Shah

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À propos de Shah

  • Rang
    Super Kehnard
  • Date de naissance

Informations RP

  • Personnage principal
    Keharqta
  • Personnage secondaire
    Ilioza ~ Isaheksinoë ~ Shahryan ~ Arahzhelkhar
  1. Un bel dì vedremo Levarsi un fil di fumo Sull'estremo confin del mare. E poi la nave appare. Poi la nave bianca Entra nel porto, Romba il suo saluto. Vedi ? È venuto ! Io non gli scendo incontro. Io no. Mi metto là sul ciglio del colle e aspetto, E aspetto gran tempo. E non mi pesa, La lunga attesa. E uscito dalla folla cittadina, Un uomo, un picciol punto S'avvia per la collina. Chi sarà ? chi sarà ? E come sarà giunto Che dirà? che dirà? Chiamerà " Butterfly ! " dalla lontana. Io senza dar risposta Me ne starò nascosta. Un po' per celia, E un po' per non morir Al primo incontro ; Ed egli alquanto in pena Chiamerà, chiamerà : " Piccina mogliettina, Olezzo di verbena ! " I nomi che mi dava Al suo venire. Tutto questo avverrà, te lo prometto. Tienti la tua paura, Io con sicura fede l'aspetto. Un beau jour nous verrons Une trainée de fumée se lever Aux confins de la mer. Et puis le navire apparaît. Puis le navire blanc Entre dans le port. Son salut gronde. Tu vois ? Il est venu ! Je n'ose pas aller à sa rencontre. Pas moi. Je me mets sur le rebord de la colline et je l'attends, Et j'attends longtemps. Et cette longue attente Ne me semble pas longue. Et hors de la foule citadine Un homme, un petit point Qui gravit la colline. Qui est-il ? Qui est-il ? Et quand il me rejoindra Que dira-t-il? Que dira-t-il? Il appellera « Butterfly !» de loin. Moi sans répondre Je resterai cachée. Un peu pour taquiner, Un peu pour ne pas mourir A la première rencontre ; Et lui, chagriné, Clamera, clamera : « Ma petite femme, Au parfum de verveine ! » Doux noms qu'il m'a donnés A son arrivée. Tout ceci arrivera, Je te le promets. Sois sans peur, Avec une confiance sûre je l'attends.
  2. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà, et la lune diffusait sur la cité une aura étrange sur l'ensemble des bâtiments. Les arbres aux feuilles rouillées élevaient leurs bras tortueux vers les cieux comme frappés de stupeur, pétrifiés dans l'agonie, et leurs ombres se portaient loin sur le sol comme d'autant d'âmes noires capricieuses pour venir agripper quelques jambes malheureuses. Il n'y avait, sinon le vent, que le bruit parfois lointain de quelques pas pour résonner dans les allées de la cité sans que jamais aucun homme ne fit son apparition. C'est dans cette sinistre ambiance que s'avançait le petit garçon aux joues rougies par le froid, piétinant les pavés du quartier du marché afin de regagner au plus vite la porte de sa chère mère. Comme chaque fin de semaine, elle avait sûrement préparé quelques petits gâteaux pour récompenser Cédric d'avoir été sage et de l'avoir aidé. Et il reniflait déjà l'odeur alléchante des pâtisseries quand le craquement d'une branche le fit sursauter. Stoppant net sa marche, les sens en alerte comme un animal traqué, dans le noir ses yeux écarquillés aux pupilles dilatées scrutaient les ténèbres au loin. Son cœur manqua de céder à la vue de cette grande robe carmin qui se tenait là-bas, à quelques mètres de lui près d'un porche, surmontée d'une perruque noire que le vent faisait voler. Comme un épouvantail féminin, la silhouette aux bras ballants ne paraissait point bouger de son emplacement. Il ne saurait dire ce qui le poussa alors à s'approcher... Sûrement la curiosité, ou quelques sorcelleries...? Mais au lieu de rentrer prestement chez lui, il pivota doucement pour faire face à l'Épouvantail et faire un pas ou deux vers lui. Il lui suffisait de rentrer... Il lui aurait suffit juste d'un seul petit pas. « Vous allez bien, madame...? fit le petit Cédric vers la dame en rouge. Vous avez besoin d'aide ? » Mais la robe carmin ne répondit pas. Elle se contenta d'amorcer un pas vers l'avant, bancal et presque tremblant, ce qui fit légèrement reculer l'enfant sans pour autant le faire détaler. Le bruit d'un soulier froissant le sol résonna dans la ruelle. Puis un autre. L'Épouvantail avançait vers lui, lentement, balançant ses longues manches pourpres. Retentit alors la plainte grinçante d'un volet qui claqua contre le mur d'une maison sous l'effet d'une bourrasque fraiche qui détourna l'attention sur petit. Sursautant, son corps chétif se tourna vers l'origine du bruit, le cœur battant, avant de se rendre compte que ce n'était rien. Rassuré sur le moment, voilà que l'instant d'après il entendait de nouveau les froissements de souliers sur les pavés, plus rapides, frénétiques même...! Il se rendit compte qu'il avait délaissé du regard la robe rouge encore présente derrière lui et à peine cette pensée lui effleura l'esprit qu'il sentit l'air brûlant d'un souffle près de sa nuque pour lui hérisser le poil. La terreur survenue, il fit un bond pour faire face à l'Épouvantail. Penchée en avant, la face hideuse de l'inconnue se présentait au petit garçon, dépourvue de peau, décharnée au point d'en voir l'ossature apparente sous des restes de chairs ensanglantées. Ses bras d'un blanc laiteux le retenaient pour le secouer frénétiquement tout en hurlant : « 'ON 'ISA'E !!! 'ON 'ISAGE !!! » ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ Les enfants hurlèrent en se bouchant les oreilles. Assis en rond dans une chambre de basse condition, les trois têtes blondes peinaient à retrouver leur calme tandis que leur hôte, un grand dadais à la chevelure en bataille et au regard trop écarquillé, secouait ses bras frénétiquement pour imiter l'Épouvantail en train d'agripper le petit Cédric de son histoire. « C'est pas drôle, Ludvic ! le réprimanda la grande fille à sa droite. Sérieusement... une femme sans visage, c'est n'importe quoi ! — Elle était pas "sans visage", la reprit ledit Ludvic, conteur attitré en cette soirée en levant un doigt professoral. Elle "n'avait plus de peau 'sur' le visage" ! D'ailleurs, on dit depuis que la pauvre femme en robe rouge marche dans la cité la nuit pour le retrouver. — Mais c'est débile comme histoire... fit la seconde gamine, plus petite que sa voisine contre laquelle elle s'était réfugiée. Comment une femme sans visage peut encore trainer sans que personne ne la voit...? — C'est là tout l'principe de l'histoire d'horreur, Mimi... répondit alors Ludvic d'un air dépité. T'es juste en colère parce que j'ai réussi à te faire peur avec cette histoire de peau manquante. — Heureusement, ce ne sont que des histoires, murmura alors le dernier enfant, un petit garçon brun chétif aux genoux repliés contre lui. Faudrait être tordu pour faire ça en vrai... Comment t'as fait pour penser à ça, d'ailleurs ? T'as des idées bizarres... » Ludivc, qu'un sourire fier venait tirailler à l'effet de son conte d'horreur pour la fête des morts, porta sur son homologue masculin un regard moins serein à ces derniers mots : « J'ai pas inventé ça.... Ils ont vraiment retrouvé un mort dont il manquait la peau du visage. » Les autres le regardèrent et le silence se fit dans la chambre. La rumeur raconte que les enfants aiment à se raconter cette odieuse farce pour se faire peur le soir. L'histoire dérangeante est scandaleuse mais depuis la fête des morts elle ferait d'autant plus son apparition avant de sombrer parfois dans l'oubli durant quelques temps. Si quelques uns des plus courageux — ou des plus fous, selon le point de vue — cherchent à sortir tard la nuit ou à glisser un regard par la fenêtre pour trouver "L'Épouvantail", force est de constater que personne ne l'a vu. Cependant, les voix murmurent parfois qu'un homme viendrait bel et bien voler les visages... mais peu ose demander confirmation.
  3. Romane Vecchiato VOYAGE & TRAVAIL Mercenaire de la maison Di Castelli Art du combat : +0 Art du combat a distance : -1 Art de l'effraction : +2 Art de la duperie : +1 Art de la psychologie : +0 Art de la discrétion : +1 Art de la persuasion : +0 Art de l'observation : +0 Art de l'obstination : -2 Richesse : Statu social : Mercenaire de la Maison Di Castelli Tolérance : No limit ; Make her cry. Intégrité physique : Pas la moindre Points d'XP Gagnés : Points d'XP dépensés :
  4. Sa main prisonnière dans celle de l'homme immense au regard marqué par la sévérité, le corps chétif du garçonnet suivait les grandes enjambées de son ravisseur qui l'obligeait à trottiner dans la poussière et la terre sèche du chemin, l'éloignant de chez lui. Devant eux, se tenait une troupe d'hommes enturbannés et armés de cimeterres sur quelques chevaux aux protections métalliques pour entourer une dame d'un certain âge dont le voile masquait le visage. Il ne comprenait pas. Tout allait si vite, presque autant que la marche rapide et forcée du cinquantenaire qui le trainait sans une once de pitié vers ses soldats, bien qu'il tentait de suivre du mieux qu'il pouvait. Son esprit bourdonnait de mille grésillements, devenant une ruche où chaque pensée était une abeille en train de se débattre dans un capharnaüm de battements d'ailes, concentré sur ses pas pour ne pas tomber en se prenant les pieds dans quelques pierres et la respiration haletante. Épuisé, et alors qu'il saisissait qu'on l'emmenait loin des siens, il se risqua à regarder par-dessus son épaule pour voir les grandes portes de la villa s'éloigner. C'était un soir plus frais que les autres, à l'ombre des tentures légères dansant au gré du vent qui s'engouffrait par les moucharabiehs. Les voiles aux couleurs chatoyantes brodés parfois de filaments délicats s'élevaient sous le souffle régulier de quelques fantômes tandis que le petit homme assis sur son lit tournait les pages d'un livre de contes orientaux. Reposant à même les couvertures repliées sur ses jambes, l'enfant observait les dessins imprimés de paysages oniriques où le sable dansait sous l'effet de magies qui le dépassaient. Sa fratrie dormait, pour la plupart, car l'heure était tardive et la lune haut dans le ciel. Un grillon sifflait au loin et venait perturber le silence de la chambre baignée de lumières d'ambre via quelques torches et candélabres disposés çà et là sur les murs et guéridons. Il en était au chapitre du Djinn qui aidait un Prince du Royaume des Sables à reprendre ses terres contre l'infâme traitre "Azmar" quand le lit se mit à bouger près de lui, s'affaissant d'un côté sous le poids d'un corps qui venait le rejoindre. Quittant son récit des yeux, ses sentinelles azurées se relevèrent pour s'ancrer dans leurs jumelles alors que le visage rond et poupin de sa sœur se présentait à lui. Elle arborait un large sourire où ses dents encore jeunes présentaient quelques imperfections d'alignement, et une fossette se traçait de chaque côté de ses lèvres alors qu'elle se tenait là, penchée sur lui en se tenant bras tendus sur le matelas : « Papa et maman sont avec les Solis, fit la petite fille aux yeux aussi clairs que les siens. Merl les reçoit dans le grand salon. Tu veux venir les écouter avec moi !? » Elle semblait sous l'emprise d'une curiosité euphorique, trépignant sur le bord du lit comme un chaton impatient. Sa chevelure charbonneuse cascadait sur ses épaules, toujours bien peignée avant d'aller dormir telle la petite princesse qu'elle aimait être malgré ses sept candides années. Son frère, de deux ans son cadet, la considéra avec une forme de lassitude qui le fit souffler par le nez au point d'en faire tourner une page de son livre qu'il dut rabattre de sa petite main. Détournant le visage sur son conte, il murmura d'une voix encore claire par son jeune âge : « Je veux pas te parler. » Le sourire de sa sœur s'atténua quelque peu devant son refus et elle se laissa choir sur son séant, légèrement de côté et les pieds dans le vide, pour se tourner vers lui dans une posture qu'elle voulait déjà séductrice sans avoir encore pleinement conscience du pouvoir attractif que cela évoquait : « Allez Al... Viens ! l'encouragea-t-elle d'une petite voix encore aigrelette. Je crois qu'ils parlaient de morts... — T'as qu'à y aller sans moi. — Mais c'est pas drôle toute seule... — J'ai pas envie, Ilioza ! » Et tranchant ainsi la conversation, le garçon tourna franchement une page de son livre pour poursuivre sa lecture. Mais il était bien trop énervé pour vraiment lire, la présence seule de sa sœur l'incommodait et l'énervait au plus haut point. Ilioza demeura quelques secondes silencieuse, observant son jeune frère de sa moue enfantine en pinçant les lèvres en avant telle une princesse sceptique. Alors elle se détourna, s'asseyant sur le rebord du lit pour laisser pendre ses jambes dans le vide avant de les balancer doucement. Bras tendus derrière elle pour se maintenir légèrement en arrière dans une attitude typiquement aguicheuse, elle lui murmura comme l'on chantonne quelques mots pour narguer son prochain : « Ils ont parlé de toi... » Alharsès releva alors la tête. Abrité derrière quelques piliers soutenant le plafond en arches orientales, le corps minuscule du garçon s'appuyait à même les décorations gravées dans la pierre pour passer la tête hors de sa cachette. Petite caboche de basane à la chevelure en bataille, quelques mèches d'onyx venaient se glisser devant sa châsse bleu barbeau tandis qu'il observait, silencieusement, la scène qui se déroulait plus loin devant lui. Drapé de tissus noirs ponctués de sporadiques notes d'or et d'azur en guise d'ornements, ses larges manches tombaient sur ses menottes dans cette mode Valencienne qu'il trouvait trop grandes pour lui. Il était si petit en cet instant, camouflé dans l'ombre d'une colonne, et il se plaisait à admirer les lueurs orangées portées par les torches sur cette salle qui accueillait quelques invités. Au loin devant lui, assis sur un siège au dossier tressé à la couleur d'or, un homme — Merl — trônait devant quatre autres personnes. Ce prince aux allures de vieillard à ses yeux se tenait là, sur son fauteuil mordoré, légèrement voûté tandis qu'il parlait avec ses invités. Parmi eux se trouvaient ses parents, assis côte à côte sur quelques coussins légèrement excentrés à gauche de l'homme tandis qu'un autre couple reposait sur le versant opposé, en miroir au premier. Il reconnaissait son père et es sentinelles pastel rivées sur l'homme qui présidait leur assemblée. Il avait comme à son habitude cet air sévère qui le caractérisait, la glabelle plissée et lui parvenait parfois l'écho de sa voix déformée par la réverbération contre les arches. Il semblait soucieux. Plus que d'ordinaire. Brusquement, sa mère vient poser sa main sur le poignet de son époux tandis qu'elle poussait un cri de désolation ; et à sa plus grande surprise, son père — qui d'ordinaire ne témoignait que peu d'affection en public — vint saisir la dextre qui venait de l'emprisonner pour la garder entre ses doigts plus massifs. L'autre couple paraissait plus emporté, l'homme parlant avec de grands gestes en désignant son homologue opposé comme l'on pointe un coupable devant un tribunal. Sa compagne quant à elle, bien que visiblement dans la tourmente au vu de ce mouchoir qu'elle portait à ses yeux pour en sécher les larmes, était plus silencieuse. Le corps amorphe, parfois un reniflement venait ponctuer les dires de son mari dans son accusation furibonde. « Seth omha tuhëm onfiss ! criait l'homme à la femme éplorée. Seth omh, Selazaär! Khejë konssi dehrai komhun freïr ! Gelui fehzaï konphi enss hai hilma thrahÏ ! » L'enfant ne comprenait pas ce qui se disait, l'écho était trop prononcé et malheureusement pour lui l'accent de l'enragé rendait caduque le peu qu'il parvenait à saisir. Il lui faisait peur. Lui qui était habitué au calme impérieux de son père était confronté à la colère sourde d'un homme qui l'obligeait à monter le ton et à battre l'air de ses bras. Du haut de ses cinq ans, l'enfant curieux n'avait cependant pas pu s'empêcher de venir espionner, poussé par cette envie enivrante de découvrir quelques secrets "de grands", avec l'innocence de l'âge pour lui permettre d'échapper aux idées noires qui consument les cœurs une fois adulte. L'idée lui avait paru séduisante, mais à présent qu'il avait bravé l'interdit de la confidentialité et qu'il voyait ce couple s'énerver de la sorte contre ses parents, il sentait comme les prémices d'un danger nouveau, jusque là inconnu à son esprit. Il avait connu la peur momentanée d'un danger imminent ; la peur languissante dans l'attente d'être grondé après avoir fait une bêtise ; mais jamais encore il n'avait "suspecté" un danger d'arriver comme un poison qui s'immisce dans le sang pour corrompre l'entièreté du corps. Il sentait enfin, et pour la toute première fois, que cette querelle qui les animait n'avait rien de dangereux comparée à ce qui en découlerait, sûrement, par la suite. Son intuition se développa ce soir-là, alors qu'il épiait l'homme aux grands gestes. Sa sœur, quelques mètres plus loin, se cachait quant à elle derrière un paravent tressé en osier duquel dépassaient, de chaque côté, un Areca élégant et un Ficus aux feuilles plus douces. Profitant du camouflage des feuilles de ce dernier, elle osait parfois sortir la tête pour jeter plusieurs coups d'œil répétés vers le salon sans s'attarder, de peur d'être repérée. Elle se tenait penchée en avant, sa longue chevelure d'onyx tombant sur son visage poupin qu'elle rabattit en arrière d'une main délicate. A ce geste, elle cessa d'épier leurs parents et leurs invités afin de porter sur son frère la clarté jumelle de ses iris. Et de soucieuse, elle passa à une mine mutine tandis qu'elle arborait un sourire chafouin, sa main se levant doucement jusqu'à ses lèvres pour y presser la tranche de son index redressé. Taquine, espiègle, la petite fille au regard trop clair, comme lui, se faisait complice mais apparaissait comme diabolique... Et à ce geste, Alharsès eu un mauvais pressentiment. Il était rare qu'Ilioza lui témoigna de l'attention autrement que pour lui rendre la vie impossible, et ces moments de complicité inaccoutumés étaient aussi surprenants qu'étranges à ses yeux car jamais cela ne durait. Sa sœur trouvait toujours le moyen de détruire cette confiance qui naissait entre eux durant ces rapprochements insolites, à tel point qu'en cet instant le petit basané se surpris à sentir un danger autrement plus grand émaner d'elle, réveillant un désagréable chatouillement au fond de ses entrailles nouées. Son regard ancré dans le sien aurait pu passer pour un témoignage simple de sa complicité avec lui, mais pourtant elle dégageait une aura de malveillance qui le fit frissonner. A son grand soulagement, Ilioza détourna enfin les yeux pour reporter son attention sur le salon au loin et ses occupants. La sensation incommodante qui le rongeait s'atténua alors quelque peu et lui-même revint observer ses parents ainsi que le couple accompagnant, menant sa main à ses lèvres pour ronger l'ongle de son pouce dans un réflexe d'appréhension compulsif. « Amadehl, fit la voix grave et légèrement brisée par le temps de Merl qui les surplombait. Genthan tathrïss tess. Héje deplörhla paihrte dh'Albar. Mhejë douhtt khe Selazaär hai voulluh te prihvey dhun fiss. Kahlm tapehn, monâm hi. — Jehnele rheverey jameh, répondit ledit Amadehl en offrant à Selazaär un regard mauvais où transparaissait la peine la plus profonde. Geh peir dhu'mun ceulfiss. » Sa femme, mains liées sur ses genoux, ferma les yeux alors qu'une nouvelle montée de larmes vint l'assaillir mais elle ne prononça pas un mot. Ses doigts repliés sur son mouchoir se contractaient régulièrement pour marquer l'émoi qui l'envahissait mais elle semblait déployer un effort considérable pour ne pas succomber aux pleurs. Alharsès la trouvait étrangement déplaisante à regarder. Peut-être était-ce dû au chagrin qu'elle éprouvait et qui lui tirait les traits ? Ou peut-être parce que son âge était déjà bien avancé ? Une cinquantenaire pour un garçon de cinq ans paraissait toujours affreusement vieille, après tout. « Jeh gzïj le'dhon dufiss, reprit le mari Solis vers Merl d'un murmure qui sonna comme le glas. Pärr seh droha sahcrè kihon or léh kouthum dhai klan dhejadhïss ! » Une agitation passa dans le salon et la mère des deux enfants cachés étouffa un cri dans la paume de sa main libre. D'une impulsion soudaine, Selazaär se redressa comme prêt à se battre, imposant sa carrure à Solis en s'approchant d'un large pas tout en brandissant son bras vers lui d'un air menaçant. Il y eu des mots, des insultes certainement qui s'enchainèrent avec une telle violence qu'il fallut aux femmes se lever pour empêcher leur époux respectif de s'entretuer et Merl dut se dresser entre eux et porter la voix pour faire régner l'ordre à nouveau sous son toit. Une telle cohue fit peur à Alharsès qui, déstabilisé, recula d'un pas et se prit les pieds dans les pans de sa tenue trop grande. Il tituba en voulant reprendre son équilibre, et s'accrochant au meuble près de lui fit tomber l'assiette décorative qui s'y trouvait. Celle-ci chut et se brisa sur le sol dans un fracas assourdissant qui mit aussitôt fin à la querelle au loin. Les yeux écarquillés sur son méfait, le garçon replia ses bras contre lui dans une attitude apeurée, se gardant bien d'apparaître de derrière la large colonne. Intérieurement, il espérait pouvoir s'en sortir et fuir loin d'ici avant qu'on ne le surprenne à espionner, mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir que déjà il sentait son bras attrapé et tout son corps tiré sur le côté pour soudainement être visible à la vue de tous. « Il n'était pas dans sa chambre donc je l'ai cherché ! Il était en train de vous écouter ! » Ilioza. La poigne forte et le sourire fier, la moucharde qu'elle était venait de le dénoncer auprès des adultes afin d'avoir leurs bonnes grâces, sans nul doute. Il la fixa alors de ses yeux ronds, abasourdi par sa trahison — qui pourtant n'avait rien de surprenant — et il fut mené vers les grandes personnes au salon qu'ils occupaient en portant sur sa mère un regard terrorisé, ainsi qu'à son père. Si cette dernière avait l'air désolée et inquiète, lui en revanche semblait encore bien menaçant et ne cessait d'épier Amadehl de sa mire barbeau comme s'il veillait à ce que ce dernier ne fasse pas le moindre faux pas. Trottinant sur le sol dallé de la grande salle dorée aux côtés de sa traitresse de sœur, il vit sa mère s'approcher sans un mot afin de le serrer contre elle dans une étreinte fébrile. Toute fière d'elle, Ilioza se positionna près de son père avec un large sourire pour réclamer sa bénédiction en venant chercher le poignet de l'homme dont elle avait hérité les yeux, mais ce dernier observait farouchement la réaction de Solis. Ses doigts énormes pour elle se posèrent à même sa tête pour en lisser la chevelure de jais, doucement, et elle afficha son bonheur en fermant les yeux de satisfaction. Amadehl, en pleine conversation avec Merl pour faire remarquer Ô combien il était impoli d'être interrompu par une bande d'enfants incapables de se tenir en présence d'honorables invités, finit par se tourner vers eux pour considérer ceux qui les avaient importunés. Proche de lui, Alharsès vit sa grande carrure pivoter dans un mouvement lent où se mêlait le froissement de sa cape noble. Il s'interrompit sur cette dextre énorme, plus brute et vallonnée de veines saillantes sous la peinture brune de son épiderme et par cette simple vue il compris que ce n'était pas une main douce, faite pour l'amour. Le parcours de ses yeux se poursuivit plus haut, remontant sur ce bras costaud jusqu'à voir apparaître enfin le visage de cet homme qui deviendrait par la suite son bourreau. Un visage carré et fade, plissé par les rides de son âge, surmonté de deux yeux bruns sévères et intransigeants, et affublé d'une barbe finement taillée. Et tandis qu'Amadehl exposait au garçon son apparence malveillante, ses sentinelles d'ocre vinrent se figer sur lui pour le toiser comme l'on découvre une chose qui a tout son intérêt. Et il su... A ce regard perçant qui pressentait comme une promesse de malheur où fleurissait la folie, il su que Solis était un prédateur. Et que lui, petit enfant de cinq ans, était la proie. Il trottinait dehors, la main capturée par celle de cet homme au regard sévère. Sa poigne sur lui lui faisait mal, mais il n'osait pas faire de bruit, n'osait rien dire de peur d'avoir à subir sa colère tandis qu'ils s'approchaient des soldats entourant madame Solis. Instinctivement, alors qu'il réalisait qu'on l'éloignait de chez lui, il tourna la tête et regarda par-dessus son épaule pour voir le parvis de la demeure. Son père était là devant les portes, et bien qu'il ne faisait rien que les regarder sans bouger, jamais son regard n'avait témoigné d'autant de douleur intérieure. Une déchirure de l'âme. Mais à cet instant, du haut de son jeune âge, Alharsès ne pouvait le savoir. Il le saurait plus tard, un jour lointain alors que les années se seraient succédé pour lui donner la sagesse de s'en rendre compte... Soudain, sa mère entra dans son champ de vision, repoussant la lourde porte en arche qui menait à l'intérieur de la villa dans des gestes désespérés. Accourant en hurlant vers eux, la longue robe de voiles pourpres volait au gré de sa course désemparée pour les rejoindre dans un ballet de tissu aux froissements oniriques. Sa main tendue vers son fils ne trouva jamais le bras de ce dernier pour s'y cramponner et le ramener vers elle. Stoppant net sa progression, Selazaär l'attrapa brusquement et la retint contre lui de toutes ses forces pour l'empêcher d'aller les rejoindre. Elle se débattit avec hargne, frappa l'air et son époux pour se libérer alors qu'on lui enlevait son fils. Sa voix déchira le silence de la nuit, se répandit en écho sonore contre les falaises rocheuses qui encerclaient la villa de Merl et à la voir ainsi paniquer, l'ampleur de la situation naquit enfin à l'esprit embrumé d'Alharsès. Comprenant qu'on l'enlevait, et que ses parents ne feraient rien, il se mit à paniquer à son tour et soudain les larmes emplirent ses yeux pour déborder et inonder ses joues alors qu'il tentait de repartir en arrière. Il pleura comme jamais, tendit son bras libre vers sa mère pour réclamer les siens et s'y réfugier, mais jamais il ne pourrait les retrouver à nouveau. Sa force pitoyable face à celle de Solis ne lui permettait pas de s'échapper et irrémédiablement il se vit tiré loin de sa famille, et plus il implorait, plus sa mère devenait folle jusqu'à l'arrêt total de sa raison. Sans qu'il ne puisse s'en douter, elle s'écroula et Selaäzar la réceptionna dans ses bras avant de l'allonger sur le sol en maintenant sa tête. L'enfant ne vit plus grand chose sous les larmes qui affluaient abondamment, même sa voix n'était qu'un son flou à sa mémoire. Il se sentit décoller, soulevé par des bras puissants et il fut posé à même la selle d'un cheval renâclant bruyamment, pressé de partir face à toute cette agitation. Quelques mots furent lancés. Des adieux méprisants. Et d'un coup de talon contre les flancs de l'animal ils disparurent par le chemin qui les éloigna de sa demeure. Son chez-lui. Il vit les murs rapetisser tandis qu'ils partaient, devenir plus indistincts... et la dernière vision de ses parents fut sa mère, étendue sur le sol et bercée par l'inconscience, ainsi que son père dont les yeux s'ancrèrent dans les siens pour trahir l'horreur de sa perte et la déchirure de son cœur. Un homme brisé qui assistait, impuissant, à l'abandon de son propre fils.
  5. Le 11 du mois de la Clé de l'an 287 : Déposition du dénommé Keharqta Orobarian, victime de l'attaque, recueillie par un garde : En récente visite à Heidel depuis la veille, le dénommé Keharqta était à même le Relais pour discuter avec des connaissances, dont Tristan Greywolf et sa compagne Shaelyn, une certaine Karynah ainsi qu'une dernière personne dont il ignore encore le nom mais qui se démarquait de par sa chevelure rougeoyante. Alors qu'il semblait pris de fatigue parmi toutes ces conversations, Keharqta sortit pour "prendre l'air" contre le mur de l'auberge. Après quelques minutes, il sentit le canon d'une arme à feu contre sa tempe et la voix d'un homme lui intima de se taire avant de l'obliger à le suivre. Le guidant dans une ruelle, derrière quelques maisons, il fit en sorte de ne pas être vu avec ses comparses. Ne les ayant aperçu que brièvement, Keharqta ne put en détailler les aspects. L'homme qui se faisait chef de la bande l'emmena jusqu'au bout d'une arrière cour et braqua son arme contre ses côtes en le menaçant. L'agresseur lui demanda tout d'abord s'il était bien "le basané de Dulcia". Une fois sa réponse obtenue, il fit alors part qu'il était le frère de James Delaney, cousin de Charles Keziah et lui confia ses revendications : libérer ses trois "compagnons" Serendiens — dont James Delaney — et "annuler la dette de Charles Keziah". Keharqta lui répondit qu'il ne pouvait rien faire, ce qui engendra des menaces supplémentaires à l'encontre de sa famille. Durant ce temps, il lui sembla entendre derrière lui une jeune femme tenter de venir mais retenue par les sbires de son agresseur. Ayant réagi par impulsion, le Medhien se retourna donc pour essayer de désarmer l'homme armé. Celui-ci portant une cagoule d'épouvantail sombre avec un chapeau, l'empêchant de voir son visage, il ne put s'apercevoir que de sa grande taille et de son gabarit plutôt massif avant de recevoir une balle à bout portant dans la cuisse gauche. Il s'écroula à terre sous la douleur tandis que les assaillants s'enfuyaient déjà, le laissant avec la jeune femme encore chamboulée qui ne tarda pas à faire venir de l'aide depuis le dispensaire. La victime dit avoir été trop déconcentrée par la douleur durant ce temps, aussi Keharqta ne put donner de détails sur le reste des évènements jusqu'à ce qu'il fut soigné et alité.
  6. Attilio Carvalese GUERRE & TRAVAIL Homme de main de la maison Di Castelli Art du combat : +2 Art du combat a distance : +0 Art de l'effraction : +0 Art de la duperie : -2 Art de la psychologie : +1 Art de la discrétion : -1 Art de la persuasion : +0 Art de l'observation : +0 Art de l'obstination : +1 Richesse : Statu social : Mercenaire de la Maison Di Castelli Tolérance : No limit ; Make him cry. Intégrité physique : Pas la moindre Points d'XP Gagnés : Points d'XP dépensés :
  7. Sympa ta présentation, de la création au menu, moi je dis oui! Surtout quand je lis "Saga mp3", ça me parle bien. Je regarderai et écouterai ça avec plaisir pour voir le contenu de ton site. En espérant que tu te plaise ici, d'ici à ce que nous nous retrouvions IG/IRP, bienvenue à toi! ^^
  8. Assis sur le muret d'un jardin en fleurs où se mêlaient les parfums exotiques des jasmins et des hibiscus, le petit homme observait au loin sa mère en pleine conversation avec une de ses rares amies. Affublée de sa belle robe pourpre parsemée de serpentins d'or, sa silhouette penchée dans quelques confidences la faisait passer pour une de ces créatures d'Orient accordant ses secrets à une âme égarée. Son fils, au loin, offrait son attention sur elle d'un air pensif, perdu dans les méandres de son esprit encore trop jeune. Ses sentinelles azurées perçaient les pendentifs qu'elle portait aux oreilles, des perles turquoises qui tintaient parfois en quelques résonances cristallines quand sa mère secouait la tête pour rire avec sa comparse. Son attention rivée sur la jeune mère, il écoutait sa voix calme dont les aspérités évoquaient les murmures des nymphes à l'orée d'un ruisseau. « J'ai promis à Alharsès de rapporter de nouvelles plumes pour ses écrits, disait cette voix féminine et délicate en désignant l'enfant qui l'observait depuis son muret. Il est très assidu et progresse bien, sa curiosité sur les choses l'entrainera loin. » Et tandis que son pied, machinalement, se déchaussait de son soulier pour libérer son talon engourdi, elle sourit avec une douceur propre à ces mères aimantes dont l'admiration était sans faille devant leur progéniture. Un choc sonore se fit entendre sur sa gauche un peu plus loin dans le jardin et l'enfant, perturbé par ces nuisances auditives, dévia son attention pour aviser le combat qui s'y déroulait. A l'orée de la pelouse entretenue par les serviteurs de la villa, là où la terre redevenait plus sèche pour s'élever en nuages de poussières, sa sœur aînée croisait le fer avec son jumeau. Armés tous deux d'épées de bois, la fratrie les fracassait l'une contre l'autre sous le regard perçant de leur père. Un regard aussi clair que le sien. Et Alharsès sur son muret contempla l'air sévère de ce "lui" plus vieux qui ne ratait rien du spectacle de ses enfants en plein apprentissage. « 'Kadraz, plus large l'écart entre tes jambes, ordonna le père d'une voix où se mêlaient la patience et l'affection avant d'effectuer une légère rotation de la tête vers sa fille. Isa'k, ne reste pas immobile. Tourne autour de lui. » La jeune fille au regard d'ambre s'interrompit à l'ordre donné, et malgré son souffle court, elle passa le revers de son poignet sur son front où perlait la sueur de son exercice. A ses tempes se collaient les mèches échappées de sa chevelure charbonneuse relevée en un chignon serré. Son frère, quant à lui, avait les cheveux trop courts pour être gêné par eux mais il n'était pas pour autant épargné par sa transpiration qui s'évacuait de gouttelettes sur son visage. Les jumeaux ne se ressemblaient pas tellement. Du moins, pas autant que de "vrais" jumeaux, mais le lien de parenté était indéniable grâce à ces mêmes yeux ambrés, à leur chevelure d'onyx et à ces fossettes qui creusaient parfois leurs joues quand ils souriaient pour rappeler celle de leur père. Cependant, ils avaient tout de leur mère. Un visage plus rond que celui de son époux, des traits doux qui, malgré l'âge avançant, demeuraient délicats contrairement à leur petit frère. Ce dernier était le portrait craché de son paternel. Et bien que huit années le séparaient de ses aînés, ce gosse de cinq ans savait déjà rien qu'à les regarder tous qu'il n'aurait jamais vraiment de ressemblance avec sa mère. « Je veux le jouet », fit une voix éraillée à ses côtés, jeune et à l'élocution hasardeuse. Laissant là l'entrainement des deux adolescents, Alharsès tourna la tête sur sa droite cette fois-ci à l'appel du petit qui s'approchait de lui. Un autre frère, plus jeune encore qu'il ne l'était, se dandinait sur ses courtes pattes pour saisir le rebord du muret trop grand pour lui en agitant les doigts comme une pince vers un soldat taillé dans le bois. Balayant sa frange d'une main, l'enfant déjà installé se pencha dès lors pour saisir le jouet et l'offrir docilement à son cadet. Aussitôt contenté par l'acquisition de son soldat, Ashem pivota pour trottiner comme un petit animal jusqu'à la robe de sa mère pour réclamer avec autant d'aplomb les bras de cette dernière. Observant le benjamin de la fratrie grimper sur les genoux de leur mère, Alharsès demeura silencieux. Ses mains cherchèrent quelque chose à faire mais ne trouvant rien pour les occuper, il en avisa les phalanges dans cette attente passive qu'une chose arrive avant d'en poser les paumes sur ses cuisses. Au loin, résonnaient toujours les armes en bois qui s'affrontaient dans un combat à moindre échelle. Ses pieds battaient l'air durant son ennui, balançant les jambes dans le vide et alors qu'il se mit à rêver à quelques jeux auxquels s'adonner durant son temps libre, l'ombre d'une énième personne vint le couvrir en le surplombant. Gêné d'être ainsi protégé du soleil, le petit Medhien releva la truffe vers la silhouette fraichement arrivée. A sa vue se dessina alors le visage rond et au regard tout aussi clair que le sien d'une petite fille à peine plus âgée que lui, et dont le sourire étiré pour lever le rideau marbré de ses lèvres sur sa denture lui donnait des airs de peste que l'on giflerait bien volontiers. « Maman m'a dit qu'elle m’emmènerait avec elle à Altinova. » La petite teigne, que l'on nommait Ilioza, penchée sur son frère fit grincer ses cordes vocales pour le narguer de sa voix aigrelette, trop aiguë encore, tout en laissant sa chevelure d'ébène tomber en cascade sur lui. Ennuyé par l'arrivée de sa sœur, Alharsès chassa les mèches de sa main tout en grognant pitoyablement comme un chaton. « Et même que j'aurai une robe rien qu'à moi, toute neuve, parce que maman elle m'aime, continua-t-elle pour narguer son frère. — Maman m'aime aussi... — Moi je vais avoir une robe! Toi, tu auras des plumes... C'est pourri comme cadeau! » L'enfant au regard clair plissa les yeux sur son aînée qui ne cessait de se vanter outrageusement, cherchant à le provoquer ouvertement par quelques procédés enfantins aussi idiots qu'intolérants. Cela avait toujours été ainsi entre eux et il se maudissait déjà d'avoir à la supporter durant des années encore. Secrètement, il espérait même qu'on l'emmena loin d'ici pour qu'elle cesse enfin de le chercher. « Elle t'offre une robe parce que sans elle t'es aussi moche qu'idiote. Espèce de sale truie. » Piquée au vif par l'insulte de son frère, la petite peste se figea dans cet outrage qu'elle venait de subir. Si elle savait répliquer parfois quand on attaquait son intelligence — autant que faire se peut du haut de ses sept ans — elle perdait cependant tous ses moyens quand on visait sa beauté. Véritable petite princesse dans l'âme, complexée par quelques défauts physiques qu'elle seule pouvait voir, son frère avait appris à en jouer pour lui rendre les maux qu'elle s'évertuait à faire tomber, comme des revanches inexpliquées qu'elle lui réservait chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls. Son visage se déforma sous les affres de la colère et une haine furieuse émana de ses iris dont les filaments océaniques offraient tout de même une beauté perçante à la vue de son adversaire. Lui-même s'en trouva transformé, passant de cet état de docilité calme et sereine à une folie massacrante, tantôt immobile et apathique, tantôt agité et furieux, incapable de se contrôler. Et comme à chaque fois qu'ils se disputaient, la guerre était déclarée à peine les hostilités annoncées. Il y avait dans leur façon de s'entretuer quelque chose de précoce, comme si le moindre regard, le moindre mot de travers était une excuse pour se jeter l'un sur l'autre et se faire mal. Aussi, cette querelle fut tout aussi absurde tant elle éclata d'un petit rien. Aussitôt, la petite se rua sur lui pour attraper l'épi de son frère et tirer sur ses cheveux dressés comme l'on cherche à secouer de rage un animal qui nous aurait attaqué. L'enfant poussa un bref cri de surprise en levant les mains et agrippa le poignet de son aînée pour la griffer. Tentant d'échapper à sa hargne, gesticulant comme un ver hors du sol, il se débattit comme un forcené en essayant de lui envoyer quelques coups de pieds maladroits, donnés à moitié dans le vide. Et en voulant ainsi réagir, il bascula sur le côté et tomba sur l'herbe en contrebas, entrainant sa sœur avec lui. La pelouse amortit leur chute et aussitôt Ilioza revint à l'attaque en sautant sur son frère pour le maintenir au sol entre ses jambes. Assise sur lui, elle battit de ses bras trop petits pour le frapper, le griffer comme un chat sauvage : « T'ES QU'UN CON, AL'!!! UN GROS CON! DE TOUTE FAÇON PAPA TE JETTERA AUX LIONS!!! », hurla-t-elle dans sa démence revancharde alors que ses ongles, même jeunes, éraflaient la peau de basane de son ennemi. Alharsès tenta d'échapper à ses griffures, sa pommette déjà entaillée et ses joues se virent rapidement striées de sillons rougeâtres. Il hurla de rage, se défendit avec ferveur, et devant la colère de sa sœur son instinct de survie pris le dessus au point d'oublier la convenance qu'on lui avait apprise. Il agrippa alors la tignasse emmêlée d'Ilioza et la tira, la secoua avec autant de force qu'elle ne le fit, arrachant quelques cheveux au passage ce qui fit crier la petite jusqu'aux sanglots. Et dans un ultime élan de mépris, il ferma son poing libre et l'envoya droit dans le nez de la lionne dont la tête partit en arrière. Les yeux écarquillés, et malgré la petite force de l'enfant, le coup fut brutal. Peut-être plus par le symbole que par la douleur, Ilioza retomba sur son séant et portant ses mains à son visage endommagé, elle se mit à pleurer abondamment. Ils n'eurent, ni l'un ni l'autre, l'occasion de reprendre leur querelle car déjà une main venait saisir la petite par le bras pour la trainer plus loin. Et tandis qu'Alharsès subissait le même sort de la part de son père dont la force le surpassait de loin rien que par la voix, il reculait, trébuchait sur les pierres en regardant Ilioza se faire tirer par sa mère dans le sens opposé : « T'ES QU'UN MINABLE, ALHARSÈS! UN MINABLE! TU FINIRAS SEUL! TU S'RAS ABANDONNÉ PARCE QUE LES TARES DANS UNE FAMILLE CA SE NETTOIE! ON T'ABANDONNERA ET ON T'OUBLIERA!!! MINABLE!!! » ___________________________ Ouvrant soudainement les yeux, le Molosse d'ébène reprit conscience peu à peu alors qu'à ses côtés œuvrait un serviteur. Ce dernier passait un chiffon propre sur son bureau pour faire un peu de nettoyage, repoussant un encrier et une plume avec précaution pour débarrasser la table de sa poussière. Keharqta l'observa quelques secondes, émergeant de son sommeil alors qu'il s'était endormi sur le canapé sous une liasse de feuilles. Et se redressant mollement en massant ses yeux sous la clarté de quelques bougies, il mit pieds à terre en pivotant sur son séant et pris son verre de Whisky délaissé avant son sommeil pour en prendre une gorgée. Il lu quelques lignes de ses feuillets à la va-vite mais voyant qu'il les avait mélangé durant son rêve, il abandonna l'idée de poursuivre sa lecture pour l'heure, collant son dos aux coussins confortables de son assise. "A-t-on des nouvelles concernant la loi ?" demanda-t-il alors vers le serviteur en tournant légèrement la tête vers ce dernier. Le domestique interpellé se figea à la demande du basané et lui accorda un bref regard en coin avant de reprendre sa tâche avec minutie : "Les rumeurs disent que la famille Snyder réagirait à la loi. On dit même, parait-il, qu'il s'agirait de donner son appui... Mais je ne suis pas certain, Signore." Le Molosse riva son regard pers sur le domestique pour le considérer un instant à ses mots. Sans s'émouvoir pour l'heure, il finit par hocher la tête avec dépit tout en remettant de l'ordre dans ses feuillets : "Vous croyez qu'ils ont au moins compris l'enjeu de cette loi, Anselmo ?" A nouveau, le serviteur s'arrêta dans sa tâche et réfléchit un instant, les yeux posés à même la table qu'il venait de nettoyer : "Il n'est pas donné à tout le monde de comprendre que derrière cette volonté à retirer les marges de profit des marchands pour aider les plus pauvres se cache en vérité le danger de voir ces mêmes marchands abandonner l'idée de vendre leur blé dans les bas quartiers. Les gens s'arrêtent à l'idée seule que si on leur retire ce droit, les plus pauvres pourront avoir accès à la nourriture. Mais peu se dit que les marchands voudront sûrement faire leur profit ailleurs, en vendant leur blé à un quartier non soumis à cette loi. — Tu as sûrement raison, fit le basané en vidant son verre pour le poser par la suite sur le guéridon à sa gauche. Il va peut-être falloir faire un peu de publicité..." Et se levant de son canapé, il enfila son manteau de cuir brun dont il ferma le col. Congédiant le domestique en le remerciant pour son travail, il passa la porte et s'engouffra dans les couloirs de la demeure Di Castelli.
  9. Ma sœur de nom... Soit la bienvenue, je t'ai chauffé la place. Du veux du Teë? Keh-ce que t'en penses? Ravi de t'avoir parmi nous, au Nom de la Grammaire, la Syntaxe et l'Orthographe. Ainsi soit la Poésie.
  10. [Cette vidéo est susceptible de choquer la sensibilité de certains pour son contenu explicite.]
  11. "Ne le prenez pas mal, surtout . . . Mais vous me faites penser à un chien tenu en laisse." Les mots terribles de la trentenaire jaillirent aussitôt comme des lames pour entailler son égo. Profondes et douloureuses, les fissures à son être se répandirent jusqu'à déchirer son corps de flétrissures intérieures pour le ramener une première fois à la réalité. "C'est peut-être ce que je suis . . ." Sa propre voix avait tenu ces mots pour garder sa dignité dans tout cela, mais en son esprit elle avait déjà semé le doute. Le voilà qui se faisait incertain, utilisant alors la probabilité cependant infondée du "peut-être" pour justifier ce qu'il pourrait alors être. Mais son crâne déjà bouillonnait de mille questions auxquelles aucune réponse ne pourrait survenir. Condamné à la peine de tant d'incertitudes, son cœur en sa poitrine se mit à palpiter plus férocement sans qu'il ne se laisse le loisir d'en montrer les symptômes. "Vous êtes à l'affut du moindre geste, demandeur de la moindre caresse . . ." Des coups de surin pour l'anéantir davantage sur sa condition. "Qui êtes-vous, Keharqta ? Vos valeurs, vos rêves, votre personnalité . . ." Pourquoi ce silence avait-il perduré à ses lèvres sans pouvoir répondre autrement que par un regard évadé sur les fils d'or du tapis ? Les échos de ces paroles retentirent encore jusqu'à faire sonner en son être l'alarme de la peur et de la reddition. Le doute . . . Soudainement, le doute. Celui qui erre dans l'esprit et fond dans les tripes pour tout chambouler. "Regarde, Keh . . . Comme ils ont pitié de toi." La pitié. La pitié mêlée au doute. Quoi de plus cruel en cet instant que la pitié du monde, lui qui l'emmerdait profondément ? Ces gens qu'il prenait de haut, voilà qu'il était à terre pour voir le monde depuis les dominés. Et la conversation se poursuivit, enchainant les détails et les arguments jusqu'à faire plier sa raison et laisser la vérité triompher de ses tourments presque oniriques. Il s'entendit rire, la voix grave aux inflexions caverneuses de son corps résonnant dans le salon où il avait pris racine avec son invitée. "Revenir aux origines." Ces paroles en tête, il en répéta les mots plusieurs fois du bout des lèvres tandis qu'il reprenait son cheval pour grimper à même la selle. Il prit le temps de prévenir un serviteur de la demeure, indiquant son départ imminent devant le regard éberlué du pauvre jeune homme qui venait à peine de l'accueillir quelques heures plus tôt. "Vous repartez déjà, Signore . . .? — Oui. Calpheon m'attendra encore un peu." Redevenu fier et arrogant, le Molosse retrouva dès lors la splendeur d'antan de cette liberté qu'il s'était arraché lui-même. C'est avec un signe du chef simple qu'il salua le serviteur de la maison tandis que sa monture s'ébrouait de hâte, renâclant l'air chaud de ses naseaux mouchetés. Et dans l'élan d'un galop soudain, il repris la route pour chasser son corps de la capitale et prendre la direction de l'Est. Dans le noir de la nuit tombée, sous l’énigmatique lune qui observait en silence les pas des éveillés, le Molosse s'en alla.
  12. Hi, honey! Plus sérieusement, super beau travail. J'ai hâte devoir le prochain!