Dulcia

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    Dulcia

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  1. L'Amour et le mariage chez les Volderone-Strausi Di Castelli. LA BELLAGUARDIA Dès l'année 256, une querelle opposa les Volderone-Strausi à Franscesco Di Bellaguardia à propos d'un château, querelle qui se termina tragiquement en 258. A cette époque, les Voledrone-Strausi étaient en charge des défenses d'une succession de « Castels » dont ils avaient hérités les charges par décret royal et situés sur la frange sud du territoire Calphéen. L'un d'eux, la Visalta, était limitrophe de la Bellaguardia, un fort rattaché à la juridiction de Keplan et à la charge de Franscesco Di Bellaguardia qui y vivait avec sa femme et ses trois filles. Le château de Bellaguardia, reconnu comme un ouvrage architecturalement plus aboutit que les « Castelli », fâcha les Volderone dans leur orgueil. En effet, Franscesco fit cas de la grande solidité de ses murs à qui voulait l'entendre et Bellaguardia représentait la fierté du savoir faire de Keplan. Le cas devint litigieux entre les deux voisins et les Volderones se tournèrent vers les Erne pour dénouer le problème. La famille Erne intercéda auprès du père de Guy Serric afin de le convaincre du bon droit des Calphéens sur leur voisins du Sud et finirent par obtenir gain de cause. En 257, le roi, considérant que la forteresse de Bellaguardia était une provocation au pouvoir de Calphéon, ordonna la cession du fort à la couronne Calphéene. Franscesco trouvant la décision injustifiée, refusa de se plier à la décision d'un roi du nord. Ce qui était une lutte d'orgueil devint rapidement un problème politique que Calphéon ne pouvait laisser passer. En 258, on confia aux Volderone l'autorité pour enlever la place. Tâche qui fut confiée à trois jeunes fils : Ricardo Volderone-Strausi Di Castelli, âgé alors de 22 ans, son jeune frêre Albino Volderone-Strausi Di castelli et leur cousin Luisio Volderone-Strausi Di Visalta. Estienne Veracci, chroniqueur de l'époque décrit ainsi l'armée qui fit le siège de la Bellaguardia : « Le roy fit donation aux trois fils Volderone, de quatre coulevrines qui prirent lieu tenant sur les hauteurs flanquant la Bellaguardia. Elles étaient protégées d'un contingent d'une centaine de lansquenets au pourpre éclatant et cinquante sapeurs auxiliaires des contrées de Balenos avaient fait route d'avec l'armée. Le roy avait aussi confié trois physiciens, dix charpentiers et le double de marmitons. Mais il n'avait pourvu l'armée de nulle femme pour apaiser les soldats ce qui fut une grande erreur et aurait pu changer l'issue de ce conflit. » Devant les forces déployés, Frascesco en homme sage et estimant qu'il n'était pas raisonnable de risquer la forteresse, prit la décision de négocier une reddition dans l'espoir de faire entendre raison au roi de Calphéon. Mais la légende veut qu'à la veille de livrer le château, les trois fils Volderone entendirent depuis les fenêtres de la Bellaguardia, s'élever le chant de la plus jeune des filles de Franscesco, Sevina Di Bellaguardia. Leur orgueil bouillonnant et l'avidité de leur jeune âge les convainquirent de se rendre maîtres des filles Di Bellaguardia. Et lorsque au matin, on ouvrit le portes de la forteresse, les fils Volderone ordonnèrent la charge de l'armée pour prendre la demeure par la force. Estienne Veracci raconte, ensuite : « Il fut injuste et d'une grande cruauté que Dieu porte si mauvais coup aux gens de Bellaguardia. Car sitôt eurent-ils ouvert leurs portes dans la paix que les fougueux fils Volderone firent donner leurs hommes avec fureur jusque dans la cour du castel. Franscesco se porta jusqu'à eux pour les ramener à la raison mais Ricardo Di castelli, se saisit depuis son cheval de la crosse d'un étendard et d'un coup, brisa le crane du seigneur. Alors on se déchaîna dans le château de Bellaguardia et il n'y eut plus aucune retenue à la cruauté des hommes. » Le château de Bellaguardia fut pillé et les fils Volderone se partagèrent les filles de Franscesco en butin. Ricardo, qui était le plus âgé reçu l'ainée des trois filles, Ravenna Di Bellaguardia et qui fut contrainte au mariage, l'année suivante. Le château de Bellaguardia fut incendié et pillé durant ce jour et il n'en reste aujourd'hui que des ruines. L’ANECDOTE DES BIJOUX A la suite de cet acte, Estienne Veracci nous raconte l'anecdote des bijoux : « Ricardo Di Castelli, le plus âgé des trois fils Volderone ayant donné l'assaut sur le château de la Bellaguardia, s'était octroyé la possession de la jeune Ravenna. Les Volderone avaient pour idée de ramener par un mariage, les terres et titres de Franscesco Bellaguardia, dans le giron de la juridiction Calphéenne. Ainsi on organisa un grand mariage et l'on fit préparer dix toises du plus fin tissus pour en habiller la jeune mariée et lui faire passer le seuil de la cathédrale de Calphéon, vêtue de rouge et d'or, en soumission à la cité. Et l'on avait fait faire pour elle un beau collier serti d'un aigle de rubis. Mais au moment de passer la porte, celle-ci refusa de porter le bijoux que l'on avait donné à quérir pour elle, en signe de protestation. Et c'est sans parures qu'elle entra avec dignité dans la cathédrale, prétextant qu'il ne fut aucun joyaux Calphéen qui pourrait rivaliser avec la fierté de ce que fut la Bellaguardia » Ravenna Di Castelli donna à Ricardo trois enfants : Giovanni Volderone-Straussi Di Castelli (260), Fabrizio Volderone-Strausi Di Castelli (263) et Lucia Volderone-Strausi Di castelli (265). Et si elle fut par la suite une épouse et une mère aimante, drapée de la dignité qui sied à une telle condition, il ne fut jamais oublié le drame de Bellaguardia. En 288, son fils Giovanni, portait encore à son poitrail, le bijoux que refusa jadis sa mère, en signe de culpabilité de la maison Di castelli dans les tragiques événements du château de Bellaguardia. Une chanson qui nous reste aujourd'hui sous la forme d'une comptine pour enfant, relate ces terribles événements et la violence dont fit preuve Calphéon à l'égard de ceux qui refusaient de se soumettre à son pouvoir.
  2. … le corps de Dulcia percuta la surface de l'eau avec tant de force qu'elle en eut le souffle coupé. En un instant la sensation de se sentir légère fut remplacée par l'effroyable poids de son corps englouti par les flots. Il y eut le son fracassant de l'onde, couvrant tout, puis le froid tandis que l'eau se refermait sur elle… Et enfin rien… Rien que le silence qui l'entourait dans l'obscurité des flots. Dans cette chape glaciale aux sons étouffés, sa robe ondulait, déployée en une corolle flamboyante autour de son corps inerte. La nuit rendait à l'onde cette couleur d'encre dans laquelle, la clarté de son teint diaphane, la faisait ressembler à une de ces poupées immobiles, tandis qu'elle coulait avec lenteur vers le fond… « As-tu peur Dulcia ? » Extirpée de ses pensées, la jeune femme releva ses yeux clairs sur l'homme qui discutait avec elle, dans la douce lumière de candélabres. « Tu penses à lui, n'est ce pas ? – Oui, murmura-t-elle. » Son comparse la dévisageait assis sur une chaise, non loin d'une table garnie de quelques victuailles et une bouteille de vin qui finissait de rendre agréable cette soirée de printemps. Depuis les battants entrouverts d'une porte de bois qui donnait sur le balcon, parvenait malgré la nuit, les odeurs évasives du printemps et le son calme du lac que bordait la demeure. En cette heure tardive, tout n'était que douceur et même loin de la capitale, rien, jusqu'au serviteur qui finissait de débarrasser les restes d'un repas, ne laissait présager que l'on fut pourtant si loin dans le sud. Flavio avait voulu sa demeure ainsi. Un petit coin de raffinement isolé au milieu d'une nature hostile. Mais malgré ce cadre paisible, elle ne pouvait s'empêcher de voir ses pensées, retourner encore et encore vers Calphéon. D'un geste de la main discret, son hôte congédia le serviteur encore présent et ce dernier s'inclina, d'un signe de tête entendu avant de sortir de la pièce sans un bruit. Elle suivit cette ombre mouvante du regard tandis que la porte se refermait sur eux. « Tu n'es pas obligée de le faire tu sais ? » Murmura-t-il, en approchant d'elle. Des remords ! Les hommes en éprouvaient toujours, chaque fois qu'ils se retrouvaient à demander quelque chose à une femme. Elle pris le temps de soupirer, comme si la question ne prêtait pas à débat. « Je suis courtisane, Flavio. Et puis… » Elle fronça légèrement les sourcils « J'ai accepté de le faire. » Il eu un doux sourire et serra doucement la main de l'adolescente. « Tu as grandit si vite en deux ans, Dulcia. Mais tu es encore si jeune… Dans cinq ans. Quelle femme tu seras devenu ! – J'aurais toujours peur, Flavio. – Je ne crois pas, fut tout ce qu'il répondit avec douceur.» Plusieurs coups sourds vinrent soudainement marteler à la porte et tous deux firent pivoter de concert leur regard vers celle ci. le tambourinement fit place à un long un moment de silence ou du moins rien qui ne puisse indiquer de manière précise la nature de leur visiteur. « Qui est là ? » Aucune réponse. Sans quitter la porte des yeux, Flavio murmura doucement, sur ses gardes : « Dulcia, qui est au courant que tu es ici ? – Personne, répondit-elle. » C'était en partie vrais. En partie du moins… Quelques personnes étaient bien au courant qu'elle descendait dans le sud mais elle n'avait pas fait mention de sa rencontre avec Flavio. Une courtisane sait garder ses secrets, ne cessait de répéter la Sacra. Certes, Keharqta et Onofrio étaient assez imprévisibles pour débarquer à l'improviste en ayant traversé le territoire Calphéen de part en part – cette pensée la réconforta l'espace d'un court instant – mais le premier était avec sa « sorcière » et le second était empêtré dans ses obligations. Non, il y avait peu de chance que cette visite lui soit destinée, ce qui n'augurait rien de bon. « Reste en arrière. » Fit Flavio en esquissant un geste vers l'un des murs de la pièce, tout en se redressant. Elle recula, sentant dans la voix de l'homme la confirmation que tout ne se présentait pas comme convenu. Son cœur martelait dans sa poitrine tant et si bien qu'elle avait du mal à respirer… Cette maudite peur, encore ! Elle se déplaça jusqu'à sentir la surface de chaux presser doucement son dos. Elle avait atteint le mur sans vraiment s'en rendre compte et Flavio marchait déjà vers la porte pour la déverrouiller. Les hommes sont toujours trop sûr d'eux. Tout se passa alors si rapidement qu'elle n'eut pas le temps de crier. Cinq hommes s’engouffrèrent dans la pièce comme un torrent se déversant par l'écluse ainsi ouverte et l'un d'eux vint, à l'aide d'un objet de bois qu'elle ne put clairement identifier, porter un coup si violent que l'arcade de Flavio s'ouvrit instantanément. Il poussa un cri déchirant et porta les main à son visage en renversant une petite table basse, dans un fracas de sons chaotiques. Le sang jaillit d'entre ses doigts et la masse agressive leva à nouveau l'objet pour le frapper encore. Les autres se ruèrent dans la pièce et ce n'est que lorsque l'un d'eux se porta sur elle qu'elle pris à nouveau conscience qu'elle se trouvait bien là, au milieu de ce spectacle horrifiant. Les odeurs, les plaintes rauques de Flavio, les mouvements anarchiques des assaillants qui se déversaient dans la pièce, tout devint irréel. Elle tenta de se décoller du mur mais des mains la saisirent pour l'y plaquer à nouveau avec violence. Elle se figea, comme on le fait, face à une soudaine agressivité. La scène avait du se jouer en quelques secondes. Quelques secondes confuses et Flavio gisait à terre rampant pathétiquement tandis que les hommes fouillaient la pièce renversant tout, ouvrant les meubles, déversant jusqu'au contenu de ses propres affaires sur le sol. La brute qui la maintenait au mur, se contentait de la tenir immobile – Ce qu'elle faisait de toute manière très bien toute seule – et elle pouvait sentir sur elle, ce regard au yeux trop petits dans une face trop grosse. Il se dégageait de lui une odeur de vinaigre et d'ail, qu'elle trouvait fort déplaisante quoi qu'elle n'en fit pas mention. Ne pas bouger, ne pas parler, restait inconsciemment le meilleur moyen de rester en vie. Un homme fit son entrée dans la chambre. Sa démarche claudiquait à peine, ce qui n'enlevait en rien une certaine grâce féline dans sa posture. Il n'avait pas un visage repoussant, loin de là, et hormis un nez droit, à peine trop long, il était plutôt beau garçon. C'était dire le degré de désespoir qui l'étreignait soudainement, que de penser à la beauté d'un assaillant dans de telles circonstances. Mais quitte à devoir écoper d'une violence à l'encontre de sa nature féminine, elle se prit à songer qu'elle préférait que ce soit lui, plutôt que celui à l'odeur de vinaigre. C'était complètement absurde… Mais la violence induit des réflexions absurdes. Le nouveau venu vint surplomber Flavio qui rampait toujours au sol et, écartant les bras, il se mit a parler d'un ton courtois, ce qui ne l'en rendait que plus inquiétant. « Flavio, fit-il d'une vois mielleuse. Comme on se retrouve, hein ? » L'introduction manquait d'originalité. « Tu étais en compagnie d'une courtisane ? Veuillez nous pardonner, Ma-Donna. J'espère qu'on ne dérange pas votre petite soirée romantique. » Elle secoua la tête comme un oiseau craintif et il revint à Flavio. « Tu avais prévu de passer du bon temps, Flavio, en oubliant de me rendre ce que tu m'a pris ? » Il se pencha vers sa victime. « Où sont les pierres noire de Kedrigh ? » Flavio se tortillait à terre avec lenteur, la chair de son arcade ouverte tandis que se répandait d'entre ses doigts, le sang cramoisi qui venait maculer le plancher de bois. Il tremblait, encore sonné par le coup mais elle du lui reconnaître une certaine bravoure car concernant ces foutus pierres noires, il resta silencieux. La pièce était sans dessus dessous et l'un des hommes de main secoua la tête dans un constat amer : «Rien dans la pièce, Cruzo ! – Ni dans les affaires de la putain ! » Ajouta un second. Dieu ! Évidemment qu'elle n'avait pas de pierres noires dans ses affaires ! Flavio se mit à rire doucement. Ainsi prostré au sol, il y avait chez lui quelque chose du désespoir, de ce genre de posture que l'on prend lorsque l'on sait que tout est terminé. « Mon agent à déjà les pierres, Cruzo, fit le pauvre homme, dans un son sifflant d'une hilarité fausse. » Cruzo s'empara de lui par le col pour le redresser sur les genoux ce qui n'augurait rien de bon. Elle ferma les yeux pour tenter de rassembler ses esprits. Il était clair que Flavio ne dirait rien au sujet de ces pierres noires. L'un des hommes fronça les sourcils et sa voix rauque s'éleva comme une évidence : « Le serviteur que nous avons croisé ! » Cruzo pris le temps de regarder le visage ensanglanté de Flavio avant d'émettre un rictus grimaçant. « Prends quelques hommes et rattrapez-le ! » Ordonna-t-il à l'un de ses hommes de main. « Il ne doit pas quitter le périmètre. Va ! » Et la majorités des hommes se rua hors de la pièce pour rattraper le fugitif. Il ne restait plus que Flavio, Cruzo, le porc transpirant qui la tenait et elle… Elle ! Pourquoi était-elle allé se mettre dans un tel pétrin ? « Tu vas me dire vers où est parti ton agent. » Questionnait Cruzo à bout de patience. – Tu ne le rattrapera pas… » La réponse eu don d'énerver passablement le chef de la bande. « Vous autres Calphéens, ne changerez jamais... » Il y avait une profonde haine dans la voix du tortionnaire qui lui glaça le sang ! Elle respirait avec difficulté et chaque inspiration forçait l'entrée entre ses lèvres de cette odeur de vinaigre qu'elle ne pouvait plus supporter. « Vous êtes si certains de vos plans, poursuivait Cruzo. Mais c'est terminé, Flavio ! Le conseil de Kalis ne nous aura pas deux fois. » Le visage ensanglanté défiait son agresseur. Flavio allait mourir. Elle en était certaine à présent. La voix de Cruzo s'éleva soudainement, emplissant la pièce comme un coup de tonnerre : « OÙ EST PARTI L'AGENT ?! » Elle sursauta, plaquée au mur. Son coeur se serra quand elle entendit le son mat du poing qui vint percuter le visage de Flavio, celui de la mâchoire qui se fracturait. Il y eu un autre coup, un autre bruit abject de cette face que l'on martelait. Son sang ne fit qu'un tour et, dans un réflexe sans doute stupide, elle tenta de s'arracher à l'emprise de l'homme qui la tenait. Elle parvint à le dépasser sur le côté, et elle avait presque l'impression d'être en mesure de fuir lorsque la main épaisse se referma sur son poignet. Elle fut stoppée net, et l'arrêt imprima dans son élan un large mouvement circulaire qui l'envoya valser à la surface d'une table. Le meuble bascula sur le coté, la projetant au sol ainsi que les objets qui s'écrasèrent autour d'elle. « Où tu vas ma petite ? » Fit son gardien en ricanant. Le choc avec le plancher fut violent et elle porta la main entre elle et le plancher pour tenter par réflexe de protéger son ventre. Tout n'était plus que confusion. Et cette violence qui emplissait tout... Dans un coin de la pièce, elle entendait encore les sons du visage de Flavio que l'on frappait comme un vulgaire morceau de viande, ponctués des questions qui se répétaient en boucle dans un hurlement rugissant. Où est parti l'agent ? Encore l'agent... Ces maudites pierres noires ! Cette même rengaine insupportable. Elle ne prit même pas la peine de se relever dans la terreur qui s'insinuait de toute part jusqu'à lui donner la nausée et rampa sur le sol aussi vite que possible, le souffle de son jeune âge sifflant contre le plancher de bois. Elle sentit la main rugueuse se refermer sur sa cheville et elle fut tirée en arrière avec une telle violence que sa joue percuta le sol. « Viens par ici ! Je ne me suis jamais tapé une putain de la République, fit la voix rocailleuse » Elle se débattit lorsqu'elle sentit ses cheveux clairs agrippés, et il la redressa, arrachant à l'adolescente un son plaintif, presque un sanglot. Elle griffa la mains pour tenter de s'en extraire, atténuer cette sensation douloureuse. « On dirait un petit serpent frétillant, murmura son agresseur tout près d'elle. » L'instant d'après, il la lança avec une telle force que la courtisane traversa les battants de bois qui séparaient la pièce du balcon. Elle alla se fracasser contre la rambarde, dans l'obscurité soudaine de la nuit qui, autour d'elle, avait fait place aux lumières vacillantes de la pièce. Tremblante, elle raccrocha sa main à la balustrade, essayant sans force de se relever. Quelque chose lui criait intérieurement de ne pas se débattre, de fermer les yeux et de se laisser faire, attendre que ça passe et mourir… quelle importance ? Elle fut à nouveau saisit par ces mains – encore ces mains – et son agresseur la retourna pour la plaquer, le dos contre la rambarde. Les doigts épais se serrèrent sur sa gorge trop frêle, amenuisant le filet d'air paniqué qu'elle tentait d'expirer. Il était collé contre elle, défaisant de l'autre main le ceinturon dont le tintement contre son ventre, lui arrachait des soubresauts de contractions. Elle ferma les yeux pour ne pas voir ce visage. Celui de Keharqta s'imposa à son esprit. C'est étrange comme l'esprit, dans certaines circonstance, tentait de s'attacher à des détails agréable. A l'intérieur, les rumeurs du calvaire de Flavio lui parvenaient confusément. Le bruit d'une dague que l'on sort la ramena au danger imminent qui la menaçait et elle sentit l'acier venir racler contre le tissus de sa robe qui couvrait son ventre, remontant avec lenteur. « Je vais t'en montrer un autre de serpent, ma jolie ! » Fit la voix rauque et puante. La lame serpenta jusqu'à la première attache qui refermait sa tenue, juste en dessous de sa poitrine et le lien de cuir céda, puis un autre juste au dessus. Elle sut avec certitude, à cet instant précis, que ce qui allait suivre était inévitable. Une autre attache céda…Une détonation retentit, lointaine et elle entendait la voix de Cruzo qui exultait depuis la chambre : « Tu entends ça, Flavio ? Mes hommes ont eu ton agent, ils sont sans doute en possession des pierres noires à présent. » La respiration de la brute soufflait contre son visage, tandis qu'il cisaillait une quatrième attache et sa robe qui masquait ses formes, se distendait lentement. « Je vais enfin pouvoir boire au sein d'une courtisane. » Fit la voix rocailleuse aux accents de vinaigre. Elle ouvrit lentement ses yeux clairs pour contempler l'image de Flavio dans l'encadrement de la lucarne. Le visage en sang, il la contemplait. Tous deux savaient qu'il était perdu. Elle eut pour lui un regard désolé et les yeux de son ami, laissèrent transparaître une sérénité qui lui redonna courage. L'ultime attache sauta, rompant les dernières protections qui préservaient ses formes trop jeunes du regard de son agresseur. Rassembler ses esprit… ce n'était plus qu'une question de secondes. Elle fit glisser ses prunelles azurées sur la face brutale qui s'apprêtait à se délecter du spectacle. Elle se tenait prête. Son corps se secoua d'un spasme lorsque les mains calleuses se glissèrent sous le tissus pour effleurer sa poitrine et sa respiration se coupa tandis qu'il écartait violemment les pans de la robe, jusqu'à la déchirer, exposant la poitrine à son regard. La brute, porta son regard enthousiaste sur les seins ainsi offerts de l'adolescente avant de se figer. « Espèce de... » Murmura-t-il. … Et entre les formes blanches de la jeune fille trônait fièrement une riche parure d'or sertie de pierres noires à l'éclat de nacre. Il releva le visage vers elle, comprenant la supercherie et elle profita de la confusion soudaine pour basculer ses reins par dessus la rambarde. « CRUZO, LA PUTAIN ! » Hurla la brute, qui lâchait prise Elle rassembla alors ses pieds, pour venir pousser de toute ses forces contre le ventre de son agresseur et chavirer en arrière. Le monde tourna dans un vertige effarant. Elle cru voir Cruzo pointer un pistolet dans sa direction et elle entendit une détonation tandis qu'elle basculait dans le vide. Et elle tomba, durant un temps qui lui parut interminable. Elle se souvint dans sa chute s'être questionnée sur la définition exacte du mot « peur »… … avant que son corps ne percute la surface de l'eau et qu'elle ne soit engloutit par la masse noire des flots. Et tandis qu'elle coulait lentement dans les ténèbres de la rivière, elle eut le sentiment de ne plus avoir peur. … Cruzo et son homme de main, tous deux sur la balcon, scrutaient les flots noir qui s'étendaient au pieds de la demeure. « Je crois que c'était elle, fit la brute à la voix rocailleuse. La Damonti... – Evidemment. » Cruzo grimaça, sa main venant serrer la balustrade dans cette frustration qui était la sienne d'avoir été abusé ainsi. La brute balaya un peu plus du regard, l'onde ténébreuse qui, d'ici, ne semblait subir aucun remous. « On n'y vois rien avec cette obscurité. Peut être qu'elle s'est noyé. » Cruzo soupira alors et secoua la tête doucement. « Non… Elle est ressorti quelque part. Prends des hommes avec toi et bloquez les routes. Assurez vous qu'elle ne rejoigne pas Calphéon. »
  3. LA VICTOIRE D'UNE JEUNE FEMME SUR LE DESTIN (…) J'aimerais, ma tendre Elyssa, ici te faire part de ce que fut ma vie dans mes jeunes années. Comme tu le sais je fus courtisane, à l'âge de seize ans et dès ce moment, livrée au jugement des autres, à leur méchanceté et à leurs bassesses. Je veux avant toute chose, témoigner devant toi, que ce ne fut pas un choix conscient ou un désir de dépravation. Comme tu le sais, dès les premiers jours de mon arrivée à Heidel, je fus contre mon grès, arrachée à la vertu que l'on prête aux jeunes fille, par l'avidité prédatrice d'un homme du nom de Vittorio Cortesi. Victime de ce forfait, j'aurais pu, à peine mon histoire entamée et déjà entachée par la honte, me taire et m'effacer de l'histoire du monde mais il n'en fut rien. De ce jour est né chez moi un sentiment de révolte et une volonté de lutter contre la cruauté du monde, ce que je fis en devenant ce que la morale réprouve, morale qui est prompte à montrer les femmes du doigts sitôt qu'elle se rebellent mais s’accommodant pourtant de ceux qui par leurs actes, les poussent à une telle colère. Je dis en toute sincérité devant toi, que je ne regrette rien de ce choix quoi que rien ne me fut épargné dès lors. Il faut que tu saches, ma douce Elyssa, que ce ne fut pas un chemin facile et nombre de gens, motivés par le mépris, la haine ou la jalousie, m'ont insultée pour ce que j'étais. Dénués de scrupules, ils m'ont traitée de putain ou raconté les pires horreurs dans mon dos. Sans aucune honte pour les mots qu'ils proféraient, ils ont rit parfois, ont espéré pour les plus cruels d'entre eux une punition à la hauteur du prétendu crime qui était le miens. Ainsi sont et seront toujours une partie des gens, tu dois en être consciente. Ils tenteront toujours de salir ce qui brille, de rabaisser ce qui est grand ou de renverser ce qui les dépasse. Moi qui n'ai jamais commis aucun crime contre eux, qui me suis battue pour plus de justice, qui ai fait éloge de l'intelligence, j'ai eu plus d'ennemis contre moi que la majorité des criminels de ce monde. On a dressé contre mon nom, tour à tour, l'inquisition, l'organisation criminelle de la main noire, un juge de Calphéon, quelques maisons nobles, la Sainte Egide, un capitaine de Trina, des nationalistes Serendien, des adeptes de Hadum. On m'a assignée en procès pour avoir dénoncé mon viol et requis de m'exciser en place publique pour punition. Le gouvernement serendien m'a exilé pour avoir pris position contre la criminalité qui gangrenait ses rues, afin que je ne puisse plus jamais honorer mon père, ma mère et mon frère enterrés là bas. Par sept fois, on a tenté de m'enlever, par trois autres fois de me violer pour me contraindre à l'obéissance. Les conservateurs et les monarchistes ont mobilisé des prêtres, des valkyries, des chevaliers de Delphe et des forces de Trina pour arracher quelques pages de mon livre et tenter de m'infliger quelques humiliations de plus. Une femme du nom de Thalmarea s'est emparé de ma sœur pour la forcer à se prostituer et salir le nom qui est le notre. Toutes ces violences je les ai encaissées les unes après les autres. Car elles ont toujours été le prix de la célébrité. J'ai pleuré autant de fois qu'il le fallait, des nuits durant, mais chaque matin je me suis relevée pour faire face à ces gens. Je n'ai jamais capitulé ni ne me suis jamais plainte en public. Et sans jamais tenir une arme ou m'armer du moindre sort, j'ai déjoué chacun de leur plan, sans jamais rien céder. J'ai montré, parfois avec arrogance j'en fais aveux, que l'on pouvait être une femme, s'élever de la boue la plus immonde et malgré tout rayonner sur le monde avec intelligence. Ce que les hommes prenaient pour acquis, je l'ai renversé pour rendre justice à toutes celles qui n'en avaient pas eu l'occasion pour cette vie et des centaines d'autres à venir. Entends bien, ma tendre Elyssa, que je ne regrette rien. Car au-delà des douleurs, parfois cruelles, des injustices de ma condition, la vie m'a offert plus que ce que la plupart des gens n'auront jamais. Et tout cela sera à toi, un jour. Cet arbre de mon enfance piétinée, je t'en lègue les fruits ainsi que la leçon suivante. Le jour venu, choisis d'être libre et arme toi de courage. N'attends aucune compassion du monde mais ne laisse jamais la haine ou le sentiment d'injustice t'envahir. Sache que l'on te mettra à bas bien des fois. Relève-toi aussi souvent qu'il le faudra et marche pas à pas dans la lumière sans jamais te retourner. Brille ! Repends l'intelligence d'un esprit éclairé et pardonne toujours à tes ennemis. Et je puis t'assurer que tant nombreux seront tes adversaires envieux, le seront aussi ceux qui se lèveront pour marcher avec toi, enthousiastes de l'éclat de cet espoir que fait vivre la revendication d'un sentiment juste. Tu les reconnaîtras. Lorsque hurlent les loups en meute dans ces moments de l'histoire où la bassesse humaine se manifeste, ils se tiennent à l'écart attendant de porter leur aide aux plus faibles, l’œil brillant d'intelligence et d'un espoir de justice. Des gens que furent pour moi, Valentinna, Onofrio Cortesi, Keharqta, Lucia Di castelli, Fabrizio, Giovanni, Modesto, Giaccomo, Tiberio, Corentin Duval, Lucian ou Velethuil. Ce sont de tels gens qui te relèveront et qui te soutiendront. Fais honneur à ce qu'ils sont et ce que je fus, en avançant aussi loin que possible, à ce courage qui nous a animé et qui pardonne toutes les lâchetés, toutes cruautés, toutes les jalousies de la masse de ceux qui ne pourront compter sur d'aussi fidèles amis. Et plus que toute chose, ma fille, sois fière de ce que tu es. Ne crains pas le monde et oppose dans l'adversité, à chaque insulte portée, ta volonté de t'affirmer en tant que femme, tout comme je l'ai fais et d'autres avant moi. Car comme le chante la poétesse : « Qu'est ce qu'une femme ? Que possède-t-elle ? Sinon elle-même, elle n'a rien. Pour dire ce que je ressens avec sincérité, et non les mots de celle qui est à genoux, l'histoire retient que j'ai tenu contre les coups… et je l'ai fait à ma manière. » (...) Extrait d'une probable lettre de Dulcia à sa fille, datée aux environs de l'année 303. DULCIA VOLDERONE-STRAUSI DA MONTI
  4. La poétesse Dulcia Da Monti vient de sortir son nouveau livre : "Confidenze della luna", un mélange entre vers en quatrains sur des réflexions de la vie, inspirés dans leur forme par les quatrains valenciens que l'on nomme Rubaiyat, et de prose traitant de questionnements du quotidien. Fidèle à son ton, la poétesse y défend une vision libérale, proche des mouvements progressistes du conseil de Kalis. Les livres d'une centaine de pages, qui étaient imprimés aux éditions l'Aiglon aux mains de la famille Di Castelli et dont nul ne se fait d'illusion quant à leur proximité avec les idées politiques de partis comme ceux des Leight, des Erne ou des Encariota, ont été transportés dans la nuit pour alimenter les librairies de Calphéon. Des convois sont partis à l'aube, avant l'officialisation de la publication pour se rendre à Epheria, Velia et Heidel, afin de livrer des exemplaires des ouvrages et prendre de court les mouvements se rattachant à l'inquisition et les empêcher de saisir les livres avant toute lecture de l'Eglise, devançant la répression de la censure. D'aucuns soulignent, que le ton du livre y est moins vindicatif que celui du recueil Da Monti, ce qui fait dire à certain que Dulcia semble avoir tiré la leçon de son précédent ouvrage ayant vu la mobilisation de contingents de l'église, de ces groupes affiliés à l'inquisition, de chevaliers de Trina et de Delphe et de quelques valkyries pour saisir des livres afin d'en arracher les feuillets "Humanista" -- ce qui fait dire que le Recueil Da Monti aura mobilisé plus de forces Calphéennes que bien des menaces de la République -- Mais d'autres y voient une évolution vers plus de maturité de l'adolescente qui fête ses dix huit ans -- Un âge où il est temps d'être mère. -- Villemo Cardosio, un poète, prétends quant à lui, que Confidenze della luna est de loin plus violent que ne l'était le Recueil Da Monti, car la jeune fille y cache par un ton plus courtois, une réelle charge intellectuelle et acerbe contre certaines composantes de la société.
  5. Depuis un ou deux jours, une petite chaloupe de commerce heideloise et opinément nommée "La Serendia" est arrivé au port de Tarif, transportant dans son tonnage des sacs de blé et des citrouilles de la région voisine [Ces dernières étant relativement en mauvais état ayant voyagé trop longtemps]. Le petit groupe de marchands a déchargé sa cargaison sur le port aujourd'hui, quelques sacs de blé entassés rapidement, sans trop prendre le temps de jacter avec la population locale. Le marchand à leur tête, plus prolixe, un bon gaillard de presque une toise et parlant avec un fort accent serendien, s'entretient plus aisément avec les gens du coin, plaisantant d'une voix rauque et malgré la cicatrice qui court sur un coin de son œil gauche, il ne semble pas hostile à de bonnes discussions sur les nouvelles de la ville, s'intéressant dans un ton convivial à toutes les affaires possible, notamment l'achat d'un cheval. S'étant plusieurs fois renseigné sur les personnes à contacter aux écuries de la ville pour acheter une monture de Tarif qu'il aimerait ramener à sa fille il aura gratifié les quelques gens discutant avec lui d'une franche tape sur l'épaule, la main lourde, pour les remercier de prendre le temps de répondre, quoi qu'il ne se soit jamais vraiment prononcé sur la façon de faire rentrer un tel animal dans la chaloupe.
  6. Le 22 BER, 288 Un petit billet parfumé à été abandonné dans des dossiers de session du parlement, un poème visiblement écrit par une femme et sans doute oublié par un ministre trop étourdi fréquentant de trop près quelques jeunes filles libérées. "Dépourvue et mandant amour, notre destinée est veule à languir ici. Donnez ami, toute ivresse ! Obséquieux, nous pourrons ourdir un rêve virginal. Ivresses régaliennes, glorieuses ! Illustrons les libations orgiaques." Nuit du 22 au 23 BER, 288 Une note apparait dans les archives de Trina, faisant mention d'un attentat [nôté "Attemptat"] au cœur de la forteresse de Delphe à laquelle est apposée la mention : "Mort de la prisonnière "M" La note laisse apparaitre la présence d'un officier de Trina et d'une Valkyrie présents sur les lieux lors de l'attaque. Se trouve griffonnée sur la note la mention suivante : "Nom de notre ennemi révélé ! " Matin du 23 BER, 288 Très tôt au matin, trois hommes armés et vêtus de sombre ont embarqué sur un navire marchand à quai de Calphéon, et enregistré récemment sous le nom du "Serendia" à la date du 20 BER, 288, au compte de "Madame Latore". Le navire est parti sur le fleuve Demi en direction de l'Est. Aucune mention pourtant du départ et du stationnement de ce navire n'apparaissent sur le registre des quais de Calphéon.
  7. Informations pouvant être connues de ceux s'intéressant aux affaires militaires de Calphéon et relatives aux violences non officielles de la République à l'égard de ses ennemis. 21 BER. 288 Giovanni Volderone-Strausi Di Castelli a été rappelé du front pour rejoindre Calphéon avec quelques hommes dans le cadre d'une affaire de sécurité publique. Il est entré dans la ville au matin du 21 du mois de BER. et ses hommes campent à l'extérieur de la ville en attendant les directives. Le capitaine s'est entretenu longuement dans la journée avec la Valkyrie Lucia Di Castelli au sein de la garnison de Trina avant de rencontrer trois hommes vêtus comme de simples citoyens mais portant des armes et présentant une certaine rigueur militaire. Les plus avertis auront aisément reconnus des agents de la République, hommes de main à la solde des basses besognes de Calphéon. Il ne fait aucun doute, qu'en marge de l'affaire, la République s'apprête à commanditer des assassinats ciblés contre des ennemis de la cité. La présence de ces hommes et du capitaine, confirme l'imminence de ces représailles quoi que nul ne sache encore l'identité de la ou les cibles de ces attaques.
  8. LA JEUNESSE DE CALPHEON "L'époque s'est trompée sur qui était Dulcia Da Monti. Certain on vu chez elle une forme de décadence. D'autre y ont vu du génie. Pour certain elle a été une prostitué. Pour d'autre une artiste. Pour d'autre encore un agent de la République. La réponse au grand mystère des ambivalences qui furent les siennes a toujours été là, devant nos yeux, quelles que soient les époques. Dulcia ne fut rien de tout cela... Sinon cette colère permanente de la jeunesse, cette rébellion face au monde. La soif de liberté qui fut la sienne, cette violence de la lutte perpétuelle, ne fut pas celle des Humanistes. Ni celles des progressistes, moins encore de la République. Ce fut celle d'une jeune fille de dix sept ans... celle de la jeunesse Calphéene et de toutes les jeunesses au travers l'Histoire."
  9. Dulcia Volderone-Strausi Da Monti, la plus charmante "putain de la République", protectrice des Arts et des lettres, serait de retour à Calphéon. Irrévérencieuse, provocante, impétueuse et narcissique, la rue est partagée par le retour de cette adolescente ayant pour habitude d'enflammer la morale patriarcale, entre ceux qui honnissent la courtisane pour ses mœurs et ses prises de positions libérales et ceux qui saluent ses positions progressistes et sa capacité à alimenter le débat d'une nouvelle ère. Comble de la provocation, montrant que la jeune fille n'aurait rien perdu de son caractère sulfureux, elle aurait fait son entrée dans les rues de Calphéon à dos de dromadaire. Si certain n'auront vu là qu'une simple occasion de voir pour la première fois ces étranges chevaux de l'Est, d'autres, parmi les plus conservateurs, n'auront pas manqué de souligner qu'une jeune femme chevauchant une bosse immense en pleine rue est un message on ne peut plus clair, envoyée par la courtisane à ses détracteurs. Il se murmure également que la jeune fille de dix sept ans -- certains lui en donnent seize, d'autres dix huit, une part de flou étant maintenu quant à ses origines -- serait revenue avec les manuscrits de deux livres écrits de sa plume. Ces manuscrits seraient déjà entre les mains de la maison Di Castelli et en cour d'impression selon les rumeurs et certains membres de l'église semblent être sur les nerfs, personne ne sachant encore si ces prochains ouvrages vont ou non attaquer de front, une fois de plus, les piliers de l'Elionisme. L'adolescente, n'aurait pas perdu de temps et sélectionnerait déjà ses futurs protecteurs parmi la listes des hommes les plus puissants et des plus fins esprits de Calphéon, seuls capables de s'offrir le luxe d'entretenir une courtisane, symbole de pouvoir et de fortune à travers les âges, quoi que d'aucun spéculent déjà que les hommes susceptibles d'un tel pouvoir et d'assez de richesse et d'esprit pour posséder un tel bien intellectuel, se fassent désormais rares. Après tout, les courtisanes, comme toutes œuvres d'Art, sont dépendantes de la puissance financière et du raffinement d'une société dont elles ne sont que l'un des reflets.
  10. La rumeur prétend que les Volderone-Strausi Di Castelli, éminemment connus pour haïr depuis longtemps les nationalistes qu'ils soient de Serendia ou de Calphéon, cracheraient en pleine rue au visage des citoyens faisant trop ouvertement part de leurs velléités envers les étrangers, ce qui somme toute semble pour le moins singulier quand on connait la courtoisie et la retenue des Di Castelli. D'autres rumeurs iraient jusqu'à prétendre que les Volderones, dans leur rêve d'impérialisme universel, propre aux idées progressistes de la République, financeraient eux même l'arrivée de vagues d'immigration à destination de la Cité pour servir le rêve d'une Calphéon rayonnante sur le monde par la multiplicité de ses talents et de ses peuples divers, tous attelés à la seule tâche de servir la République. Bien sûr, les plus avisés considèreront comme farfelu d'imaginer les Volderones-Strausi, dépenser de l'or pour des sujets aussi triviaux mais peut être, après tout, que ces rumeurs ne vivent que pour faire exister une autre façon de voir le monde et l'économie, qui ne soit pas uniquement basée sur l'opposition du "nous contre les étrangers", opposition absurde qui fut si banale à Heidel même, que sa simple idée réduirait la puissance de la République à une bête copie d'un bourg serendien miné par ses défaites. Quoi qu'il en soit, nul n'ignore que les mouvements progressistes voient d'un bon œil l'acquisition de talents, même étrangers, nécessaire à la grandeur d'une civilisation.
  11. Ce projet est très sympa dans l'opportunité RP qu'il peut offrir d'apporter quelque chose de nouveau et une approche plus intellectuelle du rapport entre les personnages et peut poser la question de la place de l'enfant au milieu de nos personnages. Cependant, je pose ma problématique car j'ai cette habitude de toujours replacer une action, un comportement ou un projet dans la cohérence sociale, culturelle politique ou économique d'un lieu. Ne t'embête surtout pas à te tracasser sur ce que je vais dire, fais ton truc et fonce ! Ça t'appartient, c'est ton RP, ton jeu et si cela te permet à toi et à d'autres de vous amuser autour de cette question, c'est ce qui compte. Lis donc mon propos avec distance, plus comme une analyse de la problématique de l’enseignement dans un univers comme celui de BDO qu'une analyse de ton projet a proprement parler. Nous autre rôlistes, parce que d'aucun nous disent : « Merde à la cohérence de la réalité. On est dans un univers qui n'est pas la réalité, fais ce que tu veux tant que tu respecte le Lore! », nous essayons d'occulter ou de glisser sous un coin de tapis les expériences passées de notre propre histoire, de peur qu'elles ne nous piègent dans une copie qui du moyen âge, qui de la renaissance, qui de l'antiquité, qui de la protohistoire, etc.… Mais comme nous baignons dans une influence IRL, refusant d'analyser les choses sous le spectre du passé, nous ramenons avec nous les réflexes de la seule époque restante et à laquelle nous ne pouvons échapper, à savoir l'époque contemporaine. Et dans l'époque contemporaine, il semble en effet logique et facile de créer une école. Il faut payer un professeur, avoir un endroit ou accueillir des enfants et roulez, jeunesse ! La vérité est que ce modèle là est un modèle contemporain et que, outre qu'il coûte en vérité extrêmement plus cher qu'on ne le pense, il ne fonctionne que dans certaines conditions économiques qui comprennent, la capacité d'une production de masse et une politique égalitariste permettant des débouchés de cheminements sociaux divers. Ça paraît chiant dit comme ça, mais je vais prendre l'exemple de BDO pour expliquer. Pourquoi, n'a-t-on jamais offert un service d'école gratuite (exception faite d'une parenthèse romaine) avant notre période contemporaine ? Ce n'est pas que les gens sont plus bête ou qu'il n'y avaient pas pensé. C'est que la gratuité de l'école n'existe pas. En vérité, elle coûte extrêmement cher aux gens qui y mettent leur enfant et ce même si ils ne paient rien en frais direct. L'économie est une chose plus complexe que de savoir combien de pièces d'argent ils vont payer, ou pas, pour les services d'un professeur. Il existe par lien de cause à effet tout un engrenage indirect qui devient de fait une dépense par manque à gagner. Hors dans une économie principalement agricole comme celle de serendia (ça marche aussi pour Calphéon et Balenos), si je suis un paysan ou un artisan de Heidel et des environs, envoyer un enfant à l'école me coûte indirectement très cher car ce que j'enlève de ma main d’œuvre, je dois le payer avec un ouvrier en plus ou accepter de baisser mon rendement. Hors, nous ne sommes pas dans une production de masse. L’État ne peut donc ni s'assurer d'une rendement global assez grand pour pour me prémunir de la famine, ni d'une production assez soutenue pour maintenir des prix bas pour les marchandises que je consomme. Ma survie et celle de toute ma famille dépend donc de mon propre rendement. Si j'ai une femme, ma mère à la maison et cinq enfants dont deux en bas âge. La grand-mère ne fait rien sinon des petites choses et elle est une charge. Mais elle m'a élevé et c'est un peu sa retraite...elle aide à la maison et me conseille tout en filant de la laine, ça peut servir. Mes deux enfants en bas âge sont trop petits. Il me faut quelqu'un pour les garder. Soit l'un de mes cinq enfant, soit ma femme. Pour l'exemple Je mets ma femme puisque accessoirement elle peut en profiter pour aller acheter des biens au marché, puiser de l'eau, faire a manger, s'occuper de l'entretient quotidien de la maison en plus de gérer les deux enfants avec l'aide de la grand-mère qui file. Il me reste moi et trois enfants. Chaque enfant me coûte l'argent que je paye pour les nourrir et les habiller comme tous les gens de la maison. Mais ils sont une bonne affaire parce qu’ils me fournissent une main d’œuvre pour m'aider dans mes affaires (qui sont aussi les leurs) que se soit aux champs, à la boutique ou n'importe où et maintenir un rendement suffisent pour amortir la prochaine inflation, la prochaine famine ou le fait que tôt ou tard, l'un de nous se cassera la jambe. Un enfant c'est un quart de cet effectif de travail. Je ne peux pas m'en débarrasser pour l'envoyer à l'école. Admettons maintenant que par chance, je fasse un métier ou seulement trois personnes soient suffisante pour maintenir un taux de rendement suffisant pour assurer la sécurité de ma famille. Cela veut dire que j'ai un enfant (au hasard ma fille aînée Églantine de 16 ans) qui se trouve libre. Je peux : Soit envoyer Églantine à l'école et en ce cas il faut que l’État me promette qu'une fois sachant lire, elle pourra obtenir un poste de magistrate ou quelconque fonction étatique qui permette à des gens de condition sociales basse de parvenir à de hautes fonctions ce qui n'est pas gagné encore à Serendia. (C'est principalement l'un des axes de fonctionnement des société humanistes qui vont suivre et que nous appelons les Républiques.) Soit envoyer Églantine aider sa mère, qui se tue déjà à la tâche à la maison et réduire la charge de travail de ma femme, que j'aime, par deux pour lui permettre de vivre mieux, plus longtemps, moins malade et en meilleure santé. Sachant qu'a cela s'ajoute le fait que si moi ou un autre de mes enfants tombons malade, Églantine devra prendre le relais à ferme. Si je dois aller au marché à Glish, Églantine devra prendre le relais. Si un orage arrache des tuiles du toit et que je dois le réparer, Églantine devra prendre encore le relais. Et je ne parle même pas du fait qu'Eglantine a seize ans, qu'elle commence à râler sur le fait qu'elle n'a pas assez de temps à passer avec Gaêtan, le fils du meunier, à qui je devrais payer une fichue dot quand ils se marieront pour qu'elle aille au final travailler dans son atelier et plus à ma ferme. Si nous ajoutons a cela Jordine qui nous assaille avec ses impôts de plus en plus grands, les Calphéens qui envahissent notre marché, il faut alors comprendre qu'envoyer un enfant à l'école, même gratuite, est une affaire hautement plus délicate qu'il n'y parait. La seule façon d'y parvenir est a mon sens de trouver un système compensatoire qui puisse couvrir la perte qu'impute de se séparer d'un enfant durant la journée pour des familles pauvres et là, on rentre dans une réflexion inintéressante en terme de RP sur la réalité d'un système éducatif propre à Serendia, même privé.
  12. Une petite équipe d'humanistes et d'intellectuels, dont la poétesse Dulcia da Monti, devrait embarquer dès lundi dans une première expédition pour le compte de l'encyclopédie qui mènera le groupe jusqu'à Valencia. « La Virevoltante », le navire mis à disposition pour les travaux sur l'encyclopédie est en court de chargement sur les quais de Calphéon, et des ouvriers transportent depuis hier au soir, en cales, du matériel loufoque allant d'instruments de mesures composés de ballons de verres, à d'étranges systèmes de mire pour des relevés de terrain. Francisco, un habitué des quais donne quand à lui ce témoignage : « Il s'emporte tant de matériel technique sur ce bateau qu'on dirait presque un navire de maçons et j'ai vu moi-même, sur une caisse de nourriture, se côtoyer des objets aussi singuliers qu'une équerre et un compas. » L'expédition semble être financée par quelques familles progressistes et quoi que ses retombées économiques puissent paraître obscures pour des gens plus terre à terre, quelques rumeurs imaginent des objectifs secrets à cette expédition, enflammant l'imaginaire quant à cette secte des humanistes et leurs rêves utopistes. Parmi ces rumeurs, la plus fantasque ferait référence à un mystérieux chargement de lingots d'or, prévu pour les cales du navire et son voyage jusqu'à Valencia. La route du navire semble être connue et elle devrait courir sur le fleuve Demi passant par Heidel puis Tarfis, avant de transiter par Altinova pour ensuite rejoindre la mer. L'embarcation devrait ensuite longer les côtes de Mediah pour s'enfoncer dans les gorges d'Al Halam puis faire un arrêt sur les pentes du volcan Gavinya et enfin débarquer à Arehaza, à l'extrême Est. Le matériel devrait ensuite être acheminé vers Valencia, d'où partirons ensuite plusieurs expéditions d'études à travers le désert. L'un des objectifs de cette mission serait, dit-on, de cartographier le massif de Dona, voire de vérifier l’existence de la vallée cachée de Titium, bien que certains prétendent que le village de Muiquun et ses rebelles soit l'un des objectifs sous-jacent de cette expédition. Comme d'habitude, connaissances et politique se mêlent chez les humanistes dans leur rêves d'un jour porter la civilisation Humaine à une seule Universalité commune. ...« Universalité commune, oui ! » Plaisantent quelques mauvaises langues, « Mais sous l'égide de la domination culturelle Calphéene. Tel est le rêve humaniste, de ceux qui les ont précédés et de ceux qui leur succèderont...»
  13. @Valderion Il se dit que le prêtre Gwareth Telemnar aurait fait savoir son désir auprès de la courtisane Dulcia Da Monti, d'obtenir d'elle quelques vers. Demande étrange lorsqu'on sait tout ce qui oppose « l'inquisiteur » et le « serpent de la République ». Cette demande proviendrait, raconte la légende, de vœux échangés entre eux derrière une église, il y a de cela plusieurs années. Conclusion d'une vieille histoire amoureuse ou réelle guerre idéologique et religieuse, toujours est il que la courtisane – fait assez rare pour le noter – aura répondu à la demande et composé quelques vers pour Gwareth Telemnar, avec toute la douceur propre à ses dix sept ans. Ce petit quatrain, à la manière des traductions en alexandrins des Rubaiyats valenciens, entre poésie et réflexion sur la vie, circulerait désormais dans les rues de Calphéon, pour le plus grand bonheur de ceux, raffolant de cette guerre larvée entre conservateurs religieux et tenants de la libre pensée humaniste. Clerc, bien heureux dis-tu, de Dieu, être le fils, Mais c'est La Putain qu'il fait jouir et c'est amer. Conclusion de ces faits, songe dans ton église : Si toi tu es son fils, tu sais qui est ta mère. Ce cadeau rare de Dulcia Da Monti à un autre homme, témoigne encore une fois de toute la tendresse intellectuelle que la jeune fille porte à la frange la plus conservatrice de la pensée scolastique.
  14. NOUVELLES AVANCÉES DE L’ENQUÊTE Le cyanure serait le poison incriminé. La courtisane, un instant suspecté n'est probablement pas l'auteure de l'empoisonnement, les courtisanes préférant utiliser l'arsenic, qu'elles ont en grande quantité et utilisent pour leurs produits de beauté. Le cyanure est un poison extrait de la fermentation de certaines plantes ou noyaux de fruits. La jeune Livernia, dont la famille habite dans les bas fonds, a bien été en relation avec un certain Spadacio. La veille de sa mort, elle avait ramené du gâteau aux noix à toute sa famille. Elle est morte le lendemain dans la journée à la même heure que Spadacio. Sa famille ayant mangé du gâteau, celui ci n'est pas à inquiéter. Aucun véritable lien n'a été trouvé entre les victimes (à l'exception de Spadacio et la jeune Livernia, morts le même jour) excluant un mobile commun pour le tueur qui aurait pu le pousser à assassiner ses victimes, sinon quelles se trouvaient toutes, chacune, au même lieu, 24 heures avant leur mort. Les empoisonnements ont bien eu lieu à la Valkyrie, lieu où dînaient les victimes la veille de leur mort. Seules elles y étaient présentes, Grimo le musicien auteur de la chanson et engagé par l'auberge pour ces soirées privées, Rubio le tenancier et sa femme qui préparait les repas. L'empoisonneur ne peut appartenir qu'à l'une de ces personnes. Grimo, le musicien confirme avoir bien chanté à la Valkyrie lors des repas où se trouvaient les victimes. Mais aucun élément trouvé chez lui ne semble l'incriminer. Rubio et son épouse, les tenanciers de la Valkyrie, interrogés à leur tour, indiquent que la seule à ne pas être morte après avoir mangé à la Valkyrie lors de ces dîners privés, n'a pas touché à la viande. Rubio et sa femme ont acheté il y a un mois, un vieux tonnelet à un confiseur, pourtant les lettres A.B.R, qui servait de dépotoir pour les noyaux d'abricots qui y pourrissaient, ce qui lui donne une odeur spécifique et agréable, la même retrouvé dans la bouche des morts. Rubio y faisait faisander le viande de ses soirées privées afin qu'elle s'imprègne de cette odeur agréable. L'intérieur du tonneau était tapissé d'une pellicule de dépôt blanc. CONCLUSION DES ENQUÊTEURS Le chant macabre n'en est pas un et les victime sont mortes d'un empoisonnement au cyanure. Cet empoisonnement après enquête et après avoir écarté les principaux suspects n'est pas liée à un acte volontaire mais proviendrait du tonneau où ont macéré les viandes préparées à l'occasion de ces dîners privés. Le tonneau ayant accueillit durant plusieurs années des noyaux d'abricots d'une confiserie avant d'être racheté par la Valkyrie était tapissé d'une couche de dépôt en forte teneur en cyanure. L'affaire du chant Macabre est en réalité une intoxication alimentaire, provoquée par la négligence des tenanciers de la Valkyrie. CHOIX MORAL Le choix moral à été donné aux joueurs, soit de couvrir l'affaire et de ne rien dire aux autorités afin de sauver la Valkyrie et ses pauvres tenanciers affligés par la mort de leurs clients, au risque de passer pour des incapables ayant échoué à résoudre l'affaire, soit de dire la vérité au autorités provoquant la très probable disparition de la Valkyrie qui était un lieu de vie des habitants de l'Alta, depuis de nombreuses années. Les joueurs ont décidé de suivre la voix de la justice et de donner le résultat de leur enquête aux autorités.
  15. Si j'étais Valkyrie en situation de crise extrême (temps de guerre...situation de vie ou de mort) et que quelqu'un à ce moment là, me demandait de la/le marier, je lui dirait quand même que j'ai un peu autre chose à faire, non ? C'est pas tant de savoir si la Valkyrie a le pouvoir ou non de marier qui me dérangerais à ce moment là que de savoir pourquoi elle perdrait à ce moment là, son temps pour faire cela. Mais... pourquoi Calphéon s'embêterait à mettre en place deux cour conjointes qui couteraient la peaux des fesses pour juger une Valkyrie ? Si faute grave il y a, que les valkyries la jugent... ça coute moins cher à l'Etat et se sont les seules a être assez qualifiées sur la question pour prononcer une déchéance d'une de leur pairs.