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Je m'étais prise pour une étoile, et je n'avais été qu'un accessoire.

Nôd

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« Je n'aurais pas duré plus que l'écume
Aux lèvres de la vague sur le sable
Née sous aucune étoile un soir sans lune
Mon nom ne fut qu'un sanglot périssable.
»

Mon corps rencontre la pierre avec la violence de l’orage, ça me déchire le corps, la peau, comme la tourmente déchire le ciel. Le craquement de mes os fait écho à certains de mes actes et c’est sans plus de larmes ni de cris que je prends conscience de l’horrible spectacle. La pierre humide et froide termine de me glacer le corps, s’il en était besoin, je n’arrive plus à bouger. Je sens plus que je ne vois mes membres désarticulés. Poupée grotesque étendue sur le dos. Elle peut venir, elle vient, je sens son pas glisser jusqu’à moi, je ne peux plus fuir.

Une glaire de sang et de chair m’obstrue la gorge et, tandis qu’elle se penche sur moi, je reste incapable du moindre mot, de la moindre supplique, de la moindre prière. Mes yeux se plissent et malgré toute la volonté que j’y mets, mon visage se tord en une grimace difficile, éplorée. Je sens ces larmes chaudes qui dévalent le côté de ma face, courent dans mes cheveux et glissent jusqu’à ma nuque. Abondantes. Une source insoupçonnée de terreur et de regrets.

Sa main se referme autour de mon cou, je sens la pulsation de ma carotide contre sa paume et ses ongles s’enfoncer profondément. Elle me soulève vers elle. Pantin désossé. Une partie de son visage est mangée de tâches noires qui filent jusque sous ses vêtements. Un de ses yeux n’est pas encore touché mais même elle n’aura jamais assez de volonté. Quelques semaines. Quelques mois. Trop puissante, la Corruption ne la dévorera qu’avec plus de violence.

Je souris. Pourquoi ? Vague remontée d’orgueil au milieu de toute cette souffrance qu’elle m’inflige. Elle y passera aussi. Elle aussi. J’ai cru que j’étais l’Enfant du Sang, dernière Héritière du Dragon. Je n’étais que la Fille du Vide, celle qui devait combler l’erreur… Actionner le rouage sans l’être moi-même. Un rire piteux m’échappe et je vois qu’elle m’observe sans comprendre. Elle croit mener la danse. Sait-elle qui je suis ?

Impossible. Je l’ignorais moi-même. Qui le savait ? Qui…

Sa main me ceint encore plus la gorge, sa peau rencontrant la mienne dans un étouffement intime tandis que son visage reste proche, très, trop… Son regard rivé au mien. Je meurs. Et je sens qu’il s’agite à l’intérieur, affolé d’y passer également. Mais non. Sans même s’attarder sur la forme, sans même se poser de question, sans la moindre précaution. Est-elle sans une once de raison ? Elle l’aspire directement, le siphonne comme elle drainerait une quelconque vie.

Je suffoque. Je suffoque. Et mes mains, fracassées, cherchent aveuglément celle qui me tue. Marionnette sans plus d’attaches. Mes efforts sont vains et tandis qu’il me quitte, emportant avec lui sa fureur et son énergie, elle m’arrache mon dernier souffle. Rauque et inhumain.

Mes mains retombent.
Mon corps s’affale.
La brûlure inextinguible dans mes mains s’arrête.
Et je sens ma vie qui s’échappe.

Enfin.

 




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