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Saya La Sauvage des Steppes

Ceresayaria

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Le cri de la houle.

 

Dans les ténèbres de la nuit du 18 novembre 263 sous la Constellation du Marteau, une petite embarcation dont la voile repliée mouillait les eaux au large d'Epheria, entre les îles de Randis et Serca, dont les deux êtres à bord, deux pêcheurs tentaient de pêcher quelques espèces noctambules.

L’un pêchait à la ligne, à moitié recroquevillé sur lui-même, la canne coincée entre ses cuisses et endormi, en espérant que le bouchon de flottaison s’agite, signe que la vie serait prise à l’autre bout de la ligne. Son camarade, à l’extrême opposé, s’acoquinait d’une bouteille de rhum tandis qu’il patientait que son filet de pêche ne se remplisse. La nuit était froide, l’alcool qui remplissait son gosier était là la seule étreinte chaleureuse qui semblait raviver son corps meurtris par le froid, se laissant distraire par les pensées d’une femme qui l’enlacerait dans une folle nuit torride.

Lorsque soudain, un courant d’air vif et glacial fendit les eaux, faisant sursauter le pêcheur au filet, le sortant de sa rêverie. Son sursaut fit tanguer la petite barque qui chahutait dangereusement d’un bord à l’autre, sous les cris effrayés de son collègue qui venait de sortir de sa torpeur, craignait de finir dans l’eau glaciale.

« Mais t’es pas un peu fada dit ! »

Mais l’homme au filet, située à la proue du navire regarda en direction de l’eau qui s’était fendue en plusieurs ondulations comme si un navire venait de passer à pleine vitesse. Seulement sur cette toile de fond noirâtre que lui offrit la nuit, il ne vit rien…sauf peut-être une forme étrange se découpant dans la nuit et qui filait droit vers le rivage d’Epheria.

« J’ai vu un truc ! »

- « Mais qu’t’as vu encore ! T’as failli nous faire chavirer du-con ! »

- « C’était grand et sombre… ça avait des cornes ! »

- « Faut qu’t’arrêtes la picole… »

- « Mais j’suis sûr d’avoir vu c’qu’j’ai vu… »

- « Et t’as vu quoi ? T’as sans doute rêvé qu’t’serais cornu dans une prochaine vie… »

- « Hey…. »

L’homme à la proue regarda vers le large une fois encore, se questionnant sur ce qu’il avait vraiment vu ou non. « Un serpent… »

- « Un serpent et des cornes… ? Pfff…. Ça pour sûr, on s’ennuie pas avec toi. »

Le rêveur soupira, observant sa bouteille qui lui donnait la berlue… dans un ultime et triste soupir, il jeta la bouteille par-dessus bord.

Pendant ce temps … non loin…sur la plage d’Epheria, un être glapissait de désespoir dans l’épaisse nuit sans lune. Emmailloté dans des vêtements chauds et niché dans le fond d’un panier bercé par la paisible houle, les cris d’un bébé déchiraient le ciel.

 




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Une drôle de cueillette

 

 Loin de toute civilisation, dans une forêt sylvestre aux hautes cimes d’arbres, une elfe Ganaelle s’exerçait au tir à l’arc. A chaque tir, la flèche décochée se fichait au cœur de la cible, e192a9e6e9801bb957e476f497bd67ef.jpgsituée à cinquante mètres de sa position, entre les arbres. Sa précision était d’une justesse incroyable et son expérience aguerrie fit accroître sa dextérité sur plus de quarante années que sa peau ne trahissait point.

Plus loin vers l’ouest, les branches d’arbres craquaient, se rompaient sous la masse musculeuse d’un géant qui transportait un drôle de paquetage sur ses épaules, gesticulant et piaillant tel un oisillon tombé de son nid.

« Hey regarde Lunawël ce que j’ai trouvé dans les bois. Un drôle de champignon… j’ignorais qu’il en poussait des comme ça. » raillait-il, le sourire amusé aux lèvres.

L’elfe cessa son exercice, détournant un regard curieux vers son camarade.

« Je pensais que tu devais aller chercher du gibier et non partir à la cueillette de champignons ? » s’enquit-elle avec sérieux, n’ayant encore vu ce que son camarade lui rapportait.

Le géant continuait de sourire niaisement lorsque son « champignon » hurla : « LACHE-MOI S’PECE DE GROSSE BRUTE ! »

ae49df3ea16a38a718cd6b94d29e143a.png- « Grosse brute, mwa ? Allons bon, je suis aussi doux qu’un agneau. » répondit-il en lâchant son « champignon » sur le sol moussue.

- « Il n’est pas très comestible ce drôle de champignon. » dit l’elfe amusée.

Le géant avait rapporté une fillette blonde humaine aux yeux bleus foncés très maigre, crasseuse de la tête aux pieds. De petits pois mouchetés maquillaient son visage rond, une pigmentation naturelle que lui donnaient ses tâches de rousseur, ensevelies sous une couche de terre. Ses vêtements n’étaient qu’un amas de guenilles trouées et rapiécées, trop juste ou trop grande pour elle. Elle semblait avoir dans les sept ou huit ans. A peine s’était-elle retrouvée au sol qu’elle chercha à s’enfuir. L’immense paluche du géant s’abattit sur son petit dos, l’écrasant au sol comme une puce.

« Pas si vite. » recommanda le géant.

- « Où l’as-tu trouvé ? »

- « A quelques mètres…sur mes pièges… elle volait mes prises. »

Lunawël sourit. « On sait désormais où disparaissait notre gibier. Il n’était pas aussi malin que tu le prétendais. »

La crevette au sol ne cessait de gesticuler, se débattant furieusement alors que sa tête mangeait la poussière. Le géant finit par l’attraper par les pieds, la tête suspendue dans le vide.

« Dis voir toi…t’es bien agitée pour une petite ? » Le géant approcha son autre main libre du visage de l’enfant, la taquinant. Mais même les « champignons » les plus petits peuvent être les plus dangereux. La peau de son index rencontra les dents farouches de l’enfant, le mordant à sang malgré la masse de chair.

- « Aaaaaaaaaaaaah !!! » hurlait le géant, son écho répercutant dans le val boisé.

Accrochée tel un piranha à son doigt, le géant peinait à retirer son appendice sans arracher la dentition en croissance de la fillette.

« Décroche-moi CA !!! »

Malheureusement, la chair du géant fit naître l’appétit endormi de la fillette qui depuis plusieurs mois se nourrissait de viande crue…

« Cesse donc de gesticuler toi aussi… » Alors que le géant cessa de secouer sa main endolorie dans le vide, l’elfe attrapa l’enfant, glissant ses mains sur ses yeux. Aveugle, un prédateur lâche instinctivement sa proie. L’enfant lâcha sa prise, se débattant toujours aussi furieusement que précédemment.

« Calme-toi…nous ne te voulons aucun mal, quoi que tu puisses penser. » L’elfe la serrait fort contre elle, dos contre son taille, la berçant doucement dans ses bras. Malgré sa stature frêle, l’elfe aux longs cheveux argentés et aux yeux verts émeraude possédait force et sérénité. L’enfant…au bout de plusieurs minutes se calma… au son de la berceuse que lui chantait l’elfe. La fillette finit par s’endormir de fatigue dans ses bras.

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Révélation

Lunawël : Elfe Ganael de Kamasylvia, vivant à l’écart de Grana. Chasseuse et pisteuse, Sentinelle des Peuples, elle veille et prévient lorsque certains peuples étendent leur territoire et menacent la tranquillité. Elfe raffinée aux longs cheveux argentés et aux yeux verts émeraude, élancée et aux courbes galbées.

Gyros : Géant et ami de longue date de Lunawël. Il est plus grand que la moyenne de ceux de son espèce. Des yeux marrons et un large front ainsi qu'une mâchoire carrée, sa présence dissuade tout malveillant mais au fond, il est bonne patte. Mais ne vous méprenez pas, il est un très bon combattant.

Phaer : Nom d’emprunt, son vrai nom reste inconnu de tous sauf de Lunawël, qui partage en secret leur amour. Métis d’Haso et de Valencia, c’est un homme abordant la quarantaine, repenti sur les voies ancestrales chamaniques. Il ressemble plus à un Valencien qu'à un Hasoïte, le teint très foncé, des cheveux noirs rasés de prêt, il entretient une petite barbichette et une pilosité rasée de près sous forme de dessins symétriques. C'est un très bel homme et bien bâtit. Les yeux bleus clairs en amande, soulignés de khôl à la Valencienne appuient son regard qui pour certains peut paraître glacial ou pour d'autres enjôleur.

L'enfant

« Depuis combien de temps est-elle chez toi ? »

- « Deux mois. »

- « Et qu’as-tu appris d’elle ? »

- « Très peu de chose. Elle ne se confie pas. »

- « Peut-être qu’elle n’a rien à livrer ? »

- « Je pense surtout qu’elle ne sait pas les dire. »

- « Elle sait pas parler ? »

- « Si mais elle s’exprime mal. Elle n’a pas eu le savoir. »

Les trois personnes assises à une table sculptée dans un arbre se tournèrent vers la fenêtre ouverte de la maisonnette. Dehors, une enfant assise en tailleur jouait à ce qui ressemblait de loin, à une pâle imposture de lapin. Depuis deux mois, elle mangeait suffisamment à sa faim pour qu’on lui explique que tous les animaux ne devaient pas être pris pour être mangé. Cette sommaire éducation de respect des êtres vivants passait par le lapin factice.

« Il serait peut-être temps d’envisager qu’elle l’apprenne…mais en collectif. »

A cette question, l’elfe haussa les sourcils, presque étonnée. Lisant la stupeur sur le visage de sa dulcinée, le moine l’interrogea d’un bref regard.

« Je crains que ce ne soit prématuré. J’aimerais lui enseigner les choses les plus basiques avant de lui montrer…ce que tu sembles appeler  " le collectif ". »

- « Lunawël…pourquoi ? Pourquoi ne pas la confier auprès de quelqu’un qui aurait plus de temps ? Et qui voudrait de l’enfant. »

- « Phaer…c’est mon devoir. J’ai trouvé l’enfant. »

Le géant émit un toussotement gêné. « Techniquement…c’moi qui l’ai trouvé. »

« Oui pardon, Gyros. » Lui exprimant un sourire navré, elle se reprit. « Lorsque nous trouvons un animal blessé en forêt et davantage un petit, nous ne le remettons pas en liberté aussitôt. Nous le soignons et nous en occupons jusqu’à ce qu’il soit en âge de subsister seul. »

- « Ce n’est pas un animal. C’est un être humain et sa place n’est pas à Kamasylvia. Je ne souhaite pas que tu ais d’autres problèmes de par ta position de Sentinelle des Territoires. »

« Phaer…s’il te plaît. » L’intimant d’un geste doux et modéré, le moine savait qu’il n’était plus nécessaire d’en dire davantage. Sa dulcinée était persévérante. Bien que l’on puisse croire que le moine n’aimait pas l’enfant, il en était tout autrement. Il voulait sans doute préserver…la douce tranquillité de cette paisible harmonie et son petit fief avec la belle Lunawël. Mais était-ce pour une autre raison ?

 

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Mépris

 

Plusieurs mois plus tard…

 

Le géant marchait sur le sentier qui menait vers la petite hutte. A sa droite l’accompagnait l’enfant aux cheveux blonds, couverte d’égratignures, de morsures et de griffures partielles, un œil au beurre noir et plusieurs plaies ouvertes.

« Lunawël va pas être contente…. »

Plongé dans un mutisme renfrogné, l’enfant ne souhaitait pas en parler.

Une fois arrivée devant la hutte, Phaer délaissa son activité en affligeant son visage d’une mine furieuse. Il appela Lunawël qui provint de l’arrière du cabanon, avançant avec inquiétude vers l’enfant auprès de laquelle elle s’agenouilla.

« Que s’est-il passé… ?! Gyros ?! »

- « Y a eu une bagarre. »

Les bras croisés, Phaer jugeait l’enfant de loin, bien campé sur ses jambes, projetant indéniablement des ondes négatives. L’enfant regarda vers le moine et sentit son mépris.

« Mais que s’est-il passé voyons ? La semaine dernière tout se passait bien… »

- « Lunawël…peut-être que nous ne pouvons rien lui apprendre. Elle est trop âgée… vous en êtes d’ailleurs les plus conscients en tant qu’Elfe. L’apprentissage se fait dès le plus jeune âge. »

L’enfant renifla et éclata dans un grand sanglot. Mais lorsque Lunawël voulut la calmer, elle sortit les paroles meurtrières de sa petite bouche.

« Vous m’aimez pas ! Lui m’aime pas ! Si j’vous gêne tant vous avez qu’à me laisser ! Z' êtes tous pareils vous les Grands ! Lez'animaux se comportent mieux qu’vous ! Mais quand un bébé est laid, pas normal…vous v'lez le noyer… ! Le tuer ! Assassins ! »

Sur ces mots accablants, l’elfe comprit… Quelques mots prématurés dans la bouche d'une enfant inéduquée. L’enfant avait réussi à lui faire comprendre comment elle fut traitée auparavant. Alors que la petite fille disparût dans la forêt pour s’enfuir, Lunawël se précipita derrière elle.

« Attends ! Reviens ! »

 

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Méditation

Un an plus tard.

Assise sur la vieille palissade délabrée et en ruines, vestiges d’une ancienne masure sur laquelle fut construite la hutte dont le pilier central était un arbre centenaire à la couronne vertigineuse, Saya observait le moine assis en tailleur sur un vieux tronc scié sur la base. Les yeux fermés, son esprit était en paix, ses pensées ailleurs. Paisible, il était ainsi depuis plusieurs heures.

« Il fait quoi Phaer ? » demandait-elle curieuse.

- « Que fait-il, tu voulais peut-être dire. » corrigea l’elfe sur un ton amusé.

- « Que fait-il… ? » répéta l’enfant en rectifiant.

- « Hm, c’est un rituel qui vient d’Haso. » A la grande perplexité de l’enfant, l’elfe au franc sourire lui expliqua ce que c’est. « Haso est un grand continent…comme une île entourée d’eau, de mers et d’océans où un autre peuple vit. Certains les appellent Hasoïtes ou Haséens. Ils ont la peau plus pâle et les cheveux noirs, de petits yeux en amande sombres. Ainsi Phaer fait le vide dans son esprit, il emplie son cœur de paix, ce qui lui permet de retrouver des forces de cette manière. »

L’explication lui était simplifiée pour qu’elle comprenne.

« Ça on peut le faire en dormant. » dit l’enfant sans volonté aucune de provoquer l’hilarité du géant qui se tenait non loin. L’elfe rit aussi.

Phaer qui avait tout entendu, ouvrit un œil. Un sourire malicieux ourlait ses lèvres valenciennes.

 

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L'entraînement

 

« Frappe donc ! »

Les petits poings frappèrent alternativement le vide de façon désordonnée.

« Non…d’un coup sec ! Comme ceci. »

L’enfant imita son Maître.

« Parfait. Reproduis-moi ces gestes vingt fois. Et garde tes jambes droites… Non non…ne te cambre pas ainsi. »

Il vint vers son élève, tapotant sa jambe droite trop fléchie alors qu’elle devait être tendue. Il l’aida à garder son bassin droit de façon à ce qu’elle ne se torde pas le dos.

« Recommence. »

L’enfant reprit ses gestes.

« Inspire et expire entre chaque coup. Tu dois accompagner tes mouvements. Ni trop vite, ni trop lentement. Un…inspire, deux…expire, un…inspire, deux…expire. »

L’élève prit pas-à-pas le rythme, les poings serrés, un bras qu’elle ramenait vers elle tandis que l’autre assénait un coup dans le vide vers une entité invisible.

 

« Penses-tu que cet exercice lui soit nécessaire ? » s’enquit l’elfe.

- « Elle a besoin d’exercice. Si cet enfant a survécu dans la nature c’est qu’elle évoluait sans répit. Maintenant qu’elle est nourrie et logée, il lui faut quelque chose pour rejeter sa rage. Elle n’arrive pas à se confier verbalement, il lui faut un exutoire. Et l’exercice en est un. Elle sera plus fatiguée et plus sage. »

- « Ce n’est pas comme si elle nous causait de grands maux, Phaer. »

- « Non…mais si tu souhaites à nouveau l’intégrer au collectif, il sera bon que cela ne se termine pas toujours en bagarre. »

- « Peut-être que nous ne pourrons pas toujours changer sa nature. C’est une survivante et non une suivante. »

Un long silence s’installa. Les deux se regardèrent droit dans les yeux. Les yeux bleus en amande du basané aux cheveux noirs renfermaient quelques secrets.

« Phaer…dis-moi ce qui te tracasse. »

- « Avant de te le dire, j’aimerais faire un essai demain, si tu me le permets. »

- « Très bien. »

 

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L'aquaphobie

 

« Allons… Saya, ce n’est que de l’eau. » tentait-il de convaincre l’enfant, les pieds immergés dans l’eau d’un cours d’eau.

Saya restait à l’écart du ruisseau, mal à l’aise.

« Quand tu te laves, tu ne rechignes pas tant que ça. »

- « C’est différent…l’eau coule sur moi…je suis pas dedans. »

Lunawël était à quelques pas de l’enfant, entrant progressivement dans le ruisseau dont l’eau était limpide et lui arrivait jusqu’aux mollets. Tendant sa main vers la blondinette, elle lui offrait-là une aide et un soutien protecteur.

« Ne t’inquiètes pas Saya, je suis là. »

Ces mots apaisants la réconfortèrent et l’enfant fit quelques pas mais ses pieds s’arrêtèrent à la lisière du lit. Les pieds nus sentaient l’humidité de l’herbe mouillée sous ses petits orteils.

« Bien Saya. Regarde, il n’y a aucun danger. »

Tenant toujours la main de l’enfant, l’elfe s’accroupit et plongea sa main libre dans le liquide limpide qui s’effilait entre ses longs doigts fins.

« Il n’y a aucun danger tant que tu as pied. Regarde. Si je peux le faire, une jeune fille aussi courageuse que toi le peut. Viens, approche-toi plus près. »

Hésitante, elle penchait la tête vers le ruisseau dont le courant était très faible, un maigre clapotement retentissait.

En voyant l’hésitation de l’enfant, l’elfe recourut à un autre stratagème.

« Saya, ferme les yeux un moment et fais comme nous allons nous promener dans les bois, assises toutes les deux sur un rocher. Dis-moi ce que tu entends. »

Aveugle, l’enfant se fierait à ses autres sens et l’audition lui permettrait de voir d’une autre manière.

« Ferme les yeux et écoute. »

Leurs mains toujours entrelacées, l’enfant pouvait compter en tout confiance sur la présence réconfortante de l’elfe. Baissant les paupières, elle tendait l’oreille. Souvent Lunawël lui demandait d’écouter plutôt que voir, développant ainsi ses sens et de percevoir différemment les choses, même les plus hostiles.

« J’entends les oiseaux… je sens…l’herbe et les fleurs sauvages. Le vent …qui caresse les feuilles des buissons…cette belle odeur de miel lorsque les arbres sont blessés. Et…le ruisseau chante. »

- « Bien Saya... et si le ruisseau chante en accompagnant les oiseaux, tu sais qu’il ne te voudra aucun mal. »

Les pieds de l’enfant la conduisirent jusqu’à l’elfe mais dans un dernier sursaut, l’enfant se réfugia entre ses jambes pour s’y accrocher lorsqu’elle ouvrit les yeux. Désormais entourées d’eau, l’elfe et l’enfant pataugèrent dans le cours d’eau.

« C’est bien Saya. Tu vois, tu n’as rien à craindre. Tu peux maîtriser tes peurs. »

Les deux êtres restèrent un moment dans l’eau jusqu’à ce que l’enfant s’apaisa, l’accoutumant peu à peu à sa crainte.

Phaer observait de loin depuis la petite cascade s’élevant à un mètre et demi de leur hauteur.

« Si le courant était plus fort et le lit plus profond, ce serait plus dangereux. Il vaut mieux traverser quand il y a un pont ou des rochers assez gros et larges dépassant de la surface, dessinant ainsi un chemin naturel. Mais on peut aussi glisser et tomber dans l’eau. »

Ainsi, tous les jours, Lunawël et Saya descendirent jusqu’au ruisseau afin que l’enfant s’accoutuma et perde ses craintes. Lunawël pensait ainsi que Phaer ait exécuté son test mais elle se trompait. Le moine décida de laisser son expérience à plus tard, préférant que l’enfant ne désapprenne ce qu’elle eut appris avec difficulté.

 

 

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La Leçon

 

Ce jour, Phaer et Saya étaient assis l’un en face de l’autre, en tailleur, les mains posées sur leurs jambes respectives. Les yeux fermés, le moine concentrait son for intérieur à la plénitude. Il tentait d’initier Saya à ce même exercice où elle dut s’avérer très patiente.

Devinant que l’enfant n’était pas concentrée et demeurait les yeux ouverts, remuant incessamment sur place, il la rappelait à l’ordre.

« Saya…arrête et concentre-toi. »

En guise de réponse, elle soufflait bruyamment montrant sa lassitude et son impatience.

Phaer ouvrit les yeux, posant sa main sur ses genoux tremblants afin qu’ils cessent. « Saya... quand tu débusques le gibier, tu restes patiente. Alors fais de même. Imagine que tu dois attraper le gibier le plus difficile de la forêt. »

- « Mais…c’est long…. »

- « C’est le défi. Ferme les yeux. Vide ton esprit. »

- « Mais t’as dit que je devais imaginer… ? »

- « Oui..mais…non. Tu fermes les yeux et tu écoutes. Tu t’écoutes. Allez…fais-le. »

Ronchonnant, l’élève suivit son maître, fermant les yeux la première car Phaer ne souhaitait pas être dupé cette fois.

« Ne pense à rien. Vide ta tête. Ecoute ta respiration. »

 

De loin, Lunawël suivait l’exercice parlant à voix basse avec son ami Gyros.

« Tu crois que c’est ça le test que voulait faire Phaer ? »

- « Selon moi, il l’a déjà fait. Il y a un mois avec le cours d’eau. »

- « Et ça donne quoi ? »

- « On progresse. »

- « Tu crois qu’il lui est arrivé quoi toi ? »

- « Avant ? »

- « Oui, avant. »

- « Je l’ignore. Enfin…j’ai une vague idée. As-tu remarqué comme la pupille de son œil droit est déformée ? »

- « Ouais. Et cette marque sous ce même œil. Une sorte de cicatrice noire. »

- « Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une cicatrice. Du moins, la guérisseuse ne le pense pas et je me fie à son expérience. »

- « Et c’est quoi ta théorie ? »

- « Gyros, mon cher ami, comment veux-tu que je lui apprenne la langue commune correctement si tu contredis la grammaire ? »

- « T’sais bien comme les géants sont simples d’esprit, dit-on. »

Le géant semblait plaisanter des propres préjugés dont son race était affligée par les autres.

Elle lui sourit doucement. « Laissons nos théories pour plus tard, veux-tu ? » A cette question, l’elfe n’attendait point forcément de réponse.

 

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Les Elfes et l'Enfant

 

Un soir alors que tout le monde dormait…

A la lueur d’une chandelle entamée, deux personnes chuchotèrent au premier étage du végétal sur la passerelle qui l’encerclait.

« Tu es certain de ce que tu as vu ? »

- « Certain et j’en suis formel. Lunawël…pour confirmer cette théorie, je dois exécuter le test dont je t’ai parlé il y a plusieurs mois. »

- « Je pensais que tu l’avais déjà exécuté… »

- « J’en ai eu plusieurs fois la possibilité mais c’était risqué. »

Un silence.

« Lunawël…que dit le collectif sur l’enfant ? »

- « Ils sont réticents à ce qu’elle s’instruise. Non pas pour son impulsivité mais pour ce qu’elle pourrait apprendre de Grana. Les Elfes gardent jalousement leur patrimoine et ne souhaitent pas qu’une enfant sans famille ni patrie ne s’approprient nos richesses. »

L’homme soupira.

« De plus…des rumeurs courent. Certains viennent à penser que l’enfant pourrait être une taupe. »

- « C’est d’une stupidité. Elle est bien trop sauvage pour en être consciente. »

- « Justement…ce serait là son camouflage. »

- « Lunawël, crois-tu vraiment en cela ? »

- « Bien sûr que non. Le Conseil n’est que craintif. Il se veut sage et raisonnable mais nous sommes gouvernés par de vieux fossiles. »

Phaer étouffa un rire. « Si l’on t’entendait. »

« C’est bien pour cette raison que je ne vis pas à Grana. » dit-elle avec amusement.

« Et puis… » poursuivit-elle, « Saya a désormais une famille. »

Le métis esquissa un sourire et dans la lueur de la chandelle, leurs visages s’épousèrent.

 

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Confidence inopinée

 

Les premiers flocons d’un hiver rigoureux tombèrent sur la forêt, la recouvrant d’un épais manteau blanc.

« Non Saya…non ! Reviens à la maison ! »

Le géant gesticulait, courant après la demie portion qui sortait en trombe de la hutte pour sauter dans la neige.

« Tu vas prendre froid ! »

Mais l’enfant n’entendit rien, bien trop contente de pouvoir enfin profiter de cette neige qu’elle vit d’un angle différent. Jusqu’ici la neige fut son ennemi, manteau glacé qui recouvrait son petit corps frêle d’engelures et de tremblements.

« Ça suffit ! »

D’une brasse, le géant attrapa l’enfant qui riait.

« C’est pas bientôt fini, dis ? Lunawël va pas être contente ! T’vas prendre froid ! »

- « Mais je suis couverte ! »

- « Pas assez ! Les gamines comme toi, ça reste bien près d’un feu à boire du lait chaud ! »

Le géant du baisser sa tête pour entrer dans la hutte où il ramena l’enfant.

« Pfiou…c’plus de mon âge tout ça… Si ma mère me voyait…jouer les nounous pour mioches ! »

- « C’toi le mauche ! »

- « Nan, MIOCHE ! MOI-CHE ! »

- « Mioche ? »

- « Un gosse quoi. Toi. »

Se rappelant les sermons de l’elfe, le géant rectifia une nouvelle fois. « Une enfant. »

 

« Et mauche c’est quoi ? »

- « Mauche ? Tu veux pas dire moche par hasard ? »

- « Bah c’pareil. Ça veut dire quoi ? »

- « T’as entendu ça où toi ? »

Assise sur la chaise sculptée dans une souche d’arbre, l’enfant regardait vers le sol en remuant ses pieds.

« Bah…j’l’ai entendu…y a longtemps. »

- « Oui mais où… ? »

- « Quand j’étais…chez M’dame Margaux. »

- « C’est qui ça ? »

- « C’est une nounou. »

- « Et c’est M’dame Margaux qui t’a dit ça ? »

L’enfant hocha la tête.

Après un an, la blondinette ne se confiait pas auprès de l’Elfe comme aurait pensé le géant mais lui. Il semblait embarrassé.

« Saya... »

Mais comme si Saya avait deviné sa prochaine question, elle lui confia la tête baissée. « M’dame Margaux a dit que j’étais moche et que c’tait normal que ma maman m’avait abandonné… que les enfants difformes sont des erreurs de la nature. Et que j’vais pas l’droit d’exister. Puis…ensuite, les plus grands enfants…disaient la même chose… »

Le géant plutôt gêné par cette révélation, tapota gentiment la tête de la fillette. Il tenta maladroitement de la réconforter.

« C’est derrière…toi tout ça. Ici, personne (ne) te veut du mal. Allez viens…on va boire du lait, ça va nous réchauffer le cœur. »

Il prit l’enfant délicatement et s’asseyant en tailleur près du poêle, il prit l’enfant dans ses genoux pour qu’elle trouve réconfort et protection.

 

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Chute vertigineuse

 

Partie 1

Aux abords du ruisseau...l’enfant avait acquis trois printemps depuis qu’elle était accueillie par le trio insolite. Penchée au-dessus du liquide clair qui s’écoulait sur la roche moussue, sa dextre munit d’une lance à la pointe aiguisée, elle pêchait le poisson qui tentait de remonter la cascade à contre-courant.

Assis en équilibre sur un tronc d’arbre en travers du cours d’eau, le métis méditait à son passe-temps favori.

En aval, à moins d’une dizaine de mètres, Lunawël récoltait les tiges de roseau tout en gardant un œil sur sa protégée qui tentait entre deux paroles maugrées entre ses dents à capturer avec peine le dîner. Il lui incombait la tache fastidieuse d’attraper la truite vive. A chaque tentative ratée, Lunawël souriait. La patience, l’observation et l’anticipation étaient les atouts de cette chasse.

Lunawël se remémorait comme il fut difficile ces trois dernières années d’apaiser les craintes de Saya et lui permettre de franchir avec tolérance les cours d’eau de faible profondeur.

« Fais attention de ne pas glisser. »

- « Ne t’inquiètes pas ! »

Alors qu’il faisait beau, un soleil radieux illuminait le ciel, projetant ses irisations sur les feuilles des arbres les plus hautes pour éclairer la forêt d’une belle lumière, les oiseaux chantaient allègrement.

Une branche craqua.

L’oreille alerte, Saya s’interrompit.

Soudain une grande masse tachetée surgit des fourrées pour agripper l’elfe et l’entraîner avec elle.

Lâchant sa lance, l’adolescente se mit à la poursuite du griffon qui peinait à décoller tant les arbres étaient proches.

« Lunawël !! »

Place_Creek_Falls_4907.jpgPhaer sur les talons de la jeunette, courait aussi vite que ses jambes le portèrent. Alors que le ruisseau suivait un coude, l’eau qui dévalait le cours se fit plus forte et plus profonde. Saya poursuivait sa cible depuis la berge, appelant après l’elfe qui hurlait en se débattant.

Toutefois, le paysage d’une forêt luxuriante cessa brutalement donnant sur un grand précipice depuis lequel le griffon put déployer enfin ses ailes, planant au-dessus du vide. Une passerelle faite de planches de bois et de cordages en suspension traversait le gouffre d’une hauteur de vingt mètres. Le ruisseau s’était transformé en un étang immense en contre-bas, son chant mélodieux en un affreux chaos auditif.

Par chance, le griffon rasa la rampe faite en chanvre à laquelle Lunawël s’accrocha fermement, surprenant l’élan du griffon qui dut lâcher sa proie, contrit.

« A l’aide ! »

- « J’arrive ! »

Saya s’arrêta nette lorsque ses orteils rencontrèrent le bord vide depuis la falaise. Ses yeux fixèrent l’immense espace inoccupé qui s’écoulait sous ses pieds et le fond de l’étang qui lui était invisible de par sa profondeur.

Phaer contournait la falaise pour prendre la passerelle et ainsi chercher sa dulcinée.

Désemparée, Saya ne savait que faire. Que pouvait-elle faire de là où elle était. L’impasse. Le griffon revenait vers l’elfe, prêt lui donner des coups de bec afin de la faire tomber.

Des picotements parcoururent son échine, ses extrémités, tel un courant électrique qui s’insinuait entre ses membres. Les mains crispées, les yeux alertes, elle observait, impuissante. Jusqu’ici…elle n’avait imaginé ressentir une telle peur. Ce n’était plus la crainte seule de l’eau profonde… c’était la peur de perdre quelqu’un auquel elle était attachée.

Mais même si Phaer s’avançait vers Lunawël, lui aussi s’exposait au danger du griffon.

Alors Saya fit de grands gestes vers le griffon.

« Moi moi moi ! Regarde-moi ! »

Gesticulant sur place comme une puce, elle brassait des mains vers le haut pour attirer le griffon.

« Regarde-moi ! Je suis là ! J’suis aussi appétissante qu’Lunawël !! Hé-ho ! J’suis là ! Oh !! TU M’ENTENDS GROS POULET ! »

Le griffon regarda la nouvelle cible…fonçant droit sur elle.

Voilà que Saya courait le long de la falaise avec un gros griffon qui lui filait le train…

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaahh !!!! »

Phaer observait son élève, déconcerté par une telle technique…mais au moins, cela semblait fonctionner.

Mais tandis que l’enfant courait, elle trébucha sur une racine. Sa chute fut une aubaine car déjà l’animal plongeait sur elle pour tenter de l’attraper. Lorsqu’elle voulut se relever, elle découvrit avec effroi que la terre était meuble et commençait à glisser de la falaise. S’accrochant à tout ce qui dépassait du sol et semblait solide, racines…pierres, elle luttait pour ne pas tomber alors que le pan de falaise sur lequel elle était juchée, s’écroulait et chutait dans l’étang.

La force de ses bras lui permit de remonter sur le bord ferme……or ses pieds quittèrent le sol et elle se sentit portée. Le griffon avait fondu sur elle pour l’attraper, l’emportant au-dessus du vide. Furieux, l’animal revenait dangereusement vers la paroi rocheuse afin de blesser le corps qu’il emportait entre ses serres.

« Non !!! Phaer ! Le griffon, regarde ! »

Retrouvant la terre ferme, l’elfe fit le tour du précipice afin de trouver une position adéquate pour bander son arc et décocher une flèche.

« Attends…avant de tirer. »

- « Pourquoi !!!?? Il va la tuer ! » demandait l’elfe, crainte et colère mêlées à sa voix.

De l’autre côté, on entendait le bruit de la roche lorsque Saya la rencontrait, se protégeant le visage à chaque choc.

Phaer observait l’enfant et le griffon. Cela ne devait pas se passer ainsi…c’était une catastrophe.

« Ce n’était pas ainsi que cela devait se passer… » , confiait Phaer…attristé et très inquiet.

Les yeux de Lunawël roulèrent dans leurs orbites, hébétée, l’elfe n’en croyait pas ses oreilles.

Un autre bruit de roche se fit entendre au loin.

« Vas-y…tire Lunawël. »

 

De l’autre côté, Saya avait choisi de se débattre, se chamaillant dangereusement avec les serres du griffon. Toutefois l’elfe décocha trop tard sa première flèche, puisque le griffon fit une piquée vers l’étang. La force de son corps et la poussée de ses serres refermées fermement sur le corps de l’enfant, projetèrent Saya dans l’étang…sous l’eau.

Du haut de la falaise, Lunawël découvrit le plan macabre du griffon… tuer l’enfant en la noyant.

Chaque bouffée d’air était un soulagement, chaque rencontre avec l’abime tournait au cauchemar jusqu’à ce que l’enfant ne se débatte plus et demeure immobile. Ses yeux bleus plongés dans le néant fixement…tout semblait calme autour d’elle. Etait-ce…là la mort ?

L’air de ses poumons, provisoirement emprisonné, commençait doucement à s’estomper, laissant place peu à peu à l’eau…

Un souvenir lointain refit surface. Une ombre fendit les eaux à grande vitesse…déposant la vie sur terre. Un cri dans la houle…le visage flou d’une femme aux cheveux noirs…la ritournelle d’une berceuse…

 

***

 

Partie 2

Sur la berge, le corps inerte de Saya était étendu. Sa tête posée sur les genoux de l’elfe qui fredonnait entre deux sanglots le refrain qui depuis trois printemps permit de l’apaiser.

En retrait, la tête baissée, Phaer fut emplit d’une profonde tristesse. A ce jour, il avait perdu la confiance et l’amour de Lunawël.

Par la grâce des Dieux, l’enfant toussa une gerbe d’eau sous les yeux de surprise et de gaieté de l’elfe qui venait de retrouver sa protégée, saine et sauve.

« Saya ! »

- « Kof…kof… »

- « Tout va bien…tout va bien. »

- « Qu’est-ce qui s’est passé… ? »

- « Tu ne te souviens pas ? »

L’enfant secoua la tête.

« Saya… le griffon… »

- « Quel griffon ? »

Incrédule, l’adolescente regardait l’elfe et Phaer.

 

 

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Les regrets

 

« Alors ? »

- « Elle ne me pardonnera pas. »

Le géant demeurait silencieux.

- « J’ai perdu la confiance de Lunawël. J’ai été aveuglé par mes propres théories que je souhaitais démontrer…et à cause de mon orgueil, j’ai joué avec une vie comme on pourrait jouer aux cartes. »

« Et … Lunawël. Elle aurait pu être blessée. »

- « Ça aussi…  Je passe ma vie à méditer, à discerner le mal du bien, l’enseigner aux autres, suivre la voie du juste. Je ne me reconnais pas là. J’ai été aussi bête qu’un adolescent. »

- « Personne n’est parfait. »

- « J’aurai du faire appel à d’autres moyens. Plus longs. Mais tout sauf ça… Lunawël ne me le pardonnera jamais. »

- « Qu’est-ce que tu vas faire ? »

- « Partir… »

 

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« Luna… ? »

- « Oui Saya ? »

- « Pourquoi Phaer est parti ? »

- « Il…il voulait partir en pèlerinage. »

- « C’est quoi….un…pelrinage ? »

- « Un pèlerinage…eh bien… c’est un rite que tu pratiques en te rendant sur des lieux saints, sacrés de ta religion et sur lesquels tu pries et te recueilles. C’est trop compliqué à saisir pour toi. »

- « Lunawël… tu me dis la vérité… ? »

- « Je… »

Une larme coulait sur la joue de Saya lorsqu’elle vit l’elfe fondre en larmes.

« Mais qui m’apprendra….à me contenir… »

La fillette pleurait de toute ses larmes. L’elfe accourut vers elle pour la serrer fort dans ses bras, tentant de se consoler l’une et l’autre.

 

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Quatrième printemps.

 

« Gyros… tu sais où est Phaer ? »

- « Oui, pourquoi… ? »

- « Tu voudrais pas lui dire de rentrer… Lunawël est triste… »

- « T’es sûr que c’est que pour Lunawël… ? »

Les mains dans le dos, l’adolescente touchait du bout du pied une petite pierre sur le sol, la tête baissée. Elle n’osait avouer l’inavouable.

Souriant doucement devant l’attitude de l’enfant… le géant lui répondit. « Je lui toucherai deux mots. »

 

 

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Une blessure superficielle pour une plaie plus profonde

 

 

Mi l’an.

 

Décidée à retrouver Phaer qui n’était pas revenu malgré les appels de retour, Saya escalada la montagne, gravit la crête où le vent se fit plus froid et mordant pour trouver le perchoir du moine qui s’était isolé…ou presque.

Le voyant en compagnie d’une elfe aux cheveux blancs, Saya était furieuse ! Sortant de nulle part, elle les prit sur le fait accompli.

« C’est pour ça que tu r’viens pas ! T’as laissé tomber Lunawël pour cette grognasse !!! »

- « Saya ! Que fais-tu ici ? »

- « Je te déteste ! »

- « Ce n’est pas ce que tu crois ! »

- « Si ! Gyros t’a laissé plein de messages…et tu reviens pas quand même ! »

La fillette de onze ans fondit en larmes. Devant cette scène, l’elfe semblait embarrassée et préféra partir. Mais l’enfant en décida autrement, elle fonça vers elle pour la pousser à partir plus vite.

« Va-t’en ! Ne reviens pas ou je te tuerai ! »

« Saya ! Je t’interdis de te comporter ainsi ! »

- « Tu m'interdis rien ! T'es pas mon père ! T'es rien pour moi ! »

Alors que Phaer prit l’enfant qui se débattit entre ses mains et galvanisé par le comportement inacceptable de la fillette qu’il n’arrivait plus à calmer, il lui mit une gifle.

C’était… il y a si longtemps…

L'enfant en pleurs se dégagea de l'étreinte de Phaer puis dévala la pente en trombe.

 

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Le Point de non retour

 

Partie 1

Devant la peine de l'enfant depuis le départ de Phaer, Lunawël avait jugé bon de retenter l'essai de l'école à la capitale elfique. Lui ayant appris les bases en quatre ans, il lui était possible de rattraper ne serait-ce qu'un peu le retard sur les enfants de son espèce.

« Tu crois que c’était une bonne idée ? »

- « Cela fait bien deux mois que je l’ai inscrite, depuis le départ de Phaer. Je pensais que l’instruction lui permettrait d’oublier cette absence. »

- « Lunawël, tu sais ô combien cette enfant n’oublie pas. »

- « Et pourtant, elle a occulté les plus importants moments de sa vie. »

- « Tu veux parler de ses vrais parents ? »

- « Oui. »

- « P'tet qu’elle en a pas. Cette nourrice M’dame Margaux n’a pas été inventé de toute pièce. »

- « Il y a sûrement une explication, c’est pourquoi je souhaitais retrouver la trace de ses parents biologiques. »

- « Pourquoi maintenant ? »

- « Saya est en âge de poser des questions. »

- « Et si c’est pas le cas parce qu’elle connaît déjà la réponse ? »

- « Dans ce cas...soit cet enfant est brisée ou bien son instinct de survie est plus grand que je ne le pensais.

N’as-tu pas remarquer que depuis ces deux dernières années elle souriait et riait. Sa vie actuelle a remplacé l’ancienne. Mais je sens toujours en elle un mur insondable, comme si parfois elle craignait de dire les choses alors qu’on connaît son caractère. Elle est franche, impétueuse et ne mâche pas ses mots. »

- « Ce que vous appelez un joli paradoxe. »

- « Je crois qu’elle craint de se livrer. Autant si elle le faisait, elle se sentirait libérer…mais peut-être se sentirait-elle violer dans son intimité. De ne plus être ce qu’elle est et de devoir trouver ensuite…une raison d’exister. »

- « Luna…Luna…arrête, c’est qu’une enfant de onze ans. Pas un elfe centenaire qui….comment vous dites déjà….philosophe sur sa propre vie. »

- « Gyros. Tu ne sais pas ce que l’Esprit peut dicter à l’Homme lorsqu’il se retrouve restreint en choix. Et cela ne concerne point seulement les Hommes mais toute espèce consciente de sa propre existence au milieu d'un environnement qui l'entoure, vaste ou exigu. »

Sur cette discussion, le géant semblait pensif. C'était chercher trop loin pour un esprit trop petit comme celui de cette enfant perdue et retrouvée. Après tout, ce n'est qu'une enfant.

 

 

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Partie 2

« C’est inadmissible ! On n’a pas idée d’envoyer la peste dans un village ! »

- « Je ne vous permets pas, Instructeur ! »

- « C’est une vraie calamité. »

- « Elle est un peu difficile mais ce n’est pas insurmontable. »

- « Un peu difficile ? Vous vous moquez du monde ? C’est une plaie. La mauvaise herbe qui pousse entre les pierres d’un bel édifice ! »

- « Si elle a agit de cette manière, c’est qu’il y a peut-être une raison. »

- « La raison ? Cette enfant…si on peut appeler ça un enfant, ne peut vivre dans une communauté d’élites ! C’est de la mauvaise graine ! Du pissenlit… ou du chardon. Rien qu’aujourd’hui, elle a envoyé Ganawel au Sanctuaire de Vie ! La fange d’une porcherie devrait être son habitat. »

- « Instructeur ! Ces paroles ne sont pas dignes de vous ! Où est votre tolérance ? Votre bienfaisance pour les enfants. Vous qui dites qu’ils sont votre passion, vous n’êtes guère digne de votre rang professionnel ! »

- « Sentinelle ! Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton ! Ma tolérance a été mise à rude épreuves ces deux derniers mois et là trop, c’est trop ! »

- « Je sens le fiel dans votre bouche, Instructeur. Félonie ! Hypocrite que vous êtes. S’il y avait qu’une seule difficulté avant ce jour, il fallait m’en parler et non enterrer votre tête dans le sable comme le font les Humains ! »

- « Comment osez-vous ! »

La querelle ne s’estompait pas. Cette fois encore et pour la seconde fois, les rixes verbales s’étaient envenimées pour se transformer en violence physique. Les leçons de Phaer avaient portés leurs fruits…un peu trop au goût de Ganawel, une fille plus grande, plus âgée que Saya qu’elle avait mis au tapis en trois coups de poings. Deux autres enfants avaient tenté de la séparer de l’elfe qui gisait à terre, inconsciente…une simple mise en scène théâtrale pour mieux renvoyer la sauvage, dont le père était un membre bien placé parmi les sièges du Conseil Elfique.

Saya, assise sur un banc était solidement gardée par deux soldats de la ville. Deux soldats pour une enfant ? Certains passants étaient autant déconcertés par cette exagération que d’autres soulevèrent d’autres questions. Etait-elle aussi nuisible pour le peuple ? Dangereuse ?

- « Quelle souillon. »

- « On raconte qu’elle a mordu la fille d’Estrelios et écorchée d’autres gamines. »

- « Elle n’a rien à faire ici. »

- « Elle n’appartient pas à notre peuple. Elle devrait retourner chez elle. »

L’ennui était que Saya n’avait qu’un seul domicile et c’était celui de Lunawël et la forêt… ?

Les messes basses continuèrent devant l’enfant. Les adultes n’étaient-ils pas conscients qu’elle les entendait ou bien ne s’en préoccupaient-ils pas ?

« MENTEURS ! MENTEURS ! VOUS ÊTES TOUS DES MENTEURS ! VOUS SAVEZ RIEN POUR UN PEUPLE QUI DIT TOUT SAVOIR ! VOUS SAVEZ PAS COMMENT CA S’EST PASSE ! VOUS N’ÉTIEZ PAS LA ! »

Alertée par les haussements de ton de sa protégée, Lunawel sortit de l’Académie sur le qui-vive. Elle regarda le petit groupe de passants qui semblaient déconcertés par autant d’insolence dans la bouche d'une enfant. Sa protégée s’était levée, les poings serrés, hurlant sur les adultes, les joues ruisselantes de larmes et de rage. Les deux soldats qui la gardaient, l’empoignaient par les épaules, la forçant à se rasseoir.

« Arrêtez !!! Ce n’est qu’une enfant ! »

L’elfe s’interposa entre son peuple et sa protégée.

« C’est cette enfant qui vous fait si peur… ? Nous qui nous proclamons un peuple sage et ancien, patients…vous n’êtes même pas conscients que c’est vous qui attirez la haine, qui nourrissez sa colère. Ce n’est qu’une enfant… rien de plus. Avez-vous oublié lorsque vous l’étiez… ? N’avez-vous jamais connu la peur, la tristesse et ce qui en découle…la colère ? »

A moitié persuadés par les paroles de ce laïus improvisé, les curieux malveillants s’écartèrent. L’elfe protectrice se tourna vers Saya et l’apaisa en posant sa main sur les siennes.

« Saya…ma chérie. Calme-toi. »

- « Lunawël…j’ai pas fait…ce qu’ils ont dit. »

- « Tu es sûre de ne pas avoir dit ou fait quelque chose qui les a induit en erreur ? »

- « Je sais pas…mais j’ai pas commencé…j’te le jure. »

- « Ne t’inquiètes pas… »

- « Pardon…Lunawël. »

L’elfe prit le visage de sa protégée dans le creux de ses deux mains pour l’embrasser sur le front.

« Tout va bien se passer, Saya. Je vais m’expliquer avec les autres adultes et nous rentrerons à la maison. Attends-moi à la sortie de la ville. »

Une fois à l'intérieur de l'Académie, Lunawël discutait avec une amie de longue date.

« Je crains que l'excuse de l'enfant ne suffise plus à certains habitants, Lunawël. Et même si elle dit la vérité, personne ne choisira de la croire. »

 

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Partie 3

Alors qu’elle attendait sur le sud de la ville, la gamine regardait le vide sous le pont. Les bras en appuis sur la rambarde, ses pensées étaient ailleurs. Sa mère de substitution était mêlée dans un conflit entre adultes et devait calmer les plus rétifs des dissidents.

Elle ne s’était pas aperçue qu’une silhouette s’était approchée et s’était adossée à la rambarde à quelques cinq mètres de sa position. Une forte odeur de tabac flottait dans l’air.

« Alors tête brûlée…on rend la vie difficile au village. »

L’enfant leva la tête vers cet inconnu qu’elle vit pour la première fois. Elle ne l’avait jamais croisé depuis ces deux derniers mois au village et il n’était certainement pas un Elfe. Il esquissait un sourire en coin déguisé d’un sourire rieur et cordial.

Le visage renfrogné, elle le toisa de ses yeux perçants.

« C’quoi une tête brûlée ? »

« Une personne imprudente, qui fonce dans le tas sans réfléchir. On peut la penser bé-bête. »

« J’suis pas bête. »

« Non bien sûr…je ne viendrai pas à penser ça voyons. J’te connais pas. Enfin… »

Il émit une pause, jaugeant la gamine des pieds à la tête, s’arrêtant un instant sur ses courbes féminines naissantes. Quel gâchis, ça aurait été sans doute une jolie demoiselle dans la fleur de l’adolescence.

« T’sais… » continua-t’il en jetant son mégot par-dessus le garde-corps du pont, rallumant un autre cigare à l’aide de son briquet à silex. « Y a qu’une chose que tu peux faire pour prouver ta valeur aux yeux de ces Elfes. »

A l’instant, il venait d’allumer une lueur incandescente dans les yeux de l’enfant.

« Quoi donc ? »

 - « Le mérite. »

- « Et comment…. je peux avoir ça ? »

- « C’est très facile. Tiens on m’a dit que t’étais très bonne en devinettes animales et j’ai entendu dire que t’étais une bonne chasseuse et pisteuse. »

La gamine haussa les épaules puis hocha la tête.

« Es-tu une bonne chasseuse ? »

- « Oui, Gyros et Lunawël m’ont tout appris ! »

Quel dommage…si ce que disait la fillette était vraie, il passait devant l’opportunité d’enrôler ses talents afin que l’enfant rejoigne sa bande. Naïve comme elle est, les autres en auraient sans doute profiter un peu.

« Écoute, je vais te donner une astuce pour mériter le respect de ses quetars et tu verras, tu seras aussi accepté que moi dans cette ville de consanguins. »

Ne comprenant pas tous les mots, son audition sélectionna les plus importants.

« Après ça, j’te jure, ils diront plus rien. Tu seras acceptée ! »

« C’est quoi ! Quoi ?! Qu’est-ce que je dois faire !? »

L’enfant touchait du bout des doigts ce qu’elle rêvait…depuis des nuits. L’intégration totale de sa personne dans une communauté. Et Lunawël serait fière, pouvant vivre paisiblement. Elle n'aurait plus à justifier toutes les actions de sa protégée.

« Réponds à cette devinette et tu auras la réponse. »

- « J’écoute. »

 

« Par les sentiers perdus aux creux des forêts vierges,

Où l’herbe épaisse fume au soleil du matin

Le long des cours d’eau vive encaissés dans leurs berges,

Sous de verts arceaux de rotin ;

 

La reine des bois, la noire chasseresse,

Avec l’aube, revient au gîte où ses petits

Parmi les os luisants glapissent de détresse,

Les uns sous les autres blottis.

 

Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,

Elle ondule, épiant l’ombre des rameaux lourds.

Quelques taches de sang, éparses, toutes fraîches,

Mouillent sa robe de velours.

 

Elle traîne après elle un reste de sa chasse,

Un quartier du beau cerf qu’elle a mangé la nuit ;

Et sur la mousse en fleur une effroyable trace

Rouge, et chaude encore, la suit. »

 

Ces vers récités et écrits sur un morceau de feuille lui permirent de happer l’enfant vers son but. Bien que la formule récitée était incroyablement complexe pour l’enfant aux yeux perdus, il lui laissa le morceau de papier.

« Tiens, si tu veux chercher la solution…mais tu devras réussir seule, sans tricher. Ne demande pas aux adultes. Et quand tu auras trouvé l’animal dont il s’agit…il te faudra l’attraper et amener sa carcasse ici, devant les villageois. Ils ont un rituel qui se déroulent ici tous les cinq ans. Les plus grands chasseurs se rassemblent pour attraper les animaux les plus complexes à attraper. Et les gagnants sont reçus avec mérite, honneur et respect. C’est surtout pour les jeunes qui passent un rituel initiatique. Tu as le droit de le passer. Après tout, t’es jeune. »

L’enfant trépignait d’impatience sur place. Il lui restait à déchiffrer la devinette, trouver l’animal et le traquer pour l’apporter fièrement devant tous les Elfes ! Ainsi, elle n’aurait plus à défendre sa place et plus rien à prouver.

Lorsque l'homme repartait vers la ville, il souriait. Son travail n'a que consisté à raconter une petite histoire et défier une petite complexée. Lorsqu'il rentra en ville, il croisa l'elfe protectrice, Lunawël, un regard déplacé lorsqu'il se tourna vers elle en suivant ses courbes graciles, galbées. Dommage...il était temps pour lui de disparaître, son travail était terminé.

 

Extrait du poème de Charles-Marie LECONTE DE LISLE

 

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Le Chasseur

 

Deux silhouettes discutaient à l’arrière d’une maison dans la somptueuse ville de Grana. L’un un elfe aux habits raffinés, brodés d’or et d’argent et l’autre un homme mal rasé, habillé de cuirs et d’étoffes sobres. Il ne faisait pas parti de la communauté elfique mais sa présence semblait tolérée en échange de quelques coup de mains grassement payés.

« Vous avez compris ? »

- « Pff… Vous rigolez ? Pourquoi vous faites pas ça vous-même ? »

- « Je préfère laisser ce travail dans les mains d’un professionnel. »

- « Ouais…j’comprends, vous voulez pas vous salir les mains. »

- « Faites ce pourquoi vous êtes payés et ne me poser plus de question. »

 

L’homme enfonça son chapeau sur sa tête, le cigare aux deux tiers consumé, il riait intérieurement. Cette mission, c’était du tout cuit. Rien de plus facile. Jamais on ne lui avait donné une pareille opportunité dans sa carrière, de l’argent donné gratis.

Une mission trop bien payé pour une cible qu’il suffisait de pousser dans le vide et de prétexter à un accident. Mais son employeur a été clair. L’accident serait trop vite suspecté car la cible était méfiante. Il fallait ruser et l’appâter avec quelque chose qu’elle convoiterait plus que tout.

 

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La Culture c'est comme la confiture, moins on en a, plus on... racle le fond du pot !

 

Après le second échec de l’école, l’enfant était devenue l’indésirable. Et même si l’Instructeur ne souhaitait plus la revoir rôder autour de l’école, qu’il ne fut pas son mécontentement lorsqu’il trouva un matin, une fenêtre de la salle de classe, brisée.

Après un long état des lieux, un dictionnaire de la langue commune manquait à l’appel.

***

Installée en tailleur sur une peau de daim, Saya feuilletait le livre en cherchant les mots de l’énigme. Beaucoup de mots trop compliqués y figuraient. Et si elle ne pouvait faire appel à l’aide des adultes, il fallait y arriver par ses propres moyens.

Dégoûtée par le second échec du collectif, Lunawël réfléchissait devant la maison tout en discutant avec son ami de longue date.

« C’est un vrai désastre… retour à la case départ. »

- « Oublie Luna’, ton peuple a beau être fier et cultivée, il a des yeux avec lesquels il ne peut pas voir. »

- « Tu as raison. Mais pourquoi cette enfant attire autant le mépris que la compassion. Pourquoi suis-je la seule à l’aimer comme une mère aimerait son enfant ? »

- « Tu es partiale là-dedans. Eux n’ont pas eu la chance de la connaître juste un peu…c’est pire, ils ne s’y intéressent même pas. Sauf que toi… t’as pas vraiment eu le choix. Je l’ai trouvé et te l’ai mise dans les pattes. Est-ce que tu l’aurais prise sous ton aile si tu l’aurais vu comme moi je l’ai vu dans la forêt ? Se nourrissant des prises crues ? »

Lunawël observa son ami.

« Comment peux-tu douter de mes intentions ! Je ne suis pas de ces pédoncules ! »

Le géant sourit.

« T’as pas besoin de me le prouver, Luna’. Je te taquinais. »

- « Hm… mais cela ne résout pas le principal problème. »

- « T’sais…Phaer le sait lui… c’pour ça qu’il a fait ce test et puis…tu sais qu’il n’a pas été le seul fautif. C’moi qui est titillé le jeune griffon… mais mon erreur la plus grave était de penser qu’il était depuis longtemps sevré, indépendant… Or sa mère était sur la falaise, plus haut et je l’ai pas vu. Quand elle m’a vu chatouiller sa progéniture…elle m’a pourchassé. Ces mères sont très possessives et persévérantes. J’ai cru que je l’avais distancé…mais je fus vite rattrapé et quand ma direction rejoignait celle de la rivière, depuis les airs, elle a compris que je vous rejoignais. Elle s’est vengée sur toi, te confondant sûrement à mon enfant. Puis…c’était au tour de Saya. »

L’elfe écoutait, pesant chacune des explications et excuses.

« Ce test fut une série d’échecs et d’estime largement surestimée. Et c'est vrai, c'était un pari risqué... d'une stupidité infantile. Ni Phaer, ni moi…n’avions pensé ni même deviné les plans de la griffon. Si nous avions plus réfléchie qu’agi, nous aurions peut-être pu éviter tout ça… Luna… tu crois pas qu’il serait temps à Phaer de lui pardonner…et puis de savoir ce qu’il sait ? Ça pourrait nous aider…concernant l’enfant. Mais s'il te plaît...ne blâme plus autant Phaer car étant fautifs tous les deux, tu ne peux pas me pardonner plus facilement que lui alors qu'il en plus, ta moitié. Ce n'est pas juste. »

- « Tu as peut-être raison même si je ne souhaite pas revenir sur les raisons pour lesquelles je le lui pardonne moins. Mais c'est exact, ce n'est pas juste. Dans ce cas, je peux faire un effort et garder ainsi mes rancœurs afin de stabiliser ce fragile équilibre dans notre petite famille. »

 

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Progression

 

Quelques mois bien après…

 

« Que ramènes-tu là Phaer ? »

L’elfe pencha la tête à l’approche de sa moitié, ce dernier apportait différents outillages de la ville.

« Une idée… Je me suis rappelée de cette arme que les combattants utilisaient dans l’arène de Mediah. Une arme assez barbare qui infligeait de lourds dégâts à ses adversaires. »

L’elfe fronça les sourcils. « Où veux-tu en venir… ? »

- « Il serait temps que Saya passe un niveau. »

- « La voie des poings ne suffit-elle pas… ? Et n’est-ce pas dangereux pour elle ?? »

- « Justement...cela reste dans l’enseignement de base puisque l’arme est le prolongement du poing. »

Le métisse sortit du sac quelques esquisses.

« C’est…affreux. Ce n’est même pas aussi élégant qu’une épée elfique ou un arc. »

- « Ce n’est pas fait pour être joli. Il y a des améliorations à apporter. Elle passera sa main comme ceci dans la poignée et devra la tenir fermement. Les trois lames au-dessus de ses articulations métacarpo-phalangiennes. »

- « On dirait…une grosse griffe. »

- « C’est l’idée. Ce n’est qu’un prototype pour l’instant. »

Il sortit du sac l’arme qui ressemblait à un gantelet dépourvu de protections. Une simple poignée sur laquelle était montée une plaque ronde à la forme d’une patte d’ours sur laquelle étaient greffés trois grandes lames incisives.

« Je doute que ce soit une bonne idée… Et si elle se blessait avec ? »

- « Elle apprendra. »

Lunawël tendit la main pour recevoir le prototype, glissant sa main dans la poignée afin de visualiser son port.

« Ce n’est pas du tout pratique… Cette arme risque de l’handicaper plus que de l’aider. Peut-on vraiment se défendre avec… ? »

- « Oui… et il est vrai qu’elle présente plusieurs défauts en défense qui…selon la position des mains pourront mettre en difficultés Saya. Sa principale problématique…sera d’éviter les fractures. »

- « …. Phaer… »

- « Saya ne connaît que la voie des poings et elle la maîtriserait très bien si elle n’était pas aussi impulsive. »

- « Je ne vois pas ce que cette arme va changer…sa façon de se battre si elle ne sait pas prendre un tempérament plus calme ! C’est une très mauvaise idée. »

- « Et bien…nous lui demanderons ce qu’elle en pense. Après tout, elle n'est pas obligée d'en faire un usage quotidien même si je lui enseigne les bases. »

- « Je ne suis pas rassurée à l'idée que tu développes d'autant son agressivité en lui offrant une arme aussi violente que barbare. J'ai déjà assez de problèmes comme cela avec le Conseil. Il est inutile de nous faire remarquer d’avantages.»

- « Qui te parle de nous faire remarquer ? »

- « Ne penses-tu pas que cela va mal finir...encore ? »

- « .... Fais-tu référence à mon idée qui a faillit coûter la vie de Saya ? »

- « Ce n'est pas ce que je voulais dire ! »

- « Mais tu l'as pensé très fort. »

- « Excuse-moi... Mais ce que je tente de t'expliquer c'est... que j'aimerais qu'elle grandisse comme une enfant normale. Et non qu'on lui donne un couteau dans les mains et qu'elle parte jouer les guerrières... »

- « Lunawël...nous savons tout deux que depuis sa tendre enfance, rien ne fut normal pour elle et que malgré la tranquillité et l'amour que nous lui offrons, elle ne sera jamais comme une enfant normale.  Je pense d'ailleurs, qu'il sera temps pour moi... quand elle aura murie de partir en voyage en quêtes de réponses. »

 

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L'Épreuve de l'Éveil

 

Plusieurs années plus tard...
 

 


Le jour attendu de l’épreuve de l’Éveil était enfin arrivé. En cette journée ensoleillée mais glaciale d’hiver, les adultes Ganelles briefaient les elfes qui devaient passer trois jours et nuits au plus profond de la forêt à survivre et traquer un animal ou une créature répertoriée afin de statuer sur les connaissances, la dextérité et la maturité d’un adolescent pour passer à l’âge adulte.

Lunawël était en charge avec plusieurs sentinelles de surveiller les périmètres et prévenir ainsi tout intrus qui perturberait le bon déroulement de l’épreuve. Durant ces trois jours, Phaer et Gyros devaient rester à la maison avec Saya. L’Épreuve de l’Éveil se déroulaient tous les cinq ans et réunissaient des adolescents de tout âge car l’âge et l’apprentissage n’avaient aucune corrélation, tout dépendait du sujet et des facilités qu’il possédait.

Si les Elfes refusaient de tuer les animaux et au contraire les protéger, il n’était pas si surprenant de les voir organiser cette épreuve. Étalée dans le temps, elle permettait à la faune de se reproduire en grand nombre et l’hiver permit de ne pas enlever un petit ou une mère à une famille.

 

 

 

Tandis que le cercle se formait sur la place devant l’arbre Kamasylve, les Anatt Bleus chantaient, accordant leurs bénédictions aux candidats. La Reine conclue le règlement sur une louange et des encouragements.

Dix heures…les élèves s’engouffrèrent dans l’épaisse forêt telle une vague insouciante des dangers qui l’attendait. Chacun prit une route différente.

Les yeux bleus tapis dans l’ombre d’un buisson, un sourire satisfait et fière sur les lèvres rouges…la silhouette qui en sortit se mit en chemin…

 

 

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Pendant ce temps, au fief de Lunawël.

« Gyros…as-tu vu Saya ? »

Le géant coupait du bois derrière la maison, jetant une bûchette sur un tas bien amoncelé. L’hiver était très rude et il fallait s’approvisionner seulement de ce que la forêt voulait bien offrir. Hors de question de couper du bois hormis si l’arbre était sec.

« Non… A y réfléchir…je l’ai pas vu depuis hier soir. »

Poussée par une intuition incertaine, le métisse s’engouffra dans la tente dressée au pied de l’arbre centenaire, le tronc faisant officie de pilier central.

Lorsque Phaer y entra, il trouvait les lieux étrangement calmes. Rien n’avait bougé depuis l’aube.

« Saya… ? Saya ? »

En cherchant l’adolescente de quinze ans, il trébucha dans un tabouret sur lequel était empilé quelques feuillets qui s’éparpillèrent sur le sol. Il se pencha pour les ramasser et dans cette action, son attention fut attirée par un livre dont le coin de page supérieur droit était éclairé par la lumière de la fenêtre… dépassant de sous le lit.

En tirant le livre, il découvrit qu’il s’agissait d’un dictionnaire. Il n’était pas surpris de trouver ce genre de livre sous la paillasse de l’adolescente, puisqu’elle devait nourrir son vocabulaire linguistique mais ouvrant le recueil à la page où il était marqué, il reconnut plusieurs notes écrites de la main dysgraphique de la jeune fille. Toutes les observations et annotations relevaient d’une seule espèce animale et la date de l’Épreuve de l’Éveil inscrite en haut à droite, soulignée et entourée plusieurs fois…

Catastrophe ! … il fit tomber le livre sur la paillasse, s’empressa de fouiller dans le casier en bois de Saya en découvrant que ses effets personnels nécessaires à une bonne survie ainsi que les armes qui lui avaient fait faire, avaient disparu. Il sortit en trombe dehors !

 

 

 

« Gyros !! Nous avons un gros problème ! Lâche-tout et prend ton nécessaire de chasse… »

- « Pourquoi ? C’quoi le problème ? »

- « Je crois que Saya… va faire une très grosse connerie ! »

- « Ce serait pas la première fois ! »

- « Non…mais là…c’est pire. »

- « Et Lunawël, on la prévient ? »

- « Non, elle a des responsabilités en tant que Sentinelle. Je ne peux la prévenir que Saya participe à l’Épreuve de l’Éveil, elle serait bien plus obnubilée par notre protégée plutôt que par son travail. Le Conseil est déjà bien assez comme cela sur son dos… On part dans dix minutes. »

 

Et pendant que le géant et l’humain partait…la maison était abandonnée de toute activité, interrompue sur le qui-vive. Même le dictionnaire ne put être reposé convenablement…laissé à l’évidence sur les notes d’observation…de la Grande Panthère Noire des Steppes Navarn.

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Le Courage de la Steppe de Navarn

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Trois journées et nuitées où chaque heure passée dans l’attente est source d’inquiétude pour les parents des candidats de l’Épreuve de l’Éveil. Trois jours et trois nuits où chaque seconde défile vite lorsque les candidats doivent faire face à l’adversité de Dame Nature. L’épreuve était complète, non seulement en terme d’adversaire mais en terme d’environnement où il leurs fallait survivre en subvenant aux besoins nécessaires par des moyens rudimentaires. Pas de contenant pour prendre l’eau…pas de couverture, aucune tente pour s’abriter. Il fallait survivre en respectant l’environnement. Ramasser les branches mortes afin d’allumer un feu, récolter les branchages en guise de chaume pour un abri de fortune si l’on désirait rester plein sol, trouver une grotte inhabitée afin d’être à l’abri du vent et de l’humidité ou bien construire un habitat de fortune dans un arbre bien feuillu et suffisamment accessible pour un être bipède agile.

Le choix des adversaires était hétérogène. Autant l’un pouvait choisir une gazelle des forêts pour son pacifisme mais sa dextérité à fuir toute présence étrangère et détaler rapidement parmi les buissons, autant l’autre pouvait prouver sa bravoure dans la Steppe de Navarn. Seuls les élèves les plus courageux, aguerris et ingénieux choisissaient une épreuve de ce niveau. Toutefois, même si l’Épreuve était un succès pour les deux tiers des participants, le restant avait la chance de réitérer l’Épreuve dans les prochaines années, entier car la majorité des participants revenaient blessés, que ce soit légèrement ou lourdement.

La Steppe de Navarn… un lieu de choix pour l’enfant sauvage qui y rôdait, tapis dans les hautes herbes à l’affut de sa proie. Le grand prédateur devenu proie. Pure folie mais cette épreuve était nécessaire dans l’esprit de cette enfant déboussolée qui cherchait ce qui pouvait être acquis à la plupart des Hommes de la Terre.

 

 

Alors que Phaer et Gyros étaient partis dans la forêt pour ramener l’adolescente,  de son côté, Lunawën occupait son poste de Sentinelle à Lemoria. Hors de question de troubler l’Épreuve de l’Eveil par l’arrivée d’étrangers. Ceux-ci devaient attendre que l’événement échu.

L’idée que Saya puisse participer à l’épreuve ne lui traversa pas même l’esprit. Elle s’attendait à retrouver, en rentrant, Phaer, Gyros et Saya. En toute honnêteté, elle avait hâte de rentrer pour les retrouver.

 

 

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Prix à payer

 

Dans l'obscurité froide d’une nuit sans lune, alors qu’elle devait grelotter de froid dans son abri, Saya avait tous ses sens en éveil. Enduite de terre afin de maquiller son odeur, l’enfant chassait à l’aide d’une lance et d’un pieux, aiguisés et taillés par la pointe d'un silex. Ses griffes de la mort ne seraient qu’équipées en dernier recours, lorsque sa cible et elles s’acharneront dans un combat sans merci.

Alors que la première nuit, elle débusquait LA cible adéquate, elle ne s’attendait pas être traquée à son tour…par la Grande Chasseresse de la Steppe. Elle élue sans le savoir une femelle protectrice et farouche, territoriale, veillant jalousement sur sa progéniture...une Mère. L'être le plus combattif, un adversaire de taille sous-estimée par l'adolescente jusqu'à ce qu'elle découvre la tanière d'une portée de trois bébés panthères. Une Mère était hiérarchiquement plus dangereuse que les autres Panthères Noires...

Son innocence et l'absence de connaissance sur l'instinct maternel pourraient lui coûter cette place obstinément désirée... dans la communauté elfique. Mais sans le savoir, l'adolescente allait perdre quelque chose de bien plus important dont elle n'avait conscience.

 

L'Homme est ainsi fait...il cherche toujours à acquérir ce qu'il n'a pas, sans se préoccuper de ce qu'il a déjà...parce qu'il est cupide ou alors stupide. Dans le cas de Saya...la stupidité prime.

 

Le Cor de Chasse retentit plusieurs fois une fois. Le signe de l’abandon d’un candidat. Les blessés affluaient au Sanctuaire de Vie, soignés par plusieurs bénévoles et les membres de la famille Eleth’Thuïn. Les denrées commencèrent à manquer pour préparer les cataplasmes et les décoctions. Plusieurs chasseurs-cueilleurs durent partir dans la forêt pour rapporter les ingrédients.

Plaie purulente, lacérations, intoxication, empoisonnement, mutilation…, membres osseux cassés, foulures, les cas étaient multiples et différents pour les plus imprudents et téméraires. Certains guérirent…tandis que d’autres survécurent avec plusieurs séquelles qu’ils devraient garder à vie. Voilà…le prix à payer pour défier Mère Nature et ainsi tester sa place dans la société conservatrice elfique.

 

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Le trésor le plus cher de Saya

Partie 1

 

Le temps s'écoula lentement...

 

Lunawël attendait à Grana comme tous les autres, le retour des candidats. Les blessés patientaient, assis ou debout, rassemblés sur la grande place. Les autres, hélas, n'avaient pas la permission de bouger et restaient immobilisés au Sanctuaire de Vie jusqu'à ce qu'ils guérissent complètement. 

Tous étaient réunis, attendant que les candidats rapportent ou bien leur trophée ou bien reviennent vivant de leur épreuve.

L'heure approchait enfin. Le cor de chasse retentit. 

Tous aux aguets, ils regardaient en direction de l'allée centrale nord. Le premier candidat, un demi-elfe aux cheveux blancs effilés et aux yeux verts émeraude, brandit fièrement une grande plume de Griffon. C'était à se demander comment ce jeune garçon aussi fin qu'une aiguille avait réussi à obtenir son tribu. La véritable force ne résidait sans doute pas dans les muscles.

Un à un, ils défilaient. Queue de loup à plumes, gazelle tachetée, poil d'éléphant belladone, écaille de cristal d'alligator, plume de belomimus, corne de taureau Rocheverte, colibri cambré capturé dans une cage, serpent loa captif, tête d'ours brun de Kamasylvia, crabe lapis-lazuli, cristal lapis-lazuli provenant d'un bison, chauve-souris de forêt, plume de belette à plumes, mouflon de Kamasylvia, renard argenté captif, dévoreur à bec rouge, etc.

La plus grosse difficulté de l'épreuve, autre que la survie, était d'infliger des pertes moindres au règne animal. Les trophées qui défilèrent, n'étaient que de menus butins. Les animaux les plus agressifs pouvaient être tués si et seulement si le candidat n'avait plus d'autre choix. Souvent les Sages du Conseil traditionalistes estimaient que le candidat était fautif lorsqu'il brandissait une tête d'ours brun car seul lui décide de sa proie et de son type d'épreuve. Il n'était pas rare de voir quelques candidats recalés par ce choix, malgré la foudre des elfes progressistes. Or ces derniers ne possédaient qu'un nombre de siège inférieur aux autres au conseil.

Pendant que chacun et chacune paradait, Gyros et Phaer avaient rejoint la ville, tracassés. Ils n'avaient pas réussis à trouver la petite. Ils rejoignirent Lunawën qui fut on ne peut plus surprise de les voir ici.

"Que faites-vous là ? Et Saya ? Elle est seule à la maison ??"

- "... Lunawël, nous avons un petit problème."

- "Qu'y a t'il ? Parlez donc."

En lisant l'inquiétude dans le visage de ses amis, la peur s'empara de son âme. "PARLEZ !"

- "Saya....n'est plus à la maison depuis trois nuits...."

- "Que dites-vous... ?!"

- "Nous craignons qu'elle soit.... Elle est partie dans la forêt tenter l'épreuve..."

- "Noooooon !"

Un hurlement déchirant stupéfia tout le monde. L'elfe se rua vers la queue de la parade, bousculant tous les passants, les candidats... ses compagnons sur ses talons. Ils descendirent l'allée sous les plaintes du peuple, déconcerté par une telle attitude. Mais la parade était finie. Plus personne... Lunawël regarda partout autour d'elle.... comprenant que sa protégée n'était pas là.

Était-il arrivé malheur ?

Ses yeux émeraudes se fichèrent dans ceux de Phaer, les larmes perlèrent aux coins de ses prunelles. Non... Si elle n'était rentrée...cela ne pouvait dire qu'une chose. Phaer la retenait par la main mais l'elfe se débattit. Il prit le visage de sa bien-aimée contre lui, enfouissant son visage larmoyant dans ses bras.

"Nous l'avons cherché...pendant trois jours...Gyros a trouvé une piste mais ...elle ne menait nulle part... Nous sommes désolés...Lunawël...."

Les sanglots s'étouffèrent dans le torse du métis. Tous deux étaient agenouillés sur le sol pavé du pont. Gyros regardait le sol, les yeux embués de larmes. Il était...si désolé.

 

 

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Partie 2

Sssssscccccchhhhkrrrrrr....

Un faible bruit reteint l'attention de Gyros, relevant la tête vers la route qui menait vers eux. Un frottement sur le sol parsemé de terre et de cailloux. Gyros laissa le couple et avança de quelques pas, penchant la tête sur le côté lorsqu'il vit une silhouette à une dizaine de mètres devant lui. Il pensait tout d'abord qu'il pourrait s'agir d'un mendiant. Il boitait et se traînait lourdement, revêtu de noir. La silhouette chancela avant de s'étaler sur le sol, face contre terre. Les elfes spectateurs sur le pont restèrent immobiles pour ceux et celles qui avaient repéré cette âme perdue. Les plus condescendants lui tournèrent le dos. Seule Solwena l'Anatt Bleu qui se tenait plus en amont s'était approchée suffisamment pour se tenir à hauteur de Lunawël et Phaer.

L'être allongé tentait de se lever. Il semblait épuisé. Par la force de ses bras, il prit appuie. Lorsqu'il se releva l'habit noir qui couvrait son dos chuta d'une extrême lourdeur sur le sol, révélant son identification originelle. C'était un corps. La stature qui leurs fit face était une adolescente blonde, couverte de terre, de boue, de lésions cutanées sanguinolentes béantes. Un filet de sang lézardait au coin de ses lèvres.

Solwena mit immédiatement ses mains sur ses lèvres en reconnaissant l'enfant. A ses pieds...chancelait le corps de la Reine des Ombres...une panthère noire.

"Phaer.... Lunawël !" appelait donc Gyros. "C'est Saya !"

L'enfant offrit un sourire lorsqu'elle entendit son prénom. Lunawël s'était relevée, elle regardait sa protégée hébétée, sous le choc. L'enfant qui se dressait devant elle à quelques mètres lui offrait le plus grand des sourires, heureux, épanouie, des larmes dans les yeux, non pas de tristesse mais d'une plénitude intarissable.

Elle quitta le sentier pour se ruer malgré les douleurs foudroyantes de ses blessures, vers l'elfe qui depuis des années, reflétait une présence maternelle.

"MAMAN ! MAMAAAAN !!"

Lunawël quittait Phaer pour venir à la rencontre de sa fille, les bras tendus vers cette dernière. Les deux femmes s'étreignirent à mi-chemin. L'étreinte semblait une éternité pour Saya mais elle fut immédiatement et brutalement interrompue par l'elfe qui la dévisageait totalement comme une étrangère. Sa tristesse s'était envolée. La rage et la colère prirent place. Lunawël ne retenait plus la survie de sa protégée mais son erreur. Elle venait de se mettre en danger pour être simplement acceptée par la société sylvestre. Saya ne comprit pas. Elle tentait de se parer d'excuses lorsque la main droite de Lunawël venait de s'abattre sur son visage. La gifle fut magistrale. L'enfant regardait de côté, les cheveux blonds tombaient de part et d'autres de son visage. Elle retenait ses larmes. C'était la première fois que Lunawël levait sa main sur elle...

La douleur dans son coeur était plus grande encore que de savoir qu'elle aurait pu perdre l'épreuve. Mais à peine Lunawël avait giflé sa protégée qu'elle regrettait son geste. Elle voulu la prendre dans ses bras mais le mal était déjà fait...se répendant dans le coeur fragile de l'adolescente... leur amère et salvatrice retrouvaille fut interrompue par l'arrivée par le Sage le plus acariatre et conformiste. Il attrapa l'enfant par le bras et la traîna sur le sol comme un être abject que la nature aurait pu concevoir.

"Voyez mes frères et mes sœurs ! Voyez comme l'Homme est dangereux ! Il défie nos lois et nos traditions !"

Les tributs des candidats n'étaient désormais plus le centre de leur attention, ni les éphémères retrouvailles entre membres d'une famille. Saya fut jetée sur le sol devant les Conseillers. Lunawël sur les talons du Conseiller, tentait par tous les moyens de le ralentir, aidée de ses comparses. Gyros était furieux. On ne traitait pas une enfant de la sorte, fautive ou non ! Il bondit devant le Conseil tel un butor enragé, protégeant l'enfant meurtrie sur le sol.

"SI VOUS LA TOUCHEZ, JE VOUS JURE QUE VOS TÊTES ORNERONT MON MUR !!"

Les gardes dégénèrent immédiatement, bandant leur arc, les flèches toutes sur Gyros.

"NON PITIÉ !!! BAISSEZ VOS ARMES !!" implorait Lunawël. "POUR L'AMOUR DE SYLVIA, JE VOUS EN PRIE ! CE N'EST QU'UNE ENFANT !"

Phaer bouscula quelques elfes pour rejoindre ses compagnons d'arme, protégeant Lunawël et l'enfant si une flèche venait à se perdre.

"CET ENFANT A ATTISE LA HAINE ! ELLE NOUS DIVISE ! SON ENTÊTEMENT, SA DÉSOBÉISSANCE L' ÉCARTENT DU CHEMIN !"

- "Mais quel chemin ! Quoi que vous dites, elle est toujours fautive dans votre bouche !"

Saya sanglotait sur le sol et c'est avec la rage au ventre elle hurla de toutes ses forces : "JE VOULAIS TANT FAIRE PARTIE DES VÔTRES !! J'ai pensé... que si je participais à l'épreuve de l'éveil.... vous m'accepterez...comme quand vous acceptez les jeunes elfes. Je voulais....être acceptée....je voulais...."

Ses paroles moururent étouffées par les larmes qui noyaient sa bouche, prenant sa gorge. Elle toussa.

"Faire partie des nôtres ? Kof.... Pour cela, il faudrait déjà que la déesse Sylvia t'es gâtée des mêmes attributs que les nôtres. Or, tu ne seras jamais des nôtres même si tu as...tué une panthère noire. D'ailleurs, cet animal devait être bien malade pour qu'un rebut tel que toi ait pu la tuer."

Tous regardèrent l'échange entre Saya et le Conseiller. Même si tous se turent, certains étaient départagés. L'enfant avait prouvé sa valeur. Elle était forte et courageuse. Mais encore une fois...qui ne dit mot...consent à la voix majoritaire.

Solwena intervint parmi l'assemblée.

"Malheureusement cher conseillé, vous ne pouvez utiliser vos arguments personnels et influencés la loi. Cette enfant n'a pas mis en danger le peuple. Cela n'est là que votre propre interprétation."

- "Oui mais la loi est formelle ! L'épreuve de l'éveil est interdite aux étrangers."

- "Cette formulation est relative. Saya vit parmi le peuple elfique depuis plus de cinq ans."

- "Mais ce n'est ni une elfe ni une Granassienne ! Et pardonnez-moi et malgré tout le respect que je vous dois Solwena, vous n'êtes pas membre du Conseil."

- "Certes. Mais je puis au moins la partager publiquement afin que vous n'assombrissiez trop le coeur de nos frères et soeurs."

- "Pour l'heure.... emparez-vous de l'enfant !"

- "Non pitié ! Membres du Conseil ! Je vous implore ! Ne la jetez pas en prison ! Qui plus est, elle a besoin de soins...."

Lorsque Lunawël s'approcha de Saya pour la prendre dans ses bras, cette dernière la repoussa, sous l'effarement de l'elfe. Non...

"Je pense que nous pouvons au moins envoyer l'enfant au Sanctuaire de Vie...sous bonne garde si vous jugez cela nécessaire. Après tout, elle a tout de même tué une panthère noire. Cela n'était pas arrivé depuis très longtemps. Enfin, seul le médecin pourra également jugé si la bête était vraiment malade. Nous verrons si notre brave protégée est digne d'être une Eveillée ?"

Les Conseillers regardaient Solwena. Malgré l'impudence dont elle faisait preuve, elle avait raison. Rycarus s'était emporté et ne laissait aucune échappatoire à l'enfant, comme si son plus grand désir était qu'elle disparaisse. Mais malgré sa mauvaise foi, il avait également raison sur d'autres points. Cependant, c'était une enfant. Une enfant brave.

"Nous décidons que l'enfant soit soignée et qu'elle retourne dans sa famille d'accueil. Son procès aura lieu demain matin à 9h00."

 

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Flétrissure d'un cœur

Le lendemain...aux aurores.

"Saya, il est temps de sortir."

Lunawël écartait les pans de tissus de la tente pour rejoindre l'adolescente qui devait, en cette heure être endormie. Toutefois lorsqu'elle pénétra la pièce, elle constate avec stupeur que Saya ne gisait pas sur son lit et que celui-ci était en l’occurrence inoccupé depuis plusieurs heures. Les draps n'ont jamais été défait depuis que Saya s'était mise en tête de participer à l'épreuve.

"Saya ! Saya !"

L'elfe sortit en trombe de la masure pour gagner les différentes hauteurs de l'arbre, cherchant après l'enfant, réveillant en passant ses compères.

"Lunawël....qu'est-ce...que tu fous comme bordel..." geignait le géant, assis sur sa paillasse.

- "Saya a disparu... !!"

- "Quoi ??? Encore ??!!"

Phaer en contre bas avait bondit de son lit et cherchait après son équipement. "As-tu regardé ses effets personnels ?"

-"Non... j'ai d'abord cherché.... NON ! La dépouille a disparu ! Regardez !"

Elle pointait du doigt un arbre plus bas dont les premières branches étaient tâchées d'un liquide marron et sec. La dépouille de son trophée - la panthère noire - y était suspendue quelques heures plus tôt par Gyros, la préservant ainsi de tout charognard.

Phaer se précipita dans la hutte pour fouiller les affaires de la blondinette, ne revenant qu'avec une caisse ouverte et vide. "Elle a TOUT pris. Les griffes de la Mort que je lui avais offert...les pièges de chasse. Il ne reste absolument rien d'elle."

Gyros se laissa tomber au sol dans un bruit du tonnerre depuis le premier étage de l'arbre, il venait d'écourter une descente de trois mètre à vue de nez. "Pareillement, les vivres ont diminué...."

"Elle prévoie un long voyage."

"Phaer... Gyros, je vous en prie... cherchez-la. Je m'en vais en ville pour calmer la houle... Jamais le Conseil n'acceptera d'apprendre que la jeune fille est partie."

Lunawël quitta leur petit fief pour se diriger vers Grana... Chaque foulée était une peine lui rappelant l'inévitable annonce auprès des siens que la jeune fille n'était plus là... Non pas qu'elle redoutait le courroux des vieux Sages mais désormais la meurtrissure qui s'était insinuée dans la chair depuis la veille n'avait cessée de grandir pour ne devenir qu'une plaie béante qui jamais ne se refermerait...  Au fond d'elle, elle espérait que ses amis la retrouvent...pour qu'elle revienne au foyer. Mais s'ils la retrouvent, elle n'échapperait à la sentence du procès. Voilà...un dilemme bien douloureux.

Ravalant sa tristesse à ses initiales enjambées pour galvaniser son courage et faire front...elle réussit jusqu'à ce que le souvenir de l'enfant qui était entré dans sa vie lui fasse regretter ses premières motivations, submergeant ses émotions. Elle n'y arrivait pas... Chancelante, elle s'assit sur une pierre dans le fossé de la route pour reprendre ses esprits. Mais plus, elle pensait, plus ses souvenirs s'embuaient de larmes intarissables. Saya était partie....

 

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Née Paria, tu resteras Paria.

 

Les rayons du soleil réverbéraient leur irisation sur les gouttelettes de la rosée matinale sur les larges feuilles de fougère. Le soleil s'était déjà levé depuis plusieurs heures sur la forêt encore endormie. Au loin, on entendait un coucou chanter son cri matinal. 

La faune diurne s'éveillait.

Quelques bruits de pas feutrés.... un bruissement de feuilles... les clapotis dans une eau vive peu profonde...

La silhouette d'une adolescente blonde s'évanouit dans la frondaison.

Elle courait vite. Chaque pas était animé par une rage intérieure. Le cœur serré, elle s'en allait vers des contrées sauvages inexplorées. Le souvenir de l'elfe surgit entre d'autres. Elle s'arrêta subitement. Le doute s'installait comme une lame froide dans ses côtes. Tournant la tête vers l'arrière, elle vit au loin, parmi les cimes feuillues les passerelles d'un arbre qui l'avait recueilli pendant de longues années. Son cocon...son gîte. Son foyer. Sa famille.

D'un mouvement d'épaule, elle ajusta le corps lourd de la panthère qui ralentissait sa course. Il fallait s'en débarrasser mais c'était la seule chose qui la rattachait à Kamasylvia... aux elfes, à cette patrie arrogante et fière qui ne l'avait jamais accueillie telle qu'elle fut. Même la personne en qui elle avait décidé d'accorder sa confiance...avec tant d'hésitation et de peur, l'a repoussé avec violence. Elle ne saisissait pas.

Cherchant autour d'elle un abri sûr, elle poursuivit sa fuite jusqu'au lac Atanis, camouflant son odeur et celle du sang avec l'eau. L'eau était le parfait des alliés pour tromper l'ennemi. Elle marchait là où elle avait pied, jusqu'à trouver un arbre suffisamment accessible et s'y hisser. Elle était agile et très bonne grimpeuse, aussi adroite qu'un singe. Le plus dur fut de soulever la dépouille de la panthère dans les hauteurs... qui malgré l'eau commençait à dégager une odeur nauséabonde.

Peut-être la cherchait-on. Elle s'en doutait un peu. Du moins, peut-être ceux de Grana qui souhaiteraient immédiatement la condamner. Paria, un jour, paria, toujours.

Confortablement installée sur une épaisse branche, elle commençait son long travail....comme le lui avait appris Gyros à dépecer une bête pour séparer proprement la peau de l'animal en conservant son épaisse et soyeuse robe noire. Cela empestait... et sans conteste que les volatiles vautours étaient avidement intéressés par les restes de cette chair entrant progressivement en putréfaction. Plusieurs éléments comme les intestins ou le foie étaient jetés très loin pour qu'elle puisse achever son travail en toute quiétude. Il restait cependant inachevé car il lui fallut traiter la peau pour qu'elle reste propre, lavée à l'eau et à une solution naturelle afin d'éliminer le sang, la saleté et les autres impuretés avant de commencer à ramollir la peau. Mais pour terminer sa besogne, elle avait besoin de temps.

Elle descendit de l'arbre, lavant ses ustensiles, couteaux et autres outils, enterra les parties non comestibles et gênantes, ne gardant que la tête de l'animal dont elle extra le cerveau. A l'aide d'un feu, elle le fit cuir, non pas pour le manger mais car une substance du cerveau mélanger à une solution naturelle permettait de traiter la peau de façon permanente. Ce travail était ingrat...mais pour le résultat final, il en valait la peine.

Au fur et à mesure que l'adolescente poursuivait sa fuite, elle continuait à traiter la fourrure, se nourrissant des vivres qu'elle avait emporté, diminuant grandement malgré qu'elle dut réduire ses consommations. Lorsqu'elle atteint le poste de garde Lemoria...les rumeurs retentirent qu'une panthère noire marchaient sur ses deux pattes arrières, terrifiant les voyageurs en chemin.

Les aventuriers virent en cette rumeur...une nouvelle proie à chasser. 

La petite enfant blonde qui était entrée sur les terres elfiques avait disparu au profit d'une Bête monstrueuse, terrifiante, dont les adultes peu crédules se servaient de cette effigie pour terroriser leurs enfants dans leurs lits.

Prenez garde voyageur... la Bête rôde.

Modifié par Ceresayaria

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