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On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète

Nôd

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« Je me noie dans mon miroir car ce sont des eaux troubles et dangereuses ; des sables mouvants.
Pour certains ce sont les reflets du Ciel mais pour moi ce sont les Abysses. 
»

 

Elle avait laissé Gabrielle sur sa montagne et récupéré Baltaro un peu plus bas. La monture s’était machinalement mise au pas, redescendant le massif escarpé en direction de Tarif sans que sa cavalière ne la dirige vraiment. Les rênes étaient comme des couteaux entre ses mains tant la brûlure de la magie était encore vive. Ahon avait raison, elle n’était pas prête, quand bien même elle maintenait l’invocation de la faux de plus en plus longtemps cela lui coûtait toujours autant et cette douleur languissante qui s’étendait de plus en plus n’arrangeait rien.

Elle s’était habituée au brûlement permanent de sa chair, lorsqu’elle se concentrait dessus elle parvenait même maintenant à la visualiser alors que jusque là toute cette énergie lui était restée totalement invisible. Sa nature lui rappelait celle d’Ikhlas, l’énergie du monde, mais elle était encore plus primitive, presque pure… Non. Totalement pure. Sadie ne savait pas quoi en faire mais ne savait pas quoi faire non plus, cela lui demandait une énergie toujours plus importante de canaliser sa douleur et il y avait longtemps que les effets des baumes étaient devenus inefficaces. Ses remèdes étaient maintenant bien plus durs. Une situation qui ne pourrait sans doute plus durer longtemps.

Le traitement du Valencien lui avait fait du bien mais il était toujours absent, perdu quelque part à régler ses propres affres. Un pincement au coeur la prit et un long soupir fit se gonfler puis s’affaisser son torse. Ses yeux se levèrent et embrassèrent, sans vraiment les voir d’abord, les contours du petit village des sorcières. Sadie ne s’était même pas rendue compte d’avoir été trimballée doucement sur le chemin du retour, toute sa concentration était ailleurs. Elle ne se souvenait pas vraiment non plus d’avoir mis pied à terre, descendu la voie principale et être rentrée chez elle.

Et elle était plantée là. Depuis combien de temps ? Le reflet que lui renvoyait le miroir était étrange, un mélange d’elle, de Siari, de Naïs, de Naïra même… Et d’une autre sorcière aux traits similaires à ceux de Cleliope tout en n’étant pas elle. Une inspiration chargée d’un malaise lourd lui traversa la gorge comme une bille de plomb et vint se ficher jusque dans les chairs de son estomac, la clouant sur place. La sorcière ne pouvait plus que frémir. Et cette brûlure lancinante qui lui mangeait le bras et s’élançait maintenant sur toute la longueur de sa colonne ne faisait qu’appuyer encore cet effroi… Ses nuits se résumaient à des transes profondes, si profondes que cette vieille peur de ne jamais se réveiller était revenue. Sadie pensait qu’elle avait réussi à la laisser derrière elle, quelque part dans cette vieille maison humide de Calpheon, mais non. Ici aussi c’était donc possible. Un goût âpre la fit déglutir et sa peau se hérissa sous un courant d’air glacé qui ne devait probablement même pas exister.

Elle était terrifiée par tout ce qui prenait forme dans sa tête. Une terreur telle qu’elle se demandait si, le moment venu, elle allait pouvoir agir, ne serait-ce que bouger, ou même respirer. La sorcière avait, coincé dans la gorge, ce sentiment ineffable que quelque chose arrivait pour s’abattre avec la violence d’un orage d’été. Elle portait encore des traces des coups portés par Cleliope et ne comprenait toujours pas comment un monstre pareil pouvait exister… La brune savait qu’elle était vivante simplement parce que la maléficienne l’avait bien voulu. Le piège qu’ils avaient crû lui tendre n’avait été qu’une toile dans laquelle elle avait bien voulu s’enrouler.

La surface du miroir se brouilla devant ses yeux et elle mit un long moment à comprendre. C’est en levant sa main à ses joues qu’elle perçut la moiteur de sa peau, les sillons humides tracés par des larmes qui coulaient de façon totalement libre.

Elle avait mal partout.

Et le reflet devant elle, déformé, était l’image la plus effroyable qui lui ait été donné de voir.

 

Fin de l'Arc III

 

Merci à ceux qui sont allés jusqu'au bout ;) 




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