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[Ouvert à tous en écriture] Pensées et agissements de vos personnages

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Makie

Premier contact II

Eléazar Kelevra était occupé à synthétiser les notes qu’il avait prises sur les tatouages de Sadie lorsqu’on frappa à sa porte. Son atelier provisoire était spartiate : 2 chaises, une petite table, un coffre et une commode, aucune décoration en dehors des lustres. Il avait rangé les papiers et ouvrages qui traînaient jusque là dans la pièce et la paillasse d’alchimie avait été en grande partie débarrassée.

Assez grand et d’apparence ascétique, Eléazar portait moustache et favoris. Il avait le crâne rasé et sa mise était des plus simple. Âgé de 42 ans, sa peau tannée par le soleil et ses traits creusés par le vent, le faisaient paraître plus vieux qu’il n’était. Son regard gris clair était perçant et il parlait d’une voix calme et grave.

Il invita la jeune femme à s’asseoir, lui désignant le siège le plus confortable et répondit à ces questions après lui avoir offert un thé. Celui-ci était servi à la mode du désert, très chaud, avec de la menthe et bien sucrée.

-« La paix soit sur toi Aubelyne Bretos. Maître en magie… Je préfère utiliser le terme de Seid qui est ma fonction dans le Clan auquel j’appartiens. On accède à cette fonction après une initiation longue et exigeante. Ma tâche consiste à enseigner et former les futurs mages et sorcières du Clan Kelevra. Je répugne à utiliser le terme de Maître car si j’ai passé une grande partie de ma vie à étudier, je sais qu’il me reste encore à apprendre et à découvrir. Notre Clan est ancien et a rassemblé de nombreuses connaissances sur la magie. Je suis toujours curieux de découvrir de nouveaux ouvrages aussi c’est avec plaisir que j’accéderais à votre requête. Mais je dois vous prévenir que je m’apprête à quitter Calphéon pour retourner à Tariff. »

Aubelyne

Premier contact

La jeune magicienne s'était présentée à l'adresse indiquée par l’aubergiste proche du Polipo afin de rencontrer le Magicien appelé Eleazar dont la réputation était parvenue jusqu'aux oreilles d’Aubelyne.

La jeune femme de  25 ans, cheveux longs plus clairs en leur extrémité, un fin diadème sur le front,  hésita quelques minutes devant la porte.
Vêtue simplement d’une  longue toge sombre, dont les couleurs n'étaient pas sans rappeler celles d'une nuit claire étoilée,  son apparence semblait assez ordinaire,  seule chose peu courante,  un médaillon visible,  au bout d’une longue chaine en métal clair qui pouvait aisément briller à la lueur de bougies. Un second dont on devinait simplement la présence à cause d’une autre chaine, demeurait dans le décolleté de la jeune magicienne.

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Balayant de son regard vert jade  la pièce faiblement éclairée après avoir entrouvert la porte, elle s’avança lentement, et salua  Eleazar.

- " Bonjour, je m’appelle Aubelyne Bretos, votre nom est arrivé jusqu’à mes oreilles êtes-vous bien Eleazar le Maître en magie ?"
Je souhaiterai si cela est possible,  avoir un entretien avec vous à une date et en un lieu qui vous conviendra même si pour cela je dois voyager.
Je n’ai pas avec  moi l’ouvrage que je souhaiterai vous faire examiner, et par ailleurs j’aimerai  faire votre connaissance avant d’aborder d’autres sujets en rapport avec la magie élémentaire.

Makie

Une amitié enfantine

Quand la jeune femme avait pénétré dans son atelier provisoire, un air de déjà vu l’avait saisi immédiatement. Tout s’était éclairé lorsque son identité lui avait été révélée : c’était Galathéa la fille de Naïs Kelevra. La ressemblance avec sa mère était frappante, c’était ses cheveux gris qui l’avaient empêché de la reconnaître. Un flot de souvenirs enfouis lui revint et il lui fallu toute sa maîtrise pour ne pas se laisser envahir par l’émotion et garder son calme habituel.
Du même âge, Naïs et Eléazar s’étaient de nombreuses fois croisés durant les enseignements communs donnés aux enfants du Clan. Si l’enseignement des Kelevra était rigoureux, les enfants n’en restaient pas moins des enfants qui lorsqu’ils retrouvaient un temps leur liberté, courraient, jouaient avec des cerfs-volants, se querellaient pour se réconcilier aussitôt après. Mais Naïs était une enfant précieuse, et vivait le plus clair de son temps au sein de sa famille dans le désert. Elle ne pouvait que rarement se mêler aux jeux des autres enfants. C’était une enfant sage et une élève douée, Eléazar, studieux lui-même, aimait son calme et sa douceur et lors des rares moments de liberté de Naïs, il essayait à chaque fois de passer du temps avec elle. Ils s’éloignaient alors du campement, restant toutefois à portée de voix et aimaient passer de longs moments adossés à un arbre. Ils échangeaient des confidences, parlaient parfois d’un ton sérieux d’Aal ou de la magie et s’inventaient des histoires. Ces moments rares étaient d’autant plus précieux qu’ils leur semblaient être en quelque sorte volés.
Leurs chemins s’étaient peu à peu éloignés quand à l’aube de leur adolescence leurs dons étaient devenus évidents. Ils avaient suivi désormais un enseignement différent : elle était une jeune sorcière des plus prometteuses, lui était devenu le disciple le plus proche du Seid. Lorsque très rarement, ils se retrouvaient tous les deux, une étrange gêne s’installait entre eux et ils ne retrouvaient plus la complicité de leur enfance.
Lorsque le mariage arrangé de Naïs avait été annoncé, il était lui même bien avancé dans son apprentissage de futur Seid, il avait appris à refouler ses propres sentiments, à penser pour et par le Clan et comme les autres membres s’était réjoui de cette nouvelle. Lorsqu'elle s'était enfuie, comme les autres membres du Clan, il s'était étonné et indigné, refoulant tout ce qui avait pu le lier à la jeune fille. 25 ans plus tard, il réalisait ce qu’avait pu ressentir Naïs, promise à un inconnu. La tristesse que parfois il percevait fugitivement derrière son beau regard bleu, était celle d’une jeune fille prise au piège de son destin, vivant dans une prison sans barreaux. Si jusqu’à son arrivée à Calphéon, la fuite Naïs était restée une énigme, il commençait à comprendre et à son grand étonnement à respecter son choix.
Il ne s’attendait pas à ce que l’irruption de Galathéa dans son existence le bouleverse autant. Trop occupé par son activité de Seid, il n’avait pas pris femme, n’avait pas eu d’enfant et n’était attaché à personne. Plus il discutait avec Galathéa, plus il retrouvait le caractère de sa mère, une volonté tranquille, une franchise sans détour, une calme assurance derrière une apparente fragilité. Il se rendit compte que jamais il ne pourrait user d’aucune contrainte à son encontre, que s’il voulait rester fidèle à cette amitié enfantine et lui donner un sens, il était de son devoir d’aider Galathéa sans en exiger une contrepartie.

Aubelyne

Les lueurs blanchâtres de la pleine lune éclairaient encore la chambre de la jeune magicienne.
Elle ne fermait jamais les fenêtres comme pour être au plus près des constellations  qu’elle contemplait  de longues heures avant de dormir.
A ses yeux, ces ensembles d’étoiles dont les projections sur la voûte céleste  étaient si proches pour être reliées  par des lignes imaginaires  étaient source d’inspiration et de concentration.

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Calpheon n’était pas son « rifugio del stelle » comme l’avait appelé son ami et confident,  tout au plus l’endroit où elle travaillait en tant que pâtissière pour  financer ses recherches sur les quatre éléments fondamentaux, sources de toutes choses selon elle,  se combinant  grâce à l’amour qui les unissait, et à la discorde qui les séparait.

Il restait encore quelques heures avant que l’aube n’éveille Calpheon.
Cité  trop bruyante au gout d’Aubelyne … elle qui venait de la province d’Hedeil  le contraste avait été saisissant à son arrivée quelques semaines plus tôt.
Mais la connaissance n’avait pas de prix, elle le savait.  Un homme qui tirait les cartes à Heidel,  lui avait conseillé de prendre son envol et  de quitter son cocon familial. 
Ce qu’elle fit, suivant en quelque sorte les pas de sa mère quelques années plus tôt. 

Mais au contraire de sa mère,  qui elle était un véritable rat de bibliothèque,  Aubelyne pensait que les réponses se trouveraient non pas seulement dans les livres, mais aussi durant ses voyages et ses rencontres.

 

Elle avait entendu parler dernièrement d’un mage du nom d’Eléazar qui foulait parfois les pavés de la cité.
Peut-être devrait-elle tenter de le rencontrer.
Elle savait désormais faire taire sa timidité,  il serait à n’en pas douter peut-être bénéfique de rencontrer ce grand magicien. 



Par ailleurs, peut-être connaitrait-il un moyen pour rendre lisible l’ouvrage en sa possession depuis quelques mois  et dont un sortilège semblait voiler le texte oublié du passé…
Du moins c’est ce que lui avait dit l’Homme d’Heidel… le fameux Phileor, celui qui lui avait tiré les cartes.
Il lui avait parlé de  femmes qui vécurent deux siècles durant, au sein d'un monastère du Royaume de Mediah avant qu'elles ne disparaissent et dont les pouvoirs étaient en mesure de révéler ou de masquer certains textes.

 

Les premiers rayons du soleil tentaient de percer un épais voile nuageux naissant.

La nuit passée, une fois encore,   la jeune magicienne s’était perdue entre songes et curieuses rêveries, voire visions cauchemardesques.
Elle n’en parlait jamais à ses proches par crainte de passer pour une illuminée… mais tout comme sa mère, il était fréquent qu’elle soit sujette à des visions nocturnes, que seul un étrange breuvage arrivait à chasser au réveil. 
Mélange d’herbes et d’épices venant de l’est qu’elle achetait à des marchands arrivant d’Altinova, ou de Tarif.

Mais ses visions étaient pour le moins perturbantes …  surtout lorsqu’elles se réalisaient. Ce qui était arrivé une fois déjà, rendant la jeune femme méfiante quant à ses songes là…

Après s'être étirée une dernière fois tel un chat venant de se réveiller, elle enfila sa longue toge sombre pour recouvrir son corps tout juste voilé d’un fin tissu de soie blanche et descendit pour faire chauffer de quoi préparer le breuvage matinal salvateur.

 

Galathea

Plumes

Fille de prostituée... En l'absence d'information, c'est le plus plausible, et ce qu'elle avait toujours cru d'elle-même. Qu'importe, Keplan était devenu sa famille de cœur, et les murs massifs de la cité son nid, rugueux, rocailleux mais douillet pourtant. Perchée sur les hauteurs de la ville, la pie voleuse avait passionnément amassé ses cristaux, voué sa vie à leurs iridescences, aux fascinants aléas de leurs aspérités, et aux ondes dont ils vibraient pour elle.

Mais Sadie était arrivée. Oiseau de mauvaise augure ? Avant tout, une main tendue, qui fit soudain cesser la douleur en même temps que l'ignorance. Galathéa n'était donc pas fille de putain. Elle était bien pire et bien mieux à la fois. Vilain petit canard, enfanté d'une fuyarde qui avait renié les liens du sang. Et pourtant c'était bien celui du cygne qui coulait dans ses veines, paraissait-il. Mais elle n'en avait aucune intuition.

Il lui semblait toutefois que Sadie l'avait comme prise sous son aile. Une sorte de solidarité muette mais donnée d'avance... Jour après jour, Galathéa sentait qu'elle se laissait prendre par ces liens qu'elle ne faisait encore que deviner. Même ce Seid, homme ancien et étrangement nouveau à la fois, lui parlait comme si la connaissance et l'entraînement lui étaient déjà acquis. 

Elle n'avait pourtant rien du cygne, Galathéa, rien d'autre que la blancheur de sa peau. Elle ne se sentait rien d'une Kelevra. Cela faisait trop longtemps qu'elle volait de ses propres ailes pour pouvoir saisir d'emblée l'essence de l'interdépendance clanique. Ignorante des mœurs du désert, trop aveuglée par la lumière d'Elion pour accorder ne serait-ce qu'un regard à Aal. Et libre, à la fois de cœur et de corps, libre en tout cas de les donner au lion de passage qui traquerait l'agneau divin.

Aujourd'hui une petite spinelle pourpre et une certaine topaze mystique avaient été pour elle les clés des souvenirs de Sadie, qui lui avait brièvement ouvert son esprit. Elle y avait vu la silhouette d'une sympathie ancienne, entre sa propre mère et la jeune sorcière. Peut-être le chemin d'une tradition à perpétuer... Même si, on l'avait prévenue, porter le nom des Kelevra aurait des implications bien plus vastes. 

D'autant qu'il paraissait qu'on voulait leur voler dans les plumes...

Menetios

Brisé

L’écho d’un rire dans l’obscurité le tira de l’inconscience brutalement. Alors, comme si elles avaient attendu patiemment la fin de ses songes hantés en spectatrices amusées et vicieuses, les douleurs lui remontèrent l’échine. 
Par le privilège de leur fraîcheur sans doute, les plaies à vif semées sur son torse menaient cette procession. Suivait la déchirure de ses poignets meurtris ou même brisés par les verrous qui les maintenaient et prenant la suite, sous le rigide effet de la gravité qui l’écartelait, celle de ses épaules suspendues à des bras désormais privés de force. Le reste se bouscula et il gémit sous la tempête de souffrances.

A présent, une lumière rougeoyante approchait et à cette simple vue et remarquant le silence, il se mit à haleter de peur. Autour de lui, la mort s’étalait et la prison s’était muée en charnier.
La silhouette massive et cornue qui entra, bien que bestiale d’apparence, ne pouvait être qu'humaine vu le sadisme et la froideur toute scientifique qu’elle déploya lors de l’examen des corps. Lorsqu’elle se tourna enfin vers lui, il détecta en elle une once de satisfaction et cela le révulsa.

- Espèce... de..., toussa t’il la gorge sèche et âcre.

Implacable, la créature préparait la suite en agitant des substances. Il la connaissait bien lui aussi cette suite brûlante, il la subissait depuis son arrivée comme tous. Il se débattit vainement, se mutilant stupidement et cria sachant pertinemment que cela n’y changerait rien. L’énorme seringue de cuivre s'enfonça dans son bras mais le froid qui suivit le prit au dépourvu. Était-ce enfin son tour d’être enlacé par la Mort ? A peine germait cet espoir que se réveilla la première braise. Aussitôt son sang devint un magma, il hurla. Le feu des sensations se propagea, il emplit ses entrailles et les dévora, ses os lui semblèrent craquer comme s’ils étaient de bois, et lorsque le contenu de son crâne se liquéfia il sombra, l’esprit brisé, sans connaissance.

Nôd

La pièce avait beau avoir été plongée dans une obscurité presque totale, elle s'était réveillée en sachant que le soleil ne devait même pas encore avoir apparu à l'horizon. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait plus dormi dans un endroit où l'on fermait les volets. Les ouvrir avait d'ailleurs confirmé ses pensées, l'aube pointait timidement au loin, au-dessus de Keplan la nuit était toujours bien présente.

Elle s'était massé le visage, avait quelque peu remis ses cheveux en place, l'esprit encore embrumé par les vapeurs de rhum. Elle avait la bouche pâteuse et les paupières lourdes. Le voyage allait être long.

Sadie n'avait pris aucune précaution pour réveiller Alessio, le bousculant sans vergogne, et elle s'était étonnée de le voir réagir promptement, prêt en quelques minutes. Elle le remercia pour ça. Mentalement. Le rhum lui avait cloué la langue.

Les rues de Kaplan étaient encore calmes, seuls quelques gardes terminaient leurs rondes et quelques mineurs revenaient ou partaient. On était loin du brouhaha que connaissait Calpheon dès les premières lueurs avec les marchands qui s'installaient et les convois qui commençaient à affluer. Elle apprécia ce flottement, un peu de calme. Puis la maison de Galathea se dessina devant ses yeux tandis qu'ils sortaient du monte-charge et une grogne la reprit à la gorge.

Venir lui révéler la vérité, tout lui dire, lui expliquer. Ça ne lui avait pas fait peur, elle avait plus redouté sa réaction. Elle aurait pu fuir, nier en bloc. Ça n'avait pas été le cas. Elle ne s'était cependant pas attendue à tomber sur un chien de garde aussi agréable qu'elle-même. Sadie savait qu'elle allait devoir composer avec. Elle n'avait aucun envie. Mais elle allait devoir.

Plantée devant la maison de Galathea, elle réfléchissait. Elle ne voulait pas se battre, ça ne lui apporterait que des problèmes. Elle avait passé ces quatorze dernières années à se refréner, ne pas venir la trouver, parce que Naïs avait préféré l'éloigner, alors elle aussi devait la laisser loin. Sa préoccupation première avait toujours été la protection de Galathea, par le silence et l'ignorance d'abord, par la vérité maintenant. Et la violence si c'était nécessaire. Mais l'autre guignol blond n'était pas l'ennemi à combattre.

Elle soupira. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était plus tu, qu'elle n'avait plus fait l'effort conscient d'absorber platement ce qui la mettait hors d'elle et de laisser couler. Elle savait aussi que c'était dangereux. Qu'elle finirait littéralement par exploser. Mais peut-être aussi que ça s'arrangerait avant qu'ils n'en arrivent là. Alessio avait marqué un point en disant qu'ils cherchaient tous les deux la même chose : la protéger. Il avait aussi vu juste en pointant que Neilho s'y prenait comme un manche.

Sadie fit un pas en avant, frappa plusieurs fois à la porte et inspira, cherchant au fond d'elle ce gouffre qui lui permettait de faire fi du reste. La violence serait pour plus tard.

Kalythsu

C'est une nuit silencieuse qui règne sur Florin, ce petit village d'alchimiste. Les animaux nocturnes sont de sortie. Ils viennent gambader dans l'herbe, jouer entre eux et émettre des bruits plus ou moins inquiétants. Le ciel est étoilé, la lune dépose son voile argenté dans le joli paysage qui s'offre devant une femme vêtu d'une fourrure en plume de corbeau. Sa chevelure blonde aux pointes roses encadre son visage blafard. Ses yeux perçants fixent un lieu tout particulier du village. Un sourire s'étire sur ses sombres lèvres. Akkaba aurait aimé plus d'action mais les ordres sont les ordres. La discrétion avant tout. Le village est endormi, c'est le moment pour elle d'agir.

Plus tôt dans la journée, elle est allée apporter la lettre donnée par Sadie au banquier afin d'obtenir les fonds nécessaire à sa mission. Elle pénètre dans une maison et en sort à intervalle irrégulier pour déposer juste quelques objets dans son moyen de transport. Au bout d'une petite heure, Akkaba quitte Florin en direction du sud. Nul ne sait où elle allait ainsi au beau milieu de la nuit. Seule elle en était consciente. Elle ne fait aucune pose. Elle doit arriver au plus vite à destination. Elle a envoyé dans la journée une lettre au Clan Brujo pour leur annoncer son retour et la venue d'une personnalité qu'elles attendent depuis fort longtemps.

Le voyage se passe dans le calme et sans soucis, passant presque inaperçu. Quelques gardes la verront ne s'en inquiétant pas plus, passant son chemin sans créer de conflit. Dans tout les cas, au levée du matin, le laboratoire scientifique de Siari aura été vidé de toutes choses importantes. Nul ne sait où sont passés les affaires, ni qui les a emporté. La seule chose de sûre, c'est que cela s'est produit durant la nuit.

L'héritière arrive. Elle approche.

Nôd

Elle avait raccompagné les chiens à l'auberge sans même s'apercevoir du chemin qu'elle prenait, la tête complètement ailleurs. Sadie ne se serait jamais attendue à ce que les paroles d'Alessio la heurtent à ce point. Tout comme elle ne se serait jamais attendu à le voir aussi désemparé. Cette pensée lui arracha un grognement mécontent.

Une fois arrivée devant le lit de Nylie, à l'auberge, elle y laissa les chiens, hésitant quelques secondes à y laisser aussi les copies pour le juge. Elle n'était pas sûre de revenir de si tôt. Elle n'était même pas sûre d'avoir envie de revenir tout court.

Si le laboratoire de Florin avait été découvert c'était qu'on la suivait depuis un moment. Elle n'était ni dupe ni stupide, il n'aurait été compliqué pour personne d'un peu curieux et d'un peu rusé de voir ce qui se tramait entre elle et le mercenaire, ils n'avaient jamais cherché à se cacher. Campée devant le lit, les yeux fixant un point imaginaire, son cerveau tournait à toute vitesse.

Ils avaient attendu une ouverture de ce genre, quelqu'un de suffisamment loyal pour revenir vers elle plutôt que vers eux. Pourquoi ? Pourquoi faire ? Ou alors ils savaient qu'ils n'auraient rien pu tirer des carnets de Siari. Dans ce cas c'est qu'ils n'avaient pas les clés de cryptage Kelevra. Ce qui était une bonne chose. Ce qui est était par contre une mauvaise chose c'était qu'ils en sachent autant. Comment ? Par qui ? Depuis combien de temps ?

Elle se passa une main sur le visage, l'esprit en surchauffe devant toutes ces possibilités.

Siari, une cultiste ? Elle ricana. Jamais. Donc c'est qu'eux l'étaient peut-être. Ce qui faisait sens quand on pensait aux recherches de sa mère.

Sadie déposa les copies pour le juge sur la commode à côté du lit. Elle n'avait plus le temps pour ces conneries. La Sibylline n'était désormais plus qu'un insecte au milieu de toutes les emmerdes qui l'attendaient si ne serait-ce qu'une once de tout ce à quoi elle pensait se révélait exact.

Elle avait dit à Alessio qu'elle avait quelqu'un à voir. Il fallait qu'elle parle à quelqu'un, qu'elle s'exprime à voix haute devant une autre personne qu'elle-même. Quelqu'un qui pourrait lui répondre en connaissance de cause, sans pour autant lui dire qu'elle allait finir sur un bûcher.

Il fallait aussi qu'elle vide le laboratoire de Florin. Elle grimaça à cette perspective. Il n'était plus possible de laisser tout ça à Calpheon. De son sac elle sortit du papier et une mine et griffonna rapidement quelques mots à l'attention de Nylie.

Citation

Trouve Akkaba. Je reviens dans deux jours.

Et puis il y avait Alice... Elle secoua la tête, Galathea et Llianne. La porte claqua avec force derrière elle, faisant vibrer les gonds.

Eylir

C'est à peu près au milieu de la matinée qu'Alessio s'est aperçu que la bougie avait finalement terminée de se consumer. Cela quelques heures qu'il était en train de lire, et relire, ce qu'il avait récupéré à Florin. La première lecture lui avait pris pas mal de temps, d'abord pour appréhender ce qu'il avait lu, ensuite parce qu'il avait encore quelques difficultés pour lire correctement, aussi peu érudit soit-il. La seconde lecture fit s'envoler le moindre doute sur ce qu'il avait fait, cette nuit.

 

~~~~

Ce boulot à Florin. C'est cette femme si fade qui lui avait donné. Elle lui avait dit qu'elle recherchait des documents en possession d'une sorcière occulte, situés dans l'un des chambres de l'auberge de Florin.

C'est en pleine nuit qu'il y est allé, profitant d'une fête particulièrement alcoolisé pour accomplir son forfait sans être dérangé par quiconque. Il ignorait s'il y avait une protection magique dans la chambre et il n'avait de toute façon aucun moyen de le vérifier. Plutôt confiant, il avait fini par se dire qu'il le saura si ça lui explose à la gueule. Une fois sur place, personne, comme prévu. Le registre était plutôt explicite, la première chambre était rarement reproposée aux clients, et à chaque fois, il n'y avait que l’annotation "S.K". Par contre, aucun double des clés visible. Tant pis.

Sans grandes considérations pour la porte, il la fit sauter le loquet de sa serrure sans cérémonie, tandis qu'il allait s'écraser contre le mur avec fracas. Il soupira, un moment, afin de se faufiler à l'intérieur et refermer la porte comme il pouvait. Il commença ses investigations, en allumant une petite bougie qu'il avait ramené. Il voyait une armoire, des commodes, une table d'alchimie et des livres un peu partout.

Des livres. Beaucoup de traités de magies, de l'enchantement jusqu'à la nécromancie, en passant par des écrits sur Hexe Marie. Plus loin, des livres différents, sur Elion, sur les Valkyries... Sait-on jamais, il feuilleta les livres au cas où quelque chose pouvait y être caché. Lui-même avait déjà découpé soigneusement l'intérieur des pages d'un livre pour y cacher une flasque, dans le bureau. Alors, pourquoi pas ? ... Choux blanc. La sorcière n'a visiblement pas besoin de cacher sa soif.

Il s'intéressa à l'armoire. Cinq cintres disposés à l'intérieur dont seulement trois couverts de poussière. Elle était passée, il n'y a pas longtemps. 

Pleins d'autres livres, poussiéreux, répartis sur plusieurs étagères. Des grands grimoires jusqu'aux petits livrets non nommés. Des livres de prières sur l'Aalisme, un ouvrage sur Kamasilve, d'autres sur l'Esprit Noir. Des petites boites, disposées correctement, ainsi qu'une travailleuse eu bois. Il s'intéressera d'abord aux livrets. Rien d'intéressant. Les petites boites, alors ? Des gemmes, de la poussière de "je-ne-sais-pas-quoi", des produits alchimiques, des plantes. Alessio grogna. Pour lui, tout ça n'avait absolument aucun intérêt. Pour un érudit, peut-être. Pas lui. 

Puis, la travailleuse en bois. Il n'avait pas grand espoir d'y trouver quoique ce soit d'intéressant, ce qu'il avait commencé à confirmer en fouillant sur les cotés, puis l'intérieur. A l'intérieur, des babioles, mais également une pipe en bois. Utilisée il y a peu.. Avant de la remettre en place, il vérifia un petit tiroir à l'avant de l'objet. Et là, plusieurs parchemins. Ils parlaient de contrats entre "Siari Kelevra" et d'autres personnes. Pour la livraison d'objets magiques, de composants spéciaux, moyennant argent. A ce moment là, son cerveau commençait tout doucement à bouillonner. Il glissa rapidement les documents dans son manteau pour les étudier plus tard.

Qu'est-ce qu'il était en train de faire ? Il savait que Sadie avait des pouvoirs de sorcière, il ne pouvait que spéculer que c'était également le cas de Siari. Il l'avait toujours suspecté. Un seul document parlant de Siari, c'était une coïncidence. Deux, maintenant trois documents. Ce n'était pas un hasard. Il était en train de piller le laboratoire de la mère de Sadie. Il virevolta, oscillant d'un pied à l'autre devant la complexité de la situation.

Il pouvait aller voir Sadie et tout lui dire.

Il avait accepté un contrat et son éthique de mercenaire, tant pour lui-même, que pour ses employeurs, allait en prendre un coup s'ils apprenaient qu'il avait rompu un contrat.

Dans le doute, il attrapa un dernier document dans sa veste. Une première lecture lui avait suffit. Celui-ci était plus particulier. Il était question de Llianne. Quel rapport est-ce que la jeune elfe avait t-elle dans cette affaire ? Il allait falloir démêler tout ça. Pour l'instant, il allait rentrer chez lui. Avec ou sans les documents que son employeuse lui avait demandé. La situation était beaucoup plus critique qu'escomptée. 

 

Nôd

Le simple craquement du bois avait suffi à la faire émerger. Elle l’avait senti bouger, s’asseoir puis se redresser. Sadie n’avait pas ouvert un œil pour autant, elle n’avait pas eu envie, encore engourdie par la torpeur de la nuit.

La sorcière s’était contentée d’écouter : le parquet qui grince sous chaque pas, les vêtements qui se froissent tandis qu’on les enfile, les gonds de la porte qui geignent et le loquet qui se referme. Elle avait perçu quelques pas qui s’éloignaient depuis l’extérieur mais n’avait pas été particulièrement surprise. Alessio avait ce rituel étrange depuis des années, quand bien même il n’en eut pas conscience lui-même.

Elle avait alors bougé sous les draps, s’était étiré tel un chat, le corps légèrement courbaturé. Tandis qu’elle ouvrait les yeux la faible lumière qui filtrait lui appris qu’elle avait suffisamment dormi… Selon ses standards et ses habitudes tout du moins. Pour autant elle ne se leva pas. Elle aurait pu partir, profitant de l’absence d’Alessio pour s’éclipser telle une voleuse, sa nuit et son forfait terminés. Elle s’amusa de cette simple pensée, un unique palier les séparait, il n’allait pas devoir réfléchir longtemps pour savoir où elle était passée. Elle n’avait de toute façon pas envie de partir.

Pourquoi faire après tout ?

Ses journées étaient calmes en ce moment, toujours aussi longues mais peu agitées. Les copies pour le juge avançaient doucement, elle s’appliquait, essayant de rendre justement la valeur de ces parchemins. Elle avait laissé dans un coin l’affaire de Selwyna, elle n’arrivait pas à se décider sur la question, que faire ? Agir ? Oublier ? Faire comme si elle ne savait rien ? Ou comme si elle ne pouvait rien faire ?

Cette simple pensée l’agita, c’était un mensonge. Elle pouvait faire quelque chose, elle pouvait essayer au moins. Mais quelque part tout ceci la mettait mal à l’aise. Une telle chose était effrayante.

A l’extérieur de nouveaux bruits de pas résonnèrent et la porte s’ouvrit dans un faible grincement, laissant la haute silhouette d’Alessio se dessiner dans l’obscurité. Quelque part, le simple fait de le voir revenir la soulagea d’un poids dont elle n’avait même pas eu conscience. Sadie referma les yeux, elle ne dormirait plus elle le savait, mais l’instant était suffisamment agréable pour qu’elle veuille en profiter pleinement, le faire perdurer le plus longtemps possible. Un peu de calme avant la reprise des hostilités. Son visage se fronça légèrement. Pauvre valkyrie. Pauvres taudis.

Eylir

La faible lueur de l'aube filtrait à travers les carreaux des deux fenêtres un peu sales, les gouttes de l'averse de cette nuit s'étaient agglutinées sur les vitres, reflétant les doux rayons du soleil aux coins de la pièce. Ils avaient oubliés de fermer les volets, cette nuit-là. Ils n'étaient pas particulièrement pressés, c'est plutôt qu'ils n'y avaient pas pensés. Plutôt préoccupés à penser l'un à l'autre.

Mais ce n'était pas la lumière qui l'avait réveillé. De toute façon, les volets étaient relativement peu utilisés, vu les nombreux jours de la semaine où il rentrait chez lui complètement torché... Il avait l'habitude d'être agressé par la lumière, si bien qu'il ne s'en souciait même plus. Non, ce réveil matinal était une habitude qu'il avait prise, commune à tous les matins où il acceptait l'idée que l'alcool dans son sang n'influe pas sur les lois de la gravité, clouant son corps à son lit et son esprit à des rêves bizarres. Il finissait souvent par ouvrir les yeux en fin de matinée, lorsque son foie avait terminé l'effort surréaliste de tout remettre en ordre.

La nuit avait été douce. Il avait été surpris, surpris mais ravi, tant par les circonstances que de voir qu'elle avait décidé de rester dormir chez lui, avec lui. Il savait, ou plutôt, croyait savoir qu'elle avait du mal à dormir, qu'elle avait des pensées obscures et tumultueuses et qu'elle avait tendance à préférer ce genre de moments calmes, solitaires, les seuls moments où elle semblait pouvoir faire un semblant d'ordre dans tout ce bordel qui résonnait, encore et encore, dans sa tête. Il n'avait pas eu un seul instant la prétention de pouvoir y faire quoique ce soit mais il était touché qu'elle se soit un peu confiée, hier. Enfin, après tout, lui aussi avait ses problèmes et s'ils étaient, l'un et l'autre, capable de les partager et de faire exception du reste du monde...

Il était resté quelques minutes à regarder le plafond, scrutant la fissure au-dessus de sa tête, sans bouger pour ne pas risquer un seul instant de la réveiller. Une tâche compliquée, étant donné que le lit n'était pas bien grand et que lui l'était un peu trop. Il déplaça ensuite son regard sur la silhouette dans les draps, puis les parties apparentes de son tatouage. Il s'étonnait toujours de la finesse de celui-ci et de ce qu'elle avait dû supporter pour qu'il soit aussi large et détaillé. Il prenait bien une bonne partie du haut de son corps. Un héritage de sa mère, à priori. Cette harpie ne l'avait jamais aimé et il lui avait bien rendu. Sa fille, étendue à côté de lui, avait parlé d'elle au passé dans la soirée, il avait supposé qu'elle avait fini par passer l'arme à gauche sans trop chercher à en rajouter.

Il se décida finalement à se lever, enfilant ce qu'il trouvait à portée de main. Il vérifia une nouvelle fois qu'il ne l'avait pas réveillée, puis se dirigea vers la sortie du petit appartement. Une fois dehors, il observa brièvement la rue vide, à cette heure-ci, boueuse et presque impraticable à cause de la pluie et de l'entretien tout relatif des rues des bas-fonds, et remua légèrement le nez, il y avait cette légère odeur de crasse mêlée avec la rosée du matin, une odeur qui avait longtemps bercé ses matinées furibondes. Il se glissa à l'appartement d'en face, qu'il avait obtenu il y a quelques années pour éviter de s'entasser avec son neveu et sa nièce, désormais ils vivaient là... mais n'avait pas daigné faire acte de présence depuis un moment. 

Il supposait qu'ils ne s'en étaient jamais rendu compte, puisqu'ils ne lui en ont jamais parlé, mais ce qui était une nécessité, il y a huit ans, était devenu une habitude. Si bien qu'il procédait au même rituel à la même heure. A l'époque, un peu après la mort de leurs parents, la petite était déboussolée, perdue, sujette à de mauvais rêves récurrents. Son oncle se levait tous les jours -lorsqu'il n'était pas trop rond ou qu'il ne bossait pas, encore une fois- pour s’asseoir à côté d'elle. Il ne faisait pas grand-chose. Il n'avait pas les mots pour la calmer, mais il était là, à côté d'elle, aussi désemparé qu'elle. Au fur et à mesure du temps, il continuait à venir s’asseoir dans la pièce, au cas où la petite ait besoin de lui.

Il alla voir, par réflexe, les deux lits. Vides. Vides et les draps faits, depuis trop longtemps. Après une dizaine de minutes à attendre dans la pénombre du petit appartement, en suspension sur les deux pieds arrière de l'une des chaises, occupé à se triturer la barbe, il abandonna son poste de garde et se faufila jusqu'à ses draps, le corps désormais froid. Il souhaita silencieusement ne pas avoir réveillé son amante, avant de retrouver un sommeil assez léger au bout de quelques minutes.

Aujourd'hui, il allait devoir préparer le voyage à Florin avec son cousin, un boulot intéressant l'attendait.

Nôd
Citation

Très cher Seid,

Je regrette de ne pouvoir être à vos côtés dans ces moments de doute, j’ai cependant le sentiment que tout ceci est pour le mieux.

L’histoire de Siari fut semée d’embûches et de détours, Sadie, telle que vous me la décrivez, n’est que le fruit de ces errances. Toute cette animosité n’est-elle pas simplement le reflet de cette vie sans repère que lui a imposé sa mère ? Je ne peux concevoir qu’en ayant été privée de foyer si longtemps elle refuse de ne serait-ce qu’éprouver ce que cela fait de retrouver les siens. Mediah, Tariff et le désert ont cette puissance qu’ils rappellent toujours leurs enfants en leur giron.

Je ne peux me prononcer sur la fille de Naïs tant que vous ne m’aurez pas envoyé plus de détails. J’espère sincèrement que vous la trouverez. Néanmoins ne vous faites pas trop de soucis, elle est une Kelevra et dans son sang coule notre héritage, notre soif. Peut-être que la seule vérité suffira à la faire venir jusqu’à nous.

Aal nous pardonnera toujours de nous éloigner de la voie de nos ancêtres tant que nos pas restent sur le chemin qu’il a tracé pour nous. Nous connaissons des temps difficiles Eleazar, les mesures et les changements nécessaires sont à prendre.

Si Sadie et Galathéa, par votre arrivée dans leurs vies, ont dû ou vont devoir se remettre profondément en question, peut-être devrions-nous être suffisamment humbles pour faire de même.

J’ai toute confiance en vous pour prendre les décisions nécessaires.

Qu’Aal veille sur vous.

Naïra Kelevra.

 

Makie

 

Citation

Chère Naïra

Tout semble aller pour le mieux, j’ai une piste sérieuse concernant la fille de Naïs et j’ai pu consulter presque à loisir les archives de Siari pourtant je suis dans la plus grande des confusions. Lorsque je suis arrivé à Calphéon et que rapidement j’ai retrouvé la fille de Siari, j’étais plein d’espoir. Tu sais ce qu’il en est maintenant. Lorsque j’ai retrouvé la piste de Naïs et de sa fille, l’espoir est revenu mais je m’aperçois maintenant que la réalité risque d’être bien éloignée de ce que j’imaginais. Sadie, je dois le reconnaître, par ses questions et son entêtement, m’a ouvert les yeux.

Je ne peux coucher par écrit ce que j’ai découvert à Florin sur les recherches de Siari, mais sache que nous avons beaucoup perdu avec sa fuite. Certes elle était insupportable et imbue d’elle-même mais c’était une alchimiste comme nous en avons eu rarement dans le Clan. Peut-être que si nous avions mieux reconnu ses talents, elle n’aurait pas pris la fuite… Mais il ne sert à rien de ressasser le passé, ce qui est fait est fait et Aal reste au final le seul juge.

J’ai pu consulter une partie de ses carnets, mais il me faudrait plus que quelques heures pour consulter le reste et ce sans compter tout ce qui est chiffré… Nous ne pouvons nous permettre de perdre ce savoir et c’est Sadie qui en est la légitime propriétaire. Malgré tout ses défauts Sadie serait une ressource précieuse pour le Clan, elle est vive et intelligente, douée d’une volonté peu commune, elle serait en capacité de continuer l’œuvre de sa mère, mais s’en faire une alliée sera sans doute aussi difficile que d’apprendre à voler à un poisson.

Si la fille de Naïs qui s’appellerait Galathéa est dotée des mêmes talents que sa mère, nous ne pouvons nous permettre qu’elle nous échappe également. Mais je ne pourrais suivre sa piste que si je m’entends avec Sadie et si nous la retrouvions que se passerait-il alors ?

Naïvement je pensais que tout serait fini une fois que celles que je recherchais auraient été retrouvées. Mais au contraire c’est là que tout commence. Sadie, comme la fille de Naïs, ont vécu loin de Mediah, connaissant le clan à travers les yeux d’une autre, ou n’en ayant aucune connaissance. Comment imaginer qu’elles reviendraient simplement au sein du clan ? Par loyauté ? Cela ne peut avoir de sens pour elles. Par la force ? Je vois bien que cela serait vain et dénué de sens. Nous allons devoir trouver une autre voie, mais laquelle ?

Quelles concessions puis-accepter sans avoir le sentiment de quitter le chemin que nos anciens avaient tracés avant nous ? Devons nous continuer à le suivre et regarder disparaître les Kelevra et leur savoir dans les sables du désert ? Devons nous nous en éloigner au risque de perdre notre âme ? Aal que cette décision est difficile à prendre.

De te l’avoir confié mon fardeau me semble moins lourd, mais je sens que le temps nous est compté et qu’il va falloir trancher sans plus tarder.

Que la bénédiction d’Aal soit sur toi.

Seid Eléazar

 

 

 

 

Nôd

Le foyer brûlait faiblement, ne dégageant qu’une légère chaleur, à peine de quoi se réchauffer les doigts. Cependant Sadie ne l’avait pas allumé pour ça, elle avait oublié de refaire le stock de bougie du laboratoire et cette pièce était particulièrement sombre. Un coup d’œil rapide à la fenêtre condamnée li fit penser qu’elle pourrait sans doute y remédier en l’ouvrant. Mais elle balaya cette idée saugrenue d’un revers de la main. Il n’était pas question que quiconque puisse regarder à l’intérieur de cette pièce.

Elle avait quitté Alessio la veille sans plus de cérémonie et était rentrée chez elle pour trouver la maison vide, les chiens endormis comme des bienheureux. Aucune once de fatigue ne l’avait alors effleurée. Sadie avait donc décidé de partir directement pour Florin, la nuit était plutôt belle, encore fraîche de la pluie. Elle avait alors filé aux écuries, récupéré Xanthe en laissant un mot à Jiao et était partie vers le Nord. Si on excluait son escapade d’une journée avec Nylie et son enquête sur les Cortesi, elle n’avait plus remis les pieds à Florin depuis un bon bout de temps. Si Trent lui évoquait un refuge, une vraie tanière loin de son monde, Florin lui rappelait tout ce qu’elle était réellement. Une sorcière de Tariff, une alchimiste, une mane du désert au beau milieu des tréants. Cette image la fit sourire et rire légèrement.

Le feu illuminait légèrement la pièce, y faisait danser des ombres inquiétantes et la rendait presque vivante. Sans avoir même besoin de se repérer elle ouvrit les deux battants de l’armoire et s’accroupit devant une vieille travailleuse en bois. Mouvements nés de l’habitude, elle l’ouvrit et en sorti rapidement une pipe ouvragée et un petit sachet de jute. Elle retourna s’installer vers l’établi d’alchimie, s’asseyant à même le sol, les jambes étendues devant elle. Dans un geste automatique elle récupéra quelques herbes sèches dans le sachet et en bourra la pipe qu’elle alluma grâce au feu de l’établi. Elle aspira plusieurs bouffées courtes et rapides le temps qu’une fumée blanche s’échappe du fourneau. Lorsqu’elle put enfin en aspirer une plus longue elle la retint quelques secondes avant d’expirer et de soupirer d’aise.

Elle savait cette herbe dangereuse. Siari l’utilisait quand elle avait besoin de voir plus distinctement. La prescience de sa mère avait toujours été étonnante, mais jamais suffisante pour elle. Sadie n’avait jamais vraiment exercé la sienne, sans savoir pourquoi elle avait toujours pensé n’avoir aucun talent particulier dans cette discipline. Naïs lui avait toujours soutenu le contraire. La sorcière tira une seconde fois sur la pipe et recracha la fumée par les narines. La sauge commençait déjà à faire effet. Il lui semblait que des ombres s’agitaient des formes et s’ouvraient des yeux. Un rire nerveux lui échappa. Elle secoua la tête pour chasser ces premières prémisses de vision. Ou d’hallucination ? Elle n’avait jamais vraiment su.

Il était encore tôt, Eleazar n’arriverait sans doute pas avant plusieurs heures, elle avait donc largement le temps. Elle se cala un peu plus contre le mur et l’établi, le corps mou et avachi, tandis qu’elle amenait une nouvelle fois la pipe à ses lèvres. La fumée lui piquait légèrement les yeux et elle les ferma.

Mauvaise idée, elle le savait.

Très mauvaise idée.

Si Siari et Naïs arrivaient à voir ce qui allait être, ce qui avait été, elle ne voyait qu’un gouffre sans fond, une porte sur les abîmes. Il n’y avait que le noir derrière ses yeux dans ces moments, un noir mouvant, vivant, palpitant. Elle pouvait presque sentir un second cœur battre entre ses temps. Cette pulsation. Elle la sentait en permanence avec elle, toujours là.

Un nouveau rire la pris. Pitoyable et douloureux.

Fallait-il donc qu’Eleazar ait raison ?

Makie

Galathéa… L’information était d’importance, Sadie recherchait dans les archives de l’orphelinat de Calphéon une certaine Galathéa… Qu’elle lui ait caché cela n’était en soi pas étonnant par contre cela signifiait qu’il était fort possible que cela soit la fille de Naïs. Décidemment Elendryn était une interlocutrice précieuse outre le fait qu’Eléazar partageait avec la Valkyrie des conceptions commune sur la façon dont devrait tourner le monde.

Il allait falloir être prudent dans la façon d’aborder cette question avec Sadie, il ne voulait pas gâcher la perspective de se rendre à Florin pour consulter les archives de Siari. Mais il n’avait guère le choix : Elendryn accepterait de les aider que s’ils se mettaient d’accord. Sadie restait méfiante, c’était le moins qu’on puisse dire, en ce qui concernait ses intentions et encore plus en ce qui concernait le Clan. Mais le fait d’aller à Florin était une avancée certaine dans leur relation.
Il avait bien progressé dans le déchiffrage du tatouage, Siari y avait inclus un mantra qui en éclairait si ce n’est sa fonction exacte mais son principe :

« Seigneur, maître du temps,
Force des éléments des quatre points,
Dans ce cercle sacré ne laissez entrer que le bien,
Dans ce cercle sacré enchaînez l’Esprit fuyant.
Protégez-le par votre puissance,
Avec parfait amour et en parfaite confiance. »


Il en était quasi certain, Siari avait lié un esprit dans le cercle formé par l’ensemble du tatouage qui s’étalait de la cheville gauche à l’épaule droite. Un déséquilibre dans les attributs du tatouage, volontaire ou non, expliquait sans doute les manifestations dont était parfois victime Sadie. Cela et le fait que Siari était morte des conséquences de ses propres expériences sur elle-même, faisait craindre des conséquences négatives à long terme pour Sadie. C’est sans doute ce qui l’avait déterminé à accepter l’aide du Seid.

Sadie semblait ne pas comprendre pourquoi il voulait l’aider, bien sûr il avait espéré qu’elle fût une adventice et de pouvoir la convaincre de rejoindre le Clan et de revenir à Tarif. Même si ce n’était pas le cas, elle n’en restait pas moins une Kelvera, il était le Seid et à ce double titre son devoir était de l’aider. La survie dans le désert nécessitait solidarité et loyauté entre les membres du Clan, Eléazar espérait que Sadie finisse par appréhender cette vérité.

Le rôle global du tatouage restait toutefois obscur, il considérait maintenant que Sadie était en soi une expérience alchimique et vu que le tatouage avait été appliqué durant son enfance, il l’avait vraisemblablement remodelé en profondeur. Qu’aurait été Sadie sans ce tatouage était une question vaine, nul ne pouvait inverser le cours du temps. Mais quelle était la finalité de cette expérience ?

Il avait émis devant Sadie différentes hypothèses sans qu’aucunes d’entre elles ne soient pleinement satisfaisantes. Sadie avait alors cité certaines paroles de Siari qui revenaient fréquemment dans sa bouche : « Le cercle du Même, et le cercle de l’Autre ». Il avait déjà lu ces termes chez des auteurs ésotériques. Eléazar était doté d’une bonne mémoire, il pouvait mémoriser sans peine des passages entiers d’ouvrages. Le symbole du Cercle était l’objet de nombre de réflexions en particulier chez les alchimistes. Il est une forme pleine et parfaitement fermée sur elle-même mais il est aussi le vide que ce cercle renferme. Un simple cercle tracé sur le sable pouvait être un sujet de méditation.

Quand aux des deux cercles, leur signification était difficile à appréhender pour le profane. Ils symbolisaient le visible et l’invisible, le sensible et l’intelligible, ils étaient le cœur de l’architecture du monde. Sadie était t elle devenue un pont entre ces deux cercles, rassemblant la pluralité dans l’unité, unissant matériel et spirituel et dévoilant le chemin caché de la connaissance ? Car si certains alchimistes cherchaient avant tout le pouvoir, pour d’autres le but ultime était la connaissance de toute chose. Siari en faisait-elle partie ?

Nôd

Les premiers rayons de soleil lui caressaient délicieusement la peau, la réveillant agréablement par leur douce chaleur. Le printemps était déjà bien entamé maintenant et elle attendait avec une certaine impatience la brûlure du soleil d’été. L’air sec et chaud lui ferait du bien, dénouerait autant son corps que son esprit. A cette simple évocation elle ferma les yeux et tenta de faire revenir les quelques souvenirs de Tariff qu’elle avait conservé dans un coin de sa tête.

La méditation aidant, il ne lui fallut que quelques minutes pour sentir l’empreinte du vent sec sur ses joues, le sable sec et irrégulier sous ses doigts et l’ardeur du soleil cognant avec force sur sa tête. L’air qui passait dans ses narines était brûlant et chargé de particules fines, ça lui irritait la gorge. Le bruissement du vent autour d’elle n’évoquait pas de grands arbres feuillus mais de petits arbustes rêches et épineux. Une nature hostile, revêche et aride.

Sadie rouvrit doucement les yeux, un haut nuage blanc masquant le soleil et la faisant frissonner.

Un peuple courageux, tenace et loyal.

‘Sans loyauté, on ne survit pas dans le désert’. Les paroles d’Eleazar n’avaient eu de cesse de retentir dans sa tête ces dernières heures. L’idée de ces sorcières à son service lui avait d’abord fichu une trouille bleue. Dans quoi était-elle encore fourrée ? Qu’est-ce qui allait lui tomber sur le coin de l’œil ? Qu’est-ce que Siari avait encore fomenté ? Qu’y avait-il encore d’autre qu’elle ne savait pas ?

Une sorcière était par définition un nid à problème selon elle et son expérience. Mais tout un clan… Elle n’était pas certaine de pouvoir gérer les Kelevra en même temps que les Brujo. D’un autre côté Sadie se disait qu’elle n’aurait peut-être rien à gérer avec les Kelevra. Cependant une petite voix dans sa tête lui disait que ce n’était qu’un vœu pieu.

Le soleil réapparu enfin, caressant doucement ses bras, calmant la chair de poule qui lui hérissait la peau.

Elle allait devoir emmener le mage à Florin également. Elle n’était pas certaine de ce qui lui était passé par la tête à ce moment-là, il y avait cependant une chose dont elle était sûre : elle ne voulait pas finir comme Siari, bouffée par sa propre magie. Et elle aurait sans doute besoin d’aide pour ça

Eylir

Le serveur dont Alessio avait déjà oublié le nom, dix minutes après qu'il lui ai rappelé pour la treizième fois de la soirée, commençait à ranger les chaises et à laver les chopes, la nuit était tombée depuis un moment déjà, et c'est à peine si on commençait à entendre les oiseaux qui se réveillaient, à quelques heures de l'aube. C'est approximativement à ce moment qu'elle pénétra dans la taverne, le mercenaire avait relevé le nez de ses carnets sur lequel il bûchait depuis quelques heures, qu'une jolie jeune femme, le teint hâlé, une crinière de jais, la démarche féline et souple, vêtue uniquement d'une courte robe aux teintes sombres. Elle alla s'installer au comptoir, pour discuter brièvement avec le serveur. Conscient de ses talents de fin observateur, Alessio prit bien entendu le temps... d'observer... la jeune femme. Jusqu'à ce qu'on le coupe dans ses réflexions fantasques d'un claquement de doigt devant le visage.

Il secoua la tête et dévia le regard vers la silhouette debout à coté de lui.

« C'est bon, vous êtes revenu avec nous ? » fut ce qui l'expulsa de ses rêveries tardives.

Elle se présenta. Luthice Dorell. La quarantaine, brune, ni trop jolie, ni trop laide. Classique, basique, passe-partout. Aucun intérêt particulier. Fade, s'autorisa Alessio, histoire de clore de florilèges de qualificatifs qui illustraient son manque d'intérêt pour tout ce qu'elle lui a raconté les dix premières minutes. Elle avait quand même fait l'effort de lui offrir une nouvelle bière, donc ça partait pas non plus complètement nulle part. Et puis, soudain, elle éveilla son intérêt. Lorsqu'elle a supposé que par la carrure, l'habit et les armes d'Alessio, qu'il soit mercenaire. Il la remercia mentalement de ne pas être passé par quatre chemins lorsqu'elle lui a parlé du travail qu'elle proposait, sinon, il risquait de se lever en pleine conversation pour s'en aller, la laissant en plan, sans la moindre forme de respect.

Le travail, le voici. Une sorcière pratiquant une magie corruptrice, liée aux cultistes -encore des conneries liés à divers dieux occultes-, avait en sa possession des documents que cette chère dame Dorell voulait. Pour quoi, pour qui, là n'était pas le problème d'Alessio. Comme on lui disait dans ses jeunes années : « Un bon mercenaire sait poser les bonnes questions et trouver les réponses lui-même aux mauvaises ». Le contrat consistait à s'introduire dans l'une des chambres de l'auberge de Florin, fouiller et récupérer ce qui est intéressant, le tout en pleine nuit. Pour un total de 40.000 pièces d'argent lors de la réception des documents. Un boulot rapide, sans risque si on est pas trop un manche, mais illégal. Le Trillium n'allait pas être concerné, il s'agissait d'un contrat personnel. Mais proposer à Llianne ou Sergio de le couvrir, ça pouvait être intéressant.

Il accepta assez rapidement, un peu à cause de l'heure et de l'alcool et sur ces mots, Mme Dorell s’éclipsa sans plus attendre. 

Ce n'est que dix minutes plus tard que le serveur au nom décidément brumeux menaça Alessio de le mettre dehors à coup de balai, soit-disant parce que « On est sensé être fermé depuis 3 heures, gros con ».

Makie
Citation

Chère Naïra

Mes recherches ont été à première vue fructueuses mais ont pris un tour des plus inattendu. J’ai, plus rapidement que je l’espérais, retrouvé Sadie. La prise de contact n’a pas été facile ce qui n’était pas une surprise car il est évident que Siari ne nous avait pas dépeint sous le meilleur jour. J’étais plein d’espoir mais je n’ai pas tardé à déchanter car il s’est avéré que Siari nous a tous dupés, elle a falsifié nos archives : Sadie n’est pas une adventice.

Cela n’est pas sa seule tromperie car Siari avait en fait retrouvé Naïs et s’était enfuit avec elle à Calphéon. Malheureusement Naïs a disparu depuis et visiblement Sadie n’a pas d’autre information sur elle. Naïs a accouché secrètement et je n’ai pas d’information sur le devenir de l’enfant. Celui-ci est vraisemblablement né à Calphéon ou dans les environs. Je n’ai pas encore eu le temps de mener mon enquête mais aurait-il pu être abandonné tout simplement à l’orphelinat de Calphéon ?

Sadie est une personne complexe, sa méfiance confine à la paranoïa et elle peut être sur bien des points exaspérante mais elle est dotée d’une volonté peu commune et d’un réel talent pour l’alchimie. Bien qu’elle ne soit pas une adventice, ses talents pourraient nous être utiles mais j’ai bien peur qu’elle soit perdue pour le Clan, elle a été élevé dans sa haine et elle est profondément individualiste.

Siari est morte il y a plusieurs années, elle a vraisemblablement emporté une grande partie de ses secrets dans sa tombe, toutefois elle a inscrit sur le corps de sa fille ce qui me paraît être le fruit de ses dernières recherches, je suis en train de déchiffrer son tatouage qui est d’une complexité extrême. Cela me prend actuellement tout mon temps.

Si Akkaba a retrouvé Sadie, celle-ci est maintenant au courant de son héritage. Aura t elle maintenant le désir de retourner à Tarif ? Acceptera t elle de me permettre de consulter les éventuelles archives que Siari aurait pu laisser dans sa maison ? Autant de questions auxquelles je ne suis pas encore en mesure de répondre.

Quoiqu’il en soit il est possible que je sois bientôt de retour. Je ne me manquerais pas de tenir au courant.

Que la bénédiction d’Aal soit sur toi.

Seid Eléazar

 

Nôd
Citation

Cher Seid,

Vos recherches avancent-elles ? Ici la vie suit son cours et rien ne semble perturber nos steppes arides.

Ou du moins rien ne le semblait.

Sachez, Seid, que le clan Brujo s’agite et se remet en branle, comme il y a des années de cela. Leur matriarche a ordonné la remise en état de la maison de Siari. Minyas, contre mes conseils, leur a apporté un présent pour Siari. Il se dit cependant que cette dernière est morte mais que la fille Brujo a retrouvé Sadie.

Est-ce vrai ? Avez-vous réussi ?

Tenez-moi au courant.

Bien affectueusement,
Naïra.

Révélation

@Makie Le courrier arrivera ce jour pour Eleazar

 

Nôd

Elle avait laissé Elendryn repartir par les rues plus sûres du marché et était finalement retournée à l’ancien dispensaire. Ce qui avait été un jour une église n’était plus qu’un vaste champ de débris et d’immondices pris entre quatre murs. Elle s’étonnait cependant que les vitraux soient toujours intacts. La lumière du matin y perçait faiblement, éclairant les vieilles pierres aussi sales et sombres que tout ce qui vivait dans ce quartier. De l’ancien hospice de fortune il ne restait rien, pas même un pauvre lit. Sans qu’elle ne tienne vraiment à savoir pourquoi ou comment, cela lui pinça le cœur.

Un silence assourdissant régnait tout autour d’elle, elle percevait dans ses oreilles les battements de son cœur bien plus surement qu’aucun autre bruit environnant. L’entrée du bâtiment, ouverte aux quatre vents, laissa passer quelques mouvements et ses yeux se posèrent sur le cimetière juste à l’extérieur. Elle n’était pas allée voir la tombe de Siari depuis un moment maintenant. Ses pas l’y menèrent presque machinalement et la vieille pierre tombale s’affichant dans toute sa décrépitude. Les racines l’avaient envahie, grignotant sa base, la pierre s’était décolorée par endroits et quelques éclats l’avaient mordue. Malgré tout, les symboles y étaient toujours lisibles, indéchiffrables pour toute la lie du coin mais toujours présents.

Sadie s’accroupi devant la stèle et entrepris d’en arracher les herbes qui poussaient autour, elle retourna la terre à main nue, savourant ce contact trop souvent négligé. Souvent elle se disait qu’elle devrait venir ici plus régulièrement. Non pas qu’elle ait réellement besoin de se recueillir sur la tombe de sa mère, mais ce rituel l’apaisait et lui permettait de penser plus clairement. Le temps, comme figé, lui permettait de revenir plus posément sur les évènements passés.

Et quels évènements.

Si les Cortesi et les Contini lui avaient pris un temps fabuleux à la vue du reste, ils n’avaient été qu’une toile de fond. Sans grand intérêt qui plus était. Non, le plus important s’était dissimulé dans les petites histoires, les petits actes, les nuits sans sommeil et les jours sans fin. Selwyna, ou plutôt sa mère, avait largement occupé ses pensées, la rendant parfois hermétique à tout ce qui l’entourait. Sadie lâcha un rire bref, si ça avait été n’importe qui d’autre qu’Elendryn plus tôt, alors qu’elle étudiait le symbole au mur, sans doute aurait-elle déjà été pendue, sans même une once de procès. Elle se fit la réflexion que la Valkyrie, à défaut de lui être sympathique, était surprenante.

Ses doigts s’enfoncèrent un peu plus dans la terre à mesure qu’elle en arrachait des racines longues et sinueuses.

Qu’allait-elle faire maintenant ? Elle avait déchiffré le symbole, compris son fonctionnement et également vu qu’il n’était qu’une partie de quelque chose de plus grand. En y repensant, ça n’était plus ses affaires… Alors pourquoi ne pouvait-elle se l’enlever de l’esprit ?

« Une telle chose ne devrait pas exister » laissa-t-telle échapper dans un souffle.

La sorcière leva les yeux au ciel, fallait-il vraiment qu’Elendryn déteigne sur elle à ce point ? Elle secoua la tête. Ça n’avait rien à voir avec la valkyrie. Elle-même se sentait tressaillir à la seule pensée d’une chose pareille. Les Kelevra avaient un mot pour ça, cette notion d’avalement, d’assimilation au détriment du reste, sans partage et sans concessions. Un vainqueur, une victime. ‘aologun’ ; le mot résonna dans sa tête, la fit froncer le visage, se tendre et arracher rageusement une motte de terre. L’idée même la répugnait.

Et puis il n’y avait pas que ça qui la dérangeait. Elle se passa une main sur le front, y déposant une légère traînée sombre. La foire qui ne devait être qu’un moyen pour elle de se détendre avait vu les circonstances lui mettre encore une baffe en pleine figure. Depuis quand sa mère avait-elle des sorcières à son service ? Elle frissonna rien qu’en pensant à Akkaba et à tout ce que cette rencontre impliquait. Si elle n’avait, jusque-là, qu’esquissé l’idée de retourner à Tariff cela lui apparaissait comme nécessaire maintenant.

Ah ça, Eleazar s’était bien gardé de lui en parler. Cette simple pensée lui fit monter une bouffée de colère. Il allait vraiment falloir qu’il arrête de tourner autour du pot celui-là et qu’il crache tout ce qu’il savait encore.

Sadie soupira, levant les yeux au ciel, elle pouvait sentir l’agacement la prendre petit bout par petit bout. Son pouvoir s’agitait.

Dire que venir ici était censé l’apaiser… Elle frotta ses mains contre ses cuisses, les essuyant sommairement avant de se redresser. Il fallait vraiment qu’elle aille voir Alessio.

Kalythsu

Une lettre arrivera à Mediah par un messager qui aura traversé le continent d'Ouest en Est à dos d'un cheval. Le messager sera comme envoûté, signe qu'Akkaba aura fait des siennes pour acquérir ce messager gratuitement. Sa mission est simple : transmettre au plus vite la lettre qui suit au Clan Brujo, en charge de la demeure et des biens de Siari et sa descendance en leurs absences.

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Nôd

L’obscurité du grand dortoir n’était percée que par la faible et vacillante lueur des bougies. De l’auberge, plusieurs étages plus bas, plus aucun bruit ne s’élevait et les fenêtres closes étouffaient chaque son venu de l’extérieur. Il n’y avait rien à voir, rien à entendre. Pas à cette heure de la nuit en tout cas.

Elle tourna la tête vers la silhouette allongée à ses côtés, les flammèches faisaient miroiter quelques peu ses cheveux roux, son visage était plongé dans l’obscurité mais elle n’avait pas besoin de le voir pour se le représenter. Meurtri et émacié. Elle leva une main légère et vint jouer avec les mèches rebelles le temps de quelques secondes. Puis la sorcière soupira et reporta de nouveau son regard sur ce plafond qu’elle ne discernait même pas.

« Ce serait peut-être la bonne solution pour toi » lui avait-elle dit plus tôt dans la soirée. Une bonne solution à quoi ? Elle n’avait pas de problème. Sadie lâcha un rire sec et solitaire. Si, elle avait pas mal de problèmes. Mais elle ne voyait pas en quoi retourner à Tariff et réclamer son héritage lui apporterait une quelconque solution.

Ces quelques jours loin de Calpheon l’avaient forcée à réfléchir. La venue d’Eleazar l’avait forcée à réfléchir. Artemis, en quelques phrases, en quelques mots, l’avait forcée à réfléchir. Peut-être qu’elle trouverait là-bas ce qui lui échappait ? Ce qui la laissait avec ce sentiment désagréable de n’appartenir à aucun endroit, à aucune caste, à aucun monde.

Selwyna l’avait forcée à se replonger dans les affaires de sa mère et par extension celles de Naïs. Retrouver l’armure en vanadium avait été un vrai électrochoc, un rappel de ce qu’elle était, de ce dont elle était capable. Elle leva une main au-dessus d’elle, la plaçant juste devant ses yeux. Elle se concentra légèrement et quelques crépitements se firent entendre. Sorcière.

« Sorcière. » murmura-t-elle pour elle-même.

Combien de temps cela faisait-il que son pouvoir n’était plus un don mais un tourment pour elle ?

Peut-être était-il temps que les choses changent ? Peut-être était-il temps de découvrir ce qu’avait fait Siari, de le détruire… Sadie tourna la tête de nouveau vers Artemis, ses yeux cherchant dans le noir ce tatouage qu’elle connaissait par cœur… Ou de l’améliorer.

Sans doute était-il temps de rentrer chez elle et réclamer ce qui était sien.

Makie

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Le décryptage du tatouage de Sadie s’avère encore plus complexe que je l’imaginais. Il associe étroitement alchimie et enchantement avec des techniques que Siari a sans doute mis plusieurs années à créer.

Globalement le tatouage fait appel à deux attributs majeurs. L’un vise à augmenter la puissance magique de la personne tatouée, l’autre je viens maintenant de mieux le cerner car je m’étais égaré sur une autre voix, me semble destiné à améliorer le potentiel d’action et donc l’impact du sujet sur l’environnement qui l’entoure. Il va falloir que je continue des recherches sur cet attribut.

Je suis intrigué par l’attribut de puissance car il est mêlé à un autre symbole. Je me demande si Siari n’a pas tenté de capter un esprit sauvage. J’ai en souvenir quelques notes retrouvées dans les archives concernant Siari et un marché qu’elle avait conclut avec la famille Brujo. Les notes étaient imprécises et selon la rumeur la famille Brujo avait des soucis avec un esprit occulte. Siari a semble t il résolu le problème car une dette a été contractée par la famille Brujo.

A t elle à cette occasion fait des recherches sur la maîtrise des esprits? Encore une question à laquelle je ne pourrais trouver des réponses sans avoir accès aux archives de Siari

 

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Les tatouages paraissent différents et variés mais j’ai fini par m’apercevoir que des symboles apparaissent de façon récurrente et ordonnée toutes les 7 runes. J’ai commencé à les recopier, on verra ce qu’il en résulte.

Les symboles sont reliés à des runes qui me paraissent avoir un effet de renforcement, mais Siari utilise plusieurs langages dont certains forts rares. Ne pouvant retourner à la bibliothèque sans l’aide d’Elendryn je vais demander à Clara Siciliano de me prêter ses ouvrages sur les langues anciennes.

Je me demande s’il n’existe pas une logique dans la répartition des tatouages sur le corps de Sadie. Tatouage à la cheville droite, ventre et bas du dos, haut du thorax gauche et bras gauche. Comme un arc qui parcourait tout le corps…

Siari avait mis au point des substances originales pour effectuer ses tatouages, il me semble qu’elle a introduit dans celui de Sadie un réactif mais lequel ?

 

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Il est clair que Siari a cherché à modifier sa fille mais dans quel but ? Créer une adventice à partir d’une filigrane, ou poursuivait elle un but plus ambitieux ?

Comme le tatouage a été fait peu de temps après leur arrivée à Calphéon, il est possible que le travail préparatoire de Siari soit encore dans sa maison à Tariff. Le problème c’est que la famille Brujo n’a jamais voulu nous laisser y avoir accès. Même si Sadie ne réside plus à Médiah, il n’en reste pas moins que selon nos coutumes elle est l’héritière légitime de Siari. Mais si elle n’a pas voulu que j’accède à sa demeure ici, je ne vois pas pourquoi elle accepterait de me laisser accéder à celle de Tarif. A moins que je progresse dans mes recherches sur son tatouage et que j’en tire des motifs suffisants ?

Nôd

Les jours s'étaient succédé à un rythme tout aussi effréné que lent. De nombreuses fois dans la journée il lui avait paru que le temps s'était dilaté, puis rétracté, puis dilaté à nouveau. La nuit arrivait sans qu'elle ne la voit et attendre le jour lui semblait une éternité. Elle n'avait que peu dormi cette dernière semaine, coincée entre ce qu'elle allait révéler à Eleazar et ce qu'elle allait faire subir à Selwyna.

Elle avait tergiversé un moment avant de savoir vers lequel des deux elle irait en premier.

Puis finalement sa découverte dans la cache de la rouquine l'avait décidée. Sadie était donc allée voir le mage en premier. Il était temps d'y faire face et d'arrêter cette mascarade qu'elle lui jouait depuis le début. Elle savait qu'elle n'était pas celle qu'il cherchait. Elle savait que Siari avait manipulé son monde. Elle en avait tiré une certaine satisfaction au début, vilaine réminiscence de sa mère pour les Kelevra. La sorcière avait beau lutter contre ça, on n’effaçait pas en quelques semaines des années de bourrage de crâne.

Elle s'était mise à nu devant lui, littéralement. Il avait recopié son tatouage, cette farce imprimée sur son corps qui pouvait la rendre aussi puissante qu'incontrôlable. Et puis elle lui avait dit. Son sang n'avait rien d'exceptionnel, elle n'était qu'un bris de Kelevra, un reliquat. Si la défiance avait régné dans ses paroles à ce moment elle s'était aussi blessée elle-même. Sans doute qu'un peu de la fierté lésée de Siari coulait en elle aussi.

Eleazar n'avait pas aimé. Elle en avait sourit, insolente et presque victorieuse. Mais ça n'avait pas duré longtemps. Les éclats du mage devaient être aussi rares que succints. Et ce qu'elle avait redouté s'était produit. Depuis le début elle se doutait qu'il finirait par lui parler de Naïs. De sa fille. Elle n'avait rien dit. Que pouvait-elle dire ? Elle n'allait pas sciemment lui vendre Alice juste pour se débarrasser de lui.

D'autant que cette fois, Sadie trouvait qu'elle avait bien raté son coup. Non seulement il n'allait pas partir mais il allait l'aider avec le symbole de Selwyna. L'aider ? Pourquoi faire ? Même en repensant à la réponse qu'il lui avait donné ça n'était toujours pas clair.

Mais elle n'avait pas refusé, elle avait dit oui, elle avait abdiqué.

Si ça l'avait rongée pendant les jours qui avaient suivi aujourd'hui elle s'en réjouissait presque. Car si son attaque sur Selwyna avait parfaitement fonctionné, ça n'avait pas tourné comme elle l'imaginait. La sorcière ne savait pas bien ce qui avait dérapé... Elle avait tenu la rouquine sous son joug, elle sentait encore les palpitations de sa gorge dans le creux de sa main, l'odeur de sa peau, de ses cheveux.

Et elle l'avait lâchée.

Non sans lui faire respirer le filtre qu'elle lui avait concocté pendant des jours avant cette rencontre. Mais elle l'avait lâchée. Était-ce l'avis de Nylie qui avait pesé dans la balance ? La conscience que ça allait trop loin pour une stupide histoire de runes brisées ? Les informations qu'elle en avait tiré par la suite pour monnayer le remède étaient précieuses. Ce symbole... Sadie n'arrivait pas à mettre exactement le doigt dessus mais elle était persuadée que ça pourrait lui servir à quelque chose. Elle l'avait vu, lu ou entendu.

Ça la rendait folle.

Ça et le fait que Selwyna s'était finalement révélée être une bêcheuse agaçante.

Sadie ne pouvait qu’espérer qu'avoir été... « gentille » ne se révélerait pas être une trop grosse erreur.