Minho

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À propos de Minho

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  • Personnage principal
    Aeluin
  • Personnage secondaire
    Corentin Duval, Sofian Al Sohrab, Minho, Haku S.

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  1. Chapitre XIX : Au cœur des abysses. Peu à peu, l'environnement sembla tournoyer autour du groupe, les couleurs s'alanguissaient et s'étalaient comme des tâches de plus en plus vagues et hasardeuses, dessinant sur le ciel nocturne et embrumé une toile de couleurs entremêlées où les étoiles s'allongeaient en formant des lignes vives et indistinctes. Les hululements alentours et le craquement du bois tout proche où la vie nocturne s'éveillait lentement commencèrent à s'étourdir. L'écho cristallin de la source toute proche s'assourdissait elle aussi insidieusement pour se muer peu à peu en vrombissement ténu et entêtant. Le battement cadencé de la nature s'emballait et dérayait sous leurs yeux, la cime des arbres s'étirait et s'allongeait indéfiniment vers les astres. Tout se mêla, ciel et terre, en un tourbillon homogène de sensations vivaces qui embrumèrent leurs sens et les submergèrent progressivement. Leurs corps s'échappèrent alors, le sol sembla se dérober sous leurs pieds et le vide les attirer à lui dans une chute interminable où le réel et l'illusion s'embrassaient et se confondaient entre eux. Subitement, ils atterrirent sur un sol terne et froid. Sous leurs doigts engourdis, la poussière sombre se déliait et teintait leurs mains d'une pellicule sèche et charbonneuse. L'air leur semblait lourd et chaque inspiration leur provoquait une sensation désagréable de pesanteur nauséeuse. Leurs yeux ne percevaient que des silhouettes hachurées au loin. L'horizon obscur se confondait avec un ciel noir sans étoiles et il s'y trouvait si peu de vie, si peu de couleurs, qu'il leur sembla presque impossible de s'orienter. Tout se ressemblait, tout s'entremêlait, tout n'avait ni forme, ni odeur, ni goût, tout leur semblait singulièrement égal, maussade et insipide. Tout leur rappelait, en fait, la constante monotonie d'une lande morte et déserte, semblable à celle qui qualifiait si souvent le visage du médecin. Dans l'air lourd, pas de vent, il n'y faisait ni chaud, ni froid. Leurs yeux s'habituèrent progressivement à l'obscurité profonde qui les enlaçait ici-bas comme un linceul oppressant, et au loin devant eux se dessinait la silhouette sombre d'une chaine de montagnes aux sommets en dents de scie dont le mont érigé si haut semblait cacher la face diaphane de la lune. Autour d'eux, le vide le plus complet s'étendait à perte de vue, rien à voir, rien à sentir, pas même l'ombre d'une âme, ni celle d'un animal, pas le moindre signe de vie, juste ce noir profond, si profond et si lointain qu'il paraissait s'étirer à l'infini et leur provoquait un vertige puissant dès qu'ils y posaient le regard, la sensation déroutante que s'y aventurer signifiait prendre le risque de s'y perdre à jamais, d'errer pour l'éternité dans le néant le plus complet. Seule cette montagne aux sommets affûtés semblait vouloir poindre à l'horizon, seule cette crête rocheuse où tout semblait inéluctablement converger. Ils avançaient d'un pas lent et prudent, mais résolu, à travers une plaine aride au sol charbonneux. La poussière balayée par l'air inexistant leur faisait plisser les yeux de temps à autres. Depuis combien de temps marchaient-ils désormais ? Ni le ciel, ni la terre confondus ne semblaient enclins à leur donner la moindre notion de temps et d'espace. Plus ils avançaient, plus ils avaient le sentiment désagréable que le mont qui s'allongeait à l'horizon s'éloignait d'eux, fuyant au large à chacun de leurs pas. Sous leurs pieds, peu à peu, le sol terne et sec commençait à s'adoucir, leurs orteils semblaient s'enfoncer progressivement dans une surface plus malléable où l'empreinte de leur passage les suivait désormais en petits sillons boueux et humides... Soudain, un clapotis étrange les surpris et les figèrent sur place. Le chef de file avait tendu un bras inquisiteur pour faire stopper sa suite. Leurs pieds s'enfonçaient lentement jusqu'aux chevilles dans une fange épaisse et goudronneuse. Autour d'eux, le sol s'étirait et s'affaissait sous leurs regards impuissants pour se muer en marécage suintant et opaque. Les rares buissons épineux qui parcouraient la lande se muaient en arbrisseaux tortueux et secs qui plongeaient la tête vers les flaques de fange qui les entouraient. La boue leur remontait désormais jusqu'aux genoux, gluante, et une odeur nauséabonde de mort leur remontait le long des jambes comme un serpent méphitique, leur brulant les yeux et le nez à mesure qu'il s’immisçait sous leurs vêtements. Au loin, leur unique point de repère, immuable, la montagne dressée à l'horizon, sembla s'élever peu à peu vers le ciel. À moins que ce ne soit, en réalité, eux, qui s'enfonçaient dans le sol ? Leurs membres ensevelis se débattaient désormais dans une mélasse qui leur trempait jusqu'à la moelle, comme le froid vous étreint et vous mord sans demi-mesure, grimpant inlassablement jusqu'à leurs nuques pour y déposer une bise glaciale et humide. Dans une complainte sordide, un gargouillis nauséabond, des tentacules d'un noir de jais à l'aspect aussi lisse que visqueux s'étirèrent et ondulèrent hors des eaux troubles et cherchèrent à les emporter avec elles dans les profondeurs insondables de leurs abysses. Le frétillement frénétique leur rappelait malgré eux le mouvement sinueux, semblable à un nid de serpent, qui s'opérait sous la peau d'albâtre du médecin en certaines circonstances bien spéciales. - - - Enfin tirés de la bourbe obsidienne, ils tombèrent nez à nez, sans l'ombre d'une transition logique, car ici rien ne semblait l'être, face à l'orée d'une forêt d'arbre nus et tortueux dont les cimes entrelacées se mêlaient les unes aux autres pour former un tapis serré duquel ne s'échappait plus la moindre lumière, plus le moindre espoir. Le terreau humide de la lande avait laissé place à un rideau de feuilles mortes, de ronces et d'épines acérées à travers lesquelles un sentier serpentait et s'enfonçait comme un ruisseau vers la pénombre formée par la dense forêt qui l'entourait. D'entre les troncs tortueux et penchés comme autant de vieillards, depuis l'obscurité insondable, ils se sentirent peu à peu observés. Sur leurs épaules se mit à peser une dérangeante sensation d'être suivis, décortiqués, inspectés par des javelots impérieux qui leur traversaient les entrailles en ne leur laissant pas la moindre intimité, fendant à travers l'essence la plus précieuse de leurs âmes et l'ouvrant en deux comme une vulgaire coquille d’œuf pour en observer le contenu. Ils eurent cette impression persistante que leurs pensées étaient épiées, que leurs choix ne leur appartenaient plus vraiment, que leurs faits et gestes étaient mués par une série de filins imperceptibles qui les tiraient d'un côté et de l'autre sans aucune cohérence, contre leur volonté. Une paire d'yeux inquisiteurs s'anima d'une lueur blanchâtre et laiteuse au loin, derrière un fourré, puis une seconde apparu un instant plus tard, toutes fixant le groupe de visiteurs armés d'iris sévères et glacés. De ces milliers d'yeux figés et furieux s'éleva alors un puissant tambour, battant avec ardeur à travers la forêt comme un appel dont l'écho remontait et ricochait d'arbre en arbre jusqu'à échouer contre la falaise rocheuse du mont qui surplombait la forêt. Au dessus de leurs têtes, un morceau de coupole lumineuse semblait toujours chercher à poindre de derrière la montagne, donnant l'impression d'être retenu par sa silhouette imposante, incapable de les bercer de sa douce lumière, incapable de veiller sur sa lande infertile, incapable de guider le groupe à travers l'obscurité. La lune assistait impuissante à l'emprisonnement de leurs âmes, à la réduction au néant de leur libre arbitre, à la déliquescence de leurs pensées. Il leur devenait difficile de considérer les choses, quelles qu'elles soient, d'un point de vue personnel, tout semblait leur hurler subitement de faire ceci ou cela, parfois l'inverse, sans queue ni tête, ils se sentaient ballottés entre des volontés contraires, à en perdre la raison, et plus les secondes s'écoulaient, plus l'urgence de fuir leur serrait les entrailles ! De toutes les directions, de nouvelles paires d'yeux s'illuminaient les unes après les autres, tapissant le fond obscur de la forêt de milliers de regards glacés et nimbés de mépris. Les silhouettes qui leurs faisaient désormais face s'étendaient en long comme de sinistres oiseaux et les surplombaient avec hostilité de toute leur hauteur. Leurs yeux tantôt blanchâtres et vides, tantôt d'un vert bouteille sévère, les fixaient avec une violence sourde et une folie latente, celle de prédateurs. Et de toutes ces paires d'yeux s’élevaient un concert de voix identiques, rauques et profondes, rocailleuse comme celle de l'illustre Raffaelle di Oscuro Contea, et leur intimait avec force et dédain. "Comme je suis sport, je vous laisse quelques secondes d'avance. Je vous suggère de les mettre à profit." Une rangée de pointes argentées fendirent alors les fourrés pour se tourner comme une armée d'un seul homme vers le groupe, une centaine de javelots affûtés prêts à fendre l'air dans leur direction. Leurs tripes leur hurlèrent sans préavis de fuir, et leur instinct leur dicta de foncer à travers la forêt, d'avancer toujours vers cet Astre qui peinait à poindre dans le ciel. Ils étaient des proies, et ils devaient courir, de toutes leurs forces, de tout leur saoul, pour sauver leurs vies. Alors qu'ils courraient à tue-tête à travers les interminables tapis de racines et d'arbres centenaires aux corps voûtés comme de vieux gens aux doigts crochus, fendant si bien ronces que buissons épineux, la nature toute entière semblait s'être accordée à les retenir dans ses filets ou, à défaut, à leur infliger le plus de peine possible à y évoluer en paix. Leurs mollets frappés cent fois par les ronces, leurs visages fouettés mille fois par les broussailles provoquaient des douleurs lancinantes comme si ils avaient traversé sans le savoir, un nid de lames de rasoir entremêlées. Les racines vicieuses essayaient de leur emmêler les pieds en pleine course, tout semblait inéluctablement jouer contre eux, des entrailles de la terre aux plus hautes cimes des arbres. Tout, sauf la faible lueur diaphane qui peinait toujours à s'extirper de son caveau rocheux... - - - Après une course entêtante, leurs cœurs frappaient encore dans leurs poitrines au même rythme que les tambours qui les avaient suivis à travers les fourrés. Derrière eux, la forêt sembla se refermer subitement sur elle-même comme une imposante et impénétrable double porte, avalant avec elle les ombres prédatrices de centaines de créatures armées jusqu'aux becs. Le silence retomba sur eux comme un épais couvercle. Ils avaient abouti dans une clairière au milieu de laquelle un chalet abandonné soufflait quelques échos torturés du vent, déformés par les planches usées de bois pour s'échouer comme des soupirs fantomatiques. Une faible lueur attirait leur regard, au milieu de cette pénombre sans queue ni tête, une lueur dont la couleur leur semblait familière, presque amicale. D'un bleu céruléen profond et paisible, d'une aura noble et fougueuse, une sensation d'espoir infime mais salvatrice vint alors leur embaumer le ventre et le cœur. Alors qu'ils approchaient de la vieille masure branlante d'un pas précautionneux, un majestueux loup à plumes, à l'aspect spectral et brumeux, s'esquiva avec lenteur des entrailles noires de la maison et s'avança vers eux avec mesure en tirant derrière lui une lourde chaîne au tintement glacial qui semblait remonter derrière lui, jusqu'au cabanon. Il les regardait avec la quiétude et la sagesse d'un être millénaire, comme s'il savait à qui il avait affaire, et ce qu'ils étaient venus faire là. Sa condition pourtant, prisonnière et asservie, avait rendu son pelage de plumes ternes, et son regard voilé d'un sillon nuageux, presque alangui, résigné par le temps. Une fois à leur hauteur, l'animal totémique se faufila entre leurs jambes sanguinolentes et y déposa une sensation chaleureuse et réconfortante, pansant leurs plaies d'une caresse tiède comme une brise d'été. Il leva ensuite d'un mouvement résolu son long museau lupin vers la crête la plus haute de la montagne, semblant à son tour, leur indiquer la voie. Là-haut, leur regard se posa alors sur la silhouette imposante d'un oiseau sinistre qui y déployait ses ailes gigantesques, couvrant la lueur naissante de la lune et étouffant avec elle tout espoir et toute volonté. La bête hideuse semblait dévorer la lumière comme un gouffre sans fin derrière un rideau de plumes sombres aux reflets argentés, semblable à celui de lames aiguisées. Sous ses serres crochues et prédatrices, quelque chose semblait retenu prisonnier. Une silhouette d'homme, pâle et laiteuse, à l'aspect fragile gisait là, au milieu d'un nid de paille, entouré de centaines de sphères lumineuses aux couleurs entêtantes où des ombres semblaient se mouvoir avec lenteur. L'homme semblait amoindri, plongé dans un sommeil profond, et son visage placide reposait au milieu d'une forêt de cheveux sombres, contre les débris de porcelaine d'un curieux masque brisé, l'expression fendue au milieu comme un sordide vestige. Dans la direction indiquée par l'esprit loup, un sentier rocailleux s'élevait entre les flancs rocheux de la montagne et s’érigeait en ondulant le long des falaises en tournants serrés. D'ici, la route leur apparaissait dégagée et pourtant, ils avaient tous la sensation que leurs efforts n'étaient pas terminés, et qu'à peine après avoir échappé aux profondeurs noirâtres de la corruption, à l'ire et aux flèches d'argent de ces prédateurs à plume mystérieux, il leur faudrait encore gravir cet interminable chemin de pierre sans avoir la moindre idée de l'endroit où il les mènerait, ni de quel genre de piège y avait été caché à leur intention. Après la caresse chaleureuse de l'animal, ils avaient toutefois l'impression d'avoir retrouvé assez de ressources pour affronter n'importe quel obstacle qui se dresserait devant eux. Le loup leur avait transmis, dans cette caresse bienveillante, toute sa fougue et sa rage de vivre, celle d'exister, celle de pouvoir hurler à nouveau au clair de lune, et celle de fendre comme jadis les landes de son esprit en toute liberté. Ils abordèrent l'ascension armés d'un regain de force et de conviction, et quelque chose leur disait qu'ils en auraient grand besoin. - - - Alors qu'ils marchaient depuis plusieurs heures déjà, le temps s'étirant et se raccourcissant sous leurs yeux impuissants comme un accordéon aux notes discordantes et glissé entre les mains d'un esprit tordu, une douleur naquît à l'orée de leurs crânes et s'étendit peu à peu à travers leurs corps comme si un éclair s'était insinué par le sommet de leurs têtes et brulait désormais leur échine en redescendant le long de leur dos, foudroyant au passage leurs muscles et leurs chairs tendues en suivant un chemin brusque et fatal vers le sol. La secousse violente leur retourna littéralement les entrailles, tous churent sous leur propre poids, et elle fut rapidement accompagnée par la vision furtive d'un chevalet de torture. À chaque fois que leurs paupières se fermaient sous la douleur d'un nouvel éclair, la vision d'une pièce sombre, au sommet d'une tour de pierre, leur apparaissait, de plus en plus claire, de plus en plus précise et détaillée. De l'obscurité s'élevaient des reflets de verreries ondulantes où semblaient frémir quelques ébullitions méphitiques à l'aspect vicieux. Dans leurs narines remontaient déjà des vapeurs âcres et brûlantes de pierre noire qui émanaient d'alambics organisés autour d'eux. Du coin de l’œil, ils apercevaient au milieu de ce qui avait tout d'un laboratoire expérimental digne des pires récits horrifiques, une table d'opération en marbre noir à l'aspect aussi lisse que glacial sur lequel ils se trouvèrent solidement attachés. Des contentions de fer glacé enroulés autour des chevilles et des poignets, et un lustre orné de piques semblables à des stalactites leur pendant au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès particulièrement sordide. Un nouvel éclair de douleur leur pourfendit le corps d'un bout à l'autre, mais cette fois, la nature de cette secousse leur paru plus précise, quelque chose s'insinuait en eux depuis le bras et tandis qu'ils tournaient la tête avec horreur, ils découvrirent tous leurs manches roulées et une épaisse aiguille creuse enfoncée à même leur chair, reliée à un boyau souple où un liquide sombre s'écoulait avec la lenteur vicieuse d'un poison mortel sous l'impulsion d'une machinerie rutilante. Les pompes crachaient des bourrasques de fumée opaque dans un brouhaha assourdissant. Leurs veines tremblaient sous leur peau, et à chaque fois qu'un centilitre de cette solution atroce s'invitait dans leur organisme, la sensation de brûlure s'intensifiait. Ils avaient le sentiment que leur sang, leur corps tout entier, était en train de bouillir, et que leurs entrailles elles-mêmes se consumaient à l'intérieur de leur ventre comme des tisons ardents. La douleur était si insupportable qu'à chaque fois qu'ils hurlaient, ils avaient l'impression de laisser échapper avec leurs cris de détresse atroce tous leurs souvenirs de bonheur et de réconfort. Toutes les images chatoyantes qui jadis les réconfortaient, tous les visages familiers de leurs proches disparaissaient un à un sous leurs yeux impuissants et horrifiés. Dans un éclair de clarté, certains comprirent alors, plus rapidement que d'autres, que plus ils luttaient contre la douleur, plus leurs souvenirs leur échappaient, et plus l'image de leurs proches s’obscurcissait et se troublait. Plus ils luttaient, plus leur passé semblait leur filer entre les doigts comme une poignée de sable fin. C'est lorsqu'ils cessèrent enfin, tour à tour, de lutter, et qu'ils acceptèrent avec résilience d'embrasser cette douleur immonde, qu'ils parvinrent à revenir à eux-même, et atterrirent sur un sol rocailleux, au sommet de la montagne, le corps parcouru de soubresauts violents, et les poils hérissés d'horreur. - - - Ils étaient là, épuisés, à genoux face à un gigantesque nid, face à cet animal impérieux et menaçant qui dardait déjà sur eux un regard hostile et nimbé d'une violence fourbe et cinglante. Ils avaient atteint le sommet de la montagne, ils touchaient au but de leur introspection douloureuse, et si leurs corps brulaient encore à l'intérieur, ils avaient la sensation qu'une fois admise et acceptée, la souffrance était plus raisonnable, et faisait désormais partie d'eux comme le reste de cet univers surréaliste. Chaque inspiration portait avec elle un nouvel élan de résignation, et d'abandon, mais tous savaient qu'il n'était pas encore temps de baisser les bras, et que le plus dur restait à faire. Délivrer la chimère de son Maître... - - -
  2. Diantre, à moi la lourde tâche de baptiser ce topic. Tout d'abord, et il me semble que c'est absolument essentiel, je tiens à remercier personnellement toutes les personnes qui gèrent ce forum, ouvertement, ou dans l'ombre. J'en parcours le contenu depuis plus de deux ans maintenant et Désert Noir a été un outil efficace et une plateforme propice à l'expression de moments d'inspiration intense et parfois aussi de désarroi profond. J'ose à peine imaginer la quantité de travail et d'investissement humain, temporel, et financier que représente la gestion d'une telle machine, brassant le passage de nouveaux joueurs en permanence, et ayant survécu aux nombreux remous relationnels qui accompagnent toute entreprise communautaire de cette ampleur. Je vous tire donc mon chapeau, à tous, et vous livre ma reconnaissance éternelle. ( Enfin, je ne suis pas éternel, mais l'intention y est. ) Ensuite, il me parait vital pour la survie du Roleplay sur Black Desert Online d'avoir un support communautaire, j'encourage donc vi-gou-reu-se-ment les joueurs qui me liront à considérer l'offre de reprise du domaine. Dans l'état actuel des choses il me serait parfaitement impossible de prendre à ma charge de telles responsabilités, mais je serais ravi de soutenir le ou les héritiers du forum dans la mesure du possible. Je rappelle qu'il est toujours envisageable, à défaut d'une unique bourse pour financer le forum, de lancer une plateforme de participation, où chacun pourrait contribuer à la survie du forum, et plus encore, à son développement futur. En outre, la mention d'un projet annexe m'interloque, et je serais curieux d'en entendre parler, s'il est possible à qui de droit de m'informer via Message privé ce serait bien aimable ! J'espère sincèrement pouvoir profiter encore des nombreux - inteeeeerminables récits que j'ai posté sur ce forum, pendant quelques fructueuses années de Rp. Et pouvoir y parcourir aussi les inspirations de celles et ceux qui rédigent régulièrement sur cette plateforme. ( Car oui, il y a de magnifiques trouvailles littéraires dans les limbes de ce forum, et je vous prie de croire que certains talents d'écriture y sont cachés et ne méritent pas de disparaître ! ) En vous remerciant encore chaleureusement, administrateurs, modérateurs et autres sbires du Forum, pour ces belles années passées, et les prochaines. Wander.
  3. Il y a encore beaucoup de RP actif sur BDO, et dans tous les styles - aussi bien politique Calphéenne et intrigues, mercenariat, artisanat local, commerces divers, débits de boisson, aventuriers, chercheurs, médecins, etc. -. Bien qu'il soit plus compliqué qu'avant d'embrayer via le RP sauvage, le forum devrait t'aider à trouver chaussure à ton pieds avec les onglets Guildes, ou des events locaux dans différentes régions via l'onglet "Rumeurs". En général les rôlistes sont plutôt favorables à l'arrivée de nouveaux joueurs dans leurs trâmes ou à la possibilité de créer des BG communs afin de faciliter ton intégration dans l'univers. Je t'invite donc à parcourir un peu les différents topics et à envoyer des MP à qui de droit si quelque chose te fait envie. En te souhaitant, évidemment, la bienvenue.
  4. S'il est depuis longtemps de notoriété commune qu'un médecin arpente régulièrement les rues de la bourgade d'Heidel vêtu d'un sombre trois-pièces et d'un visage opalin à l'expression austère, ceux qui doutaient de l'existence d'un pareil personnage, ou pensaient avoir affaire à de vieilles histoires d'horreur pourront désormais tomber, non loin de la place, sur un écriteau singulier, placardé à même la façade d'une masure ridiculement étroite.
  5. ~ Un courant d'air glacé l'avait suivi à l'intérieur, chassé par le battant de bois sombre qui venait de se refermer derrière lui dans un grincement sinistre. Le pied-à-terre était plongé dans l'obscurité totale, et de l'âtre éteint et froid s'étalait encore l'odeur singulière du charbon vieilli et des cendres délaissées. D'un bout à l'autre de la masure étroite, un rayon diaphane provenant du dehors, perçant l'ouverture verticale minuscule entre deux rideaux, traversait la pièce comme une lance divine, immobile et droite, plantée sèchement au milieu des draps lisses de son lit. A travers le halo fin du rayon de lune, quelques particules de poussière dansaient faiblement, agitées par l'arrivée soudaine du propriétaire. La place était bondée, dehors, il pouvait entendre battre vivement le cœur du monde, celui des gens, de la foule, de la vie citadine. Elle ne lui avait pas manqué. Il avait toujours volontiers préféré le silence étourdissant des moments solitaires, et des abysses de quelques confins reculés. Retourner ainsi, si brutalement, affronter le monde, et les gens, lui paru soudain plus contraignant qu'il ne l'avait imaginé. Dans sa tête bourdonnait encore la voix d'Adrastée, comme un rappel lancinant d'une réalité à laquelle il avait échappé trop longtemps. Sa réalité, toute aussi brutale, et cruelle, qu'il la connaissait. " Nous avons un problème, Wander." Il avait, effectivement, un problème. Et bien que la chose soit un pléonasme dans le cas précis, puisque Wander, à lui seul, était l'incarnation même de "problème", celui-ci, en particulier, l'avait ébranlé. D'où sortait ce cousin mystérieux, subitement arraché de sa vie monastique ? Quel était le dessein de Circé ? Pourquoi maintenant ? Comment pouvait-il défendre les intérêts de son Maître sans compromettre son existence bancale et controversée ? La conversation qu'il avait eue la veille avec sa consœur herboriste tournait en boucle dans son esprit dérangé, et bien que cela ne lui ait pas plu, il avait fini par se convaincre que la solution la plus raisonnable était de... fuir comme un lâche. Il abandonna d'un geste ample et mou la bandoulière souple de son cartable dans un coin de la pièce, et se laissa tomber ensuite sur le bord de son lit dressé au carré, tranchant de sa silhouette glabre et pâle, l'espadon lumineux qui y trônait jusqu'alors. Plongé dans l'obscurité relative des lieux, Wander s'était figé là, le visage neurasthénique, les épaules relâchées par le poids de tous ses maux, et fixait d'un œil vide et terne, le papier peint grumeleux du mur qui lui faisait face. Fuir comme un lâche, et laisser d'autres se mouiller pour lui. Ce n'était pas la première fois qu'il avait recours à ce genre de procédés, et ce ne serait assurément pas la dernière, il aurait été illusoire de s'en persuader, et si l'albâtre était bien des choses, il n'était pas fantasque. Son instinct de survie lui dictait de patienter, et d'observer, et c'est ce qu'il convint de faire. ~
  6. Mise à jour fiche de Corentin comme suit : Mise à jour de la fiche de Wander effectuée manuellement.
  7. Aeluin Wander Gotha ÉRUDITION ET SCIENCES Médecin Chirurgien, Diplomate Di Oscuro Contea, Créature ambivalente. Art du combat : + 0 (+5xp) +1 Art du combat a distance : - 2 Art de l'effraction : - 1 Art de la duperie : + 0 Art de la psychologie : + 1 Art de la discrétion : + 0 Art de la persuasion : + 1 Art de l'observation : + 2 Art de l'obstination : + 0 Richesse : Riche Statu social : Noble par procuration Tolérance : Violence sans limites Intégrité physique : Non Points d'XP gagnés : 5 Points d'XP dépensés : 5
  8. Chapitre XVIII : "Crépuscule". Quelques échos suaves lui bourdonnaient près de la tempe. La voix grave et impérieuse de Raffaelle résonnait encore en lui comme au cœur d'un grand hall vide. Elle frappait d'un bout à l'autre ses entrailles et les ébranlait d'une vibration puissante. Contre les cordes tendues de son instrument, l'archet produisait un frémissement similaire, grave et meurtri, lancinant et suzerain. Il pouvait percevoir encore distinctement, à travers chaque note, chaque soupir exhalé par le cor de bois sombre du violon, les mots de son unique repère. " Ne m'abandonne pas, Aeluin, toi seul partage mes tourments..." Il pouvait encore sentir la peau gelée de son Maître s'agripper à lui fébrilement, et les tentaculaires bras du monde abyssal dégobillé par le miroir l'arracher à son étreinte dans un sinistre gargouillement. Cette vision hantait chacune de ses nuits, chaque instant de répit, chaque silence, étaient ponctués en secret de cette complainte humide et glaciale, et de ce corps si faiblard ravalé par son propre reflet. L'horreur de cette déchirure avait laissé en lui une faille si profonde et douloureuse qu'il lui sembla impossible de la combler. Il ne s'était jamais senti aussi étourdi que le jour où sa liberté lui avait été rendue malgré-lui. Mais il savait que ce n'était qu'une illusion, une chimère, à son image, rapiécée de morceaux indéfinissables de remords, de manquements et d'amertume. De l'autre côté de la fenêtre, le soleil descendait peu à peu derrière les toitures courbées du village et semblait s'y étaler comme la cire d'une bougie, clairsemant la ruelle d'une aura vermillon propre à ces crépuscules hivernaux. Cette lumière, pas tout à fait sûre d'elle, ni tout à fait chatoyante, baignait dans un concert funeste de notes arrachées aux mains d'une créature accablée. Sur les marches au pied de la masure, Wander pouvait observer encore s'étendre comme des spectres quelques coroles de fumée aux reflets nacrés. Elles s’élevaient au hasard de chaque expiration, portées par le souffle chaud du basané qui se tenait là, songeur, pipe à la main, alors que la nuit posait peu à peu son linceul sur ses épaules robustes. Le musicien l'observait depuis l'intérieur, entre deux rideaux épais entrouverts à peine, œilleton chétif et prudent sur le monde. L'écho torturé déployé par l'archet entre ses mains frappait la façade et semblait faire grincer jusqu'aux planches de bois usées de la terrasse sous l'appentis. Les deux chiens s'observaient en silence, à travers ce miroir translucide, sans un mot. Tous deux laissés pour compte par leurs Maîtres respectifs, tous deux meurtris d'une solitude intarissable. Ils n'avaient pas besoin d'échanger plus que cette œillade paisible, sous un crépuscule diaphane, pour savoir qu'ils finiraient ensembles d'une façon ou d'une autre, ce qu'ils avaient commencé tous les deux, quoi que cela puisse être. Il pouvait encore sentir la moiteur de son sang poisseux sous ses phalanges, percevoir contre l'orée effilée de son menton le souffle haletant et empressé de son Créateur acculé. Il pouvait encore entendre les battements irréguliers de son cœur défraichi et menacé, il pouvait encore le sentir tressaillir faiblement contre son buste alors qu'il l’étreignait vigoureusement contre lui. Ce soir-là, il avait laissé échapper en dépit la source intarissable de son tourment, et l'avait vue s'éloigner, impuissant, hors de sa portée. Raffaelle lui avait filé entre les doigts et n'avait laissé derrière lui que l'écho morne de son dernier ordre, de cette ultime supplique. Si mornes, si puissants, si intenses pourtant, si proches de la fin, ces mots, les derniers qu'il avait choisi de prononcer. Ils avaient roulé d'entre ses lèvres charnues comme un cri de désespoir si puissant qu'il resta à jamais gravé à même l'âme souillée de la Créature. D'un geste lancinant, son coude s'élevait d'un côté puis de l'autre, berçant le regard céruléen de Keharqta d'une mélopée funeste et passionnée, comme on étourdi l'esprit et l'on ensorcelle pour mieux compromettre ensuite. Il n'avait pas la moindre idée de ce qui l'attendait... Ou semblait prêt à s'y exposer sans demi-mesure. Était-ce de l'inconscience, ou de l'audace ? Jusqu'où serait-il prêt à suivre les pas de la chimère ? A quel point s'enfoncerait-il avec lui dans les ténèbres ? Sa curiosité si vive suffirait-elle à l'entrainer un peu plus chaque jour vers sa fin inéluctable ? Wander pouvait lire à travers chaque sourire mesquin du Medhien, il pouvait déchiffrer chaque éclat de rire, chaque plissement de son front hâlé, pourtant la raison de cet entêtement si destructeur lui échappait, en fin de compte, complètement. Et s'il n'en comprenait pas la raison, il savait, un peu plus chaque jour, qu'il avait fait le bon choix. Il savait qu'il finirait par obtenir de ce molosse indiscipliné et fougueux sa Rédemption, et il savait que le chien de basane s'y laisserait mener de bon gré par le bout de la truffe, par goût du risque, ou par ivresse impertinente du danger. Après tout, c'était inscrit en lui, et il ne pouvait faire que suivre le chemin tracé odieusement par le Cygne à son intention... Coûte. que. coûte. " À jamais, unis dans les ténèbres, Maître."
  9. Chapitre XVII : "Aurore". Contre sa tempe, il sentait onduler faiblement la surface chaude et fumante de l'eau du bassin. Son corps entier flottait là, inerte et paisible, au milieu des sources de Duvencrune. La nuit était tombée depuis longtemps déjà et la ville endormie retrouvait son état de bourg silencieux et paisible. À travers les façades et les pointes affûtées des montagnes, le vent sifflait, puissant et vigoureux, et la nature reprenait ses droits peu à peu sur la nuit. Il n'était pas seul dans le bassin, non loin, un garçonnet aux cheveux couleur terre agitait l'eau et s'esclaffait d'un bonheur simple et profond sous le regard bienveillant de quelques adultes. Il sentait contre son épaule l'onde discrète de Keharqta qui s'alanguissait dans la source à quelques centimètres à peine de lui, si près qu'il pouvait suivre la respiration profonde et intense du basané, et capter chacun des rires qu'il soufflait nonchalamment par le nez. Il était prévisible, après tout, ils l'étaient tous, même sans l'image, Wander pouvait parfaitement se figurer le monde qui l'entourait, il pouvait voir Jeoquain gesticuler sous la surface, et dessiner le sourire maternel d'Eornys posé sur l'enfant. Il était là, parmi eux et pourtant ce soir-là plus que tous les autres, il pouvait sentir, même toucher du doigt, la solitude profonde qui l'habitait depuis toujours. Sous ses yeux vairons, le ciel clairsemé d'étoiles offrait un spectacle grandiose, des linceuls colorés aux reflets turquoises et indigos dansaient entre les nuages comme autant de linges suspendus au gré du vent. Le ballet était tout à fait fascinant, et quelque chose de puissant en émanait. Quelque chose que Wander seul semblait pouvoir ressentir cette fois-là, son corps, plus encore, son âme, semblait résonner de concert avec le grand tout, la Nature, le vent dans les montagnes, la lueur diaphane de la lune qui couvait sa peau opaline. Il était seul au monde, et le monde semblait faire écho à son existence damnée. Quelque chose changeait, dans les entrailles de la terre, il pouvait sentir l'aube d'une ère nouvelle approcher...
  10. Et bien, dans la mesure où, a priori, même si aucun joueur actif n'incarne de personnage de telle ou telle famille, celles-ci ne disparaissent pas pour autant "loristiquement" parlant de la haute-sphère Calphéenne. Ce serait tout à fait incohérent de voir des noms disparaitre du jour au lendemain sous prétexte que le joueur qui les animait n'est pas ou plus là. Je te conseille donc de tenir compte de tous les noms répertoriés, actifs ou non, pour le salut de ceux qui, peut-être, reviendront, ou ont laissé des traces de leur passage assez conséquentes pour être prises en compte. Je citerai donc de manière absolument non-exhaustive, - en dehors des PnJ du Lore Calphéen -, les familles Greywolf, di Castelli, d'Arakyr, di Oscuro Contea, Salviati, Cortesi, Delsor, Orsini (pas sûr), Ghiberti, Lemmingouai, Escorta, Dramont, Sanders, Contini, Vanil, de Fierempart, etc. Etc. ( En gras les familles supposément actives à l'heure actuelle, à ma connaissance. - Et elle n'est pas sans failles puisqu'il manque probablement plein de monde.)
  11. Au sein même des pires langueurs, la vie d’Aeluin avait repris son cours, aussi douloureuse et vide soit-elle depuis les tristes évènements qui avaient secoué en secret l’ancestrale demeure di Oscuro Contea. À la pierre grise et froide des sols immaculés, se mêlaient les murs ornés de leurs sombres arabesques et jamais le manoir n’avait paru aussi vide et morne qu’en ces temps monotones et pénibles. Elle n’était devenu plus qu’une potence où balançait le corps immatériel du temps, sentence, peut être, pour avoir tenté de parjurer les Dieux ou faiblesse de leurs âmes alors liées, du bourreau pour sa victime et de la proie pour son chasseur... - Tic...Tac..Tic…Tac Le rythme de la pendule de la salle de banquet seul accompagnait le silence absolu de la demeure et résonnait contre les murs de marbre pour se disperser discrètement jusque dans le grand salon. Commandée il y a de cela fort longtemps par les ancêtres du Maitre, elle était un bijou d’horlogerie cuivrée dont les mécanismes s’imbriquaient derrière quelques plaques d’un verre ciselé d’or, le tronc majestueux d’ébène laissait entrevoir en son centre les armoiries familiales et jamais la pendule n’avait fait défaut à sa fonction, elle représentait ainsi fort bien la quête de perfection de ses propriétaires. Le silence tel un cri assourdissant se déploya à travers le manoir tandis que le rythme égrainant le temps se tût. La demeure immobile paru alors s’arrêter en dehors du temps, voyage au-delà du monde. Ce silence étourdissant ne fut brisé que par le grommellement contrarié du fidèle Xavius qui se hâta vers l’objet en question. - Et bien, voilà qui est nouveau ici, comment se fait-il que ?... Jamais encore la pendule de mes Seigneurs n’avait dysfonctionné. Marmonna le majordome. Un courant d’air balaya la demeure et la porte du grand salon claqua, les flammes altesses sur leurs supports baveux vacillèrent, alors peut-être que le semi-elfe de passage, du coin de l’œil, aperçu à travers le reflet du miroir ornant le buffet d’acajou, l’apparition spectrale et sombre du Cygne Noir à travers le clair-obscur du crépuscule, visage grave à moitié supplicié d’une souillure abominable telle de la suie, mais à l’éclat passionné et impérieux toujours si vif. Leurs regards se croisèrent l’espace d’une demi-seconde mais tel un livre ouvert, contait le manque, la souffrance, la solitude mais aussi et surtout cette force d’âme. Vision éphémère, si éphémère qu’il en viendrait à se demander si elle n’est guère chimère de son esprit esseulé. Le son constant de l’horloge repris alors et Xavius réapparu quelques minutes plus tard. - Maitre Aeluin ? Chose étrange que l’horloge des Maîtres se soit arrêtée, mais j’ai pu la redémarrer. Ha, je vous ai déjà dis de ne pas laisser la porte ouverte quand vous rentrez pour éviter les courants d’air. Déclara t’il tout en rallumant les quelques flammes qui sous le couperet du vent s’étaient endormies. ( Par @Hyandaure ) ~ Mais Wander s'était arrêté subitement avec le contrepoids de l'horloge, et ses battements de cœur mécaniques s'étaient interrompus de concert avec ceux du pendule. Déjà, la voix de Xavius s'était évaporée de son esprit, et ne résonnait plus que comme un écho lointain tentant vainement de l'atteindre. Il fixait le miroir, comme un animal captivé, la pupille dilatée, le corps suspendu dans l'entre-deux monde, semblant prêt à bondir. Sa vie, son tourment, sa loyauté, sa servitude, sa mélancolie, sa solitude, tout sembla alors courir de ses entrailles et remonter d'un seul coup juste là, juste au bout de ses lèvres. Tout juste sous la surface marmoréenne du médecin, prêts à jaillir dans un cri, un hurlement, une supplication vers ce visage...Il en ressentit l'envie urgente, celle d’exulter toute la frustration et la perdition dans laquelle il nageait, celle de fondre aux pieds de ce meuble gargantuesque, de s'écraser sous le reflet du miroir, de pleurer toutes les larmes de son corps et de son âme, de gratter le verre jusqu'à en faire sortir cette vision torturante ! Mais il ne bougeait pas, grande et austère silhouette, son corps tout entier semblait alors gravé dans le marbre face à cette vision spectrale. Incapable de cette passion dévorante, amputé jusqu'à l'âme. Il demeura silencieux, et ses épaules s'affaissèrent peu à peu alors que la voix de Xavius revenait à la charge, mot après mot, d'entre les morts. "Maître Aeluin ? Vous m'entendez ? La porte. N'oubliez plus de la fermer." Avait-il échangé un regard, ou son esprit meurtri l'était-il désormais au point de l'assombrir de quelques mirages douloureux ? Il demeura ainsi, saisi par le bref éclat de vie, et de passion qu'il avait entrevu, plusieurs minutes encore après être sorti de son mutisme et avoir repris la direction de ses quartiers. "Je n'ai pas rêvé. Je ne rêve plus depuis longtemps". Répétait-il, dans un souffle constant et fébrile, alors qu'il traversait les longs couloirs glacés de la demeure en serrant fort son cartable médical contre son torse.
  12. C'est bien un Carlin, oui !
  13. Une amitié improbable. Shadow et "Bonhomme"
  14. Il est des loups de toute sorte Je connais le plus inhumain Mon cœur que le diable l'emporte Et qu'il le dépose à sa porte N'est plus qu'un jouet dans sa main Les loups jadis étaient fidèles Comme sont les petits toutous Et les soldats amants des belles Galamment en souvenir d'elles Ainsi que les loups étaient doux Mais aujourd'hui les temps sont pires Les loups sont tigres devenus Et les Soldats et les Empires Les Césars devenus Vampires Sont aussi cruels que Vénus... - Apollinaire