• billets
    11
  • commentaires
    10
  • vues
    802

Chapitre XI : Quand on arrive en ville..

Drelnas

31 vues

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette île n'est pas répertoriée sur les cartes marchandes...




















Quand tu navigues un certain temps, que tu traînes dans les ports, les bouges et autres cloaques de ce joli petit monde tu deviens une sorte d'initié. Souvent une sorte de gros connard aussi, mais là c'est pas l'histoire. Et quand tu es accepté tacitement dans la joyeuse et grande confrérie des fils de la mer - déjà que par la naissance j'fais partie de celle des fils de pute - t'es pas à l'abri, si t'as l'oreille qui traîne où il faut, d'apprendre deux ou trois trucs que seuls ceux qui savent, savent. Ça paraît pompeux tout ça pour dire que tu te fais des potes et des contacts parmi les marins crasseux on est bien d'accord mais je pense que chaque métier a son propre corporatisme et ses codes. Malgré tout y a quand même une forme de reconnaissance et d'accomplissement quand tu accèdes à l'étage supérieur, tout crasseux que tu étais et que tu restes au final.


Bref quand j'avais commencé à faire des affaires en mer on m'avait proposé des trucs un peu subversifs si tu vois ce que je veux dire par là. On m'a fait le vieux coup du pognon facile, des règles qui sont là que pour faire chier les honnêtes contrebandiers tout ça. Attends y a pas une couille dans l'expression "honnête contrebandier" ? Donc à l'époque, tout con que j'étais déjà j'ai malgré tout flairé que ça sentait l'enculade à plein nez cette affaire. Parce que ouais admettons que ça rapporte un peu, mais si tu te foires, t'es mort. Aucune marchandise vaut ça sérieusement. Si encore c'était sur terre. Je veux dire sur terre t'as pas de vents, de courants, de marées ou de bestioles marines plus grosses qu'un voilier. Limite à côté de la navigation, c'est facile...








Et donc à l'époque où on me fait ce coup fumant du chant des sirènes et de l'appel de l'or facile, on me rencarde sur un endroit que tu trouveras jamais sur une putain de carte commerciale officielle. Là on parle du Saint des Saints, de la terre d'asile de tous les enculés de rats des mer du monde. Même qu'une légende raconte qu'ils seraient originaires de là-bas. Bon ça c'est les conneries qu'on se raconte entre marins.. T'imagines bien que si les connards avaient une patrie, ça ferait longtemps que tout le monde aurait fermé ses frontières pour limiter la propagation. Sinon on serait pas encerclés par cette engeance hin..


Bref cette fameuse île qui n'en est pas une d'ailleurs passe pour être le repaire de toutes les petites et grosses merdes que l'océan a bien voulu démouler. Pourquoi c'est pas une île à part entière ? Bah là encore c'est culturel. Enfin nos histoires. Certains racontent que y a très longtemps y avait un trésor là bas et que deux navires se sont rués pour le chopper. Ils seraient allés si vite qu'ils se seraient éperonnés. Et l'île a poussé sur les cadavres de leurs navires. D'autres disent que c'est un banc de sable où des parias ont établi un comptoir et qu'au fil du temps les navires de ceux qui y sont passés y ont laissé une partie d'eux symbolique afin de bâtir cet édifice de bois pourri et puant que c'est devenu désormais.








Y a surement autant voir plus de faux que de vrai dans ces histoires. Toujours est-il que y a au moins une chose de vraie. Cet endroit ne figure nul part et pour y aller il faut vraiment savoir qu'il y a quelque chose au milieu de nul part et donc connaître son existence. Du coup j'pense qu'effectivement au départ c'était pas une île en fait. Je le verrai d'ailleurs p'tet bientôt on s'en approche. Mes marins crasseux sont tout excités d'y aller mais je les sens nerveux. Moi c'est la première fois que j'y foutrai les pieds. Connaître ce lieu et son emplacement sont une chose. Y survivre en est une autre. Alors je les vois, tout fébriles, essayer de me donner des tuyaux pour pas faire de gaffes là-bas. Ils me rencardent sur certains noms, pour éviter de se foutre direct dans la merde. Mais bon un peu plus ou un peu moins dedans tu me diras au point ou j'en suis...


Pour faire court l'idée serait que j'y fasse une impression pas dégueux mais modérée. Ouais, on est d'accords ça veut strictement rien dire. Limite si pour seuls conseils ils ont que ça à me chier, autant fermer sa gueule non ? Sarcasmes à part, j'ai compris je crois le principe. Faut que je leur montre que y a un nouveau coq en ville mais pas que je froisse ou envoie comme message que je veux niquer les vieux coqs déjà en place. En gros passer pour un dur, mais pas convoiter tout de suite la place des vieux tonton connards qui piratent depuis la 3e génération. Si je brille trop et que je fais de l'ombre aux méchants j'suis mort. Si j'en fais pas assez, j'finirai sans bateau le cul béant après que tout l'île s'y soit vidée.








J'ai jamais été très doué pour écouter les conseils en fait. Donc on a accosté à ce qui leur sert de quais, dans un silence de mort. Chaque enculé à portée a pris soigneusement et méticuleusement le temps de nous dévisager un à un pour bien nous signifier qu'on était de la viande fraîche. Logique. J'avais décrété qu'on irait se foutre à un endroit précis. Stratégiquement ça me paraissait pas mal. Une place pas trop éloignée pour pas envoyer un message comme quoi on a peur. Mais trop proche non plus pour pas faire genre qu'on va monter en l'air tous ceux qu'on croise. Et là bien sur, tu te commençais à te dire j'suis sur "tiens, ça fait longtemps que le destin a pas essayé de t'enculer". Et bah devine quoi, il a retenté sa chance...


J't'explique : on est à la manœuvre tout va bien. Limite j'ai juste l'impression que je passe mon permis bateau vu que tout le monde nous reluque. Et là tu me croiras pas si je te dis qu'un mec avec son rafiot dégueulasse nous fume la place devant notre nez, et à la vue de tout le monde ? Et là on était dans la merde. Parce que y en avait pas un qui guettait pas comment on allait gérer cet affront et ça allait être surement déterminent sur la suite de l'aventure, qui pour le coup aurait pu être courte d'un coup.








Fort heureusement, tu sais bien, moi les relations sociales ça me connaît bien. J'veux dire, j'ai beau avoir des défauts par dizaines mais avec mon bagou et ma grande gueule j'peux désamorcer pas mal de situations merdiques en général. Donc le mec là avec son bateau de bâtard, j'lui ai envoyé une salve de boulets dans le bide. Genre "salut Jon, tu veux un café??" Ça a ouvert une petite voie d'eau mais rien de méchant. Bon on a du charcler un marin qui roupillait dans la cave parce que ça gueulait dans le fond. Il avait qu'à pas dormir l'enculé. Ça a mis les types un peu colère alors y en a un qui a voulu monter sur notre pont pour s'expliquer sabre au clair. Là je dois reconnaître que mes gars ont été très pros. Ils l'ont accueilli à coup de mousquet. Lui ont fait les poches et dépouillé avec une rigueur qui force le respect. Et comme les connards restants du navire malpolis nous gueulaient dessus parce que 1°) on leur avait tiré dessus 2°) l'un des leurs avait dégusté pendant le tir 3°) l'un d'eux était passé de vivant très très en colère à mort très très pauvre... mes gars ont mis des bouts du mec fraichement tué et dépouillé dans le canon et leur ont renvoyé les morceaux avec un boulet ou deux.


Je savais pas que ça pouvait repeindre un pont un truc comme ça. Si c'était pas dégueux à filer la gerbe j'aurais trouvé ça artistique. Y avait quelque chose de très soigné et raffiné dans la recherche et l'art de faire chier autrui d'une manière à la fois sadique et créative. Non là sans déconner les gars avaient bien mérité leur gages, voir p'tet une tournée ou deux. En tout cas eux ils se marraient bien visiblement de voir le pont des connards tapissé de sang et de boyaux éclatés avec les restes de leur pote. En plus ça a rouvert une voie d'eau. Non franchement, ils sont biens mes gars.








Par contre niveau entrée discrète.. on repassera l'an prochain. Là on s'est bien affichés et personne en a loupé une miette. Évidemment plutôt que rectifier le tir, je reste fidèle à moi même. J’aboie sur mes marins et je pose pied à terre, toute plumes et atours dehors. Malgré tout la vie reprend son train train. Ça joue aux dés, ça picole, ça baise, ça rit et ça chante. J'me sens encore observé mais je pense qu'on a envoyé un message pas crade à tous ces enculés. On est pas venus là pour se branler en attendant que le vent tourne. A présent mes canailles, faudra nous compter dans la danse et croyez bien que j'ai une folle envie de gigue..

 




0 Commentaire


Aucun commentaire à afficher.

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !


Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.


Connectez-vous maintenant