Minho

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Profile Song

À propos de Minho

  • Rang
    Non-binaire
  • Date de naissance 27 novembre

Informations RP

  • Personnage principal
    Aeluin
  • Personnage secondaire
    Corentin Duval, Sofian Al Sohrab, Minho, Haku S.

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  1. Je les ai tous déjà vus et je ne m'en lasse pas. Chapeau l'artiste ! Envoyé de mon SM-A520F en utilisant Tapatalk
  2. Mince, je n'ai pas beaucoup le temps de RP dernièrement à cause du travail. C'aurait été avec plaisir sinon, de vous guider avec le Sohrab. En espérant que vous trouviez toutefois !
  3. Bienvenue à toi.
  4. Je pourrais bien en profiter pour vous croiser à l'autre bout du désert avec le Sohrab mais je ne pense pas pouvoir participer à la traversée elle-même ! Belle initiative, en espérant que les autres suivent. C'était une très chouette expérience la dernière fois, je la conseille vivement aux amateurs de RP en groupe, et de nature plutôt paisible.
  5. Merci pour lui ;-)
  6. Bonjour et Bienvenue à toi, Je complète mes voisins du dessus en t'invitant également à suivre les topics des rumeurs qui indiquent généralement assez clairement où se passent les évènements mineurs ouverts au "public". ( La plupart des rumeurs étant souvent des invitations tacites à rejoindre des Rp ça ou là. ) Il y a également quelque part sur le forum ( je ne sais plus où, peut-être qu'un de mes collègues aura la gentillesse de te fournir le lien ), des cartes interactives des différents commerces et QG de guilde RP situés un peu partout dans et autour des capitales. J'ai souvent utilisé ce biais pour me lancer dans un RP ou rencontrer de nouveaux joueurs. Ex : Ton personnage a besoin d'une belle armure clinquante ? Uther le forgeron pourra sans doute te recevoir avec plaisir. Du vin ? Il y a le domaine Mirabela à Vélia. Un bon repas chaud ? Le relais d'Heidel. Des potions ? L'Antre des fées à Heidel. Etc..Etc. Je ne pense pas que les opportunités manquent, il faut juste se montrer un petit peu "pro-actif" pour générer et recevoir du RP. En espérant que tu trouves ton bonheur en matière de Rp avec ces quelques indications supplémentaires.
  7. Chapitre XIV : "Baroud d'honneur." Dans le local minuscule où il avait choisi de poser ses valises le temps de retrouver ses repères régnait une odeur qu'il ne parvenait déjà plus à identifier. Était-ce simplement la moiteur des alambics bouillonnants, les effluves boisées des plantes séchées qu'il entreposait là, ou le parfum singulier des ouvrages trop souvent feuilletés ? Il sentait sous ses jambes fines le plancher frémir légèrement à chaque fois qu'un cheval ou une caravane marchande remontait la chaussée pavée qui s’étendait sous ses fenêtres. Le calme funeste du Manoir lui manquait indéniablement, l'écho lointain des brises qui traversaient les longs couloirs gelés, et la mélodie sobre et lancinante d'une demeure dont chaque fondation soupirait toute sa vieillesse. Quels que furent ses repères à l'époque, il était certain que ni les odeurs, ni les sons environnants ne le rappelaient désormais à la moindre chose familière. Il se sentait encore plus étranger ici que partout ailleurs. Ses doigts gantés pianotaient à un rythme cadencé sur la surface lisse d'un parchemin déroulé en travers sur son bureau. Chaque phalange venant caresser le document accompagnait une note suave dans les tréfonds de son esprit égaré. Il ne pouvait plus s'empêcher de réviser les enjeux de ses récentes décisions, ni de repenser à ce visage qui l'avait fixé avec tant de sérieux et de méfiance derrière son teint coloré et ses traits usés. Il n'avait pas su mettre de mots sur la sensation particulière qu'il avait ressentie ce soir-là, alors qu'il déroulait à nouveau le fil de son passé le plus méticuleusement possible sous le jugement placide de son visiteur. L'homme au regard profond et soucieux l'avait déstabilisé, lui, le patibulaire chirurgien au visage de marbre. C'était bien l'écho répété de sa respiration lente et contrôlée, et ce mur glacial auquel il s'était heurté lorsqu'il avait tenté d'entrer dans ses pensées qui l'avait déstabilisé contre toute attente. D'ordinaire, ce sont les expressions vives et les sentiments impulsifs qui l'ébranlent, les passions imprévisibles des humains qui le prennent de court, mais ce soir-là, c'était l'absence totale de réaction palpable chez son interlocuteur qui l'avait désarçonné. Sa main cessa subitement de bouger lorsque l'image lui remonta à l'esprit. Il avait été, pendant une seconde, tétanisé à l'idée de ne pas pouvoir lire en lui. Il s'était senti, pour la première fois depuis longtemps, vulnérable et en danger. Les muscles de son visage se crispaient déjà à l'idée qu'il ait pu, en l'absence de rappel constant de sa condition par Raffaelle, croire qu'il était au-dessus des hommes, et de la Mort elle-même. Un excès de zèle qui lui coutait cher aujourd'hui, alors qu'il faisait scrupuleusement les comptes. Une confiance acquise par défaut, ou à défaut d'ancrage solide et de rappels à l'ordre, une confiance faillible et illusoire. Il était désormais trop tard, son destin n'était plus entre ses mains, il n'avait cessé, depuis son départ du Manoir, de le remettre entre les mains d'autrui. D'abord de l'Alchimiste, dont il dépendait désormais pour sa survie matérielle, et maintenant entres celles de cet homme qui l'avait tétanisé. "Je ne suis pas seul à prendre les décisions, Docteur, si le reste des membres est appelé à travailler à vos côtés, il convient qu'ils sachent à quoi ils ont affaire et puissent vous évaluer eux-même. Aussi, pardonnez-moi l'expression, mais je vais être obligé de vous jeter en pâture à cette meute de loups. Il vous faudra ensuite, et bien... défendre votre gigot." Un long souffle s'échappa de son nez, abattu à nouveau par le poids de ces décisions solitaires qu'il haïssait tant prendre depuis qu'il avait oublié comment user de libre arbitre. Et depuis qu'il était seul et obligé, par la force des choses, de définir lui-même la course de ses actions, il avait ce sentiment de dévier un peu plus vers sa propre fin. Il était parfaitement conscient qu'il s'était lancé de plein gré, et la tête la première, au milieu d'une arène où l'issue du combat serait irréversible. Mais les mots du sage, bien qu'alarmants par leur nature propre, avaient eu un effet particulier sur Aeluin qui était désormais familier des loups, et encore plus de la chasse...
  8. Très prometteur ! J'ai hâte de voir la suite !
  9. ~ Hors série ~ Combattre les forces occultes. C'était une belle cause, théoriquement. Mais tout semble toujours plus agréable en théorie. Wander avait pu s'en rendre compte à de nombreuses reprises ces dernières semaines. Si il ne s'attendait globalement plus à rien dans sa vie, parce qu'il connaissait désormais que trop bien la douleur de la désillusion, il ne soupçonnait pas pour autant la quantité astronomique d'évènements improbables qui se dérouleraient après qu'il eut franchi la porte de l'Antre des Fées, à Heidel... Le tintement du carillon qui lui remontait aux oreilles à chaque fois qu'il en passait le seuil sans se faire prier lui rappelait malgré lui la mélodie indisciplinée de l'Ombre-Lune. Il ne pouvait s'empêcher de se demander, par moments, ce que Maître Sylannrod faisait désormais de ses journées. Il n'était pas certain d'avoir des amis, au sens commun du terme, mais il demeurait toutefois sûr qu'Adrastée, à un moment de sa vie, lui fut importante, et il aurait été malhonnête de nier qu'il s'y était attaché avec le temps, et que son absence lui posait question autant que celle de son Maître. La jeune alchimiste qui l'avait accueilli de l'autre côté du comptoir n'était pas particulièrement enjouée par l'apparition spectrale du chirurgien. Et son visage déformé par une expression ahurie trahissait également la surprise de la concernée. Wander doutait assez peu souvent de lui, voir jamais. Lorsqu'il était question de faire quelque chose qu'il avait décidé de faire, il ne reculait presque jamais après coup, excès d'égo, ou inconscience volontaire, parfois les deux de concert. Mais le visage de Melusynne lorsque la porte s'était refermée derrière-lui avait faillit ébranler toutes ces certitudes. Il lui avait fallut le temps d'un battement de cil - ce qui, à son échelle, dura une éternité - pour reconsidérer ce qu'il s'apprêtait à faire, et en peser à nouveau le poids. Il le fit, sans grande surprise, néanmoins. Et c'est ainsi, qu'assis en biais sur le rebord d'un fauteuil, il s'était mis à raconter à Dralereth l'intégralité de son histoire. Le flot de paroles constant avait semblé souvent troubler la jeune femme, qui grimaçait tantôt, ou étirait l'une ou l'autre moue empathique. Malgré la sincérité du discours de Wander, et l'aspect totalement "impossible à inventer" de son récit, il demeurait un soupçon de doute, et même de méfiance, au fond de l’œil de la jeune femme. Il savait dans quelle position déplaisante il l'avait mise en la faisant malgré elle, complice de son existence hérétique, mais il savait aussi que ses secrets n'étaient pas la seule chose qu'ils partageaient tous deux. L'Empathie, et une haine inconditionnelle pour les esprits de l'Occulte qui avaient détruit tout ce qui leur était cher. Il n'en fallu pas d'avantage pour qu'ils se retrouvent à mi-chemin, et que la recette convoitée de son "Composé", soit livrée, en échange, relativement tacite, de leurs loyautés respectives. ~
  10. Chapitre XIII : "Malédiction." (https://abigaillarson.deviantart.com/gallery/) Si il était une chose qu'Aeluin détestait désormais plus que les légumes, ou l'eau, c'était de devoir franchir encore les lourdes portes d'ébènes du Manoir di Oscuro Contea. Il haïssait chaque pas qu'il faisait à travers ces longs couloirs sombres où tout semblait aussi éperdument mort et désespéré que lui. En effet, c'étaient ces dalles de marbre noir, et ces lourdes tentures de velours qui l'avaient vu dépérir au premier jour, et qui assistaient aujourd'hui à sa longue, lente, et vicieuse chute. Le Seigneur des lieux n'avait pas seulement arraché à Aeluin sa famille et ses racines, il lui avait également dérobé son identité, et son existence toute entière. L'odeur à la fois poisseuse des lieux inhabités, mêlée à celle de la poussière qui commençait peu à peu à s'accumuler sur les meubles inusités lui donnait la nausée. Lui, le chirurgien et l'homme de main qui, d'ailleurs, avait du mettre ses mains dans les substances les plus ignobles, et s'exposer aux odeurs les plus méphitiques, se sentait inexorablement dépourvu devant celles qui, bien qu'inoffensives, le rappelaient aux souvenirs qu'il cherchait aujourd'hui plus que tout, à éloigner le plus possible de ses pensées. Oh, il savait pertinemment que c'était une utopie, essayez dont de ne plus penser, vous verrez le résultat. Aeluin était l'exemple parfait de cette absurdité. Il représentait en chaque aspect de sa personne tout ce qui le répugnait désormais le plus. Son propre échec, c'était lui-même, et à moins de mettre fin à ses jours, ce qui lui sembla de toute façon impossible, il devrait faire avec pour le restant de son existence. Ses chausses vernies n'avaient plus leur satin d'autrefois, il s'agaça à peine en notant les traces de boue qu'il laissait derrière lui à travers le manoir vide. À quoi bon s'encombrer de ses névroses maniaques dans ces lieux où, de toute façon, plus rien d'autre que le papier peint ne pouvait désormais l'observer. L'écho de ses pas lents circulait à travers les interminables allées glaciales du château. Il préféra ne pas lever les yeux, et se concentra sur sa trajectoire, dépassant sans second regard les pièces où il avait vécu autrefois pour se diriger le plus promptement possible vers ses anciens quartiers, juste en bas des escaliers en colimaçons qui menaient à la tour du Donjon. Il ne pu s'empêcher alors de lancer vers le gouffre sombre où débutaient les marches pavées un regard indéchiffrable accompagné d'un soupir de désarroi. Il avait été confus bien des fois mais, en cette période tout particulièrement, il lui était difficile de vivre avec sa conscience. Comment pouvait-il lui manquer autant ? Après tout ce qu'il lui avait infligé ? Pourquoi ne pouvait-il à chaque instant s'empêcher de se figurer ce visage austère et impérieux, qu'il voyait toujours d'un angle symbolique assez particulier, en contre-plongé, dominé. Même ses souvenirs le rappelaient naturellement à l'ordre, comme autant de cas de consciences. Tout ce qu'il associait à ce qui le faisait souffrir, le manque, la peine, cette solitude abominable, était aussitôt accompagné par des images horrifiantes pour le commun des mortels. Avait-il aimé souffrir ? Ou était-ce la perversité même de la relation qui lui avait été imposée qui, par la force des choses, avait fini par le convaincre qu'il aimait souffrir ? Il n'avait pas terminé l'ébauche du monde de questions qui l'habitaient que, déjà, la pointe de sa botte heurta la minuscule marche qui le séparait de ses anciens quartiers. Il poussa machinalement la porte, et jeta une fois à l'intérieur son cartable de cuir souple sur le coin de son lit encore fait au carré. Dans la pièce, l'odeur des nombreux livres qu'il n'avait pas pu emporter après son départ précipité semblait avoir recouvert l'ensemble du mobilier et des instruments médicaux qu'il conservait là précieusement. Après la disparition de Raffaelle, il avait décidé, contre les centaines de mises en gardes de Xavius - son majordome -, et de l'objet concerné lui-même, de déplacer le miroir qui ornait autrefois le Donjon pour le suspendre au-dessus de la tête de son lit. Il avait déménagé l'objet dans l'espoir vain d'y trouver quelque forme de réconfort, mais tout ce qu'il pouvait y voir lui inspirait plus d'amertume que de douceur. La surface luisante du miroir était couverte d'une fine couche de poussière, sous laquelle la patine ancienne semblait ondoyer faiblement en permanence. Le médecin s'appuya contre sa table d’auscultation et fixa le cadre sinistre pendant un long moment. J'espère que vous vous êtes battu, Raffaelle, jusqu'à la dernière seconde. J'espère que vous avez sacrifié chaque minuscule parcelle restante de votre âme avant de céder car dans le cas contraire, je vous jure que je... Il s'interrompit au milieu de sa phrase, réalisant à quel point il était absurde de faire des menaces à son propre reflet maussade. Puis repris dans ce qui ressemblait plus à un long soupir qu'à une tirade. Je vous hais tant pour ce que vous avez laissé derrière vous. Quel est le dessein d'une création dont l'utilité est désormais impertinente ? Vous ne m'avez même pas laissé la recette du composé de Maître Dralereth ! Où diable suis-je supposé me procurer les ingrédients ? J'ignore comment vous survivre avec cette malédiction, Seigneur, j'ignore même si Hyandaure tolèrera mes méthodes drastiques, mais je peux vous promettre une chose, que votre bourreau m'en soit témoin, je détruirai ce qui vous a souillé vous et moi, sans relâche, jusqu'à ce qu'il ne demeure plus que ce miroir en souvenir de nos vies sacrifiées. Et quand ce jour sera venu, je franchirai à nouveau ce reflet, et je viendrai planter mes crocs et mon âme toute entière dans ce qu'il reste de vous de l'autre côté. Et je ne vous lâcherai plus. Sans s'en rendre compte, ses poings aux doigts délicats s'étaient refermés avec force sur le rebord de la table, et ses sourcils d'ordinaire relâchés par l'expression de sa désinvolture étaient si froncés qu'on ne voyait presque plus ses yeux. Il grinça des dents, laissant échapper l'écho d'un grognement lupin avant de se redresser d'un geste fébrile, chassant d'un mouvement de tête l'émotion forte qui déformait son visage d'albâtre. Je n'ai pas d'autre choix que de m'en remettre à la seule personne qui détient le composé. Je vais devoir tout lui révéler, Maître... Ma vengeance débute là, à l'Antre des fées. Il releva les yeux à nouveau vers la surface du miroir qui sembla frémir devant l'expression de détermination qui suintait désormais du visage de Wander. Tu fais bien de trembler, Créateur, tu es sur le point de découvrir à ton insu que les personnes qui n'ont plus rien à perdre sont aussi les plus dangereuses. Le médecin se détourna ensuite de l'artefact et commença à empaqueter ce qu'il restait de son ancienne vie, laissant derrière lui de quoi pouvoir assurer, au besoin, des soins d'urgences au Manoir. Il n'avait pas d'autre endroit où installer son cabinet et, de toute façon, ni Xavius, ni le Manoir lui-même, ne pourraient le déloger, il faisait presque partie des murs lui aussi, après tout...
  11. Chapitre XII : "Brumes". (Foggy Forest by Lapec on Deviantart. ) Il ne dormait toujours qu'à moitié. D'un œil, et le plus souvent du bon. Le chant funeste de la forêt de la solitude berçait les pensées qui couraient en lui comme le long d'un fleuve tranquille. Il reposait sous l'auvent déchiré d'une tente modeste abandonnée des semaines plus tôt, le corps engourdi par les tumultes d'une journée agitée. Repu, et pourtant si vide. Sa poitrine se soulevait au rythme lent du bruissement des feuilles, la nuit avait toujours été pour lui d'un réconfort certain après le jour. Il s'y sentait désormais plus à l'aise, l'obscurité demeurait aujourd'hui son seul repère. Rien, ni les villes, ni les gens, ne lui semblaient plus familiers depuis qu'il avait perdu le Corbeau. Au profit de quoi cette quiétude servile avait-elle été troquée si brutalement ? Il connaissait la réponse, mais elle ne lui plaisait pas. Lui, qui avait du céder à force de temps et d'efforts tout ce qui l'animait autrefois, devait aujourd'hui rappeler ces choses à lui pour trouver la force de poursuivre. Son Maître n'était plus là, mais la trace qu'il avait laissée sur l'âme d'Aeluin, elle, était indélébile. Il avait fini par éprouver pour son bourreau une affection sinistre et profonde, un amour farouche et possessif. Et tout ce qu'il pensait acquis lui avait été arraché avant qu'il n'ai eu le temps de s'en repaître. La frustration et la haine troublaient chacune de ses pensées. S'étaient-ils tous deux perdus dans le noir le plus profond ? Que pouvait-il bien faire de ce qu'il était aujourd'hui ? Il lui était impossible de remonter le temps, de changer ce qui avait été, ou de défaire les liens puissants qui l’étreignaient désormais. Il devrait faire avec, comme il l'avait fait ce soir-là. User de l'outil funeste qu'il était pour apaiser un peu la souffrance qui l'habitait. Peut-être même, lui revenait désormais la tâche de prévenir à d'autres le sort qui avait été le sien. Détruire à la source, ce qui poussait à la perversion. Il avait été dénaturé et arraché à son monde, son sort était scellé, mais peut-être était-il encore possible d'empêcher celui des prochains... Dans la pénombre brumeuse qui les entourait, le chirurgien pouvait entendre la respiration torturée de son nouveau compagnon de route. Hyandaure était apparu aussi brusquement dans sa vie que son Maître l'avait quittée. Si il y avait un équilibre dans ce monde, il fut convaincu que c'en était la résultante. Son visage naïf, ces sourires pleins de bienveillance, il pouvait retracer chaque expression qui avait déformé le visage du semi-elfe, mais toutes lui semblaient si lointaines et indicibles. Il n'avait plus accès à ce qu'il pouvait lire dans les yeux du guerrier et chaque fois qu'il croisait son regard, il était subitement rappelé à sa triste condition. Cette impression d'assister, impuissant, à l'expression même de ce qu'il entendait autrefois comme la "vie". Hyandaure, par sa simple existence, était une forme de torture, le reflet de tout ce qu'Aeluin avait perdu. Sa vie, son sourire, sa famille, ses racines, son héritage culturel, sa Foi. Il n'avait plus rien d'humain, et plus rien d'elfe. Il n'était pas plus un mélange des deux qu'un amalgame de sombres desseins, une reconstitution déformée par la haine et la vengeance, une chimère... Une création dépourvue de créateur, laissée pour compte comme un jouet usé oublié au fond d'une malle. Inutile, sans but. Le banc grinça légèrement, et depuis l'interstice minuscule entre ses paupières, Wander observa sans ciller le reflet de la lame qui venait de se redresser, menaçante, au-dessus de sa tête. Hyandaure en tenait le manche, immobile au dessus du corps pâle du docteur, prêt à faire tomber le couperet. L'albâtre n'esquissa pas le moindre geste face à cette épée de Damoclès qui ne lui paru pas plus inquiétante que les jours précédents. Cette fois seulement, il pouvait l'observer à l'ombre de ses longs cils noirs, elle s'était matérialisée, ni plus, ni moins. La fin serait digne, songea-t-il, au milieu de cette forêt, des mains de sa seule famille, au nom d'un héritage qu'il avait perdu. Il était prêt à sentir la tranche glacée du glaive lui caresser la gorge, ou lui transpercer le cœur, rien d'autre que la soif de vengeance et la souffrance ne le retenaient à ce monde, et ces sentiments, il le savait, ne l'animeraient pas éternellement. Il songeait à cette vie tumultueuse et bercée d'ombres qui avait été la sienne, et laissait déjà échapper un long soupir abandonné... Le reflet argenté fendit l'air dans un sifflement imperceptible. "Oh non, je ne vais pas vous tuer, Docteur, ce serait bien trop magnanime. Vous méritez un sort bien plus funeste, oui, vous allez embrasser les ténèbres et je prendrai un malin plaisir à briser tout ce qu'il reste d'espoir et de hargne en vous. Maintenant, chut...Taisez-vous, ne trouvez-vous pas le silence de cette forêt tout à fait étourdissant ?" L'écho de la voix de Raffaelle di Oscuro Contea résonna de concert avec le métal tranchant. Et l'arme s'écrasa lourdement au sol à côté du médecin.
  12. Chapitre XI : "Réflexion". Le manoir n'avait jamais été plus sinistre et silencieux que ces dernières semaines. Les épaisses tentures qui couvraient les fenêtres de leur velours sombre n'avaient même pas frémi une seule fois. Les passants du Quartier Noble se demandaient sans doute si il y avait toujours âme qui vive au milieu de ces pierres déchaussées. L’œil solitaire du sombre serviteur n'était pas apparu une seule fois d'entre les carreaux, pas plus que l'écho de ses lamentations au violon, ou les troublants bruits de casse qui s'élevaient parfois des étages ou de la tour du domaine. Où étaient passés les Di Oscuro Contea ? Cette question demeurait jusqu'alors sans réponse, et personne n'osa s'aventurer au delà des grilles rouillées de la Cour pour lever le voile sur ce mystère. Peut-être était-on mieux de ne pas savoir, après tout. Pendant ce temps, la silhouette élancée du semi-elfe, les épaules abattues, se tenait face à la coquille vide qui reposait sur les draps satinés. Ses doigts fins glissaient entre les replis soignés du costume de son Maître. Son visage sévère, parfois courroucé, apparaissait aujourd'hui paisible, presque inviolé par les affres du monde. Aeluin détaillait ces traits qui lui semblaient inconnus, il avait pu découvrir, dans cette situation tragique, un aspect du Seigneur Di Oscuro Contea qu'il ne connaissait pas. Celui où il semblait enfin en paix avec lui-même. Seuls les craquements indisciplinés de la Maison endormie troublaient ce silence de mort. Le front pâle du chirurgien s'affaissa alors sur le rebord du lit où ses cheveux de jais s'étalèrent comme un linceul sombre. Il ne pleurait pas, mais tout lui semblait désormais trouble et incertain. Alors qu'il venait de s'y accommoder, on lui avait subitement arraché la quiétude, celle de l'asservissement, celle de l'oubli. Il se sentait perdu, tel un animal né en captivité que l'on aurait subitement relâché. Il n'était pas libre pour autant, c'était là toute l'horreur de cette nouvelle condition. Toujours accablé par le poids des obligations, mais désormais aussi celui de sa propre conscience. Il tourna la tête et laissa reposer sa joue contre les draps, avachi aux pieds du lit où le corps inerte de Raffaelle di Oscuro Contea gisait inlassablement. Le temps semblait s'être arrêté, il avait paru un instant, aux yeux de Wander, que même les particules de poussière qui voletaient à travers la chambre s'étaient figées. Depuis combien de temps était-il là ? Xavius n'avait osé jusqu'alors troubler le repos endeuillé d'Aeluin, et se contentait d'apporter les repas de ce dernier, et de repartir avec ceux-ci à peine touchés quelques heures plus tard. Mais ce jour-là, il décida de briser le silence mortifère qui régnait, et lorsqu'il posa sur le chevet une tasse de thé et quelques viennoiseries, sa voix tremblottante de vieil homme désincarné vint caresser les oreilles pointues du semi-elfe. " Vous agissez comme s'il était mort, Maître Wander. Reprenez-vous, le monde ne s'est pas arrêté de vivre pendant que vous vous lamentiez sur votre triste existence. Maître Di Oscuro Contea compte toujours sur votre bon service. Alors vous allez me faire l'humble plaisir de vous ressaisir, de vous laver, d'enfiler un costume propre, et de commencer à vous mettre au travail comme le digne serviteur que vous êtes. Vous savez quoi faire." Sur ces mots qui lui parurent plus cinglants que bienveillants, Xavius referma la porte derrière-lui. Il avait raison, ça lui brulait l'âme et l'esprit de l'admettre, même seulement de le penser, parce que Xavius et lui s'étaient toujours trouvés particulièrement hostiles l'un envers l'autre, mais ... cette fois, il avait raison. Il avait une tâche à accomplir, et ce contretemps ne devrait pas le troubler autant. Il se déplia enfin, déroulant sa silhouette svelte dans un long soupir, et son regard glissa à travers la pièce pour s'arrêter sur le Miroir qui trônait là, sur un mur solitaire. " Je ne peux m'incliner que devant mon propre reflet désormais, Maître. Je n'ai pas oublié ce pourquoi j'ai été créé. Je veillerai sur ce qu'il reste de vous ici et je trouverai un moyen de vous rappeler à moi. Quoi qu'il en coûte." La surface du Miroir sembla frémir un instant, mais Wander avait chassé ce mirage d'un battement de paupière las avant de se détourner en réajustant la position de ses boutons de manchette.
  13. [...] Non, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle ! Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile. Et toi, soeur du Sommeil, toi qui nous as bercés, Mort, ne nous livre pas : contre ton sein fidèle, Tiens-nous bien embrassés. [...] - Ackermann L.
  14. Pendant ce temps, par delà le désert et les sables rocheux, au cœur du Palais d'Al Nabi. ( Merci encore mille fois à @Ikhlas pour ce merveilleux travail. )
  15. Au petit matin de ce jour, les quelques rares promeneurs courageux qui fouleront la neige du parc glacé du Parlement de Kalis découvriront sans doute avec perplexité une bien curieuse oeuvre éphémère au détour d'une allée. En effet, alors que la nuit couvait la ville, deux silhouettes connues et reconnues pour leur aspect funèbre voire maussade auraient érigé la un bonhomme de neige parfaitement improbable. Deux monticules de neige sphériques ornés de membres improvisés. Une paire d'yeux disparates, bouton de manchette et rond de cuivre tordu, un nez taillé à la hache dans un morceau d'écorce pointue, deux oreilles sous forme de squelette de feuille enfoncées par la tige et une paire de bras en bois noueux tendus vers le ciel. Aucun témoin du forfait ridicule mais une chose est sûre, ceux qui l'ont accompli ont du échanger quelques lancés maladroits, en témoignent les vestiges de boule de neige écrasés sur les murets proches et les traces de dérapage non contrôlé qui foulent le linceul neigeux d'un bout à l'autre des jardins. Envoyé de mon GT-I9195 en utilisant Tapatalk