Makie

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À propos de Makie

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Informations RP

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    Eleazar Kelevra
  1. Un silence studieux régnait dans les lieux. C’est à peine si on entendait les pages se tourner et les plumes gratter le parchemin. La lumière dorée faisait régner une atmosphère chaleureuse. Assis à une petite table, Eléazar alternait la lecture d’un grand ouvrage et la prise de notes. Lorsque la lumière commençait à baisser et qu’il était nécessaire d’allumer des lampes, il savait alors que la journée tirait à sa fin, mais il lui semblait que le temps s’étirait à l’infini, la lecture d’un ouvrage entraînait celle d’un autre qui elle-même… Les jours passaient identiques et pourtant changeants. Lorsqu’il était arrivé les jours s’allongeaient mais aujourd’hui l’équinoxe d’automne était passé depuis plusieurs semaines. Pourtant il lui semblait qu’il avait ouvert le premier livre hier. Telle était la magie de la Grande Bibliothèque de Grána. La Grande Bibliothèque de Grána est un lieu mythique pour les érudits. Elle contient des ouvrages des plus anciens et relatifs à des savoirs parfois oubliés par les hommes. Jusqu’à récemment son accès était quasi impossible pour qui n’appartenait pas au peuple des elfes. Lorsque Sadie avait demandé à Eléazar de se rendre en éclaireur à Kamasylve, il avait tout de suite songé que c’était l’occasion rêvée pour enfin accéder à la Bibliothèque. Il était donc parti de Tarif plein d’ardeur et avait voyagé d’une traite jusqu’aux frontières du royaume des Ganelles. Si les frontières s’étaient ouvertes et si les Ganelles avaient besoin d’aide dans leur lutte contre les Ahibs, Eléazar ne tarda pas à découvrir la difficulté de gagner leur confiance. Mais à force de patience et de persévérance, la Reine Brolina Ornette lui ouvrit enfin les portes de la Grande Bibliothèque. C’est au début du printemps qu’il fut présenté à la Conservatrice Momellies et qu’il put enfin consulter les ouvrages dont il rêvait depuis plusieurs semaines. Il se perdit alors dans une succession de journées studieuses, du matin jusqu’au soir, il consultait des ouvrages, prenait des notes, à peine prenait il le temps de s’interrompre pour prendre un repas. D’abord sur la réserve, Momellies en vint à considérer le magicien, sinon comme un ami, mais comme un érudit digne de son intérêt. Elle le guidait dans le choix des ouvrages et il n’avait jamais à regretter ses conseils avisés. Le solstice d’été arriva. Sadie n’était toujours pas apparue à Grána mais c’est à peine si l’information retint son intérêt. Il continua à se rendre chaque jour à la bibliothèque ne songeant même pas à envoyer un message à Tarif. Après les grandes chaleurs, il se dit bien que sans doute des événements avaient dû contrarier les projets initiaux et qu’il devrait penser à reprendre le chemin de Tarif mais Momellies lui présenta un ouvrage sur la magie des Ganelles et toute velléité de départ disparu de son esprit. Les jours défilèrent de nouveau. Ce jour là quand il fit le chemin pour se rendre à la Bibliothèque, le gel avait recouvert de blanc l’herbe et les arbres alentours, les premiers froids étaient arrivés. Etait-ce cela qui lui donna d’un coup la nostalgie de la chaleur de Médiah, ou est-ce que dans le froid du matin la magie de Grána s’était un instant dissipée ? Mais il sut que son séjour touchait à sa fin et qu’il lui fallait songer à faire ses adieux. Le lendemain, il reçut un message de Sadie, sans s’expliquer sur son silence, elle lui demandait s’il pouvait recueillir des informations sur les Luthraghons. Depuis quelques temps diverses rumeurs lui étaient venues à l’oreille les concernant. Durant l’été, en fouillant dans la Bibliothèque, Eleazar avait trouvé un vieux journal mentionnant un livre qui semblait perdu: les récits de l’ombre de la lune. Il lui avait fallu du temps et de la patience pour le découvrir et accéder à son contenu, mais il avait appris la vérité sur les Ganelles et les Védirs et surtout le nom caché de Viorencia Odore. Mais les Ganelles n’avaient pas épuisé tous leurs secrets et Grána bruissait maintenant du nom des gardiens d'Adùir. Eleazar avait donc demandé une audience à la reine Brolina qui l’avait renvoyé sur Momellies. Celle-ci lui avait donné un ouvrage expliquant qu’outre les enfants de la lune et du soleil, il existait les enfants de la terre: les Luthragons chargés de protéger les racines sacrées de Kamasylve. Il consacra ses derniers jours à Grána à rechercher un Luthragon qui avait réussi à revenir de l’Adùir pour rencontrer la reine Brolina puis il fut temps de faire du tri dans ses notes, et de remercier les Ganelles qui l’avaient accueilli. Lors de sa dernière soirée, Momellies lui offrit Douce Magie et Eléazar lui offrit en retour un cristal rouge de Mediah. Tôt le lendemain il partit et lorsque Grána disparut au détour du chemin qui s’enfonçait dans la forêt, il s’interrogea réellement pour la première fois sur ce qui avait pu se passer ces derniers mois à Tarif.
  2. Eléazar malgré l’intense fatigue resta éveillé longtemps après que le calme soit revenu dans la grande tente. Dehors la tempête avait baissé d’intensité mais la tente était toujours secouée par de violentes bourrasque et le sable continuait de s’insinuer par le moindre orifice. Il ne pouvait s’empêcher de penser au caractère surnaturel de cette tempête, à cette absence de vent dominant, à ces bouffées d’énergie maléfique qu’il avait perçu et il savait qu’il n’était pas le seul, par moment. Mais il ne servait à rien de tourner cette idée dans sa tête car il n’avait pas pour l’instant les moyens d’identifier la force à l’œuvre derrière cela. La situation du groupe de pèlerins et l’incident qui venait de se dérouler était une autre préoccupation. Dans sa vie, le mage suivait quelques principes intangibles, l’un d’eux stipulait que rien ne sert de donner des conseils à qui ne l’a demandé, de ce principe découlait qu’il ne servait à rien de se mêler des affaires des autres à moins d’y être convié. Depuis le départ du pèlerinage, il lui semblait que ce principe était régulièrement bafoué par les uns ou les autres entraînant un climat de tension et risquant de mettre en péril le bon déroulement du pèlerinage. A peine avaient ils quitté Altinova que l’un ou l’autre des pèlerins se mêlait déjà de la façon dont l’escorte conduisait le convoi. Une attitude qu’Eléazar Kelevra désapprouvait : les mercenaires avaient été payés pour cela, s’ils commettaient des erreurs c’était à eux de les assumer, et quoiqu’il pensa par ailleurs, il s’était bien gardé d’intervenir quand à la façon de guider le convoi. Sa sécurité lui-même et son Clan était en capacité de l’assurer, les éventuelles défaillance de l’escorte ne l’inquiétait pas alors autant les laisser faire leur travail. S’il avait envisagé de suivre le pèlerinage de cette façon, c’était pour ne pas avoir à se préoccuper de l’intendance et pour pouvoir ce concentrer pleinement sur l’objet du pèlerinage. De plus c’était une manière de faire la connaissance d’Ikhlas dont il avait entendu parler par des proches de son entourage. Il n’avait donc pas réagi non plus devant le comportement de l’étrange trio qui les avait rejoint au plus fort de la tempête. Certes leur attitude était des plus dérangeantes et témoignait d’une grossièreté qui méritait d’être punie mais dans le contexte du pèlerinage il lui paraissait plus approprié de les ignorer que de réagir à leur provocation. La relation de la femme avec ses deux compagnons ne le regardait pas. Certes il comprenait que le sort de la femme que les 2 hommes présentaient comme leur sœur ait ému certains mais au fond de lui, il éprouvait du mépris pour cette femme. Issu d’un clan matriarcal, il était inconcevable pour lui qu’une femme se laisse traiter de la sorte. Son manque de révolte, sa passivité le mettait en colère, non par rapport à ses soi-disant frères mais par rapport à elle. Aucune Kelevra n’aurait supporté une telle attitude sans réagir et une Kelevra n’aurait eu pas besoin d’un homme du Clan pour régler le problème. Si au final il était intervenu c’est que la situation risquait de dégénérer mettant en péril le groupe de pèlerins. Maintenant que les deux hommes gisaient ligotés au milieu de la tente, il s’interrogeait toutefois sur leur véritable motif. Il se méfiait de ce qui paraissait évident, car alors que les deux hommes avaient joués la provocation jusqu’à plus soif, ils avaient été maîtrisés tout compte fait assez facilement. Etaient-ils ce qu’ils paraissaient, à savoir des rustres allant vendre celle qu’ils présentaient comme leur sœur pour quelques pièces d’or, ou bien étaient-ce de rusés comédiens ? Il trouvait bien imprudent que le mercenaire Meshak ait proposé à la femme de les suivre. Pour des bandits, il était bien plus facile d’affaiblir une caravane que de l’attaquer frontalement. Les exemples ne manquaient pas de caravanes infiltrées par un bandit qui empoisonnait les chameaux, vidait les réserves d’eau rendant plus facile l’assaut final. Demain il ferait par de sa méfiance à Sadie, Falkynn, Menetios et Galathéa. Si Meshak persistait dans sa volonté d’emmener la femme avec eux, ils ne seraient pas trop de cinq pour l’avoir à l’œil. Ayant terminé sa réflexion il s’autorisa enfin à dormir. Le bruit de la tempête faiblissant peu à peu berça son sommeil sans rêve.
  3. Eléazar était occupé à ranger dans le comptoir quand une étrangère avait frappé à la porte. Cela allait briser la monotonie de la journée et Eléazar s’en réjouit. Directe, la femme lui demanda s’il avait des compétences en alchimie. Après qu’il eut répondu par l’affirmative, elle déposa devant Eléazar un tissu plié et l’ouvrit soigneusement. Il renfermait une poudre blanche d’apparence banale dont aucune odeur ne monta à ses narines. Elle souhaitait qu’il analyse la poudre et le cas échéant qu’il la reproduise. Elle demanda un rapide devis. Le prix annoncé de 100 000 pièces au minimum parut lui convenir. Elle lui demanda la plus grande discrétion et il ne put savoir d’où provenait la poudre. Elle lui laissa son nom Asker ainsi que son adresse à Epheria. Yuue arriva peu de temps avant son départ et pour la rassurer il la présenta comme son assistante. A peine Asker eut-elle quitté le comptoir qu’Ismet entra. Eléazar en fut heureux. Ismet apportait avec lui les odeurs du Grand Désert mais aussi des nouvelles plus sombres. Son frère Chem était mort: plutôt que d’affronter Ismet dans un duel fratricide, il avait préféré se suicider. Ismet demanda quelques nouvelles, mais quand il évoqua Aubelyne, l’humeur de Yuue s’assombrit et celle-ci réagit de façon inconvenante envers l’homme du désert. Heureusement Ismet était un homme sage et après que les deux hommes aient réprimandé Yuue et que celle-ci se fut excusée de mauvaise grâce, l’incident fut déclaré clos. Ismet était venu proposer un accord commercial avec les Kelevra, offrant de commercer les métaux, les épices, les parfums et les plantes sous trois conditions: la garantie d’une possibilité de stockage à Calphéon, 25 pour cent sur les bénéfices pour les Kelevra, les marchandises étant acheminées par les Arzhul, quand à la troisième condition, elle concernait directement Eléazar. Ismet voulait savoir qui était l’homme qui était venu voir Eléazar lors de l’ouverture du comptoir et ce qu’Eléazar lui avait dit à son sujet. Lorsque celui-ci lui décrivit l’homme, Ismet lui révéla son nom Ashem ibn Dokan et qu’il le soupçonnait d’être un djinn. Ashem avait acheté à Eléazar diverses marchandises: extraits de digitale et de belladone ainsi que des baies de gui. Il n’avait pas demandé ce qu’il comptait en faire de cette quantité importante de poison, il lui avait également demandé s’il connaissait Ismet et ce qu’il pensait de lui. Eléazar lui avait répondu qu’il le tenait pour un homme d’honneur dont il était redevable. Le récit que fit ensuite Ismet de sa propre rencontre avec Ashem était aussi étrange que le personnage. C’est alors qu’Ismet posa sur le comptoir une dague magnifique: la poignée recouverte d’or représentait une tête de serpent dont la mâchoire était ouverte, la lame figurant la langue du serpent, deux rubis représentaient les yeux. Le travail était magnifique toutefois l’arme dégageait une étrangeté inquiétante. Lorsqu’Achem avait remis la Vipère à Ismet, il lui avait demandé de lui enfoncer dans le coeur 1 mois et 2 jours plus tard et d’ici la de la maintenir loin de lui. Mais depuis Ismet sentait comme la présence d’Achem derrière lui, aussi il demanda à Eléazar de dissimuler la dague en usant si possible de magie. En quittant le comptoir il lui promit de lui en raconter plus, il comptait rester quelques jours à Tarif. Après le départ d’Ismet et Yuue, il contempla pensivement la poudre et la dague posées sur la table devant lui.
  4. Eléazar Kelevra Magicien et alchimiste natif et résidant à Tariff
  5. Merci à Sadie pour une partie du récit et à Thalya pour la réplique de l'alchimiste Lorsque sa dague s’enfonça dans le ventre de l’alchimiste, toute la colère accumulée s’évacua subitement. Elle fut comme absorbée par le corps qui s’effondra telle une poupée de chiffon. Cette colère montait en Eléazar depuis que Falkynn était rentrée à Tariff en piteux état pour annoncer l’enlèvement de Galathéa. Si dans un premier temps il avait pu en vouloir à Falkynn d’avoir entraînée Galathéa dans un piège, rapidement sa rancœur s’était focalisée sur les vrais responsables à savoir les Disciples de Kzarka. Lorsqu’après s’être concerté avec Ahon, Eléazar et Falkynn avaient quitté Tariff, ils savaient qu’il pouvait s’agir d’un départ définitif, il reviendraient avec Galathéa ou il ne reviendraient pas. La colère d’Eléazar fut à deux doigts de s’exprimer avec Sorel, un rebelle qu’ils avaient trouvé sur leur route, terrorisé et caché dans un buisson. Ils tentèrent de l’interroger mais en vain et lorsque celui-ci saisit le bâton du mage à pleine main, il se mit à grésiller un instant, mais la victime était trop pitoyable pour être digne du courroux d’Eléazar. Le premier orage éclata sur des Fogans : ces stupides grenouilles avaient eu l’imprudence de défendre une dépouille d’un suppôt de Cadry, une décharge électrique les renvoya au néant et Falkynn se chargea de faire le ménage. Mais c’était trop peu pour apaiser sa rage.La piste du chariot les conduisit au Monastère Sanglant qu’ils fouillèrent en vain. La frustration vint s’ajouter à la colère. Ils réussirent toutefois à capturer un cultiste qu’ils emmenèrent à l’écart pour l’interroger. Avant même que Falkynn ne puisse tenter quoi que ce soit Eleazar prit les devants, agrippant fermement et sans ménagement le captif, une main sur la gorge, l’autre sur la bouche. Sans rien dire, sans s’expliquer mais le visage déformé autant par la furie que par la douleur, le mage s’insinua dans l’esprit de son adversaire encore inconscient. Les secondes s’égrainérent, longues, silencieuses, terribles, puis les minutes. Immobile, tendu sous l’effort, le mage pénétrait toujours plus profondément dans son esprit, en prenant possession jusqu’à ses pensées les plus secrètes. Le cultiste ouvrit des yeux emplis de terreur, cherchant à aspirer le plus d’air et se mit à hurler, hurler, hurler ! Hurlement rendu ténu par la main sur sa bouche, qui engloutit son cri et le transforma en un borborygme inintelligible. Eleazar attendit que le cri s’arrête et sûr de son silence il relâcha son emprise, laissant sa victime tomber dans l’herbe et se tapir, visiblement effarée d’être là où elle était et avec qui elle était. Agité de tremblements mais incapable de se mouvoir, il tentait de se tenir le plus loin possible de son bourreau, l’aura de terreur qu’il dégageait devenue palpable. Eléazar, à bout de force, se redressa péniblement, et fit signe à Falkynn que le prisonnier était à sa disposition. Il n’était plus qu’un livre ouvert dont il suffisait de maintenant de tourner les pages. Loin d’apaiser sa colère, les révélations du cultiste ne firent que l’attiser, la crainte qu’il n’osait à peine formuler depuis que Falkynn était revenu du Monastère d’Elric se concrétisait. Ils avaient enlevé Sadie et le convoi se dirigeait maintenant vers le laboratoire de Marni pour livrer les captives à Aal seul savait quelles expériences. S’il n’avait été trop fatigué par l’interrogatoire, il aurait achevé le Cultiste lui-même, il en laissa le soin à Falkynn, la pitié était un luxe qui n’était plus de mise. Le temps pressait, il fallait reprendre la route malgré la nuit blanche, chevaucher sans cesse en direction de Keplan. La fatigue le gagnait malgré l’enjeu de la poursuite et il se surprit à somnoler. Ils s’étaient séparés après avoir achevé le prisonnier. Quand il reprit ses esprits Falkynn ne l’avait toujours pas rejoint. Mais il ne pouvait se permettre de s’arrêter, de la chercher, il fallait avancer encore et encore. Suivre la piste, rattraper le chariot. Après le pont, juste avant le col redescendant sur Keplan, un attelage galopant à vive allure le força à prendre le bas-côté. Quelque chose s’alluma dans son esprit, mais de nouveau la torpeur l’avait pris et il continua de chevaucher tel un automate en direction de Keplan. Au col il vit un groupe d’homme aux prises avec des Cultistes. C’est à peine s’il reconnut Menetios, Elendryn et les autres. Dans l’excitation, il faillit d’ailleurs les blesser ses en lançant inconsidérément un sort de foudre. Heureusement la décharge d’adrénaline stimula ses sens endormis et il se reprit utilisant des sorts plus précis. Submergé par le nombre, pris à revers, le dernier des cultistes ne tarda pas à succomber. Lorsqu’Eléazar comprit que le convoi qu’il avait laissé passer était le celui qu’il poursuivait, il ne put s’empêcher de jurer. Vite faire demi-tour et chevaucher encore. Dans un coin de son esprit il y avait l’image de Yuue sans doute blessée mais il ne fallait pas perdre la piste. Malgré la fatigue il accéléra. Mais déjà un nouvel obstacle se dressait : les Cultistes envisageaient de faire sauter un pont. Les incantations fusèrent, gelant le pont au risque de le rendre impraticable mais rendant plus difficile la mise à feu et rendant vulnérables les Disciples de Kzarka. A peine entendit-il Elendryn maugréer sur l’impétuosité d’Alessio et de Sergio. La poursuite reprit, acharnée, le but était proche, le nuage de poussière dégagé par le convoi était visible maintenant et à chaque virage, il se rapprochait. Emporté par sa vitesse le chariot versa, non loin du Monastère Sanglant. Alors ce fut le chaos total. Plus tard Eléazar n’aurait que quelques images qui lui reviendraient : la charge des Cultistes, et le déluge d’éclairs qu’il abattait sur eux, la chimère monstrueuse sortant du chariot sur laquelle il lançait forces flèches magiques tandis qu’Elendryn combattait au plus près, le monstre le chargeant et lui disparaissant pour réapparaitre dans le chariot, sa dague s’enfonçant dans le dos d’un cultiste, la fouille désespérée des cadavres pour trouver le médaillon ouvrant la cage dans laquelle était retenues Sadie et Galathéa et enfin le face à face avec l’alchimiste qu’une valkyrie inconnue avait empêché de fuir. Enfin sa colère pouvait se focaliser sur un adversaire à sa mesure. Ils se retrouvèrent face à face, mais ils étaient tels les deux faces d’une même pièce de monnaie et aucun n’était en mesure de prendre le dessus sur l’autre. Les éclairs fusèrent, le feu jaillit en explosions, le sol trembla, l’eau se figea, mais à peine s’ils étaient atteint par les éléments qu’ils avaient déchaînés. Le duel aurait pu continuer jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, épuisés, à bout de force, si Sadie et Galathéa délivrées de leur cage n’étaient arrivées, renversant définitivement le rapport de force. Dans un ultime sursaut de rage, l’alchimiste hurla : “Je te retrouverais Siari, dussè-je t'affronter en l'Antichambre de Kzarka…” La dague s’enfonça, la colère d’Eléazar se consuma tandis que Sadie continuait de frapper le cadavre de l’alchimiste. On ramassa les blessés et on s’éloigna du Monastère, laissant les derniers débris du chariot se consumer et les âmes damnées de Kzarka rejoindre leur maître. Plus tard au poste de garde sud, ils pansèrent leurs plaies. Eléazar avait ramené Sadie sur son cheval. Il l’avait aidé à descendre et il l’avait installée à l’abri. S’il n’avait été le Seid et si Sadie n’avait été la future Sadhvi, Eléazar l’aurait serrée dans ses bras comme la sœur retrouvée qu’on croyait perdue à jamais, mais il était Eléazar et elle était Sadie alors il l’enveloppa d’une couverture et lui donna à manger et à boire. Tout était fini, tout ne faisait que commencer. L’orage s’était dispersé aussi rapidement qu’il était venu, mais déjà au loin, les ombres du passé formaient une nouvelle tempête qui risquait de tous les emporter.
  6. L’aube pointait à peine qu’il était déjà rendu aux quais de Tariff. Il avait poursuivi la berge du fleuve vers l’amont. Là un peu à l’écart il y avait un endroit tranquille. Il s’était déshabillé puis s’était immergé dans le fleuve, il y était resté longtemps, jusqu’à ce que la sensation de fraîcheur devienne une sensation de froid. Depuis son retour à Tariff il observait ce rituel tous les matins sans que la sensation de corruption présente depuis son retour du Monastère ne s’estompe tout à fait. C’était comme une tâche de goudron, collante, poisseuse et tenace. Ensuite il s’était assis sur un grand rocher plat, laissant les rayons du soleil naissant le sécher progressivement. Les ecchymoses dont son corps était couvert avaient pris une teinte jaune, la douleur due aux fractures de côte ne l’empêchait plus de respirer normalement, la cicatrice de sa main n’était pas fameuse mais il n’y avait nulle trace d’infection, ses deux doigts manquants l’élançaient par moment comme c’était souvent le cas lors d’une amputation. Son corps était vigoureux, il savait qu’il reprendrait le dessus rapidement. Il commença par prier puis tandis que le soleil échauffait peu à peu l’atmosphère il se mit à méditer sur les événements récents. Son sauvetage et par la même occasion celui de Menetios, avait été une folie audacieuse. Sadie avait réussi à organiser et réunir une bande hétéroclite qui contre toute attente s’était révélée efficace, elle s’était montrée digne du Clan Kelevra. Depuis il lui laissait prendre l’initiative sur la suite des événements, l’observant prendre des décisions. Depuis qu’il était revenu à Tariff, il la voyait s’activer, elle passait des heures dans son laboratoire, ses recherches avaient l’air d’avancer. Il avait fait la connaissance de la Valkyrie Mellisore, encore une surprise de Sadie. Il se demandait comment elle avait pu se lier d’amitié depuis l’enfance avec une Valkyrie qui d’autant qu’il pouvait en juger paraissait être d’une noblesse ancienne. Tariff était un village et il était rapidement venu à ses oreilles qu’Ahon avait convoqué Sadie. Il était allé trouver la chef du village pour savoir à quoi s’en tenir. L’entretien n’avait pas été des plus agréables. Ahon s’était montré incisive et il ne pouvait lui en tenir rigueur, il partageait le diagnostic : le Clan devait évoluer ou mourir. Il allait falloir choisir, il espérait que ce choix solitaire soit le dernier, il lui était de plus en plus lourd d’assumer la charge de Seid sans le soutien d’une Sadhvi. Dès que le tourbillon qui semblait encore animer la troupe que Sadie avait réunie, se serait calmé, il lui faudrait se pencher sur la formation de Galathéa et il faudrait également qu’il ait une discussion avec Falkynn. Elle avait assumé la charge de mener l’assaut sur le Monastère avec une efficacité surprenante. Enfin il restait le problème Yuue. Il n’avait pas été surpris quand Yuue Kerridwen était venue frapper un soir à sa porte. Il avait interprété le fait qu’il la croise par hasard à Heidel comme le signe que leurs destins étaient liés. Peut-être que le rituel avait été imparfait, ou bien l’enchantement s’affaiblissait, quoiqu’il en soit elle se rappelait de sa voix. Il n’aimait pas mentir, mais il avait prêté serment, l’ironie étant que la personne pouvant le délier de ce serment n’en avait aucun souvenir. Il l’avait sauvé de la mort et de ce fait il l’avait condamnée à errer de part le monde à la recherche d’une chimère. Yuue avait été au départ avant tout une expérience, dorénavant il devait en assumer la responsabilité. Il mettait en perspective les événements qui le liaient à Yuue avec ceux qu’il avait vécu récemment et s’il était honnête avec lui même, il ressentait maintenant de la culpabilité vis-à-vis de la jeune femme. On ne pouvait effacer le passé, il était par contre toujours possible de racheter nos erreurs. Il lui avait donc proposé son aide en complétant sa formation de magicienne. Il attendait maintenant sa réponse. Le soleil dardait maintenant ses rayons, il se laissait envelopper par la chaleur montante. Bientôt il commencerait à suer s’il n’abaissait pas le niveau de son métabolisme et de sa température corporelle. Il s’absorba dans cet exercice et pour un temps il ne pensa plus à tout ce qui l’attendait. Le bruit du fleuve berçait sa respiration, la fraîcheur de l’aube n’était plus qu’un souvenir. Il était revenu à Tariff.
  7. La douleur était lancinante, elle irradiait dans tout son bras. Au moins elle avait l’avantage d’estomper la douleur qui provenait de tous les points de son corps qui avaient reçu des coups. Ils l’avaient plusieurs fois passé à tabac, sans véritablement lui poser de questions. Puis ils lui avaient coupés l’auriculaire et l’annulaire de sa main droite, à ce moment il était inconscient, ils avaient attendu qu’il reprenne ses esprits pour lui cautériser les plaies, au moins il ne mourrait pas d’une infection pensa t il avec un brin d’ironie. A ses côtés Menetios murmurait des propos incohérents, les moments où il était conscient devenaient plus rares. Il avait pris soin de compter les jours, les fenêtres grillagées laissaient passer un semblant de lumière qui lui permettait de garder une notion de temps. Cela faisait trois jours qu’il était là, il avait le sentiment que cela faisait une éternité. Il avait recommencé à somnoler quand il entendit du bruit à l’extérieur, une demi douzaine de gardes entrèrent. Ses tortionnaires n’en faisaient pas partie, deux gardes le détachèrent et lui lièrent les mains dans le dos, ils entravèrent également ses chevilles. Il marcha ou plus exactement ils le traînèrent jusqu’à une grande salle. C’était de toute évidence une bibliothèque. Un homme se tenait debout, son visage était masqué par le capuchon de la cape dans laquelle il était enveloppé. Les gardes lui donnèrent un coup derrière les genoux pour le forcer à s’agenouiller. « Alors Seid, j’espère que vous appréciez notre hospitalité… Je vois que vous avez été un peu secoué, mais il ne dépend que de vous que vos conditions d’accueil s’améliorent » Il ne répondit rien, il remarqua que dans un coin de la pièce, sur une table était posé son carnet, son bâton était également à proximité. L’homme reprit : « Vous feriez mieux de ne pas vous entêter, tout ceci n’était qu’un avant goût de ce que nous pouvons vous faire. Vous avez vu l’état de votre compagnon de détention, vous savez que nous pouvons vous infliger bien pire » Même si son visage était masqué par son capuchon, Eléazar sentait sur lui son regard. Il sentit un picotement derrière la nuque, puis ce picotement commença à irradier d’abord vers le haut, gagnant peu à peu le sommet de son crane et l’enveloppant progressivement, puis vers le bas diffusant des épaules vers le reste du corps. L’engourdissement le gagnait, il réagit alors, fermant les yeux, se concentrant sur ces sensations qui n’étaient pas les siennes et il repoussa vigoureusement la tentative d’emprise. L’homme eut un infime tressaillement puis il partit d’un rire mauvais : « Vous êtes encore fort, cela me plaît, la victoire n’en sera plus délectable… » Il fit un signe et les gardes le ramenèrent et le rattachèrent à côté de Menetios. Puis les tortionnaires arrivèrent, ils prirent bien soin de frapper aux endroits déjà tuméfiés jusqu’à ce qu’il sombre de nouveau dans l’inconscience. Il se mit à rêver, il marchait dans la rue principale de Tariff, celle-ci était inhabituellement déserte, le vent soufflait l’enveloppant d’une douce chaleur, au loin une silhouette indistincte venait à sa rencontre. Il se mouvait très lentement, les pieds comme englués dans le sol poussiéreux. La silhouette s’approchait, elle était couverte d’un grand manteau avec un capuchon qui masquait totalement le visage, il tentait de reculer mais ses pieds étaient maintenant enracinés et il ne pouvait plus bouger. La silhouette se rapprochait toujours, arrivé à deux mètres de lui, elle s’arrêta, lentement elle porta les main au capuchon et le fit glisser. Il reconnut alors Galathéa, la surprise le fit se réveiller. La douleur revint, insupportable, il resta les yeux fermés, l’image de Galathéa était encore gravée dans son cerveau, de manière inexplicable il ressentait sa présence autour et à l’intérieur de lui. Il était si fatigué. Pourtant ses yeux s’ouvrirent sans qu’il l’ait commandé. Il poussa un long cri, ce qui acheva de le réveiller totalement, le sentiment de la présence de Galathéa s’était évanoui. Il tourna la tête et croisa le regard de Menetios qui le regardait étonné.
  8. Eléazar rassembla ses affaires ce qui se réduisait à peu de choses. Il avait consigné sur un petit carnet l’ensemble de ses recherches concernant les tatouages de Sadie et Galathéa, tout était bien entendu rédigé dans le langage codé des Kelevra. Il brûla soigneusement toutes ses notes et dessins, alla rendre les ouvrages qu’il avait emprunté à Clara Siciliano. Il avait décidé de suivre la rive gauche du fleuve et de faire une halte à Heidel. C’est sans regrets qu’il laissa Calphéon derrière lui, trop de monde, trop d’intrigues, trop de troubles, il avait hâte de retrouver le désert. Il lui semblait que là-bas l’air y était plus pur, l’atmosphère plus transparente et les rapports entre les gens plus simples. En quittant la ville le temps était maussade et frais. Des nuages s’amoncelaient à l’horizon, le vent se leva, il sut qu’il allait faire face prochainement à la pluie. Effectivement une grosse averse l’obligea à chercher un abri. Il attendit patiemment sous un arbre que la pluie soit moins forte pour reprendre sa route. Le soir il fit halte à la tombée de la nuit. Il découpa une tranche de pain dans la miche qu’il avait emporté qu’il accompagna de fruits secs. Depuis longtemps il avait pris l’habitude de voyager avec le strict minimum, ne prenant des repas chauds que s’il s’arrêtait dans une ville et un village. Il se cala contre un arbre, s’enveloppa dans sa couverture et s’endormit. Lorsqu’il bivouaquait son sommeil restait léger, sa conscience affleurait, restant attentive au moindre bruit inhabituel. La nuit fut calme, il se réveilla avant l’aube et reprit sa route. Les jours se déroulèrent ainsi, d’apparence monotone, jusqu’à ce qu’il soit en vue d’Heidel. Eléazar aimait cheminer ainsi à pied, sa pensée se déroulait librement au rythme de ses pas, tout lui apparaissait plus clair et plus évident. Il avait prévu une halte à Heidel, d’une part car il lui fallait racheter du pain, refaire le plein de fruits secs et d’autre part il comptait dîner et passer la nuit à l’Auberge de la Vallée, peut-être y entendrait il des rumeurs sur l’activité des Cultistes dans la région. Il arriva en fin d’après-midi à Heidel, il monta à la place du marché pour y faire ses provisions et prit ensuite le chemin de l’auberge. Il réserva une chambre et s’installa au rez-de-chaussée pour y prendre un repas. La salle était animée et bruissait du bruit des conversations…
  9. Eléazar n’eut pas besoin de paroles pour être rassuré sur les intentions d’Aubelyne, il sentit que la jeune femme était comme lui avant tout motivée par le savoir. Intérieurement il se réjouit de la revoir à Tariff et c’est volontairement qu’il passa au tutoiement qu’il utilisait avec tous ses élèves et les membres du Clan : « La paix soit sur toi Aubelyne » Il s’inclina, la main sur le cœur, à la manière des hommes du désert.
  10. Le Seid réfléchit quelques instants, but une nouvelle gorgée de thé et répondit : « Je pars demain ou après-demain, comme j’ai l’habitude de voyager à pieds cela me prendra une dizaine de jour. Nous pourrons nous entretenir dès votre arrivée à Tariff, si par hasard je n’étais pas présent, demandez Naïra Kelevra, elle sera prévenue en ce qui vous concerne. Pour ce qui est de votre ouvrage tout dépendra de la qualité de celui qui l’a enchanté, mais je disposerais à Tariff de nombreuses ressources qui me manquent ici. En ce qui concerne votre autre requête, sachez qu’il arrive que des personnes extérieures au Clan fassent appel à nous pour leurs enfants. Certes vous n’êtes plus une enfant et vous ne venez pas de Mediah mais si Aal vous a guidé jusqu’à moi alors je dois vous venir en aide. La curiosité et l’envie d’apprendre sont les premières des qualités que je demande à mes élèves alors je pense que nous pourrons nous entendre. Toutefois sache que je considère que la magie ne doit pas être utilisée à tort et à travers et de façon contraire aux préceptes d’Aal » En prononçant ces dernières paroles avec fermeté, Eléazar posa son regard gris sur Aubelyne comme s’il cherchait à deviner ses intentions profondes.
  11. Eléazar Kelevra était occupé à synthétiser les notes qu’il avait prises sur les tatouages de Sadie lorsqu’on frappa à sa porte. Son atelier provisoire était spartiate : 2 chaises, une petite table, un coffre et une commode, aucune décoration en dehors des lustres. Il avait rangé les papiers et ouvrages qui traînaient jusque là dans la pièce et la paillasse d’alchimie avait été en grande partie débarrassée. Assez grand et d’apparence ascétique, Eléazar portait moustache et favoris. Il avait le crâne rasé et sa mise était des plus simple. Âgé de 42 ans, sa peau tannée par le soleil et ses traits creusés par le vent, le faisaient paraître plus vieux qu’il n’était. Son regard gris clair était perçant et il parlait d’une voix calme et grave. Il invita la jeune femme à s’asseoir, lui désignant le siège le plus confortable et répondit à ces questions après lui avoir offert un thé. Celui-ci était servi à la mode du désert, très chaud, avec de la menthe et bien sucrée. -« La paix soit sur toi Aubelyne Bretos. Maître en magie… Je préfère utiliser le terme de Seid qui est ma fonction dans le Clan auquel j’appartiens. On accède à cette fonction après une initiation longue et exigeante. Ma tâche consiste à enseigner et former les futurs mages et sorcières du Clan Kelevra. Je répugne à utiliser le terme de Maître car si j’ai passé une grande partie de ma vie à étudier, je sais qu’il me reste encore à apprendre et à découvrir. Notre Clan est ancien et a rassemblé de nombreuses connaissances sur la magie. Je suis toujours curieux de découvrir de nouveaux ouvrages aussi c’est avec plaisir que j’accéderais à votre requête. Mais je dois vous prévenir que je m’apprête à quitter Calphéon pour retourner à Tariff. »
  12. Quand la jeune femme avait pénétré dans son atelier provisoire, un air de déjà vu l’avait saisi immédiatement. Tout s’était éclairé lorsque son identité lui avait été révélée : c’était Galathéa la fille de Naïs Kelevra. La ressemblance avec sa mère était frappante, c’était ses cheveux gris qui l’avaient empêché de la reconnaître. Un flot de souvenirs enfouis lui revint et il lui fallu toute sa maîtrise pour ne pas se laisser envahir par l’émotion et garder son calme habituel. Du même âge, Naïs et Eléazar s’étaient de nombreuses fois croisés durant les enseignements communs donnés aux enfants du Clan. Si l’enseignement des Kelevra était rigoureux, les enfants n’en restaient pas moins des enfants qui lorsqu’ils retrouvaient un temps leur liberté, courraient, jouaient avec des cerfs-volants, se querellaient pour se réconcilier aussitôt après. Mais Naïs était une enfant précieuse, et vivait le plus clair de son temps au sein de sa famille dans le désert. Elle ne pouvait que rarement se mêler aux jeux des autres enfants. C’était une enfant sage et une élève douée, Eléazar, studieux lui-même, aimait son calme et sa douceur et lors des rares moments de liberté de Naïs, il essayait à chaque fois de passer du temps avec elle. Ils s’éloignaient alors du campement, restant toutefois à portée de voix et aimaient passer de longs moments adossés à un arbre. Ils échangeaient des confidences, parlaient parfois d’un ton sérieux d’Aal ou de la magie et s’inventaient des histoires. Ces moments rares étaient d’autant plus précieux qu’ils leur semblaient être en quelque sorte volés. Leurs chemins s’étaient peu à peu éloignés quand à l’aube de leur adolescence leurs dons étaient devenus évidents. Ils avaient suivi désormais un enseignement différent : elle était une jeune sorcière des plus prometteuses, lui était devenu le disciple le plus proche du Seid. Lorsque très rarement, ils se retrouvaient tous les deux, une étrange gêne s’installait entre eux et ils ne retrouvaient plus la complicité de leur enfance. Lorsque le mariage arrangé de Naïs avait été annoncé, il était lui même bien avancé dans son apprentissage de futur Seid, il avait appris à refouler ses propres sentiments, à penser pour et par le Clan et comme les autres membres s’était réjoui de cette nouvelle. Lorsqu'elle s'était enfuie, comme les autres membres du Clan, il s'était étonné et indigné, refoulant tout ce qui avait pu le lier à la jeune fille. 25 ans plus tard, il réalisait ce qu’avait pu ressentir Naïs, promise à un inconnu. La tristesse que parfois il percevait fugitivement derrière son beau regard bleu, était celle d’une jeune fille prise au piège de son destin, vivant dans une prison sans barreaux. Si jusqu’à son arrivée à Calphéon, la fuite Naïs était restée une énigme, il commençait à comprendre et à son grand étonnement à respecter son choix. Il ne s’attendait pas à ce que l’irruption de Galathéa dans son existence le bouleverse autant. Trop occupé par son activité de Seid, il n’avait pas pris femme, n’avait pas eu d’enfant et n’était attaché à personne. Plus il discutait avec Galathéa, plus il retrouvait le caractère de sa mère, une volonté tranquille, une franchise sans détour, une calme assurance derrière une apparente fragilité. Il se rendit compte que jamais il ne pourrait user d’aucune contrainte à son encontre, que s’il voulait rester fidèle à cette amitié enfantine et lui donner un sens, il était de son devoir d’aider Galathéa sans en exiger une contrepartie.
  13. Galathéa… L’information était d’importance, Sadie recherchait dans les archives de l’orphelinat de Calphéon une certaine Galathéa… Qu’elle lui ait caché cela n’était en soi pas étonnant par contre cela signifiait qu’il était fort possible que cela soit la fille de Naïs. Décidemment Elendryn était une interlocutrice précieuse outre le fait qu’Eléazar partageait avec la Valkyrie des conceptions commune sur la façon dont devrait tourner le monde. Il allait falloir être prudent dans la façon d’aborder cette question avec Sadie, il ne voulait pas gâcher la perspective de se rendre à Florin pour consulter les archives de Siari. Mais il n’avait guère le choix : Elendryn accepterait de les aider que s’ils se mettaient d’accord. Sadie restait méfiante, c’était le moins qu’on puisse dire, en ce qui concernait ses intentions et encore plus en ce qui concernait le Clan. Mais le fait d’aller à Florin était une avancée certaine dans leur relation. Il avait bien progressé dans le déchiffrage du tatouage, Siari y avait inclus un mantra qui en éclairait si ce n’est sa fonction exacte mais son principe : « Seigneur, maître du temps, Force des éléments des quatre points, Dans ce cercle sacré ne laissez entrer que le bien, Dans ce cercle sacré enchaînez l’Esprit fuyant. Protégez-le par votre puissance, Avec parfait amour et en parfaite confiance. » Il en était quasi certain, Siari avait lié un esprit dans le cercle formé par l’ensemble du tatouage qui s’étalait de la cheville gauche à l’épaule droite. Un déséquilibre dans les attributs du tatouage, volontaire ou non, expliquait sans doute les manifestations dont était parfois victime Sadie. Cela et le fait que Siari était morte des conséquences de ses propres expériences sur elle-même, faisait craindre des conséquences négatives à long terme pour Sadie. C’est sans doute ce qui l’avait déterminé à accepter l’aide du Seid. Sadie semblait ne pas comprendre pourquoi il voulait l’aider, bien sûr il avait espéré qu’elle fût une adventice et de pouvoir la convaincre de rejoindre le Clan et de revenir à Tarif. Même si ce n’était pas le cas, elle n’en restait pas moins une Kelvera, il était le Seid et à ce double titre son devoir était de l’aider. La survie dans le désert nécessitait solidarité et loyauté entre les membres du Clan, Eléazar espérait que Sadie finisse par appréhender cette vérité. Le rôle global du tatouage restait toutefois obscur, il considérait maintenant que Sadie était en soi une expérience alchimique et vu que le tatouage avait été appliqué durant son enfance, il l’avait vraisemblablement remodelé en profondeur. Qu’aurait été Sadie sans ce tatouage était une question vaine, nul ne pouvait inverser le cours du temps. Mais quelle était la finalité de cette expérience ? Il avait émis devant Sadie différentes hypothèses sans qu’aucunes d’entre elles ne soient pleinement satisfaisantes. Sadie avait alors cité certaines paroles de Siari qui revenaient fréquemment dans sa bouche : « Le cercle du Même, et le cercle de l’Autre ». Il avait déjà lu ces termes chez des auteurs ésotériques. Eléazar était doté d’une bonne mémoire, il pouvait mémoriser sans peine des passages entiers d’ouvrages. Le symbole du Cercle était l’objet de nombre de réflexions en particulier chez les alchimistes. Il est une forme pleine et parfaitement fermée sur elle-même mais il est aussi le vide que ce cercle renferme. Un simple cercle tracé sur le sable pouvait être un sujet de méditation. Quand aux des deux cercles, leur signification était difficile à appréhender pour le profane. Ils symbolisaient le visible et l’invisible, le sensible et l’intelligible, ils étaient le cœur de l’architecture du monde. Sadie était t elle devenue un pont entre ces deux cercles, rassemblant la pluralité dans l’unité, unissant matériel et spirituel et dévoilant le chemin caché de la connaissance ? Car si certains alchimistes cherchaient avant tout le pouvoir, pour d’autres le but ultime était la connaissance de toute chose. Siari en faisait-elle partie ?