Campagnes & Trames

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Le Coq, l'Hirondelle, la Panthère et le Chacal.

Ceresayaria

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SOMMAIRE :

Prologue : Le Tournoi du Gantelet

Chapitre I : Le Bellâtre et la Bête

Chapitre II :  Le "Champion"

Chapitre III : Vieilles rancunes

Chapitre IV : Fierté vs. honneur

Chapitre V : Le mousquet de Delphe

Chapitre VI : Le Duel

Chapitre VII : Les Lois Sérendiennes

Chapitre VIII : Ahmed Li Ad-Mahran

Chapitre IX : Les Trois Compagnons.




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Prologue : Le Tournoi du Gantelet

 

Un jour…parmi les autres

 

Une étrange silhouette marchait sur la route de l’Est menant vers Heidel. Une affiche arrachée par le vent prenait son bain dans une flaque d’eau boueuse. Deux bottes de cuir sommairement cousues et d’une piètre qualité s’arrêtèrent devant l’eau stagnante, dont la surface par moment était gênée par de grosses gouttelettes d’eau tombant du ciel.

Une main tendue vers le bas et voilà qu’elle est délogée de son cocon de boue. On préparait une foire à Heidel. Cette festivité n’aurait très certainement pas attiré la Sauvage des Steppes si elle n’avait lu qu’un tournoi s’y organisait. Au moins…si elle est y participait, elle aurait toutes les raisons de se servir sur les étals de produits frais. Salivant d’avance des mets fumés d’un boucher local, le tournoi était une raison également de gagner quelques pièces. Ses maigres trophées ne suffisaient pas à la vente, ni même au troc.

C’est ainsi qu’elle prit la route vers Heidel, cherchant vers qui s’orienter. L’eau avait abîmé le parchemin publicitaire, délavant l’inscription de l’organisateur. Les quelques passants qu’elle héla ne coopèrent pas. beautiful-black-draw-drawing-Favim.com-2549332.jpg.3992c6b5aa97d9f76eb6552e2c279b13.jpgOn ne pourrait leur en vouloir. L’étrangère qui se dressait devant eux ne ressemblait à rien d’humain sous cette allure de pièces de fourrures et de peaux amoncelées sur ses épaules et le reste du corps. Elle ressemblait à une adolescente abandonnée, élevée par des loups. Les quelques parcelles de peau visible sur son visage laissèrent apparaître des marques, non pas un tatouage à l’encre indélébile mais des dessins tribaux créés à l’aide de divers pigments provenant des minéraux ou de fibres animales ou végétales. Sa tête et ses épaules, étaient recouvertes d’une toque faite dans le corps d’une panthère dont la gueule conservée trônait sur son front. Elle portait une besace par-dessus l’épaule gauche, faite entièrement de pièces de cuirs cousues entre elles et à sa taille, ballottées au grès des mouvements balanciers de sa démarche, pendaient plusieurs de ses prises du matin : un coq de bruyère, un lapin brun des montagnes et une grive.

Cherchant pendant plusieurs longues minutes qui lui furent très pénibles, elle entendit un groupe de personnes devant elle parler de la foire et d’une ferme en face de la rivière où il fallait s’y présenter pour son ouverture. Ne préférant plus cette fois-ci aborder des gens qui pourraient passer plus de temps à la dévisager qu’à répondre à ses questions, la Sauvage se mit à les suivre à une distance raisonnable, n’éveillant aucun soupçon.

Une fois à la ferme, elle put apercevoir bon nombre de canassons paissant inconsciemment dans une prairie clôturée. De la nourriture en cage. Restant un instant, figée, elle fixait intensément l’un des quadrupèdes, rêvant certainement d’un bon rôti. Mais ceux-ci appartenaient vraisemblablement à quelqu’un, dommage… Lorsqu’elle finit par gravir le sentier, l’un des équidés les plus proches de sa position s’affola, hennissant tout en martelant nerveusement la terre de son sabot droit. La Peur était lisible dans les deux orbes oculaires noires.

La petite cour du ranch était sans nulle doute préparée à recevoir des visiteurs car elle ne ressemblait en rien à ces fermes que la Sauvage avait couramment visité la nuit pour dérober quelques denrées subsistantes après une dure journée de labeurs. Plusieurs tables occupaient la petite cour, proposant quelques rafraîchissements. Le plus intéressant du gratin se trouvait à l’arrière, vers le moulin où moult stands locaux s’étaient établis afin de vendre leurs spécialités régionales. Vendre…et non pas donner. Que de radins pour cette Sauvage. Elle qui espérait manger à l’œil. N'était-ce pas là, la première des raisons de sa présence ? Mais peut-être que le tournoi lui permettrait de rafler quelques mises intéressantes. Elle dut attendre la fin de l’ouverture pour espérer connaître le nom de celui ou celle qu’elle devait retrouver. Un grand gaillard plutôt bien bâtit, bien que son hygiène était irréprochable, une vague odeur de métal n'échappa pas au sens olfactif très développé de l'intéressée. A voir ses grosses paluches qui lui servaient de mains, abîmées par le travail quotidien, c’était un homme qui devait travailler le minerai pour lui donner des formes utiles pour les gens de la ville et des campagnes. Ce qu'on appelle un forgeron.

C’est en l’accostant qu’il lui demanda quelque chose d’étrange. Nom, prénom et surnom. Un nom…elle n’en avait pas. Cela simplifiait son entretien. Mais un surnom ? Qu’est-ce que c’est ? Et pour quoi faire ? Jugeant les gens de la ville d’étranges, elle finit par lui dire qu’elle n’en avait pas et qu’il n’avait qu'à faire comme il voulait. Mais pourquoi un surnom ? Une sorte de titre ? Les mères avaient déjà des difficultés à donner des prénoms à leurs enfants…alors pourquoi s’embêter à trouver un surnom ? Les gens n’aimaient-ils pas leur prénom ? Et de sa mère… à la Sauvage, il n’en restait rien. Juste son prénom, seul héritage, seul patrimoine, le seul bien qu’elle lui avait légué avant de s’en aller…

Ses pensées furent interrompues par un homme d’une stature plus haute qu’elle, les épaules plutôt larges et le buste bien bâtit, le teint halé, une large marque oblique entaillait son visage, des cheveux noirs brossés vers le haut, venant à sa rencontre. Il semblait bien prendre soin de son corps. N’ayant que très peu de comparatifs et d’expérience, elle aurait pu le juger bel homme si elle avait vécu à la ville comme tout le monde mais il lui semblait quelconque. Il ne restait pas moins qu’un Homme. Enfin…était-il vraiment un Homme ? Il ressemblait à un adolescent. Sa tête n’allait pas avec le reste du corps. Si bien que si celui-ci semblait mature, son visage ressemblait à celui d’un gringalet inexpérimenté. Il commença à se présenter donnant son nom. Ahmed Li…quelque chose. Trop compliqué… sa mère l’avait privilégié. Tendant sa main vers elle, elle le regarda comme une pauvre chose très étrange, provenant certainement d’une autre planète. Fait sans conteste des plus ironiques puisqu’elle était sans doute la plus atypique des deux.

L’homme semblait bien stupide, main tendue vers le néant, espérant vainement que la femme lui réponde. Pourquoi lui tendre une main si elle ne présente rien ? Il lui expliqua que les gens se disaient bonjour ainsi. Haussant vaguement les épaules, elle répliqua qu’elle venait de le faire oralement et qu’elle ne voyait pas l’intérêt de lui présenter une main vide. Lui révélant une fois encore son prénom, Ahmed lui demandait si elle s’était inscrite au tournoi du gantelet, s’intéressant par la même occasion ou fusse sans doute pour meubler la discussion si les prises à sa taille étaient les siennes. Lui dévoilant également qu’elle était une chasseuse, il comprit vite à sa façon de parler lorsqu’elle lui expliqua comment elle sut capturer une panthère noire pour s’en faire un manteau, qu’il avait à faire à une cinglée. Ce qui est souvent incompris de tout à chacun fait naître soit la peur ou le ressentiment de la folie perçue par autrui.

Tous deux savaient désormais qu’ils seraient sans doute et prochainement des adversaires.

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Chapitre I : Le Bellâtre et la Bête

 

Le grand jour était arrivé. Le Tournoi avait commencé et déjà la cour du terrain d’entraînement était remplie des candidats. En haut de la courtine qui habituellement servait de chemin, on y avait installé des gradins qui accueillirent une nuée de personnes. On avait explicité encore les règles et présenter les combattants. En attendant son tour, la Sauvageonne s’était adossée sur le mur du rempart. Non loin d’elle, Ahmed se pavanait avec une « Valle-qui-rit », cette dernière ne semblait pas d’humeur à rire. Autant dire qu’il ressemblait à ces coqs de basse-cour faisant la cour à une petite poulette. Agaçant, navrant, désespérant…le bellâtre agaçait la Sauvageonne. Son tour venait en s’échauffant grâce aux paroles du Valencien. Les victoires et les pertes des guerriers galvanisaient l’adrénaline montante de la Sauvage, prête à en découdre avec ce freluquet qui ne passait que son temps à vanter les compétences qu’il n’avait probablement pas.

Le prochain combat devait les opposer tous les deux. Saya aurait volontiers choisi les poings mais ceux-ci n’étaient pas autorisés et tous devaient combattre avec une arme choisie, en bois. N’ayant aucune compétence en maniement d’armes, Saya choisit la plus rustique et simple de toute. Le bâton. Souvent le compagnon « effacé » du paysan (la fourche ou le balai par exemple sont composées d’une extrémité et d’une hampe en bois), il accompagne le berger lorsqu’il doit montrer le chemin à son troupeau. Avant tout, guide, support de maintien, il est le défenseur contre les loups, l’harponneur des serpents tapissés dans la brousse et également instrument de correction contre les opprimés. Et pourtant ce n’est qu’un simple bâton de bois. D’un simple objet brut peut faire naître la joie ou le malheur. Ceci étant…ce schéma est reproductible sur beaucoup d’autres objets mais la Sauvage ne connaissait que celui-ci. Un objet très familier.

Même si le bâton, présentement et par l’inexpérience de la jeune femme, ne présentait pas beaucoup d’atouts offensifs. Cependant son allonge pouvait s’adapter à biens des situations grâce aux multiples positions des mains sur la hampe en bois.

Durant son premier combat contre une femme, le présentateur qui était aussi basané qu’Ahmed, un Valencien ou un Médien avait surnommé la Sauvage, la Bête. Cela lui allait comme un gant. La tenue, sa manière de combattre – très brouillon – et son répondant face à la dextérité de son adversaire lui avaient valu ce surnom. Après l’avoir mordu à l’épaule durant le combat et l’avoir immobilisé en la tenant en tenaille de ses bras autour du buste, sa façon de se battre avait surpris voir choqué plus d’une personne. On eut même jusqu’à chuchoter que la Bête avait faim et était sans doute cannibale….

Malgré sa férocité et ses quelques ruses, voici comment la Bête se fit connaître. Mais était-ce en bien ou en mal ?

 

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Chapitre II : Le « Champion »

 

Alors que la Sauvage n’avait plus vraiment de raisons de retourner en ville, elle se rappela que sa maigre position dans le tournoi ne lui avait rien apporter, à part quelques hématomes et un lot de vins dont elle n’eut aucune utilité, ni pas même la conscience de le vendre pour en rapporter quelques piécettes.

Assise dans l’Auberge du Muguet dans la ville haute d’Heidel, elle dépeçait un lapin sur l’une des tables, à l’écart, dans la grande salle. Elle avait réussi à négocier quelques pièces grâce à l’une de ses prises de la matinée à la condition qu’elle dut nettoyer le gibier pris. Le lapin, ouvert en deux sur toute la longueur du corps, se déversait de tout son sang, inondant la table sur laquelle la Sauvage prélevait, éviscérait les parties non digestes de l’animal. A l’aide d’un couteau de cuisine emprunté, elle lui avait décapité la tête et sectionné les membres antérieurs et postérieurs.

Sa besogne était rapide car elle souhaitait écourter sa présence… Un garçon au teint halé dont le visage était affligé par une balafre noire se vantait d’exploits dont il était l’imposteur. Ahmed n’avait pas gagné le tournoi et bien qu’il fut le demi-finaliste, il salissait l’honneur des combattants qu’il avait rencontré, maquillant la vérité sur le vrai vainqueur, un géant qui écrasa sans mal la demi-portion. Et même s’il est vrai qu’il avait triomphé de la Sauvage et d’une Valkyrie, ses récits, ses exploits emplissaient l’auditoire, faisant salle comble.

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Adulé, admiré, écouté…et aviné ! Il était devenu le centre de toutes les attentions. Chacun et chacune buvait les paroles du pseudo « Champion ». Toutes les femmes, les putes et les serveuses, ainsi que les clientes se trouvaient attirées telles des guêpes opportunistes par une poubelle dégueulante d’immondices.

Plus elle les observait, plus la comparaison semblait leur saillir. Leurs grands bras, telles des pattes ou des antennes entouraient leur proie, prêtes à le combler de baisers mandibulaires. Esquissant une grimace de dégoût…la Sauvage poursuivait le nettoyage en détachant à l’aide d’un couteau spécial, la fourrure grise de la chair de l’animal. Un grand seau en bois positionnée entre les jambes de la Sauvage recueillait les abats et autres tripes du rongeur, emportant dans leur chute le liquide rouge odorant, éclaboussant lors de la chute, les jambes dénudées de Saya qui ne semblait s’en soucier.

Et bien qu’elle bouillonnait de rage…une étrange conscience lui indiquait de ne pas s’en mêler, de prendre son mal en patience… Pas ici. Il viendra un moment où elle pourra l’écharper sur place… L’étrange expression « faire avaler des couleuvres » n’étant qu’une image pour les plus cultivés fit naître une autre idée plus concrète dans l’esprit de la Sauvage… qui aurait été enchantée d’appliquer l’expression sur le fieffé menteur…qui se pavanait dans la salle. Encore une fois, il était le coq d’une basse-cour… et comme le gallinacé domestique, celui-ci chantait également avec les deux pieds dans la merde.

A chaque exclamation de stupeur engendrée par son récit fielleux, les mouvements de la lame dans la chair du lapin se fait plus vif, acéré… Peut-être imaginait-elle Ahmed à la place du lapin… ?

Son attention fut attirée par l’arrivée d’un couple de voyageurs qui contrairement au commun des hommes de la ville, se seraient précipités vers le comptoir pour faire leurs commandes, ceux-ci se mêlaient à la foule, cherchant quelque chose ou quelqu’un…. L’homme, un grand gaillard aux épaules larges et aux cheveux bruns fendit la foule pour raser les murs gauches et fondre ainsi progressivement vers le fond de la salle, là où l’âtre de la cheminée délimitait la Grande Salle et où non loin, Ahmed assis, contait son duel. Tandis que pendant ce temps, la femme qui accompagnait l’homme semblait lasse et fatiguée, comme si elle suivait par contrainte son équipier, traversant la salle par la gauche. Repérant ainsi leur cible, ils la prirent en tenaille. Malgré les badauds qui ne cessaient d’aller et venir, Saya vit l’objet de leur attention… Ahmed. Oubliée de la foule grâce à Ahmed, elle demeurait silencieuse et observait, comme tapis dans l’ombre ce qui s’ensuivrait…

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Chapitre III : Vieille rancunes

Le couple n’était pas venu là par hasard et tandis que l’étau se refermait sur Ahmed, plus la suite des événements encourageait la Sauvage à s’attarder.

Sans le savoir, le « Champion » Ahmed, grâce à sa vantardise qui fit écho comme une traînée de poudre dans la petite cité commerciale Serendienne, avait éveillé de vieilles rancunes endormies dans le cœur de ces deux aventuriers dont leur honneur semblait avoir été meurtri.

Le monde agglutiné autour d’Ahmed tel un essaim ne permit pas à Saya d’entrevoir les actions de l’homme qui s’était approché pour lui faire face.

Bien entendu, Ahmed feint de ne pas reconnaître le gaillard qui l’interpella ou était-ce le brouillard d’une ébriété avancée ?

Amos.JPGL’homme qui fit face à Ahmed devait avoir dans la trentaine, de taille moyenne, son port altier était haut. Solidement campé sur ses membres postérieurs, sa silhouette carrée témoignait aussi bien d’un vif appétit que d’une rigueur martiale de ses entraînements et exercices militaires. Son teint de peau est un peu plus mat que la moyenne des Calphéens, pouvant le confondre avec un homme travaillant davantage la terre comme les paysans ou bien à un Medien ? Il était doté d’un visage plutôt rond qu’anguleux avec une barbe taillée, un regard franc et parfois dur souligné par des sourcils tombant assez bas et de cheveux mi-longs, d’un brun foncé encadrant son faciès. Une cicatrice partiellement dissimulée par les mèches de cheveux retombant devant sa figure, barrait le côté gauche de sa joue et remontait jusqu’aux tempes. D’ordinaire, cet homme aurait sans doute arboré des traits plutôt avenants et aussi chaleureux que « bouillant » de tempérament, prompt à s’emporter dans un sens ou dans l’autre tout en n’aillant pas la langue dans sa poche. D’ailleurs n’était-ce pas qui semblait se passer ? Dût-il été contraint de se maîtriser, contenant sa rage pour ne pas écharper sur place le basané ? Sa conscience l’avait interpellé plusieurs fois. Diane.pngUne conscience que toute personne saurait jalouser. Avoisinant les mètre soixante, plutôt de petite taille dans la moyenne féminine, son alter égo qui lui servait de partenaire et de voix apaisante était une belle femme aux longs cheveux châtains qui lui tombaient en cascade sur ses épaules et dans son dos. Son chef était couvert d’un élégant chapeau à plume. Un visage anguleux et des traits fins et doux, ce joli minois fut affligé également d’une fine et récente cicatrice en travers de ses lippes mats. D’un tempérament calme et effacée, cette belle plante à la taille de guêpe et à la croupe galbée possédait tout autant les qualités militaires de son compagnon d’armes que diplomates. Le port altier haut, la démarche légère et distinguée mais sûre, cette femme ne provenait certainement pas de n’importe quel milieu, à l’instar de son partenaire qui parlait parfois avec toute l’élégance d’un pachyderme. Et bien que cette charmante donzelle était affligée de vilaines cernes, statuant d’un état de fatigue avancée, elle ne restait pas moins belle ! Cette belle conscience, présentement répondant au doux nom de Diane De Valombre, restait en arrière, observant la scène mais elle semblait accélérer le pas, peut-être pour arrêter son partenaire avant que cela n’aille trop loin ?

Les insultes fusèrent, l’agressivité orale était à son comble. Il était certain que l’homme décrit plus haut, Amos Santini tentait avec non sans difficulté à tirer Ahmed en dehors de la taverne et surtout à lui faire rendre ce qui leurs appartenaient de droit. Mais la foule ne rendit pas la tâche aisée et voyant-là une ouverture pour lui jeter les quatre vérités à la figure, la Sauvageonne s’était levée et approchée suffisamment près pour lancer quelques noms d’oiseaux à la figure du saoulard qui malheureusement n’en avait que faire, appuyant sur un fait indéniable. Saya avait perdu le tournoi. Ravalant sa fierté, serrant la mâchoire, la Sauvage persista à lui lancer qu’il était sans honneur. Au tout début, Amos Santini observait cet olibrius couvert de peaux avec méfiance jusqu’à sourire de contentement lorsqu’il s’aperçut qu’il n’était pas seul dans son combat contre Ahmed. Ce fumier avait déjà attiré les foudres d’une autre personne. Peut-être cet espoir le contentait-il ? Ahmed, malgré un taux important d’alcool dans le sang, se rendrait compte tôt ou tard…que ces méfaits passés et présents causent suffisamment de tort au point où il jouerait avec sa vie… Mais s’en rendra-t ’il compte à temps ?

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Chapitre IV : Superbia versus Honoris

 

Tapis dans l’ombre d’un lierre fol qui lézardait le mur jouxtant la taverne, la silhouette patientait. Les deux étrangers étaient repartis bredouilles mais sans avoir relâché leur attention sur Ahmed. Ceux-ci ne lui avaient donné qu’un sursis pour lui rendre les biens volés. La Sauvage fut la première à partir, contrainte de remettre à plus tard la correction du Valencien. Ce sont les hurlements chantés qui attirèrent l’attention de l’espion, lui indiquant qu’enfin le fils de chacal sortait de la taverne du Muguet.

Il faisait nuit noire, les lumières provenant de l’établissement diminuaient progressivement, le tenancier tirait ses derniers clients avinés afin de pouvoir espérer retrouver son lit et sa femme. Ahmed avançait progressivement dans la direction de l’ombre qui planait sur lui tel le vautour annonçant un prochain malheur. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque la silhouette le surprit sur place, lui barrant la route. Il reconnut un amas de peaux ensevelissant une stature moyenne.

« Putain…encore toi. »

Le vin n’avait pas occulté ses sens et il pouvait encore faire appel à sa lucidité.

Vérifiant d’un rapide coup d’œil autour d’elle si personne ne venait et si les gardes étaient assez loin, Ahmed n’eut pas le temps de crier gare qu’il prit un pain dans la figure. Cependant ce premier coup porté ne le fit que chanceler et sans le faire trébucher à terre, il était tenace malgré tout ce que son gosier fut capable de lamper.

Pris d’un violent mal de crâne, Ahmed ne sut dire si c’était le vin ou le coup porté mais cela ne lui empêcha pas d’insulter la grognasse qui se tenait face à lui. Cherchant sans doute un prétexte de se tirer de ce mauvais pas, conscient qu’il ne tiendrait pas, il chercha à freiner l’ardente impulsivité de son interlocutrice qui ne jurait que de lui faire mordre la poussière pour avoir entacher l’honneur des combattants et surtout le sien. Par de veines paroles Ahmed échoua…comment pourrait-on dialoguer avec elle ? Une folle… mais avant qu’il ne puisse débiter un flot d’insultes, un coup net dans le sternum lui coupa le souffle et toute envie de parler… plié en deux, il dégurgita aussitôt ce qu’il avait bu et mangé dans la soirée… sur l’être coiffé d’une Panthère Noire.

Peaux et fourrures qu’elle comptait vendre se trouvèrent dans un triste état, impossible à monnayer si ce n’est les nettoyer…ou pas. Cette triste malchance qu’elle mit sur le dos d’Ahmed la mit en rogne, galvanisant sa colère. Il n’était plus question de corriger Ahmed mais de lui faire sans doute la peau. Le pauvre bougre était à demi-conscient et trouvait difficulté à respirer. C’est un troisième coup porté sur la tête qui le mit définitivement chaos.

L’arrivée d’un garde qui faisait sa ronde sur la coursive devant la taverne l’accula comme un animal pris au piège. S’entêtant à attirer Ahmed en dehors des murs d’enceinte de la ville, elle l’agrippa avec conviction par un bras qu’elle mit autour de ses épaules, le tenant fermement de sa main tandis que son autre main libre lui agrippa fortement la taille. Son emprise sur lui était si tenace qu’elle lui lacérait pratiquement la peau, une tentative volontaire pour lui indiquer certainement qu’il était fait comme un rat. Les bruits de pas se rapprochèrent d’eux. Une personne plus consciencieuse aurait sans doute laissé Ahmed gisant à terre et prendre la fuite. On aurait pris alors sans doute Ahmed pour un soûlard qui se serait évanoui dans son propre vomis devant la taverne…mais prise au piège telle une souris dans un labyrinthe, Saya avait un autre plan…suicidaire !

C’est sur sa bonne étoile et une extrême bonne fortune qu’elle échappa à la ronde du garde, aux derniers clients tardifs du Muguet qui confondirent aisément Ahmed et Saya à un couple éméché, les saluant gaiement de loin. Ahmed n’était pas en état de marcher et Saya avait pris l’un de ses bras qu’elle passa autour de son cou, se servant de son corps pour le maintenir à marcher droit et à le soutenir. Le plus compliqué à venir était la porte…solidement gardée par quatre gardes en faction qui lui poseraient certainement un tas de question. Pendant qu’elle marchait dans leur direction…elle cherchait ce qu’elle pourrait bien leur dire… plus l’étau se fermait sur elle, plus il était compliqué de trouver une excuse… Deux options s’offrirent à elle…en dehors de l’idée de leurs jeter Ahmed dans la figure pour faire diversion et prendre la poudre d’escampette…mais cela reviendrait à la condamner, elle ne pourrait plus vendre ses peaux à Heidel.

Une fois devant la porte, elle fut assommée de questions : son identité, sa provenance, ce qu’elle faisait ici…qui il était ? Il ne lui restait plus qu’à camoufler l’exacte vérité. Pourquoi ne pas se servir du Tournoi ?

« Je suis Saya…et lui c’est Ahmed. Sa mère qui vit à la ferme Alejandro s’inquiétait de pas le voir revenir et elle m’a envoyé le chercher. Mais ce con sait pas boire, il tient pas l’alcool alors voilà que je dois jouer les nounous pour cette vieille dame qui s’inquiète. »

Il était sans doute tard…trop fatigués pour poser les bonnes questions et pour percuter sur l’origine d’Ahmed qui ne pouvait entrer en corrélation avec les paysans de la ferme Alejandro. Seul l’un des gardes était le plus méfiant ou le plus zélé et lorsque ses questions commencèrent à exaspérer la Sauvage qui pensait que les carottes étaient cuites, les autres furent éclairés par un éclair de génie ou de stupidité lorsqu’il fit le lien entre Ahmed et le Tournoi du Gantelet. Ouf… Mais et elle ? Elle expliqua qu’elle venait souvent en ville vendre ses peaux et tenta aussi de justifier sa présence par sa participation au tournoi. Ça y est… ça percutait en face. Mais en un instant elle crut sa chance tournée lorsqu’Ahmed qui était jusqu’ici inconscient, semblait sortir de sa torpeur. S’il parle…elle était bonne à croupir en prison. Sa poigne s’était resserrée sur la main d’Ahmed prête à la lui broyer s’il bouge. Mais celui-ci n’émit qu’un ronflement pour partir de plus belle dans les bras de Morphée, provoquant l’hilarité générale parmi les gardes… ce qui en même temps décrédibilisa Ahmed à tenir définitivement l’alcool et se faire escorter par une bonne femme.

Ils finirent par la laisser passer. Bande de benêts.

Quand la voie fut libre…elle précipita le pas, traînant limite Ahmed sur le sol lorsqu’ils sortirent de la ville… et lorsqu’elle fut décidée à le trimbaler par-dessus ses épaules comme un vulgaire sac de tubercules, une troupe de garde s’avançait dangereusement dans sa direction… Malheur !

Lui barrant la route, ils posèrent des questions, les mêmes qu’à la sortie d’Heidel et même si elle le rappela qu’elle venait de passer un contrôle, il n’en avait cure. Leurs questions étaient plus précises, plus embarrassantes et ces gardes n’étaient pas décidés à la laisser passer, trouvant ses explications floues et sans logique. La cheftaine de la ferme Alejandro était blanche de peau et ne pouvait être la mère d’Ahmed. Première erreur pour Saya. Ahmed n’a jamais été vu à Alejandro, le Capitaine et les gardes n’en avaient jamais entendu parlé. Seconde erreur pour Saya. L’étau se refermait dangereusement sur elle.

« Pourquoi quoi ? Quand une louve met bas, vous expliquez pourquoi l’un de ses petits est noir et l’autre blanc alors que ni le père ni la mère ne sont de cette couleur ? Qu’est-ce que j’en sais moi ! C’est p’tet pas sa vraie mère ! » tentait-elle de se défendre, feignant l’ignorance.

« Moi…j’aide…contre quelques pièces. C’tout. »

Agacée, l’interrogatoire était long et Ahmed commençait à bouger, signe qu’il n’était pas loin de se réveiller… mais sa poigne était tenace, ses ongles lui rentraient progressivement dans la peau, prête à l’écorcher…s’il bougeait. Si Ahmed ne souhaitait pas passer la nuit au poste à s’expliquer, mieux valait pour lui jouer le jeu. Lassés par la stupidité de la femme, les gardes laissèrent tomber. Probablement qu’ils y verraient plus clairs au petit jour, décidés sans doute à envoyer une petite cohorte jusqu’à la ferme et interroger la vieille femme.

Lorsque la troupe s’était suffisamment éloignée pour bifurquer en ville… Saya prit l’énergumène sur ses épaules en soufflant…qu’il était lourd…. !! L’embarquant à travers la campagne, elle le déposa sans ménagement contre un arbre, attendant qu’il se réveille… Mais n’étant pas très patiente pour la nature humaine, elle lui mit une gifle afin que son réveil soit vif !

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Chapitre V : Le Mousquet de Delphe

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Le pauvre Ahmed ne comprit pas comment il avait atterri ici…il soufflait d’exaspération, pris au piège cette fois au milieu de nulle part avec une folle alliée. Il tenta de s’expliquer par de vaines paroles, demandant même l’aide de la Sauvage…promettant de rembourser ses peaux abîmées par le vomis si elle exécuterait une besogne pour lui. Saya se défendit que ce n’était pas ses oignons et qu’elle n’avait pas à aller chercher quoi que ce soit sous prétexte qu’il était une bourse-molle. Mais Ahmed savait être persuasif, beau parleur, prometteur de monts et merveilles par son charisme et ses méthodes de négociation, il acheta l’endurance et la persévérance de la femme pour…chercher l’objet qu’Amos Santini convoitait.

Et c’est ainsi que débuta la chasse… au mousquet.

Saya dût se rendre sur la route menant à Glish pour quérir une pétoire dont elle avait cure. Durant son trajet, elle fut prise de soudaines hésitations pour faire demi-tour et envoyer Ahmed promener. A chacun ses problèmes. Mais l’appât du gain avait eu raison d’elle et même s’il fut pour elle plus sage de retourner à ses occupations, elle savait que chaque jour aurait été une lutte pour sa survie. Vivant au jour le jour, elle se contentait des maigres prises capturées ou chassées dans les campagnes et forêts. L’argent pour elle n’était qu’un maigre confort nécessaire pour pouvoir se vêtir assez « décemment ».

 Son voyage jusqu’au village encerclé de marécages lui prit une bonne majorité de la journée.

Une fois arrivée sur place, son allure choqua bon nombres de paysans qui préfèrent se détourner de son chemin et feindre l’indifférence la plus totale. Ce qui habituellement ne la gênait pas le moins du monde mais dans cette situation présente…que d’embarras puisqu’elle devait se renseigner. Trouver Flavio Copolla.

C’est à la taverne qu’elle trouva son compte. Monnayant un verre de lait auprès du tavernier patibulaire et cupide, elle demanda des informations qu’il n’était pas prêt de livrer contre un peu plus d’or. Obstinée et refusant de lui donner une pièce de plus à ce rat, elle repartit vers la sortie mais fut interrompue de justesse par un homme qui avait suivi une grande partie de la conversation et qu’elle eut déjà croisé à l’extérieur avant d’entrer dans le seul bâtiment qui offrait un peu de vie à ce village sans intérêt.

Le ventre vide et les nerfs en pelotes, elle apprit que le gars qu’elle cherchait était reparti quelques heures plus tôt de Glish par la route sud-est vers Altinova avec sa charrette. Marmonnant un vague merci à l’homme qui l’avait aidé gratuitement à l’instar du tenancier, qui ce dernier, semblait adonner un certain respect au premier, Saya prit le large au pas de course.

Endurante et habituée aux longues courses pour avoir traquer plusieurs gibiers sur des distances étendues au dépend des terrains difficiles, elle rattrapa l’homme en haut d’une montée. La chance avait tourné en sa faveur. Stationnée sur le bas-côté de la route gauche, la charrette semblait en difficulté. L’essieu arrière-droit était cassé. Son propriétaire peinait malgré ses efforts et un système de leviers mis au point manuellement à vouloir remplacer la roue.

S’avançant dans son dos et sens contraire au vent, elle s’arrêta à cinq mètres afin de le héler. L’homme parût très surpris de sa présence. Il ressemblait à Ahmed. Non pas physiquement car même s’il souriait tout le temps et semblait vouloir plaire, il était bien laid. Mais de par son comportement, il lui était similaire. Jovial, beau parleur, opportuniste…. Il savait marchander ! Quand il comprit le pourquoi de sa présence ici, il troqua son aide contre le Mousquet qu’il détenait en sa possession.

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Cependant il fallut pour la Sauvage puiser encore dans ses forces et ce malgré la distance parcourue au pas de course. Un peu d’huile de coude et le tour était joué. C’est au prix d’incroyables efforts qu’elle réussit à l’aider à positionner la nouvelle roue en place, grognant et marmonnant que si l’homme n’était pas content, il n’avait qu’à le faire lui-même.

Tout en lui remettant le mousquet entre les mains, il l’avisa de dernières paroles qu’elle dut transmettre à Ahmed. Tout en l’avertissant qu’Ahmed était débiteur d'une tiers personne dont il en était l'intermédiaire, il demanda à la Sauvage de veiller sur lui. Pourquoi ne le faisait-il pas lui-même ? Ahmed était bien assez grand pour s’occuper de lui tout seul ! Elle refusa. Elle en avait déjà trop fait pour lui. Courir les campagnes pour retrouver une pétoire et la remettre dans les mains d’Ahmed avant qu’il ne soit trop tard… Un duel…

Amos Santini avait défié Ahmed Lì Àd-Mahran. Amos Santini voulait lavé l’honneur entaché par le voleur et le combat qui se déroulerait demain…lorsque les Vêpres retentiront, le sang coulera jusqu’à ce qu’il y ait un vainqueur et un vaincu. Un duel à mort…dans l’arène d’entraînement d’Heidel.

Toutefois…est-ce que la Sauvage arrivera à temps pour remettre le fusil et sauver Ahmed ? Bien que se remémorant le vague souvenir du duel, elle n’en connaissait pas l’enjeu…. Qui d’Ahmed ou de Amos vivra….

Modifié par Ceresayaria

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Chapitre VI : Le Duel.

- Partie 1 -

 

La foule commençait à se rassembler depuis une heure déjà. Il en venait un grand nombre qui ne voulait pour rien au monde manquait ce spectacle qu'on le leur avait promis. En effet, Amos Santini qui avait dissipé leur doute ce matin en annonçant devant tout le monde qu'il viendrait bottait le cul d'Ahmed le Valencien - qui avait pour certains réussi à conquérir leur coeur - attirait un bon nombre de public, des plus curieux ou désireux d'un peu distraction, des plus jeunes enfants jusqu'aux personnes les plus âgées encore capables de se déplacer. Et si elle ne le pouvait pas, on venait les aider à se mettre sur le balcon de leur maison ou à leur trouver une place tranquille où ils pourront apprécier le combat.

Tout en bas, sur le terrain d'entraînement de la caserne d'Heidel près de la chambellerie du seigneur Crucio Domongatt, se trouvait le jeune valencien qui attendait en compagnie d'un garde et d'un nain, les adversaires pour lesquels il avait accepté de se déplacer pour eux. Il attendait nerveusement en faisant les cents pas. Il pouvait entendre certaines exclamations à son égard et d'autres moins encourageantes.

"Vas -y Ahmed, tu vas les démonter à ces bâtards, t'es le meilleur !" poussa une demoiselle, peut-être un peu trop jeune et qui comptait se faire apercevoir du jeune homme sur le terrain.

"Ce gros con-là, c'est lui qui va se faire démonter, ouais !" lança en guise de réponse un homme de la foule opposée.

"Moi j'ai vu la haine et la destruction dans les yeux des étrangers, en plus ils puent la mort !" confirma un vieil homme qui tenait mal sur ses cannes à cause de toute la bibine qu'il venait d'ingurgiter.

Mais le Valencien n'en avait cure, à vrai dire ils ne les entendaient même pas. Il était trop occupé à attendre l'arrivé des deux étrangers qui l'avaient défié en duel. Depuis ce matin déjà, il ne pensait qu'à ce combat à venir qui occupait et hantait son esprit. Il avait passé une mauvaise nuit. Enfin.. si on peut appeler ça "nuit" quand on se fait sauvagement capturer et entraîner hors de la ville par "une folle dégénérée et assoiffée de vengeance" qui veut vous apprendre les bonnes manières. Non, non, vraiment Ahmed avait passé ces dernières 24 heures à réfléchir à un plan afin d'éviter toute humiliation publique qui pourrait lui revenir très cher, voir même plusieurs plans.

Il sortit alors sa montre à gousset. Il en regarda l'heure pour s'assurer que les vingt prochains coups du clocher de l'église n'allait plus tarder. Avec un peu de chance, ses valeureux adversaires se seraient dérobés à la calphéenne, lui laissant ainsi une chance inouïe de se sortir de ce mauvais pas. Malheureusement pour lui, il en était autrement.

A ce moment, surgit de l'allée Nord, les étrangers dont la foule accueillit à coup de huer ou de viva, car enfin le combat pourrait bientôt commencer. Ils réussirent à se faire une place, difficilement, où ils durent pousser certains habitants trop lourds qui souhaitaient en faire des tonnes à leur passage ou pour tout simplement le plaisir de les maltraiter. Mais nos deux braves aventuriers réussirent à mettre pied sur le terrain d'entraînement désormais loin de tous ces hurluberlus.

Ils faisaient face à Ahmed, qui rentra délicatement sa montre dans sa poche. Il salua d'un haussement de tête les deux personnes. Un homme d'une assez grande taille à la barbe mal rasée depuis on ne sait plus combien de temps, et une femme relativement charmante si ce n'était cette blessure visible sur ses lèvres. Mais elle portait un chapeau qui permettait de recouvrir son visage d'un jeu d'ombre. C'est finalement l'homme qui pris la parole :

"Alors Ahmed, je vois que tu es prêt à te faire botter le cul comme convenu ?"

Le Valencien ne réagit pas à cette provocation. Il se contenta d'observer l'étranger face à lui. Bien qu'il pouvait ressembler à un chien errant désormais rendu à l'état sauvage, il n'en restait pas moins impressionnant. Il se tenait droit, et les cheveux poivres qui ornait sa tête retombaient sur son faciès comme un individu qui avait parcouru maintes épreuves et bravé la mort, pour se retrouver à cet instant précis dont il avait voué toute son existence pour en arriver là.

"Je pense plutôt que ce sera toi qui va te faire botter l'arrière-train. D'ailleurs, je te présente le garde à ma droite. C'est lui qui arbitrera notre duel pour s'assurer qu'il a été rempli dans l'honneur et sans coup bas."

"Parfait, hocha l'étranger. Qu'attendons-nous maintenant pour nous battre. Je ne rêve que de ça depuis que je t'ai retrouvé."

Ahmed secoua la tête négativement.

"Minute. Avant toute chose j'aurai souhaiter te parler à toi et ta compagnonne. J'ai un nouveau marché qui pourrait t'intéresser et nous éviter toute confrontation dont l'issu pourrait être fatal pour l'un de nous."

L'homme face au valencien, fronça les sourcils. Il se tourna vers son binôme qui s'était reculée jusqu'à la foule pour s'adosser à un mur où elle pourrait observer son compagnon corriger comme il se doit le jeune Ahmed. D'un clair signe de tête, l'étranger se retourna vers le valencien pour lui demander :

"Très bien, qu'as-tu donc à proposer Ahmed ? Mais fais attention, j'en ai assez de toutes tes combines foireuses."

Le valencien sourit, ils avaient mordu à l'hameçon. Maintenant il fallait les convaincre pour les faire remonter à la surface, et ainsi gagner ce mini-jeu qui le déclarerait vainqueur.

"Soit, acquiesce-t-il. Il faut savoir en tout premier, que je n'ai plus ce que vous demander depuis le début et qui est source de ce conflit."

"Quoi ?" s'exclama l'étranger.

"J'ai vendu le mousquet. Vous vous doutez bien que je n'en aurai eu d'aucune utilité à la garder en ma possession. Cependant, je peux vous proposer un échange. Un échange que je dirai même très équitable."

A ce moment-là, les points de l'homme qui faisait face à Ahmed se durcirent en faisant grincer le cuir de ses gantelets, mais sa compagnonne quant à elle, plus calme, entendit les paroles du Valencien et les acceptèrent avec méfiance.

"Entendu. Dis-nous donc exactement de quoi retourne ce marché que tu nous propose ?"

"C'est un échange en or. Vous n'y serez que gagnant et moi aussi. La meilleure des affaires possibles. Je vais vous fournir un nouveau mousquet, et pas n'importe lequel. Mon ami que voilà - en présentant le nain Ferguson - à accepté de vendre ce mousquet à très bon prix pour remplacer le votre."

"Hm-hm" fit l'étranger, encore sceptique.

"Ce mousquet est très spécial, il a été crée à la suite des mousquets de Delphe uniquement accessibles aux soldats armées des forces Calphéennes. Très prisée, certains constructeurs s'entendirent de fournir des plans à des maîtres en contre-façon afin de les revendre à un prix exagérément élevé au marché noir. Ainsi ils se feraient une grande fortune, et les acheteurs seraient satisfaits d'acquérir une réplique d'un modèle calphéen."

Ahmed s'empressa de poursuivre.

"Celui-ci que je vais vous proposer, n'a quasiment jamais servi et a été remis en état opérationnel par mes propres soins. Il est quasiment neuf. Autant dire que face à votre vieille pétoire, il gagne haut la main le prix du meilleur mousquet et surtout.. surtout ! Vos supérieurs n'y verront que du feu."

Il sourit plus grandement en regardant les visages des étrangers qui démontraient à eux deux une forte hésitation tout en se regardant l'un et l'autre. Finalement l'étranger, et à la surprise du valencien mais pas pour lui en déplaire, déclara le premier :

"Très bien j'accepte."

"Mais d'abord, avant l'échange, nous voulons voir ce mousquet." précisa la femme au chapeau.

Ahmed jubilait intérieurement. Il avait quasiment réussi à se débarrasser d'eux et ce n'était plus qu'une question de minutes. Il claqua alors des doigts en direction du nain à la barbe rousse au nom de Ferguson, qui s'empressa de sortir de son étui un magnifique mousquet brillant qu'il apporta aussitôt vers la demoiselle qui semblait mieux que quiconque - hormis Ahmed - s'y connaître.

Elle inspecta avec beaucoup d'attention chaque détails du mousquet, dans sa finition comme dans sa mécanique. Ses doigts et son bras vérifia également la lourdeur mais aussi la sensibilité de la machine à chacune de ses réponses qui semblaient concluantes. Elle finit par acquiescer vers Amos, son compagnon, avant de demander à Ahmed.

"Il est bien beau, c'est vrai. Mais qu'est-ce qui nous prouve qu'il fonctionne ?"

S'attendant sans doute à ce genre de question, Ahmed fit signe au nain de reprendre le mousquet des mains de la dame, avec qui il le fit avec grande politesse et attention, avant de revenir vers le jeune homme. Le valencien saisit aussitôt le mousquet, ni une ni deux dans un mouvement de maîtrise, il déchargea la poudre de sa poire accroché à son ceinturon dans la bouche du mousquet avant d'y enfoncer la balle, puis habilement d'une tige fine il compacta tout ceci en un coup avant de la jeter au sol et de pointer droit en direction d'un mannequin d'entraînement le bout de son canon.

Parfaitement droit, sans cligner d'un cil, visant et ce en l'espace de quelques secondes à peine, Ahmed bloquait sa respiration sans trembler d'un pouce. D'un geste sûr, il actionna la charge batterie et le chien, puis son doigt vint caresser la détente de l'arme. Sans que personne ne s'y attende, le coup parti naturellement à grand éclat.

"PAM"

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Chapitre VI : Le Duel.

- Partie 2 -

 

*    *    *    *    *

 

Durant ce temps-là, dans la partie basse de la ville, Saya la sauvageonne revenait depuis la route Sud à l'entrée d'Heidel. Elle portait un mousquet sur le dos, et n'arrêtait pas de ronchonner. De nombreux noms d'oiseaux volés dans les airs, jusqu'à heurter les oreilles de plus sensibles qui se demandaient encore jusqu'à aujourd'hui, qu'est-ce que c'est qui poussait cette femme à entrer dans cet état là.

Si on prêtait un peu plus attention, on comprendrait qu'elle en voulait à quelqu'un en particulier, et que cette personne n'est pas moins qu'une mauvaise personne et un incapable, ne comprenant même pas ce qui l'a poussé à se faire rouler ainsi dans la farine. Non, vraiment, ce n'était pas dans l'habitude de Saya de faire ça, mais il faut reconnaître que l'homme a été particulièrement convaincant lorsqu'il lui proposa une affaire avec prime à la clé.

"Grmblbl.. Si je le revois je te promets que je vais lui en toucher deux mots de sa part équitable. C'est lui qui fait les bêtises et c'est à moi de les réparer. Une baffe dans la gueule, c'est tout ce qu'il mérite oui !"

Depuis près de quatre heures, depuis sa rencontre avec le marchand ambulant Flavio Coppola, Saya n'arrêtait pas de marcher pour se rendre à temps au rendez-vous qu'Ahmed lui avait supplié de revenir le retrouver. Maintenant qu'elle avait le mousquet, cela lui pesait lourd et à plus d'une occasion elle eu la forte envie de le jeter sur le bord de la route ou de le défoncer contre un tronc d'arbre. Mais encore une fois l'appât du gain eu raison d'elle, et surtout, tout ce qu'elle avait jusqu'ici n'aurait servi à rien.

Se renfrognant une nouvelle fois, et en repensant à tout ceci, Saya retrouva la force nécessaire pour poursuivre et accélérer le pas pour enfin mettre fin à histoire. Mais savait-elle vraiment dans quoi elle s'était embarqué en signant un contrat avec le diable ? Elle n'allait plus tarder à le savoir.

Soudain, retendit dans toute la ville un tir de mousquet. "PAM".

 

*    *    *    *    *

 

La foule présente sur les lieux avaient hurlé de panique. Bien qu'elle put revenir rapidement à leur état normal, ils ne comprenaient toujours pas à quoi rimait tout ceci. Ils étaient venus pour voir un duel, et voilà que les opposants se mettaient à blablater entre eux jusqu'à ce que l'un d'eux saisissent un mousquet et tire délibérément sur une cible d'entraînement.

Pendant ce temps Ahmed reposait l'arme à son pied, plutôt fier de lui en démontrant que le mousquet fonctionnait tandis que la cible d'entraînement était trouée à la tête par une trace noire fumante. Le valencien ne perdit pas plus de temps :

"Alors convaincu ? C'est à prendre ou à laisser."

Volontairement, Ahmed forçait les étrangers à se décider entre eux, en les pressants quelque peu. Ce fut Amos qui reprit la parole.

"Nous acceptons le marché, nous prenons le mousquet et nous considérons toute cette affaire comme résolue. En souhaitant bien entendu, ne plus te recroiser."

Le Valencien sourit de plus belle. Il avait convaincu le binôme à oublier cette histoire de vieux mousquet, que si il aurait su, il aurait laissé volontiers sur place tout en prenant le restes des affaires qui leurs avait dérobé.

"C'est entendu. Je vous laisse régler avec Ferguson le prix de cette relique familiale. J'ai déjà payé ma part, à votre tour maintenant."

Amos crû à cet instant sauter à l'intérieur de lui.

"Comment cela, que dis-tu ?" demanda la dame au chapeau.

"Ca s'appelle l'équité, un accord à l'amiable. Ferguson donne son mousquet pour arranger tout le monde, et maintenant nous le payons."

"Équité ? Mon cul, oui ! Tu essais une nouvelle fois de nous rouler. C'est ta connerie, tu assumes maintenant." bouillit l'étranger qui ne tarderait plus à lui mettre un pain à la figure face à tant de culot.

Finalement la pilule était plus difficile à gérer que prévu. Ahmed pensait que le plus dur était déjà passé, et qu'il pouvait maintenant les embarquer dans un nouveau tour de manège pour mieux les plumer encore. Il se trompait grandement.

"Voyons, vous vous doutez bien que j'ai déjà dépensé tout mon argent durant mon séjour à la taverne. Je n'ai plus rien désormais sur moi, et honnêtement, il vaut mieux que vous retourniez chez vous avec un mousquet plutôt que de revenir avec les mains vides."

"Je préfère mieux retourner chez nous les mains vides et te donner une bonne correction, plutôt que d'avoir le sentiment de m'être fait une nouvelle fois plumer par un escroc dans ton genre" Amos posa sa dextre sur la garde de son épée, prêt à la sortir si nécessaire.

A cet instant précis, apparut comme par la volonté divine, Saya toute essoufflée et exténuée, sur le terrain d'entraînement. Elle portait sur son dos un mousquet - certes, pas en très bon état - mais facilement identifiable par son possesseur qui se trouvait à quelques mètres de là juste devant Ahmed. La sauvageonne se tenait un peu plus en arrière du valencien, qui ne s'attendait certainement pas à ce que deux de ses plans interviennent au même moment.

Toujours l'esprit vigilant, et à la vue de cette nouvelle étrangère sur le terrain d'entraînement, Amos observa du coin droit l'étrange femme aux nombreuses peaux de bêtes, qui tenait dans sa senestre un objet de haute technologie. Ceci jurait grandement avec son accoutrement. Il était à l'évidence même que cet objet ne lui appartenait pas. C'est à ce détail-là, qu'il porta plus d'attention à la jeune femme et pu enfin reconnaître le mousquet en sa possession.

"Hé, toi là, je te reconnais ! Il me semble que tu tiens quelque chose qui m'appartienne"

Ahmed passa la main, comme pour bloquer Amos de pouvoir interagir avec la nouvelle arrivante.

"N'approche pas d'elle, la donne vient de changer."

Amos fronça les sourcils, foudroyant le valencien de son regard mauvais. Fort heureusement, la sauvageonne avait repris son souffle.

"On m'a dit de ramener le mousquet ici et c'est ce que j'ai fais. Maintenant, j'veux pas ma paye !"

"Justement, ce mousquet est à nous. C'est Ahmed que voilà qui nous l'a subtilisé à notre propre insu. Il serait avisé de ta part de nous le rendre maintenant et de pas entrer dans le jeu de ce magouilleur de première." se fit entendre la femme au chapeau qui avait compris la situation.

"Ne les écoute pas Saya, rappelles-toi. La prime avant tout. Ils doivent payer !"

A ce moment d'inattention, il ne fallut pas plus d'une seconde pour qu'Amos porte un violent coup au visage d'Ahmed et qu'il se retrouve à manger la poussière. Tandis que la foule qui commençait à s'ennuyer et à partir à cause de tous ces reversements de situations, poussa alors un cri de viva. Enfin, on venait de frapper quelqu'un depuis les quinze minutes qu'ils attendaient.

Amos, qui avait l'esprit vif, récupéra sur le sol le mousquet des mains d'Ahmed incapable de faire quoi que ce soit dans l'immédiat, puis il approcha de Saya avec une idée bien précise derrière la tête.

"Je te donne ce mousquet en échange. Prends-le, il a bien plus de valeurs dans son état que le mien qui approche dangereusement d'une retraite certaine."

La sauvageonne hésita. Elle n'y connaissait pas grand chose en affaire, cependant elle comprenait ce que voulez dire plus ou moins d'argent à son profit.

"Ne.. Ne l'écoutes pas !" soufflait difficilement Ahmed qui avait du mal à se relever. Mais il fut stopper net de cette envie lorsque l'étranger posa sa lame contre son cou.

"Un geste et tu es mort."

Saya finit enfin à se décider, acquiesçant de la tête.

"Très bien, je prends le mousquet."

Dépité et voyant tout ses plans tombaient à l'eau à cause d'une erreur de calcul, Ahmed ne put qu'observer avec désarroi l'échange s'effectuer sous ses yeux. Amos pu enfin récupéré sa précieuse arme tandis que Saya faisait l'acquisition d'un nouveau mousquet plus neuf et plus onéreux. Chacun avait retrouvé son compte sauf le valencien.

Regroupant toute son énergie intérieure, et galvanisé par le poids de la colère, Ahmed profita de cet instant pour s'échapper de la surveillance de l'étranger en roulant sur le sol en sable, pour se relever et dégainer son sabre. Il fit volte face aux deux acquéreurs de ce marché.

"Allons Ahmed, ne sois pas ridicule. Tu vois bien que tout est perdu pour toi. N'aggraves pas ton cas."

"Je veux ce duel de suite et maintenant"

Amos regarda Saya, il apercevait en elle une forte envie d'en découdre avec ce jeune inconscient. A son souvenir déjà, elle rêvait de le corriger le premier soir où ils la croisèrent à l'auberge de Grace Lauren.

"Si je ne me trompe pas, je crois que tu as aussi des comptes à régler avec lui. Je te le laisse si tu veux."

Il était inutile de prier la sauvageonne de casser la figure à ce valencien. Depuis toute la journée elle ruminait et ne pensait qu'à ça.

"Avec plaisir."

Mais Saya surestimait ses forces épuisées tout au long de la journée, et surtout la vivacité que portait en lui le valencien. Alors qu'elle se rua en une fraction de seconde en sa direction, Ahmed esquiva l'assaut à la vitesse de l'éclair et lui porta un coup de pied en traître dans son arrière-train qui la fit chanceler dans le sable. La femme au chapeau se précipita vers la sauvageonne pour l'aider à se relever, visiblement affaiblie mais pas moins découragée pour en découdre.

C'était Amos qui intéressait le jeune valencien. D'un coup rapide, et en accord avec le duel, il chercha à blesser l'étranger sur son bras droit. Mais l'entraînement rigoureux que reçut l'homme durant son cursus militaire et la longue expérience qu'il traversa dernièrement lors de sa dernière mission, lui permit avec un réflexe machinal, de suivre le bout de l'épée afin de l'intercepter dans tout son élan.

Il était aussi clair pour l'étranger, qu'il fallait blessé Ahmed coûte que coûte, bien qu'il était difficilement supportable à l'idée de voir le jeune homme se pavaner encore en toute impunité. Au moins, il aurait l'humiliation devant tout son public de se prendre la raclé de sa vie, et il était important de ne pas échouer. C'est ainsi que son prochain, alors qu'Ahmed avait dépensé une force considérable lors de sa dernière attaque, qu'Amos parvint à briser sa défense devenu bien maigre et à toucher son épaule. Il sourit alors, imaginant déjà le combat terminé.

"Poursuivez lança le garde. Je ne vois pas de sang."

En effet, la lame s'était coincée sur l'épaulière en cuir de la veste du valencien. Le coup lui était sans doute douloureux mais la lame n'avait pas atteint sa chair. Sous cet effet de surprise, Ahmed tenta de profiter de la situation pour porter à son tour un nouveau coup. Mais son épaule endolorie ne lui permit guère d'effectuer une riposte aussi rapide qu'efficace. En fait, il n'en fut rien. Amos, bloqua son bras de sa main gauche, puis il dégagea enfin sa lame de son épaulière avant de reporter un coup bref et imparable dans la situation actuelle au corps à corps, qui blessa à vif la jambe gauche du jeune homme. Cette fois-ci il hurla pour de bon, et du sang jaillit de son corps.

La foule poussa un hurlement de joie. Amos les avaient oublié depuis tout ce temps, mais au moins il avait accompli sa promesse. Ahmed a reçu sa correction devant tout le monde et il avait gagné. Heureusement pour le valencien, qu'il connaissait bien la portée et la puissance de ses coups. La blessure n'était pas aussi grave qu'elle en avait l'air. Il n'avait pas touché l'artère fémorale qui aurait eu des conséquences bien plus drastiques que celle-ci. Un docteur et du repos lui permettrait de guérir en toute sérénité. Maintenant pour Amos, tous ces soucis étaient enfin terminés, et il sentit en lui un bien être qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps.

Cependant le destin en décida autrement. Depuis la porte d'entrée principale du terrain d'entraînement, un chevalier en armure sur son destrier, apparut devant toute la foule jusqu'à venir près de l'étranger, la femme au chapeau et la sauvageonne. Tandis qu'une dizaine de garde se précipita à sa suite pour encercler les protagonistes sur scène.

"Parbleu ! Mais que se passe-t-il ? J'exige que vous arrêtiez tout ce vacarme sur le champs !"

Le chevalier avait une voix caverneuse derrière son casque et il avait un vieil accent digne de l'ancienne chevalerie Sérendienne. Amos rassura sans plus tarder l'homme en armure qui semblait vouloir remettre de l'ordre dans cette foule galvanisée par le combat qui venait d'avoir lieu.

"Le problème est enfin réglé, c'était juste un duel entre ce valencien à terre et moi-même. Un règlement de compte."

Le cavalier en armure, le dévisagea un long instant, avant qu'il ne se décide de mettre pied à terre. Il avança vers Amos et lui ordonna :

"Déclinez immédiatement votre idendité, au nom du seigneur d'Heidel."

Sans plus attendre, Amos sortit de la bandoulière à sa ceinture un insigne qu'il tendit très clairement au chevalier. A sa vue, celui-ci releva aussitôt sa visière pour mieux en contempler les inscriptions.

"Fichtre ! Et dire que je vous ai pris pour de simples fauteurs de troubles. Milles excuses braves chevaliers de Delphe. Je ne fus point informé de la présence d'individus comme vous en notre belle cité de Sérendia."

Grâce aux emblèmes criards que portait la monture du chevalier, la femme au chapeau put distinctement reconnaître la maisonnée du cavalier pour l'appeler dignement dans son vrai nom.

"Sieur Brandt. Je suis Diane de Valombre. Je suis également membre de l'Ordre des Saints Chevaliers de Delphe. Veuillez-nous pardonner si nous avons commis un impair contre notre propre volonté."

Tandis que le chevalier présentait ses hommages à la femme dû à son rang, Amos ne perdit plus de temps pour revenir au vif du sujet ;

"Ce valencien nous a volé notre mousquet. Il a fallut que nous passions par tout ce chemin pour le lui reprendre."

"Un vol ? Un duel ? Mais voilà qui est peu singulier ! Je ne peux malheureusement vous laisser repartir sans rien faire. Venez donc au poste pour être entendu et nous mettrons toute cette affaire au clair. Cependant son regard se perdit sur la sauvageonne. Et vous qui êtes-vous donc jeune demoiselle ? Etes-vous liée vous aussi à tout cette histoire ?"

Diane qui était à côté de la sauvageonne et qui veillait sur elle depuis le début du combat, pris aussitôt sa défense.

"Non, elle n'est liée à cette affaire que de loin."

Saya maugréa intérieurement.

"Il me faut tous les acteurs présents pour recevoir votre déposition, même le plus minime des acteurs peut faire la différence !" certifia le chevalier.

"On va vous suivre alors." confirma Amos.

Alors que tout semblait s'arranger, le destrier du chevalier sérendien s'emporta d'un coup et sans raison devant tout le monde. Ce fut la dernière personne à l'avoir regarder du coin de l'oeil qui fut finalement attaquée par la bête prise de panique. Diane de Valombre, la femme au chapeau, eut l'excellent réflexe de pousser Saya sur le côté avant qu'elle ne prenne un coup de sabot. Les deux femmes au sol, Amos et le chevalier tentaient de maîtriser la bête qui se recalma assez vite.

"Diantre, mais qu'elle mouche l'a donc piqué ?" s'interrogea sieur Brandt, l'homme en armure.

"Je ne sais pas, mais nous devrions maintenant ne plus tarder"

Le chevalier acquiesça et se tourna vers ses hommes qui attendaient jusqu'à là.

"Vous deux, transportez moi cet homme sur une civière jusqu'au poste. Vous autres, faîtes éparpiller la foule. Qu'il ne reste plus personne ici, et retrouvez vous ensuite sur la place de rassemblement pour votre prochaine patrouille."

De là, le chevalier remonta sur son destrier, puis guida la petite clique bien peu singulière en dehors du terrain d'entraînement.

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