Vicci

Membres
  • Compteur de contenus

    45
  • Inscription

  • Dernière visite

Profile Song

À propos de Vicci

  • Rang
    Niveau 2
  • Date de naissance 01/09/1981

Informations RP

  • Personnage principal
    Lukaena

Visiteurs récents du profil

197 visualisations du profil
  1. Bienv'nu !
  2. bien en vue ! ou un truc dans le genre...
  3. bienvenue o/
  4. bienvenue toussa toussa !
  5. Débauche, ébauche, embauche (fin). Debout, au centre du pont, se dressait Gribouille, les deux mains sur les hanches. Déjà dans la grisaille qui précédait l'aube, il crachait ses ordres d'une voix nasillarde, quoi que postillonner eut été le terme adéquat. Son regard surveillant la manœuvre, il jugeait l'efficacité des nouvelles recrues. Pour un début, c'était un bon début, et les matelots s'affairaient avec discipline pour déployer les voiles et ramasser les cordages. D'un air satisfait, il hocha du chef puis ordonna au géant Maximiliano de larguer les amarres. Alors que la grand voile se gonflait déjà, le navire fit une brusque embardée, son flanc tribord raclant la jetée. "Bit' d'candidum !" jura le gobelin en se retournant vers le géant qui, de toute évidence, n'avait pas suivi sa consigne. "Qu'est t'comprends pas dans : largu' les z'amarr' !?" Pour toute réponse, le colosse haussa les épaules et indiqua la jetée du menton. Là, tout au bout, un gros bonhomme courrait tant bien que mal pour rejoindre le navire. On pouvait l'entendre dans le lointain, son baluchon jeté sur l'épaule, beugler à travers la bruine matinale. "Héééé ! 'tendez ! 'tendez !" Les sourcils froncés, Gribouille plissa ses yeux chafouins, prenant un air encore plus mauvais qu'à l'accoutumée, juste avant de les écarquiller de stupeur en le reconnaissant : -"J'y crois pas..." L'homme, rougit par l'effort, se plia en deux pour reprendre son souffle en arrivant près du navire et, lorsqu'il retrouva assez d'air, il se mit à crier : -"Y rest' d'la plac' pour un vieux loup d'mer qu'cherch'rait un bon équipag' ?" Gribouille n'en revenait pas, mais malgré sa stupeur, il se retourna vers Maximiliano, toute sa malice se lisant sur son visage de gobelin édenté. -"Fait' monter c't'andouill'... grommela-t-il. "Et larguez-moi c'putains d'amarr' ensuit', l'aura qu'a rentrer à la nag' si l'cap'tain' veut pas d'sa sal' trogn' à bord..." C'est ainsi que les choses furent faites. L'homme embarqua et le Santa Cruz quitta Port Ephéria sans encombres. Quelques minutes plus tard, alors que le gobelin dirigeait les hommes sur le pont, on frappa à la porte de la petite cabine du capitaine. Penché sur son bureau en bois vermoulu, Saraboya étudiait une carte maritime récente en compagnie de Jona afin de tracer un itinéraire sûr pour le périple qui s'annonçait. Surpris par l'interruption, les deux hommes échangèrent un regard avant que le capitaine n'ordonne d'entrer. L'instant d'après, un quinquagénaire à la face cramoisie ornée d'une moustache poivre et sel fit irruption dans la petite cabine, son paquetage sur l'épaule. -"Sabr' d'bois..." jura Saraboya. -"Balein' ?!" lâcha Jona, tellement stupéfait que sa vieille pipe en ivoire faillit lui tomber du bec. -"Aye, vieill' branch'... J'suis v'nu voir si z'aviez b'soin d'un marin d'plus... parait qu'vous r'crutez..." annonça le tenancier de "l'espadon sautillant" avec un grand sourire. Quelques secondes passèrent alors que les deux marins tentaient encore de déterminer s'ils étaient dans la réalité ou en train de rêver. -"On ne pourrait rêver de meilleur maître coq..." déclara Saraboya en serrant l'avant bras de son vieux camarade. "Bienvenue à bord, Monsieur Allegrini." -"Monsieur Allegrini..." répéta le gros bonhomme avec un soupir de déception, "on dirait qu'tu caus' à un nobl'..." -"Baleine..." Corrigea Saraboya, hochant la tête pour présenter ses excuses. Satisfait, le tavenier se retourna vers Jona pour le saluer d'une etreinte tandis que Victor sortait une bouteille de rhum de sa table de chevet pour remplir trois petits verres à la propreté approximative. Les trois hommes trinquèrent ensuite, se réjouissant de leurs retrouvailles avant que Baleine ne demande à ce qu'on lui donne son contrat. Saisissant le message, le vieux balénosi vida son verre d'une traite et après avoir salué son capitaine, s'éclipsa par la porte en prenant bien soin de la refermer derrière lui. Une bonne minute durant, Victor et Baleine s'observèrent en chiens de faïence, aucun des deux ne voulant rompre le silence qui s'était installé. Saraboya finit par sortir un parchemin et commença à rédiger les termes du contrat. Lorsqu'il eut fini, il demanda : -"Cela vous convient-il, Baleine ?" L'homme hocha la tête, la vérité était qu'il se moquait du salaire ou du travail. -"Dans quell' merd' tu t'es 'cor' fourré Victor..." -"Je n'avais pas le choix. C'était soit ça, soit attendre pendant des mois avant qu'une bonne âme avance les frais de réparation du Santa Cruz." se justifia le capitaine. -"T'aurais dut v'nir m'voir, on aurait trouvé un' solution..." poursuivi Baleine. -"Je pensais que nous étions en froid depuis..." Saraboya n'eut pas le cœur de terminer, il porta son verre à ses lèvres et ingurgita le liquide qui mit le feu à ses boyaux. Baleine vida à son tour son verre, grimaçant en encaissant les degrés de l'alcool. -"Depuis Luisa", reprit-il ensuite d'une voix amère. "Ouais, on était en froid Victor. Mais pas au point d'aller traiter 'vec c't'ordur' d'Cabral..." -"Quoi qu'il en soit, votre aide est la bienvenue." -"J'le fais pour ell', pas pour toi, Victor. Elle m'aurait jamais pardonné d't'laisser seul dans c'te galèr'..." Sans autres formes de procès, le vieux tavernier saisit la plume qui trempait dans l'encrier et signa d'un X aux côtés du sceau du capitaine du Santa Cruz...
  6. Ces deux dernières semaines, la tension dans les rues est peu à peu retombée et les gamins ont cessé de harceler les marchands de spiritueux ou de suivre toute charrette contenant ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une barrique. Circulez braves citoyens, vos rues sont redevenues sûres.
  7. Débauche, ébauche, embauche ( 3ème partie). Le crachin qui s'abattait sur les quais rendait le pavé glissant, forçant les dockers à ralentir l'allure alors qu'ils chargeaient et déchargeaient les navires arrivés au cours de la matinée. Pataugeant sur la fine pellicule de boue qui couvrait la jetée, Saraboya longea le flanc bâbord du Santa Cruz, inspectant les réparations effectuées par les ouvriers du chantier naval. Ces trois derniers jours, ils s'étaient échinés à la tâche sous les ordres de leur contre-maître pour réparer les planches arrachées sur le pont et les bordées ainsi que les gréements du mât de misaine. Victor avait beau chercher, il ne trouvait rien à reprocher à leur travail. Il se retourna alors vers le chef de chantier qui le suivait, une paire de tenailles en main, attendant patiemment d'être payé. Sans plus de cérémonies, le capitaine lui tendit alors une petite caissette en bois blanc dans lequel se trouvait la seconde moitié de la somme convenue et l'homme prit le temps de vérifier son contenu. Un hochement de tête et une poignée de main plus tard, ils se séparèrent, satisfaits. Pourtant, un mauvais pressentiment se mit à planer dans l'esprit du capitaine. Avant qu'il n'ai pu en trouver l'origine, l'arrivée au bout de la jetée des premiers de ses hommes chassa cette ombre de ses pensées et il se porta à leur rencontre. C'était l'heure de renouveler les contrats, mais aussi et surtout de recruter d'autres membres pour le départ prévu le lendemain à l'aube. Installant deux tréteaux et une planche pour faire office de table, Gribouille y déposa plusieurs feuilles de parchemin ainsi que tout le nécessaire pour que son capitaine rédige les contrats. Les lois de la toute jeune république imposaient une trace écrite faisant office de preuve d'embauche. Aussi stupide qu'inutile, selon lui, cette mesure rendait l'embauche encore plus pénible qu'elle ne l'était déjà et, alors que Saraboya s'installait sur un tabouret, faisant signe aux premiers hommes d'avancer, il s'échina à leur faire former une queue convenable. Sans surprises, les premiers marins faisaient déjà partie de l'équipage. Jona, Maximiliano et trois ou quatre autres n'eurent même pas besoin de nouveaux papiers, Victor se contentant de rajouter une ligne sur celui qu'ils possédaient déjà. Les autres qui venaient ensuite avaient pour la plupart déjà navigué, le gobelin s'en assurait avant qu'ils n'aillent gâcher le temps de son capitaine et ami. Son œil expert fut aussitôt attiré par une paire de shai, des jumeaux, qui s'étaient glissés dans la file d'attente et, l'air mauvais, il s'avança vers eux en leur braillant que le Santa Cruz cherchait des marins expérimentés, pas de petits rigolos. Sans se démonter ils se retournèrent vers lui pour lui faire face. "Ya pas meilleurs gabiers qu'mon p'tit frangin et moi !" jura l'un d'eux. "Mais je suis le meilleur des deux" précisa l'autre, strictement identique. "Et si l'faut, on s'occup' très bien d'la cambus'." reprit le premier. "Oui, monsieur. Très bien même." surenchérit le second." Coupé dans sa tirade, Gribouille ne cessait de regarder les frères qui menaient la conversation, sa tête se balançant de droite à gauche au bout de son petit cou maigrelet. -"La seul' chos' qu'on f'ra pas, c'est la bagarr'. On est pas doués pour ça". -"Non, pas doués du tout. Question de taille, vous comprenez ?" -"Bon, ça suffit les guignols !" s'emporta le gobelin "On cherch' d'vrais marins ! Oust' !" Les jumeaux échangèrent un regard aussi surprit qu'indignés, puis l'un d'eux tendit une demi douzaine de feuilles de parchemins. Les preuves d'embauche... décidément, Gribouille détestait ces papelards ! Agacé, il les leur arracha des mains, parcourant du regard les caractères, illisibles pour certains, inscrits dessus. -"Un gobelin qui sait lire ?" s'étonna l'un des frères. -"On aura tout vu..." commenta l'autre. Relevant la tête, le dit gobelin les fusilla du regard et les jumeaux se raidirent en la bouclant, seul un petit sourire confiant persistait sur leurs sales petites trognes... Il l'aurait volontiers fait disparaître, mais il devait bien admettre que ces deux emmerdeurs avaient de l'expérience, au vu des cachets apposés sur leurs contrats. Suffisamment pour intéresser le capitaine. A contre-cœur, il les laissa avancer dans la file... Au fur et à mesure que l'après-midi avançait et que la pluie persistait, Gribouille fut rejoint par Jona et tous deux continuèrent de faire un premier tri dans la masse de volontaires. Malgré cette mesure, bien peu réussissaient à convaincre Saraboya et la plupart repartaient en traînant des pieds... parfois raccompagnés par Maximiliano et deux autres gros bras à l'allure patibulaire. Lorsque vint le tour des jumeaux, Victor se dressa sur la pointe des pieds pour les observer, à moitié cachés qu'ils étaient par la table de fortune qu'il s'était monté. Dessus, les parchemins humides protégés par une toile cirée attendaient. -"Voila qui n'est pas commun messieurs" commença-t-il. Mais avant qu'il n'ait pu continuer, l'un des shai se décala sur le côté pour se retrouver à côté de Saraboya plutôt qu'en face. -"Tout à fait ! Et personne ne nous prend jamais au sérieux !" brailla-t-il, l'air bougon. -"Jaaaaaaamais. C'sûr..." ajouta l'autre en surgissant de l'autre côté. Le marin barbu haussa un sourcil, complètement pris au dépourvu par la manœuvre d'encerclement dont il était la cible. -"Mon frère et moi avons servi sur le "Brise-Bois" pendant deux ans pourtant" -"Oui, c'était 'vec l'cap'tain' Dorosa. Emilio. Un brav' gars." -"Puis sur le "Tonneleur" et le "Herbana". Six mois au total." -"Ça, on en parl' pas trop en général... D'mauvais navir', d'mauvais équipag'..." -"Et ensuite quatre ans à bord de la "Veuve d'Orida, dans la flotte marchande valencienne..." -"Vous voulez dire LA "Veuve d'Orida" ?" coupa Saraboya, parvenant à reprendre la main sur la conversation. "Celle du capitaine Bartolomeu "Croque" Langostino ?" -"Z'en connaissait un' aut' ?" brailla l'un des frères, pas peu fier de son curriculum vitae. -"Oui, "Croque" lui même. Ceci dit, il n'aimait guère ce surnom." -"Ça non, il l'aimait vraiment pô..." Laissant les deux shais continuer sans lui, Saraboya inspecta leurs contrats de travail avec attention. Ce n'était pas la première fois qu'on essayait de le flouer avec des recommandations fallacieuses et il n'était pas du genre à se laisser embarquer par de belles paroles. Les sceaux avaient pourtant l'air authentiques. -"Très bien messieurs. Vous occuperez les postes de gabiers. Cette traversée fera office de test, je déciderais ensuite si on vous garde ou pas. 150 pièces à la clef. Des questions ?" -"Quand larguons nous les amarres ?" -"Demain, à l'aube. Avec ou sans vous" répondit Victor en inscrivant les noms des jumeaux sur les parchemins. -"Z'inquietez pas cap'tain', on s'ra là..." -"Dans ce cas, monsieur Jiggy, bienvenue à bord !" annonça le vieux marin en apposant son cachet sur un contrat et en le tendant au shai à sa droite. "Et vous aussi monsieur Dibby, bienvenue sur le Santa Cruz" continua-t-il en faisant de même avec l'autre. Les jumeaux échangèrent un regard surprit puis, après une ou deux secondes, leurs papiers. -"C'est moi Dibby !" -"Et Jiggy c'moi !" Le capitaine éclata d'un rire tonitruant en les voyant faire et ils l'imitèrent, bien qu'avec moins de fracas. Après une dernière salutation, ils laissèrent ensuite leur place aux marins derrière eux et, alors qu'il allait les accueillir, Saraboya surprit du coin de l’œil Gribouille et Jona qui chassaient, à grands coups de pieds au derrière, la petite rouquine borgne de la file. Peut-être avaient-ils raison après tout. Elle leur porterait malheur...
  8. Débauche, ébauche, embauche (2nde partie). Adossé à son siège, le capitaine Saraboya écoutait avec attention les deux marchands avec qui il avait joué aux cartes toute la nuit. Il ne connaissait pas le plus jeune d'entre eux, un trentenaire blond répondant au nom de Celestino di Rosa. L'autre par contre, Patricio Camporio, était un de ses clients réguliers depuis qu'il avait gagné le Santa Cruz, voilà une douzaine d'années. Vêtu de riches atours et arborant une toison poivre et sel bouclée, son visage porcin indiquait clairement qu'il n'avait probablement jamais sauté un repas de sa vie. -"Trois mille pièces d'argent, et les frais d'amarrage", annonça di Rosa, tant à Victor qu'à l'autre capitaine qui se tenait assis à la même table. C'était un prix clairement tiré vers le bas et Saraboya avait besoin de plus pour remettre ses comptes à flot, il secoua donc la tête. -"C'est la crise, Victor, avec les rumeurs de guerre en provenance de la capitale, nous devons faire attention à nos dépenses..." essaya d'argumenter Camporio. -"Le Santa Cruz à besoin d'être réparé et son équipage renfloué." -"Et vous, Capitaine Drasan ?" reprit di Rosa qui n'avait visiblement aucune envie de se montrer arrangeant, se retournant vers l'autre marin, un borgne à la peau tannée par le soleil et les embruns. -"Trois mille. Départ demain matin", confirma ce dernier sans autre forme de négociations. Victor retint un grognement de colère. Douze années durant, il avait fait le tour des ports pour Camporio et pourtant, à chaque fois qu'il y avait un problème, celui-ci le laissait sur le bord de la route, tel un fardeau, pour se jeter sur la concurrence. C'était la loi du marché... Sans rien ajouter, il se leva de son siège et prit la direction de la porte de l'établissement, non sans cacher son mécontentement. A l'extérieur, la voûte céleste était constellée d'étoiles. Le vent qui soufflait au sommet de la falaise souleva l'épaisse barbe brune du capitaine du Santa Cruz, portant jusqu'à ses narines l'odeur de l'iode venu de la mer qui lui faisait face. L'air frais eut rapidement raison de la colère qui bouillonnait au fond de lui et il se dirigea jusqu'à la rambarde pour observer la ville. Loin en dessous de lui, le port s'étendait avec ses pêcheries, ses entrepôts et ses marchés couverts. D'ici une heure, les premiers bateaux rentreraient pour la criée et ses marins retourneraient au navire pas tout à fait désaoulés. Alors qu'il observait l'immensité luisante et noire qui s'étendait devant lui jusqu'à l'horizon, le capitaine Drasan le rejoignit en silence. "Les affaires sont dures..." lâcha-t-il pour engager la conversation, mais Saraboya n'avait pas envie de parler, aussi se contenta-t-il d'un bref hochement de tête. Loin de se démonter, l'autre marin s'accouda à son tour au garde fou. De longues minutes durant, les deux gaillards ne dirent plus rien. Se contentant d'observer le port qui s'éveillait et les premiers petits bateaux de pêche qui rentraient. C'était magnifique à leurs yeux. -"Ça me fait mal au cœur de voir un bâtiment comme le Santa Cruz retenu à quai à cause d'avaries comme celles là." Saraboya voulait bien le croire. Son navire était élégant, rapide et racé, quiconque posait les yeux sur lui avait immédiatement envie de prendre la mer à son bord. Pourtant, il fallait changer ses voiles qui avaient bien souffert et réparer la baume et le mât avant. Hélas cette dépense imprévue ne lui permettrait pas de payer son équipage pour la prochaine expédition. Aucun capitaine digne de ce nom ne serait parti sans avoir de quoi payer ses marins à l'arrivée. C'était la mutinerie assurée... -"Votre goélette n'est pas mal non plus, souffla Victor en considérant les voilures ferlées du navire qu'il apercevait sur les quais. -"C'est vrai, mais l'Australe est une anguille, elle n'égalera jamais la vitesse du votre..." Après ce bref échange, les deux hommes replongèrent dans leur mutisme, et un instant plus tard, les premiers rayons de soleil se mirent à miroiter sur les vagues, rampant sur l'océan lentement jusqu'à atteindre la ville. -"Ces requins ne se rendent pas compte de ce que c'est..." reprit Drasan en se retournant vers Victor. Les dents serrées, Saraboya se contenta de hocher la tête. C'était un coup dur, mais il allait trouver d'autres commerçants. -"Si ça peut vous aider, j'ai une connaissance qui a besoin de transporter rapidement plusieurs marchandises... et qui payera bien mieux que ces deux là..." Le capitaine du Santa Cruz haussa un sourcil, se retournant vers son homologue en se demandant pourquoi il ne s'en occupait pas lui même. Comme s'il avait lu dans son esprit, Drasan répondit : -"Mon navire n'est pas assez rapide..." -"Si la paye est si bonne que ça, je doute que ce soit la véritable raison" le coupa Saraboya. Le capitaine à la peau bronzée passa sa main sur son crane chauve en soupirant. Puis, comme s'il y avait été contraint, il lâcha entre ses dents : -"C'est une course pour Alvaro Cabral." Victor se détacha de la rambarde, se redressant de toute sa hauteur, comme pour faire face à cette révélation. Puis, le visage marqué par le dédain et la colère, il cracha : -"Je ne veux pas travailler pour ce négrier ! Ce flibustier aussi pourri que ses dents !" -"Personne ne veut travailler pour lui. Dites vous que ce n'est qu'une course et qu'ensuite vous n'aurez plus besoin de lui adresser la parole." -"J'ai ma fierté, Drasan..." -"Est ce qu'elle va réparer le Santa Cruz ou payer son équipage ?" S'obstina le capitaine borgne. "Vous pourrez trouver d'autres marchandises à transporter, mais aucune qui sera suffisamment bien payée pour vous permettre de vous relever de ce coup dur. Et vous le savez, Victor. Vous le savez..." Hélas oui. Saraboya ne le savait que trop bien...
  9. Aussi subitement qu'ils avaient migré, probablement pour la fête des morts, les enfants sont retournés pour sévir dans les places et ruelles qu'ils fréquentaient habituellement. Cependant à Heidel, une certaine tension reste toujours palpable alors que les petits s'intéressent soudain à toutes les barriques de bière qui entre ou sortent de la ville.
  10. Aussi subitement qu'ils avaient migré, probablement pour la fête des morts, les enfants sont retournés pour sévir dans les places et ruelles qu'ils fréquentaient habituellement.
  11. Aussi subitement qu'ils avaient migré, probablement pour la fête des morts, les enfants sont retournés pour sévir dans les places et ruelles qu'ils fréquentaient habituellement.
  12. Aussi subitement qu'ils avaient migré, probablement pour la fête des morts, les enfants sont retournés pour sévir dans les places et ruelles qu'ils fréquentaient habituellement.
  13. Aussi subitement qu'ils avaient migré, probablement pour la fête des morts, les enfants sont retournés pour sévir dans les places et ruelles qu'ils fréquentaient habituellement.
  14. Interlude : Le Jack Serendien. Le feuillettement feutré de la carte rapidement déposée sur la table passa complètement inaperçue parmi le tintement des verres et des conversations dans la salle remplie par la fumée des pipes et des cigarillos. C'était un valet sérendien. Les hommes attablés levèrent les sourcils de surprise ou poussèrent un grognement d'impuissance, tandis que le capitaine Saraboya se radossait à sa chaise, le visage fermé. Sa mine était grave, masquée sous son énorme barbasse brune et hirsute ainsi que ses épais sourcils broussailleux. Sa tignasse lui donnait l'air d'un ours ayant prit l'averse dont le pelage aurait séché sous la tempête. Mais ses yeux, eux, brillaient de la lueur de celui qui savait qu'il venait de l'emporter. Ses quatre concurrents, deux marchands locaux, un autre capitaine et un jeune noble venu s'encanailler à la Courtisane Epleurée, un établissement bien mieux famé que ceux sur les quais, le dévisagèrent un instant, cherchant à savoir s'il disposait des moyens de continuer sa série... Un roi. L'un des marchand lança sa main sur la table, retournée pour que l'on ne puisse pas voir ce qu'il possédait, aussitôt suivi par le capitaine. Le second boutiquier d'Ephéria plissa les yeux, cherchant à jauger le marin sauvage qui lui faisait face. Même après vingt-sept années, il ne ne connaissait pas autant qu'il l'aurait voulu. En tout cas, pas assez pour déchiffrer son expression sur l'instant. Poussant un soupir, il se défaussa à son tour. Restait le noble. Un gamin pour les anciens avec qui il c'était lancé dans la partie, et celui que la perte d'argent dérangeait le moins. C'était peut-être pour cette raison d'ailleurs qu'il était, depuis le début, incapable de jouer correctement, faisant des bluffs inutiles, se risquant dans des duels perdus d'avance ou, comme ici, relevant la série gagnante d'un joueur qui avait prouvé qu'il savait jouer. Son pouvoir l'avait rendu inconscient des véritables enjeux de la partie. Si Saraboya possédait un roi, un seul, dans sa main de deux cartes, il remporterait la mise. Aucun des trois autres joueurs n'irait plus loin. Le jeune homme lui, n'en avait cure. -"Votre assurance démesurée n'a d'égal que votre apparence singulière, Monsieur Saraboya. Vous sont-elles utiles pour impressionner le commun ?" Victor se contenta de hocher la tête. Était-ce un "Oui" ou bien un "Joue et tais toi ?" -Hélas pour vous, mon brave, ma condition ne saurait se laisser intimider, ni par l'une, ni par l'autre. Voyons voir, si vous le voulez bien, si cette série maladroite saura concurrencer cette main chanceuse... Et cependant qu'il débitait sa tirade, bien certain de sa supériorité, ou juste inconscient des probabilités, il déposa le roi de Keplan sur la table. Juste aux côtés de ceux de Calphéon et de Serendia. Les marchands ne purent s'empêcher de regarder les deux derniers joueurs tour à tour, la partie venant de prendre une tournure des plus inattendues. L'autre capitaine, un borgne au visage glabre et à la lèvre supérieure fendue par un coup de surin, lui, hocha la tête avec un sourire. Celui qui possédait le dernier roi, le roi balénosi, remporterait la mise. Un seul des deux hommes pouvait y prétendre, l'autre savait qu'il avait dores et déjà perdu... Saraboya inspira longuement, observant ses deux dernières cartes, puis les deux lignes dévoilées. La sienne, et celle de son adversaire. Résigné, il hocha la tête puis, sans autre forme de procès ou de théâtralité il révéla sa main, mais du roi, aucune trace. Le sourire du nobliau s'élargit jusqu'à ses oreilles alors qu'il déposait devant lui un quatre et un trois. Les sifflets des autres joueurs firent lever la tête au reste de la clientèle, un bref instant, alors que Saraboya récupérait la mise sous les yeux éberlués du jeune homme qui lui avait tenu tête. Ce n'est qu'alors qu'il remarqua le sept qui concluait la série, par le bas... -"C'est scandaleux !" s'indigna-t-il, le visage tournant à l'écarlate. "Vous ne jouez pas selon les règles ! Vous devez aller de la plus basse à la plus haute ! Monsieur Saraboya !" -"Peut-être avec vos amis. Mais pas ici..." répondit l'apostrophé à son accusateur. Autour d'eux, les autres joueurs haussèrent les épaules. -"Je joue depuis des années ! Vous n'allez pas m'apprendre les règles !" Victor ne répondit pas, récupérant les dernières piécettes avant de prendre son verre d'une main tremblante. Le borgne se pencha alors en avant sur la table, retournant une des cartes qu'il y avait jeté lorsqu'il avait décidé d'abandonner. Le dernier roi était là, seul. -"Votre manière de jouer est honteuse !" continua l'autre. "Vous êtes immoral et de piètre qualité, Monsieur Saraboya, et ..." -"C'est Capitaine Saraboya." Coupa l'homme à la barbe brune. "Et je ne vous retiens pas, qui sait ce que vos amis pourraient dire si d'aventure ils venaient à soupçonner que vous échangez de malhonnêtes paroles avec des fils d'éleveurs de chèvres ?" Le jeune homme se releva, renversant brusquement sa chaise, essayant de masquer sa colère derrière un sourire narquois. Chez les bien nés, il ne fallait pas montrer qu'on était comme les autres. -"Peu me chaut ! Je vous ferais rosser par mes valets !" Conclut-il en s'éloignant, sous le regard étonné des autres clients qui ignoraient tout de la discussion et ne s'en portaient pas plus mal. Saraboya aurait pu répondre. Mais la vérité, c'était qu'il n'avait pas ce besoin compulsif d'avoir le dernier mot, ni d'attirer à lui l'attention inutilement. Comme tout le monde, il connaissait la peur et la colère, et quand on arrivait à l'atteindre, il ne se carapatait pas derrière une attitude relâchée de petit plaisantin ou un masque d'indifférence blasée. Ses émotions étaient sincères, peut-être était-ce pour cela que dans un monde de ragots à moitié vérifiés, il était aussi indéchiffrable. Ses seuls amis étaient ceux qui dans la tempête se tenaient sur le même navire que lui, suant sous l'effort, saignant dans la douleur et pleurant dans la peine. Ils étaient crasseux, ils étaient mal dégrossis, ils étaient de mauvaise compagnie, mais Victor ne les aurait pour rien au monde échangés contre d'autres, plus riches, plus beaux et plus éduqués. Il ne ferait jamais partie de la noblesse, il n'aurait jamais ce droit. Mais plus que tout, il ne voulait pas s'avilir en baignant dans leur mentalité. C'était sa simplicité, sa spontanéité et sa volonté de guider son navire qui faisaient de lui un homme. Pas les ragots d'une classe qui n'avait de supérieur que l'air qu'elle se donnait et l'importance qu'on lui prêtait, non par sincérité, mais par soucis de récolter quelques miettes. Des illuminés qui se croyaient au dessus du lot, des tyrans qui profiteraient de leur position pour tenter d'imposer leur vision du monde par la démagogie ou par la force, il en avait déjà rencontré à ne plus pouvoirs les compter. Et il en rencontrerait d'autres. Cette partie là, quant-à elle, était terminée depuis longtemps. Seul le noble ne l'avait pas compris.
  15. Depuis quelques jours, les petits garnements de la ville occupent les quais et les entrées . Leur présence ne semble déranger personne, surtout pas les marins, même s'ils menacent tous les voyageurs de mauvais sorts s'ils ne s'acquittent pas d'une "taxe" en sucreries ou en "histoires qui font peur". Les petits semblent garder un oeil sur les va-et-viens des étrangers qui entrent et sortent de la ville portuaire. Ils sont très friands en ce qui concerne les voyageurs venant de Sérendia et plus particulièrement Heidel. L'argent reste bien entendu un bon moyen de se débarrasser de ces petites crapules, du moins momentanément... N'importe quel garde éclatera de rire si on lui parle des petits orphelins. Bon, si vous insistez vraiment... il ira chasser le petit en vous rapellant qu'il a autre chose à faire que séparer deux ivrognes... euh.. c'est tout comme.