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A l'aube de la confrontation

Ikhlas

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L'arrivée de la nuit, accompagnée d'un léger souffle d'air, avait quelque peu fait chuter les températures caniculaires de la journée. De sa position sous les solives, le valencien pouvait entrevoir entre chaque frissons des rideaux à ses fenêtres ouvertes, ce ciel estival à la clarté sans nuages. Les silhouettes aiguisées des toitures heideloises, avec leurs tuiles sombres et leurs pignons comme des dards, se découpaient dans la nuit légère, épines dorsales de quelque dragon endormi.La cité silencieuse sommeillait, inconsciente et tranquille, écrasée par la chaleur du jour et goûtant sans doute la bénédiction de l'agréable brise nocturne.

Il avait rapidement compris que la pulsation sourde qui tapait douloureusement contre sa tempe, et l'empêchait de dormir, n'était rien d'autre que le jappement du tambour de son cœur. Les migraines étaient devenues plus régulières depuis quelque temps, sinistres compagnes de sa nervosité. Dans le silence de sa chambrée, le valencien fixait par delà la fenêtre un ciel que ses yeux d'acier semblaient vouloir déchirer. L'insomnie précédait toujours le moment de la confrontation. Une poignée d'heures troubles pendant lesquelles la chaleur rassurante de l'adrénaline envahissait peu à peu son organisme et huilait sa mécanique, fluide vitale. Ineffable.

La flamme d'une unique bougie mourante dansa dans un souffle de vent plus franc, attirant son œil sur une brève luisance métallique.

Elle était là. Ancienne et oubliée avec sa crosse recouverte d'un plaquage en argent, elle trônait sur le bureau comme une vieille bête à l'affût attendant de pouvoir mordre. Le temps avait depuis longtemps déjà fait tomber en poussière les ornements de bois de sa jeunesse. Et si lentement et sûrement, l'âge avait dispersé en quelques endroits de sa surface de petites fleurs d'oxydation, cette vieille carne solide et persévérante conservait encore son appétit de sang.

“Ne laisses pas les munitions se perdre inutilement. Trop précieuses, trop rares, trop couteuses. Utilisations. Récupération.” Scandait durement la voix du vieux maître.

Du bout des doigts, il caressa la ligne luisante d'un carreaux crevassé de runes antiques. Il n'aurait que trois essais si le piège ne devait pas fonctionner. C'était aussi peu que beaucoup et le valencien n'était certainement pas assez sot pour mésestimer la puissance de celle qui leur ferait face.

Il se tourna légèrement quand, dans son dos, frémit le son d'un soupir d'inconfort. Il contempla un instant Sadie lutter bravement dans les ombres de son sommeil, ses sourcils bruns froncés au dessus de ses paupières closes. Toute épuisée qu'elle était, sa fièvre ne lui permettait qu'un sommeil léger et instable. Ikhlas se redressa et, d'un mouvement lent, s'assit au bord du lit pour poser sa main brûlante sur un front pâle où s'accrochait quelques gouttes d'une sueur glacée. Sous ses doigts il sentit, vibrante et impatiente, la force de son énergie, vaste réservoir de puissance accumulée.

Et tandis qu'il se mettait au travail, dans le désir de tenir sa promesse auprès d'elle, une bulle vivace d'âpre fureur éclata quelque part dans son cœur. Il y avait trop longtemps qu'il mâchait l'envie vorace de trouver un responsable vers qui diriger son ardente colère.




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