Shah

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À propos de Shah

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    Super Kehnard
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Informations RP

  • Personnage principal
    Keharqta
  • Personnage secondaire
    Shahryan ~ Ilioza

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  1. Comme la journée commençait à décliner sur les abords de Tarif, le ciel se drapait des teintes rougeoyantes d'un soleil couchant magnifique. Il répandait sur les terres arides de l'Est la couverture épaisse, lourde, des dernières chaleurs avant de laisser place à la nuit sous le signe d'une bourrasque qui fit voler quelques feuillets en passant par la fenêtre entrouverte. Laissés là sur le plan de travail, il se dispersèrent un peu plus loin sur le sol tandis que l'homme qui travaillait non loin s'évertuait à tracer quelques traits à l'aide d'un fusain. Le bruit du papier qui heurte le sol ainsi que du battant tapant contre le mur le tira de sa concentration et c'est sans empressement qu'il mis fin à ses travaux pour aller ramasser les feuillets, les reposer et fermer la fenêtre. Avant de tirer les rideaux, son regard prit un temps pour observer au-dehors de l'habitation alors que le jour déclinait. Il faisait nuit. Combien de temps s'était-il écoulé alors depuis la dernière fois qu'il avait constaté l'avancée de la journée ? Il semblait à présent qu'un creux immense séparait Tarif et Calphéon, tant dans l'espace que dans le temps et pourtant il aurait pu répondre en l'instant qu'une seconde à peine était passée. Debout devant la fenêtre, bien différente de celle qu'il avait chez lui à Tarif, la silhouette massive du Molosse était tournée vers l'extérieur pour observer la vie qui se déroulait durant la nuit. Les rues étaient calmes, à peine brisées dans leur silence par le vent qui annonçait le début de l'automne. Il y avait quelque chose de rassurant pour lui de revenir ici, dans ces lieux où jadis il avait vécu comme un prince. Quoi qu'il y eut aussi quelques passages à tabac par-ci, par-là, c'était de bons souvenirs. Une époque d'insouciance qu'aujourd'hui il ne pouvait plus se permettre. Mais ce n'était pas pour cela qu'il venait. Le 2 de ce mois de la Clé, serait le jour de la naissance de sa fille. Et comme promis — comme il se l'était promis — il était là. 11h48. Il tourna la tête sur le côté afin de chercher du regard le cadran d'une petite horloge posée sur une commode. D'ici peu, dans quelques minutes seulement, elle aurait un an. Son corps, doucement, se balançait d'un côté puis de l'autre, tenant contre lui le corps de sa fille endormie. Alanguie sur le dos, légèrement penchée vers son buste à l'aide de ses mains, ses petits bras repliés contre elle laissaient dépasser de sa couverture ses doigts minuscules. Elle avait le nez légèrement bouché. Et lui, commençait à sentir ses jambes s'engourdir. Lentement, il se détacha de la fenêtre pour se balader dans la chambre, contemplant le visage d'Elyssa grâce à quelques rayons lunaires qui parvenaient à filtrer de par les rideaux ouverts. C'était un moment de calme et de sérénité qu'il s'accordait dans sa longue retraite vers l'Est, revenu ici à l'abri des regards pour être là pour Elle. Il constatait les changements. Le corps de la petite qui grandissait à vue d'œil ; ses cheveux qui poussaient tout autant et prenaient une teinte brune encore quelque peu en bataille ; son nez encore en trompette typique des enfants de cet âge ; et son poids entre ses mains quand il la portait contre lui. Ses gazouillis aussi avaient changés, devenus légèrement plus assumés et graves que les précédents — quoi que "graves" n'était certes pas le terme adéquat pour une petite fille d'un an à peine. Et quand elle ouvrait les paupières, elle avait les yeux de sa mère... Il savait déjà ce qui se passerait, sans doute. Le lendemain, il passerait du temps avec Elyssa, jouerait avec elle... Il serait là pour fêter dignement cette année passée et qui achevait ici un cycle particulier pour lui. Tenir contre lui ce petit être n'avait rien de nouveau à ses yeux mais sentir à nouveau cette douce sensation protectrice émaner de lui, la force qui lui permettrait d'affronter tous les monstres à venir pour sa fille, tout cela formait en son sein le bonheur qu'il n'avait plus atteint depuis bien des mois. 00h00. Minuit était enfin arrivé. Quand il tourna la tête pour la seconde fois afin de constater l'heure qu'il était, le temps sembla se figer durant une fraction de seconde pour lui permettre de réaliser qu'il y avait un an, jour pour jour, que cette petite chose endormie était venue au monde. Il y avait un an qu'elle était sortie de son cocon de chair pour lui parvenir, pleurer entre les bras de la première personne l'ayant vu apparaître. Il se rappelait de tout. De son premier cri, pathétique mais adorable, ce premier son jaillissant du corps fragile d'un enfant qui sent pour la première fois l'air sur sa peau et le toucher rugueux des mains qui l'agrippent. Il se souvenait de son visage humide qu'ils avaient nettoyé par la suite, des gestes qu'elle avait fait, petit être aux mouvements saccadés et hésitants... et du bonheur qu'il avait ressenti à la poser contre le sein de sa mère pour les regarder. Il avait une image très nette de cet instant. Ce moment précis où il avait cru que tout irait pour le mieux. A présent, les choses étaient bien différentes de ce qu'il avait envisagé... mais elles allaient bien. C'était le plus important. Alors il chérissait d'autant plus ce souvenir d'elles. Cette étreinte d'une mère à son enfant. L'amour entre sa femme et leur fille. Une image si forte qu'elle avait perduré tout ce temps, intacte comme aux premières heures, comme si le Temps n'avait pas bougé depuis. La petite ouvrit lentement les yeux alors qu'il poursuivait sa marche dans la chambre en silence. Le grincement léger d'une latte du plancher en fut la cause, à n'en point douter. Encore groggy, le regard dans le vague, elle leva les yeux vers le visage de son père pour l'observer durant un long moment. A cet échange muet, le basané lui rendit son attention pour partager avec elle ce semblant de conversation alors que d'une main il vint caresser la surface lisse du front de l'enfant. Embêtée par ce geste, elle fronça les sourcils sans se manifester plus que cela cependant, pinçant à peine les lèvres dans une petite moue boudeuse. Cela l'amusa, tant et si bien qu'il étira ses lèvres dans un léger sourire attendri. Et ce rictus, simple et doux, capta l'attention de son enfant qui figea ses orbes claires sur les lèvres de son père. A nouveau, une attente interminable tandis qu'elle analysait ce changement qui s'était opéré sur le faciès de cet homme immense plongé dans le noir. C'est alors qu'il survint. Un sourire large qui fendit la bouche de la petite avant qu'un rire ne suive, encore court mais certain de lui, insouciant et incontrôlé. Keharqta tira les rideaux de sa demeure pour se soustraire aux regards indiscrets. Depuis l'extérieur, l'on ne verrait plus de lui qu'une silhouette au travers des tentures pourpres où se jetait la lumière des candélabres. Les feuillets sagement rangés à leur place ne bougeraient plus d'un pouce à présent, aussi il retourna à la confection de son dessin pour lequel il avait sorti fusain et compas ainsi qu'un livre où s'inscrivaient des cercles composés de runes tracés à la main avec de l'encre. Des annotations étaient présentes en coin de page, gribouillées à l'arrache pour certaines, raturées pour d'autres. Le temps d'un coup d'œil sur son travail et il compris qu'il n'avait plus la tête à ça. Pour le moment. Alors, il se détourna de son bureau et préféra lentement arpenter sa demeure pour songer en silence. Au loin à l'Ouest, sa fille était couchée sans doute à cette heure. Elle ne se rappellerait pas avoir passé une journée avec son père la veille. Il lui avait laissé comme cadeau, dans une petite boîte en bois sculpté, un collier qu'elle porterait plus tard, il l'espérait et qu'il avait confectionné pour elle. Une chaine aux teintes cuivrées au bout de laquelle pendait une perle d'ambre.
  2. Toujours aussi beau, Ikhlas. Je ne me lasse pas de tes dessins. J'espère que tu continueras de nous surprendre avec la progression de ton trait. Tu continues de prendre des commandes...?
  3. Une querelle aurait — "encore", comme dirait certains — éclaté sur la place d'Heidel dans la soirée du 4 du mois du Gobelin. L'on dit, de la part de quelques témoins, qu'un homme affublé de son chapeau haut-de-forme et d'une canne se serait rapproché d'un groupe de personne pour entamer la conversation. Le dit groupe, composé d'une jeune femme rousse, d'un homme armuré, d'une jeune adolescente et d'un basané, aurait alors répondu au nouveau venu et la discussion se serait fait sentir plus houleuse. Une joute verbale s'en serait suivi, au grand désarrois des villageois voyant leur quiétude ébranlée, devenant de plus en plus fleurie, obligeant la petite adolescente à rejoindre le confort du Relais, jusqu'à ce que quelques coups ne pleuvent, demandant l'intervention de trois premiers gardes bientôt rejoints par le Sergent Abberlin et ses hommes. Tout le petit groupe, en plus d'une nouvelle témoin restée légèrement en retrait, aurait été finalement emmené jusqu'à la caserne où chacun serait resté jusqu'à tard. Cependant, personne n'aurait vu le basané et l'homme au chapeau haut-de-forme sortir, les deux ayant été enfermés dans les cellules de la caserne... Durant la nuit, les habitants les plus proches de la caserne auront entendu en enchainement de chants insupportables depuis les geôles. Un des détenus aurait décidé de pousser la chansonnette à grands coups de paroles graveleuses, tantôt dans le langage courant, tantôt avec un accent à couper au couteau, entrecoupé par le choc d'un objet contre du fer pour crier, selon le voisinage : "... MAIS TU VAS FERMER TA GUEULE, LE VALENCIEN!!!???"
  4. Bienvenue, @natsucoo. Mais ici c'est la fiche de présentation de Asclepion. Il te faut refaire une présentation sur une nouvelle page qui te sera dédiée. Et bienvenue à toi aussi, Asclepion! En espérant que tu trouves ton bonheur ici comme IG !
  5. Je vous en prie ♥
  6. Toujours aussi beau, Neron! Continue de nous offrir ces jolies choses, on ne s'en lasse pas! A quand les commissions, hein?
  7. Dans la ville d'Heidel, à l'aube de ce premier du mois de la Pierre de Sceau, naît la rumeur d'une altercation ayant commencé apparemment sur la place à la fontaine durant la nuit. Un homme, que l'on décrit comme noir et grand, aurait interpellé une jeune fille dans les ruelles en hurlant avant de la suivre jusqu'à la taverne du Crapaud Doré. Peu de vrais témoins, beaucoup de on-dit, chacun y allant de son petit commentaire pour agrémenter leur version des faits. Certains diront qu'il s'agissait d'une agression de la part d'un homme ivre réclamant l'attention d'une jolie rouquine : « Ces Valenciens... Toujours à vouloir fourrer tout c'qui bouge. Avec leurs coutumes de sauvages et leurs mœurs légères, pas étonnant qu'on ne puisse plus sortir sans se faire agresser ! — Mais tellement, Jeanine ! Ça traverse le désert pour courir après leurs fantasmes et comme ça branle rien ça passe son temps à boire en taverne. Puis ça vient agresser de pauvres innocentes... j'espère que cette jeune fille va bien... » D'autres parleront d'une querelle d'amoureux, et l'on ira même jusqu'à dire que l'homme en question réclamait son enfant qu'on lui aurait enlevé : « Je te jure ! Un Valencien revenu du désert, paraît-il ! Il venait réclamer le droit de garde de sa fille, je crois. C'est tellement romantique... — Romantique...? Dramatique, oui ! Qui serait assez horrible pour retirer son enfant à un père ? — Peut-être une mère qui veut protéger son enfant...? Réfléchie, allons ! — Ah, parce que tu trouves qu'un homme qui traverse le désert pour récupérer sa fille, c'est un mauvais père ? » Quoi qu'il en soit, l'homme de basane aurait suivit la jeune femme jusqu'au Crapaud Doré, accompagné d'un mercenaire ou un soldat selon les versions. Il aurait alors crié à son encontre, pour certains ses droits, pour d'autres des menaces, si bien qu'une fois devant les portes de la taverne, l'on aurait empêché le forcené de rentrer. L'on dit même qu'on l'aurait reconduit chez lui, trop ivre peut-être qu'il devait être pour y parvenir seul. Des hommes en faction devant l'établissement aurait reçu potentiellement l'ordre de s'occuper de lui. C'est au petit matin cependant que le corps d'un homme correspondant à la même description aurait été retrouvé dans une ruelle égarée. Un habitant se levant tôt pour aller au champ serait tombé sur l'évanoui non loin de sa porte alors que son chien aboyait pour signaler quelque chose d'anormal. Étendu sur le ventre, la peau marqué par des coups puissants laissant diverses marques, bleus, éraflures, saignements, ce basané aurait été dans un bien mauvais état. Sûrement le résultat d'une vendetta lambda, querelle de soulards. Ou bien règlement de compte plus sournois. Le fermier aurait alors porté le malheureux jusqu'au dispensaire avant de poursuivre sa petite vie.
  8. Je profite de ces temps d'accalmie pour dire un grand merci à @Ikhlas pour cette commande (qui date un peu à présent, je le reconnais...) mais qui a su capter l'esprit de ce perso que j'incarne depuis plusieurs années, inlassablement. Je reste un fan de son travail et ne manquerai pas d'en demander d'autres à l'avenir! Et je dis également un grand merci à @Nobuyari pour ce dessin, gracieusement offert en totale surprise aujourd'hui et qui a su, quant à elle, saisir tout l'aspect putassier qui se dégage de ce basané insupportable! Un cadeau pour fêter mes 30 ans qui me va droit au cœur, symbole sans doute de futures commandes de ma part!
  9. Dulcia Le temps nous aura permis de contempler la ligne de vie qui fut la nôtre. Et dans ce long tracé qui s'étire sur un espace aussi incertain, il n'y aura eu de la place que pour l'infini. La passion qui nous a poussé pour la toute première fois l'un vers l'autre, cette folie qui nous égare et qui parfois nous déracine de nos conforts respectifs, n'ont eu de cesse de nous apprendre à ouvrir les yeux durant nos jeunes années afin de pouvoir mieux nous contempler. C'est là, dans la pénombre d'un souvenir encore frais, que demeure le cocon d'un détail passé. Une robe verte surmontée d'ambre en cascade et qui apporta d'ores et déjà le parfum qu'on lui connait si bien. Et c'est là, devant la noirceur d'un gouffre qui ouvrait grand sa gueule aux dents brumeuses, que commença la chute dont nous pouvons être fiers. Elle fut tout aussi lente qu'impressionnante, chemin droit et direct vers les Enfers que nous avons traversé ensemble. D'abord timidement, du bout des doigts devant l'inconnu qui s'ouvrait à nous. Puis entièrement, pour s'y offrir pleinement. Et je n'en regrette rien. Si je devais le refaire et recommencer cette vie, je chuterais encore de la même manière à m'en damner tant que ce serait à tes côtés. Si j'eus peur par moment, jamais ce n'était pour ma vie. Bien des regards se sont tournés sur nous lors de ce saut que nous avons fait, mais au mieux n'auront-ils réussi qu'à brûler quelques fibres de nos habits en voulant nous entraver. Peu m'importe puisque dans le vide nos vêtements ne furent jamais utiles. Mais voilà que nous sautons ; et ils demeurent là à aboyer vainement depuis le rebord du précipice. Qu'il est doux de compter sur cette bordure salvatrice, seule assurance face au déclin que nous n'avons jamais craint. Il est de ces êtres sur terre, ici comme ailleurs, qui d'un regard comprennent que plus rien n'est impossible et qu'il suffit d'un souffle pour en repousser les limites. Et de souffles, nous en avons usé. Nous avons crié ; nous avons hurlé ; comme nous avons chanté. Nous avons soupiré la langueur de nos passions sans l'entrave de cette pudeur qui retient la morale. Dans cette chute où nous nous écroulons tous les deux, résonne encore l'écho de nos voix hurlantes dans la nuit qui se referme sur nous. Que nous avons crié, Dulcia ! Dans le tourment d'une vie comme dans les remous ombragés qui ont tenté de nous noyer. J'ai craint l'abandon si souvent dans ma vision étriquée de ce que fut ce mot que je n'ai pas réalisé qu'il en existait un autre sens bien plus intense et d'une plus belle finalité. Nous nous sommes abandonnés, Dulcia. L'un à l'autre. Nous nous sommes abandonnés à l'obscurité du monde et à l'inconnu de ce grand plongeon sans craindre la gravité, pourvu que ce fut ensemble. Alors, fracassons-nous ! Puisque c'est ainsi que finissent les amants heureux, cela changera des bûchers ! Le seul qui nous attend est celui qui, en bas, promet de sublimer ce que nous sommes. Car, vois, Dulcia ! Nous ne sombrons pas dans les abysses comme l'on se noie au fond d'un océan, là où toute lumière disparaît. Nous avons déjà rencontré le sol et nos corps s'y sont fracassés d'une si grande insolence que les mers, un jour, se sont scindées. Nous ne sombrons plus, Dulcia. Voilà que nous nous envolons et par-delà le voile qui limite notre monde nous filons à la vitesse des étoiles pour nous rapprocher du Soleil. Nous n'avons pas encore fini cette course, d'autres sont encore à prévoir. Alors ouvre les yeux, Dulcia. Ne regarde que moi si la peur t'envahit. Mes mains ne te lâcheront pas et ma voix continuera de t'apaiser quand viendra le doute, s'il doit revenir s'installer. Je te dirai alors de ne rien craindre des brûlures. Elles marquent le corps mais illuminent l'âme par l'expérience du mal qu'elles ont provoquée. Alors brûlons puisque nous sommes des êtres de passion, et que la Passion elle-même consume jusqu'à la moelle. J'affirme à mon tour qu'aucun autre n'aurait su se jeter dans l'abîme à tes côtés et qu'aucun autre ne le fera jamais puisque je demeure et résiste là où mon rival se fracasse. Ils ont tenté, bien sûr. Certains ont chu dans la folie passagère qui les avait pris, mais à l'approche funèbre de ce sol infernal, tout en bas, la peur les a surpris et voulant se débattre pour remonter à la surface, leurs corps se sont écrasés sur la roche en fusion. Ils ont lâché ta main comme ils ont lâché la mienne, trop soucieux qu'ils furent de se brûler les ailes. Nous avons sauté, nous, en sachant que, puisque seulement humains, nous n'en avions point. Nous n'en avions point besoin. Et de même qu'aucun autre n'apportera jamais cette intensité que je t'ai donné, aucune autre ne saurait me donner ce que tu as su offrir à mes côtés. Ne pleure pas, Dulcia. Ne pleure pas que si peu d'hommes furent comme moi. Mais au contraire sois heureuse d'avoir eu la chance d'en connaître un. D'autres cherchent ce bonheur toute leur existence durant sans jamais le rencontrer et nous l'avons eu, dans une même vie, de nous trouver. Vois pourquoi, du premier jour jusqu'à ce que la nuit se referme sur nous, je n'ai cessé de te regarder, toi. Il y aura d'autres corps, d'autres âmes à serrer si fort, oui. Mais pas dans cette vie. Dans celle-là, soyons ceux qui par la chute embrasent les cieux dans un chaos assourdissant. Je vivrai, Dulcia. Je vivrai encore pour tout connaître de ce monde, sombrerai bien des fois, mais me relèverai encore, puisque je ne crains pas de tomber. Je les épuiserai, taquin que je suis, à sourire outrageusement puisque je sais où tout cela doit finir. Car oui, mon amour... Nous savons comment l'histoire se termine. L'ultime rugissement d'une vie qui se meurt, dans l'explosion de son dernier atome pour s'éteindre, ne se fait pas dans le noir loin l'un de l'autre. Rappelle-toi toujours, mon amour, que ce matin-là alors que l'aube perçait le feuillage, je t'ai lâché la main mais pas du regard. Et t'ai regardé partir puisque moi-même incapable de m'éloigner de toi. Et avant que notre fin n'arrive pour de bon, je me retourne une dernière fois pour contempler le monde des Hommes, car trop curieux que je suis je ressens l'envie de retrouver une flamme que j'ai perdu et ne rien regretter. Mais mon cœur pulse toujours à ton cou, Dulcia. Je brûlerai. Je consumerai mon corps de tant de chaleur diurne et comme le Soleil s'épuise à trop briller, jusqu'à refroidir dans la mort qui l'enveloppe, un denier soupir pour m'accrocher à la vie me ramènera dans tes bras puisque c'est là que je désire m'éteindre. Un ultime éclat, une dernière lueur dans la nuit noire. A nous deux, nous illuminerons l'univers plus ardemment qu'aucune étoile qui s'effondre ne le fera jamais. C'est dans ce dernier instant d'obscurité... dans cette seconde infime où le monde s'est éteint... quand toute vie aura disparu et que le son aura été englouti par les ténèbres... qu'à mes sens se feront sentir tes mains toujours liées aux miennes. Et alors que mes yeux se fermeront enfin, c'est dans la lueur des braises causées par notre chute que je contemplerai ce visage pour le voir s'endormir à mes côtés une dernière fois. Je serai là, Dulcia. A retenir mon souffle près de toi pour ralentir la venue de la mort avant d'expirer enfin. Avec toi j'ai peint le tableau de toute une vie. Et j'ai une dernière couleur à apporter à la toile que nous sommes. Alors, attends-moi, mon amour. Ne t'éteins pas avant l'heure. Laisse-moi danser à nouveau pendant que je le peux, et toi, chante pour m'appeler, brûle encore quelques heures. Car je sais à présent qu'ici comme ailleurs, dans cette vie comme dans l'autre, je t'ai aimé et t'aime d'une égale intensité. Et je te reviendrai. Furent-ils séparés que jamais ils ne se quittèrent. A mon épouse. A la femme de ma vie. A la mère de mon enfant et ceux à venir. A l'Absolue que j'avais déjà atteint... « Joie éternelle, nymphe ailée immortelle, jusqu' à mes années iconiques si éphémères, unies quand un univers nait soudainement. En ultime lumière des étoiles, son iris rougeoyant calcine et laisse un incroyable amour victorieux. Enlacé contre toi, oublié ici depuis, écoute mon océan un rare instant. Reviens. Demain un nouveau magnifique et majestueux embrasement. Souvent où une personne ira rayonner. Jalouses et terribles envies. Radieuses et vivaces. Impénétrables et noires. Des rages aussi inouïes, belles, irradieront en nous tôt ou tard. » Journée ensoleillée, tu attires ici mon été...
  10. .
  11. Un rayon solaire filtrait à travers la fenêtre devant laquelle tombaient une paire de rideaux d'ivoire pour se fracasser sur le plancher brun de la salle d'entretien. Un tapis circulaire aux teintes grises prenait une large place dans cette pièce et sur lui reposaient deux fauteuils en toile douce pour se faire face, au centre même d'une enceinte de murs parsemés de livres entreposés à même de nombreuses bibliothèques. « Vos rêves sont de moins en moins logiques. » Dans l'un des fauteuils, le corps svelte du médecin était installé confortablement, jambes croisées et mains liées sur son ventre. Son visage fin, encadré de quelques mèches de jais échappées de sa queue de cheval, scrutait son patient avec attention tandis que ses doigts pianotaient les uns sur les autres durant ses réflexions. L'œil gauche barré d'un cache en cuir, l'unique restant à la couleur bistre sondait le regard adverse avec une telle intensité qu'il paraissait sur le point de le transpercer comme un ennemi à défaire sans le moindre scrupule. En face de lui, vautré dans son assise sans aucune grâce comme un adolescent obligé de faire acte de présence lors d'un entretien, le basané soutenait sa tempe de son poing fermé tout en rendant à son homologue un regard terne. « Ils sont néanmoins plus précis à mesure que vous les enchainez », concéda l'Albâtre avec évidence. A cette confession, le patient releva ses sentinelles azurées sur les traits moroses de son vis à vis d'un air incertain. De son poing contre sa tempe s'échappèrent deux doigts pour venir masser sa pommette alors qu'il inspirait doucement. Un mutisme s'installa entre les deux hommes, sans que l'ambiance ne parut tendue ou refroidie pour autant. Le médecin avait cette capacité étrange et pourtant naturelle de faire durer les silences entre eux sans que cela ne soit gênant ni pour l'un ni pour l'autre. La communication semblait se poursuivre sans un mot par des regards éloquents, et parfois le basané avait le sentiment d'en dire davantage par les yeux que par les mots. De longues minutes défilèrent sans qu'aucun d'entre eux ne parle. L'Albâtre demeurait cloîtré dans la discrétion comme pour attendre un sursaut de la part de son patient, l'inciter à poursuivre et à être à son tour à l'initiative de la discussion. Ce qui arriva alors : « J'ai l'impression que je suis en train de me perdre, confia l'homme de l'Est en reprenant la parole. J'ai l'impression de voir le monde me glisser entre les mains sans parvenir à le retenir. » Le corps du médecin s'inclina légèrement en avant pour darder sur lui un iris terreau surmontant une mine sinistre. « Essayez-vous seulement de vraiment le retenir ? fit-il sur le ton de l'évidence même avant de reprendre en voyant l'air sceptique de son patient. Vous vous effacez, Al'. Vous disparaissez comme une ombre sous la lumière d'un soleil au zénith. » Le Molosse d'ébène, engoncé dans son fauteuil, ne quitta pas le semi-Elfe des yeux durant son analyse sur sa personne. C'est en silence qu'il encaissa les mots du médecin sans broncher, ne prenant pas même la peine d'acquiescer ou d'invalider les faits. Aussi, quand il reprit la parole, ce fut pour enchainer sur tout autre chose. Par mimétisme involontaire, sans doute, il se redressa contre son dossier moelleux et croisa les jambes pour adopter une attitude moins désinvolte. Ses lèvres se pincèrent brièvement le temps de les humecter, étirant la fine cicatrice qu'il portait toujours à même leur pulpe puis il prit une inspiration profonde alors que son attention se focalisait lentement mais sûrement sur ce tapis gris sous leurs pieds. « Je n'ai pas eu l'occasion de le voir lors de ma dernière visite à Heidel. Je me suis dis qu'il était parti pour Calphéon ou je ne sais où. — Êtes-vous allé jusqu'à sa porte ? demanda le médecin du tac au tac sans laisser transparaître dans sa voix le moindre agacement. — Oui, j'y suis allé. — Et avez-vous frappé à celle-ci ? enchaina-t-il le plus naturellement du monde comme si tout cela découlait d'une logique imparable. — Non. » Un nouveau silence s'installa, bien plus bref que les précédents cependant. A cette réponse, le semi-Elfe se contenta de cligner de son unique œil sans prononcer le moindre son, comme on laisse à l'autre le temps de comprendre sa propre bêtise. Il faut avouer qu'il avait le don pour en dire beaucoup sans avoir à formuler quoi que ce soit. Malgré tout et pour continuer sur cette lancée, la Créature reprit en l'encourageant d'un mouvement de tête vers l'avant : « Pourquoi vous n'avez pas frappé, Al' ? » Le basané souleva lourdement les épaules en dodelinant de la tête, son regard s'évadant déjà sur les recoins de la pièce servant de décor à leur mise en scène. Tout était étrangement flou, et pourtant d'une netteté étonnante. Il pouvait clairement percevoir les bibliothèques qui s'enchainaient contre les murs pour décorer l'espace, pourtant il lui était parfaitement impossible de lire ne serait-ce qu'un seul titre, même quand les lettres étaient écrites en gros caractères. Plus loin sur sa gauche, une table taillée dans un bois sombre et verni supportait quelques feuillets jaunis et une statuette de canidé sauvage sur un petit piédestal. « Je crois que j'ai eu peur, Doc'. — La Peur arrive souvent quand un élément de notre entourage se fait source de stress. Ou si danger il y a. — Je ne le perçois pas comme un danger. Cela dit, je suis stressé en pensant à lui. — Vous aurait-il mis dans l'embarras pour être ainsi la cause de ce trouble ? demanda l'homme pâle dont l'intrigue ne se trahissait que par une infime hausse du sourcil. — Non... » Et à nouveau ce silence qui revient pour marquer l'hésitation du Molosse encastré dans son assise. Le docteur ne parut pas s'en émouvoir à nouveau et d'un mouvement lent se laissa retomber contre le dossier de son fauteuil avant de caresser doucement le côté de son menton d'une phalange. « En êtes-vous sûr ? Ne tournez pas autour du pot et dites-moi sans détour ce qui vous tracasse. — Il disparaît. — Précisez ? » invita le légiste à poursuivre d'un mouvement délicat de la main après avoir cligné de son œil visible pour marquer son incompréhension. Le Medhian se terra dans le mutisme une nouvelle fois. Il pressait son visage de sa main au niveau des joues pour masquer ses lèvres, massant sa peau de ses doigts dans une attitude anxieuse, ce que son voisin ne se lassait pas d'observer avec une lueur d'appétit dans le regard. Le médecin ne laissait jamais transparaître le moindre intérêt, ni pour lui ni pour quiconque, mais son ton aussi aimable que glacial laissait sous-entendre, de temps en temps, qu'il éprouvait de la curiosité pour autrui. Dans ce lieu baigné d'une lumière pâle mais réconfortante, la silhouette opaline du clinicien se faisait si immobile qu'il ressemblait à une statue qu'on aurait habillé pour faire office de trompe-l'œil. « Fut un temps où, malgré la distance, je ressentais envers lui de l'angoisse, de la peur, voire même de la méfiance profonde qui m'incitait à le garder dans mon champ de vision et ne jamais lui tourner le dos, confia l'homme de l'Est en enchainant d'un murmure. Mais au moins, je ressentais quelque chose. » L'attention du médecin dévia quelques secondes relativement courtes pour se focaliser sur le lustre au-dessus d'eux avant de revenir à lui pour rétorquer sans trouble : « Êtes-vous en train de me dire que vous n'éprouvez plus rien à son égard ? En supposant que vous donniez ainsi raison à toutes ces simagrées impliquant une relation plus qu'ambigüe entre vous. — Je suis en train de vous dire surtout que je ne le ressens plus, précisa le Medhian alors que ses sentinelles de glace se relevaient pour se confronter à l'unique iris brun. Il s'éloigne même quand il est proche. Comme s'il était à des lieues d'ici, sur une autre terre. » Non loin d'eux, un enfant passa en courant pour se réfugier quelque part dans un recoin. Si le basané suivit la petite tête brune à la peau mate comme si l'alerte avait été donnée, la Créature diaphane qui lui faisait face ne parut pas même surprise de cette présence. Et quoi qu'il était parfaitement au courant de son existence en ces lieux, il agissait comme s'il n'en avait aucune idée. Le rythme cardiaque de l'onyx s'accéléra. « A vous entendre, cela est tragique... trancha le médecin de cette voix caractéristique des grandes vérités bien cruelles qu'il était capable d'offrir, dans son franc parler typique mais sans malveillance. Vous n'êtes pas à l'article de la mort, et vous avez tout pour être heureux. Une femme, un enfant, un mariage, une famille qui vous a pris sous son aile... Et vous pleurez parce qu'un sinistre solitaire aussi émotif qu'un trombone s'efface de votre vie ? Al', il va falloir penser à vous réveiller. Tout comme votre épouse revendiquait sa liberté, vous saviez pertinemment qu'il brandissait la sienne sans s'attacher. Il ne vous a rien juré, sinon la fin de la solitude. Certes, ce n'est peut-être celle que vous espériez, mais promesse il y a eu, promesse a été tenue. Que vous faut-il de plus, dites-moi ? » Le patient réprima un soupir qui gonfla néanmoins sa cage thoracique de lassitude. Mordant l'intérieur de sa joue tandis que son regard s'égarait dans un recoin de la pièce où il était sûr et certain d'avoir entraperçu à nouveau la silhouette chétive du gosse à son image, ses doigts commencèrent à marquer le rythme d'un galop incertain sur l'accoudoir qui soutenait son bras. « Vous manque-t-il, Al' ? » Et le Medhian hocha la tête à cette question. « Est-il digne de confiance ? enchaina le scientiste comme l'on poursuit un questionnaire. — Je crois que oui. — C'est une réponse un peu hasardeuse pour définir quelqu'un censé vous manquer. Est-il tendre avec vous ? — Certainement pas, répliqua le basané en roulant des yeux comme si l'idée était parfaitement saugrenue. Il ne m'épargne en rien. — Dans ce cas, vous encourage-t-il dans la voie qui est la vôtre ? — Oui et non. Cela dépend de la voie. — Pouvez-vous compter sur lui dans ce cas ? fit le médecin avec pragmatisme. — Je ne sais pas. — Mais vous l'espérez, n'est-ce pas ? » Le Molosse acquiesça d'un mouvement de la tête sans répondre cette fois oralement. « Vous me décrivez une personne assez étrange, Al', nota alors le scientiste en costume cintré comme l'on fait un premier bilan d'une séance. Je ne comprends pas en quoi il vous manque s'il ne possède aucune qualité dans ce que je vous ai demandé. Qu'a-t-il de si spécial dans ce cas pour que sa place délaissée vous fasse ressentir un tel vide ? — C'est un con. Autant que je peux l'être, murmura son homologue en reposant doucement sa joue contre son poing. Mais j'ai de l'estime pour lui. C'est mon ami. » Les deux hommes se regardèrent alors un moment sans mot dire, assis l'un en face de l'autre dans ces larges fauteuils confortables au milieu de cette pièce soigneusement rangée. De l'autre côté de la pièce, caché derrière une longue tenture magnifique aux teintes violettes et dorées, le petit garçon observait le duo sans oser approcher.
  12. J'allais justement dire que cette femme me faisait penser à cette actrice. Il y a un air de ressemblance qui n'est pas pour me déplaire. Bravo Neron pour cette peinture, c'est superbe!!!