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Le sacrifice de nous-mêmes nous permet de sacrifier les autres sans honte

Nôd

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« La « Sadvhi », au-delà d'un destin, est aussi une idée,
un nom pour désigner celle dont l'existence est nue, soumise à tout, soumise à pire. »

Un pilon fait d’argent. Des fruits frais de pouvoir magique pour l’enchanter. Un peu de poudre de pierre noire ; le tout réuni, mélangé, associé et transcendé grâce à la flamme pourpre. Elle n’avait plus préparé de rituel de scellement depuis longtemps mais les gestes restaient frais dans sa tête. Sadie avait peine à croire que ce moment allait enfin arriver. Ca n’était rien, un exercice assez simple que l’on apprenait aux jeunes sorcières en apprentissage : sceller un esprit noir pour le tenir à sa merci et la manipuler à sa guise.

Sceller le Re’sh.

Un frisson vivace lui remonta le long de l’échine et la fit inspirer au travers de ses dents serrées. Cette simple idée déclenchait chez elle une avidité toute particulière : l’envie que le temps file mille fois plus vite et que l’instant arrive enfin. Elle n’allait même pas elle-même mener le rituel, elle ne pouvait ni ne voulait se retrouver face au Re’sh, mais la satisfaction restait toute entière tant seul le résultat lui importait.

Falkynn et le mage devaient être sur la route. Elle avait encore quelques heures devant elle pour tout préparer. Un piège très simple, tellement simple qu’elle aurait pu douter de leur réussite mais ça ne l’avait pas effleurée. Ces quelques derniers jours passés à Olvia lui avaient rappelé à quel point elle détestait être sur la touche, devoir laisser les autres faire et les troubles entre elle et le Valencien n’avaient que renforcé ce sentiment : on n’était jamais mieux servi que par soi-même et tant pis pour les autres.

La sorcière savait bien l’égoïsme franc qui émanait d’elle, de ses propos et attitudes, mais elle n’avait pas d’autre mode de fonctionnement. Prendre en compte les autres c’était également prendre le risque de s’appesantir une seconde de trop et ils étaient maintenant trop près du but pour qu’elle ne pense qu’une seule seconde à se relâcher. Elle se faisait l’effet d’un ressort sur le point de craquer, tendu à souhait dans l’attente de l’opportunité : elle était toute entière tournée vers son but. Il y a de ces moments où la simple idée de se laisser distraire par des états d’âme nous semble révulsant au regard des enjeux.

Sadie en était là ; et elle ne pouvait qu’espérer que tous comprendraient. Elle eut un instant de flottement dans ses gestes bien orchestrés, un pincement au cœur qui la fit suspendre le bon cours de ses préparations. Et après ? Elle n’avait plus aucun doute sur leur succès, il semblait qu’au-dessus d’elle tout s’agençait dans un ordonnancement providentiel, mais l’après lui laissait un goût un peu amer sur le fond de la langue. Après ? Qu’est-ce qu’il y aurait après ? Un florilège de possibilités lui passait à l’arrière des yeux, lui laissait entrevoir des choses qu’elle n’avait même jamais osé espérer jusqu’ici. Mais à être trop capable de tout, n’était-on jamais capable de rien ? Elle pouvait tout faire si cela était nécessaire, abandonner tout et tout le monde si cela devait lui permettre de remettre les choses dans leur axe car la finalité était plus importante qu’eux tous. Mais à quel prix ? Allait-elle finir comme Siari ? Détestée et prisonnière d’un mensonge, une ombre au service d’un dessein si grand que personne ne le comprenait vraiment.

Son cœur se mit alors à battre comme un forcené et lui comprima la poitrine, tant et si bien qu’il lui semblât avoir pris un coup de poing dans le ventre. Elle ne voulait pas. Sadie ne se sentait pas capable, et c’était nouveau pour elle, de sacrifier tout ce qu’avait sacrifié sa mère.

Tu es capable de tout
Le pire et le meilleur
Les décisions à prendre
Faire ce qui doit être fait

Elle réalisa alors que c’était ainsi qu’Eleazar avait justifié son choix, c’était pour ça qu’elle était devenue Sadvhi : pour faire ce que d’autres –au façonnage incertain- n’auraient pas pu mener à bien. Sadie déglutit, la gorge plus nouée qu’un amas de ronces, et reprit sa lente mais minutieuse préparation. 

Qu’allait-elle encore devoir faire ou subir au nom du titre qu’elle portait ?

 




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