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15 résultats trouvés

  1. L'Ambroisine ne le laisse guère deviner, avec ses manières rudes, mais elle traîne avec elle bien du papier, dont un petit carnet à couverture de cuir, où elle note parfois d'un air consciencieux.
  2. Notes Acte XIII — La sciure et le tan.

    Trent & Behr ; 4ème et 5ème du Gobelin Un nouveau jour se lève, plus franc, plus sincère que celui qui avait péniblement filtré sous la toison touffue de la forêt de Kaia. Les bois équarris libéraient le village de la ténèbre oppressante de cet écrin d'émeraude, et les ouvriers à l'origine de cette clairière martelaient, sciaient, ponçaient les troncs, souches et autres branches de tréant qui constellaient tous les recoins de Trent. Il était l'heure de négocier les termes de notre potentiel contrat avec la République, et je me réveille sur ma paillasse, déjà dans l'idée que ce sera un fiasco. Parce qu'il s'agit des Di Castelli, bien trop prompts à s'enflammer sur les dires du premier venu, et que ma confiance en eux, déjà ridicule du fait que ce soit une famille noble de Calpheon, s'est tarie au jour où ils ont invoqué Trina pour m'arrêter sur de sordides affabulations d'un homme insatisfait. Nous sortons, et nous regroupons tous devant les deux énergumènes que la capitale nous a envoyés, nous installant sur quelques rondins abandonnés. Combien de temps cela a-t-il duré... ? Deux heures ? Cinq ? L'astre du jour est déjà à son zénith lorsque nous nous séparons, échaudés par les débats sans fin que j'ai instigués pour sécuriser clauses et paiement, bien trop méfiante des magouilles haut placées de qui me l'a déjà faite à l'envers. Nous nous séparons, retournons vaquer à nos occupations, d'ici deux jours, je dois me rendre à Calpheon pour signer ce que nous avons mis en place à condition d'avoir pu échanger avec un membre clef de l'affaire au préalable. Nous changeons de sujet, il nous reste un long chemin à parcourir pour rejoindre la capitale, si bien que nous ne nous attardons pas davantage ici, notant bien que la majeure partie des habitants a plutôt besoin de main d'œuvre que de main armée. C'est après un bon repas et surtout un verre de Sève de Tréant, l'alcool local, que nous allons libérer le bungalow loué pour la nuit et que nous remontons en selle. Il est temps de rallier Behr, ce village de chasseurs, trappeurs, tanneurs et autres revendeurs d'ivoire, perdu dans les confins de la forêt. Deux heures nous en séparent. Et durant ce trajet, la fatigue me harcèle, et me fait percevoir d'étranges bêtes volantes, et de hautes silhouettes parmi les arbres resserrés. Vue de l'esprit ou créatures réelles, mon esprit ne parvient pas à se fixer et distribue ses dernières énergies à chevaucher jusqu'à notre destination. «Question sur la source magique : impératif Fort Trina nécessaire ? Judicieux ?? » Nous avons tout juste le temps d'arriver que je m'en viens m'asseoir sur une roche. Je sombre dans un sommeil profond, presque instantané, épuisée par le rythme décalé que j'ai mené ces derniers jours avec mon tour de garde de l'autre côté de la montagne. Je ne me souviens de rien, de cette après-midi là, si ce n'est que nous avons touché terre vers seize heures... Je me réveille le lendemain, la matinée est déjà avancée. Un cabanon, quelques matelas au sol, du pain et de la nourriture sur une table basse, personne aux alentours. Mon instinct est en alerte, je n'ai aucune idée d'où je me trouve et si la porte qui me fait déjà face est verrouillée ou non. Qu'ai-je manqué ? La poignée se tourne, le loquet se déverrouille, et c'est une clarté diurne qui m'accueille au dehors, dans le ramdam des chasseurs traînant leurs carcasses de bêtes abattues et le battage des peaux. Au plus près de moi, des râteliers où une jeune femme accroche quelque renard. Elle me salue. Je reste pantoise un instant, peut-être honteuse d'avoir été tant sur mes gardes pour bien peu, et vexée d'être honteuse. Il n'y a guère grand chose à rapporter de cette journée, Rhazar m'a rejoint, nous avons longuement échangé sur les subtilités de notre métier qui semblait passionner la jeune Estrazsa. Il prendra d'ailleurs soin de lui prodiguer quelques conseils de base sur le maniement de sa lame, je ne suis moi-même pas bretteuse, et je me serais sans doute fourvoyée sur les indications à lui transmettre. Cela nous prendra une grande partie de la matinée, et je pensais déjà au trajet qui nous attendait encore, revenant sur nos pas jusqu'à Calpheon. Il était déjà temps, et je proposais à notre bienfaitrice de l'escorter jusqu'à la capitale pour qu'elle y prenne son envol. Bien trop peu expérimentée pour notre compagnie, l'idée ne me traversait pas un instant l'esprit de la garder avec nous. Nous sommes sur le départ, déjà. Et talonnons le flanc de nos montures, cap plein nord...
  3. Notes Acte XII — Qui sème le vent...

    Trent ; 3ème Gobelin L'aube se lève sur notre abri de fortune, enfin, si l'on peut se permettre de l'appeler aube tant le feuillage touffu éprouve les rayons de l'astre naissant. Dans ce simulacre d'aurore, mes yeux fatigués d'avoir tant veillé se ferment parfois d'eux-même au rythme des chutes de ma tête sur mes bras croisés. Bercée par le chant des ronflements et soupirs de mes camarades blessés, je n'avais guère d'autre spectacle à considérer que celui des flammes dansantes du brasero ayant laissé place depuis déjà de longues dizaines de minutes à un carnage de braises chaudes. Et Rhazar qui ne revient pas, l'idée de me retrouver coincée ici commence sensiblement à me nouer l'estomac. Cimbaeth se met à gronder de douleur en remuant, ce qui ne manque pas de le réveiller. Je m'approche à pas de velours et place ma paume contre son front pour m'assurer qu'il n'ait pas de fièvre. Nous échangeons quelques mots alors que j'inspecte ses plaies et y applique un baume gras pour empêcher sa peau de céder sous le peu de mouvement qu'il pourrait encore faire. Et c'est à l'instant où il se rendort après avoir grignoté quelques morceaux de viande séchée que je perçois le pas d'un destrier lancé à vive allure et ralentit sur la dalle du pont traversant le gué à nos côtés. Il est difficile de mettre un mot sur le sentiment qui m'a à la fois noué la gorge et soulagée. Mon compatriote valencien descend de son étalon, peinant à se mouvoir comme s'il avait subi la morsure des roues d'un wagon qui n'aurait cessé de l'écraser. S'il allait pourtant bien à première vue, à en croire son sourire et le fait qu'il dépose un baiser dans ma chevelure, un frisson terrible emprunte mon échine et me hérisse le poil. De ces sensations instinctives de survie, qui m'auraient presque donné envie de faire un pas en arrière. Mon partenaire vibre d'une force occulte décuplée, en dormance, mais ayant resserré son emprise néfaste sur sa conscience. Il nous faut dormir pourtant... car nous devons rejoindre la prochaine halte. «Deuxième stade ; surveiller son comportement Rencontrer l'accompagnatrice, lui poser des questions sur l'île Parasite occulte ? Pas de précédent d'une telle affaire ; soupçonne spores toxiques Veiller au rétablissement de C. et S. » Cimbaeth est étendu dans le chariot, ballotté comme un fagot de bois, plongé dans une transe profonde que je m'efforce de faire perdurer le long du trajet. Notre arrivée à Trent ne passe pas inaperçue, aussitôt les portes passées que nous sommes interrogés par les gardes de province. Rendue à l'auberge du village, je nous trouve une chambre à partager, dans l'espoir que nous puissions tous y passer la nuit ; je suis la plus en forme car n'ayant pas rencontré d'embûches récentes, si bien que je décide de léguer les places les plus confortables à mes camarades et de leur apporter, avec l'aide de Rhazar, un dîner digne de ce nom. Et un remontant. La Sève de Tréant coulait déjà dans nos veines lorsque nous nous mettons à chanter et frapper du talon pour battre la mesure. Cela me rappelle mes soirées à bord du Marid, ce navire corsaire qui m'avait portée sur les flots de bien des mers durant tant d'années... Mon partenaire s'égosille, rendu euphorique par quelque stratagème tabagique dont il a le secret, oubliant fort bien le mal lancinant qui rompt son flanc droit. Je ne peux m'empêcher d'y prêter attention, malgré le fait que nous nous amusons ; d'ailleurs, c'est bien l'une des seules fois où nous avons véritablement profité de nos haltes pour nous détendre depuis Port Epheria. Boogie, le compagnon canin de Serehne, se met à aboyer en direction de la porte. S'il a entendu quelque chose, nous autres continuons à chanter et jurer, sifflant verre sur verre jusqu'à l'ivresse salvatrice. Je restais encore sobre pour ma part, dans le cas où qui que ce soit réclame notre assistance. Ce qui que ce soit ne fut pas le bienvenu. Dans le claquement brutal de la porte sortant de ses gonds, m'apprêtant à danser, je me retourne et sens la pulpe de mes doigts se refermer sur la hampe de ma faux d'argent, dont la lame courtise déjà les silhouettes ennemies de ces gens de Calpheon venus nous chercher jusque dans ce fief reculé à la croisée des chemins. Une bombonne blonde et son molosse noir nous dévisagent, quémandant notre attention pour une affaire semblerait-il enfermée dans une pochette de cuir. Ni une ni deux, je leur claque le battant au nez et de rage d'avoir été interrompue, me réfugie suffisamment loin pour ne pas leur faire tâter de mes injures. Bien plus diplomate, il faut l'admettre, Cimbaeth s'exile en leur compagnie tandis que je dois quelques explications à mes deux autres collaborateurs quant à la façon dont nous nous sommes quittés, à notre départ de la capitale. Nous patientons pour son retour, et je ne comprends pas ce qui lui prend tant de temps alors qu'il suffit de refuser leur offre, quelle qu'elle soit. Une affaire du Parlement, qui pourrait nous rendre fichtrement riche. Cela se médite...
  4. Notes Acte XI — Fer blanc

    Calpheon -> Trent ; 2ème Gobelin Au rythme de notre galop soutenu, le sentier éclairé par la lanterne que je soutenais à bout de bras, nous nous enfonçons dans la forêt encerclant le lac Kaia comme une aigue-marine dans son écrin d'émeraude. Les premières dizaines de lieues sont encore placées sous les rayons nocturnes d'un astre d'argent, flamboyant de froideur, et constellant la surface de l'eau que nous longeons. Ses reflets martèlent l'équipement de nos destriers et frappe le cuir de nos armures en un éclat mat. L'atmosphère est au calme si l'on excepte le halètement de nos chevaux, l'écho de leurs fers harcelant le sol terreux et le concerto des insectes nocturnes venus accueillir notre passage dans un bruissement presque apaisant. Je repense à cet adolescent que nous avons rencontré à Calpheon, pour une obscure raison, je peine à me démettre son visage de l'esprit. Nous quittons les abords du lac pour nous enfoncer dans les bois sinistres d'une forêt qui couvre le ciel d'une chape de feuilles sombres, étouffant jusqu'à l'orchestre qui nous accompagnait jusqu'alors. Notre chevauchée dure, je ne saurais dire combien de temps ou de lieues se sont écoulées depuis que nous avons abandonné la clarté de Kaia pour ses épisodes les plus ténébreux, mais il se fait temps d'une pause méritée. Nous savions, avant même de laisser la capitale derrière nous, que nous allions camper sur le chemin car la route pour Trent était d'une longueur affolante. Le sentier bifurque, et je prends la décision d'emprunter cet affluent car ayant repéré quelques vestiges de campement depuis ma position — littérale — d'éclaireur. Un cabanon en partie éventré par la chute d'un arbre fait face à un autre plus en état, mais aussi plus en retrait. Chevaux attachés, le silence qui règne ici est pesant, et nous avons, je pense, tous un mauvais pressentiment. Il est impératif de faire une reconnaissance des lieux, si bien que nous nous séparons. Rhazar et moi nous enfonçons dans les bois après avoir entendu un grognement peu engageant, quant à Cimbaeth et Serehne, ils se décident à explorer les bungalows abandonnés, toute arme au clair. À cet instant, je ne sais ce qui advient au campement, mais soudain nous entendons un rugissement bestial et le choc de lourds objets contre quelque débris de bois qui craque, et nous mettons en branle pour le rallier au plus vite. «Surveiller cautérisation de C. Trent à des heures de route, prévenir qui ? Étranges créatures autour du camp. » À notre arrivée, et à la lueur de notre lanterne, nous apercevons un ours brun gigantesque paré à dévorer ce que je devine comme la jambe de l'un de mes camarades. Rhazar réagit et cherche à envoyer son poing dans la gueule de l'ours, ne serait-ce que pour l'en détourner. Mais le plantigrade est vif, et malgré le fait que j'agite ma torche pour l'énerver et l'attirer à moi, rien n'y fait. Repoussant le Valencien d'un coup de patte qui l'envoie voler quelques mètres plus loin, j'abandonne la lanterne au sol et incante quelque sort du bout des lèvres. Ce qui suivra semblera aussi vif et soudain que cette attaque sournoise : un coup de feu retentit, une gerbe de sang, d'os et de fourrure colore mon cuir et le tronc d'arbre mort à mes côtés, alors que d'une impulsion télékinésique, je repousse la bête assez brutalement pour qu'elle s'empale sur des planches brisées en fond de cabane. Un grondement sourd et agonisant, la retombée étouffée d'un corps inerte, et les râles cessent. Du moins, ceux de la bête. Car précipités à l'intérieur, nous notons l'état déplorable de nos deux alliés : Cimbaeth avait été grièvement touché au flanc par les griffes de cette atrocité, et projeté sur Serehne qui avait dû amortir un choc puissant en s'écrasant contre des escaliers. Meurtris, nous les menons à l'extérieur et procédons aux vérifications d'usage et soins d'urgence. Recoudre les griffures béantes et sanguinolentes de la bête m'apparaît impossible sans que mon patient de fortune ne meure, exsangue. Si bien qu'il me faut procéder à une cautérisation, certes un peu brutale, mais nécessaire. Ce procédé prendra quelques minutes, laissant à mon partenaire le temps de reprendre son souffle entre deux applications de la lame chauffée à blanc. J'ai l'estomac noué, la gorge serrée, à chaque fois que mes mains ensanglantées abîment un peu plus le cuir de mon acolyte, le brûlent et le martyrisent. Une telle douleur qui, à l'instant où j'appuie le fer sur la plus profonde des plaies, le fait tourner de l'œil et s'affaler sur la roche. D'un réflexe attentif, j'essaie de rattraper son imposante silhouette comme un corps mort, afin qu'il ne se blesse pas le crâne et reprend ma sale besogne. Il revient vite à lui alors que l'instrument de torture encore chaud plonge dans la terre, et c'est sous son crâne que je place mes jambes repliées en guise d'appuie-tête de fortune, épongeant la sueur perlant son front du revers d'un mouchoir. Main apposée à l'orée de sa crinière, je l'immerge dans une transe de surface visant à faire resurgir d'autres émotions outrepassant la douleur lancinante dans son flanc, par chance, je parviens à bien assez me concentrer pour lui permettre ce petit répit, et pour m'enquérir de l'état de notre autre collaboratrice. Serehne survivra, semble-t-il qu'elle n'ait rien de cassé, mais pour l'heure la nuit était encore incertaine pour le Chasseur. Il fallait les transporter dans l'autre cabanon, et veiller sur eux... Rhazar propose alors que s'en aller quérir de l'aide, ou tout du moins un chariot pour permettre de transporter nos blessés jusqu'à Trent sans qu'ils n'aient à chevaucher. Ce qui ne ferait que les mener un peu plus aux portes de la mort. Je ne suis pas emballée par l'idée de le laisser y aller seul, mais je n'ai guère d'autre choix, l'un de nous doit se charger de monter la garde. Le voilà sur le départ. Et moi, devant un brasero crépitant, n'ai plus qu'à attendre qu'il revienne... ou non.
  5. Notes Acte X — Le feu aux poudres.

    Calpheon ; du 28 Pierre de Sceau au 1er Gobelin Je n'en dirai pas trop de Calpheon. Nous avions fort à faire pourtant, dès notre arrivée, Cimbaeth avait rendez-vous avec Keharqta et la famille Di Castelli de la noblesse calphéonienne. Cette entrevue datait du jour où il était venu en aide à un mercenaire de cette même mesnie, au sein du Muguet d'Heidel, réputée pour abriter quelques nationalistes sérendiens qui ne voyèrent pas d'un bon œil l'arrivée d'un homme du territoire voisin dans leur modeste taverne. La proposition faite, mon partenaire s'en allait donc s'enquérir de la teneur de leur demande, tandis que je m'en allais soulager mon destrier de son armure pour les jours à venir. C'est à mon retour que je constatais que Serehne et Rhazar signaient déjà un contrat pour le compte d'un certain Kazelky, qui risquait son emploi si nous ne parvenions pas à retrouver ce qu'il avait égaré... ou plutôt ce qu'on lui avait dérobé. Sur ces entrefaites, je prenais le relais quant à déterminer une somme ou la marchander auprès d'un géant pour le moins xénophobe à notre égard, c'est ensuite que notre quatrième camarade nous rejoignit. L'Elfe éreintée de son voyage se retira, tandis que nous poursuivîmes notre soirée aux abords du fleuve traversant Calpheon d'est en ouest, afin de nous défier aux ricochets. Le Chasseur gagna. Le lendemain fut banal, pas de grand rebondissement, mais j'avais été négociée présente pour une mission qui se tenait le soir-même dans quelque quartier peu recommandable de la ville. Ces prochains jours, notre compagnie se verrait scindée en deux, d'un côté les sages, de l'autre les moins scrupuleux. Et tandis que les premiers s'affairaient à fouiner les alentours à la recherche de potentiels contrats, nous partions, mon acolyte et moi-même, pour remplir notre tâche. La confidentialité m'empêche d'en divulguer la teneur, mais une chose est sûre, cela m'a été très profitable. De retour dans la demeure dont j'ai l'usufruit, grâce aux bons services d'un ami marchand de Valencia, j'entreprenais de me rafraîchir le temps que mon complice ne revienne de la suite de ses négociations auprès de nos commanditaires. Nous rejoignîmes Rhazar pour quelques coups à boire et chants marins ou de taverne, ce à quoi le sage valencien me surprit à participer. Agréablement. Puis je m'exilais de nouveau avec mon comparse prête à entendre le propos de son dernier échange avec la noblesse occidentale... «Ne plus faire confiance à Calpheon. » Rhazar quittait Calpheon au petit matin, appelé au niveau de l'arête de Karanda pour quelque affaire sur le sujet de laquelle il ne s'épanchera pas. Je procédais aux soins qu'il me réclamait chaque jour pour faire résorber ses douleurs dans l'épaule, qui persistaient encore, avant de rejoindre mon partenaire chapeauté au Renard Aviné afin d'y prendre un copieux petit-déjeuner. D'ores et déjà, je savais que nous devrions rester encore quelques jours sur place, car ce n'est que le lendemain que nous pourrions poursuivre la mission qui nous a été confiée. Serehne s'en était allée pour les fermes environnantes afin de faire connaître notre compagnie, si bien que je passais la journée et la soirée entières aux côtés de mon cher Cimbaeth. Quelques rencontres nous furent utiles dans le cadre du secret de notre affaire, d'autres se sont imposées comme un petit répit alors que je rencontrai Luaine, la fille adoptive de Greywolf, au sein même du quartier du marché. Semblerait-il qu'elle eut l'idée d'un gala de bienfaisance pour venir en aide aux populations défavorisées de la cité souveraine, projet entaché par le pragmatisme bougon de deux mercenaires qui n'étaient pas sans savoir les effets pervers d'une telle solidarité... Nous étions déjà le trente-et-un de la Pierre de Sceau, dernier jour d'un mois pour le moins riche en nouvelles perspectives. Mes deux confrères, Rhazar et Cimbaeth, se retrouvaient chez moi pour partager une boisson et quelques mots avant que nous ne prenions le chemin du lac Kaia pour nous détendre. Ce fut une journée agréable en leur compagnie, la tension qui régnait entre eux à mon égard semblait évaporée, et cela me soulageait. Si ce moment était confortable, il nous fallut l'écourter afin de nous préparer à la suite plus risquée de notre contrat. Nous quittions le Valencien aux écuries sud et nous rendions bientôt aux abords de notre lieu de travail... Et si la mission fut un succès, un retournement nous attendait encore à notre retour victorieux. Revenus à la demeure Di Castelli, voilà qu'après avoir été grassement payés pour un déroulement des plus parfaits, la garde de Trina se pressait à la porte. Invoqués par Keharqta lui-même qui ordonnait mon arrestation, j'étais affublée du titre de conspiratrice contre la République. Ceci pour un échange banal entre un certain Keziah et moi-même, en pleine rue commerçante d'Heidel, deux semaines plus tôt. Et rapporté par un individu qui aurait tout intérêt à faire profil bas et ne se préoccuper que des cuisses de ses prétendantes qu'il gère bien mieux qu'un complot. Interrogée, je leur transmets les tenants et aboutissants de ma relation avec les deux concernés, et suis libérée après avoir couché mon honneur sur papier tout en refusant de prêter quelconque allégeance à une famille républicaine. Sur ces échanges tendus, le Médhien et sa compagne tenus en joue par le mousquet de mon partenaire presque tout du long, nous faisons volte-face et nous en allons sans autre forme de procès. Il nous fallait du repos. Et moi de quoi y réfléchir. De nouveau en présence de Serehne, le lendemain de cette entrevue m'ayant laissé un goût amer, nous retrouvons Rhazar aux écuries sud, et prenons le chemin pour Trent, le soir tombé.
  6. Notes Acte IX — Au bord du monde.

    Port Epheria ; du 25 au 28 Pierre de Sceau Notre halte à Port Epheria sera plus longue que prévue. Le soir même de notre arrivée, après un voyage si pénible et si long, nous faisions déjà pleuvoir les écus d'argent sur le zinc du Requin Ivre. Cette auberge, dont le parvis donne sur la baie de la cité portuaire, appartient à l'une de mes connaissances valenciennes, un certain Nazim Al Arshad, en association avec celle que je découvrirai comme étant une certaine Nalkarya, elfe de ses contrées. Attablés, nous accueillions mon frère bien-aimé, Keharqta, dont la silhouette accidentée parvenait à attiser mon souci pourtant rare. Fruits de mer, volaille, viande froide, soupes et pain dansaient un ballet étourdissant sous nos papilles dévorantes, alors que mes deux gloutons de comparses, Serehne et Cimbaeth, se remplissaient la panse à vue d'œil. L'alcool coulait à foison, vins, bières, rhums et whiskies s'entrechoquaient au rythme des coups de fourchette et aspirations sonores, et ce concerto de raviver mon humeur joviale. Je ne pouvais qu'apprécier ce moment de paix, non pas de torpeur mais d'enthousiasme général, jusqu'à l'instant où Rhazar s'exila hors de la salle principale et n'en revint pas. Je sentais déjà une sourde colère brûler en moi, une affliction vivace qui me tordait l'estomac à l'instant où je quittais mes confrères pour entrouvrir la porte de l'établissement. De ces impulsions fiévreuses que connaissent les enfants perturbés dans leurs jeux et leurs aspirations juvéniles. Le corps alangui, endormi, de mon compagnon était à ma droite, adossé contre la façade de la taverne en pleine effervescence. Accroupie, je claquai des doigts sous son nez et secouai son épaule. “ Rhazar ? Va donc dormir plutôt que de rester ici. ” lui dis-je, convaincue que le trajet l'avait éreinté, couplé à quelques douleurs qu'il ressentait encore vivement dans son épaule droite. Aucune réaction, je l'imaginais grognon, renfrogné, et mon ire bouillonnait dans mes entrailles. Le secouant plus férocement, je me rendis compte de mon emportement injustifié : sa tête se couchait de côté, le souffle éteint, et à l'inspection de ses pupilles, celles-ci étaient révulsées. Ce n'est qu'à cet instant précis que l'émanation occulte de son corps m'interpellait, l'alcool avait inhibé mes sensations primaires. Précipitations. La clientèle, le personnel, tous vont et viennent et mènent le Valencien à l'étage, dans un tumulte que je ne suis pas. Figée comme un roc à l'orée des escaliers qui y mènent, je ne vais pas à son chevet, pour des raisons qui s'entremêlent dans mon esprit en ébullition et dont je ne saurais tirer des mots distincts. Et je ne fais qu'attendre, patienter jusqu'à ce que les allées et venues cessent et qu'un diagnostic soit fait. Un simple coup de fatigue. Je le laisse se reposer, et retourne à mes affaires. Rendez-vous avec les deux associés du Requin Ivre, ce soir-là, je ne perdais pas de temps, il fallait que je canalise mes émotions chaotiques dans mon travail, éternel bourreau de labeur que je suis. C'est dans l'enceinte même des appartements de Nazim que nous devisons et signons un partenariat qui nous sera profitable. Les échanges nocturnes ne s'étendront pas le restant de la soirée, si bien qu'à ma sortie, je retrouvais aisément mes deux chers Cimbaeth et Keharqta à l'orée des premiers remparts de la ville portuaire pour quelques amusements nous nous avions le secret... «Partenariat R.I. signé. Nom pour la compagnie : Le Marécage Rendez-vous avec Cie de Reth demain soir. Pas d'Éperon à l'horizon, pas de menace. » Le lendemain n'a pas été marqué par la même agitation que la veille. J'apportais le petit-déjeuner à mon compagnon encore alité quand nos collaborateurs se virent pris d'une envie matinale de réveiller Keharqta un peu brusquement. Tous partirent boire un café, je les rejoignis ensuite, mais de nouveau, tous se dispersèrent. Mon acolyte s'enfuyait avec un inconnu que je rencontrerais plus tard, partant à la pêche à l'huître, tandis que chacun vaquait à son occupation. J'attendais mon partenaire de basane, nous allions converser quelque peu, comme nous avions l'habitude de le faire. Rien de très primordial, nous évoquions la pluie et le beau temps, Nalkarya était d'ailleurs au comptoir où nous étions installés à cet instant. Je n'ai guère vu l'après-midi passer, à tel point que Cimbaeth et son comparse revenaient avec plusieurs kilogrammes de fruits de mer frais. Et alors que je devais m'en aller, il vint à ma rencontre à l'extérieur de la bâtisse... C'est un homme charmant. L'ai-je déjà stipulé ? À mon retour, je trouve le Requin Ivre vide. Mais c'est en m'approchant du comptoir que les échos d'une conversation me parviennent, derrière une épaisse cloison de pierre apparente. J'entends mon fidèle partenaire m'inviter après avoir récupéré un bon bock de bière brune de la part d'Achille, le tavernier en poste à ce moment-là. Et voilà que mon regard se retrouve à scruter sept faciès accumulés dans un salon privé aux sofas de velours rouge, typiquement calphéoniens. J'en oubliais presque dans quel territoire nous nous trouvions. Reconnaissant le pêcheur amateur parti avec Cimbaeth plutôt, il m'est présenté comme Sorhenn, second de la jeune femme au fond de la pièce exiguë, une certaine Nilin Reth. Mon rendez-vous se concrétisait, en présence du couple d'associés, de mon partenaire et de mon frère. Les négociations s'achevèrent sur la signature d'un contrat de partenariat entre nos deux compagnies. Il était temps de fêter ces réjouissances et de déguster les huîtres fraîchement récoltées. Le festin, aux frais des uns et des autres, avait une allure de cantine de garnison, la clameur m'emportait avec elle. Mais je ressentais encore le besoin d'enfumer mes poumons, si bien que je m'exile en extérieur pour inspirer un grand bol d'air iodé du large. Mon cher complice, que je voyais peu à peu devenir mon second, me rejoint sur la plage destinée au carénage des navires. Nous poursuivons notre chemin pour quelque conversation nocturne, jusqu'à finir par nous endormir l'un contre l'autre à même la plaine aréneuse. Rhazar, pourquoi était-il encore debout à cette heure-ci ?, nous surprenait pour nous annoncer de rentrer car un groupe d'assassins rôderait dans la cité. Le renvoyant dans ses quartiers, nous finissions par opter pour une nuit à l'abri de la cabine de la Manticore. Une courte nuit. * * * Ce jour suivant était celui de notre départ. Il était tôt le matin lorsque je m'exilais avec mon compagnon valencien pour mettre les choses à plat, car son caractère me rendait irascible. J'ai besoin de prendre mes distances. À mon retour au Requin Ivre pour régler la note de frais de notre séjour, Cimbaeth amène deux beaux poissons tout juste hameçonnés, et nous décidons de déjeuner ensemble en prévision du départ. Un ballon de vin plus tard et... je ne comprenais pas pourquoi la table me semblait si grande, pourquoi mes mains peinaient à manier mes couverts, pourquoi je ne touchais plus le sol et pourquoi je n'apercevais même plus mon comparse en face de moi. Un tour de ce maudit balenosien qui se mettait à danser la gigue sur son banc, rendu à une taille ridiculement petite par quelque maléfice. Je me jetais sur lui, mais avant que nous poursuivions, Achille nous attrapait par le col pour nous envoyer valser sur la terrasse comme deux délinquants pris sur le fait. Voilà que nous entamions une journée sous le signe du Nain. Le restant de notre séjour n'eut rien de plus palpitant, hormis la rencontre avec une Ganelle du nom de Ghallae qui nous aura proposé son aide dans le cadre de l'une de nos prochaines missions. Quittant la ville portuaire, nous entamions notre longue route jusqu'aux abords de la grandiloquente Calpheon.
  7. Notes Acte VIII — Ces murmures, comme autant de bruissements...

    Florin -> Port Epheria ; 25 Pierre de Sceau La forêt s'étend à perte de vue de chaque côté de notre route, dense et menaçante, les arbres parfois déracinés ou foudroyés dardent leurs branches décharnées sur nos silhouettes au galop. Sinistre route que celle-ci, il n'était pas étonnant que Florin soit coupé du reste du monde alors que rien sur ce chemin ne nous donnait l'impression d'être seuls et en sécurité. Depuis les premiers pas de nos destriers sur cette voie cahoteuse, je perçois les bruissements anormaux de la végétation, les craquements angoissants de la terre, et ces murmures... Ces voix indistinctes parasitent mon attention, focalisée sur l'ombrage épais du ramage condensé comme dans l'espoir qu'une chose en sorte enfin, quelle qu'elle soit, pour pouvoir faire d'elle la source de mon affliction, l'accuser de tous mes maux. D'ores et déjà, l'ire de mon esprit se réveille et je retiens mon souffle, comme si cela allait m'empêcher d'entendre ou de sentir ces doigts spectraux refermer leur étreinte souillée autour de mon crâne. Je halète, suffoque. Tu es revenue... Tu as besoin de moi, ne me laisse pas ici... Aide-moi... Sorcière, je sais ce que tu cherches, je peux exaucer ton souhait... Nous pouvons cohabiter, tu es puissante, tu réfreineras mes ardeurs... Je le sais... Aide-moi... Je ne suis pas que chaos, fais-moi confiance... Trou noir. Une bourrasque fraîche soulève ma crinière comme les flammes d'un brasier, j'avance rapidement, mains crispées sur les rênes de mon destrier, et pourtant je suis essoufflée comme si j'avais parcouru ces dizaines de lieues moi-même. Cimbaeth, Serehne et Rhazar semblent bien se porter, mais nous devons faire une halte. Ayant trouvé refuge dans les ruines délabrées d'un village dévoré par le feu, nous prenons une heure afin de reposer nos montures, nos esprits et nos estomacs. Dont le contenu avait été vidé d'une infâme nausée, me concernant. Je perçois encore ces chuchotis, psalmodiant à l'intérieur de mon crâne, ces cultistes qui perturbent la prédation de mes prunelles vacillantes. L'Elfe et son fidèle compagnon montent la garde, le Chasseur s'octroie un peu de répit bien qu'à l'affût des horreurs de ce monde encore dissimulées dans les feuillages, nous autres mangeons. Auquel cas je ne tiendrai pas la suite du chemin. Cimbaeth se relève, fusil en main braquant les fourrés obscurs, et s'enfonce dans la ténèbre végétale. Ainsi aux aguets, cette posture réveille en moi un sentiment indicible, me raidit d'adrénaline, me renvoie à ma condition animale. Les secondes s'égrènent, il revient bredouille, nous repartons. Nous sommes à mi-chemin entre notre escale et notre destination, le grondement d'un affrontement s'oppose à notre avancée ; un champ de bataille où les arcs s'opposent aux catapultes jaillit sur notre chemin, mais nous n'avons pas le temps de tergiverser. Au grand galop, poussant un peu plus loin les limites de nos destriers, nous traversons la voie séparant les deux ennemis. Un rocher appose son ombre menaçante au dessus de nos têtes, s'écrase sur la muraille d'une tour et projette ses funestes débris... Rhazar et moi nous en sortons indemnes, mais un éclat malin frappe la croupe de l'étalon de notre comparse elfe et les couche tous deux. Dans cette tension qui me rend plus alerte, mes talons touchent terre et je chasse Zeegvarden d'une frappe sur la cuisse. Un autre obus s'écrase sur la tour délabrée, sa pluie létale dirigeant vers nous ses épieux les plus vils, et d'une impulsion occulte voilà que je me retrouve à les retenir, dans l'espoir, sans doute, que l'un de mes hommes vienne en aide à l'elfe ayant roulé dans la terre sèche. Cimbaeth se présente et tend une main assistante à sa collègue, l'invitant elle et son chien à trouver le chemin de sa selle, afin de repartir aussi vite que nous sommes intervenus. Les roches choient à mes pieds, débarrassée de mon fardeau, je rejoins à toute allure mon étalon au loin et entreprend de parcourir les dernières lieues... «Le Requin Ivre, n°1-4 Guetter l'Éperon dans la baie Partenariat ? Rumeurs ? Succursale maritime... à méditer. » Epheria, enfin. Je me réjouis de retrouver un autre port où me prélasser, l'air marin vivifie mes sens et m'ouvre à de nouvelles perspectives. Serehne porte le deuil de son destrier désormais mort de ses blessures, Rhazar et Cimbaeth sont égaux à eux-mêmes et j'ouvre la voie vers cette auberge que l'on m'avait conseillée : le Requin Ivre. C'est une belle soirée qui se profile, mon très cher Keharqta est ici lui aussi, malgré son état déplorable, et recevoir mes proches camarades à ma table m'emplit d'un engouement certain pour la suite de nos aventures. C'était sans compter la perte de connaissance de l'un des nôtres...
  8. Notes Acte VII — Tourments villégiateurs

    Florin ; 25 Pierre de Sceau Florin, il n'y avait guère grand chose à en dire. Une petite bourgade paisible où nous avons apporté notre touche d'agitation ; à force de contemplation, je commençais à comprendre l'attrait des septuagénaires pour un tel village reculé, loin du tumulte des grandes cités. L'aube s'achevait à mesure de secondes écoulées, et l'odeur torréfiée d'un bon café filtrait sous le battant de l'Auberge principale. Était-il nécessaire de préciser qu'il n'y en avait qu'une, pour si peu d'habitants ? Le chant des grillons et le bruissement des ramages verdoyants étaient autant de parasites que mon oreille peinait de moins en moins à supporter, à force d'en subir le concert dès que je venais à m'enfoncer dans les territoires boisés de l'Occident. Le pas d'un destrier me sort de mes rêveries, tandis que je n'en distingue pas encore la silhouette à travers l'épais manteau brumeux pesant sur les chemins inclinés. Alertes, mes pupilles tranchent ce voile frénétiquement, en arrachent les couches une à une, jusqu'à l'apercevoir... Sur sa monture, le cavalier que je reconnaissais enfin m'arrache un sourire ravi. Les excursions de Cimbaeth prenaient fin et nous pourrions reprendre notre route ensemble. Bien peu du matin lorsqu'il n'avait guère mangé, l'un de ses premiers caprices sera de réclamer à Izella, la charmante aubergiste qui nous avait accueillis, un petit-déjeuner digne de ce nom et un café noir. D'une pierre deux coups, je me retrouve avec ma propre tasse dont les effluves parfumées m'étaient plus agréables que celles du foin et de l'herbe coupée. Nous profitons d'un instant pour converser lorsque Serehne nous rejoint, et nos palabres n'en finissent pas. Dumree, le médecin s'étant chargé d'Otto la veille se présente un court instant à nous, notamment pour s'abriter d'une petite averse passagère, et nous annonce que la fièvre du blessé commençait quelque peu à baisser, mais qu'il n'avait pas encore repris connaissance. Une lueur d'espoir pour le quarantenaire et sa cadette, une lueur d'espoir pour nos bourses qui attendaient encore leur sentence. Nous prenons la décision d'aller lui rendre visite, car sur les conseils du shai, l'hôte du convalescent aurait quelque affaire à nous proposer. Rhazar se réveillait enfin alors que nous partions. Pas le temps pour un petit-déjeuner, le branle-bas avait déjà retenti, et je proposais à l'un de mes collaborateurs d'aller quérir le maire du village pour quelques informations supplémentaires sur les menaces pesant sur Florin et ses environs. Qui de mieux placé que lui pour le savoir, après tout. Cimbaeth se propose évidemment pour cela, peut-être est-ce ce que j'apprécie le plus chez lui : l'initiative solitaire. Je m'y retrouve... «Expérimentation d'elixirs Otto réagit, Moira paye Liqueur de plantes, intérêt Altinova ? » Regroupés après nos affaires respectives, nous prenons la décision de quitter ce bourg trop paisible à notre goût. Montures attelées, frappe au flanc, il était temps de quitter les forêts pour rallier le littoral de Port Epheria.
  9. Notes Acte VI — Leur voler dans les plumes.

    Olvia -> Florin ; Nuit du 24 au 25 Pierre de Sceau Moira et Otto s'étaient déjà installés sur leur chariot de marchandise à la lisière de la petite bourgade de campagne. Nous suivions de loin, Serehne, Rhazar et moi ; Cimbaeth ne nous avait pas encore rejoints. Inquiète ? Pas le moins du monde, cependant il s'avère un très bon élément dont il serait judicieux de ne pas se passer. Du haut de nos destriers respectifs, nous choisissions nos postes. J'ouvrirai la voie, mon compagnon la fermera, tandis que Serehne sera flanquée de côté. Méthodiquement, nous nous mettions en place et je faisais signe à Moira qui tenait les rênes. “ Yah ! ”, et nous voilà sur notre chemin vers Florin, le village d'alchimistes et d'herboristes shais de l'autre côté des reliefs rocheux de l'arête de Karanda. Nous ne sommes qu'en fin d'après-midi, dix-huit heures peut-être, et les falaises de Terrmian reflètent les lueurs crépusculaires d'un astre diurne sur son déclin. Je me laisse moi-même aller à quelque songe lointain, au rythme d'un galop peu soutenu en raison de la cargaison transportée dans mon dos. Les éclats argentés à la surface des eaux d'Olvia me rappelle à mes jeunes années dans la baie d'Ancado, lorsque le Marid attendait son carénage trimestriel pour se refaire une beauté. Mes compagnons de route suivent à bonne allure, le silence rompu par les sabots de nos montures et les craquements grinçants du wagon de bois n'ont pas raison de la quiétude qui s'est installée sur notre route. Un sifflement surgit des branchages d'arbres touffus, à l'orée d'une dense forêt. Nous sommes au Carrefour des routes menant tantôt à Florin tantôt à Epheria qui ne sera que notre prochaine escale. “ OTTO ! ” Moira hurle de terreur, Serehne et Rhazar tirent brusquement la bride de leurs chevaux qui piétinent dans la terre sèche des chemins creusés. Il me faut une seconde pour jeter un regard par dessus mon épaule et saisir l'ampleur du problème : une flèche à l'empennage blanc semblait fichée dans le torse du frère de la convoyeuse. Je m'arrête à mon tour, avec toute la peine qu'un cheval armuré peut me procurer en cet instant, et que j'emmène se placer derrière la cargaison pour le protéger des rafales de projectiles. L'embuscade n'est pas majeure, pas plus de cinq ennemis dissimulés dans les fourrés à première vue, mais le temps presse. Je me poste devant nos compagnons de route, tandis que la trentenaire cherche à arrêter l'hémorragie de son voisin sans ôter la pointe de flèche de sa plaie profonde, n'étant pas en mesure de courir en raison de ma patte folle. Une autre salve, heureusement sans dommages, et une coiffe de plumes blanches dépasse d'un arbuste... Des membres de la tribu des Hiboux Masqués. Une flaque sanguinolente de tripes, de griffes et de duvet écarlate gît sur la route, un cadavre au flanc ouvert repose dans les herbes hautes, et un autre corps au bec brisé se couche lorsque mon amant se dispense d'un coup de genou brutal. Tous reprennent les rênes de leurs palefrois, Moira panique et part au grand galop. L'hémorragie ne cesse pas et son frère, inconscient, est à deux doigts de la mort. Il nous reste plusieurs lieues à parcourir, loin d'être les plus sûres qui plus est. Si bien que nous ne nous arrêtons pas, pas même pour vérifier le chargement du wagon qui brinqueballe dans un tintamarre assourdi par le ramage épais des végétaux alentours. «Si Otto meurt, pas de paiement. » Notre arrivée tonitruante à Florin éveille les shais assoupis et autres curieux qui, en cette heure tardive, profitaient probablement de la fraîcheur nocturne. J'appelle soigneurs, guérisseurs, rebouteux, alchimistes, qui que ce soit à se présenter pour aider Otto traîné par sa sœur et mon compagnon hors du chariot ensanglanté. Une femme vient à notre encontre, basanée, la crinière noire, si j'avais eu un reflet elfique de moi-même en cet instant, ç'aurait été celui-ci ; mais moins mièvre. Partant à toute allure s'en aller déranger le maire de Florin, c'est au bout de quelques minutes interminables qu'un médecin en aube bleu ciel s'amène au pas de course, une épaisse mallette sous le bras. Nous organisons quelques sacs d'herbe et de plantes pour fournir au blessé une couche décente, faute de foin pour l'y allonger. Moira se voit entraînée plus loin par la Ganelle que j'avais déjà rencontrée auparavant, à Heidel... en compagnie de mon très cher Keharqta, me semble-t-il. En cet instant, son nom m'échappe, alors que mes doigts saisissent déjà la pointe de flèche transperçant le dos du blessé. Je procède machinalement à ce que le médecin me demande, à tel point que mes pensées vont et viennent bien trop promptement pour que je puisse me saisir d'une seule d'entre elles. À trois, nous soulevons le corps appesanti d'Otto et le transportons dans l'antre d'une marchande d'armures, une certaine Zelfinith. Et l'y laissons reposer, auprès de sa jeune sœur, le temps d'une nuit. À trois, guidés par un jeune shai, nous pénétrons dans l'enceinte de la seule auberge du village, et c'est une autre membre de leur communauté, plutôt potelée, qui nous accueille à grands renforts de liqueur de plantes. Notre comparse Vedir, Serehne, cède très vite à l'euphorie de l'ivresse, si bien que je me dois de l'accompagner à son lit pour l'y abandonner avec toute la délicatesse dont je puis faire preuve malgré mon équilibre précaire sur cette jambe qui me fait défaut. Et c'est à deux, finalement, que nous irons reposer nos esprits éprouvés pour une nouvelle journée...
  10. Notes Acte V — Du grain à moudre.

    Olvia ; 24 Pierre de Sceau Difficile de surprendre deux Valenciens lorsqu'il s'agit de déserts, mais celui que représentait le petit village d'Olvia en bordure de Balenos était incompréhensible cette heure de la matinée. L'astre solaire brûlait déjà nos épaules depuis l'aube, lorsque nous nous sommes éveillés dans nos tentes de fortune près de cette tour éventrée. Quelques poissons grillés pour contenter nos estomacs, et nous reprenions le chemin déjà entamé la veille, au grand galop. L'heure qui nous séparait encore d'Olvia a su mettre ma consœur elfe en appétit, puisqu'à peine arrivés, son attention se voyait déjà happée par un étal de fruits frais en angle de ruelle. Pourtant il y avait bien davantage à voir sous notre nez... — Ton mari est un fieffé voleur ! Je parie que ton fils est dans le coup, on l'a vu avec Leroy fouiner autour de notre silo ! — Ne t'avise pas de traiter ma famille de voleurs, mégère ! — On sait tous que Gio est si incompétent qu'il ne fait rien pousser de plus sur sa motte de terre que des pissenlits ! — T'as dit quo' lô ? Que sh'ais pas faire mon grain lô ? Craquement osseux. Giclée rubescente. Le pugilat paysan prend sa source au centre d'une réunion olviane de plus d'une cinquantaine d'habitants. La tension est à son comble et les justiciers se ruent dans la cohue pour séparer les deux hommes qui s'étreignent à coups de poings. Sur le sol terreux piétiné par les sandales de cuir des passants grouillants gisent déjà quelques dents arrachées par la force des rossées échangées, lorsque les soldats armurés s'emparent des combattants et les écartent l'un de l'autre. C'est au terme d'invectives fleuries que la foule se disperse et emporte avec elle ses ragots les plus croustillants. Nous autres étions au chevet d'un marchand de fruits pour le dévaliser en pommes, cerises et autres produits de sa récolte, guettant simplement le débarras de cet agglomérat citadin à l'entrée de l'auberge ; vers laquelle nous avons entrepris de nous diriger. À la recherche d'un certain Howel Eldris, l'accueil des aubergistes a été plutôt froid. Et pour cause. Renvoyés auprès du capitaine des Justiciers, nous apprenons que l'homme a perdu la tête, rongé par un mal qu'il ne saurait expliquer. Un mal qui m'était bien trop familier pour passer inaperçu. Sa femme, nous devions interroger sa femme, connaître les circonstances de son changement drastique. Marthalina Eldris n'aura rien su nous apprendre de plus, mais l'offre faite nous promet une récompense en échange d'une longue escorte de son époux au temple médiahn de Kamasylvia. Les événements s'accélèrent et nous sommes toujours en plein cours de la journée... «Vol de récoltes Famille Luvecchio vs. famille ??? - calphéoniens ? Mercenaires en cause, discrédit, pression ? Questionner relations Balenos-Calpheon Sergent convaincu, H.E. corrompu = Escorte à TdK - Mediah contre rémunération veuve (Martha) Convoyage de pierre noire p-e ? » Nous n'avons plus rien à faire ici. Et c'est une escorte en direction de Florin qui nous attend en cette fin d'après-midi.
  11. Notes Acte IV — Rafales dans la baie.

    Velia -> Embouchure du fleuve ; 23 Pierre de Sceau La matinée était fraîche et un courant d'air froid filtrait par la lucarne entrouverte du dortoir. Il était encore tôt lorsque je me suis réveillée, si bien que ma besace ouverte ne m'a pas davantage alertée lorsque je l'ai placée sur mon épaule pour passer à l'étage supérieur. Les fragrances torréfiées me sont aussitôt montées au nez lorsque mes coudes s'allongèrent sur le zinc, si bien qu'il me semblait fort à propos de réclamer une bonne tasse de café noir. Mais plutôt que de m'enfermer dans les effluves envahissantes d'un copieux petit-déjeuner, les battants grinçants recrachent ma silhouette sur le perron de l'établissement. Qui vois-je, Cimbaeth, mon acolyte. Un homme fort charmant, l'esprit fin et le verbe affûté, lorsqu'il ne joue pas les paysans de seconde zone pour amuser la galerie... Si ma confiance en lui ne peut être totale, pas plus qu'elle ne l'est auprès de mon compagnon, elle est pour l'heure bien assez absolue pour apprécier sa compagnie. Troquant les vapeurs de nourriture pour les nébuleuses volutes d'un bon tabac, je m'adosse moi aussi à la façade du bâtiment, nos épaules se courtisant avec la même promiscuité dont se jouent les fumerolles de mon café près mes narines. Salutations, échange de palabres, nous avons tous deux la logorrhée facile et l'humeur stable. J'engloutis le contenu de ma pauvre tasse en quelques gorgées, rythmée par les sabots martelant la terre sèche de la rue d'en face et les roues branlantes des chariots y creusant leurs sillons éphémères. Et si nous allions voir l'une de mes dernières fiertés ? Un quart d'heure nous suffira tous deux pour rejoindre les abords du port vélien, dont l'activité grouillante ne cesse de m'émerveiller et de me remémorer mes jeunes années. Serpentant entre les matelots et autres employés de dépôt et leurs caisses de poisson ou d'épices, j'invite mon comparse à presser le pas derrière moi, quitte à lui attraper la manche. La voilà, la Manticore. Un superbe bâtiment au corps carminé et à la crinière d'un blanc cassé, doté de deux robustes mâts, ballottait au creux de la baie sous l'effet d'un vent de travers d'une force croissante. Je suis bien incapable de retenir la courbe de mon sourire, lorsque mon cher ami propose de m'appeler d'ores et déjà Capitaine, d'un orgueil nostalgique déclenché par ces souvenirs d'une période de quartier-maître à l'apogée de ma carrière. Ces considérations révolues se voient balayées par une brusque bourrasque lorsque l'orage surgit, était-ce si tard déjà, ma conscience a-t-elle passé tant de temps à palabrer dans les méandres silencieux de ma mémoire ? Une averse diluvienne détrempe le ponton alors que nous prenons la décision d'aller nous abriter, près du chantier naval sous les falaises grondantes. Les ouvriers ne travaillaient pas ce jour-là, et les bâtisses ouvertes aux quatre vents nous ont permis quelques curiosités. *** Un éclat de bois soudain, près de ma jambe gauche, fait chuter mes pupilles sur les planches maculées d'éclaboussures rubescentes de la façade. Coup de feu. L'écho contre les roches grises est assourdissant et fait pulser le sang dans mes tempes. Touchée. Mon mollet hurle et crispe toute mon échine sous le raz-de-marée douloureux qu'il m'inflige. Silence, panique, Cimbaeth s'empare de mon bras pour me traîner à couvert, se baissant lui-même pour réduire son imposante carcasse. Je traîne la patte, le cuir déchiré de mon pantalon lance ses dards empoisonnés dans ma chair. La façade se voit affublée d'un nouvel impact, à quelques centimètres du chapeau de mon confrère, qui m'entraîne plus loin encore à l'intérieur de la bâtisse et m'impose de me baisser. L'odeur âpre du whisky me soulève presque le cœur lorsqu'il en imbibe la toile arrachée de sa chemise pour l'appliquer sur ma plaie sanguinolente. Troisième tir, pas d'impact, le canon a peut-être dévié, mon cœur bat la chamade et résonne contre les parois de ma poitrine. Fuir, il nous faut fuir, rejoindre la ville où l'on pourra se camoufler, se mettre à couvert. La lancinante blessure m'empêche de penser avec cohérence, mais mon instinct de survie revient au galop, prend le dessus, étouffe ma lucidité et me dirige à la suite des pas prudents de mon protecteur... La tour de garde était encerclée par autant de soldats que mon esprit brumeux pouvait encore compter, ajoutés à l'agglomérat citadin des passants alarmés par la fusillade. Hommes, femmes, de tous âges et toutes professions grouillaient à son pied comme autant de fourmis affamées sur un carré de sucre, pointant de leurs doigts abîmés ou innocents les hauteurs de la structure de pierre. “ Là-haut ! Ça v'nait d'là-haut ! ” les entends-je brailler à tue-tête tandis que la garde les contenait tant bien que mal. Dans ce dédale de membres humains, shais ou elfes, j'ai cru me noyer, suffoquer, le perdre jusqu'à ce qu'une main de cuir encarcannée étreigne la mienne et apaise ma tension. Il nous restait plusieurs minutes de marche jusqu'à atteindre le cabinet de la Guérisseuse qui avait réparé son flanc blessé par une défense de sanglier... Mes bras se referment mollement autour de sa nuque musculeuse, il m'entraîne sans véritablement me demander mon avis jusque dans les marches menant à l'étage surplombant la taverne. D'un coup d'épaule, la porte de céder sous l'entrée fracassante et mon corps d'épouser délicatement l'horizontalité d'un lit. Palabres. Puis un flou que je peine à me remémorer. « Bure noire, alchimiste, observateurs. Tatouage ? Contrat Akkhara, réseau étendu. Quitt-... » Cimbaeth pénètre l'auberge en trombe. “ Nous partons sur-le-champ ” nous lance-t-il, fusil en bandoulière, un regard torve portant sa mire scrutatrice sur la peuplade belliqueuse de la gargote. Mon compagnon s'en va dans l'instant quérir nos destriers, Serehne, notre comparse Elfe, fera de même. Et tous de nous en aller à grand galop par l'ouest de la cité balnéaire, au rythme de deux coups de fusil dont les balles sifflent à nos oreilles. Une heure de chemin à vive allure, et c'est au détour d'une tour délabrée que nous montons le camp, l'affaire pour nos montures de se reprendre et pour nous de soigner nos plaies et prendre du repos dans un environnement moins hostile.
  12. Notes Acte III — La chaleur humaine.

    Velia ; Nuit du 22 au 23 Pierre de Sceau Sur l'arête délicieuse de dunes de sable fin, dorées par l'astre diurne, courent les pâles aventuriers. La touffeur accablante elle-même ne parvient pas à enchaîner leurs chevilles et à ralentir leur ascension effrénée, une errance déterminée qui ne fera halte qu'une fois le sommet atteint. Affalés contre la courbe d'un rocher salvateur, les étrangers s'assoient et se reposent, pressent l'ombre de la pierre de leurs paumes brûlantes pour apprécier sa fraîcheur relative. Le froissement de leurs pas est une goutte de mélopée dans un océan de silence, seulement brisé par les humeurs d'un khamsin ardent. Longue est la descente sur cette colline au grain lisse, alors que la vallée se fait proche : les vents désertiques ont creusé leur sillage sur la plaine aréneuse, que les explorateurs marquent de leur passage éphémère jusqu'à atteindre un tertre plus ferme sous leurs pieds nus. En contrebas, tandis que la butte s'arrête abruptement, brille le joyau qu'ils convoitaient depuis les antipodes de ces steppes. La langueur de leur chute fait frémir la surface hâlée qui ondule sous leurs enjambées presque timides, tandis qu'ils convoitent déjà la préciosité d'une larme pluvieuse. Ils osent. De leur toucher délicat sur ce bijou scintillant découle une onde de choc, un séisme foudroyant qui ouvre le terrain sous leurs jambes et déverse déjà de mystérieux flots... L'empreinte violacée d'un rouge-à-lèvres farde la mâchoire de la Vipère qui se glisse langoureusement sous les rideaux pourpres de sa loge. Bruissements, chuchotis, murmures, psaumes, autant de palabres dissimulées qui s'échangent à demi-mot sur le passage de la sensuelle Sorcière. Lorgnades envieuses, jalouses, curieuses, animales, autant de regards dont elle s'abreuve et se nourrit, son opium le plus vital. Entre ses doigts tatoués, d'autres confrères pâles forment d'insolites zébrures contrastées qui la mènent d'une démarche chaloupée aux abords d'une porte dont l'entrebâillement filtre les vives lumières flageolantes de torches et lanternes de passage. Une bouffée d'air frais agite les vapeurs nonchalantes d'un narguilé fumant, sourires échangés et la sulfureuse Valencienne de quitter cette singulière demeure dont une maxime bien connue traduit mot pour mot les impressions qui en ressortent : l'habit ne fait pas le moine. Retrouvant acolyte et compagnon à l'orée de leur lieu de villégiature, s'échangeront les informations glanées au détour d'un ragoût de lapin et de salsifis dans une bonne sauce au vin. « 22 PdS ; Velia, Balenos S. et C. blessés, location pour la nuit. Jardins de Velia, réseau ? Ambre (Mediah) et Amande (Serendia). Recherche littoral à prévoir. Tatouage sur le dos de la main = ? » La nuit qui s'ensuivit fut bien longue dans ce dortoir où seules quelques lucarnes offraient un minimum de visibilité. Les lits demeuraient tout au plus suffisants pour ne pas préférer un peu de foin dans une étable sèche. Et la harangue de reprendre au petit matin, comme autant de chœurs parmi le chant des mouettes.
  13. Notes Acte II — Le vent du large.

    Velia ; 22 Pierre de Sceau La baie balenosienne de Velia se charge du tumulte des harangues mercantiles et du passage des wagons chargés de marchandises. Le port, centre névralgique du village balnéaire, est déjà saturé par la présence d'une frégate et d'une goélette dont les équipages déchargent machinalement les provisions en cette belle fin de matinée. À cette heure de la journée, la brise sereine aux fragrances iodées a déjà laissé place aux bourrasques portant leurs embruns jusque sur les hauteurs de la bourgade littorale. Dans le claquement des voilures bariolées, la Vipère évolue sur les pontons grinçants avec l'aisance d'une danseuse du ventre, jouant de souplesse plutôt que jouant des coudes. Se hélant les uns les autres, les marins au langage fleuri se mêlent au concerto rustique qui rythme la vie vélienne et les pas curieux de la Sorcière. À l'approche de l'ultime planche, un éclair albâtre fend le paysage charbonneux du faciès valencien. La voilà, la Manticore. Négociations. Était-ce un stéréotype des peuplades de l'Est, cette appétence pour le débat commercial ? Dans cet imbroglio viril, Teëharkqa aurait pu jurer, pourtant ce domaine maritime aussi masculin soit-il lui permettait d'évoluer tel un poisson dans l'eau. Renvoyée à d'autres souvenirs, deux décennies plus tôt, la Vipère arborait ce sourire caractéristique des voyageurs revenus à leur point de départ. Et ce malgré le fait qu'il ne s'agissait que de la deuxième fois qu'elle arpentait les rues terreuses de la belle Velia. Tantôt sur les quais, tantôt foulant le pont de son brick à la coque acajou et aux voilures encore blanches, la Capitaine donnait ça et là des instructions. Le plus frappant demeurait cet éternel rictus gravé à même la pulpe de ses lèvres abyssales, une expression de satisfaction, d'euphorie même ! qui illuminait son visage de basane tandis que ses index voguaient à droite à gauche, d'un étai à l'autre, d'une vergue à l'autre. S'il avait fallu la décrire en cet instant, sur le bois rubescent de ce bâtiment d'exception, le premier mot qui serait venu à l'esprit aurait été : passionnée. Car c'est avec passion que la mercenaire menait les prémices de cet équipage à la baguette, tel un chef d'orchestre emporté par les percussions rythmiques de son orchestre. Une symphonie qui n'avait qu'un nom : navigation. De retour sur la terre ferme, l'après-midi déjà en partie dévorée, le grincement et le heurt de deux battants réticents recrachent la silhouette ophidienne dans l'enceinte tumultueuse d'une taverne de quartier. L'atmosphère chargée de fragrances brutes comme celle d'un ragoût de lapin ou d'un tabac de mauvaise qualité s'infiltrait dans ses sinus comme un poison épicé. Et s'accoudant à ce semblant de bar tenant plutôt du plan de travail, la Sorcière se laissa bercer par le tohu-bohu ambiant. « 22 PdS ; Velia, Balenos Départ précoce. Recrutements effectués. 12 voiles, 412m², gris anthracite. Commande de lettrines d'or, 230'000 écus. Temps stable, vent force 5, est-nord-est. Luivano, sept disparitions en quatre mois. Besoin de renseignements sur la créature de l'île. » Un choc contre les battants alerte les sens prédateurs de la Vipère, deux individus s'engouffrent dans la clientèle dense agglutinée autour d'elle. Un chapeau de cuir usé. Une crinière couleur lavande. Ces traits ne pouvaient qu'attirer un peu plus son attention fauve, alors qu'elle referme son carnet de notes d'un claquement sourd et lève sa main libre. Blessures. Il fallait agir vite.
  14. Notes Acte I — Après le calme vient la tempête...

    Ferme DelLucci ; 22 Pierre de Sceau L'aurore farde l'empyrée d'un voile aigue-marine, contrastant avec l'onyx des nues de la veille qui s'étaient déchaînées sur les mercenaires. À perte de vue, les vestiges d'un colossal déluge : profondes flaques baignant les routes adjacentes, branches fendues par l'orage, champs détrempés pour les jours à venir. La sérénité s'était abattue sur la ferme DelLucci avec autant de fracas qu'un éclair assourdissant dans le courant de la nuit, tandis que l'aube naissante courtise désormais les plumes chamarrées d'un fier coq. Son chant caractéristique résonne une fois dans le mutisme éreintant d'une nature endormie, et voilà que tous se mettent en branle. Hissée par on ne sait quel miracle sur le rebord d'un toit de tuile rouge, la Vipère - dont le sommeil profond n'avait qu'une courte durée de vie - attarde sa mire prédatrice sur les poules caquetant à vau-l'eau dans la panique d'un réveil en fanfare, puis sur l'échine voûtée d'une fermière dont le bonnet de nuit rejetait éhontément ses boucles blondes. Ruée vers la niche des volatiles en goguette, panier en osier accroché au bras, il ne lui faudra pas plus de cinq minutes pour retourner séduire la clenche de sa porte en transportant six beaux œufs dorés. Soupir de plénitude. La Sorcière, en relevant l'un de ses genoux contre elle, crochète son talon entre deux plaques de terre cuite et emploie cette jambe à lui servir d'accoudoir. Ses pupilles fendues percent le voile brumeux d'une belle matinée non loin du large, ses narines s'épatent d'une inspiration tout juste iodée. « 21 PdS ; Serendia - Balenos Retard pris à Heidel, ponctualité à revoir. > Poste-frontière, trajet calme. Chariot renversé, cheval agonisant. Décision de l'abattre. Ganelle sensible au sort de l'équin. Orage en provenance du nord. Arrêt au poste-frontière, inspection brève, pluie diluvienne. Chemin rendu difficile par l'orage grondant. Approche de la ferme DelLucci, éclair sur le bas-côté, panique générale. Besoin d'abattre le cheval de la Ganelle ? Arrêt forcé à la ferme. » À la relecture de ses notes, encrées à même le vélin jauni d'un carnet souple, l'émail soigné de la Valencienne s'en vient mordiller l'anneau d'or perçant sa lippe abyssale. Ses songes s'égarent dans les rumeurs d'une vie rurale déjà active, alors que d'un bond souple et félin, la trentenaire retouche terre. Au chevet de son destrier rasséréné par leur arrêt imprévu, lui offrant une carotte et une caresse sur l'encolure, la mercenaire le rééquipe d'une selle imposante délaissée sur un support de fortune. Semble-t-il qu'elle n'attende pas le réveil de ses camarades pour reprendre sa route, à trente minutes de la cité balnéaire de Velia.