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L’ennui suit l’ordre et précède la tempête

Nôd

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« On cherche le repos en combattant quelques obstacles et une fois surmontés le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte. »

La pénombre baignait toute la pièce, restant encore invaincue face aux doigts timides de l’aube qui commençait à s’immiscer entre les lames des volets. Le corps à côté d’elle lui tenait chaud, trop chaud, un vrai soleil endormi. Sadie imaginait plus qu’elle ne distinguait les volutes de fumée s’échapper de la cigarette qu’elle tenait entre les doigts, elle n’arrivait pas dormir ou plutôt à se rendormir, bercée par le bruit qui s’élevait doucement depuis le port et cette quiétude qui annonçait souvent les départs.

Le tabac rougeoyât et elle souffla longuement. Partir pour Valencia, partir d’ici, de La Croisée, la soulageait. Elle en avait envie, quand bien même elle avait le sentiment d’aller au-delà de nouvelles terreurs propres aux Kelevra, elle n’aurait repoussé ce voyage pour rien au monde. Son regard glissa sur la forme endormie à côté d’elle. Presque rien. La sorcière se sentait emplie d’une certaine mollesse, l’entraînement ne remplaçant jamais l’effort, le vrai, la lutte contre l’environnement, la réflexion propre au voyage, la découverte : nouvelle ou revue.

Elle se surprit à sourire, voir à laisser glisser un petit rire lâche, à ce constat : tout ce calme l’ennuyait. Calme qui pourtant avait été balafré de quelques nouvelles découvertes et de dizaines de questions différentes mais c’était d’un changement de décor dont elle avait besoin. Il lui semblait qu’elle ne parvenait plus à rester au même endroit, entre les mêmes murs, à faire les mêmes choses et voir les mêmes visages. La langueur l’avait gagnée tel un chat qui s’était installé sur elle et qui, de sa chaleur et de ses ronronnements, l’empêchait maintenant de bouger par simple peur que l’animal ne détale.

Mais elle préférait les chiens, le grand air, les grands espaces et la désinvolture de pouvoir s’intéresser à tout ce qui passait au vent… Elle n’avait plus cette latitude-là : elle s’était engluée elle-même entre les commandes de La Croisée et les devoirs dus à Tarif.

La mollesse était devenu son naturel, elle envoyait même des inconnus faire le boulot à sa place. La cendre glissa sur les draps, consumée sans aide et tombée sous son propre poids. Bien aigre analogie et pourtant… La simple idée que Luthice soit encore en vie lui était toujours insupportable et faisait monter en elle des bouffées de colère asphyxiantes. Mais chaque chose avait sa place et chaque temps avait sa mesure : elle préparait son terrain, celui sur lequel elle allait l’amener pour pouvoir l’y désosser et la mettre en terre.

Quelque part la pensée que c’était tout cet ennui qui provoquait cette colère la titilla. Elle n’y fit pas attention… Déjà la maigre lumière du jour faisait s’agiter l’endormi à côté d’elle. Valencia était toute proche, avec elle renaissaient Diane et Kintran et les secrets enfouis allaient probablement leur exploser au visage comme les feux de la fête des morts.

Kintran et son esprit. Diane et ses visions. Il allait falloir démêler le vrai du faux, si tant est qu’il y ait du faux dans ces vieilles pages tâchées et souvent incompréhensibles… Et pourtant si familières. Tout ça trouvait en elle un écho particulièrement perturbant car il lui semblait qu’entre les lignes de la dernière Sadvhi se cachait une vérité qu’elle connaissait déjà. Certains passages s’adressaient intimement à elle alors qu’elle les lisait sans jamais en saisir le sens profond. Ils lui présentaient des choses passées qui ravivaient des souvenirs amers et lui dépeignaient des périls à venir dont le seul but semblait être la fin. Leur fin. Mais qui étaient-ils finalement ? Kelevra, Nezepha… Tout ça ne voulait plus rien dire.

Un bras armé d’une peau brûlante vint cercler sa taille osseuse. La sorcière déglutit. Les sables s’apprêtaient à leur dévoiler qui ils étaient tous, ce qu’ils avaient à faire, ces rôles qu’ils devraient chacun porter sur la scène de cette pièce aux relents de fausse improvisation. Peut-être était-ce cette vérité qu’elle sentait gratter bien loin au fond de son être : dans ce noir que l’esprit n’avait pas emporté avec lui restait tapi un canevas sans âge et elle sentait poindre l’énormité qui viendrait dans son sillage.

Un soupir longtemps contenu passa entre ses lèvres.

Elle avait hâte d’y être.

 




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