, éteindrait les flammes, lessiverait les vestige d’une histoire familiale perdue à jamais. Qu’importe ! Rien n’est immortel, si ce n’est ce que les histoires veulent bien retenir... Il se contenterait, dans sa chanson, de ce qui pourrait inspirer les générations futures.

Emmitouflé dans sa cape, il se dirigea vers chez lui en se fredonnant un air à même d’accompagner un épilogue ventant la gloire, la liberté et la victoire du bien contre le mal... mais rappelant aussi la futilité de l'instant présent. Ce qui est acquis n’est pas toujours fait pour le rester.

 

 

Le passé n’est plus là, demain est encore loin

mais aujourd’hui, ami, se tourne une autre page.

Les tyrans sont vaincus, et jusqu’aux lendemains

où d’autre reviendront, brûlons notre jeune âge !

 

Si le loup dort, prend garde ! Il ne dort que d’un œil.

Dansons, rions, pour l'heure nous sommes hors de danger,

Tant que tu voleras au ciel, aigle doré.

Le loup nous guettera du fond de son cercueil.

 

C’est pour ta liberté que des âmes vaillantes

ont risqué leur printemps aux affres des combats,

Pour sauver l’innocent des prisons qui le hante.

Alors chantons la vie, chantons tant qu’elle est là !

 

Si le loup dort, prend garde ! Il ne dort que d’un œil.

Dansons, rions, pour l'heure nous sommes hors de danger,

Tant que tu voleras au ciel, aigle doré.

Le loup nous guettera du fond de son cercueil.

 

Honneur à tous les brave, tombés hélas hier,

et à tous ceux qui luttent encore aujourd’hui.

Gardons les à nos cœurs, d’eux soyons toujours fiers.

Pour mieux les honorer, mon ami, danse et rit !

 

Si le loup dort, prend garde ! Il ne dort que d’un œil.

Dansons, rions, pour l'heure nous sommes hors de danger,

Tant que tu voleras au ciel, aigle doré.

Le loup nous guettera du fond de son cercueil.

 

___________________________________________________________________________________________

 

  • Elbon a été jugé malgré sa mort, à la lumière des indices rapporté par le groupe des humanistes et en faisant parler les prisonniers arrêtés.

    On sait qu'il est directement responsable de la mort de Neve, nourrice d'Erebor. Ses collusion avec le groupe criminel de la Arpia ont été reconnues et condamnées. Il n'a en revanche pas été possible de prouver son implication ou celle de feu sa mère dans le meurtre ou la disparition de personnes des familles ayant participé à l’érection de la république Calphéennes.

 

  • La demoiselle Barcolo, fiancée d’Elbon et dont le mariage devait avoir lieu dans quelques semaines, ne reparaîtra pas en publique. Trina restera discret lors de sa confrontation au criminel qui lui a effectivement arraché sa vertue – elle le reconnaîtra. Le criminel en question avouera sous la torture avoir été mandaté pour cette tache par le même groupe criminel que les autres prisonniers. Le lien étant alors évident, l’accusation de viol commandité aurait pu s’ajouter aux méfaits reconnus d’Elbon Orietto. Néanmoins les Barcolo s’arrangeront pour que cela reste hors des voies publiques, se contentant de rester dans la longue tradition des règlement de compte entre nobles et désireux de ne pas ajouter à la honte de leur famille en exposant le viol et la grossesse de leur fille. Il est prévu pour celle-ci qu’elle rejoigne les ordres dès qu’elle aura accouché. L’enfant sera confié à l’Église également.

    Les Barcolo garderons en mémoire qu’ils ont une dette d’honneur envers la maison Di Castelli, malgré leurs positions politiques et idéologiques opposées.

     

  • Les deux criminels Calphéens rattachés aux cartels des bas quartiers, affiliés à Luolo Grebe, seront suppliciés et exécutés en place publique d’une façon exemplaires, pour avoir œuvré contre la république et - paradoxalement – s’en être pris à une jeune femme noble. Le criminel d’un cartel d’Heidel ayant été en collusion avec ce groupe des bas quartiers sera seulement pendu, ayant eu pour « seul » tord la complicité du meurtre d’une serendienne de basse extraction et une collusion avérée avec un groupe criminel de Calphéon. Heidel approuvera l’exécution de cet encombrant truand issu de ses rues et ne s’en mêlera pas le moins du monde.

     

  • Helena et Talion Orietto seront reconnus morts et leur fils, Erebor, dernier héritier de la famille Orietto, récupérera un domaine en cendre certes, mais où tout reste à construire...

 

 

 

Modifié par Evanion

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