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fantôme contre fantôme

Gloubi

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Il avançait dans les rues du quartier noble avec la prudence d'un serpent. Avec la discrétion d'un loup dans les taillis. Il avait ce don de se faire oublier avant même qu'on ne se rende compte de sa présence. Il était inexistant. Une ombre à l'angle d'un mur. Un songe hallucinatoire. Un « détail », rien de notable même pour les gardes présents, alors qu'en tant qu'étranger, sa présence aurait sans doutes été contestée.

Il ne faisait rien de particulier. Aucun larcin, aucune agression, aucun regard. Il avait sans doutes quelques raisons d'être ici, mais la furtivité employée pouvait peut-être laisser imaginer quelques diableries.

L'hasoïte se figea. En alerte. Comme le serait un animal sauvage sur le point d'être débusqué. « On » l'avait repéré. Il le sentait. Il le savait au plus profond de lui. Seuls ses yeux bougèrent pour remonter la façade d'un immeuble à la recherche d'une fenêtre.

« On » l'observait. Et il ignorait depuis quand.

Un regard d'azur maritime caché entre deux rideaux était braqué sur lui. Lui qui devait avoir l'air plus que suspect ici à jouer de ses aspects fantomatiques. Mais voilà qu'un spectre d'une toute autre catégorie l'avait remarqué. Une jeune femme qui plus est.

« Ne prends aucun risque. » lui avait-on répété.

L'espace d'un instant il fut prit par un violent doute et une fâcheuse question l'assiégea ; « Que faire ? »

Pour l'heure, il avait conscience que la demoiselle pensait ne pas avoir été aperçue durant sa surveillance. Même si la situation lui avait échappé, il avait retrouvé son « coup » d'avance face à cette Apparition. Un adversaire potentiel ? Quelqu'un qui appellerait la garde ? Dirait-on le lendemain dans les rues lorsqu'il reviendrait par ici « Méfiez-vous, il rôde un individu louche. » ?
 




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« Je ne partirai plus. »

Elle se réveilla en un sursaut qui volatilisa ses songes et ses espoirs. Elle était toujours dans cette chambre qu'elle n'avait pas quitté depuis des semaines et qu'elle commençait à haïr peu à peu. Ces mêmes rideaux épais carmins occultaient cette fenêtre qui n'avait rien d'autre à offrir que la façade d'un autre bâtiment. Dans un réflexe elle passait une main sur ses yeux secs, dont plus aucune larme ne pouvait couler. Son âme et son corps étaient vidés, et ça avait quelque chose de reposant.

Elle avait fini de courir les routes. Finit de rire, de croire ou de rêver. La réalité était aussi dure et froide que la pierre qui l'entourait. Cette ambiance avait quelque chose d'étrange. A la fois terrifiant mais aussi horriblement tranquille. Elle était devenue une paire d'yeux suspendue à une fenêtre, cachée entre deux pans de velours. Deux perles marines qui observaient chaque chose de sa fenêtre. Et chaque soir, elle attendait que la porte voisine s'ouvre dans ce grincement qu'elle avait finit par reconnaître entre mille. Il y aurait cet étranger basané qui en sortirait. Il inspirerait sa joie et expirerait son ennui. Au départ il ne l'avait pas remarqué. Et puis à force, il finit par se rendre compte qu'elle existait ; Une silhouette derrière une vitre qui avait autant d'importance qu'un chat curieux sur le toit d'une maison. Une jolie occupation inquiète pour son voisin qui finirait évidemment par se lasser -pensait-elle.

Elle avait entretenu ce petit rendez-vous discret jusqu'à ce que les rideaux soient clos des jours durant.

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