Brèves d'écurie

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Toute bonne histoire mérite qu'on l'embellisse

Toute bonne histoire mérite qu'on l'embellisse*

 

Par ce bel après midi, à l'heure où les cloches de Calpheon la grande sonnaient none, un gamin s'avança devant l'enceinte du haras, un paquet sous le bras. A en juger par sa mise, il était probablement originaire des quartiers populaires de la ville ou de l'une des fermes environnantes. Arrivé devant les hautes grilles de l'établissement, il rabaissa sa capuche en chanvre dont la couleur verte semblait avoir vécu plusieurs saisons, dévoilant ainsi un visage que les rondeurs de l'enfance n'avaient pas encore quitté. Le garçonnet aux boucles ébouriffées apposa sa frimousse entre deux barreaux, et c'est avec un regard où pétillaient les rêveries de son jeune âge qu'il observait, captivé, la scène qui se déroulait devant lui. Des chevaliers, majestueux dans leurs armures que flattaient encore davantage les rayons de l'astre solaire, allaient et venaient, devisaient entre eux, sans que leur présence ne vienne perturber outre mesure le ballet bien rôdé des palefreniers. Les équidés qui pourtant avaient la part belle en ces lieux ne retenaient guère plus que quelques secondes son attention que déjà ses yeux étaient happés par la vision d'un cavalier qui au loin s'exerçait à la lance. Il aurait pu rester ainsi de longues heures jusqu'à même garder creusées dans sa chair tendre les empreintes verticales du métal. Toutefois, l'arrivée inopinée d'une ombre gigantesque mit un terme à ce projet. Le petit recula vivement, le rouge lui montant aux joues. Le colosse ouvrit la grille et s'adressa à lui d'un ton affable, mais sous le coup de son émotion, comme un enfant curieux que l'on aurait pris en faute, il ne fut en mesure d'en comprendre le sens. Pour toute réponse et sans un mot, il leva les bras, tendant son chargement des deux mains à l'attention d'Innocente. A peine ce dernier l'en avait-il délesté que le mystérieux donateur avait déguerpi.

 

De retour dans les ruelles bien connues de Calpheon, Pierrot, comme le surnommaient affectueusement ses proches et amis, ne fut pas peu fier de raconter à sa bande, à grand renfort d'hyperboles, comment une femme pirate lui avait confié pour mission d'apporter un coffre scellé à un grand chevalier, et comment pour ce faire, il avait dû triompher d'un ogre au moins vingt fois plus grand que lui. Son héroïque récit ne suscita pas la réaction escomptée car les marmots l'accueillirent avec rire et moqueries. Loin toutefois de se laisser démonter, il fourra sa main dans sa poche pour sans doute en tirer quelque pacotille, mais ce furent des pièces brillantes qui apparurent dans sa paume, à la surprise générale. Il expliqua alors que la femme pirate avait accepté de lui offrir une partie de son trésor en échange de son aide. Le scepticisme le céda à la joie dans la petite assemblée, et un large sourire, dévoilant des incisives avant proéminentes, illumina les traits du garnement pour le reste de la journée.

 

Au haras, c'est un coffret en bois estampé "Domaine Mirabela" que remit le géant à son maître. L'objet abritait trois bouteilles : l'une dénommée "Champ'être"  (un crémant), la seconde "San Réal" (un rouge sec) et la troisième "Brandevin" (un spiritueux à base de vin), et était accompagné d'un pli cacheté. La lettre à l'intérieur ne comportait que quelques mots :  « Puisse ceci participer au rééquilibrage des comptes. DdV ».

 

 

* Citation attribuée à un grand magicien bien connu, qui de gris devint blanc comme neige.

 




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