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Rêveries.

Hyandaure

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Les étoiles.

Les pieds dans l'eau, il sentait cette fraîcheur lui mordre la peau et doucement, remonter le long de ses chevilles. Face à lui, l'immensité nocturne et ses éclats d'argent, scintillaient tel des diamants. Il trouvait en la nuit la majesté d'une reine et le calme d'un sage. Elle seule sous l'astre clair et son croissant clair obscur déliait le fil de ses pensées comme l'on remonte le cours d'un ruisseau. A la violence, il préférait le silence. Au tumulte de la vie, la solitude d'une liberté infinie. Il imaginait sa vie tel un tableau sans contours, une toile aussi infinie que cette immensité à laquelle il aimait tant appartenir. 

Il se laissa glisser de la roche comme une feuille glisse sur le vent et s’immergea jusqu'au bassin, chassant alors un frisson lorsque l'eau encore si froide en cette saison lui caressa les cuisses. Il avança alors et se mêla au fleuve. une sensation de bien-être déploya ses ailes douces et tranquilles en son âme et son corps, mêlant l'être à l'harmonie du monde. Parmi cette douce quiétude nocturne, l'aubade régulière des criquets, son corps flottait délassé à la surface de l'eau, ses bras tel de noueuses racines détendus. Il voguait sur l'étendue paisible, dérivant immobile, laissant à son esprit le loisirs de s'égarer, et éveilla alors les souvenirs d'une journée peu commune.

"Tu ne sais rien des ombres"...La voix d'Aeluin lui revenait comme l'écho d'un fantôme. Pourquoi fallait-il opposer constamment ces deux forces. Après tout, la sérénité de la nuit ne faisait qu'un avec l'obscurité, sa lumière, ses constellations.

Il chercha de son regard bleu pale, les étoiles et les histoires qu'elles contaient. Le hibou se devinait aisément dans le canevas astral, l'aurige chargeait parmi l'infini sous l’œil observateur du délicat dragon noir. Tous brillaient comme des lanternes, immuables témoins de l'histoire du monde.

Sans un ciel de nuit, pas d'étoiles, sans ombre pas de lumière...Ils ne formaient qu'un, comme elle autres fois, Vedir, Ganelle, en paix et en harmonie, équilibre d'un héritage divin. Pleurait-elle aujourd'hui le schisme de ces enfants ainsi égarés. Jalousie et rancœur ont germé. Fallait-il que l’âme se repais de ses propres tourments pour en cultiver ses plus noires essences, détruire l'autre et se détruire soi-même, oublier le monde et d'où l'on vient? N'être qu'une âme parmi les âmes, une vie parmi d'autres vies, et ne pas oublier la place que Sylvia leur a donné. Que chaque être qui vit a été façonné de ses mains et ainsi, ils doivent être choyés avec le plus grand respect. Le véritable monstre ne vient ni de l'ombre, ni de la lumière, il vient du plus profond de chacun de nous, il se terre en prédateur et nous pousse à nous cacher, petit à petit, il grignote notre âme jusqu'à ce qu'il soit assez repus pour sortir au grand jour. Alors nous ne sommes plus, nous paraissons. Et si à un seul moment nous nous posions la question. Qui suis-je? Suis-je heureux en cette vie?

Redressant la tête, Hyandaure se rendit compte que le flot de ses pensées l'avait une fois de plus éloigné de ce monde, car l'ombre des tours de garde du poste Ouest s'élevaient au loin, rappelant le semi-elfe à des préoccupations plus terre à terre. Il soupira, puis réveilla son corps de sa torpeur, les muscles anesthésiés, et décida après quelques mouvements de remonter le fleuve à la nage jusqu'au rocher où ses affaires étaient posées.

 

 




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Problème de conscience.

Il redressa son corps endolori par le combat de ce soir, quittant la vieille table en bois qui lui servait de couche. Autour d'eux, baignait le calme serein d'une forêt ensommeillée, lui aussi dormait, là sous la tente. Son visage gelé, les paupières closes. Il paraissait si paisible, et pourtant...

Les images lui revenaient en tête, sa silhouette qui avançait parmi les ténèbres, une main en avant, geste d'invitation comme on invite un animal à vous renifler espérant l'apprivoiser. Il avait bien vu, ce corps franchir les limites de l'ombre sans y périr. Et ces mots qu'il avait fait semblant de ne pas comprendre, mais il avait bien entendu, tout entendu. Se donner aux ombres, servir...

Il soupira, comme si cela délaisserai tout le poids des tumultes qui agitaient son âme, en vain...Il avait peut être raison...Autrement, en d'autres circonstances, se seraient-ils peut être défié et l'aurait-il tué, lui l'être souillé comme déjà tant d'autres auparavant...Et pourtant. Il avait maintenant cette colère aux bout des lèvres, à défaut d'hurler, il rongeait sa propre hargne, dans le plus frustrant des silences. Sa main serra la garde de son épée, et il s'approcha lentement du corps endormis comme le ferait l'ombre d'un fantome . Il avisa le corps du semi-elfe, il suffirai d'une seule estocade, d'un simple geste... Et en réponse à sa propre pensée redressa sa lame tel la hache du bourreau, prêt à frapper, prêt à tuer. Sa main trembla..."Ce ne serai pas toi...Ce serai tellement plus simple" Murmura t'il la voix voilée. Puis un spasme parcouru son bras, et enfin il relâcha sa prise et le glaive retomba lourdement dans un bruit sourd sur la terre meuble. Hyandaure resta là, planté, immobile, et hagard, face à Aeluin, son regard d'azur aussi vide que creux. Combien de temps resta t'il ainsi à contempler l'épine de sa conscience...Il ne le sait guère mais au bout d'un long moment, il se détournait de lui, pour s'éloigner du campement et s'enfoncer dans la brumeuse forêt avant d'étouffer de sa propre colère. Après une marche interminable entre les racines noueuses, les esprits errants, et les roches d'argent, il finit par se laisser tomber à la surface d'une pierre parmi l'obscurité, à l'abri sous l'épaisse frondaison. Le semi-elfe au bord des larmes serra les dents avant de porter ses mains à sa tête, puis ferma les yeux. Il inspira, mais cette envie de crier, d'extraire cette chose au fond de lui, qui faisait si mal, restait. Il laissa son buste retomber inerte sur la roche froide, l'esprit las, l’âme naufrage...Quand un grognement brisa le fragile silence. Hyandaure tourna le tête afin de guetter la provenance de ce léger rugissement et il aperçut une motte de terre se traîner, un esprit de la forêt blessé..sans nulle racine, ni branchage, la bête rampait pour se déplacer et dans son regard brûlait une terrible douleur. Le chasseur se redressa de son rocher pour s'approcher. L'esprit couina alors apeuré et s'agita pour fuir mais son corps n'avançait guère plus vite et il finit par s'effondrer exténué. Alerte, Hyandaure s'élança vers la frêle créature, et le cœur déjà gris, l’accueillis entres ses mains comme l'on berce un enfant. Il examina l'esprit, son corps, cet amas de fibres végétales et de flores, à l'agonie. 

-Shhht, ca va aller...Souffla t'il à la créature qui reposait alors entres ses bras. Sa voix tremblait d'émotion, son cœur se serrait et se tordait un peu plus encore. Ca va aller...Et il serra la créature contre lui, libérant alors toute sa rage, sa frustration, sa colère, sa douleur, le visage perlé de larmes, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de sa peine et qu'il soit vide de tout ce qu'il gardait jusque là. Lorsqu'il redressa la tête ce n'était plus qu'un corps sans vie qu'il tenait entres ses mains, quelques débris organiques, de la terre, de l'herbe sèche...qui s'écoulaient entres ses doigts et regagnaient la terre, puis apparue l'étincelle d'une lueur émeraude, s'élevant de ses mains, vers les branchages de l'arbre qui les surplombaient. Ses prunelles glacées suivirent la danse sinueuse et lumineuse de l'esprit jusqu'à ce qu'elle soit retournée à la forêt et ces mystères disparaissant et laissant Hyandaure à ses tourments. Mais il n'y avait plus de tourments, dès lors son âme était apaisée. Ainsi il se releva doucement, dénouant son corps, comme l'on avait dénoué son âme et se demanda l'espace d'un instant si cette soudaine quiétude était un présent de l'esprit ou bien le fait d'avoir pu vomir toute sa peine. En une profonde inspiration, il jeta un dernier regard là où l'éclat émeraude eut disparu songeant à cette question qui resterai sans réponse puis décida de retourner au campement.

Il ne sait si pour l'instant ce serait une chose facile à accepter, mais il pourrait au moins le tolérer, et lui montrer que la lumière a du bon. Après tout Vedir et Ganelle ne formaient qu'un seul peuple autrefois...Tout dépendaient de ces actes maintenant. Et ce soir, il lui avait au moins montré qu'ils partageaient le même combat.

 

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Bénis soient les naïfs.

La lumière du printemps brodaient les contours de la forêt de Solitude, et il fallut quelques instants à Hyandaure pour l’apprivoiser tant il s’était habitué à ses obscurités profanes. Et tandis qu’il s’éloignait, à mesure que ses pas le portait de plus en plus loin de la sombre forêt et de ses secrets, son âme se délestait elle aussi de ses troubles passés. Les effluves poisseuses d’humidité et de mousse disparaissaient au gré du vent porté par les délicieux parfums d’herbe fraîche aux notes graminées inspirant son âme d’une douce osmose loin des humeurs moroses de la veille. Devant lui s'étendaient les prairies, couvertes de tulipes en cette saison dans une riche et chatoyante peinture. Il respirait de Balenos une douce insouciance, faites de fermes en pierre, de champs où dansaient le soleil, et de simples bonheurs. Le semi-elfe laissa filer ces dernières et tristes pensées dans un ultime regard vers la forêt, et il pu presque les sentir s’envoler comme si le gouffre amer voulu jalousement les garder, et ne restait plus que le Printemps, sur ses prés, et dans son cœur.

Foulant l’étendue verte, la silhouette pittoresque de la ferme Toscani dévoilait ses murs vétustes et ses toits jaunes gorgés de soleil. Il en contourna le muret, à travers un sentier jouxtant les riches champs de Maïs d’où grognaient quelques belettes surement à la recherche de leur repas. Le vent soufflait sa douce musique à travers les longues feuilles en une douce berceuse inspirant la paix en son âme essoufflée. Et alors qu’il divaguait à des pensées bucoliques…

 

-Ha vous voilà! Enfin, vous vous êtes fait attendre dis donc...Une voix criarde le happa brutalement à la réalité. Il tourna brusquement la tête vers le porche d’où tonnait cette voix de harpie et reconnu la dégaine voûtée et folklorique de “Mémé” Toscani. Vêtue d’une robe élimée au moins aussi vieille qu’elle, son visage abîmé par le temps n’avait rien perdu de sa superbe expressive. Elle le dévisagea en redressant son bâton. Nous aider, tiens dont! Vous avez une drole de façon d’aider les bonn’ gens vous…

 

-Bonjour Madame Toscani. Tenta de répondre Hyandaure. Je reviens just…

 

-Bah trêves d’excuses! Non mais vous avez vu l’foutoir que vous laissé dans ma ferme? Tout ce foin calciné, et ma résèrve de paille pour les bêtes! Y'en a partout! Et ma porte! Ma porte que vous avez saccagé!

 

-Mais je vous assu…Il redressa une main sur sa tête, dans un tic nerveux, pour se gratter les cheveux, le regard au sol...Affronter des esprits en colère, il savait faire, des morts qui marchent, ca aussi...Mais alors faire face à une aînée...Ha ça non. C’était au dessus de ses moyens, cà, il ne savait pas faire.

 

-Ha mais v’nez voir! V’nez voir plutot. Croyez qu’ma ferme, elle se nettoie toute seule? Pensez que s’pavaner dans les forêts où s’promener au soleil, ca nettoie sa ferme hein? Allez approchez, Ha qu’vous z’avez l’air dégourdi vous pour sur. Un grand dadet comme vous, un bras cassé surtout j’pense bien! Bougre d’ane! Et c’est qui qui ramasse les pots cassés? Mémé Toscani bien sur! A mon âge, pensez pas que c’vieux corps, il est usé? Vous devriez avoir honte! Et, là, furibonde, la propriétaire des lieux, défourailla son plus grand atout, arme ultime capable de terrasser Hyandaure. Un regard ému et implorant, remplis du poids de toute une vie, ce regard faussement triste dont brille au fond d’un oeil fuyant, la lueur, infime, de la fourberie. Et pourtant, bénis soient les naïfs...

 

-Mais non...Mais non! Je vous assure que...Je vais tout ranger et nettoyer...Puis, c’était pour éloigner les esprits vous savez...Les effrayer.

 

-Bah ca suffit! Ha non! Je n’accepterai aucune excuse, moi aussi j’avais pas envie de m’lever ce matin et pourtant ça fait soixante dix ans que j’me lève tous les matins. Et vous savez pourquoi? Hein savez pourquoi?

 

Emporté par l’ouragan Toscani, le semi-elfe répondait d’un balancement de la tête muet, ne faisant guère le fier.

 

-Ha mais j’vais vous l’dire moi, ha c’est beau la jeunesse tiens, ca sait bien tenir debout, mais ça sait rien faire de ses dix doigts. Ecoutez mon garçon, v’nez ici...Je vais vous l’dire.

 

Le pas hésitant, Hyandaure s’approcha et la vieille fermière lui parut de plus en plus minuscule au fur et à mesure. Alors que plus il approchait, plus il baissait la tête, Mémé Toscani, appuyé sur son baton,  pleine de sévérité et d’apreté d’une rude vie, suivait, défiait et menait de son regard acéré, celui du guerrier.

 

-Approches...Bah t’vas pas m’dire que tu as peur d’une vieille dame tout de même?

 

Il est vrai que l’idée fugace de recevoir le bâton sur le coin du nez lui traversa l’esprit mais il chassa très vite cette pensée qui fit honte à sa conscience, et il plia le buste prêt à écouter.

 

-SAUVAGE! FIEFFÉ MENTEUR! FORBAN PARESSEUX VA! Et elle lui attrapa le bout de son oreille pointue pour tirer dessus, et Sylvia soit témoin que le semi-elfe fut surpris de la poigne et la force que “Mémé” Toscani était capable de déployer malgré son corps vieillissant. Il couina tel un gamin et plié en deux implora la vieille dame de le lâcher. Ha tu vas aller m’nettoyer tout ca oui! Et plus vite que ca! Et ce Coucou que vous avez attiré dans mes champs, tu vas aller m’l’attrappez avant qu’il ne fasse des catastrophes! Tu penses que j’suis pas fatigué des promesses des aventuriers qui passent par ici, j’en ai vu des hurluberlus, mais des comme toi jamais! Et attends donc si j’ vois celui qui t'accompagnes là, l’croquemort qui respire la joie de vivre...J’m’en vais l’remercier aussi pour c’que vous avez fait à ma ferme!

 

-Mais...Mais je vous assure qu’on a tout fait ce qu’il fallait et...

 

Elle conclut alors d’un magistrale coup de bâton sur le séant musclé de Hyandaure qui lui cloua le bec, s'ensuivit un audible et très convainquant AIE!...Avant que ne détale dans un sursaut le semi-elfe, vers ses nouvelles obligations et corvées. Toute la journée on aura vu un homme à la tunique sale s’activer à la ferme Toscani, nettoyer les lieux, remplir les étables de pailles et de foin, nourrir les bêtes et raboter les champs...Et lors du crépuscule résonnera alors les rires de quelques voyageurs en passage et fermiers chez les Toscani tant occupés à encourager ce pauvre hère courant derrière un gros oiseau bien décidé à ne pas se laisser attrapper.

 

Ah...doux Printemps en Balenos et jours heureux...

 

 

Modifié par Hyandaure

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