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Chapître IX : Remettre les compteurs..

Drelnas

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Altinova..

 

 

 

 

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Il règne un silence de mort dans cette putain de salle. Et le mort à tous les coups, ça va être ma gueule. Logique dans un sens. J'ai joué un jeu dangereux, pour des mecs encore plus dangereux et là il est temps de passer à la caisse. Mais ça m'emmerde un peu, surtout le décorum tu vois. Parce que quand tu dois de l'oseille à des mecs méchants, l'usage veut - s'ils te choppent bien sur - que tu dérouilles un moment, voir que tu finisses la gueule éclatée sur le pavé en te vidant de ton sang ou avec un morceau de toi en moins selon les mecs en question. Mais ça c'est le cas de figure "simple". Donc pas le miens, évidemment hin sinon depuis le temps tu le saurais. Non là j'ai affaire à du gros, du très gros même, au symbolique comme au figuré.

Je te dresse le tableau. J 'ai en face de moi le type qui m'a prêté plein de pognon pour aller foutre la merde entre Calphéon et Valencia. J'ai utilisé son pognon à bon escient et j'ai tenté de semer une belle merde. C'est ce que lui voulait aussi, pour d'autres raisons je pense. A mon avis le gros lard en face de moi a des intérêts dans l'armement et la pierre noire. Sauf que le plan a pas marché malgré les graines semées. Et du coup le puissant obèse en face de moi est pas content. Mais vraiment pas. Ben oui sinon il aurait pas rallongé du blé pour que des mecs me traquent et me ramènent chez lui par la peau du cou, vivant.

 

 

J'ai donc un immonde tas de graisse couvert de soies et de bijoux en face de moi. Le mec est vautré à table depuis plus d'une heure et a commencé à débiter la deuxième carcasse de cerf sans dire un putain de mot depuis le début de son orgie alimentaire. Et encore je m'estime heureux vu la réputation du bestiaux car pour le moment là c'est juste un casse dalle. J'ai beau connaître à peu près mon interlocuteur qui interlocute surtout son cerf farci aux truffes depuis des plombes, ça impressionne. On raconte que quand il a les glandes, il fait venir les types qui lui ont cassé les couilles pour les inviter à manger. Vu ce que ce mec pèse à tout niveau déjà c'est louche. Il convoque donc ceux qu'il a dans le collimateur à sa table pour leur en mettre plein la gueule. Et putain ça marche.

J'ai pas ouvert ma putain de grande gueule depuis le début et je sais que si jamais je l'ouvre j'risque de finir en accompagnement du cerf. Donc j'suis là devant mon assiette que j'ai à peine touchée avec un mec qui me fixe froidement pendant qu'il m'explique de manière non verbale comment lui il voit les choses. Ce type est dans la démonstration de force. Et il s' en branle, car il l'a le pouvoir l'enculé. La salle à manger est immense, richement décorée, voir à outrance tellement c'est tape à l’œil. Si j raclais les dorures que y a un peu partout sur les murs j'suis sur de me racheter un bateau pour te donner un ordre d'idée. Les domestiques sont mieux habillés que les godiches qu'on voit à Calphéon dans leurs belles robes et y a même une estrade remplie de musiciens tout aussi tape à l’œil mais qui jouent pas. Non tout le monde ferme bien sa gueule à commencer par moi et on a pour seule musique les bruits de mastications, les rots et les pets du mec qui se torpille une famille de cerfs par casse croûte.

 

 

Ça devient vite plus oppressant que chiant. Y a probablement une trentaine de grouillots à tout casser autour de nous sans compter les gardes du corps du mec. En même temps vu comment il est gros le fumier il fait bien de prévoir du nombre pour son gros corps. Après le second cerf, pour digérer, on fait passer des salaisons qui viennent de Duvencrune. Là je comprends que l'obèse essaie de me faire percuter qu'il peut se procurer ce qu'il veut pour son propre plaisir d'où que ça vienne. Tout dans la démonstration encore. Là il étale sa puissance et son opulence sans retenue juste pour me montrer qui c'est le patron. Et encore je me demande s'il s'en bat par un peu les couilles de cramer pour son goûter la même somme que claque Calphéon pour son armée sur l'année.

L'obèse me fixe froidement et je détourne pas le regard. J'ai pas envie de finir comme ce connard de cerf juste avant. Je sais qu'il essaye de me violer mentalement en continuant d'instaurer ce malaise. Franchement il en est pas loin, on raconte que ceux qui sont sortis vivant de sa table sont retournés chez eux la queue entre les jambes bouffer de la salade et du potage pendant trois semaines... J'suis un joueur. J'adore le jeu, trop. Alors j'prends un bout de salaison et j'croque dedans toujours en fixant le gros porc en face de moi. J'sais que je l'enculerai pas sur la quantité, c'est un marathonien d'la graille. Mais j'ai une carte à jouer, c'est ça ou finir en position fœtale voir pire.

 

 

Je bouffe, en faisant moi aussi un maximum de bruits. Et puis je balance par la pièce les morceaux à peine croqués alors que y en a qui crèvent de faim. J'me dis que rien que la collation qu'il s'est enfilé aurait pu nourrir les crèves la faim d'Altinova plusieurs jours mais je m'en branle. Au pire si je finis à la marmite autant profiter du temps qu'il me reste putain. Et avec du bol un de mes p'tits os lui restera coincé dans la gorge à cet enculé. Ça me fera pas sentir mieux ni revivre mais toujours ça que veux-tu.. Au bout d'un p'tit moment j'décide de tenter le tout pour le tout et d'lui causer. J'lui dit alors que c'est un con et qu'il aurait du miser sur une autre voie pour ses projets. Et puis je ferme ma gueule et je tabasse les salaisons à grand coup de pinard.

J'vois le gros qui allume alors une lueur dans son regard, y a le jaune de ses yeux qui s'éveille. Mais j'me tais et j'bouffe aussi salement que j'peux. J'l'ai ferré. Mais si j'me foire pour sur que j'finis à la casserole  et le cul farci de terrine. On continue de bouffer dans le silence de nos mastications respectives. J'arrive même à lâcher une caisse ou deux qui me permettent d'évaluer l’acoustique de la salle. On arrive à torpiller le plat de salaisons et j'ai déjà les dents du fond qui baignent. J'suis à deux doigts de rendre le tout sur la tablée. Mais là surprise il lève son gros doigt et les grouillots ramènent pas tout de suite le plat suivant.

 

 

Alors j'me mets à table, si on peut dire après l'orgie de bouffe qu'on a dilapidée. J'lui parle de l'océan, de territoires à conquérir et des opportunités. Il m'écoute en se léchant les doigts ce gros porc et j'me demande s'il est pas en train d'imaginer comment me faire mijoter avec des ptits légumes. Malgré le pinard que j'ai sifflé et la nausée j'essaie de garder ma concentration pour pas me vautrer. Le mec écoute, me fixe toujours sans rien dire. Et puis quand j'ai fini, il se réinstalle dans sa chaise et fait apporter la suite. Mais là on me dégage sans ménagement de sa vue, p'tet que je lui coupais l’appétit au monstre putain?

Une fois dehors je m'attends à me prendre une lame dans le bide mais on me temps des papiers. Et pas n'importe quels papiers putain. Des gages, des quittances. Vivres, matériels, hommes.. navires. Putain de merde.. Je comprends que j'ai pas intérêt à merder si j'veux pas être à nouveau convoqué à manger sous peu. J'me tire sans demander mon reste et quand j'suis assez loin j'dégueule l'équivalent d'une année de solde pour un soldat dans une ruelle. Jamais les rats auront aussi bien bouffé crois moi..

 

 

Mais j'crois que je suis encore bien dans la merde....

 

 

 

 

 

 

 

 

 




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