Les contes de Nettesheim

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Les quatre sœurs

Caracole

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Les quatre sœurs


Une table trônait au cœur de leur cercle de fortune, un étal fait de pierres sur lequel étaient disposés quelques bibelots, des colifichets sans grande valeur. Ceux-ci pouvaient être des os ou encore de simples morceaux de tissus provenant de guenilles déchirées. Tout était presque prêt. Autour de cette étrange préparation, quatre femmes se hâtaient pour que tout soit absolument parfait. Quatre demoiselles modiques portant des apparats modestes, des couches de toiles salies par le temps, par la crasse. En les admirant, on pouvait aisément deviner que celles-ci ne faisaient guère parties d’une classe fortunée.

Sans un mot, elles achevaient leurs arrangements, peaufinant les derniers détails alors que dans le ciel, la lune prenait peu à peu une teinte rougeâtre. Elles étaient rares, les nuits pouvant procurer pareil spectacle. Ce n’était plus qu’une question de temps. Les minutes s’écoulaient à une rapidité déconcertante avant qu’un son vienne à s’échapper des lèvres d’une des paysannes. « Voilà » dit-elle sur un ton plutôt relevé. Les quatre sœurs s’éloignèrent alors de la table, d’un maigre pas en arrière dans le but de poser leurs prunelles sur le résultat final, sur cet agencement saugrenue.

« Nous devons nous tenir les mains. »

« Et si nous échouons ? »

« Nous n’échouerons pas. »

Les trois premières tendirent leurs paumes en direction de leurs voisines tandis que la quatrième pris soin d’ouvrir un vieil ouvrage aux pages jaunies. En son sein, on pouvait lire des annotations inquiétantes parfois même illisibles. De ces écrits émanait une sensation déplacée, un malaise conséquent. De la magie noire, à n’en pas douter. Sans attendre davantage, la dernière sœur pris les mains de ses égales avant qu’une légère brise ne vienne effleurer leurs faciès encore juvéniles. Elles devaient être âgées d’un quart de siècle, tout au plus.

L’astre écarlate annonçait le début d'une soudaine vague de puissance. Une éclipse lunaire durant laquelle, les sorcières liées au cycle pouvaient y puiser de la force afin de réaliser les sortilèges les plus périlleux. Et ce soir, tous les éléments étaient réunis pour pouvoir accéder à leur humble demande. Les ombres se rapprochaient de leurs enfants, la faune les empêchant de fuir en des terres plus doucereuses. La solution choisie était certes dangereuse mais à leurs yeux, tout cela était nécessaire

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Les incantations résonnèrent en leurs songes alors que les pages du vétuste ouvrage commencèrent à tourner d’elles-même pour finalement s’arrêter sur le chapitre concerné. L’obsécration dura un temps interminable. Cependant, les quatre jeune femmes gardèrent leurs mains fermement liées entre elles. Jamais elles ne devaient rompre cette étreinte, par crainte de se perdre éternellement dans les limbes obscures. Autour des sorcières, le moindre bruit, aussi insignifiant soit-il, cessait sur le champ, le silence régnant en maître sur ce sanctuaire.

A cette époque, les temps étaient durs pour les habitants de ce village à l'allure dérisoire. Des casaniers aux traditions parfois douteuses. Des habitudes pouvant mettre mal à l'aise certains voyageurs s'étant distraitement égarés. Leur existence était quotidiennement menacée, que ça soit par les ombres mesquines ou la faune agressive, affamée. Le village était d'ailleurs entouré par une maigre clôture soutenue de quelques enchantements à peine tenaces. Le chaos approchait à grand pas et les quatre sœurs en étaient conscientes. Selon elles, il devait y avoir un moyen de mettre un terme à cette peur redondante. C'est dans un vieil ouvrage qu'elle trouvèrent le remède à tous leurs maux. Une invocation capable de chasser les mauvais songes, les esprits néfastes. Cependant, alors que les incantations continuaient au rythme de la brise devenant peu à peu rafale, une lumière presque aveuglante finit par éloigner les ténèbres de l'étale.

Les quatre paysannes cessèrent leurs phonations alors qu'une doucereuse chaleur vint à parcourir leurs épidermes, une sensation réconfortante voire même amicale. Il était là, leur sauveur.

Il demeurait là, majestueusement dressé. Ses épaules étaient droites, son buste relevé. Rien qu'en le regardant, on pouvait sentir nos muscles se détendre, comme si le danger était déjà bien loin, hors de notre portée. La demande était plutôt simple, la créature à l'apparence angélique ne peinant guère à aider ses libératrices. Pouvait-on dire qu'il était reconnaissant ? En quelque sorte. Mais les sorcières ne se doutaient guère que derrière l'aspect divin de cette entité inconnue, se cachait en fait un monstre sournois, un être rusé et avide de conquête. Caché dans l'ombre, il réalisait les moindres demandes des femmes qu'il nommait maîtresse. Cependant, alors qu'il rendait service, encore et encore, une dette dont elles n'avaient pas connaissance s'accumulait au même rythme. Puis, un jour, il vint réclamer son du.

Les quatre sorcières, confiantes face à leur protecteur, ne s'attendaient pas à finir ainsi. Alors que les années passaient et que les services avaient finalement cessés, la folie vint soudainement toquer à leur porte. C'est à ce moment précis qu'elle purent voir leur serviteur, ou plutôt l'imposteur, sous son vrai visage. Il ne laissa derrière lui qu'une image corrompue, celle d'un être abominable, petit et à la peau flétrie. Son rire résonnait en leurs esprits tel un parasite dont on ne pouvait guère se débarrasser. Les bras de la mort furent leur seul réconfort face à cette déchéance incurable.

[...]

 




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