Sawyier

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À propos de Sawyier

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    Sawyier

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  1. La belle saison était arrivée avec une chaleur soudaine et l’air devenait irrespirable dans les bureaux du Trillium. Toutes les fenêtres étaient grand ouvertes, mais le peu de vent n’arrangeait pas l’atmosphère. Au fond du bâtiment, une femme en robe de magicienne s’éventait avec son immense chapeau. Elle était assise à côté d’un enfant et d’un golem de pierre géant ; ils prenaient un goûter plutôt copieux. Thé vert pour Sawyier, jus d’orange pour le petit Tim et café long pour le golem Roger, bien que ce dernier ne puisse ni boire ni avoir soif. D’ordinaire par un temps pareil, ils auraient dû se promener aux alentours de Calphéon, plutôt que cuire dans une maison de pierre, mais ce jour-là, Sawyier attendait quelqu’un : « Un client va venir. » expliqua-t-elle à son petit cousin et au golem. « Je vais peut-être obtenir un contrat très important. Je compte sur vous pour rester sages et ne pas faire trop de bruit. » Elle essayait de boire son thé sans s’arrêter d’éventer, il s’agissait là d’un exercice ardu mais les magiciennes n’avaient pas peur du danger. Roger et Tim s’échangèrent un regard, ceux-là avaient développé une grande complicité. Ils grandissaient ensemble et avaient de nombreux points communs. Le dernier en date était de faire des bêtises sans le faire exprès, au plus grand malheur de la magicienne. Cependant rien n’annonçait que cette entrevue risquait de mal se passer. Sawyier avait laissé de quoi bien manger et avait promu Roger responsable en chef de la garderie (titre pompeux sans réel pouvoir politique). Elle révisait ses derniers sorts pour se détendre à l’aide de son grimoire « Magie et enchantements » sous-titré « usage de la magie pour les tâches ménagères ou sociales indignes des magicien(ne)s. » Le genre d’activité mécanique qui permettait d’oublier la peur que pouvait provoquer un entretien professionnel. Lorsque l’horloge sonna quatorze heure, Sawyier bondit, fit un dernier chut du doigt à Tim et Roger suivi d’un index agité pour signifier « sinon ça va barder. » et ferma la porte derrière elle, les laissant seuls dans le salon. « Regarde, Roger. » murmura Tim après avoir fini son jus de fruit. « Sawyier a laissé son livre ouvert. » Si les magiciennes pouvaient créer d’énormes boules de feu, il était de notoriété publique que les enfants avaient le pouvoir de repérer et d’être attirés par les objets qui leur étaient strictement interdits. Le golem tourna ses petits yeux verts vers l’objet et se rendit compte de la maladresse de sa créatrice. Comment pouvait-on laisser un enfant et un livre magique ouvert dans la même pièce ? Cela ne présageait rien de bon. « Non. » répondit-il sur un ton faussement calme et autoritaire. « On n’a pas le droit. » « Elle a dit : rester sages et ne pas faire trop de bruit. Il n’y a aucun risque si on regarde juste. On fera bien attention de ne pas tourner les pages trop vite. » « Ahhh. Oooh. D’accord. » Tim avait là un argument tout à fait pertinent. Lorsqu’on tournait les pages du livre, cela ne faisait quasiment aucun bruit. Sawyier n’était pas en mesure d’entendre cela dans la pièce d’à côté. Roger, bien que responsable en chef de la garderie, ne pouvait contenir sa curiosité devant un tel ouvrage. Il y avait des illustrations colorées à chaque page et des lettres calligraphiées magnifiques. Tim avait appris à lire et se débrouillait plutôt bien. A la page trois, ils s’arrêtèrent car le titre semblait prometteur. « Sortilège pour les enquiquineurs… Ouah ! Ça pourrait nous être utile, Roger. Il faut qu’on l’apprenne ! » Le golem essayait de comprendre la représentation du sort alors que Tim commençait déjà à réciter à voix haute la formule, ce que personne ne devrait faire avec un livre magique ; c’était bien la pire chose à faire lors de la première lecture de ce genre de texte. Et lorsque Roger comprit qu’il s’agissait d’un sort pour nuire à quelqu’un, il était déjà trop tard : un petit rayon s’échappa du livre et partit comme une flèche quelque part dans le salon. Tim resta bouche bée et Roger interdit. Quelle terrible catastrophe avaient-ils provoquée ? « Qu’est-ce qu’on a fait à ton avis ? » demanda Tim N’importe qui aurait corrigé l’enfant en l’informant que c’était son idée et qu’il était l’unique responsable, mais Roger n’était pas comme ça. C’était un chic golem et il se sentait pleinement responsable du cataclysme qui allait sans le moindre doute se produire. Le lourd silence coupable fut brisé par un bruit de verre, comme un objet en verre qu'on fait glisser sur une table. Ils cherchèrent l’origine de ce son : cela venait de la table basse. « Ah ! Je suis la salière… CAUCHEMARDESQUE ! Et ce monde est bien trop fade, il a besoin de plus de… chaos. Je vais répandre mon sel partout sur cette terre ! » « Oh, non. » souffla Roger saisi par l’effroi d’un tumulte qui commençait. La salière se mit à sautiller furieusement sur la table basse pour mettre du sel partout. Les pâtisseries furent les premières victimes de ce règne de terreur, elles étaient à présent immangeables. Dans un rire malsain, l’objet possédé continua son œuvre et se dirigea vers la coupe de fruits. « T’inquiète pas, Roger. Je vais arranger ça. Il doit bien avoir un sortilège pour annuler tout ça. » Paniqué, le golem essayait de rattraper la salière. Il ne pouvait pas faire de geste brusque, au risque de briser un meuble, mais elle était rapide, injurieuse et elle était en train de saler des fraises, on allait prendre ça pour du sucre ! A sa troisième tentative, Roger s’arrêta car il venait de réaliser quelque chose. Tim avait bien dit le mot sortilège ? Trop tard, un deuxième rayon s’échappa pour s’écraser sur la table. Roger se dirigea vers Tim pour lire le sort qu’il avait lancé « Sort pour adoucir. » Ils se regardèrent tous deux alors que la salière massacrait un bol de fraises. Roger prit doucement des mains de Tim le livre de sorts et lorsqu’il se retourna il vit que la sucrier leur faisait face sur le bord de table. « Bonjour. » lança Tim, hésitant. « Vous pouvez nous aider… ? » « Oui, je connais bien la salière. » répondit le sucrier sur un ton amer. « Toujours prête à ruiner une bonne soirée et à hurler de rage sur les honnêtes gens. » d’un air de dégoût, il cracha du sucre par terre. « Je peux vous aider à arrêter ses desseins épicés, mais il nous faut une armée. Passez-moi votre grimoire, je vais vous aider. Eh quoi ? Vous n’avez jamais vu un sucrier lettré ? Je suis raffiné vous savez ! » « Non. » coupa Roger. « Plus de magie. » « Roger, il faut qu’on répare nos bêtises ! » « Nous n’avons plus le temps ! » cria le sucrier énervé. « Tournez le livre à la page cent dix-neuf. Vite !» Monsieur Prato avait une moustache impressionnante. Elle dépassait bien le visage de deux centimètres de chaque côté, c'était l’œuvre d’un sculpteur, elle ressemblait à un aigle noir prêt à prendre son envol, un oiseau qui battait des ailes à chaque fois que son propriétaire parlait. Sawyier se rendit soudainement compte qu’elle n’écoutait pas du tout Monsieur Prato. Il s’agissait d’un négociant fortuné, le genre de riche qui ne pouvait pas prendre les routes sans se faire un sang d’encre. Le problème fut que la magicienne n’avait rien écouté depuis deux bonnes minutes, or monsieur Prato la regardait avec un sourire pincé et attendait une réponse. Sawyier prit alors un air grave et se massa l’arête du nez pour réfléchir. « Je vois. » commença-t-elle dans un soupir retenu. « Et vous pensez que le Trillium est la meilleure solution à votre problème ? » « Oui bien sûr. » reprit Monsieur Prato. « Les routes sont dangereuses et ma livraison ne peut vraiment pas attendre. » Il s’agissait donc bien d’une mission d’escorte et la magicienne paraissait toujours professionnelle. « Bien, nous allons pouvoir discuter d’un contrat. Je vais le rédiger avec vous si vous voulez bien. Oh, excusez-moi, j’ai laissé ma plume à côté. Je reviens tout de suite. » Monsieur Prato hocha la tête et Sawyier se leva de son siège. Elle l’avait sûrement laissée dans l’arrière salle à côté de son livre. Elle ouvrit la porte, se retint de hurler, fit un pas en arrière et referma la porte. « Tout va bien ? » demanda le client. « Oui. » « Vous avez oublié votre plume. » « Ma plume. C’est une excellente remarque. Mais je crois qu’elle est trop usée. Je vais en prendre une autre. » Un bruit de verre brisé retentit derrière la porte. « Tout va bien ? » « C’est rien, ce sont mes collègues. Ils font du pain. » Peste soit son talent de menteuse, l’improvisation n’était clairement pas son fort. « Du pain ? Dans la salle d’à côté ? Dans un bureau de mercenaires ?» « Oui. C’est un passe-temps pour nous détendre entre deux missions périlleuses. Moudre le grain, modeler la pâte, la rouler. Ça défoule, ça fait un bien fou. » « Ma foi, je suis curieux de goûter le pain du Trillium. » « Il est très mauvais. On débute. Je vous le déconseille. Et si nous revenions à ce contrat ? Je dois avoir une plume dans ce tiroir. » « Je vous le concède, c’était une erreur. » confessa le sucrier à Tim et Roger. «Mais comment aurais-je pu prévoir que les couverts étaient des traîtres et n’avaient aucun sens de l’honneur ? » Il soupira puis leur jeta un regard de coin. « Par contre, je vous trouve un peu ingrats. Excusez-moi du terme mais j’ai quand même rallié à notre bannière la coupe de fruits et les tubercules. » Le salon avait des airs de champs de bataille. Roger se cachait les yeux devant un tel massacre et Tim commençait à paniquer. Les fidèles de la salière avaient semé le chaos sur la table basse et l’armée du sucrier avait renversé deux chaises dans leur tentative pour les stopper. Les combats avaient fait un mort, un verre à vin. Face au drame, les deux groupes s’étaient mis d’accord pour faire une trêve afin de se recueillir. Malheureusement la tension persistait et aucune solution diplomatique ne semblait possible. La salière récupérait l’événement tragique qui avait coûté la vie au récipient pour diaboliser l’ennemi et le sucrier quant à lui, expliqua à ses troupes qu’il fallait rétablir l’ordre, peu importe le prix à payer. Tim tourna la tête vers Roger : « Et si on les mettait tous dans un sac en attendant que Sawyier revienne ? » « Non. Ils vont tous se casser les uns les autres à l’intérieur. » « Excusez-moi, nobles sirs. » interpella le sucrier. « Nous avons discuté entre nous et nous avons décidé de choisir la solution proposée par les fruits. Tenter de faire des prisonniers était une erreur. Nous allons charger l’ennemi dans un ultime affrontement et ce sur leur territoire. Nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle et nous nous en remettrons à Ellion tout puissant. » « Ce n’est pas une bonne idée ! » s’empressa de couper Tim. Le sucrier posa son couvercle métallique sur la main du garçon. « Chut. Je comprends votre peine. Mais nous avons juré de redonner à ce monde la tranquillité de Jadis. L’heure n’est plus aux adieux déchirants. » Sa voix trembla. « Excusez-moi, le devoir m’appelle. Au revoir Philippe. » « Je m’appelle Tim. » « Ne gâchez pas ce moment ! » Un lourd silence traversait la table basse, lieu de la bataille finale. Les deux armées se faisaient face, chaque soldat bouillonnait d’impatience d’en découdre, mais aucun camps pour l’instant n’osait donner l’assaut. Ce fut alors que la salière eut une idée pour provoquer ses ennemis. Elle fit amener une pomme, espionne capturée et proche amie du sucrier. La surprise s’empara des rangs de l’armée d’en face. Certains soldats se tournèrent vers leur général qui semblait impassible. Le sucrier, en réalité, contenait une rage immense. La perfidie de la salière allait causer l’irréparable. Celle-ci eut un ricanement et cria : « C’est votre dernière chance de vous rendre. Abandonnez ou bien votre amie risque de le regretter. » « Sucrier. » implora la pomme. « Je vous en supplie. Trop de sel a déjà été déversé. » Il détourna le regard. Il ne pouvait se résoudre à capituler. Il implora le pardon de la pomme avec chagrin. La salière ordonna alors à l'un des couteaux d’empaler la pomme. Celle-ci fut ensuite soulevée dans les airs et le couteau la jeta devant les rangs de l’armée sucrée. Le sucrier jura de lui donner vengeance et sonna la charge. Roger, d’abord perplexe, devant un tel tableau se ressaisit et tenta de les arrêter. Il plaça l'un de ses bras immenses entre les deux groupes. La rage des belligérants ne se dissipa pas et ils escaladèrent les pierres immenses qui se dressaient devant eux. « Bien ! » s’exclama Sawyier en refermant vivement son registre. «Le contrat est donc signé et le prochain rendez-vous est fixé. Permettez-moi de vous remercier, moustache, pardon, monsieur Prato ! Si vous voulez bien m’excuser, j’ai quelques affaires urgentes à régler sur le champ ! » « J’ai froid. » soupira la salière alors que le sel se répandait sur le sol. « J’aurais simplement voulu une dernière fois apporter le bonheur d’un plat parfaitement assaisonné. » « Toute… » Commença le sucrier, contenant un sanglot. « Toute la substance de la salaison n’est que l’ombre d’un rêve. » « C’est… » La salière cracha du sel. « C’est magnifique. » elle expira alors dans un long râle rauque. Roger et Tim contemplèrent le désastre. Tant d’objets avaient perdu la vie et laissaient les survivants à leur chagrin. Le garçon se sentait désolé pour le sucrier qui venait de perdre ses amis, il s’approcha et essaya de le réconforter : « Je vous demande pardon, on voulait pas que ça se passe comme ça. » « Nous avons fait ce que nous croyions juste de faire. » répondit le sucrier. « Mais je suis content d’avoir traversé cette épreuve avec vous, Philippe le garçon et Samuel le golem. » « Qui est le responsable ?! » gronda soudain la magicienne depuis le pas de la porte. « C’est Tim qui a ouvert votre livre ! » cria aussitôt le sucrier. « Oui » renchérit la salière qui se mit à ramasser ses morceaux. « Il a clairement désobéi à votre consigne. » Le retour de Sawyier fit retrouver au salon son calme perdu. Les objets animés s’empressèrent de ranger et de nettoyer. L’enfant et le golem, eux, regardaient fixement leurs pieds. Ils évitaient soigneusement de croiser le regard de la magicienne. Celle-ci avait les bras croisés et se pinçait les lèvres. Elle leur infligea un silence réprobateur de plusieurs minutes puis soupira : « Vous imaginez, si un autre membre du Trillium était entré ? La magie c’est très sérieux ! On ne peut pas l’utiliser à la légère, encore moins pour s’amuser. Oh, merci. » fit-elle à la tasse de thé qui avait flotté jusqu’à sa main. « Au moins vous n’avez rien et ça m’apprendra à oublier mon livre. » Les deux coupables semblaient tirés d’affaire, bien que ce rappel à l’ordre ne les rendait pas très fiers. Tim était soulagé d’avoir évité une punition et demanda d’un ton tremblant s’il pouvait disposer. Sa petite voix apaisa la magicienne qui retrouva son sourire. Elle les laissa reprendre des jeux plus paisibles en repensant à ce qu’ils venaient de faire. Elle trouva cela même amusant jusqu’à ce qu’elle recrache bruyamment son thé bien trop salé…
  2. La faible lueur de la bougie éclairait la mine pâle de sa cousine, il la voyait plisser des yeux et se fatiguer à relire des papiers posés sur le bureau. C’était le soir, et l’enfant commençait à s’ennuyer. Assis sur un confortable fauteuil, Il regardait autour de lui. Les meubles étaient propres et avaient l’air d’une grande valeur ; sur une table basse en face de lui, il y avait une coupelle de fruits et il avait le droit de se servir autant qu’il le voulait. Le garçon avait d’ailleurs le ventre plein, le raisin de table avait disparu. Il soupira, pour signaler qu’il ne savait pas quoi faire. Sa cousine remua le nez, elle ne l’avait pas remarqué. Il semblait très tard, même si dehors il y avait encore du bruit : les nuits de Calphéon étaient très différentes de celles de Glish. A cette heure si, tante Madeline l’aurait déjà fait coucher alors qu’ici, des gens criaient encore dans la rue. Le garçon tourna alors le regard vers deux petits yeux verts brillants qui l’observaient depuis tout à l’heure. Il leur fit une grimace puis chercha sur le fauteuil son cheval en bois, un cadeau de Myna et son premier jouet. Le garçon commença alors à faire galoper son destrier dans le salon. Le cheval n’eut aucun mal à sauter du fauteuil à la table basse. Dans sa course, Il dut éviter les oranges mais son agilité était sans pareille, il put passer entre les dangereuses agrumes. Impossible à arrêter, le cheval ne voyait aucun obstacle insurmontable et après avoir conquis le table basse sans mal, il bondit sur la chaise à bascule interdite. On lui avait dit « C’est une terre dangereuse habitée par une sorcière aux pouvoirs terribles qui la garde jalousement » mais la sorcière était absente, il n’en fallait pas plus pour que le destrier n’attaque. Le cheval prit son élan et bondit. Ce fut un saut remarquable, un saut dont on ne parlait que dans les légendes. Le cheval réussit à poser ses sabots sur le siège, glissa un temps et s’arrêta in extremis près du rebord. Fier de sa victoire, le cheval hennit de bonheur, il trottait sur la chaise à bascule de la sorcière. Ivre de réussite, il se demanda alors, quelle serait ma prochaine conquête. Un lourd grondement fut sa réponse. Les yeux verts. Le cheval fit face à celui-ci et toisa son adversaire. Les yeux verts appartenaient à une immense créature qui atteignait presque le plafond, faite de roches et de racines. Il se tenait dans le salon sans bouger et avait observé les exploits du cheval. Son heure était venue. Le destrier légendaire frappa du sabot en signe de défi, ce à quoi le titan répondit d’un grognement interrogatif. « Te crois-tu capable de vaincre un golem comme moi ? » disait-il. « J’ai survécu aux plaines des oranges et aux terres tumultueuses de la sorcière, je n’ai pas peur de toi, Golem. » répondit le cheval sans une once de crainte. Le golem fut tétanisé par tant d’audace et regarda la charge du cheval, qui s’élança et, n’écoutant que son courage, commença à gravir le bras du Golem, il allait atteindre la tête du monstre, plus que quelques kilomètres et… « Roger aide moi à monter… » demanda l’enfant sur la pointe des pieds. Le cheval retrouva soudain de la force et put atteindre la forêt qui siégeait sur la tête du titan. Le destrier avait ainsi vaincu le plus dangereux des êtres en ce monde. « Tim, tu ne serais pas en train d’embêter Roger, par hasard ? » demanda sa cousine qui ne quittait pas ses papiers des yeux. « Non, non. Roger, le cheval t’a tué. Allonge-toi. » Le golem, bon perdant, s’allongea doucement, après avoir vérifié qu’aucun meuble ne serait broyé dans son action. Il resta inerte même face à l’orgueil de son adversaire qui sautillait sur son corps. « Mais pourquoi tu as tué Roger ? » sa cousine avait finalement quitté le bureau pour s’asseoir à côté d’eux. Roger bougea la tête pour signaler qu’il n’était pas mort. Tim vint s’asseoir à côté d’elle et sourit. « Sawyier, tu me racontes une de tes missions de mercenaire ? » « Euh… Je suppose que je peux faire ça. Mais pour cela, il me faudrait d’abord en choisir une… Et vérifier qu’il n’y a pas trop de gros mots… » Sawyier réfléchissait sous son chapeau de magicienne, elle repassait dans son esprit ses différentes aventures. Parfois elle grimaçait, Tim pensait alors qu’il devait s’agir d’un monstre énorme qu’elle avait dû terrasser. Après une petite réflexion, elle commença : « Eh bien, je me souviens, d’une aventure… Ah mais on a juré de ne plus jamais en parler… » « Allez, raconte-moi, je ne le dirai à personne, promis. » « Je n’arrive pas à me décider, il y a la fois où nous avons été recrutés pour combattre des cultistes, très mauvais souvenir… Un combat dans les marais de Glish, j’ai pris une flèche ce jour-là, une horreur quand j’y repense. Ah si, j’en ai une pour commencer. Notre mission contre une troupe de bandits d’effrits ! » Tim se tut et ouvrit grand ses oreilles. « A l’époque, Roger n’était qu’un tas de cailloux qui prenait le soleil, mais nous étions déjà une fière bande de mercenaires. Il y avait Bélier, le guerrier sans peur aux paroles plus tranchantes que son épée. Valerya, la pourfendeuse d’estime de soi, qui pouvait pétrifier d’un regard. Miette, une ombre féline, qui pouvait crocheter n’importe quelle serrure. Alessio un guerrier qui pouvait pousser à bout autant ses amis que ses ennemis, et d’autres qui, comme lui, ne sont plus là. Et enfin et surtout, Glish, la magicienne, belle et intelligente qui manipule une magie puissante et utile, et qui a des blagues très drôles aussi. Le Trillium avait été appelé pour vaincre le chef d’une terrible bande d’effrits sanguinaires dont le repère était une tour en ruine. Ces effrits étaient aussi sauvages que des nagas et aussi rusés que des fogans. Il nous fallait un plan pour débarrasser d’une menace aussi périlleuse. La conception d’un plan est toujours une étape importante chez le Trillium. Pendant que Miette se glissait dans leurs rangs pour faire une reconnaissance, nous avions décidé d’aller à leur rencontre. Miette ne se fait jamais prendre, elle se déplaçait dans l’ombre sans qu’aucun effrit ne puisse la remarquer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut manger très vite ton assiette quand elle est là, sinon tu risques de mourir de faim. Elle put alors trouver différents passages à emprunter en cas de retraite. Pendant ce temps-là, les effrits se rassemblèrent pour accueillir le Trillium. Ils étaient armés jusqu’aux dents, et tu sais bien que les effrits ont de très grandes dents. Alessio demanda alors à Glish la puissante de lancer un sort pour les impressionner : une boule de feu à leur pied pour les intimider. » « Et alors ? » « Et alors, c’est difficile la magie, qu’est-ce que j’y peux si ma boule de feu n’était pas assez grande pour eux ? Bref, Glish ne se découragea pas et en relança une deuxième bien plus grande qui explosa aux pieds des effrits, qui paniquèrent. Le plan marcha et le Trillium obtint un entretien avec le chef, sa cible. Il fallut grimper tout en haut de la tour, et ce fut au sommet que les mercenaires purent voir le chef. Il était bien plus grand que tous les autres, une montagne de muscles, rustre et grossier. Les mercenaires négocièrent alors avec le chef un duel entre l’un des nôtres et celui-ci. Si le Trillium gagnait, il pouvait repartir avec la tête de l’effrit. Sinon … Mieux valait ne pas y penser. Alessio se porta volontaire contre l’effrit et son épée et déclara qu’il allait se battre avec une arme particulière, la magicienne Glish. » « Mais, tu n’es pas une arme ? » « Cet effrit-là n’était pas très malin, et il accepta. Les deux mercenaires durent éviter les coups d’épée terribles de l’effrit ; à plusieurs occasions, ils manquèrent de se faire couper en deux et Glish riposta avec sa magie. Et lorsque l’effrit leva son épée en l’air prêt à nous couper la tête une bonne fois pour toute, Glish lui lanca un sort de foudre qui le fit tomber à terre. Ça et les coups d’épées d’Alessio et je crois bien qu’un d’entre nous a tiré une flèche… Bref, les effrits nous ont accusé de tricherie et ont voulu venger leur maître. Bélier put alors s’illustrer au combat en découpant des effrits à tout va et il fit tomber l’échelle qui permettait d’accéder au sommet de la tour. Heureusement, le Trillium connaissait un autre passage, un assemblage d’échelles et de plate-formes en bois, un échafaud de fortune et put se replier. Il fallut par plusieurs fois affronter des effrits sur le chemin, mais les mercenaires parvinrent à atteindre le sol. A cet instant-là, Valerya marmonna quelque chose d’incompréhensible entre ses dents, que la magicienne Glish comprit comme une invitation à brûler l’échafaud. Il se trouva que ce n’était pas du tout ça, il fallait en réalité brûler les effrits vers une autre direction. Valerya s’excusa auprès de Glish et lui promit de faire d’avantage d’efforts pour articuler la prochaine fois. Un contretemps de rien du tout qui n’empêcha pas nos fiers mercenaires de retourner en ville pour réclamer leur prime, leur travail accompli avec talent. Ils s’éloignèrent de la tour en flamme sur leurs destriers, sous le soleil couchant… A moins que, non ça devait être en pleine journée. Voilà, l’une de mes premières missions ! » Tim et Roger applaudirent. « Tu peux me raconter l’aventure, celle où vous avez juré de ne plus jamais en parler ? Ça a l’air chouette ! » dit Tim « Oui. » surenchérit le golem d’une voix grave dont le ton n’exprimait pas l’enthousiasme réel de celui-ci. « Tu devrais demander à Miette ou à Valerya… Si je la raconte ça va se retourner contre moi. » la magicienne se redressa et épousseta sa robe. « Bien, je pense que nous n’aurons pas de client pour aujourd’hui. On rentre. Roger, je compte sur toi pour surveiller la boutique ! » Après que Tim eut dit au revoir au golem, Sawyier éteignit sa bougie et ferma la porte à clef. Le quartier général du Trillium fut plongé dans l’obscurité, à part la salle de réunion où deux yeux verts brillaient. Le gardien des lieux avait toute une nuit pour repenser à cette histoire et à rêvasser.
  3. J'ai testé le Trillium pour vous. Je ramasse l'estime de moi même tous les jours. 10/10
  4. Lu et approuvé, Glish