Minho

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À propos de Minho

  • Rang
    Non-binaire
  • Date de naissance 27 novembre

Informations RP

  • Personnage principal
    Dr. Wander
  • Personnage secondaire
    Corentin Duval, Sofian Al Sohrab, Minho, Haku S., Nephelée, Constance

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  1. Chapitre XXII : La Crypte. C'était la vingt-quatrième fois qu'il franchissait cette lourde porte et la laissait se refermer sur-elle même, entrainée par son propre poids, après son passage. Le bruit métallique qui résonna lorsqu'elle s'échoua contre ses gonds solides résonna à travers l'étroit passage obscur qu'il empruntait désormais avec habitude. L'endroit était singulièrement exigu, et en descendant les nombreuses marches qui serpentaient vers les sous-sols, ses deux épaules frôlaient chacune de leur côté, les murs de pierre glacée qui composaient la décoration vétuste du corridor. Par endroit, un renfoncement dans les briques supportait le cadavre dégoulinant d'une vieille bougie éteinte depuis longtemps et, trop à son aise dans l'obscurité des lieux, Wander ne la ralluma jamais. Il descendait les escaliers dans le noir complet, se fiant à l'écho de ses pas et à la régularité du sol qu'il foulait. Il s'était trouvé, sans grande surprise, une forme de quiétude à arpenter ces lieux comme une âme en peine et si à l'origine sa présence n'était due qu'à une punition il avait, de façon plutôt arrangeante, trouvé un moyen d'y voir quelque intérêt personnel. Là-bas, si loin sous la surface, les sons du monde ne lui parvenaient plus, il ne restait que le faible grondement naturel de la pierre ancienne et des caveaux. C'était un endroit paisible, en dépit de l'aspect moribond et sinistre que quiconque de sensé lui trouvait. La crypte s'était imposée naturellement pour Wander comme un havre de paix unique où il pouvait, à l'abri des regards, laisser libre cours à ses pensées les plus sombres comme les plus inavouables. Il avait été chargé d'en faire l'inventaire complet et jouissait donc de nombreuses heures perdues à déambuler sous les alcôves glacées, laissant glisser ses mains gantées sur la tranche de cercueils millénaires, de vieux cadres hantés, ou de coffrets de confinement scellés depuis des générations. Il y avait ici-bas dans l'air une puissante aura occulte. Chaque objet entreposé, chaque miroir précautionneusement couvert de draps opaques, chaque parchemin soigneusement roulé et runé, dégageait une identité propre. Chaque artefact lui parlait, chaque souvenir du passé lui racontait son histoire, murmurant sur son passage. Ici-bas, où aucun humain n'aimait se trouver, Wander se sentait chez lui, à mi-chemin entre deux mondes, celui des morts, et celui des vivants. En haut des marches, la lumière chatoyante d'un quartier général foulé par ses pairs, et ici-bas, les échos fantomatiques d'âmes oubliées, d'âmes solitaires et torturées, d'âmes... comme la sienne, brisées, irréparables, inconsolables. Il lui arrivait d'interrompre sa tâche et de se contenter, une heure durant, assis sur le lourd couvercle d'un coffre antique, d'écouter ces vestiges déliquescents lui conter leurs histoires. Certains jours, tandis qu'il établissait l'organisation d'un tiroir à dossiers à la lueur d'une unique chandelle, il pouvait surprendre par dessus son épaule des ombres filer à toute allure et disparaitre derrière des recoins. Il se sentait observé en permanence quand il travaillait ici et il n'avait pu se résoudre à y voir autre chose qu'une forme de justice ironique. Lui qui de son existence passait son temps à scruter les autres à leur insu était cette fois la cible impuissante de milliers d'yeux avides. Cela ne lui faisait pas peur pour autant, ce qui se trouvait ici ne l'était pas par hasard, la Crypte avait été conçue pour contenir les phylactères les plus dangereux, et tant qu'il ne brisait aucun sceau, ni n'effaçait aucune rune, scruter avidement serait tout ce que ces vieux démons pourraient faire. Pour lui, cela ne faisait plus aucun doute, Ikhlas ne lui avait pas confié cette tâche chronophage seulement pour punir l'imprudence dont il avait fait preuve dernièrement. Il en était sûr, il s'était s'agit là d'une façon indirecte de le rappeler à son bon sens. En effet, seul au milieu de ce capharnaüm obscur, il avait tout le loisir de se souvenir de ce qu'il était, de ce qu'il aurait pu être s'il avait suivi un chemin différent, et, avant toute chose, de la façon dont il pourrait finir s'il laissait quelques récentes et fâcheuses habitudes s'installer. Si sa tâche était loin d'être terminée, et l'occuperait sans doute pour quelques centaines d'heures encore, Wander avait déjà tiré le meilleur profit de cette corvée punitive. Il ne laisserait plus Aeluin manifester ses faiblesses, et encore moins supplanter ses instincts de survie. Il ne laisserait plus personne le mettre en danger comme Keharqta l'avait fait. Il ne laisserait pas cette impertinente gamine de la république lui mettre des bâtons dans les roues. Il était temps de fermer la porte qu'il avait laissée, par mégarde, entrouverte.
  2. Ahouuuuuuuuh ! <Toussotte.> Mh, pardon. C'est bien beau tout ça ! Hâte de voir tes progrès avec le temps
  3. ( Toujours, ma chère, toujours. )
  4. Bienvenue à toi !
  5. Bienvenue à toi !
  6. Copain loup.
  7. Bienvenue à toi, Asclepion, une présentation de bonne augure ! Je ne sais pas si il y a encore beaucoup de guildes à proprement parler - actives - à Calphéon en ce moment. La communauté RP a tendance à se concentrer tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et se trouve pour l'instant plus généralement à Heidel. Je t'invite cependant à jeter un œil à la présentation du Saint Ordre des Chevaliers de Delphe - Chevau-légers ici - https://desertnoir.fr/forums/index.php?/topic/4976-ordre-de-delphe-premier-corps-de-chevaux-légers/#comment-38719, dirigée par le Capitaine Cortesi, qui doit sans doute toujours avoir besoin de recrues, ou à faire connaissance avec mon voisin du dessus (Dulcia), qui est également un fervent partisan des intérêts de la République ( et surtout de ses manigances. ) et qui propose régulièrement des trâmes autour de cette thématique sinueuse. ( Cf : https://desertnoir.fr/forums/index.php?/topic/2507-les-trames-courtisanes/&page=4#comment-42309 ) Au plaisir de te croiser en jeu, Wander.
  8. Chapitre XXI : "En un regard." Il était rentré les bras chargés de vélins ce soir-là, il n'attendait personne, et bien qu'il eut par la force du temps l'habitude de trouver son local vide lorsqu'il en franchissait le seuil, il ne fut pas réellement surpris, en poussant d'une épaule la lourde porte déverrouillée, d’apercevoir la silhouette de basane se redresser subitement d'un air contrit en cachant maladroitement l'un ou l'autre méfait qu'il avait pu - encore - accomplir en son absence. Adossés l'un face à l'autre dans l'étroit cabinet médical désormais plongé dans une semi-pénombre aux chandelles mouvantes, séparés par une table, ils avaient rompu le silence quiet des lieux pour entamer malgré eux une valse bien dangereuse. "Oh, il vous le dira s'il ne veut pas vous rencontrer, en effet." acquiesça le médecin, d'un air austère. "Sont-ce là les seuls projets dont vous souhaitiez me parler, Keharqta ?" il avait abandonné les archives rapportées en vrac sur la table d'auscultation et considérait son colocataire d'un œil fade et alangui par une journée de permanence au dispensaire voisin. "Oui." avait répondu la figure halée qui lui faisait face, d'un air ferme et impérieux. "Je suis encore à un tournant de ma vie, et je vais avoir à faire des choix. J'en ai déjà fait certains, la plupart en réalité, mais je vais devoir m'y tenir. Pour cela, vous savoir ... avec - il avait donné à ce mot un ton particulier - moi me rassure, Wander. J'ai besoin de votre aide, et cela se traduit par une écoute." Le médecin l'écoutait d'un air distrait et lointain, cintrant d'une main flegme le rebord lisse de son bureau pour y faire danser le bout de ses doigts opalins en silence. "Une écoute..." ajouta-t-il alors en rendant à l'albâtre un regard équivoque. "Que vous m'accordez bien malgré-vous. Je sais que je suis envahissant." C'était un pléonasme. Wander secoua la tête avec lenteur en laissant échapper un fin filet d'air tiède entre ses lèvres. "Vous l'êtes parce que je le tolère. Si un jour cela devait ne plus être le cas, je vous prie de croire que vous en seriez le premier informé, mon cher." Il haussa brièvement les sourcils pour appuyer le propos, avant d'ajouter, d'un ton nonchalant, érigeant après cette confidence une nouvelle barrière symbolique entre eux-deux. "En outre, j'ai envisagé récemment d'adopter un chien pour avoir de la compagnie. Vous faites finalement très bien l'affaire... à défaut." Le ton avait été copieusement nimbé de cynisme et était sorti de sa bouche comme une lance affûtée et glaciale. Mais cela n'avait fait qu'attiser la bête et il vit son interlocuteur étirer un sourire pernicieux et revanchard avant d'agiter vulgairement le bassin comme un animal. Bien qu'il s'en soit trouvé désabusé, il se contenta de le fixer longuement pour lui infliger le reflet de sa bêtise et la lourdeur de son jugement silencieux. Cela n'avait pas suffit. Le coupant alors dans son élan, Wander ajouta, d'un ton proche du mépris. "Je prend un certain plaisir à vous voir remuer la queue de bonheur lorsque je rentre chez moi." Et bien qu'il eut tenté ce faisant de mettre un frein sévère à l'élan de son congénère en lui assenant le coup de grâce, il avait obtenu en retour une réponse parfaitement inattendue qui manqua de peu de le déstabiliser. Keharqta s'était subitement arrêté, et avait contourné la table pour s'approcher de lui. "Puis-je savoir, Wander, en quoi il vous est si plaisant d'avoir un envahisseur comme moi dans votre logis ? Quand ce n'est pas directement dans votre propre lit..." Il avait mit le doigt sur quelque chose et il le savait. Il était désormais planté droit face à Wander, à quelques centimètres de son visage, et le fixait avec un sérieux inhabituel. Wander laissa peser un silence oppressant. "L'absence de Maitre laisse un vide qu'il n'est pas aisé de combler, ni pour la chimère, ni pour le loup. Et ce, en dépit des occupations éreintantes qui nous accaparent jours et nuits. Une rustine ne sera jamais qu'une rustine, mais vous voir me rappelle à ces choses qui font défaut." Et avant qu'il ait eu le temps de s'en féliciter, Wander avorta toute forme de victoire chez son interlocuteur en ajoutant aussitôt d'un ton impérieux "Ne vous en enorgueillissez pas pour autant." Keharqta avait lentement plissé les yeux, sans doute s'attendait-il au retour de flamme que Wander avait pour habitude de lancer sitôt qu'il évoquait, de près ou de loin, quelque chose d'intime. Il paru suspicieux. "Je ne suis pas sûr de comprendre à quoi vous faites allusion par ces choses. Je pensais, au mieux, être pour vous une distraction. J'étais loin d'imaginer pouvoir combler quoi que ce soit." Qui l'aurait pu ? Qui aurait pu songer pouvoir assouvir, même un peu, l'insatisfaction permanente de la créature, la solitude mordante qui l'habitait, la nostalgie brute qui animait chacun de ses pas ? Personne. Et surtout pas quelqu'un comme Keharqta, et pourtant. Wander se senti obligé à nouveau de modérer ses propos, faisant derechef un pas de côté, symbolique, en rétorquant. "Oh, vous me divertissez, je vous rassure. Mais s'il ne s'agissait que de cela, vous n'auriez aucune chance de finir dans mon lit." Le molosse basané fronçait désormais les sourcils. Il s'était encore approché, et fixait avec intensité le cache-oeil qui ornait le visage funeste du médecin. Le creux léger de sa joue trahissait une forme de nervosité, Wander pouvait la sentir. Il se mordait déjà les lèvres en approchant lentement sa main de l'ornement. Il savait qu'il ne devait pas. Il savait que c'était impertinent et dangereusement létal de contrarier le médecin. Il arborait cette expression interdite de l'enfant qui s'apprête à faire quelque chose qu'il n'est pas supposé faire. "Je vous rassure, dans ce cas ?" avait-il demandé, désormais à quelques centimètres à peine du visage morne et impassible du chirurgien. Il ne pouvait pas s'en empêcher, il était impertinent. "Je vous l'ai dit cent fois, il y a en vous une flamme que je ne peux qu'observer avec envie, depuis les limbes déliquescentes de mon esprit." C'était un aveu, et il ne lui plaisait pas d'avoir à le faire, mais c'était aussi une mise en garde. Persuadé que Keharqta n'irait pas au bout de son idée, il n'avait pas bougé d'un iota, et le regardait avec dureté approcher la main de son visage, encore et encore. "Vous êtes intense, sot, impulsif... - cracha-t-il presque avant de soupirer d'un air atone - Vivant, pour deux." Ne le voyant pas s'arrêter il poursuivit. "Je me repais de vos échecs, de votre sort, je me languis de vos pertes et de vos chutes." et un ton plus bas. "Je me nourris de vos rires excentriques, de vos narquoiseries, de vos impertinences, de votre lumière. Je les effleure un peu à travers vous." "Oui, vous me l'avez dit cent fois, mais je vous le redemande, maintenant que vous avez été libéré. Et puis, j'avoue que j'aime vous l'entendre dire." Keharqta caressait déjà du bout de l'index la surface drue du cuir qui recouvrait l’œil gauche du médecin. "Ainsi, je me sens un peu moins inutile." Il souriait, cet arrogant. L'évocation de cette liberté avait ouvert une porte qu'il sembla impossible de refermer. Wander soupira. "Je ne répond plus d'aucun Maître sinon celui que je désigne, il est vrai. Mais rien d'autre n'a changé. Ni le vide, ni l'obscurité, ni la mort, ni la chaire souillée, ni le sang vicié, ni les tourments, ni la solitude." Il planta son œil terne dans celui de Keharqta, tranchant à nouveau avec austérité. "La seule différence, c'est que si je devais vous tuer aujourd'hui, je le ferais parce que j'en ai envie, et non parce que mon Créateur m'en a susurré l'ordre." Keharqta s'était enfin arrêté de bouger. Wander poursuivit. "La nuance peut sembler anecdotique, mais elle ne l'est pas." Il avait tenté par ces mots, dont il pensait chaque syllabe, de rappeler le basané à sa véritable nature, de couper court à toute idée qu'il aurait pu avoir, d'amputer à la racine toute graine erronée qu'il aurait pu planter par mégarde dans l'esprit de Keharqta. Mais il était déjà trop tard. "Je crois, au contraire, que je connais mieux que personne le vrai sens de cette liberté factice, et vous le savez..." Il dénoua d'un geste le filin de cuir souple qui retenait le cache oeil, murmurant. "Vous, vous êtes, indéniablement, irrévocablement...Complètement paradoxal." Wander avait aussitôt détourné le regard, et fixait désormais avec dureté le sol à ses pieds lorsqu'il répondit. "C'est sensé." Il plissa un instant les paupières avant d'ajouter d'un ton monocorde, songeur. "Je suis l'incarnation même du concept de paradoxe. Une créature à la fois morte et vivante, une machine vierge et apathique, pourtant capable de discerner chez l'autre la moindre émotion. Un monstre traquant ses pairs. Un prédateur mortel, qui œuvre à préserver la vie par la médecine. Un animal sauvage, pourtant domestiqué. Une marionnette occulte, dépourvue de fils." Il ne pouvait pas voir l'expression que Keharqta avait eue à ses propos, car il avait détourné les yeux avec hâte. "J'ai beau le savoir, étrangement, ce n'est pas ce que je vois. Vous êtes une Ombre, Wander. Vous me donnez cette impression que donnent ces choses obscures qui, une fois la nuit tombée, rampent au sol et glissent dans votre nuque. Quand vous pensez être seul, mais que vos instincts vous hurlent le contraire. Vous êtes sombre, et froid comme la Mort, Wander. Et vous me faites peur." Wander avait alors baissé sa garde. Il avait peur. Il ne ferait rien de stupide. Il pouvait être audacieux, mais il ne serait pas inconscient. Il s'était fourvoyé. D'un geste impérieux, Keharqta s'empara soudainement du menton effilé de Wander, et le redressa sèchement vers lui en ajoutant, dans un sourire. "Comme la Mort vous m'effrayez, Wander. Et comme la Mort, vous me rassurez." Et son regard barbeau plongea droit dans celui du médecin... ~
  9. À l'aube de ce vingt-sept Éléphant, de nouvelles affiches auront fait leur apparition sporadique sur les façades fleuries de la cité d'Heidel. Certains auront d'ailleurs pu apercevoir les jours précédents un duo de shaïs transportant à travers les ruelles alambiquées de la ville, à dos d'âne, une série de livres et d'objets de sciences. Il s'agit, de toute évidence, des nouveaux propriétaires du quartier de la place.
  10. Chapitre XX : "Insomnie." Il s'était bien souvent, par dépit, ou par circonstances insolites, retrouvé à passer des nuits dans des lieux incongrus. Mais celle-ci était une première en son genre. Au dessus de sa tête, il pouvait observer, d'un oeil distrait, les énormes poutres portantes d'une toiture millénaire. Les illustres ouvrages de bois grinçaient sous les coups répétés de la pluie et du tonnerre qui s'échouaient sur les tuiles usées du bâtiment. Par endroits, un interstice minuscule laissait filtrer un rayon de lune à travers le grenier et dans son halo, un filet de pluie semblait descendre sur un tapis argenté. L'endroit était à la fois ordinairement calme, et intensément bruyant. Cette demi-mesure il la connaissait bien, c'était le reflet du statu quo de son existence toute entière. Le compromis permanent qu'il semblait avoir fini par adopter, entre tout et son contraire. Cette fois ce fut le silence morne d'un grenier, et les complaintes hurlantes d'un vent puissant qui venait faire trembler les fondations vieillissantes de l'Orphelinat. À l'autre bout de la pièce, qui n'en était pas vraiment une plus qu'une sorte de capharnaüm antique, il pouvait discerner par moments succincts, sous les impulsions lumineuses de quelques éclairs violents, les silhouettes de ses collègues allongés. Eux non plus ne dormaient pas, sans doute partageaient-ils ce moment hors du temps, bercé par les plaintes du bois meurtris et des vieilles briques, pour faire quelques bilans silencieux de leurs vies respectives. Il se plaisait à penser qu'il n'était pas seul à jouir de moments d'introspection si intenses dans des circonstances si peu adéquates. Bien que l'idée de se trouver, une fois de plus, du côté des anormaux ne lui déplaisait pas non plus. L'impact mât et régulier de quelques gouttes qui s'échouaient sur la surface moite du plancher rythmaient son souffle atone et blanchâtre et envoyait à travers l'obscurité un minuscule nuage de poussière fantomatique. Sous ses épaules, un monde entier sommeillait désormais, tant d'âmes ingénues, allongées si près, dans leurs dortoirs, côte à côte, les yeux clos. Tant d'esprits purs, encore inviolés par les affres occultes auxquels ils étaient les seuls à faire face. Tant de visages ronds, et d'yeux étoilés, tant de joues cramoisies, tant de fossettes, tant de sourcils arqués par un sommeil profond et plein de rêves. Tant d'aubes, tant de passés encore à construire, tous rassemblés quelques mètres plus bas, sous sa garde. La sienne. Celle de la créature qu'il était. Celle du monstre dont il croisait chaque matin le reflet morne et pâle. Comment, après toutes ses années à haïr le genre humain pour ce qu'il avait fait de lui, s'était-il trouvé là, sous la toiture misérable d'un orphelinat, caché comme un clandestin au milieu des vieux bancs et des meubles déliquescents d'une vie ou deux, à monter la garde sur une quarantaine de ces créatures qu'il avait appris à mépriser ? Il ne pouvait pas dormir, pas parce qu'il lui était impossible de trouver le sommeil dans de si lugubres circonstances, elles lui étaient en réalité plus familières qu'il n'aurait souhaité l'admettre, mais parce qu'à chaque fois qu'il fermait les paupières, cette image revenait hanter son esprit. Elle était là depuis quelques semaines déjà, imprimée sur la surface de sa rétine comme si elle avait été marquée au fer rouge pour le punir, lui rappeler toujours l'impie dévotion à laquelle il s'était abandonné jadis. Son visage impérieux le fixait à chaque fois qu'il sourcillait, son visage ne le quittait plus, ces traits anguleux, ces yeux verts bouteille si intenses et durs, ces lèvres charnues qui ne souriaient jamais, cette voix rocailleuse qui l'avait tourmenté mille fois. Et pourtant, pourtant quelque chose de doux l'accompagnait toujours, quelque chose de si apaisant qu'il semblait pouvoir se laisser partir en paix sitôt qu'il fermait les yeux. Il en éprouvait un dégoût profond pour lui-même, lui qui avait tant lutté pour s'en défaire. Qui avait malgré-lui exposé tant d'esprits si affûtés à la folie misérable de son fort intérieur pour y parvenir et qui, ce soir, comme tous les précédents, ne pouvait s'empêcher de songer à son bourreau avec une forme d'affection si profonde et si douloureuse qu'elle semblait capable de lui faire jaillir les tripes à tout moment. Entre chaque coup de tonnerre, elle venait se glisser sournoisement à son oreille, encore et encore, cette maudite voix, ce maudit murmure, le souvenir damné de cette caresse d'un soir, du revers d'une main glacée qui l'avait fait souffrir autant qu'elle l'avait apprivoisé. ~
  11. ( Par l’extrême-ment talentueux @Ikhlas que je remercie encore pour son soucis du détail et sa patience avec mes requêtes ! )
  12. ~ Nephelée aka "Nuage" ~ ~ Fiche générale ~ Prénom : Nephelée Nom de famille : Inconnu, né sous "X" et rapidement confié à une Matrone d'Heidel. Surnoms : "Nuage", "Béret" Âge : La quinzaine à quelques cycles près. Milieu social : Orphelin, petit peuple d'Heidel. Adresse actuelle : Inconnue pour le manant. Caractère : Doucereux, lunaire, distrait, modérément entêté, affreusement altruiste. Attitude : Relativement éduquée. - Sans doute plus que la majorité des gens de son milieu. Globalement agréable, voire affable si on sait comment l'aborder. Défauts : Beaucoup trop curieux, rapidement déconcentré par des choses triviales, d'une honnêteté parfois tranchante ou maladroite. Qualité : Fidèle, patient, de bonne volonté, vif d'esprit, rusé. Il fait un excellent confident, pour autant qu'il vous soit loyal. Religion : Elioniste - Juste ce qu'il faut pour faire "bien." Particularité : À première vue, aucune ? - Certains s'interrogent toutefois sur le drôle de sobriquet qu'on lui a donné depuis sa plus tendre enfance. Compétences : Coursier rapide, discret et appliqué. Il ne semble jamais avoir outrepassé ses engagements en matière de secret épistolaire. On lui attribue d'autres talents de compagnie agréable ou de fournisseur de bons tuyaux. Il semble trimballer dans son baluchon un lance-pierre et tout indique qu'il sache parfaitement en faire usage. Aspect : La silhouette du jeune homme s'allonge sur un mètre cinquante-six et la légèreté de ses pas trahit une condition svelte et athlétique. Contrairement à la plupart des adolescents de son âge, il ne semble pas encore avoir été défiguré par les affres d'une puberté odieuse. Sa peau lisse au teint hâlé par les journées ensoleillées est constellée d'éphélides que certains s'accordent à trouver fort charmantes et lui confèrent un air parfois chafouin. Si ses vêtements sont généralement issus de factures modestes, il n'en demeure pas moins propre sur lui et semble tenir à prendre soin de ses affaires. On le voit souvent surmonté d'un béret derrière lequel il range de longues mèches de cheveux blonds pâles et ternes en cascades. Humain des plus ordinaires, son regard clair voilé par un passé difficile laisse entrevoir sur son visage rond et lisse une fenêtre grande ouverte sur la vive palette d'émotions et d'expressions dont il est capable. Il aime : Faire plaisir, bricoler dans un vieux chantier naval, rêvasser ou deviser de choses absurdes pour s'évader. Il arrive qu'on le surprenne courir en écartant les bras pour embrasser le vent de front et profiter de l'ivresse portée par son pas rapide et pressé, ou s'arrêter sous une balconnière pour s’imprégner du parfum des fleurs de saisons, ou encore sous un fil de linge fraichement tendu à sécher pour retrouver l'odeur familière du savon noir. Il n'aime pas : Se sentir redevable, il fera toujours en sorte pour rendre ses comptes le plus tôt possible. Il a une aversion toute particulière pour les petites filles, qu'il trouve le plus souvent sottes et capricieuses. - Il attend sans doute qu'on lui prouve qu'il a tors à ce sujet. Signe physique particulier : De petites tâches de soleil ou éphélides sur les pommettes et le sommet du nez. Ses bottes sont usées jusqu'à la moelle. Concept : Garçon à tout faire, bons tuyaux et douce compagnie.
  13. Chapitre XIX : Au cœur des abysses. Peu à peu, l'environnement sembla tournoyer autour du groupe, les couleurs s'alanguissaient et s'étalaient comme des tâches de plus en plus vagues et hasardeuses, dessinant sur le ciel nocturne et embrumé une toile de couleurs entremêlées où les étoiles s'allongeaient en formant des lignes vives et indistinctes. Les hululements alentours et le craquement du bois tout proche où la vie nocturne s'éveillait lentement commencèrent à s'étourdir. L'écho cristallin de la source toute proche s'assourdissait elle aussi insidieusement pour se muer peu à peu en vrombissement ténu et entêtant. Le battement cadencé de la nature s'emballait et dérayait sous leurs yeux, la cime des arbres s'étirait et s'allongeait indéfiniment vers les astres. Tout se mêla, ciel et terre, en un tourbillon homogène de sensations vivaces qui embrumèrent leurs sens et les submergèrent progressivement. Leurs corps s'échappèrent alors, le sol sembla se dérober sous leurs pieds et le vide les attirer à lui dans une chute interminable où le réel et l'illusion s'embrassaient et se confondaient entre eux. Subitement, ils atterrirent sur un sol terne et froid. Sous leurs doigts engourdis, la poussière sombre se déliait et teintait leurs mains d'une pellicule sèche et charbonneuse. L'air leur semblait lourd et chaque inspiration leur provoquait une sensation désagréable de pesanteur nauséeuse. Leurs yeux ne percevaient que des silhouettes hachurées au loin. L'horizon obscur se confondait avec un ciel noir sans étoiles et il s'y trouvait si peu de vie, si peu de couleurs, qu'il leur sembla presque impossible de s'orienter. Tout se ressemblait, tout s'entremêlait, tout n'avait ni forme, ni odeur, ni goût, tout leur semblait singulièrement égal, maussade et insipide. Tout leur rappelait, en fait, la constante monotonie d'une lande morte et déserte, semblable à celle qui qualifiait si souvent le visage du médecin. Dans l'air lourd, pas de vent, il n'y faisait ni chaud, ni froid. Leurs yeux s'habituèrent progressivement à l'obscurité profonde qui les enlaçait ici-bas comme un linceul oppressant, et au loin devant eux se dessinait la silhouette sombre d'une chaine de montagnes aux sommets en dents de scie dont le mont érigé si haut semblait cacher la face diaphane de la lune. Autour d'eux, le vide le plus complet s'étendait à perte de vue, rien à voir, rien à sentir, pas même l'ombre d'une âme, ni celle d'un animal, pas le moindre signe de vie, juste ce noir profond, si profond et si lointain qu'il paraissait s'étirer à l'infini et leur provoquait un vertige puissant dès qu'ils y posaient le regard, la sensation déroutante que s'y aventurer signifiait prendre le risque de s'y perdre à jamais, d'errer pour l'éternité dans le néant le plus complet. Seule cette montagne aux sommets affûtés semblait vouloir poindre à l'horizon, seule cette crête rocheuse où tout semblait inéluctablement converger. Ils avançaient d'un pas lent et prudent, mais résolu, à travers une plaine aride au sol charbonneux. La poussière balayée par l'air inexistant leur faisait plisser les yeux de temps à autres. Depuis combien de temps marchaient-ils désormais ? Ni le ciel, ni la terre confondus ne semblaient enclins à leur donner la moindre notion de temps et d'espace. Plus ils avançaient, plus ils avaient le sentiment désagréable que le mont qui s'allongeait à l'horizon s'éloignait d'eux, fuyant au large à chacun de leurs pas. Sous leurs pieds, peu à peu, le sol terne et sec commençait à s'adoucir, leurs orteils semblaient s'enfoncer progressivement dans une surface plus malléable où l'empreinte de leur passage les suivait désormais en petits sillons boueux et humides... Soudain, un clapotis étrange les surpris et les figèrent sur place. Le chef de file avait tendu un bras inquisiteur pour faire stopper sa suite. Leurs pieds s'enfonçaient lentement jusqu'aux chevilles dans une fange épaisse et goudronneuse. Autour d'eux, le sol s'étirait et s'affaissait sous leurs regards impuissants pour se muer en marécage suintant et opaque. Les rares buissons épineux qui parcouraient la lande se muaient en arbrisseaux tortueux et secs qui plongeaient la tête vers les flaques de fange qui les entouraient. La boue leur remontait désormais jusqu'aux genoux, gluante, et une odeur nauséabonde de mort leur remontait le long des jambes comme un serpent méphitique, leur brulant les yeux et le nez à mesure qu'il s’immisçait sous leurs vêtements. Au loin, leur unique point de repère, immuable, la montagne dressée à l'horizon, sembla s'élever peu à peu vers le ciel. À moins que ce ne soit, en réalité, eux, qui s'enfonçaient dans le sol ? Leurs membres ensevelis se débattaient désormais dans une mélasse qui leur trempait jusqu'à la moelle, comme le froid vous étreint et vous mord sans demi-mesure, grimpant inlassablement jusqu'à leurs nuques pour y déposer une bise glaciale et humide. Dans une complainte sordide, un gargouillis nauséabond, des tentacules d'un noir de jais à l'aspect aussi lisse que visqueux s'étirèrent et ondulèrent hors des eaux troubles et cherchèrent à les emporter avec elles dans les profondeurs insondables de leurs abysses. Le frétillement frénétique leur rappelait malgré eux le mouvement sinueux, semblable à un nid de serpent, qui s'opérait sous la peau d'albâtre du médecin en certaines circonstances bien spéciales. - - - Enfin tirés de la bourbe obsidienne, ils tombèrent nez à nez, sans l'ombre d'une transition logique, car ici rien ne semblait l'être, face à l'orée d'une forêt d'arbre nus et tortueux dont les cimes entrelacées se mêlaient les unes aux autres pour former un tapis serré duquel ne s'échappait plus la moindre lumière, plus le moindre espoir. Le terreau humide de la lande avait laissé place à un rideau de feuilles mortes, de ronces et d'épines acérées à travers lesquelles un sentier serpentait et s'enfonçait comme un ruisseau vers la pénombre formée par la dense forêt qui l'entourait. D'entre les troncs tortueux et penchés comme autant de vieillards, depuis l'obscurité insondable, ils se sentirent peu à peu observés. Sur leurs épaules se mit à peser une dérangeante sensation d'être suivis, décortiqués, inspectés par des javelots impérieux qui leur traversaient les entrailles en ne leur laissant pas la moindre intimité, fendant à travers l'essence la plus précieuse de leurs âmes et l'ouvrant en deux comme une vulgaire coquille d’œuf pour en observer le contenu. Ils eurent cette impression persistante que leurs pensées étaient épiées, que leurs choix ne leur appartenaient plus vraiment, que leurs faits et gestes étaient mués par une série de filins imperceptibles qui les tiraient d'un côté et de l'autre sans aucune cohérence, contre leur volonté. Une paire d'yeux inquisiteurs s'anima d'une lueur blanchâtre et laiteuse au loin, derrière un fourré, puis une seconde apparu un instant plus tard, toutes fixant le groupe de visiteurs armés d'iris sévères et glacés. De ces milliers d'yeux figés et furieux s'éleva alors un puissant tambour, battant avec ardeur à travers la forêt comme un appel dont l'écho remontait et ricochait d'arbre en arbre jusqu'à échouer contre la falaise rocheuse du mont qui surplombait la forêt. Au dessus de leurs têtes, un morceau de coupole lumineuse semblait toujours chercher à poindre de derrière la montagne, donnant l'impression d'être retenu par sa silhouette imposante, incapable de les bercer de sa douce lumière, incapable de veiller sur sa lande infertile, incapable de guider le groupe à travers l'obscurité. La lune assistait impuissante à l'emprisonnement de leurs âmes, à la réduction au néant de leur libre arbitre, à la déliquescence de leurs pensées. Il leur devenait difficile de considérer les choses, quelles qu'elles soient, d'un point de vue personnel, tout semblait leur hurler subitement de faire ceci ou cela, parfois l'inverse, sans queue ni tête, ils se sentaient ballottés entre des volontés contraires, à en perdre la raison, et plus les secondes s'écoulaient, plus l'urgence de fuir leur serrait les entrailles ! De toutes les directions, de nouvelles paires d'yeux s'illuminaient les unes après les autres, tapissant le fond obscur de la forêt de milliers de regards glacés et nimbés de mépris. Les silhouettes qui leurs faisaient désormais face s'étendaient en long comme de sinistres oiseaux et les surplombaient avec hostilité de toute leur hauteur. Leurs yeux tantôt blanchâtres et vides, tantôt d'un vert bouteille sévère, les fixaient avec une violence sourde et une folie latente, celle de prédateurs. Et de toutes ces paires d'yeux s’élevaient un concert de voix identiques, rauques et profondes, rocailleuse comme celle de l'illustre Raffaelle di Oscuro Contea, et leur intimait avec force et dédain. "Comme je suis sport, je vous laisse quelques secondes d'avance. Je vous suggère de les mettre à profit." Une rangée de pointes argentées fendirent alors les fourrés pour se tourner comme une armée d'un seul homme vers le groupe, une centaine de javelots affûtés prêts à fendre l'air dans leur direction. Leurs tripes leur hurlèrent sans préavis de fuir, et leur instinct leur dicta de foncer à travers la forêt, d'avancer toujours vers cet Astre qui peinait à poindre dans le ciel. Ils étaient des proies, et ils devaient courir, de toutes leurs forces, de tout leur saoul, pour sauver leurs vies. Alors qu'ils courraient à tue-tête à travers les interminables tapis de racines et d'arbres centenaires aux corps voûtés comme de vieux gens aux doigts crochus, fendant si bien ronces que buissons épineux, la nature toute entière semblait s'être accordée à les retenir dans ses filets ou, à défaut, à leur infliger le plus de peine possible à y évoluer en paix. Leurs mollets frappés cent fois par les ronces, leurs visages fouettés mille fois par les broussailles provoquaient des douleurs lancinantes comme si ils avaient traversé sans le savoir, un nid de lames de rasoir entremêlées. Les racines vicieuses essayaient de leur emmêler les pieds en pleine course, tout semblait inéluctablement jouer contre eux, des entrailles de la terre aux plus hautes cimes des arbres. Tout, sauf la faible lueur diaphane qui peinait toujours à s'extirper de son caveau rocheux... - - - Après une course entêtante, leurs cœurs frappaient encore dans leurs poitrines au même rythme que les tambours qui les avaient suivis à travers les fourrés. Derrière eux, la forêt sembla se refermer subitement sur elle-même comme une imposante et impénétrable double porte, avalant avec elle les ombres prédatrices de centaines de créatures armées jusqu'aux becs. Le silence retomba sur eux comme un épais couvercle. Ils avaient abouti dans une clairière au milieu de laquelle un chalet abandonné soufflait quelques échos torturés du vent, déformés par les planches usées de bois pour s'échouer comme des soupirs fantomatiques. Une faible lueur attirait leur regard, au milieu de cette pénombre sans queue ni tête, une lueur dont la couleur leur semblait familière, presque amicale. D'un bleu céruléen profond et paisible, d'une aura noble et fougueuse, une sensation d'espoir infime mais salvatrice vint alors leur embaumer le ventre et le cœur. Alors qu'ils approchaient de la vieille masure branlante d'un pas précautionneux, un majestueux loup à plumes, à l'aspect spectral et brumeux, s'esquiva avec lenteur des entrailles noires de la maison et s'avança vers eux avec mesure en tirant derrière lui une lourde chaîne au tintement glacial qui semblait remonter derrière lui, jusqu'au cabanon. Il les regardait avec la quiétude et la sagesse d'un être millénaire, comme s'il savait à qui il avait affaire, et ce qu'ils étaient venus faire là. Sa condition pourtant, prisonnière et asservie, avait rendu son pelage de plumes ternes, et son regard voilé d'un sillon nuageux, presque alangui, résigné par le temps. Une fois à leur hauteur, l'animal totémique se faufila entre leurs jambes sanguinolentes et y déposa une sensation chaleureuse et réconfortante, pansant leurs plaies d'une caresse tiède comme une brise d'été. Il leva ensuite d'un mouvement résolu son long museau lupin vers la crête la plus haute de la montagne, semblant à son tour, leur indiquer la voie. Là-haut, leur regard se posa alors sur la silhouette imposante d'un oiseau sinistre qui y déployait ses ailes gigantesques, couvrant la lueur naissante de la lune et étouffant avec elle tout espoir et toute volonté. La bête hideuse semblait dévorer la lumière comme un gouffre sans fin derrière un rideau de plumes sombres aux reflets argentés, semblable à celui de lames aiguisées. Sous ses serres crochues et prédatrices, quelque chose semblait retenu prisonnier. Une silhouette d'homme, pâle et laiteuse, à l'aspect fragile gisait là, au milieu d'un nid de paille, entouré de centaines de sphères lumineuses aux couleurs entêtantes où des ombres semblaient se mouvoir avec lenteur. L'homme semblait amoindri, plongé dans un sommeil profond, et son visage placide reposait au milieu d'une forêt de cheveux sombres, contre les débris de porcelaine d'un curieux masque brisé, l'expression fendue au milieu comme un sordide vestige. Dans la direction indiquée par l'esprit loup, un sentier rocailleux s'élevait entre les flancs rocheux de la montagne et s’érigeait en ondulant le long des falaises en tournants serrés. D'ici, la route leur apparaissait dégagée et pourtant, ils avaient tous la sensation que leurs efforts n'étaient pas terminés, et qu'à peine après avoir échappé aux profondeurs noirâtres de la corruption, à l'ire et aux flèches d'argent de ces prédateurs à plume mystérieux, il leur faudrait encore gravir cet interminable chemin de pierre sans avoir la moindre idée de l'endroit où il les mènerait, ni de quel genre de piège y avait été caché à leur intention. Après la caresse chaleureuse de l'animal, ils avaient toutefois l'impression d'avoir retrouvé assez de ressources pour affronter n'importe quel obstacle qui se dresserait devant eux. Le loup leur avait transmis, dans cette caresse bienveillante, toute sa fougue et sa rage de vivre, celle d'exister, celle de pouvoir hurler à nouveau au clair de lune, et celle de fendre comme jadis les landes de son esprit en toute liberté. Ils abordèrent l'ascension armés d'un regain de force et de conviction, et quelque chose leur disait qu'ils en auraient grand besoin. - - - Alors qu'ils marchaient depuis plusieurs heures déjà, le temps s'étirant et se raccourcissant sous leurs yeux impuissants comme un accordéon aux notes discordantes et glissé entre les mains d'un esprit tordu, une douleur naquît à l'orée de leurs crânes et s'étendit peu à peu à travers leurs corps comme si un éclair s'était insinué par le sommet de leurs têtes et brulait désormais leur échine en redescendant le long de leur dos, foudroyant au passage leurs muscles et leurs chairs tendues en suivant un chemin brusque et fatal vers le sol. La secousse violente leur retourna littéralement les entrailles, tous churent sous leur propre poids, et elle fut rapidement accompagnée par la vision furtive d'un chevalet de torture. À chaque fois que leurs paupières se fermaient sous la douleur d'un nouvel éclair, la vision d'une pièce sombre, au sommet d'une tour de pierre, leur apparaissait, de plus en plus claire, de plus en plus précise et détaillée. De l'obscurité s'élevaient des reflets de verreries ondulantes où semblaient frémir quelques ébullitions méphitiques à l'aspect vicieux. Dans leurs narines remontaient déjà des vapeurs âcres et brûlantes de pierre noire qui émanaient d'alambics organisés autour d'eux. Du coin de l’œil, ils apercevaient au milieu de ce qui avait tout d'un laboratoire expérimental digne des pires récits horrifiques, une table d'opération en marbre noir à l'aspect aussi lisse que glacial sur lequel ils se trouvèrent solidement attachés. Des contentions de fer glacé enroulés autour des chevilles et des poignets, et un lustre orné de piques semblables à des stalactites leur pendant au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès particulièrement sordide. Un nouvel éclair de douleur leur pourfendit le corps d'un bout à l'autre, mais cette fois, la nature de cette secousse leur paru plus précise, quelque chose s'insinuait en eux depuis le bras et tandis qu'ils tournaient la tête avec horreur, ils découvrirent tous leurs manches roulées et une épaisse aiguille creuse enfoncée à même leur chair, reliée à un boyau souple où un liquide sombre s'écoulait avec la lenteur vicieuse d'un poison mortel sous l'impulsion d'une machinerie rutilante. Les pompes crachaient des bourrasques de fumée opaque dans un brouhaha assourdissant. Leurs veines tremblaient sous leur peau, et à chaque fois qu'un centilitre de cette solution atroce s'invitait dans leur organisme, la sensation de brûlure s'intensifiait. Ils avaient le sentiment que leur sang, leur corps tout entier, était en train de bouillir, et que leurs entrailles elles-mêmes se consumaient à l'intérieur de leur ventre comme des tisons ardents. La douleur était si insupportable qu'à chaque fois qu'ils hurlaient, ils avaient l'impression de laisser échapper avec leurs cris de détresse atroce tous leurs souvenirs de bonheur et de réconfort. Toutes les images chatoyantes qui jadis les réconfortaient, tous les visages familiers de leurs proches disparaissaient un à un sous leurs yeux impuissants et horrifiés. Dans un éclair de clarté, certains comprirent alors, plus rapidement que d'autres, que plus ils luttaient contre la douleur, plus leurs souvenirs leur échappaient, et plus l'image de leurs proches s’obscurcissait et se troublait. Plus ils luttaient, plus leur passé semblait leur filer entre les doigts comme une poignée de sable fin. C'est lorsqu'ils cessèrent enfin, tour à tour, de lutter, et qu'ils acceptèrent avec résilience d'embrasser cette douleur immonde, qu'ils parvinrent à revenir à eux-même, et atterrirent sur un sol rocailleux, au sommet de la montagne, le corps parcouru de soubresauts violents, et les poils hérissés d'horreur. - - - Ils étaient là, épuisés, à genoux face à un gigantesque nid, face à cet animal impérieux et menaçant qui dardait déjà sur eux un regard hostile et nimbé d'une violence fourbe et cinglante. Ils avaient atteint le sommet de la montagne, ils touchaient au but de leur introspection douloureuse, et si leurs corps brulaient encore à l'intérieur, ils avaient la sensation qu'une fois admise et acceptée, la souffrance était plus raisonnable, et faisait désormais partie d'eux comme le reste de cet univers surréaliste. Chaque inspiration portait avec elle un nouvel élan de résignation, et d'abandon, mais tous savaient qu'il n'était pas encore temps de baisser les bras, et que le plus dur restait à faire. Délivrer la chimère de son Maître... - - -
  14. Diantre, à moi la lourde tâche de baptiser ce topic. Tout d'abord, et il me semble que c'est absolument essentiel, je tiens à remercier personnellement toutes les personnes qui gèrent ce forum, ouvertement, ou dans l'ombre. J'en parcours le contenu depuis plus de deux ans maintenant et Désert Noir a été un outil efficace et une plateforme propice à l'expression de moments d'inspiration intense et parfois aussi de désarroi profond. J'ose à peine imaginer la quantité de travail et d'investissement humain, temporel, et financier que représente la gestion d'une telle machine, brassant le passage de nouveaux joueurs en permanence, et ayant survécu aux nombreux remous relationnels qui accompagnent toute entreprise communautaire de cette ampleur. Je vous tire donc mon chapeau, à tous, et vous livre ma reconnaissance éternelle. ( Enfin, je ne suis pas éternel, mais l'intention y est. ) Ensuite, il me parait vital pour la survie du Roleplay sur Black Desert Online d'avoir un support communautaire, j'encourage donc vi-gou-reu-se-ment les joueurs qui me liront à considérer l'offre de reprise du domaine. Dans l'état actuel des choses il me serait parfaitement impossible de prendre à ma charge de telles responsabilités, mais je serais ravi de soutenir le ou les héritiers du forum dans la mesure du possible. Je rappelle qu'il est toujours envisageable, à défaut d'une unique bourse pour financer le forum, de lancer une plateforme de participation, où chacun pourrait contribuer à la survie du forum, et plus encore, à son développement futur. En outre, la mention d'un projet annexe m'interloque, et je serais curieux d'en entendre parler, s'il est possible à qui de droit de m'informer via Message privé ce serait bien aimable ! J'espère sincèrement pouvoir profiter encore des nombreux - inteeeeerminables récits que j'ai posté sur ce forum, pendant quelques fructueuses années de Rp. Et pouvoir y parcourir aussi les inspirations de celles et ceux qui rédigent régulièrement sur cette plateforme. ( Car oui, il y a de magnifiques trouvailles littéraires dans les limbes de ce forum, et je vous prie de croire que certains talents d'écriture y sont cachés et ne méritent pas de disparaître ! ) En vous remerciant encore chaleureusement, administrateurs, modérateurs et autres sbires du Forum, pour ces belles années passées, et les prochaines. Wander.