Campagnes diverses

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Eylir

Un dernier bal pour la Danseuse, peut-être qu'il aurait pu commencer par-là plutôt que de se donner en spectacle ? Peut-être que si elle n'avait pas été choisie pour porter le pinceau ? Peut-être que s'ils avaient fait attention à elle plus attentivement ? Peut-être s'ils étaient venus plus tôt, était-ce seulement possible ? Et tout un tas d'autres pensées sur ce qui aurait pu être réalisé, mais qui n'avait pas eu lieu. Peut-être qu'elle serait encore en vie, à ravir ses sourires et de ses rires cristallins.

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Dans l'après-midi, le Pinceau avait été mis en sécurité par les bons soins du Maître. Placé dans son écrin de velours, au fond d'un coffre fondu dans un alliage réputé parmi les plus résistants. Après une si longue traversée, après toutes ces embûches et les périls qu'ils avaient traversés. Ils étaient enfin arrivés à Valencia, tous sains et saufs. Certains d'entre eux  avaient été blessés, bien sûr, mais ça n'avait été que blessure de chair, qui allait guérir avec le temps. Tout semblait aller pour le mieux, et c'est en cet état d'esprit que les festivités commencèrent au banquet donné en la Maison des Oiseaux, demeure des Daash.

La plupart vinrent, afin de se revoir avant de ne plus pouvoir, pour dire au-revoir, ou pour discuter des futures opportunités entre ceux qui restaient. Et alors que le fête battait son plein, que tout le monde respirait enfin. Il manquait une invitée qui n'allait jamais pouvoir les rejoindre. Mais à la place, au lieu des danses avec lesquelles elle aurait pu ravir le cœur et l'âme de chacun, c'est un autre spécimen qui apparut. D'abord en loques et boueux, tout en odeurs nauséabondes et en soupçons de lèpre, il s'aventura en premier lieu sur le palier de la demeure, plaidant pour le pain et le thé, pour l'hospitalité. Il reçut le pain et du thé de la part de quelques-uns des invités, jusqu'à demander la grâce de voir les oiseaux, d'entrer dans la demeure pour que ses yeux fatigués puissent les contempler. Ce que le Maître en plein banquet n'eut pas le cœur de refuser.

Une fois à l'intérieur, le dépourvu clopinant derrière le garde qui le mena jusqu'aux cages. C'est à peu près tout ce qui intéressa les convives à ce point-là. Jusqu'à ce que le garde en question soit projeté contre le mur, alors que le visiteur impromptu se redressait en se lavant le visage, son manteau puant lui glissant des épaules. La marque du corrupteur lui mordant le visage, il glissa son regard sur les convives, un brin désemparés. Le spectacle pouvait enfin commencer. Il adorait ça, s’adonner à de multiples frasques, ce bon Alchir ?

Il gesticula, d'abord, tandis que plusieurs convives se dépêchaient d’aller voir le garde blessé, mais aucun, à ce moment précis, n'avait encore attaqué le fieffé bandit. Il s'expliqua, laborieusement mais sans délai. Il demanda, tout d'abord...

"Est-ce quelqu'un a vu la Danseuse ?" ... sans réponses suffisantes de la part de son auditoire. Il allait y revenir.

Son regard se dirigea sur le Maître, soufflant à toutes les oreilles de la villa quelques-uns de ses secrets. Il a été question d'un tableau, pas n'importe lequel. Le Tableau. Secret centenaire des Daash, d'aucuns n'auraient seulement imaginé que la seule mention de celui-ci aurait pu ne serait-ce qu'être à nouveau cité à haute voix. La pâleur du Maître, à ce moment-là, signifiait beaucoup. Celui-ci n'avait toujours pas donné l'ordre à ses gardes de l'exécuter, cela signifiait beaucoup aussi. Il allait y revenir.

Il accorda ensuite la parole au Forgeron, rayonnant sous le Soleil, afin d'expliquer quelques subtilités. Celui-ci, en réalité, avait été engagé par le bandit afin de récupérer le Pinceau, au nez et à la barbe des membres du convoi. Alchir savait que le Forgeron n'était pas ce qu'il prétendait être et que ses orientations spirituelles allaient à l'encontre même des principes du Père, bien que les rejoignant sur plusieurs points. Il comptait sur lui pour ramener le Pinceau et l'aider à tuer le Père. Probablement parce qu'il avait senti, après s'être engagé dans cette aventure, que ça allait beaucoup trop loin et qu'il ne pouvait plus faire demi-tour. Alors, lorsque le Père lui a demandé de trouver quelqu'un qui respectait les principes spirituels de celui-ci, il ne lui avait pas trompé. Pas complètement.

Alchir était en plein émoi, ravissant son public aux figures tant déconfites que mécontentes de le voir ici et exécuter ses petits tours. Il s'avança alors, gravissant le rebord du bassin. Il accorda un moment à s'expliquer à propos de ses motivations, d'être ici, aujourd'hui, auprès d'eux. La marque qu'il avait sur le visage était le résultat de son échec passé, à Mediah. Il était désormais lié à vie à son maître et lui devait obéissance. Néanmoins, la défaite qu'il avait essuyée au temple de l'Obéissance l'avait suffisamment affaibli pour ne plus pouvoir maintenir le contrôle momentanément. Il fureta légèrement.

"Est-ce quelqu'un a vu la Danseuse ?" ... toujours pas de réponses suffisantes.

Alchir était libre mais il ignorait pour combien de temps. Vraisemblablement, il était là pour les aider. Et pour le coup, nombreux se sont rapidement interrogés : en quoi pouvait-il bien aider ? Ils étaient arrivés à Valencia, après tout. Qu'est-ce qui pouvait bien arriver ?

Avant même d'avoir la réponse, ils furent interrompus par l'arrivée -tardive, selon Alchir- d'un serviteur en panique, qui roula, prostré, aux pieds du Maître. Il annonça en hurlant que le Pinceau avait été volé, ce qui affola tout le monde, hormis le fieffé bandit. Bien évidemment qu'il était au courant, il fallait s'y attendre. Et c'est sans plus tarder qu'il prononça la suite. Il demanda au Maître d'actionner un mécanisme -pourtant secret- sans en dire plus. Celui-ci s’exécuta, sans cacher sa colère. Le sol sous la demeure commença à trembler légèrement sous leurs pieds. Le bassin se vida de son eau et les pauvres poisons ne tardèrent pas à la rejoindre. Au centre du bassin, chacun ont découverts un glyphe magique -de protection, pour les érudits- qui avait été annulé. Alchir souleva une large pierre du bassin et dévoila un espace vide de la taille d'une grand tableau. Ce qui eu l'effet de pâlir encore plus le teint de leur hôte. Avec un tel taux d'effroi, peut-être qu'il aurait pu passer inaperçu à Calphéon, désormais. Une aubaine.

Mais les pieds sur le sol humide du bassin, la petite Noble ne tarda à avoir l'impudence de lancer un sort de foudre sur le bassin, qui se solda par une nouvelle explosion magique, traduisant que le bouclier d'Alchir avait arrêté le sortilège. Mais loin de se démonter, il continua son explication, le bandit dévoila que le Tableau avait été volé quelques temps plus tôt et que, vu l'arrivée de toute la famille Daash la veille, personne ne s'en était rendu compte. L'heure était grave. Enfin, pour les personnes qui avaient compris l'étendue du problème. C'est à dire pas plus de la moitié. Il orienta son regard vers les convives, pour demander une dernière fois. 

"Est-ce quelqu'un a vu la Danseuse ?"

Et là, ce fut l'explosion. Nombres de convives, dans l'incompréhension générale, commencèrent à s'emporter. L'ingénue Dessinatrice lui cria : "Tu n'as qu'à aller la chercher !"

Ce qui provoqua chez Alchir une certaine hilarité, qui précéda un lourd et théâtral :

"MAIS ELLE VA ÊTRE SACRIFIÉE A KZARKA, BORDEL DE MERDE." ... le rideau se baisse. Les frasques prennent fin. Le Forgeron sauta immédiatement dans le bassin pour faire cracher au bandit que ce n'était que des mensonges. Et l'incompréhension n'en fut que plus grande. Un léger flottement eu lieu, le temps que tout le monde réalise ce qu'il venait de crier. Puis, les insultes, puis, un cimeterre lancé malencontreusement vers Alchir de la part du Danselame, qui lui perfora le flanc le faisant saigner abondamment, provoquant une arrivée immédiatement de la Douce pour lui venir en aide, presque à contrecœur.  

Le Bandit, les mains accrochés au col du Forgeron qui le retenait, lui expliqua tout l'étendue du problème, si bien qu'on aurait pu croire qu'ils tenaient une conversation à deux alors que tout le monde les entouraient.

En réalité, la Danseuse avait été enlevée dans la nuit, loin de la surveillance des membres de la Caravane, parce que c'est elle qui a porté le Pinceau de Vénéris durant toute la traversée, que la magie du Pinceau l'avait imprégné. Son sang allait servir de catalyseur afin d'utiliser le Pinceau. Le Pinceau qui, en réalité était une sorte de clé pour la prison d'un Lieutenant de Kzakra, que les ancêtres du Maître ont enfermés il y a longtemps dans le Tableau de Vénéris. Et les trois avaient été récupérés par le Père. Alchir expliqua qu'il savait comment les amener jusqu'à l'antre de son maître, mais qu'il fallait attendre l'aube, là ou la lueur du soleil pouvait se refléter sur les parois et montrer l'entrée. 

Il fut soigné, mis dans un coin sous surveillance et chacun fut libre de partir de ses spéculations pour le reste de la nuit. Mais une chose était sûre. La suite des événements n'allait pas être de tout repos.

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Nôd

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Elle s’était éclipsée sans rien dire, s’éloignant du groupe, du bruit et des lumières vacillantes des torches, pour s’enfoncer dans la broussaille haute et rêche. Le désert était derrière eux, ce grand erg brûlant, hostile mais magnifique. Devant eux, sous la voute étoilée, s’élevait Valencia et ses dômes. La grande cité scintillait au loin, véritable phare dans la nuit, les multiples lumières qui devaient s’agiter en ses rues étaient ici autant d’étoiles au bout de l’horizon, de la route, au bout de leur voyage.

La sorcière escalada quelques éboulis et se hissa en haut d’un rocher plat. Elle avait marché un petit moment, avançant au milieu de la rocaille en direction de la ville, laissant les dunes derrière elle. D’ici elle percevait les lueurs de l’observatoire, aucun son ne lui parvenait plus si ce n’était les bruissements, craquements et autres bruits du monde autour d’elle. Et quel nouveau monde.

Elle leva le nez au ciel, il était d’une clarté peu commune, d’un éclat et d’un chatoiement dont elle n’avait jamais effleuré les prémices qu’à Tariff, là-haut, en haut de la cascade. Chaque étoile semblait luire avec une force qu’elle n’avait alors jamais observée, se magnifiant les unes les autres, petites, grandes, blanches, colorées. Une véritable fantasmagorie qu’elle était pourtant persuadée de connaître et qu’elle redécouvrait le cœur serré, pleine d’une gratitude étrange d’être là, d’être en vie.

En vie.

Depuis leur départ de Tariff et jusqu’à aujourd’hui ça n’avait pas été quelque chose qu’elle avait considéré comme acquis. La certitude de finir ses journées encore entière ni même de se réveiller. Quand elle avait accepté de venir, Sadie n’aurait pas pensé voir et sentir tant de corruption qu’elle en finirait malade, exsangue, la tête pleine d’horreurs et de questions. Quelques-unes de plus dans le millier qu’elle se coltinait déjà. Alessio le lui avait bien fait remarquer. Elle baissa les yeux un instant, s’assit sur la surface rude et froide de la pierre et redressa la tête, le nez en l’air, les yeux grands ouverts et l’esprit voguant au firmament.

Dans une autre vie sans doute lui en aurait-elle voulu, à Valim également, de les avoir tous embarqués là-dedans, de les avoir menés au-devant d’une telle chose, car ça n’était plus que ça, une chose, une ignominie. Mais elle connaissait la puissance et le magnétisme intrinsèques de la filiation. L’impossibilité de se défaire de son ascendance et cela peu importe la force avec laquelle on pouvait le souhaiter.

Une étoile fila au-dessus d’elle, parcourant le firmament avec la vitesse d’un battement de cœur, pour aller se perdre loin, dans les ténèbres de l’horizon.

Au final elle n’avait rien pu faire. Elle avait senti, presque vu, cette souffrance, l’altération même de l’essence, cette souillure telle que tout disparait et ne reste que l’amertume et la vengeance, un cri inaudible pour qui ne sait pas écouter. Elle avait entendu mais n’avait rien pu faire, même psalmodier en réponse à la prière d’Ikhlas ne lui avait pas paru permis. Elion n’était rien pour elle mais sa foi en Aal s’était doucement effritée sur les pierres de Calpheon.

Sadie se sentait comme à l’orée de deux chemins, dans une pensée ironique elle réalisa qu’elle l’était littéralement. Devant elle Valencia, la lumière au bout de la route, transperçant la nuit. Elle porta machinalement la main à une de ses poches et en sortit une petite pièce de cuivre. Du pouce elle en caressa le sceau frappé dans le métal, symbole nébuleux dont elle avait tant cherché à se défaire et pourtant lettre si simple. D’un mouvement sec elle fit sauter la pièce en l’air et la laissa tournoyer et retomber sans la regarder tandis qu’elle se tournait vers le désert dont les formes se perdaient dans la nuit. Derrière elle l’absence, l’épreuve.

La sorcière reprit sa posture initiale, les yeux rivés sur les étoiles. Ils furent des érudits, des gardiens, des prêtres. Ils furent des idéaux, une idée, un nom. Un nom presque oublié, dévoré par les sables et un orgueil démesuré. Sadie ferma les yeux, rassembla autant son corps que ses pensées et se laissa absorber. Le noir la gagna, cette vague familière et rassurante, cet univers tout entier qui n’appartenait qu’à elle et lui permettait de voguer au-delà des idées.

Elle restât ainsi de longues heures, son corps se réchauffant alors qu’elle aurait probablement pu mourir de froid. Elle n’esquissa pas le moindre geste, la respiration si lente qu’elle aurait pu passer pour morte. Quand elle rouvrit finalement les yeux les premières lueurs du jour nimbaient déjà l’horizon d’un orangé triomphal, annonçant une nouvelle journée chaude et écrasante. Son regard glissa du lointain jusqu’à la pièce, posée devant elle.

L’Aleph lui souhaitait la bienvenue.

A suivre…

Eylir
Révélation

Un homme a dit un jour : 

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Ne prenez pas pour argent comptant les choses qui seront décrites, ce serait bête.

 

Il s'agissait, au départ, d'un simple convoi pour Valencia.

Et bien qu'ils rencontrèrent quelques difficultés et rencontres inopinées, ce ne fut rien à côté de ce qui les attendait à l'orée des terres arides. Tout avait commencé avec la visite courtoise quoiqu'un peu un peu trop curieuse d'un certain Alchir Al Risae, lors de leur escale à Tarif. Il se disait marchand d'épices, féru de petites curiosités et voyageur appréciant la conversation et l'histoire des autres itinérants qu'il rencontrait. Il avait approché les membres du convoi avec un naturel déconcertant, si bien qu'ils s'en méfièrent dès les premiers instants. Il avait parlé avec une longue affection de son travail et de cette petite cuillère en or qu'il était censé apporter à l'un des siens, dans le coin, et il avait posé des questions sur la caravane, sur ses convoyeurs, sur la raison de leur voyage, ce qui provoqua chez eux un grand scepticisme. Les caravaniers avaient été jusqu'à l'enfermer dans une chambre d'auberge après l'avoir drogué. Pauvre marchand valencien dont le seul tort avait été d'être sociable et curieux envers son prochain.

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Mais, sans doute eurent-ils raison. Puisque le lendemain même, au petit matin, il avait disparu en brisant la fenêtre de sa chambre. Quelques temps plus tard, des rumeurs de maraudes sauvages étaient arrivées jusqu'aux oreilles des caravaniers. Il avait été décidé de couper le convoi en deux caravanes distinctes. L'une d'elles partirait par les routes du nord, œuvrant pour dévier l'attention de la seconde, remplies des choses précieuses des Daash, qui allait emprunter les routes du sud.

Cependant, cette stratégie n'eut pas grand effet lorsque la seconde caravane fut prise dans l'embuscade de ce cher marchand d'épices. Ce dernier, juché en haut des falaises entourant la route, s'exerça à une mise en scène audacieuse. Des archers avaient été placés sur les hauteurs mais nul de décocha la moindre flèche. Des guerriers les ont encerclés, mais nul n’attaqua directement, si ce n'était pour le bouclier arcanique de l'un des convoyeurs. Après l'avoir détruit, les guerriers frappèrent sur leur bouclier afin de produire un vacarme de tous les diables. Et puis, la tension grimpa comme la chaleur, en ce milieu d'après-midi. Alchir s'expliqua, après avoir simulé l'attaque. Il souhaitait mettre la main sur le Pinceau de Veneris. Cette relique cachée dans les profondes cachettes du chariot. Il exigea une seule chose. Les convoyeurs devaient trahir Valim pour lui donner le Pinceau, sans quoi, ils étaient tous tués. Si certains étaient circonspects sous ses menaces, surtout étant donné que le convoi était en supériorité numérique à coté de leurs attaquants, ils furent bientôt plus prudents lorsqu'Alchir s'éloigna et que le vacarme des boucliers. En effet, ce n'est pas le silence des plaines arides qui leur parvint, mais le sol tremblant de dizaines de chevaux galopants en leur direction, sur les roues escarpées menant aux falaises.

Le groupe, enfermé entre les larges rochers, de chaque côté de la route commença alors à se déchirer lentement. Entre la panique, les pleurs des moins solides et les colères montantes des plus ardents, le clou du spectacle, mené par la baguette du marchand d'épices, fut amené à son comble lorsque le Maître Daash fut poignardé par l'un de ses suivants. La caravane fut fouillée, sous les cris et les insultes, mais nul Pinceau ne fut trouvé. Alchir réapparut ensuite, hurlant que son armée allait tous les tuer s'ils ne comblaient pas son désir d'obtenir l'artefact. Il expliqua également que leur petit stratagème n'avait pas fonctionné, que l'autre caravane avait déjà été complètement annihilée et tous ses membres tués, leur faisant même vérifier cette affirmation à coup de fausses preuves. Il en resta là, lorsque les cavaliers étaient sur le point d'arriver. Lui et ses hommes disparurent ensuite dans un battement de cil alors que tous les combattants du convoi commençaient à se tourner vers les rochers bloquant l'accès, qui furent déplacés à grand renfort de magie. Mais alors que la poussière retombait, ce ne sont pas de fieffés bandits qui surgirent mais des soldats d'Altinova en armure rutilantes, hurlant en médiehn à tout le monde de lâcher leurs armes.

Ce rusé d'Alchir n'avait aucune armée. Il avait seulement faire prévenir la garde qu'un groupe de maraudeurs avait commencé à rôder dans le sud et ces soldats avaient pour mission de les chasser. Il avait joué là-dessus pour terroriser ses victimes. Les voyageurs avaient été rusés aussi, puisqu'en réalité, Maître Daash avait été qu'empoisonné, donnant l'illusion de sa mort au marchand d'épices. Les voyageurs, une fois apaisés et rassurés après avoir frôlés l'idée pernicieuse d'une mort certaine, furent escortés jusqu'à Altinova où ils purent rejoindre l'autre groupe.

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Après s'être reposés à Altinova, ils entamèrent la partie la plus compliquée du voyage. Ils bravèrent les portes du Désert, ainsi que les centaures pour arriver jusqu'au désert. Et c'est à dos de dromadaire, pour la plupart, qu'ils s'engagèrent sur la nouvelle étape de leur périple.

Ils s'engagèrent dans le désert, et c'est sous la chaleur étouffante qu'ils furent surpris par un bruit rêche, sourd. Ils n'eurent à peine le temps de se retourner pour voir ce dont il s'agissait : une tempête de sable dépassait déjà la dune voisine pour fondre sur eux. Quasiment tous s'activèrent. Mettre les montures à l'abri, monter les tentes et prier pour s'en sortir. Mais... quelque chose n'allait pas, il ne s'agissait pas d'une tempête naturelle. De longues mélopées lugubres, des chuchotements sinistres s'échappaient du tourbillon destructeurs. D'abord ressenti par les mages, ces échos furent perceptibles par tout le monde. Une puissante magie était à l'oeuvre avec la réelle intention de les écraser sous sa colère.

Alors que les mages avaient l'impression d'être dans un étau arcanique, les autres ressentaient la pression de la magie jusqu'aux os. S'ils n'avaient jamais été mis en contact avec la magie, cette expérience avait eu de quoi être traumatisante. D'abord un hurlement de douleur, celui d'un docteur trop curieux qui avait orienté son esprit là ou il n'avait rien à faire. Puis, celui du Maître, rapidement suivi par celui de ses filles, agressés, tenaillés, par un sorcier sadique. Ils entrèrent alors dans l’œil du tourbillon. Un calme plat, durant une poignée de secondes, apaisant pour les esprits de chacun... jusqu'à ce que tout les hurlements les assaillent dans l'autre sens, les torturant une nouvelle fois. Les mages purent, malgré la pression, mener des inspections magiques dans le tourbillon, le sondant afin d'en capter la provenance, l'amplitude. Ils purent ainsi se rendre compte que l'auteur de ces méfaits venaient de Valencia elle-même. Il s'agissait d'une magie puissante, ancienne et corrompue... mais... dont certaines nuances pouvaient révéler une sorte de renouveau.

Egalement, les introspections des mages du groupe, par leurs efforts conjoints, purent trouver le détail que leur agresseur ne pouvait pas cacher. L'empreinte magique était la même que celle de leur hôte, mais d'une puissance corrompue, malsaine, sale pour l'esprit et malfaisante pour l'âme. Le Maître s'extirpa de la tente, défiant le vent hurlant et commença à prononcer une longue incantation à l'intention de celui qui leur voulait du mal. Il puisa dans les réserves les plus insoupçonnées de son être, faisant vriller les éléments autour de lui, jaillissant sous forme d'arcs électriques. Au même moment, la tempête commençait à s'éloigner, mais c'était pour mieux faire demi-tour, confirmant par là-même qu'elle était très loin d'être naturelle.

Mais l'écho magique, l'avertissement profond qui était en train d'être incanté résonna dans l'esprit de ses compères, qui ne tardaient alors pas le rejoindre. La magie sombre de l'habile Sorcière et celle du curieux Docteur, se conjuguant avec la magie de l'Est du Maître s'insufflèrent ensemble dans le sortilège prononcé. Et lorsqu'il fut terminé. La tempête s'ébranla. La crainte et la peur venait de naître dans le cœur de leur agresseur, si bien qu'il lâcha son emprise. La tempête fut secouée puis subitement, s'arrêta au dessus d'eux en faisant tomber tout le sable accumulé sur eux. Une violente bourrasque de vent arracha alors les tentes, et une voix grondante résonna, sur ces mots : "CRAIGNEZ MOI, PARCE QUE J'ARRIVE. CRAIGNEZ MOI ET SOUMETTEZ VOUS." suivi d'un très léger... "Mon fils arrive... et il a un présent pour moi."

Ils eurent peu de temps pour s'en remettre, plusieurs de leurs compagnons mal en point avaient besoin de soins. Et c'est à l'Oasis d'Ibellab qu'ils se retrouvèrent. Là bas, ils eurent largement le temps de se questionner sur ce qui les avaient attaqués.

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Révélation

 

Le passage à l'Oasis fut d'un rafraîchissement étonnant, si bien qu'ils y seraient restés encore quelques jours, si l'envie de rejoindre Valencia n'avait pas été plus forte. La prudence était tombée d'un cran, si bien qu'une ombre discrète pu aisément de faufiler entre les autres voyageurs de l'oasis. Cet individu eu largement le temps de s'entretenir avec l'un des membres du convoi présent, avant de disparaître entre les dunes.

Le matin de deuxième jour après leur arrivée, tous furent enfin prêt au départ, pour une nouvelle traversée ardente du désert en ayant pour destination, cette fois, le sanctuaire de l'Obéissance. Lieu sacré sous le regard d'Aal, étape de pèlerinage de nombreux Aalans. Ce sanctuaire était bâti sur des fondations millénaires, leurs pierres bénies par les prières de tout les pèlerins et de la foi de tout un peuple. Les plus pieux disaient qu'il était, au même titre que les autres sanctuaires, gorgés d'une puissance divine. Peut-être fussent t-ils convaincus que leur Dieu les protégeraient d'une autre attaque en s'y arrêtant ? Quoiqu'il en soit, c'est à la tombée de la nuit que leurs pas leurs menèrent jusqu'au sanctuaire. Mais en arrivant à portée, ils s'aperçurent rapidement qu'il n'y avait nul âme y vivotant, nul pélérin qui avait allumé de lanternes, ni de feu pour se réchauffer dans la fraîcheur de la nuit. Qui plus est, après y avoir regardé plus attentivement, une large brume épaisse recouvrait l'ensemble du sanctuaire.

Sitôt, plusieurs voix se sont élevés afin de proposer de faire demi-tour pour trouver un lieu plus propice. Mais c'était là pur suicide. La nuit dans le désert allait rendre leurs efforts aussi mortels qu'inutiles. Ils n'avaient d'autres choix que de s'aventurer dans les alentours du lieu sacré. De plus, un peu après leur arrivée, une lueur orangée s'illumina à travers la brume, vers les hauteurs du temple. Des éclaireurs furent alors envoyés afin de mener une brève investigation. 

Deux d'entre eux se sont alors aventurés, le Docteur et la Fluette à l'intérieur de la brume, discrètement, sous le couvert des bas murs des ruines sacrées. Ils ne tardèrent pas à se sentir agressé par une légère odeur ferreuse, celles que l'on reconnait en présence d'une forte présence de sang frais, et c'est en avançant qu'ils eurent la surprise de distinguer la silhouette d'Alchir qui les attendait, au sommet du premier escalier, faisant sonner quelques notes de Oud. Bien qu'ils soient cachés, il se contenta de leur dire qu'ils pouvaient venir, de marcher en paix, que son Maître les attendaient. Puis, cela lui paru assez et il remonta les marches. Les éclaireurs ne tardèrent pas à faire demi-tour pour rejoindre le groupe, alors que Maitre Daash commençait seulement à sonder la brume. Il s'aperçut alors qu'il s'agissait de la même magie, ayant généré cette brume, que celle ayant déclenché la tempête, quelques jours plus tôt. Au retour des éclaireurs, ils s'accordèrent qu'ils n'avaient que deux choix. Mourir glacé dans le désert ou tenter sa chance au devant du danger. Etant donné que la première possibilité garantissait l'évidence de leurs morts à tous, ils s'armèrent de courage. 

Lorsqu'ils s'aventurèrent par la voie traditionnelle pour monter au temple, ils tombèrent sur des runes, tracées dans le sable avec du sang, formées en sillon. Les érudits reconnurent la marque du Maudit, de l'impie Kzarka dont la puanteur arcanique avait remplie tout le sanctuaire. Ils poursuivaient néanmoins leur chemin jusqu'à tomber sur Alchir qui les attendaient. Il n'avait plus l'air aussi rusé et vif qu'à leur précédente rencontre, mais plutôt abattu et désolé. II leur proposa une dernière fois de lui confier le Pinceau, afin de le remettre à son maître, en espérant que cela suffise à apaiser sa colère, suite à quoi, le Maître Daash se contenta d'ordonner l'exécution du pauvre marchand d'épices, mais c'était sans compter l'esprit vif du Docteur qui a pu lire dans les fils magiques et comprendre tout le problème. Alchir était marqué, et cela depuis peu, par la magie corruptrice de son maître, probablement pour avoir échoué dans sa première mission. Lui qui, d'apparence, avait l'air si pieux envers Aal, malgré ses activités de truand, avait désormais l'air bien penaud. Mais c'est sans le moindre regard que les autres décidèrent de passer jusqu'au sommet du sanctuaire.

Ils arrivaient alors à une mise en scène macabre. Au delà du premier escalier, de chaque coté, étaient installés les cadavres des pèlerins, empilés de grossière manière. Une bonne dizaine, à vue de nez. Plus haut, sur la stèle supérieure, derrière le toit du temple qui s'embrasait, deux silhouettes se distinguaient.
La première, colossale, dominait les caravaniers. Il était encastré dans une large armure sombre, les deux mains sur la garde sa longue lame qu'il disposait devant lui.

La seconde, plus fluette, assise sur un trône de cadavres improvisé, les détaillaient avec dédain. Il avait le teint cireux, maladif, des yeux noirs et abyssaux. Vêtu d'une longue tenue aux accents Valenciens, celle que portent les morts. Il se redressa lentement, étendant son bras devant lui, maître en son palais funeste. Après quelques mots, son identité sembla se révéler. Il s'agissait du père du Maître Daash, ramené d'entre les morts et il ne voulait qu'une chose. Le Pinceau, qu'il entendait bien récupérer par tout les moyens. 

Moyens qui ne tardèrent pas à être utilisés, puisque d'un claquement de doigts, les morts commençaient à se redresser sous le gémissement plaintif des fondations du sanctuaire. Le groupe se divisa alors en plusieurs parties. Un premier s'occupait des morts à l'arrière, les empêchant de les rejoindre. Le second s'occupait de mettre le colosse hors d'état de nuire, tandis qu'un dernier se forma lorsque l'une des caravanières s'en alla chercher le Prêtre-Guide et le reste de a caravane, restés en arrière. Il semblait, en effet, qu'ils avaient compris ce qu'il fallait faire. Néanmoins, certains courageux essayèrent d'attaquer le Père, en vain, puisqu'ils ne trouvèrent d'une barrière invisible pour retenir le moindre de leurs coups.

Ce dernier ne leur laissa néanmoins pas de répit, si bien qu'il alla jusqu'à utiliser l'une des filles du Maitre pour récupérer des forces, ce qui lui permis d'actionner l'un des sortilèges qu'il avait préparé. Incantant, faisant bouillir le sang des runes qu'il avait placé tout autour du temple, avant de lancer un hurlement strident. Mais Aal protégea les siens, si bien que tout les fervents -et les plus précautionneux de la caravane- furent préservés Pour les non croyants, en revanche, ce fut différent. Ils s'écroulèrent instantanément, réduisant les effectifs combattants.

Mais loin d'avoir dit son dernier mot, le Prêtre organisait les siens afin de réaliser un rituel de purification sous l'égide d'Aal. En effet, le Père détenait son immense pouvoir des pierres même du sanctuaire qu'il avait corrompu par le massacre et ses runes impies et seule la foi envers Aal pourrait lui retirer ça. Mais tandis qu'il traçait les runes, une tête connue réapparu. Alchir, encore lui, qui suppliait au Forgeron de lui donner le Pinceau, lui expliquant que c'était le seul moyen de l'arrêter définitivement, mais d'après le Forgeron, tout ça, ce n'était pas prévu, rien de tout ça n'était prévu. Quel lien pouvait t-il entretenir, ces deux là ? Cela dit, c'est à coup de livre sacré que la Douce avait choisi de terminer la discussion entre eux. Pendant ce temps là, le Père descendait les marches pour rejoindre le cercle rituel.

Trop tard, lorsque le Prêtre commença à hurler les paroles sacrées. Elles secouèrent les pierres, une à une, vibrantes à unisson dès les premiers syllabes. Un chant mélodieux dans Valencien ancien, celui de toutes les prières et des âmes des pèlerins qui, d'abord à peu perceptible, résonna autour d'eux, à mesure que les pierres s'illuminaient de plus en plus. Les cadavres relevés, quant à eux, commençaient à se disloquer pour retomber mollement au sol. Le Prêtre fut rapidement rejoint par les Aalans, hurlant d'une seule fois les paroles de purification, sous les yeux ébahis du Père qui perdait le contrôle de son oeuvre, résultat de son propre orgueil. Celui d'avoir bafoué Aal lui-même afin s'offrir un palais. Palais qui retrouvait sa vie et dont le pouvoir commençait à lui filer entre les doigts. Il était là, tétanisé, incapable de réagir tandis que le sanctuaire brillait de tout son éclat jusqu'à la fin de la prière où tout cessa. Il profita alors du tumulte pour s'enfuir, provoquant un bourrasque de vent, projetant tout le monde au loin, qui le fit disparaître dans une brume rougeâtre.

Puis fut le temps du calme et du rétablissement. Les blessés étaient nombreux mais furent rapidement pris en charge, tout autant que les cadavres disloqués qui reçurent peu après un sacrément digne. Mais la mort avait investi cet endroit, et c'est peu après qu'ils décidèrent de reprendre la route pour Valencia, à quelques jours de là.

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Ils étaient enfin arrivés à Valencia, avec pertes et fracas, certes. Mais ils étaient arrivées. Aussitôt, le Pinceau fut mis en sécurité... mais... est-ce qu'il l'était vraiment et, quelqu'un sait t-il quels sont les vrais pouvoirs de celui-ci ? Et... d'ailleurs... Quelqu'un a vu la Danseuse ?