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C’est la lutte contre la mort, la volonté d'exister irraisonnée et tenace qui est l'impulsion qui fait vivre et agir tous les êtres remarquables.

Nôd

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« Aucun prince, aucune richesse ne peuplaient ses rêves, simplement le temps étalé devant elle dont elle voulait disposer selon sa volonté propre, un temps contemplatif qui la tiendrait à l'abri de la mort. »

La marque de la bête se dessine sur ma peau comme autant de serpents de feu, marquant ma chair d’empreintes noires comme les abîmes et vibrantes comme un essaim d’abeilles. Je sens la puissance accumulée, empruntée sans aucun espoir de pouvoir jamais payer ma dette durant cette vie.

Le pouvoir vrombit autour de moi, au sein de ces êtres sans volonté qui en sont devenus captifs, il s’enchevêtre, invisible à l’oeil et nocif à l’âme, tel un écheveau fait de muscles, de peau et de viscères. Je sens la faim qui rampe de mon estomac jusqu’à ma langue, inextinguible : plus la puissance grandit, plus l’appétit augmente.

Aucun achèvement n’est possible, pour grandir la puissance se nourrit de chaque réussite, chaque fois plus grande, chaque fois plus vorace. Cercle sans fin qui ne peut mener qu’à la chute de l’être et à la victoire de la bête.

Dans les méandres des grondements bestiaux, issus du coeur de la terre, j’entends une fausse note, elle est unique et pourtant partout et m’accompagne telle une fragrance dans l’air. Elle me suit depuis toujours et le monde entier passe à côté sans la percevoir. Un mur bâti sur un livre. Un nœud dans une charpente. Un grain dans un rouage. L’erreur minuscule et impossible à corriger sans tout déconstruire, brique après brique, clou après clou, soudure après soudure.

Je ne sais pas ce que je dis, ce que je pense, la corruption grimpe le long de mes bras comme du lierre sur un tronc, s’insinue à coup de minuscules appendices et s’infiltre pour se faire gangue. Je le sens quand je respire, odeur âpre dans l’air. Je la sens quand je mange, elle donne un goût de cendre. Je la sens quand je vois, tout se pare d’un voile d’ennui.

Bientôt les abîmes seront ma carapace et de mon être exultera cette puissance sans âge et pourtant éphémère, soumise à la vie de ses soldats de chair, rien ne dure dans cette vie sauf l’idée, sauf l’esprit. Il s’agite tel le grain malmené par les rouages, pris dans un engrenage duquel il s’est résigné à ne jamais sortir. Démantelé et brisé, sa détresse bien acquise, il semble patienter jusqu’à ce que mort s’en suive.

Mais tout est affaire de décor, changer de vie, changer de corps : telle est la vie de l’esprit. Mais à quoi bon ? Puisque c’est moi qui me trahit, mon corps est devenue broquille, coquille trop pleine qui craquelle.

La nuit dernière j’ai rêvé d’éternité et d’hérédité, des idées familières, douces comme des souvenirs d’enfance. Tic-tac faisait la pendule de mes songes, le temps se rétrécit et s’effiloche, certains de ses fils devenant des ramures mortes. Je n’ai plus le temps de rêver, car l’univers se referme, sa fille déjà trépassée. J’ai tué le grain, celle dont la peau se parait d’étoiles et qui n’avait rien à faire là.

Suis-je devenue le rouage ? Non. Je l’entends venir jusqu’à moi, sa volonté portée par l’énergie du monde. Vite. Ma coquille se cuirasse et la bête, pour me faire taire, va suturer jusqu’à mon âme et ces prunelles ardentes dont j'ai fait le rêve.




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