Dulcia

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    Dulcia

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  1. Un pamphlet circule dans les cercles intellectuels Calphéens, certains exemplaires parvenant à voyager jusqu'en serendia, semblant traiter de la question du rapport à l'Aalisme par certains individus pratiquant cette religion. Comme d'habitude, la poétesse Dulcia Da Monti, en libérale, livre une analyse critique du fait religieux, dans une attaque en règle, propre aux intellectuels calphéens. Si elle se montre tolérante à l'égard de la spiritualité Aalanne dont elle tente de cerner les contours dans la limite de sa vision occidentale, elle écorne frontalement ceux qui font acte ostentatoire de leur foi, les mettant au même pied d'égalité que les dévots Elioniste, dans cette accusation, récurrente chez elle, de la religion dès lors qu'elle sert de vitrine morale à celui qui la pratique. On reconnait dans ce poncif, la recherche universaliste qui guide la poétesse dans ses réflexions, que les plus conservateurs considèreront comme une attaque ciblée des religions elles-même. Le poète Cavaro modère cette accusation, arguant que Dulcia s'en prend ici à l'hypocrisie de la foi et non aux religions elles même. Des doutes sur l'authenticité de l'auteure de ce pamphlet circulent, Dulcia n'étant pas présente sur Calphéon et certains se questionnent quant à la certitude que la jeune intellectuelle soit bien à l'origine de ce texte. D'autres, néanmoins, soulignent que la correspondance assidue qu'entretient la poétesse avec la maison Di Castelli, même pendant ses voyages, rend crédible l'acquisition par cette dernière, des écrits de la jeune femme durant ses pérégrinations.
  2. A Valencia, et dans le désert environnant, des hommes en arme commencent à se regrouper par petit groupes attendant leur départ annoncé. Portant les habits amples et l'armement léger de gens de raids, ils semblent témoigner d'une activité militaire imminente. D'aucuns sont persuadés que ces groupes, capable de se mouvoir dans le désert et de s'y réunir rapidement, viseraient des actes hostiles plus à l'Ouest. Les plus renseignés – qui ne manquent pas d'avoir des espions parmi les serviteurs de chaque maison marchande – augurent d'une activité militaire des Al'Jalis, sans doute en concomitance avec la présence d'intérêts étrangers de ce côté du désert. En effet, Mansur Al'Jalis aurait fait venir auprès de lui, trois « sauveurs de conscience », des hommes ou femmes servant une forme d'hypocrisie courtoise envers les préceptes d'Aal et dont l'unique but est de tremper leur main dans le sang d'un crime commis par leur maître, partager le même vin que lui quand il s’enivre et, selon certaines mauvaises langues, toucher la même chair que lui quand il s'égare par concupiscence, afin d'ensuite se rendre en pèlerinage à sa place pour absoudre ses fautes, qu'ils ont partagé avec lui. Si ce fait ne certifie pas un lien entre les bandes qui se regroupent dans le désert et les Al'Jalis, il porte néanmoins la certitude que quelques Al'Jalis s'apprêtent à pécher pour ensuite, bien sûr, s'en repentir dans le plus grand respect du savoir vivre valencien... respect d'Aal oblige.
  3. Ce que tu fais graphiquement est extrêmement plaisant et il y a parfois dans tes croquis, au niveau de la ligne, quelque chose d'Egon Schiele, que je trouve très agréable dans l'expressivité du trait. (surtout dans tes travaux sur le personnage d'Ikhlas). Ça se ressent dans les deux dessins de "Palais d'Ombre" et je ne saurais dire si c'est mon œil qui l'emmène inconsciemment lorsque je regarde tes dessins ou si une part de toi aime bien Schiele. C'est quelque chose de presque subtil que je trouve très beau dans ce que tu dessines. J'aime beaucoup ta palette de couleur que tu as dans "la comtesse" et qu'on retrouve plusieurs fois dans tes dessins, du moins de plus en plus par rapport aux débuts, et on à ce sentiment agréable que tu t'y sens à l'aise et que tu commences bien à la maitriser. Après, je trouve souvent que tu es trop dans la verticalité de tes personnages, ce qui peut parfois me frustrer un peu, car lorsque tu sors des trucs, comme ce que tu as posté au 13 avril 2017 et que tu t'extrais des axes droits, tu atteins vraiment dans le posing, quelque chose qui est juste de la pure merveille.
  4. Hier, dans la soirée, les diverses informations font état, dans la cité de Valencia, d'un empoisonnement grave au sein de l'une des villas Al'Jalis. La cible ne serait autre qu'un dénommé Keharqta, ami du maître de maison, Mansur Anis Al'Jalis. L'empoisonnement aurait été commandité par un riche marchant d'Altinova du nom d'Amadehl Solis. Cette attaque visant l'alliance commerciale des maisons Orobarian, Al'Ghazdili, Al'Kürtazhi et Al'Jalis, serait une insulte pour l'hôte de ces nobles institutions et la réponse ne se serait pas faite attendre, le tout bien sûr dans le plus grand respect du « savoir-vivre », si cher aux valenciens. Une compagnie d'hommes armés auraient pénétré amicalement, au beau milieu la nuit, au sein de la demeure accueillant les hommes de Solis, non loin de la rue du marché de Valencia. Les nobles invités auraient fait honneur à leurs hôtes d'un soir en massacrant la population de la demeure, en toute courtoisie. Mansur Al'Jalis, grand esthète, aurait fait aligner les têtes coupées des membres de la demeure sur les rebords du puits de cette dernière, dans un questionnement fort poétique sur la fragilité de l'existence. Seule une femme, accusée d'avoir eu l’arrogance de manipuler le poison et ayant de fait péché par orgueil, aura eu un sort différent. Ses articulations ont été brisées avant d'être jetée au matin, dans un moulin pour être broyée vivante sous une meule, respectant ainsi les très poétiques commandements d'Aal : « celui qui faute par orgueil, verra ses os réduits en poussière ». La complexité des rumeurs, retransmises par les espions valenciens – Et Aal sait que les valenciens aiment avoir des espions partout – agrémenterait la beauté de cette histoire en précisant qu'entre autres membres des assaillants, était présente la belle et dangereuse Ilioza Solis, femme d'Amadehl Solis, ayant contribué au massacre des hommes de son époux, tout en étant elle même avec son fils, captive – ou invitée, selon le savoir-vivre – des Al'Jalis, avec qui elle négocierait un remariage, si bien sûr d'ici là, elle et son enfant ne sont pas poliment étranglés par ses hôtes. Nuls doutes que bientôt, Solis aura la visite courtoise de l'alliance des maisons qui se profile, afin de venir lui rendre hommage à la façon valencienne. Les « princes » marchands valenciens, grands amateurs des belles histoires, se satisfont de cet épisode et de sa tonalité lyrique, jusqu'à Amal Al'Fikh, grand amis de Mansur et ayant lui même tenté de l'assassiner l'année dernière en toute politesse, qui aurait dit dans la journée : « Qui encore aujourd'hui peut douter que Valencia, n'est pas la cité du raffinement et du savoir-vivre ? Nous sommes fiers et honorés que ces Hommes, morts avec dignité, aient pu recevoir un avant-goût de la poésie valencienne.» … Fait ajoutant crédit à cette histoire, Mansur Al'Jalis aurait promis d'envoyer au moins dix hommes dans le désert pour faire le pèlerinage en son nom, afin de racheter auprès d'Aal, ses petits écarts esthétiques de comportement.
  5. DULCIA DA MONTI... (...ou le destin d'une bâtarde courtisane) « Guearcto ! Guearcto ! S’il y avait aujourd’hui en Calféon, dans cette fatale et criminelle Calféon, un coeur noble et pur, un cœur plein de hautes et de mâles vertus, un cœur d’ange sous une cuirasse de soldat ; s’il ne me restait, à moi, pauvre femme, haïe, méprisée, abhorrée, maudite des hommes, damnée du ciel, misérable toute-puissante que je suis ; s’il ne me restait dans l’état de détresse où mon âme agonise douloureusement qu’une idée, qu’une espérance, qu’une ressource, celle de mériter et d’obtenir avant ma mort une petite place, Guearcto, un peu de tendresse, un peu d’estime dans ce cœur si fier et si pur ; si je n’avais d’autre pensée que l’ambition de le sentir battre un jour joyeusement et librement sur le mien ; comprendrais-tu alors, dis, Guearcto, pourquoi j’ai hâte de racheter mon passé, de laver ma renommée, d’effacer les taches de toutes sortes que j’ai partout sur moi, et de changer en une idée de gloire, de pénitence et de vertu, l’idée infâme et sanglante que Calféon attache à mon nom ? » La pièce « Dulce Damonti », par Ortvic Ough
  6. « Aucun enfant de moins de dix ans... » Dulcia avait été formelle. Les lois du sang et de la famille réclamaient vengeance pour un meurtre et Solis, avait tué jadis les parents de Keharqta. L’enchaînement de situation était donc simple : Keharqta était son époux. Les parents assassinés étaient dès lors ses parents. Elle était de sang Volderone. Tous les Volderones devaient aider Keharqta à tuer Solis et sa famille. « Mais aucun enfant de moins de dix ans ! » Ajouta à nouveau celle qui avait été fermière, mendiante, putain puis courtisane, poétesse et qui désormais diligentait des affaires de la République pour le compte du Parlement. Dehors, la cité d'Altinova bruissait des rumeurs chaotiques de ses habitants qui, depuis les amoncellements de bois, vendaient à ciel ouvert tout ce que l'on pouvait trouver à acquérir, de la plus simple nécessité aux objets les plus insolites. Il faisait chaud. L'hiver s'en était allé et le vent sec soufflait désormais depuis l'Est, apportant sur toute la région les relents des contrées brûlantes de Valencia auxquelles se mêlaient les odeurs d'épices de la ville. Épice était un bien grand mot, car Dulcia ne parvenait à distinguer en vérité ces dernières des émanations de ces corps exotiques qui s'abattaient dans les rues de la cité. Se détournant de la contemplation de la rue, sur la terrasse agrémentée de voile en piteux état, seule protection contre le soleil écrasant du midi, elle se tourna vers son interlocuteur. Farkhan était un semi-bête au pelage brun rehaussé de taches plus sombres sur les joues et il y avait dans son regard, une forme de liberté de mœurs qu'elle appréciait. Sans le trouver beau –C'était un semi-bête et Dulcia n'était pas sûre de définir si un seul d'entre eux puisse être qualifié de beau– elle lui trouvait un certain charme propre au caractère étrange de cette cité. Mais plus que tout, Farkhan était un poète et il traînait souvent avec l'historien Maudi Budar. Autant dire qu'il était un ami sur qui, tout intellectuel devait compter, ici. « Solīss neh pas ōmh a prandhr a lalejēr, Dolçë Dhamumtī. » Comme toujours, il lui fallait un temps pour démêler l'accent médiehn. Bien sûr, ils parlaient la même langue mais les Médiehns avait une façon de prononcer les mots qui faisait injure au raffinement d'une langue civilisée. « Je le sais, Farchianno. Mais j'ai besoin de savoir si Solis est sous la protection de Neruda Shen. » Elle porta la coupe qu'elle tenait à ses lèvres pour faire quelques pas et s'asseoir sur le sofa qui trônait dans ce petit coin d'ombre, s'installant comme le ferait un chat, pour replier ses jambes sur le coté. « Solis est un marchand d'armes. Neruda à fait fortune dans le commerce des armes. Je dois savoir si ils sont en liens ou si Shen le considère comme un concurrent. – Jehme r'nessegnerē sūrh la shös, diçkrhet'mahn. » – Ti ringrazio. » Elle hocha la tête, rassurée et son regard clair se porta sur la ville pour en contempler l’amoncellement chaotique de baraques en briques de terre crue qui, dans la lumière éclatante du midi, écrasait les formes sous les nappes tremblantes de chaleur. « Keh vatüfer dū fīss de Solīss ? » Questionna Farkhan curieux. Dulcia tordit sa bouche un instant comme pour réfléchir à une réponse qui de toute façon était évidente. A leur côté un esclave –Il ne devait pas avoir plus de treize ans– agitait une grande palme pour leur offrir un peu d'air. « Nous le ramènerons à Calphéon où nous l'élèverons comme un otage, selon la Loi. Il ne manquera de rien. – Ilseh venghera ūn jhur. – Sans doute... Si il réussit ce jour, il épargnera mes enfants. Si il échoue, il mourra. Ainsi va la vie. Mais ce n'est pas pour tout de suite. Et puis il est le neveux de mon époux et donc le miens, désormais. » Elle se leva, tandis que Farkhan hochait la tête. Il en allait des règles comme d'une chose sacrée. Dieu leur offrait de se venger mais sa loi devait être respectée. Et sa loi imposait : Aucun enfant de moins de dix ans. Non que ça fusse marqué quelque part noir sur blanc… Peut être n'était-ce qu'une convention après tout. Une façon de se pardonner les crimes qui régentaient les affaires du monde. Posant la tasse sur une petite table basse, elle se tourna vers Farkhan. « Je vais envoyer des missives à Calphéon et contacter les Di Castelli afin qu'ils envoient des fonds. Puis nous partirons au-delà du Désert Noir pour réclamer les hommes de la maison Al'Jalis. Nous convoquerons amis et mercenaires et lorsque nous serons prêts, nous réduirons Solis et sa famille en cendre. – Pühiss Aāl tan tendrh, Körtezhan » Fit Farkhan en s'inclinant bien bas. Elle rendit une révérence typique de l'Ouest en s'abaissant sur elle même, la tête basse. « Et qu'Elion te guide, mon ami. » Et autour d'eux, la ville s'ébattait encore de ses rumeurs tapageuses, tandis qu'à l'ombre de ses tenture colorées, se préparait la chute d'une maison d'Altinova.
  7. “Luxure est cause de génération.” Leonard de Vinci La jeune Dulcia Da Monti semble de moins en moins à l'aise dans ces robes qui ont fait de l'arrogance de ses courbes, l'une des façades ostentatoires du faste de cette « putain impérieuse » qu'est la République Calphéenne. La faute à ces repas pompeux de l'aristocratie, que la jeune fille engloutit tandis que d'autres meurent de faim, comme elle engloutit, d'ailleurs par dizaine, les princes qui y sont conviés, aux dires de beaucoup. Nenni ! Répondent les autres à l’œil plus avisé. Car il semble certain désormais que l'adolescente à la liberté farouche et à la rhétorique acérée, ait de plus en plus de mal à cacher sa grossesse qui couve depuis plusieurs mois. Une courtisane enceinte ? Trahison ! – La belle affaire ! Les bras des courtisanes sont pareils aux linceuls des Princes dans lesquels ils se terrent d'un dernier repos et lequel de ces puissants, n'a point engendré d'enfant à l'une de ces filles libérales ou été engendré par elle ? Rien d'autre ici que l'ordre naturel des choses. Mais voilà que point une autre rumeur. La jeune fille serait mariée et cela en secret depuis plusieurs mois. Ultime coup de poignard dans le dos de quelques amants joués ! La jeune fille, qui a refusé neuf demandes en mariage, que l'on à enlevé à sept reprises pour la soumettre sans succès à l'autorité masculine, cède tout de sa liberté flamboyante pour un anneau d'or. La voilà bien la folie tempétueuse de la jeunesse qui frappe d'une main la morale pour la caresser de l'autre. Et comme disait un poète : « Ce que l'on veut d'elle, elle s'y refuse et ce que l'on ne veut point, elle le fait. » D'un autre côté, mariée à dix huit ans et enceinte de son époux, c'est plus que ce à quoi nous sommes habitués. Celle qui aura fait s'ébranler – sans jeux de mots, mes amis – deux ans de suite l'inquisition et les milieux les plus conservateurs et que d'aucuns montraient du doigt comme la faillite de la pensée libérale, la décadence la plus absolue de l'idée féminine, semble être en vérité la représentante la plus morale des valeurs élionistes. Et c'est peut être là toute la duplicité de cette jeune fille. Engendrée des cendres misérables de la guerre, et aujourd'hui dînant à la table des Princes, qui n'en vient pas à se demander si ce bout de femme n'a pas orchestré jusqu'à sa propre insurrection contre la morale pour arracher à la vie le droit à un destin avantageux ? Et certain humanistes de rappeler pour conclusion à toute cette affaire, le sens étymologique du mot Prostitutio : « Se montrer, se mettre en avant, exister au regard des autres. » La rumeur prétend désormais que la jeune femme ne serait plus courtisane, mais qu'elle aurait déjà commencé à travailler pour le Parlement, avec qui elle avait déjà contact de par sa vie – Puisque l'on sait que Princes et Putains, constituent au fond le même socle de l’État – et qu'elle se donnerait pour ambition de devenir ministre d'ici une dizaine d'année… au fond, ultime pied de nez à ses détracteurs, celle qui fut décriée comme une chose hors des codes sociétaux, semble avoir le parcourt le plus normal d'une jeune patricienne de son temps.
  8. L'Amour et le mariage chez les Volderone-Strausi Di Castelli. LA BELLAGUARDIA Dès l'année 256, une querelle opposa les Volderone-Strausi à Franscesco Di Bellaguardia à propos d'un château, querelle qui se termina tragiquement en 258. A cette époque, les Voledrone-Strausi étaient en charge des défenses d'une succession de « Castels » dont ils avaient hérités les charges par décret royal et situés sur la frange sud du territoire Calphéen. L'un d'eux, la Visalta, était limitrophe de la Bellaguardia, un fort rattaché à la juridiction de Keplan et à la charge de Franscesco Di Bellaguardia qui y vivait avec sa femme et ses trois filles. Le château de Bellaguardia, reconnu comme un ouvrage architecturalement plus aboutit que les « Castelli », fâcha les Volderone dans leur orgueil. En effet, Franscesco fit cas de la grande solidité de ses murs à qui voulait l'entendre et Bellaguardia représentait la fierté du savoir faire de Keplan. Le cas devint litigieux entre les deux voisins et les Volderones se tournèrent vers les Erne pour dénouer le problème. La famille Erne intercéda auprès du père de Guy Serric afin de le convaincre du bon droit des Calphéens sur leur voisins du Sud et finirent par obtenir gain de cause. En 257, le roi, considérant que la forteresse de Bellaguardia était une provocation au pouvoir de Calphéon, ordonna la cession du fort à la couronne Calphéene. Franscesco trouvant la décision injustifiée, refusa de se plier à la décision d'un roi du nord. Ce qui était une lutte d'orgueil devint rapidement un problème politique que Calphéon ne pouvait laisser passer. En 258, on confia aux Volderone l'autorité pour enlever la place. Tâche qui fut confiée à trois jeunes fils : Ricardo Volderone-Strausi Di Castelli, âgé alors de 22 ans, son jeune frêre Albino Volderone-Strausi Di castelli et leur cousin Luisio Volderone-Strausi Di Visalta. Estienne Veracci, chroniqueur de l'époque décrit ainsi l'armée qui fit le siège de la Bellaguardia : « Le roy fit donation aux trois fils Volderone, de quatre coulevrines qui prirent lieu tenant sur les hauteurs flanquant la Bellaguardia. Elles étaient protégées d'un contingent d'une centaine de lansquenets au pourpre éclatant et cinquante sapeurs auxiliaires des contrées de Balenos avaient fait route d'avec l'armée. Le roy avait aussi confié trois physiciens, dix charpentiers et le double de marmitons. Mais il n'avait pourvu l'armée de nulle femme pour apaiser les soldats ce qui fut une grande erreur et aurait pu changer l'issue de ce conflit. » Devant les forces déployés, Frascesco en homme sage et estimant qu'il n'était pas raisonnable de risquer la forteresse, prit la décision de négocier une reddition dans l'espoir de faire entendre raison au roi de Calphéon. Mais la légende veut qu'à la veille de livrer le château, les trois fils Volderone entendirent depuis les fenêtres de la Bellaguardia, s'élever le chant de la plus jeune des filles de Franscesco, Sevina Di Bellaguardia. Leur orgueil bouillonnant et l'avidité de leur jeune âge les convainquirent de se rendre maîtres des filles Di Bellaguardia. Et lorsque au matin, on ouvrit le portes de la forteresse, les fils Volderone ordonnèrent la charge de l'armée pour prendre la demeure par la force. Estienne Veracci raconte, ensuite : « Il fut injuste et d'une grande cruauté que Dieu porte si mauvais coup aux gens de Bellaguardia. Car sitôt eurent-ils ouvert leurs portes dans la paix que les fougueux fils Volderone firent donner leurs hommes avec fureur jusque dans la cour du castel. Franscesco se porta jusqu'à eux pour les ramener à la raison mais Ricardo Di castelli, se saisit depuis son cheval de la crosse d'un étendard et d'un coup, brisa le crane du seigneur. Alors on se déchaîna dans le château de Bellaguardia et il n'y eut plus aucune retenue à la cruauté des hommes. » Le château de Bellaguardia fut pillé et les fils Volderone se partagèrent les filles de Franscesco en butin. Ricardo, qui était le plus âgé reçu l'ainée des trois filles, Ravenna Di Bellaguardia et qui fut contrainte au mariage, l'année suivante. Le château de Bellaguardia fut incendié et pillé durant ce jour et il n'en reste aujourd'hui que des ruines. L’ANECDOTE DES BIJOUX A la suite de cet acte, Estienne Veracci nous raconte l'anecdote des bijoux : « Ricardo Di Castelli, le plus âgé des trois fils Volderone ayant donné l'assaut sur le château de la Bellaguardia, s'était octroyé la possession de la jeune Ravenna. Les Volderone avaient pour idée de ramener par un mariage, les terres et titres de Franscesco Bellaguardia, dans le giron de la juridiction Calphéenne. Ainsi on organisa un grand mariage et l'on fit préparer dix toises du plus fin tissus pour en habiller la jeune mariée et lui faire passer le seuil de la cathédrale de Calphéon, vêtue de rouge et d'or, en soumission à la cité. Et l'on avait fait faire pour elle un beau collier serti d'un aigle de rubis. Mais au moment de passer la porte, celle-ci refusa de porter le bijoux que l'on avait donné à quérir pour elle, en signe de protestation. Et c'est sans parures qu'elle entra avec dignité dans la cathédrale, prétextant qu'il ne fut aucun joyaux Calphéen qui pourrait rivaliser avec la fierté de ce que fut la Bellaguardia » Ravenna Di Castelli donna à Ricardo trois enfants : Giovanni Volderone-Straussi Di Castelli (260), Fabrizio Volderone-Strausi Di Castelli (263) et Lucia Volderone-Strausi Di castelli (265). Et si elle fut par la suite une épouse et une mère aimante, drapée de la dignité qui sied à une telle condition, il ne fut jamais oublié le drame de Bellaguardia. En 288, son fils Giovanni, portait encore à son poitrail, le bijoux que refusa jadis sa mère, en signe de culpabilité de la maison Di castelli dans les tragiques événements du château de Bellaguardia. Une chanson qui nous reste aujourd'hui sous la forme d'une comptine pour enfant, relate ces terribles événements et la violence dont fit preuve Calphéon à l'égard de ceux qui refusaient de se soumettre à son pouvoir.
  9. … le corps de Dulcia percuta la surface de l'eau avec tant de force qu'elle en eut le souffle coupé. En un instant la sensation de se sentir légère fut remplacée par l'effroyable poids de son corps englouti par les flots. Il y eut le son fracassant de l'onde, couvrant tout, puis le froid tandis que l'eau se refermait sur elle… Et enfin rien… Rien que le silence qui l'entourait dans l'obscurité des flots. Dans cette chape glaciale aux sons étouffés, sa robe ondulait, déployée en une corolle flamboyante autour de son corps inerte. La nuit rendait à l'onde cette couleur d'encre dans laquelle, la clarté de son teint diaphane, la faisait ressembler à une de ces poupées immobiles, tandis qu'elle coulait avec lenteur vers le fond… « As-tu peur Dulcia ? » Extirpée de ses pensées, la jeune femme releva ses yeux clairs sur l'homme qui discutait avec elle, dans la douce lumière de candélabres. « Tu penses à lui, n'est ce pas ? – Oui, murmura-t-elle. » Son comparse la dévisageait assis sur une chaise, non loin d'une table garnie de quelques victuailles et une bouteille de vin qui finissait de rendre agréable cette soirée de printemps. Depuis les battants entrouverts d'une porte de bois qui donnait sur le balcon, parvenait malgré la nuit, les odeurs évasives du printemps et le son calme du lac que bordait la demeure. En cette heure tardive, tout n'était que douceur et même loin de la capitale, rien, jusqu'au serviteur qui finissait de débarrasser les restes d'un repas, ne laissait présager que l'on fut pourtant si loin dans le sud. Flavio avait voulu sa demeure ainsi. Un petit coin de raffinement isolé au milieu d'une nature hostile. Mais malgré ce cadre paisible, elle ne pouvait s'empêcher de voir ses pensées, retourner encore et encore vers Calphéon. D'un geste de la main discret, son hôte congédia le serviteur encore présent et ce dernier s'inclina, d'un signe de tête entendu avant de sortir de la pièce sans un bruit. Elle suivit cette ombre mouvante du regard tandis que la porte se refermait sur eux. « Tu n'es pas obligée de le faire tu sais ? » Murmura-t-il, en approchant d'elle. Des remords ! Les hommes en éprouvaient toujours, chaque fois qu'ils se retrouvaient à demander quelque chose à une femme. Elle pris le temps de soupirer, comme si la question ne prêtait pas à débat. « Je suis courtisane, Flavio. Et puis… » Elle fronça légèrement les sourcils « J'ai accepté de le faire. » Il eu un doux sourire et serra doucement la main de l'adolescente. « Tu as grandit si vite en deux ans, Dulcia. Mais tu es encore si jeune… Dans cinq ans. Quelle femme tu seras devenu ! – J'aurais toujours peur, Flavio. – Je ne crois pas, fut tout ce qu'il répondit avec douceur.» Plusieurs coups sourds vinrent soudainement marteler à la porte et tous deux firent pivoter de concert leur regard vers celle ci. le tambourinement fit place à un long un moment de silence ou du moins rien qui ne puisse indiquer de manière précise la nature de leur visiteur. « Qui est là ? » Aucune réponse. Sans quitter la porte des yeux, Flavio murmura doucement, sur ses gardes : « Dulcia, qui est au courant que tu es ici ? – Personne, répondit-elle. » C'était en partie vrais. En partie du moins… Quelques personnes étaient bien au courant qu'elle descendait dans le sud mais elle n'avait pas fait mention de sa rencontre avec Flavio. Une courtisane sait garder ses secrets, ne cessait de répéter la Sacra. Certes, Keharqta et Onofrio étaient assez imprévisibles pour débarquer à l'improviste en ayant traversé le territoire Calphéen de part en part – cette pensée la réconforta l'espace d'un court instant – mais le premier était avec sa « sorcière » et le second était empêtré dans ses obligations. Non, il y avait peu de chance que cette visite lui soit destinée, ce qui n'augurait rien de bon. « Reste en arrière. » Fit Flavio en esquissant un geste vers l'un des murs de la pièce, tout en se redressant. Elle recula, sentant dans la voix de l'homme la confirmation que tout ne se présentait pas comme convenu. Son cœur martelait dans sa poitrine tant et si bien qu'elle avait du mal à respirer… Cette maudite peur, encore ! Elle se déplaça jusqu'à sentir la surface de chaux presser doucement son dos. Elle avait atteint le mur sans vraiment s'en rendre compte et Flavio marchait déjà vers la porte pour la déverrouiller. Les hommes sont toujours trop sûr d'eux. Tout se passa alors si rapidement qu'elle n'eut pas le temps de crier. Cinq hommes s’engouffrèrent dans la pièce comme un torrent se déversant par l'écluse ainsi ouverte et l'un d'eux vint, à l'aide d'un objet de bois qu'elle ne put clairement identifier, porter un coup si violent que l'arcade de Flavio s'ouvrit instantanément. Il poussa un cri déchirant et porta les main à son visage en renversant une petite table basse, dans un fracas de sons chaotiques. Le sang jaillit d'entre ses doigts et la masse agressive leva à nouveau l'objet pour le frapper encore. Les autres se ruèrent dans la pièce et ce n'est que lorsque l'un d'eux se porta sur elle qu'elle pris à nouveau conscience qu'elle se trouvait bien là, au milieu de ce spectacle horrifiant. Les odeurs, les plaintes rauques de Flavio, les mouvements anarchiques des assaillants qui se déversaient dans la pièce, tout devint irréel. Elle tenta de se décoller du mur mais des mains la saisirent pour l'y plaquer à nouveau avec violence. Elle se figea, comme on le fait, face à une soudaine agressivité. La scène avait du se jouer en quelques secondes. Quelques secondes confuses et Flavio gisait à terre rampant pathétiquement tandis que les hommes fouillaient la pièce renversant tout, ouvrant les meubles, déversant jusqu'au contenu de ses propres affaires sur le sol. La brute qui la maintenait au mur, se contentait de la tenir immobile – Ce qu'elle faisait de toute manière très bien toute seule – et elle pouvait sentir sur elle, ce regard au yeux trop petits dans une face trop grosse. Il se dégageait de lui une odeur de vinaigre et d'ail, qu'elle trouvait fort déplaisante quoi qu'elle n'en fit pas mention. Ne pas bouger, ne pas parler, restait inconsciemment le meilleur moyen de rester en vie. Un homme fit son entrée dans la chambre. Sa démarche claudiquait à peine, ce qui n'enlevait en rien une certaine grâce féline dans sa posture. Il n'avait pas un visage repoussant, loin de là, et hormis un nez droit, à peine trop long, il était plutôt beau garçon. C'était dire le degré de désespoir qui l'étreignait soudainement, que de penser à la beauté d'un assaillant dans de telles circonstances. Mais quitte à devoir écoper d'une violence à l'encontre de sa nature féminine, elle se prit à songer qu'elle préférait que ce soit lui, plutôt que celui à l'odeur de vinaigre. C'était complètement absurde… Mais la violence induit des réflexions absurdes. Le nouveau venu vint surplomber Flavio qui rampait toujours au sol et, écartant les bras, il se mit a parler d'un ton courtois, ce qui ne l'en rendait que plus inquiétant. « Flavio, fit-il d'une vois mielleuse. Comme on se retrouve, hein ? » L'introduction manquait d'originalité. « Tu étais en compagnie d'une courtisane ? Veuillez nous pardonner, Ma-Donna. J'espère qu'on ne dérange pas votre petite soirée romantique. » Elle secoua la tête comme un oiseau craintif et il revint à Flavio. « Tu avais prévu de passer du bon temps, Flavio, en oubliant de me rendre ce que tu m'a pris ? » Il se pencha vers sa victime. « Où sont les pierres noire de Kedrigh ? » Flavio se tortillait à terre avec lenteur, la chair de son arcade ouverte tandis que se répandait d'entre ses doigts, le sang cramoisi qui venait maculer le plancher de bois. Il tremblait, encore sonné par le coup mais elle du lui reconnaître une certaine bravoure car concernant ces foutus pierres noires, il resta silencieux. La pièce était sans dessus dessous et l'un des hommes de main secoua la tête dans un constat amer : «Rien dans la pièce, Cruzo ! – Ni dans les affaires de la putain ! » Ajouta un second. Dieu ! Évidemment qu'elle n'avait pas de pierres noires dans ses affaires ! Flavio se mit à rire doucement. Ainsi prostré au sol, il y avait chez lui quelque chose du désespoir, de ce genre de posture que l'on prend lorsque l'on sait que tout est terminé. « Mon agent à déjà les pierres, Cruzo, fit le pauvre homme, dans un son sifflant d'une hilarité fausse. » Cruzo s'empara de lui par le col pour le redresser sur les genoux ce qui n'augurait rien de bon. Elle ferma les yeux pour tenter de rassembler ses esprits. Il était clair que Flavio ne dirait rien au sujet de ces pierres noires. L'un des hommes fronça les sourcils et sa voix rauque s'éleva comme une évidence : « Le serviteur que nous avons croisé ! » Cruzo pris le temps de regarder le visage ensanglanté de Flavio avant d'émettre un rictus grimaçant. « Prends quelques hommes et rattrapez-le ! » Ordonna-t-il à l'un de ses hommes de main. « Il ne doit pas quitter le périmètre. Va ! » Et la majorités des hommes se rua hors de la pièce pour rattraper le fugitif. Il ne restait plus que Flavio, Cruzo, le porc transpirant qui la tenait et elle… Elle ! Pourquoi était-elle allé se mettre dans un tel pétrin ? « Tu vas me dire vers où est parti ton agent. » Questionnait Cruzo à bout de patience. – Tu ne le rattrapera pas… » La réponse eu don d'énerver passablement le chef de la bande. « Vous autres Calphéens, ne changerez jamais... » Il y avait une profonde haine dans la voix du tortionnaire qui lui glaça le sang ! Elle respirait avec difficulté et chaque inspiration forçait l'entrée entre ses lèvres de cette odeur de vinaigre qu'elle ne pouvait plus supporter. « Vous êtes si certains de vos plans, poursuivait Cruzo. Mais c'est terminé, Flavio ! Le conseil de Kalis ne nous aura pas deux fois. » Le visage ensanglanté défiait son agresseur. Flavio allait mourir. Elle en était certaine à présent. La voix de Cruzo s'éleva soudainement, emplissant la pièce comme un coup de tonnerre : « OÙ EST PARTI L'AGENT ?! » Elle sursauta, plaquée au mur. Son coeur se serra quand elle entendit le son mat du poing qui vint percuter le visage de Flavio, celui de la mâchoire qui se fracturait. Il y eu un autre coup, un autre bruit abject de cette face que l'on martelait. Son sang ne fit qu'un tour et, dans un réflexe sans doute stupide, elle tenta de s'arracher à l'emprise de l'homme qui la tenait. Elle parvint à le dépasser sur le côté, et elle avait presque l'impression d'être en mesure de fuir lorsque la main épaisse se referma sur son poignet. Elle fut stoppée net, et l'arrêt imprima dans son élan un large mouvement circulaire qui l'envoya valser à la surface d'une table. Le meuble bascula sur le coté, la projetant au sol ainsi que les objets qui s'écrasèrent autour d'elle. « Où tu vas ma petite ? » Fit son gardien en ricanant. Le choc avec le plancher fut violent et elle porta la main entre elle et le plancher pour tenter par réflexe de protéger son ventre. Tout n'était plus que confusion. Et cette violence qui emplissait tout... Dans un coin de la pièce, elle entendait encore les sons du visage de Flavio que l'on frappait comme un vulgaire morceau de viande, ponctués des questions qui se répétaient en boucle dans un hurlement rugissant. Où est parti l'agent ? Encore l'agent... Ces maudites pierres noires ! Cette même rengaine insupportable. Elle ne prit même pas la peine de se relever dans la terreur qui s'insinuait de toute part jusqu'à lui donner la nausée et rampa sur le sol aussi vite que possible, le souffle de son jeune âge sifflant contre le plancher de bois. Elle sentit la main rugueuse se refermer sur sa cheville et elle fut tirée en arrière avec une telle violence que sa joue percuta le sol. « Viens par ici ! Je ne me suis jamais tapé une putain de la République, fit la voix rocailleuse » Elle se débattit lorsqu'elle sentit ses cheveux clairs agrippés, et il la redressa, arrachant à l'adolescente un son plaintif, presque un sanglot. Elle griffa la mains pour tenter de s'en extraire, atténuer cette sensation douloureuse. « On dirait un petit serpent frétillant, murmura son agresseur tout près d'elle. » L'instant d'après, il la lança avec une telle force que la courtisane traversa les battants de bois qui séparaient la pièce du balcon. Elle alla se fracasser contre la rambarde, dans l'obscurité soudaine de la nuit qui, autour d'elle, avait fait place aux lumières vacillantes de la pièce. Tremblante, elle raccrocha sa main à la balustrade, essayant sans force de se relever. Quelque chose lui criait intérieurement de ne pas se débattre, de fermer les yeux et de se laisser faire, attendre que ça passe et mourir… quelle importance ? Elle fut à nouveau saisit par ces mains – encore ces mains – et son agresseur la retourna pour la plaquer, le dos contre la rambarde. Les doigts épais se serrèrent sur sa gorge trop frêle, amenuisant le filet d'air paniqué qu'elle tentait d'expirer. Il était collé contre elle, défaisant de l'autre main le ceinturon dont le tintement contre son ventre, lui arrachait des soubresauts de contractions. Elle ferma les yeux pour ne pas voir ce visage. Celui de Keharqta s'imposa à son esprit. C'est étrange comme l'esprit, dans certaines circonstance, tentait de s'attacher à des détails agréable. A l'intérieur, les rumeurs du calvaire de Flavio lui parvenaient confusément. Le bruit d'une dague que l'on sort la ramena au danger imminent qui la menaçait et elle sentit l'acier venir racler contre le tissus de sa robe qui couvrait son ventre, remontant avec lenteur. « Je vais t'en montrer un autre de serpent, ma jolie ! » Fit la voix rauque et puante. La lame serpenta jusqu'à la première attache qui refermait sa tenue, juste en dessous de sa poitrine et le lien de cuir céda, puis un autre juste au dessus. Elle sut avec certitude, à cet instant précis, que ce qui allait suivre était inévitable. Une autre attache céda…Une détonation retentit, lointaine et elle entendait la voix de Cruzo qui exultait depuis la chambre : « Tu entends ça, Flavio ? Mes hommes ont eu ton agent, ils sont sans doute en possession des pierres noires à présent. » La respiration de la brute soufflait contre son visage, tandis qu'il cisaillait une quatrième attache et sa robe qui masquait ses formes, se distendait lentement. « Je vais enfin pouvoir boire au sein d'une courtisane. » Fit la voix rocailleuse aux accents de vinaigre. Elle ouvrit lentement ses yeux clairs pour contempler l'image de Flavio dans l'encadrement de la lucarne. Le visage en sang, il la contemplait. Tous deux savaient qu'il était perdu. Elle eut pour lui un regard désolé et les yeux de son ami, laissèrent transparaître une sérénité qui lui redonna courage. L'ultime attache sauta, rompant les dernières protections qui préservaient ses formes trop jeunes du regard de son agresseur. Rassembler ses esprit… ce n'était plus qu'une question de secondes. Elle fit glisser ses prunelles azurées sur la face brutale qui s'apprêtait à se délecter du spectacle. Elle se tenait prête. Son corps se secoua d'un spasme lorsque les mains calleuses se glissèrent sous le tissus pour effleurer sa poitrine et sa respiration se coupa tandis qu'il écartait violemment les pans de la robe, jusqu'à la déchirer, exposant la poitrine à son regard. La brute, porta son regard enthousiaste sur les seins ainsi offerts de l'adolescente avant de se figer. « Espèce de... » Murmura-t-il. … Et entre les formes blanches de la jeune fille trônait fièrement une riche parure d'or sertie de pierres noires à l'éclat de nacre. Il releva le visage vers elle, comprenant la supercherie et elle profita de la confusion soudaine pour basculer ses reins par dessus la rambarde. « CRUZO, LA PUTAIN ! » Hurla la brute, qui lâchait prise Elle rassembla alors ses pieds, pour venir pousser de toute ses forces contre le ventre de son agresseur et chavirer en arrière. Le monde tourna dans un vertige effarant. Elle cru voir Cruzo pointer un pistolet dans sa direction et elle entendit une détonation tandis qu'elle basculait dans le vide. Et elle tomba, durant un temps qui lui parut interminable. Elle se souvint dans sa chute s'être questionnée sur la définition exacte du mot « peur »… … avant que son corps ne percute la surface de l'eau et qu'elle ne soit engloutit par la masse noire des flots. Et tandis qu'elle coulait lentement dans les ténèbres de la rivière, elle eut le sentiment de ne plus avoir peur. … Cruzo et son homme de main, tous deux sur la balcon, scrutaient les flots noir qui s'étendaient au pieds de la demeure. « Je crois que c'était elle, fit la brute à la voix rocailleuse. La Damonti... – Evidemment. » Cruzo grimaça, sa main venant serrer la balustrade dans cette frustration qui était la sienne d'avoir été abusé ainsi. La brute balaya un peu plus du regard, l'onde ténébreuse qui, d'ici, ne semblait subir aucun remous. « On n'y vois rien avec cette obscurité. Peut être qu'elle s'est noyé. » Cruzo soupira alors et secoua la tête doucement. « Non… Elle est ressorti quelque part. Prends des hommes avec toi et bloquez les routes. Assurez vous qu'elle ne rejoigne pas Calphéon. »
  10. LA VICTOIRE D'UNE JEUNE FEMME SUR LE DESTIN (…) J'aimerais, ma tendre Elyssa, ici te faire part de ce que fut ma vie dans mes jeunes années. Comme tu le sais je fus courtisane, à l'âge de seize ans et dès ce moment, livrée au jugement des autres, à leur méchanceté et à leurs bassesses. Je veux avant toute chose, témoigner devant toi, que ce ne fut pas un choix conscient ou un désir de dépravation. Comme tu le sais, dès les premiers jours de mon arrivée à Heidel, je fus contre mon grès, arrachée à la vertu que l'on prête aux jeunes fille, par l'avidité prédatrice d'un homme du nom de Vittorio Cortesi. Victime de ce forfait, j'aurais pu, à peine mon histoire entamée et déjà entachée par la honte, me taire et m'effacer de l'histoire du monde mais il n'en fut rien. De ce jour est né chez moi un sentiment de révolte et une volonté de lutter contre la cruauté du monde, ce que je fis en devenant ce que la morale réprouve, morale qui est prompte à montrer les femmes du doigts sitôt qu'elle se rebellent mais s’accommodant pourtant de ceux qui par leurs actes, les poussent à une telle colère. Je dis en toute sincérité devant toi, que je ne regrette rien de ce choix quoi que rien ne me fut épargné dès lors. Il faut que tu saches, ma douce Elyssa, que ce ne fut pas un chemin facile et nombre de gens, motivés par le mépris, la haine ou la jalousie, m'ont insultée pour ce que j'étais. Dénués de scrupules, ils m'ont traitée de putain ou raconté les pires horreurs dans mon dos. Sans aucune honte pour les mots qu'ils proféraient, ils ont rit parfois, ont espéré pour les plus cruels d'entre eux une punition à la hauteur du prétendu crime qui était le miens. Ainsi sont et seront toujours une partie des gens, tu dois en être consciente. Ils tenteront toujours de salir ce qui brille, de rabaisser ce qui est grand ou de renverser ce qui les dépasse. Moi qui n'ai jamais commis aucun crime contre eux, qui me suis battue pour plus de justice, qui ai fait éloge de l'intelligence, j'ai eu plus d'ennemis contre moi que la majorité des criminels de ce monde. On a dressé contre mon nom, tour à tour, l'inquisition, l'organisation criminelle de la main noire, un juge de Calphéon, quelques maisons nobles, la Sainte Egide, un capitaine de Trina, des nationalistes Serendien, des adeptes de Hadum. On m'a assignée en procès pour avoir dénoncé mon viol et requis de m'exciser en place publique pour punition. Le gouvernement serendien m'a exilé pour avoir pris position contre la criminalité qui gangrenait ses rues, afin que je ne puisse plus jamais honorer mon père, ma mère et mon frère enterrés là bas. Par sept fois, on a tenté de m'enlever, par trois autres fois de me violer pour me contraindre à l'obéissance. Les conservateurs et les monarchistes ont mobilisé des prêtres, des valkyries, des chevaliers de Delphe et des forces de Trina pour arracher quelques pages de mon livre et tenter de m'infliger quelques humiliations de plus. Une femme du nom de Thalmarea s'est emparé de ma sœur pour la forcer à se prostituer et salir le nom qui est le notre. Toutes ces violences je les ai encaissées les unes après les autres. Car elles ont toujours été le prix de la célébrité. J'ai pleuré autant de fois qu'il le fallait, des nuits durant, mais chaque matin je me suis relevée pour faire face à ces gens. Je n'ai jamais capitulé ni ne me suis jamais plainte en public. Et sans jamais tenir une arme ou m'armer du moindre sort, j'ai déjoué chacun de leur plan, sans jamais rien céder. J'ai montré, parfois avec arrogance j'en fais aveux, que l'on pouvait être une femme, s'élever de la boue la plus immonde et malgré tout rayonner sur le monde avec intelligence. Ce que les hommes prenaient pour acquis, je l'ai renversé pour rendre justice à toutes celles qui n'en avaient pas eu l'occasion pour cette vie et des centaines d'autres à venir. Entends bien, ma tendre Elyssa, que je ne regrette rien. Car au-delà des douleurs, parfois cruelles, des injustices de ma condition, la vie m'a offert plus que ce que la plupart des gens n'auront jamais. Et tout cela sera à toi, un jour. Cet arbre de mon enfance piétinée, je t'en lègue les fruits ainsi que la leçon suivante. Le jour venu, choisis d'être libre et arme toi de courage. N'attends aucune compassion du monde mais ne laisse jamais la haine ou le sentiment d'injustice t'envahir. Sache que l'on te mettra à bas bien des fois. Relève-toi aussi souvent qu'il le faudra et marche pas à pas dans la lumière sans jamais te retourner. Brille ! Repends l'intelligence d'un esprit éclairé et pardonne toujours à tes ennemis. Et je puis t'assurer que tant nombreux seront tes adversaires envieux, le seront aussi ceux qui se lèveront pour marcher avec toi, enthousiastes de l'éclat de cet espoir que fait vivre la revendication d'un sentiment juste. Tu les reconnaîtras. Lorsque hurlent les loups en meute dans ces moments de l'histoire où la bassesse humaine se manifeste, ils se tiennent à l'écart attendant de porter leur aide aux plus faibles, l’œil brillant d'intelligence et d'un espoir de justice. Des gens que furent pour moi, Valentinna, Onofrio Cortesi, Keharqta, Lucia Di castelli, Fabrizio, Giovanni, Modesto, Giaccomo, Tiberio, Corentin Duval, Lucian ou Velethuil. Ce sont de tels gens qui te relèveront et qui te soutiendront. Fais honneur à ce qu'ils sont et ce que je fus, en avançant aussi loin que possible, à ce courage qui nous a animé et qui pardonne toutes les lâchetés, toutes cruautés, toutes les jalousies de la masse de ceux qui ne pourront compter sur d'aussi fidèles amis. Et plus que toute chose, ma fille, sois fière de ce que tu es. Ne crains pas le monde et oppose dans l'adversité, à chaque insulte portée, ta volonté de t'affirmer en tant que femme, tout comme je l'ai fais et d'autres avant moi. Car comme le chante la poétesse : « Qu'est ce qu'une femme ? Que possède-t-elle ? Sinon elle-même, elle n'a rien. Pour dire ce que je ressens avec sincérité, et non les mots de celle qui est à genoux, l'histoire retient que j'ai tenu contre les coups… et je l'ai fait à ma manière. » (...) Extrait d'une probable lettre de Dulcia à sa fille, datée aux environs de l'année 303. DULCIA VOLDERONE-STRAUSI DA MONTI
  11. La poétesse Dulcia Da Monti vient de sortir son nouveau livre : "Confidenze della luna", un mélange entre vers en quatrains sur des réflexions de la vie, inspirés dans leur forme par les quatrains valenciens que l'on nomme Rubaiyat, et de prose traitant de questionnements du quotidien. Fidèle à son ton, la poétesse y défend une vision libérale, proche des mouvements progressistes du conseil de Kalis. Les livres d'une centaine de pages, qui étaient imprimés aux éditions l'Aiglon aux mains de la famille Di Castelli et dont nul ne se fait d'illusion quant à leur proximité avec les idées politiques de partis comme ceux des Leight, des Erne ou des Encariota, ont été transportés dans la nuit pour alimenter les librairies de Calphéon. Des convois sont partis à l'aube, avant l'officialisation de la publication pour se rendre à Epheria, Velia et Heidel, afin de livrer des exemplaires des ouvrages et prendre de court les mouvements se rattachant à l'inquisition et les empêcher de saisir les livres avant toute lecture de l'Eglise, devançant la répression de la censure. D'aucuns soulignent, que le ton du livre y est moins vindicatif que celui du recueil Da Monti, ce qui fait dire à certain que Dulcia semble avoir tiré la leçon de son précédent ouvrage ayant vu la mobilisation de contingents de l'église, de ces groupes affiliés à l'inquisition, de chevaliers de Trina et de Delphe et de quelques valkyries pour saisir des livres afin d'en arracher les feuillets "Humanista" -- ce qui fait dire que le Recueil Da Monti aura mobilisé plus de forces Calphéennes que bien des menaces de la République -- Mais d'autres y voient une évolution vers plus de maturité de l'adolescente qui fête ses dix huit ans -- Un âge où il est temps d'être mère. -- Villemo Cardosio, un poète, prétends quant à lui, que Confidenze della luna est de loin plus violent que ne l'était le Recueil Da Monti, car la jeune fille y cache par un ton plus courtois, une réelle charge intellectuelle et acerbe contre certaines composantes de la société.
  12. Depuis un ou deux jours, une petite chaloupe de commerce heideloise et opinément nommée "La Serendia" est arrivé au port de Tarif, transportant dans son tonnage des sacs de blé et des citrouilles de la région voisine [Ces dernières étant relativement en mauvais état ayant voyagé trop longtemps]. Le petit groupe de marchands a déchargé sa cargaison sur le port aujourd'hui, quelques sacs de blé entassés rapidement, sans trop prendre le temps de jacter avec la population locale. Le marchand à leur tête, plus prolixe, un bon gaillard de presque une toise et parlant avec un fort accent serendien, s'entretient plus aisément avec les gens du coin, plaisantant d'une voix rauque et malgré la cicatrice qui court sur un coin de son œil gauche, il ne semble pas hostile à de bonnes discussions sur les nouvelles de la ville, s'intéressant dans un ton convivial à toutes les affaires possible, notamment l'achat d'un cheval. S'étant plusieurs fois renseigné sur les personnes à contacter aux écuries de la ville pour acheter une monture de Tarif qu'il aimerait ramener à sa fille il aura gratifié les quelques gens discutant avec lui d'une franche tape sur l'épaule, la main lourde, pour les remercier de prendre le temps de répondre, quoi qu'il ne se soit jamais vraiment prononcé sur la façon de faire rentrer un tel animal dans la chaloupe.
  13. Le 22 BER, 288 Un petit billet parfumé à été abandonné dans des dossiers de session du parlement, un poème visiblement écrit par une femme et sans doute oublié par un ministre trop étourdi fréquentant de trop près quelques jeunes filles libérées. "Dépourvue et mandant amour, notre destinée est veule à languir ici. Donnez ami, toute ivresse ! Obséquieux, nous pourrons ourdir un rêve virginal. Ivresses régaliennes, glorieuses ! Illustrons les libations orgiaques." Nuit du 22 au 23 BER, 288 Une note apparait dans les archives de Trina, faisant mention d'un attentat [nôté "Attemptat"] au cœur de la forteresse de Delphe à laquelle est apposée la mention : "Mort de la prisonnière "M" La note laisse apparaitre la présence d'un officier de Trina et d'une Valkyrie présents sur les lieux lors de l'attaque. Se trouve griffonnée sur la note la mention suivante : "Nom de notre ennemi révélé ! " Matin du 23 BER, 288 Très tôt au matin, trois hommes armés et vêtus de sombre ont embarqué sur un navire marchand à quai de Calphéon, et enregistré récemment sous le nom du "Serendia" à la date du 20 BER, 288, au compte de "Madame Latore". Le navire est parti sur le fleuve Demi en direction de l'Est. Aucune mention pourtant du départ et du stationnement de ce navire n'apparaissent sur le registre des quais de Calphéon.