Minho

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À propos de Minho

  • Rang
    Non-binaire
  • Date de naissance 27 novembre

Informations RP

  • Personnage principal
    Dr. Wander
  • Personnage secondaire
    Corentin Duval, Sofian Al Sohrab, Minho, Haku S., Nephelée, Constance

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  1. EYRUN GOTHA GUERRE ET BANDITISME Art du combat : +3 (+1 Géante) Art du combat a distance : +1 Art de l'effraction : +0 Art de la duperie : +0 Art de la psychologie : -1 Art de la discrétion : -3 (-1 Géante) Art de la persuasion : +0 Art de l'observation : +0 Art de l'obstination : +1 Richesse : Pauvre Statu social : Commun Tolérance : Aucune limite Intégrité physique : non Points d'XP Gagnés : 0 Points d'XP dépensés : 0
  2. Après deux jours de battues quotidiennes par les riverains et ouvriers du domaine agricole d'Alejandro, à la recherche d'une saisonnière prénommée Amalia, sa famille proche a annoncé ce matin la mort dans d'horribles circonstances de la jeune femme à la lisière des ruines de la ferme Lynch. D'après les témoins, le corps aurait été retrouvé dans un état déplorable non loin du territoire revendiqué par les efrits. Le mot passe, d'une famille à l'autre, de rappeler aux plus jeunes et aventureux de leurs enfants d'éviter l'endroit, au cas où les bannières et les hurlements des sauvageons ne suffisaient pas déjà. Une procession modeste est prévue pour ramener la dépouille de la jeune fille jusqu'à l’Église d'Heidel où elle recevra les derniers sacrements avant d'être inhumée selon le rite Elionniste.
  3. Chapitre XXIII : Éclaircie. Sous le cirage délicat du grand bureau de chêne massif, la patine vieillie de ce qui fut jadis un arbre majestueux dessinait d'harmonieuses arabesques. L'index désinvolte, à l’extrémité blanchâtre et à l'ongle parfaitement manucuré en suivait les sillons noueux avec lenteur. Le cabinet était plongé dans un silence paisible où il lui paru aisé de s'étourdir en quelques pensées. Il ne pouvait s'ôter de la tête quelques lancinantes images, toujours les mêmes, hantise désavouée, ces yeux vert bouteille, ce regard impérieux qu'il apercevait toujours penché sur lui depuis quelque piédestal inexistant mais pourtant bien palpable. Deux ans déjà, passés, qu'il était "né" de nouveau. Deux ans qui, à l'échelle d'une vie d'elfe bâtard n'étaient, finalement, qu'un presque rien, et pourtant. Ces deux années écoulées lui avaient paru aussi épouvantablement lentes qu'indiscutablement productives. Sous le minuscule interstice de la lourde porte qui le séparait du monde, de la rue, un courant d'air glacé sifflotait faiblement. Ce son curieux qui l'avait souvent effrayé enfant, car il l'attribuait à de malicieux esprits qui s’immisçaient par tous les interstices de la fenêtre de sa chambre n'était aujourd'hui rien de plus que l'expression volatile de ses pensées neurasthéniques. Il se sentait toujours ainsi, comme anesthésié, du corps et de l'esprit, un peu ici, un peu ailleurs. Il était convaincu d'avoir laissé au moins la moitié de son âme dans les pierres glacées du donjon di Oscuro Contea. Il y avait renoncé, et il s'en était accommodé. Pourtant, encore pourtant. Toujours pourtant... Ces deux dernières années lui avaient également permis d'entrevoir, par delà le linceul funeste de sa condition chimérique, au travers du miroir de sa non-vie, quelques éclats vifs et chatoyants, quelques moments de vie, d'humanité, dans sa forme la plus brute et la plus intense. Par delà le regard sordide de son Créateur, par delà les cascades de jais de sa chevelure trop bien arrangée, un courant d'air brulant semblait chasser le soupir glacé du désarroi. Il était ainsi porté par une voix mélodieuse, aux couleurs mordorées et chaudes de l'automne. Comment Tezca avait-elle pu parvenir à s'inviter ainsi odieusement dans ses pensées ?... Il détourna la tête pour jeter un regard par dessus son épaule mais seul le mur de marbre sombre qui s'y trouvait, inébranlable, apparut à ses yeux. L'elfe n'était pas la seule à faire partie du paysage lambrissé de ses songes éveillés, ils étaient désormais nombreux à arpenter les longs couloirs sordides de son manoir intérieur. Ikhlas, parfois, lui apparaissait debout, le port altier mais les épaules affaissées par mille maux tus par fierté, son œil glacé posé sur lui avec une infaillibilité troublante dont il n'avait jamais pu percer le secret. Les jeunes Mara, et Lhayx, adolescentes et pourtant toutes deux déjà marquées par l'inévitable lot d'horreur qu'imposait leur lourde tâche commune déambulaient parfois entre deux salles, un ballotin de livre sous le bras de l'une, qui tenait et entrainait avec une certitude inébranlable la seconde par la main sous le regard affûté de William, et Tharsilla, qui, quant à eux, lui venaient toujours à deux, inséparables et pourtant si diamétralement différents. La paire contrastée s'entourait souvent d'une volute de fumée, et du parfum âcre des plantes séchées. Était-ce de l'affection ? Le Cercle avait-il eu raison du cœur de silex qui ne battait plus depuis longtemps ? Le marteau d'Uther frappant l'enclume avait-il créé l'étincelle de vie qui lui faisait défaut depuis si longtemps ? Ou était-ce le trait cinglant de la brulante Deljinah qui l'avait ainsi sorti de son nid cotonneux ? Le croassement et les joutes du corbeau, et de sa Chamane, avaient-ils réussi à éveiller ce qui dormait jusqu'alors ? Le chant de Tezca avait-il été si familier, si synonyme de ... meute, qu'il eut la force de l'atteindre jusqu'aux entrailles les plus sordides de ses pensées ? Qui étaient-ils, véritablement ? Qui étaient-ils pour lui ? Et qu'était-il pour eux ? ... Il battit lentement des paupières, espérant sans doute chasser les vestiges indicibles de ses égarements, et posa ensuite les yeux sur le courrier qui lui avait été adressé par Hotarubi. Il faisait désormais partie du testament de quelqu'un. Et cette idée, celle d'avoir été traité encore en humain, pas en bête, pas en médecin, pas en cobaye, ni en servant, avait encore ébranlé un peu les maussades certitudes qui pavaient son existence. Était-il encore possible pour lui d'effleurer du doigt cette lueur qui lui manquait tant ? Avait-il encore droit à la rédemption ? Si pas aux yeux d'Elion ou de la République, au moins auprès de ceux qui, désormais, arpentaient son quotidien, aussi bien au dedans qu'au dehors ?
  4. Chapitre XXII : La Crypte. C'était la vingt-quatrième fois qu'il franchissait cette lourde porte et la laissait se refermer sur-elle même, entrainée par son propre poids, après son passage. Le bruit métallique qui résonna lorsqu'elle s'échoua contre ses gonds solides résonna à travers l'étroit passage obscur qu'il empruntait désormais avec habitude. L'endroit était singulièrement exigu, et en descendant les nombreuses marches qui serpentaient vers les sous-sols, ses deux épaules frôlaient chacune de leur côté, les murs de pierre glacée qui composaient la décoration vétuste du corridor. Par endroit, un renfoncement dans les briques supportait le cadavre dégoulinant d'une vieille bougie éteinte depuis longtemps et, trop à son aise dans l'obscurité des lieux, Wander ne la ralluma jamais. Il descendait les escaliers dans le noir complet, se fiant à l'écho de ses pas et à la régularité du sol qu'il foulait. Il s'était trouvé, sans grande surprise, une forme de quiétude à arpenter ces lieux comme une âme en peine et si à l'origine sa présence n'était due qu'à une punition il avait, de façon plutôt arrangeante, trouvé un moyen d'y voir quelque intérêt personnel. Là-bas, si loin sous la surface, les sons du monde ne lui parvenaient plus, il ne restait que le faible grondement naturel de la pierre ancienne et des caveaux. C'était un endroit paisible, en dépit de l'aspect moribond et sinistre que quiconque de sensé lui trouvait. La crypte s'était imposée naturellement pour Wander comme un havre de paix unique où il pouvait, à l'abri des regards, laisser libre cours à ses pensées les plus sombres comme les plus inavouables. Il avait été chargé d'en faire l'inventaire complet et jouissait donc de nombreuses heures perdues à déambuler sous les alcôves glacées, laissant glisser ses mains gantées sur la tranche de cercueils millénaires, de vieux cadres hantés, ou de coffrets de confinement scellés depuis des générations. Il y avait ici-bas dans l'air une puissante aura occulte. Chaque objet entreposé, chaque miroir précautionneusement couvert de draps opaques, chaque parchemin soigneusement roulé et runé, dégageait une identité propre. Chaque artefact lui parlait, chaque souvenir du passé lui racontait son histoire, murmurant sur son passage. Ici-bas, où aucun humain n'aimait se trouver, Wander se sentait chez lui, à mi-chemin entre deux mondes, celui des morts, et celui des vivants. En haut des marches, la lumière chatoyante d'un quartier général foulé par ses pairs, et ici-bas, les échos fantomatiques d'âmes oubliées, d'âmes solitaires et torturées, d'âmes... comme la sienne, brisées, irréparables, inconsolables. Il lui arrivait d'interrompre sa tâche et de se contenter, une heure durant, assis sur le lourd couvercle d'un coffre antique, d'écouter ces vestiges déliquescents lui conter leurs histoires. Certains jours, tandis qu'il établissait l'organisation d'un tiroir à dossiers à la lueur d'une unique chandelle, il pouvait surprendre par dessus son épaule des ombres filer à toute allure et disparaitre derrière des recoins. Il se sentait observé en permanence quand il travaillait ici et il n'avait pu se résoudre à y voir autre chose qu'une forme de justice ironique. Lui qui de son existence passait son temps à scruter les autres à leur insu était cette fois la cible impuissante de milliers d'yeux avides. Cela ne lui faisait pas peur pour autant, ce qui se trouvait ici ne l'était pas par hasard, la Crypte avait été conçue pour contenir les phylactères les plus dangereux, et tant qu'il ne brisait aucun sceau, ni n'effaçait aucune rune, scruter avidement serait tout ce que ces vieux démons pourraient faire. Pour lui, cela ne faisait plus aucun doute, Ikhlas ne lui avait pas confié cette tâche chronophage seulement pour punir l'imprudence dont il avait fait preuve dernièrement. Il en était sûr, il s'était s'agit là d'une façon indirecte de le rappeler à son bon sens. En effet, seul au milieu de ce capharnaüm obscur, il avait tout le loisir de se souvenir de ce qu'il était, de ce qu'il aurait pu être s'il avait suivi un chemin différent, et, avant toute chose, de la façon dont il pourrait finir s'il laissait quelques récentes et fâcheuses habitudes s'installer. Si sa tâche était loin d'être terminée, et l'occuperait sans doute pour quelques centaines d'heures encore, Wander avait déjà tiré le meilleur profit de cette corvée punitive. Il ne laisserait plus Aeluin manifester ses faiblesses, et encore moins supplanter ses instincts de survie. Il ne laisserait plus personne le mettre en danger comme Keharqta l'avait fait. Il ne laisserait pas cette impertinente gamine de la république lui mettre des bâtons dans les roues. Il était temps de fermer la porte qu'il avait laissée, par mégarde, entrouverte.
  5. Ahouuuuuuuuh ! <Toussotte.> Mh, pardon. C'est bien beau tout ça ! Hâte de voir tes progrès avec le temps
  6. ( Toujours, ma chère, toujours. )
  7. Bienvenue à toi !
  8. Bienvenue à toi !
  9. Copain loup.
  10. Bienvenue à toi, Asclepion, une présentation de bonne augure ! Je ne sais pas si il y a encore beaucoup de guildes à proprement parler - actives - à Calphéon en ce moment. La communauté RP a tendance à se concentrer tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et se trouve pour l'instant plus généralement à Heidel. Je t'invite cependant à jeter un œil à la présentation du Saint Ordre des Chevaliers de Delphe - Chevau-légers ici - https://desertnoir.fr/forums/index.php?/topic/4976-ordre-de-delphe-premier-corps-de-chevaux-légers/#comment-38719, dirigée par le Capitaine Cortesi, qui doit sans doute toujours avoir besoin de recrues, ou à faire connaissance avec mon voisin du dessus (Dulcia), qui est également un fervent partisan des intérêts de la République ( et surtout de ses manigances. ) et qui propose régulièrement des trâmes autour de cette thématique sinueuse. ( Cf : https://desertnoir.fr/forums/index.php?/topic/2507-les-trames-courtisanes/&page=4#comment-42309 ) Au plaisir de te croiser en jeu, Wander.
  11. Chapitre XXI : "En un regard." Il était rentré les bras chargés de vélins ce soir-là, il n'attendait personne, et bien qu'il eut par la force du temps l'habitude de trouver son local vide lorsqu'il en franchissait le seuil, il ne fut pas réellement surpris, en poussant d'une épaule la lourde porte déverrouillée, d’apercevoir la silhouette de basane se redresser subitement d'un air contrit en cachant maladroitement l'un ou l'autre méfait qu'il avait pu - encore - accomplir en son absence. Adossés l'un face à l'autre dans l'étroit cabinet médical désormais plongé dans une semi-pénombre aux chandelles mouvantes, séparés par une table, ils avaient rompu le silence quiet des lieux pour entamer malgré eux une valse bien dangereuse. "Oh, il vous le dira s'il ne veut pas vous rencontrer, en effet." acquiesça le médecin, d'un air austère. "Sont-ce là les seuls projets dont vous souhaitiez me parler, Keharqta ?" il avait abandonné les archives rapportées en vrac sur la table d'auscultation et considérait son colocataire d'un œil fade et alangui par une journée de permanence au dispensaire voisin. "Oui." avait répondu la figure halée qui lui faisait face, d'un air ferme et impérieux. "Je suis encore à un tournant de ma vie, et je vais avoir à faire des choix. J'en ai déjà fait certains, la plupart en réalité, mais je vais devoir m'y tenir. Pour cela, vous savoir ... avec - il avait donné à ce mot un ton particulier - moi me rassure, Wander. J'ai besoin de votre aide, et cela se traduit par une écoute." Le médecin l'écoutait d'un air distrait et lointain, cintrant d'une main flegme le rebord lisse de son bureau pour y faire danser le bout de ses doigts opalins en silence. "Une écoute..." ajouta-t-il alors en rendant à l'albâtre un regard équivoque. "Que vous m'accordez bien malgré-vous. Je sais que je suis envahissant." C'était un pléonasme. Wander secoua la tête avec lenteur en laissant échapper un fin filet d'air tiède entre ses lèvres. "Vous l'êtes parce que je le tolère. Si un jour cela devait ne plus être le cas, je vous prie de croire que vous en seriez le premier informé, mon cher." Il haussa brièvement les sourcils pour appuyer le propos, avant d'ajouter, d'un ton nonchalant, érigeant après cette confidence une nouvelle barrière symbolique entre eux-deux. "En outre, j'ai envisagé récemment d'adopter un chien pour avoir de la compagnie. Vous faites finalement très bien l'affaire... à défaut." Le ton avait été copieusement nimbé de cynisme et était sorti de sa bouche comme une lance affûtée et glaciale. Mais cela n'avait fait qu'attiser la bête et il vit son interlocuteur étirer un sourire pernicieux et revanchard avant d'agiter vulgairement le bassin comme un animal. Bien qu'il s'en soit trouvé désabusé, il se contenta de le fixer longuement pour lui infliger le reflet de sa bêtise et la lourdeur de son jugement silencieux. Cela n'avait pas suffit. Le coupant alors dans son élan, Wander ajouta, d'un ton proche du mépris. "Je prend un certain plaisir à vous voir remuer la queue de bonheur lorsque je rentre chez moi." Et bien qu'il eut tenté ce faisant de mettre un frein sévère à l'élan de son congénère en lui assenant le coup de grâce, il avait obtenu en retour une réponse parfaitement inattendue qui manqua de peu de le déstabiliser. Keharqta s'était subitement arrêté, et avait contourné la table pour s'approcher de lui. "Puis-je savoir, Wander, en quoi il vous est si plaisant d'avoir un envahisseur comme moi dans votre logis ? Quand ce n'est pas directement dans votre propre lit..." Il avait mit le doigt sur quelque chose et il le savait. Il était désormais planté droit face à Wander, à quelques centimètres de son visage, et le fixait avec un sérieux inhabituel. Wander laissa peser un silence oppressant. "L'absence de Maitre laisse un vide qu'il n'est pas aisé de combler, ni pour la chimère, ni pour le loup. Et ce, en dépit des occupations éreintantes qui nous accaparent jours et nuits. Une rustine ne sera jamais qu'une rustine, mais vous voir me rappelle à ces choses qui font défaut." Et avant qu'il ait eu le temps de s'en féliciter, Wander avorta toute forme de victoire chez son interlocuteur en ajoutant aussitôt d'un ton impérieux "Ne vous en enorgueillissez pas pour autant." Keharqta avait lentement plissé les yeux, sans doute s'attendait-il au retour de flamme que Wander avait pour habitude de lancer sitôt qu'il évoquait, de près ou de loin, quelque chose d'intime. Il paru suspicieux. "Je ne suis pas sûr de comprendre à quoi vous faites allusion par ces choses. Je pensais, au mieux, être pour vous une distraction. J'étais loin d'imaginer pouvoir combler quoi que ce soit." Qui l'aurait pu ? Qui aurait pu songer pouvoir assouvir, même un peu, l'insatisfaction permanente de la créature, la solitude mordante qui l'habitait, la nostalgie brute qui animait chacun de ses pas ? Personne. Et surtout pas quelqu'un comme Keharqta, et pourtant. Wander se senti obligé à nouveau de modérer ses propos, faisant derechef un pas de côté, symbolique, en rétorquant. "Oh, vous me divertissez, je vous rassure. Mais s'il ne s'agissait que de cela, vous n'auriez aucune chance de finir dans mon lit." Le molosse basané fronçait désormais les sourcils. Il s'était encore approché, et fixait avec intensité le cache-oeil qui ornait le visage funeste du médecin. Le creux léger de sa joue trahissait une forme de nervosité, Wander pouvait la sentir. Il se mordait déjà les lèvres en approchant lentement sa main de l'ornement. Il savait qu'il ne devait pas. Il savait que c'était impertinent et dangereusement létal de contrarier le médecin. Il arborait cette expression interdite de l'enfant qui s'apprête à faire quelque chose qu'il n'est pas supposé faire. "Je vous rassure, dans ce cas ?" avait-il demandé, désormais à quelques centimètres à peine du visage morne et impassible du chirurgien. Il ne pouvait pas s'en empêcher, il était impertinent. "Je vous l'ai dit cent fois, il y a en vous une flamme que je ne peux qu'observer avec envie, depuis les limbes déliquescentes de mon esprit." C'était un aveu, et il ne lui plaisait pas d'avoir à le faire, mais c'était aussi une mise en garde. Persuadé que Keharqta n'irait pas au bout de son idée, il n'avait pas bougé d'un iota, et le regardait avec dureté approcher la main de son visage, encore et encore. "Vous êtes intense, sot, impulsif... - cracha-t-il presque avant de soupirer d'un air atone - Vivant, pour deux." Ne le voyant pas s'arrêter il poursuivit. "Je me repais de vos échecs, de votre sort, je me languis de vos pertes et de vos chutes." et un ton plus bas. "Je me nourris de vos rires excentriques, de vos narquoiseries, de vos impertinences, de votre lumière. Je les effleure un peu à travers vous." "Oui, vous me l'avez dit cent fois, mais je vous le redemande, maintenant que vous avez été libéré. Et puis, j'avoue que j'aime vous l'entendre dire." Keharqta caressait déjà du bout de l'index la surface drue du cuir qui recouvrait l’œil gauche du médecin. "Ainsi, je me sens un peu moins inutile." Il souriait, cet arrogant. L'évocation de cette liberté avait ouvert une porte qu'il sembla impossible de refermer. Wander soupira. "Je ne répond plus d'aucun Maître sinon celui que je désigne, il est vrai. Mais rien d'autre n'a changé. Ni le vide, ni l'obscurité, ni la mort, ni la chaire souillée, ni le sang vicié, ni les tourments, ni la solitude." Il planta son œil terne dans celui de Keharqta, tranchant à nouveau avec austérité. "La seule différence, c'est que si je devais vous tuer aujourd'hui, je le ferais parce que j'en ai envie, et non parce que mon Créateur m'en a susurré l'ordre." Keharqta s'était enfin arrêté de bouger. Wander poursuivit. "La nuance peut sembler anecdotique, mais elle ne l'est pas." Il avait tenté par ces mots, dont il pensait chaque syllabe, de rappeler le basané à sa véritable nature, de couper court à toute idée qu'il aurait pu avoir, d'amputer à la racine toute graine erronée qu'il aurait pu planter par mégarde dans l'esprit de Keharqta. Mais il était déjà trop tard. "Je crois, au contraire, que je connais mieux que personne le vrai sens de cette liberté factice, et vous le savez..." Il dénoua d'un geste le filin de cuir souple qui retenait le cache oeil, murmurant. "Vous, vous êtes, indéniablement, irrévocablement...Complètement paradoxal." Wander avait aussitôt détourné le regard, et fixait désormais avec dureté le sol à ses pieds lorsqu'il répondit. "C'est sensé." Il plissa un instant les paupières avant d'ajouter d'un ton monocorde, songeur. "Je suis l'incarnation même du concept de paradoxe. Une créature à la fois morte et vivante, une machine vierge et apathique, pourtant capable de discerner chez l'autre la moindre émotion. Un monstre traquant ses pairs. Un prédateur mortel, qui œuvre à préserver la vie par la médecine. Un animal sauvage, pourtant domestiqué. Une marionnette occulte, dépourvue de fils." Il ne pouvait pas voir l'expression que Keharqta avait eue à ses propos, car il avait détourné les yeux avec hâte. "J'ai beau le savoir, étrangement, ce n'est pas ce que je vois. Vous êtes une Ombre, Wander. Vous me donnez cette impression que donnent ces choses obscures qui, une fois la nuit tombée, rampent au sol et glissent dans votre nuque. Quand vous pensez être seul, mais que vos instincts vous hurlent le contraire. Vous êtes sombre, et froid comme la Mort, Wander. Et vous me faites peur." Wander avait alors baissé sa garde. Il avait peur. Il ne ferait rien de stupide. Il pouvait être audacieux, mais il ne serait pas inconscient. Il s'était fourvoyé. D'un geste impérieux, Keharqta s'empara soudainement du menton effilé de Wander, et le redressa sèchement vers lui en ajoutant, dans un sourire. "Comme la Mort vous m'effrayez, Wander. Et comme la Mort, vous me rassurez." Et son regard barbeau plongea droit dans celui du médecin... ~
  12. À l'aube de ce vingt-sept Éléphant, de nouvelles affiches auront fait leur apparition sporadique sur les façades fleuries de la cité d'Heidel. Certains auront d'ailleurs pu apercevoir les jours précédents un duo de shaïs transportant à travers les ruelles alambiquées de la ville, à dos d'âne, une série de livres et d'objets de sciences. Il s'agit, de toute évidence, des nouveaux propriétaires du quartier de la place.
  13. Chapitre XX : "Insomnie." Il s'était bien souvent, par dépit, ou par circonstances insolites, retrouvé à passer des nuits dans des lieux incongrus. Mais celle-ci était une première en son genre. Au dessus de sa tête, il pouvait observer, d'un oeil distrait, les énormes poutres portantes d'une toiture millénaire. Les illustres ouvrages de bois grinçaient sous les coups répétés de la pluie et du tonnerre qui s'échouaient sur les tuiles usées du bâtiment. Par endroits, un interstice minuscule laissait filtrer un rayon de lune à travers le grenier et dans son halo, un filet de pluie semblait descendre sur un tapis argenté. L'endroit était à la fois ordinairement calme, et intensément bruyant. Cette demi-mesure il la connaissait bien, c'était le reflet du statu quo de son existence toute entière. Le compromis permanent qu'il semblait avoir fini par adopter, entre tout et son contraire. Cette fois ce fut le silence morne d'un grenier, et les complaintes hurlantes d'un vent puissant qui venait faire trembler les fondations vieillissantes de l'Orphelinat. À l'autre bout de la pièce, qui n'en était pas vraiment une plus qu'une sorte de capharnaüm antique, il pouvait discerner par moments succincts, sous les impulsions lumineuses de quelques éclairs violents, les silhouettes de ses collègues allongés. Eux non plus ne dormaient pas, sans doute partageaient-ils ce moment hors du temps, bercé par les plaintes du bois meurtris et des vieilles briques, pour faire quelques bilans silencieux de leurs vies respectives. Il se plaisait à penser qu'il n'était pas seul à jouir de moments d'introspection si intenses dans des circonstances si peu adéquates. Bien que l'idée de se trouver, une fois de plus, du côté des anormaux ne lui déplaisait pas non plus. L'impact mât et régulier de quelques gouttes qui s'échouaient sur la surface moite du plancher rythmaient son souffle atone et blanchâtre et envoyait à travers l'obscurité un minuscule nuage de poussière fantomatique. Sous ses épaules, un monde entier sommeillait désormais, tant d'âmes ingénues, allongées si près, dans leurs dortoirs, côte à côte, les yeux clos. Tant d'esprits purs, encore inviolés par les affres occultes auxquels ils étaient les seuls à faire face. Tant de visages ronds, et d'yeux étoilés, tant de joues cramoisies, tant de fossettes, tant de sourcils arqués par un sommeil profond et plein de rêves. Tant d'aubes, tant de passés encore à construire, tous rassemblés quelques mètres plus bas, sous sa garde. La sienne. Celle de la créature qu'il était. Celle du monstre dont il croisait chaque matin le reflet morne et pâle. Comment, après toutes ses années à haïr le genre humain pour ce qu'il avait fait de lui, s'était-il trouvé là, sous la toiture misérable d'un orphelinat, caché comme un clandestin au milieu des vieux bancs et des meubles déliquescents d'une vie ou deux, à monter la garde sur une quarantaine de ces créatures qu'il avait appris à mépriser ? Il ne pouvait pas dormir, pas parce qu'il lui était impossible de trouver le sommeil dans de si lugubres circonstances, elles lui étaient en réalité plus familières qu'il n'aurait souhaité l'admettre, mais parce qu'à chaque fois qu'il fermait les paupières, cette image revenait hanter son esprit. Elle était là depuis quelques semaines déjà, imprimée sur la surface de sa rétine comme si elle avait été marquée au fer rouge pour le punir, lui rappeler toujours l'impie dévotion à laquelle il s'était abandonné jadis. Son visage impérieux le fixait à chaque fois qu'il sourcillait, son visage ne le quittait plus, ces traits anguleux, ces yeux verts bouteille si intenses et durs, ces lèvres charnues qui ne souriaient jamais, cette voix rocailleuse qui l'avait tourmenté mille fois. Et pourtant, pourtant quelque chose de doux l'accompagnait toujours, quelque chose de si apaisant qu'il semblait pouvoir se laisser partir en paix sitôt qu'il fermait les yeux. Il en éprouvait un dégoût profond pour lui-même, lui qui avait tant lutté pour s'en défaire. Qui avait malgré-lui exposé tant d'esprits si affûtés à la folie misérable de son fort intérieur pour y parvenir et qui, ce soir, comme tous les précédents, ne pouvait s'empêcher de songer à son bourreau avec une forme d'affection si profonde et si douloureuse qu'elle semblait capable de lui faire jaillir les tripes à tout moment. Entre chaque coup de tonnerre, elle venait se glisser sournoisement à son oreille, encore et encore, cette maudite voix, ce maudit murmure, le souvenir damné de cette caresse d'un soir, du revers d'une main glacée qui l'avait fait souffrir autant qu'elle l'avait apprivoisé. ~
  14. ( Par l’extrême-ment talentueux @Ikhlas que je remercie encore pour son soucis du détail et sa patience avec mes requêtes ! )
  15. ~ Nephelée aka "Nuage" ~ ~ Fiche générale ~ Prénom : Nephelée Nom de famille : Inconnu, né sous "X" et rapidement confié à une Matrone d'Heidel. Surnoms : "Nuage", "Béret" Âge : La quinzaine à quelques cycles près. Milieu social : Orphelin, petit peuple d'Heidel. Adresse actuelle : Inconnue pour le manant. Caractère : Doucereux, lunaire, distrait, modérément entêté, affreusement altruiste. Attitude : Relativement éduquée. - Sans doute plus que la majorité des gens de son milieu. Globalement agréable, voire affable si on sait comment l'aborder. Défauts : Beaucoup trop curieux, rapidement déconcentré par des choses triviales, d'une honnêteté parfois tranchante ou maladroite. Qualité : Fidèle, patient, de bonne volonté, vif d'esprit, rusé. Il fait un excellent confident, pour autant qu'il vous soit loyal. Religion : Elioniste - Juste ce qu'il faut pour faire "bien." Particularité : À première vue, aucune ? - Certains s'interrogent toutefois sur le drôle de sobriquet qu'on lui a donné depuis sa plus tendre enfance. Compétences : Coursier rapide, discret et appliqué. Il ne semble jamais avoir outrepassé ses engagements en matière de secret épistolaire. On lui attribue d'autres talents de compagnie agréable ou de fournisseur de bons tuyaux. Il semble trimballer dans son baluchon un lance-pierre et tout indique qu'il sache parfaitement en faire usage. Aspect : La silhouette du jeune homme s'allonge sur un mètre cinquante-six et la légèreté de ses pas trahit une condition svelte et athlétique. Contrairement à la plupart des adolescents de son âge, il ne semble pas encore avoir été défiguré par les affres d'une puberté odieuse. Sa peau lisse au teint hâlé par les journées ensoleillées est constellée d'éphélides que certains s'accordent à trouver fort charmantes et lui confèrent un air parfois chafouin. Si ses vêtements sont généralement issus de factures modestes, il n'en demeure pas moins propre sur lui et semble tenir à prendre soin de ses affaires. On le voit souvent surmonté d'un béret derrière lequel il range de longues mèches de cheveux blonds pâles et ternes en cascades. Humain des plus ordinaires, son regard clair voilé par un passé difficile laisse entrevoir sur son visage rond et lisse une fenêtre grande ouverte sur la vive palette d'émotions et d'expressions dont il est capable. Il aime : Faire plaisir, bricoler dans un vieux chantier naval, rêvasser ou deviser de choses absurdes pour s'évader. Il arrive qu'on le surprenne courir en écartant les bras pour embrasser le vent de front et profiter de l'ivresse portée par son pas rapide et pressé, ou s'arrêter sous une balconnière pour s’imprégner du parfum des fleurs de saisons, ou encore sous un fil de linge fraichement tendu à sécher pour retrouver l'odeur familière du savon noir. Il n'aime pas : Se sentir redevable, il fera toujours en sorte pour rendre ses comptes le plus tôt possible. Il a une aversion toute particulière pour les petites filles, qu'il trouve le plus souvent sottes et capricieuses. - Il attend sans doute qu'on lui prouve qu'il a tors à ce sujet. Signe physique particulier : De petites tâches de soleil ou éphélides sur les pommettes et le sommet du nez. Ses bottes sont usées jusqu'à la moelle. Concept : Garçon à tout faire, bons tuyaux et douce compagnie.