• billets
    118
  • commentaires
    4
  • vues
    5 705

Contributeurs à ce blog

À propos de ce blog

[Ouvert à tous en écriture] Pensées et agissements de vos personnages

Billets dans ce blog

Nôd

Rencontre

Sadie avait quitté le Polipo l’air de rien, emportant la nourriture préparée par Wakiza et laissant là le Géant et son nouveau convive. Eleazar Kelevra…

Une fois dehors elle avait fait quelques mètres, marchant discrètement mais rapidement jusqu’à s’être éloignée suffisamment.  Puis ses jambes l’avaient lâchée, elle s’était appuyée au mur, avait lutté pour rester debout, son estomac s’était retourné et tout son repas s’était déversé au sol en lui brûlant la gorge et la langue au passage.

Péniblement, la sorcière s’était appuyée au mur, les jambes toujours flageolantes, il lui avait fallu quelques secondes pour se remettre.

Eleazar Kelevra…

Un nom qu’elle connaissait bien, à défaut de se souvenir de la personne. Sa mère lui en avait longuement parlé, le dépeignant comme LA personne à éviter, à ne jamais croiser, à fuir même. Sadie essuya son front luisant. Il lui avait pourtant juste paru comme un grand-père fatigué et crasseux. Mais elle savait aussi que les apparences étaient toujours trompeuses et le regard qu’il avait porté sur elle ne lui avait pas échappé. Elle ne pouvait que remercier les longues années de pratique qui lui avaient permis de feindre une non-surprise complète. Malgré tout elle avait conscience que son départ hâtif n’avait ressemblé que trop à une fuite dissimulée.

A peu près remise elle reprit enfin sa route. Arrivée dans les taudis elle laissa son petit baluchon à un type prostré au sol, le simple fait de penser à cette nourriture la rendait malade, autant que quelqu’un d’autre en profite. Les marches à gravir jusqu’à chez elle lui firent l’effet d’une montagne et c’est totalement exténuée et fiévreuse qu’elle arriva enfin chez elle. Zippo l’accueillit d’un léger jappement mais ne se leva même pas de son tapis.

Elle savait parfaitement où -dans le foutoir laissé par sa mère- elle trouverait des informations sur ce type. Mais elle n’en avait pas la force. Elle se traîna jusqu’à son lit et s’y étala de tout son long, encore habillée et chaussée. La dernière pensée qu’elle eut avant de s’endormir fut qu’elle savait que son sommeil ne serait en rien réparateur. De nombreux rêves s’annonçaient.

Makie

En arrivant à Calphéon par la porte de l’est, Eléazar était tout de suite allé à la taverne installée en plein air au bord du fleuve. Là-bas son attention avait été attirée par le couple insolite formé d’une fine femme brune et d’un géant roux. Il n’y avait pas grand monde en dehors de quelques ivrognes, aussi il s’était avancé vers eux et avait interrompu leur conversation. Aal l’avait bien inspiré car le géant qui se prénommait Wakisa était le tenancier d’une taverne et avait le projet d’ouvrir une auberge. Rapidement il lui proposa d’aller s’y restaurer ce qui tombait bien car Eléazar n’avait pas mangé depuis le matin. Wakisa était un homme avenant et qui maîtrisait l’art de la cuisine, même si Eléazar était loin d’être un spécialiste en ce domaine.

Mais c’est avant tout la jeune femme qui attira son attention, son bras gauche était orné d’un tatouage tout à fait spécial, conçu par quelqu’un qui avait des connaissances poussées en alchimie, sans doute à visée protectrice. Il lui aurait fallu l’examiner de plus près pour déterminer sa fonction exacte. Il ne posa aucune question car il était évident qu’il n’aurait aucune réponse, de même qu’il ne put apprendre le nom de la jeune femme lorsqu’il se présenta lui-même. Rompu à la magie, ayant suivi de longues années de formation avant de transmettre depuis son savoir, il avait perçu l’aura qui se dégageait de la jeune femme. Cette fille présentait clairement une affinité avec la magie. Il ne put s’empêcher de penser que ce pouvait être celle qu’il recherchait, même âge à priori, cheveux châtains foncés, yeux verts mais quand il prononça le nom de Sadie Kelevra, elle n’eut strictement aucune réaction. Par contre le temps d’arrêt que marqua Wakisa ne lui échappa pas. Aal l’avait-il guidé de façon aussi directe ou bien n’était-ce qu’une coïncidence ?

Toujours est-il que la réaction de la jeune femme après qu’il se fût présenté avait tout d'une fuite, elle lui cachait quelque chose ç’était maintenant une certitude. Ne voulant pas mettre mal à l’aise le géant, il ne chercha pas à le faire parler. S’il était une chose qu’Eléazar avait apprit au fil des années, c’était la patience. Sa priorité était maintenant d’avoir un toit et il se félicita de son attitude puisque Wakiza lui proposa de l’héberger dans son auberge en construction. Aal le lui rendrait.
Après que le géant l’ait laissé seul, Eléazar fit la prière du soir et médita afin d’apaiser le flot de ses pensées puis il s’apprêta a passer sa première nuit dans un lit confortable depuis qu’il était parti de Mediah. Il dormit d’un sommeil sans rêves.

Comme à son habitude, il se leva à l’aube et commença sa journée par prier Aal. Il quitta l’auberge bien avant l’heure que lui avait indiqué Wakisa. Son intention était d’aller trouver Clara Siciliano, libraire à Calphéon, il avait connu autrefois son père qui était un célèbre érudit. Peut-être saurait-elle si Sadie Kelevra résidait toujours à Calpheon ou bien saurait-elle l’aiguiller sur la personne pouvant le renseigner. Il serait toujours temps ensuite d’aller au Polipo, il était curieux de savoir si la jeune inconnue y viendrait également.

Pitikali

En eau trouble

Wakiza ferma la porte de l'auberge et poussa un soupir de soulagement avant de prendre la route vers son domicile.
La soirée avait pourtant bien commencé, réussissant même à obtenir un fou rire de Sadie en évocant son amie valkyrie dans un lit, un léger sourire apparut sur ses lèvres en y repensant d'ailleurs. Mais voilà... Cet homme était arrivé et à partir de la... 

Il cherchait une Sadie Kelevra... Et des Sadie il y en avait pas des tonnes... Sans compter la réaction de Akasa, son serpent en voyant l'homme ... La même que la première entrée de la jeune femme au restaurant... Non il y avait peu de doutes à avoir....

Il avait proposé à l'homme de rester dormir à son auberge... Plus pour pouvoir garder un oeil sur lui, que par réel altruisme ... Mais il ne faisait aucun doute qu'il allait devoir mettre en pratique la technique de Don Federico pour "mentir sans mentir"... Il émit un grognement... Que cette obligation pouvait être lourde...

Ce qui était sur, c'est que demain il devrait la retrouver pour éclaircir tout ça... Il savait qu'elle vivait dans les bas fond... Mais guère plus... Enfin avec un peu de chance...

Invité

Un grain de sable dans le Rouage

Calphéon, ville de la régence à la poigne de fer.

Dans les rues de nuit, certaines Valkyries peuvent fouler les pavés de la cité sans s'attirer les foudres des chevaliers de Delphe patrouillant sans cesse, et de celles des chevaliers de Trina. Et parmi les Formatrices dont les atours sont reconnaissables parmi tant d'autre, une se démarque par son masque d'ivoire tacheté de sang, et le gant rougi par une action sans nul doute répressive. La colère qui émane de son esprit, de son regard, empêche ses camarades de lui poser la question d'une telle colère après avoir remis sur le droit chemin une simple voleuse. Elles se sont toutes concertézs pour éviter la mutilation, se mettant en conflit direct avec un représentant de la Loi. Seulement, à quatre Valkyries de la première génération, représentant l'Image de la Religion et donc la Force même de Calphéon, le chevalier ne pouvait rien. La plèbe s'était inclinée devant les mots justes de la jeune femme masquée, connue pour être une Valkyrie sympathisante avec tous les marchands et le bas-fond.



" Braves gens, pourquoi écouter votre rage dont se meut votre jugement alors qu'Elion, Tout-puissant, vous écoute à chaque instant, entend vos prières et s'efforce à toutes les réalisés à sa manière ? Pourquoi donc punir une jeune âme en peine d'une mutilation soudaine alors que notre bon Dieu pardonne un péché. Un seul en guise de rédemption. Avez-vous déjà vu cette femme voler auparavant, répondez-moi. "

Sa voix était à la fois chaude et ferme. Les personnes se regardèrent toutes et toutes ont remué la tête en guise d'un non bien prononcé.

" Elion n'est pas un Dieu de Barbarie. Il n'a jamais autorisé que l'on châtie et tue en Son Nom, Il n'a jamais souhaité la violence bien que la peste Noire soit une cause de Sa colère envers le péché des Hommes à s'entêter dans un chemin obscur. Écoutez-moi, braves gens. N'écoutez pas cette voix funeste piaillant dans votre tête. Laissez une fille d'Elion vous montrez Son choix. "

La grande dame s'approche malgré les vociférations du garde, se dressant de toute sa fière hauteur devant la voleuse, debout, tremblante en tenant la robe fermement contre elle comme d'une bouée de sauvetage. Le regard de la Valkyrie masquée est froid, glacial, brillant d'une lueur malsaine.

" Elion ne t'a jamais dit de voler pour survivre, jeune femme. Il t'a dit de trouver un autre moyen pour t'élever de la misère. Goûte au fer de Sa colère et à la douceur de son Pardon. "

Armant son gant de fer d'où grincent les jointures, la représentante de la Religion envoie un revers sans retenue, venant s'exploser sur la mâchoire de la voleuse dont une gerbe de sang éclate et la propulse en arrière, sur les fesses dans un cri sec et lourd. Le sang tapisse le masque de la Valkyrie autant que sa main qui tombe mollement le long de son flanc avant de se joindre en prière devant la voleuse. Ses soeurs non surprises du geste, se joignent en une prière muette afin de souligner les propos qui suivirent

 

" Elion, Créateur de toute chose, Rédempteur de nos péchés, puisses-Tu accorder Ta grâce à cette enfant qui s'est perdue du droit chemin. "

 

À ce souvenir cuisant dans son esprit, Naeisia ne peut réprimer une envie soudaine de gronder en sourdine. Une de ses Soeurs posa une main sur son épaule.

" Tu as bien fait, Natreeira. Bien qu'un des commandements de la loi stipule qu'un vol est puni d'un sectionnement de membres, tu as su être juste et appréciée du peuple tout en respectant la voix de notre Créateur. Ne te morfond pas dans la colère.

" Je ne peux tolérer de telles violences, Léandrine. Cette soi-disant Justice me rend amère. Elion n'est pas un Dieu de violence, n'est pas un Dieu qui sépare les nobles des gueux, ni ne fait de distinctions sociales. C'est un Dieu bon dont tout être est son enfant. Il n'a pas de limite de classe sociale, encore moins l'envie de mutiler. Les Hommes ajustent des lois en contradiction avec notre religion. Je ne comprendrais jamais.

" Elion ne peut museler tous ses enfants comme tu dis. Il est Bon mais ne peut hélas pas remettre sur le droit chemin de ses écrits et de ses préceptes quiconque y dévie en voulant s'appuyer sur une image faussement jouée de Justice. Ne te laisse pas corrompre par la colère, ma Soeur. Tu ne mérites pas de te rabaisser à leur niveau. Elendryn te l'a déjà dit, Mellisore aussi, ne te frotte pas trop à la raison, ou la raison te perdra.

" Léandrine...

" Je serais là pour t'aider. En attendant, reposer toi cette nuit, nous devons partir demain pour Heidel taire cette rumeur. Qu'Elion te garde, ma Soeur.

" Qu'Elion vous garde, mes Soeurs. "


La guerrière s'incline devant ses trois autres soeurs et se dirige à bon pas vers une auberge de sa démarche hautement féline, comme le devrait une Valkyrie suppurant la grâce. Elle doit se renseigner. Elle doit se renseigner sur cette voleuse et quelques commanditaires auprès de Sadie. Elle a besoin de son amie et son oreille personnelle. Il faut rapidement mettre au point un plan avant que la situation n'empire. Il faut absolument qu'elle s'entoure des bonnes personnes et qu'elle parte prendre l'air, loin de cette cité de tous les vices en maintenant le marché en cours et en évitant un maximum cet homme qui, déjà, l'avait mise en rogne ne serait-ce que par une rumeur d'arrivée au sein de la Sainte cité. La Nature l'appelle à nouveau.

Nôd

Visite surprise

Sadie avait retrouvé la tombe de sa mère dans un piteux état. Elle n’y avait pas été depuis plusieurs années, aussi la végétation s’était chargée de reprendre ses droits sur la pierre.  Siari Kelevra n’avait jamais été très appréciée dans les bas-fonds : qui à part sa propre fille serait donc venu arracher les mauvaises herbes ou apporter des fleurs ?

Elle n’avait aucune fleur à déposer mais elle s’occupa des mauvaises herbes et du lierre grimpant qui s’était accroché à la stèle.

Les mains noircies et les ongles rendus sales par la terre, Sadie s’était  finalement installée à même le sol, agenouillée devant cette pierre où apparaissait le nom de sa mère. Vestige d’une autre vie. Elle avait alors récité cette vieille prière, sortie d’elle ne savait où dans une langue qu’elle ne se souvenait pas avoir apprise. Un mantra vieux comme le monde qui lui rappela bien trop d’où elle venait et pourquoi –sans doute- Eleazar Kelevra était ici.

La sorcière ne doutait pas que, sans l’intervention du géant, elle aurait passé là de longues heures, jusqu’à sortir de cette transe.

Wakiza était arrivé comme un cheveu sur la soupe, elle ne l’attendait pas, ne s’y attendait pas et cela l’avait énervée, en plus de tout le reste, aussi n’avait-elle pas été particulièrement chaleureuse avec lui. Malgré tout elle n’avait pas envie d’exposer la situation à des oreilles indiscrètes, aussi l’emmena-t-elle chez elle, dans son bordel ambiant.

S’ils s’appréciaient très clairement, pour autant les deux ne se connaissaient pas et Sadie avait toujours répugné à parler d’elle, ce soir ne devait pas faire exception et –au final- elle ne révéla au Géant que peu de choses, à demi-mot, dans une vérité toute relative. Ce fut à priori suffisant pour qu’il décide qu’elle en valait la peine et qu’Eleazar devait être surveillé.

L’imposant personnage reparti comme il était venu, lui laissant un lourd sac de provisions au passage… Sadie pensa simplement que la grande partie allait se gâter avant qu’elle ne la mange… Mais elle n’eut même pas le courage de sortir la distribuer et alla simplement se coucher.

Pitikali

Entre deux eaux

En rentrant chez lui, son premier réflexe fut d'aller à la fenêtre . Malgré l'heure tardive, le fleuve et ses abords grouillaient encore d'activités. 

Wakiza observa un petit moment avant de plonger dans ses pensées .
Il n'avait eu beaucoup à chercher avant de trouver Sadie. Un peu de nourriture pour obtenir ce qu'il voulait et le tour était joué.
Il avait trouvé la femme devant une tombe, visiblement en train de prier, et le moins que l'on puisse dire c'est que l'accueil n'avait pas été des plus chaleureux... Mais bon gré mal gré elle avait finit par l'inviter chez elle pour poursuivre la discussion.
Si elle était resté assez vague dans ses réponses, son comportement lui ne laissait aucun doute... La brunette avait peur de cet homme ou de ce qu'il représentait. Une attitude suffisamment rare chez elle pour le convaincre de l'aider et de jouer les intermédiaires avec  ce Eleazar. En tout cas en attendant d'en savoir plus...

Sadie était une personne qu'il appréciait beaucoup malgré son tempérament imprévisible et parfois distant, aussi lorsqu'il revu le mage le soir même dans son restaurant, la priorité fut de s'assurer qu'elle ne risquait rien.

L'homme ayant connaissance de son clan et de son "rang", la discution fut  franche, cordiale et sans détour, ce qui ne fut pas pour lui déplaire. Il lui expliqua la raison de sa venue et lui parla un peu du clan Kelevra entre autres choses. Wakiza transmettrait les informations mais n'avait rien promis. La décision appartenait à Sadie...   

Il jeta un coup d'oeil vers les 2 énormes haches posées dans un coin en soupirant. Il allait peut être devoir révéler une partie de son passé pour la convaincre car, d'après le mage, sa vie pourrait être en danger si elle ne parvenait pas à maîtriser son pouvoir latent... Et il n'avait pas envie de la perdre comme ça la petite Sadie...

Makie

Avancée

Eléazar n'aimait pas Calphéon, la ville lui paraissait un nid de fausseté et d'hypocrisie. La noblesse se pavanait tandis que les gens dans les bas-fonds mourraient de faim et le clergé d'Elion justifiait cet ordre des choses. Mais ce jour Eléazar se promenait dans le quartier des marchands d'un pas plus léger. L'entretien avec Wakiza avait été constructif, il est vrai qu'entre gens du Désert il est plus facile de se comprendre, les faux-semblants n'étant pas de mise.
Eléazar se demandait s'il n'en avait pas trop dit, mais l'enjeu était de taille, il devait avoir une entrevue avec Sadie et il n'avait d'autre choix que d'accepter Wakiza comme intermédiaire. Le géant lui avait paru très soucieux du devenir de Sadie et il avait fallu le rassurer quand à ses intentions.
Bien sûr Eléazar n'avait pas tout dit, certaines choses ne pouvaient être parlées qu'entre membres du Clan, mais il n'avait pas menti. La vérité est toujours préférable au mensonge, même si parfois la vérité s'avérait être une potion bien amère. Sadie Kelevra allait devoir faire un choix et il n'était pas facile. Avait-elle conscience du probable pouvoir qui se cachait en elle ? Croirait-elle comme il l'avait confié à Wakiza que ce pouvoir non canalisé pouvait la consumer ?

Carah

Retrouvailles

7 ans.

7 longues années s'étaient écoulées depuis son départ précipité, et elle n'avait jamais recroisé qui que ce soit qui vienne de chez elle. A mesure que le temps s'était écoulé, elle avait cessé d'observer chaque ombre et chaque silhouette. Elle s'était résignée, soulagée de voir qu'elle avait réussi à laisser derrière elle tout ce qui avait constitué son univers jusqu'à sa fuite de Tarif. Le fait d'éviter toutes les grandes villes et de se trouver constamment en mouvement avait certainement aidé. En tout cas, jusqu'à ce soir. 

Elle menait tranquillement Tagada au pas, aux alentours d'Heidel, en quête d'un abris où passer la nuit lorsqu'elle l'avait reconnue. Le visage était marqué et plus adulte, les cheveux grisonnants et une mèche semblait recouvrir une vilaine blessure à l’œil, mais Taelya n'avait pas hésité une seconde sur l'identité de la jeune fille. Probablement le seul visage au monde qu'une partie d'elle serait heureuse de revoir. Elle avait dû raffermir sa prise sur son étalon, quand ce dernier, sentant l'intérêt de sa maîtresse, avait sensiblement accéléré. Nylie n'était pas seule. Une Valkyrie l'accompagnait et avançait d'un pas vif et assuré. 

Après une seconde d'hésitation, Tae' s'était mise en route pour les suivre de loin. Il ne lui avait pas fallut longtemps pour trouver un gamin jouant dans la rue, et lui remettre un morceau de papier à délivrer à Nylie, en échange de quelques sucreries dérobées un peu plus tôt. 

L'attente près du lieu de rendez-vous lui avait paru interminable. Elle n'avait pas ressenti un tel tourbillon d'émotions depuis des années. La joie, vive et sincère d'enfin retrouver son amie, mêlée à la haine et à la crainte des souvenirs qu'elle avait tant voulu fuir. Les retrouvailles furent un peu étranges au début. Nylie semblait recroquevillée sur elle-même, et peu encline à se confier. Mais bien vite, les deux jeunes femmes retrouvèrent leur habituel mode de communication, taquines et rigolardes, conversations ponctuées de rires simples et francs. 

Le temps, ensoleillé jusque là, se mua en pluie diluvienne lorsque vint la question tant redoutée. Comme si le ciel lui même avait voulu accompagner leur humeur. La voix sourde de Nylie et l'interrogation si lourde qu'elles avaient tenu aussi loin que possible de la conversation jusqu'ici.

" - Tu n'as rien dit, pas vrai ? 

- Rien. Jamais. "

Leur pacte silencieux avait survécu à 7 années de séparation. Pour la première fois depuis longtemps, Taelya se demanda si le choix de la solitude n'avait pas été une erreur. Au moment de se séparer, après avoir fait la promesse de se revoir aussi vite que possible, Taelya avait erré un long moment dans la nuit tombante. La lourde pièce, frappée du sceau de Calpheon que lui avait remis Nylie semblait peser bien lourd dans la poche de son manteau. 

"Un lit hein ? Bah.. Pour une fois, pourquoi pas ?"

Nôd

Les évènements de ces derniers jours lui avaient finalement laissé une impression moins négative qu’initialement pensé. La venue d’Eleazar avait été plus perturbante que le mage lui-même… Qui c’était finalement révélé être plus humain que dans les souvenirs que sa mère avait durement inséré entre ses deux oreilles pendant toutes ces années. Elle lui en voulait.

Mais elle n’était pas dupe pour autant. Le mage n’avait pas traversé le désert, Serendia et une grande partie du royaume de Calpheon juste pour savoir comment elle allait et lui inculquer les arcanes de la magie sombre… Tels qu’ils étaient enseignés chez les Kelevra du moins. Elle se doutait bien que le Seid cachait quelque chose mais rien ne lui permettait d’avoir un début de réponse, les histoires du Clan lui étant bien trop étrangères. Ses recherches dans les écrits que sa mère avait volé en partant ne lui apprirent pas grand-chose de plus, elle les connaissait quasiment par cœur et n’y avait jeté un coup d’œil qu’en désespoir de cause. Sadie ne voyait pas bien ce qu’Eleazar espérait trouver là-dedans… Ce fatras n’avait jamais eu de sens que pour Siari… Tout du moins était-ce ce qu’elle s’était dit jusque-là.

La sorcière allait accepter sa proposition. Elle était à peu près certaine de le regretter de nombreuses fois plus tard mais le mage avait touché un point sensible. Si sa magie n’était pas du tout enfouie, comme il l’avait d’abord suggéré, elle était clairement à un état trop brut et les années d’entraînement auxquelles elle s’était astreinte n’avait jamais réussi qu’à lui permettre d’acquérir une bonne maîtrise du déplacement instantané. La destruction échappait encore à son contrôle.

Cette pensée la ramena à Nylie et elle se sentit un brin coupable. La jeune sorcière faisait encore les frais de son propre non-contrôle et l’embarquer là-dedans n’était pas forcément la meilleure chose à faire. Mais qu’importe. Elle avait dit oui après tout.

Sadie soupira, sentant la main invisible, tout aussi occulte que sublime, derrière tout ça. Aal ne l’avait plus effleurée depuis bien longtemps.

Makie

Destins...

La soirée avait été riche en événements. Finalement Sadie était venue à sa rencontre et cela aurait pu plus mal se passer. Certes elle ne s'était engagée sur rien et s'était révélée comme une interlocutrice coriace, mais une vraie sorcière n'est jamais quelqu'un de facile, la précédente Sâdhvi, Aal ait son âme, en était la preuve. Sadie n'avait pas de réponse à apporter au motif pour lequel sa mère avait fui et s'était réfugiée à Calphéon, les papiers que Siari avaient laissés derrière elle, étaient à l'en croire, obscurs et dépourvus de sens pour qui que ce soit d'autre. Tout de même il aurait bien aimé y jeter un œil comme il aurait aimé examiner le tatouage de Sadie. Mais chaque chose en son temps. A vouloir aller trop vite, on pouvait tout perdre.

Une chose était certaine Siari avait échoué à la former, ce n'était en soi pas étonnant, ce n'est pas parce qu'on est une sorcière qu'on est pour autant capable de transmettre son savoir. Si le Clan avait choisi de former des Seid, ce n'était pas sans raison. Leur formation était la plus dure qu'il soit et le mental de certains ne survivaient pas aux différentes épreuves qu'elle comportait.

S'il était maintenant le Seid aîné du Clan et comme il lui avait dit, sans doute pas le plus puissants des magiciens mais certainement pas un mage de seconde zone, arriverait-il pour autant à la former ? Sadie avait la trentaine passée maintenant et il n'avait trouvé nulle trace dans les archives du Clan de formation aussi tardive. Mais le défi était séduisant à relever, d'autant plus que cette élève, si Sadie acceptait, ne serait pas des plus dociles.

Les disciples.... Etrange comme Aal pouvait faire tourner le destin. Dans la même soirée il avait revu Nylie Evenheim et Naeisia Ombrelune, deux échecs si l'on suivait le sens commun. Il voyait les choses différemment, si elles n'avaient pu aller au bout de leur formation c'est qu'Aal en avait décidé autrement, Naeisia était devenue une Valkyrie, ce qui a première vue n'avait pas grand sens car elle avait embrassé la foi en Elion, mais Eléazar avait suffisamment vécu et suffisamment étudié pour savoir que toute chose prenait sens un jour. Il suffisait pour cela d'attendre. Nylie quand à elle semblait avoir été ballottée au gré des vents et ceux-ci avaient sans doute été souvent tempétueux. En tombant sur Wakiza et Sadie c'était pour elle l'opportunité d'un nouveau départ. Etait-elle toujours aussi tourmentée par le fait de ne pouvoir contrôler sa magie ? Chaque chose en son temps, pensa t il encore.

Le lendemain matin Eléazar décida de s'enquérir auprès de Clara Siciliano, si un local discret n'était pas disponible dans le quartier des Marchands. Par chance elle avait connaissance d'un ancien atelier de reliure qui était maintenant fermé. Par son intermédiaire, il put le louer au propriétaire pour une somme qui si elle n'était pas modique, était supportable par le Clan Kelevra. Il marchanda juste ce qu'il faut, ne voulant pas attirer l'attention outre mesure. Monter un atelier clandestin d'alchimie à Calphéon était plutôt une idée risquée. Un atelier d'herboristerie par contre était plus anodin : comme les alentours de Calphéon, en particulier à la porte Est, regorgeaient de plantes intéressantes, cela serait sa couverture.

Nôd

Sadie se leva du lit et se déplaça en silence, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le vieux parquet de bois, elle savait d’ailleurs où marcher pour ne pas le faire craquer. Tandis qu’elle s’asseyait sur une des chaises pour s’habiller, Zippo et Pandore vinrent lui quémander quelques caresses et gémirent d’impatience. Elle les intima au silence en mettant son index sur ses lèvres, les deux chiens obtempérèrent aussi tôt. Un coup d’œil vers l’estrade lui apprit que Nylie était toujours profondément endormie, nonchalamment étendue au travers du lit.

La sorcière termina d’enfiler ses bottes et sortit discrètement de la petite maison, les chiens sur ses talons. Elle ne pourrait pas les emmener avec elle mais elle mettait un point d’honneur à leur accorder chaque matin une longue promenade à l’extérieur de la ville, le long des écuries.

Le soleil n’avait même pas encore pointé un seul de ses rayons qu’elle passait déjà les portes de la ville. Tout était calme aux écuries de Breesman et un léger vent froid balayait la route de terre, les chiens s’élancèrent comme deux bienheureux, Sadie les suivit calmement toute à ses pensées.

Les prochains jours allaient être intenses et chargés, elle ne doutait pas une seule seconde d’être sur les rotules le jour où elle et Nylie prendraient la route pour Trent. Elle ne pouvait qu’espérer qu’elle tiendrait tout de même le choc de l’entraînement d’Eleazar. Il n’était pas question pour elle de flancher devant le mage, dusse-t-elle y perdre toutes ses forces et ne tenir que par sa volonté.

Elle s’en savait capable. Elle redoutait juste les conséquences sachant quel prix elle en avait payé la dernière fois.

Au loin une lueur rose montait petit à petit de l’horizon. Il allait être temps.

« Veronah Contini… » marmonna-t-elle au vent.

Makie

La forêt des Tréants

Eleazar avait préparé ses affaires et pris des provisions pour une dizaine de jours, étant donné sa sobriété, son sac était des plus légers. Il avait décidé d’emprunter la sortie sud de Calphéon et de là, monter au sommet du mont Kaia. Ensuite il comptait aller droit au sud pour éviter le lac Kaia et ses habitants puis il prendrait la direction de l’ouest, avant d’atteindre Trent il comptait traverser la forêt des Tréants car ces créatures l’intriguaient au plus haut point. Il pensait avoir le temps de faire ce trajet pour rejoindre Sadie et Nylie à la date prévue.

Il débuta son voyage sous un beau temps qui lui parut de bon augure, il n’existait pas de chemin à proprement parler pour aller au mont Kaia, les habitants de Calphéon évitaient l’endroit car on disait qu’un dragon s’y cachait. La forêt était dense et les sentes tracées par des animaux lui faisaient faire de longs détours.
Finalement Sadie avait répondu à son offre plus rapidement qu’il le pensait. Certes elle y avait mis quelques conditions mais s’entraîner dans un endroit perdu aux confins de Calpheon était une idée judicieuse. Que Nylie se joigne à eux n’était pas pour lui déplaire. Contrairement à Icare Kelevra, Eléazar même s’il pouvait se montrer intraitable pour ce qui est de l’entraînement, n’était pas au fond de lui un homme dur en ce qui concerne ses élèves. Il était donc désireux de venir en aide à Nylie, si c’était la volonté d’Aal bien sûr.
Ce qu’il avait vu des dégâts sur la petite falaise aux alentours de Calphéon, le confortait dans l’idée de la puissance cachée de Sadie, le défi était de taille, serait-il à la hauteur ?

Il lui fallu une journée pour atteindre le sommet du Kaia. La vue sur Calphéon était magnifique, il s’absorba un long moment dans la contemplation du panorama. Puis il se restaura et s’aménagea un abri sommaire au pied d’un arbre mort. La descente fut plus ardue que la montée, la forêt était toujours dense, il fallait faire attention pour garder sa direction, la carte qu’il avait achetée à Calphéon ne lui était pas d’une grande aide puisqu’il n’empruntait pas les chemins connus.
Il atteignit Poniel Cottage le 3 ème jour, de là il prit une direction sud-ouest, la forêt était moins dense mais le terrain était accidenté, il voulait progressivement obliquer à l’ouest et passer au sud du Monastère Abandonné. Il lui fallut 5 autres jours pour être en vue du monastère. Il n’avait pas fait globalement de mauvaises rencontres, il était resté prudent, marchant le plus silencieusement possible et s’arrêtant au moindre bruit. Sa progression avait était plus lente qu’il escomptait et ce n’est qu’au 9ème jour qu’il atteignit la forêt des Tréants, il estimait que Trent était à une journée au sud, il prendrait d’ailleurs la route pour accélérer sa progression.

Il savait que les Tréants étaient passablement agressifs, surtout depuis qu’ils étaient chassés pour les propriétés de leur bois. Eléazar n’avait nullement l’intention de les attaquer, il avait lu dans la bibliothèque de Calphéon que certains Tréants particulièrement âgés possédaient des capacités télépathiques et il voulait tenter de rentrer en communication avec l’un d’entre eux. Se mouvant au ralenti, il s’enfonça dans la forêt, s’efforçant de n’attirer l’attention d’aucune de ces créatures. Il finit par arriver dans un endroit où tous les arbres étaient couverts de mousse et paraissaient très anciens, il régnait une pénombre qui aurait pu paraître inquiétante à un esprit moins endurci que lui. L’épaisse couche d’humus rendait le sol confortable, il s’assit et commença à méditer…

Nôd

Ses yeux étaient rivés au plafond depuis un moment déjà, elle n’aurait pas su dire combien de temps exactement mais au travers de la petite fenêtre elle avait vu la nuit laisser place aux premières lueurs du jour. Sadie n’avait pas eu envie de sortir tôt aujourd’hui, le froid sans doute. Il y avait longtemps qu’elle n’avait plus pataugé comme ça pendant des heures et elle avait senti le contrecoup cette nuit, après que la fièvre ait enfin baissé. Elle soupira et se passa une main sur le visage avant de machinalement gratter la peau de son bras où se dessinait son tatouage.

Eleazar avait raison de dire que sa transe était profonde, mais il se trompait en pensant qu’elle l’était trop. Elle était parfaite. Juste ce qu’il lui avait toujours fallu pour oublier son environnement, en faire fi, oblitérer Siari, Naïs et leurs entrainements dignes de séances de torture.

Des souvenirs désagréables remontaient doucement et elle pouvait sentir son pouvoir s’agiter et la fièvre revenir. Elle respira profondément plusieurs fois et tendit une oreille pour capter les bruits dans la petite maison. Deux autres respirations, dont celle de Nylie juste à côté, lui parvinrent. Elle se concentra sur le lent et régulier souffle de la jeune femme endormie à ses côtés ce qui relâcha bien vite son esprit, dissipant tout souvenir et toute agitation.

Sadie resta ainsi encore un long moment, elle se préparait pour les événements à venir, elle savait qu’elle ne couperait pas à une démonstration de son pouvoir. Elle ne pouvait qu’espérer qu’il se montre sous sa vraie nature, la sienne, pas celle qui semblait venir des runes de son tatouage. Un pouvoir simple, finalement peu puissant. Pas cette espèce de rage brûlante qui la consumait parfois.

Et peut-être, peut-être, que ça renverrait le mage dans son désert. Mais elle-même croyait peu à cette hypothèse car, comme le lui avait fait remarquer Nylie, Eleazar était là pour la survie de son clan pas pour la laisser libre de ses choix.

Sanrek

Un air de déja vu

Les pensées se bousculent dans la tête de la jeune fille tandis qu'elle tente à grand peine de ne pas perdre de vue Sadie, dont la silhouette fuyante disparaît une nouvelle fois pour réapparaître au loin, en une démonstration de maîtrise du déplacement qui lui aurait sûrement valu un hochement de tête approbateur de la sévère Siam.

Mais la mère de Nylie n'est fort heureusement pas ici, dans les profondeurs de la forêt des environs de Trent, pour assister une nouvelle fois à l'incompétence de sa progéniture, que seuls obligent encore à lutter des sentiments qu'elle n'a pas ressenti depuis bien longtemps, la fierté et peut être même une part de jalousie, tandis qu'elle tente de plier à sa volonté son pouvoir récalcitrant pour suivre son insaisissable consœur en une nouvelle série de sauts.

 

« Je ne vais pas y arriver.»

 

Le temps se fige soudain sur cette seule pensée, au milieu d'une bouffée de peur et de panique tandis la jeune fille se rend compte trop tard de sa disparition, ne sentant plus dans ses veines que le vide et l'absence au lieu du bouillonnement qui aurait du s'y trouver.

Ce qui n'était il y'a quelques instants qu'un obstacle trivial, que vient de braver Sadie d'un bond gracieux, redevient d'un seul coup le vide sous ses pieds et le profond fossé rocailleux en dessous.

 

Une fraction de seconde plus tard, la peur se transforme en terreur, la maîtrise et la discipline laissent place aux instincts et réflexes incontrôlés qui hurlent de concert devant le danger, et abaissent d'un coup toutes les barrières sensées canaliser la puissance du pouvoir qui est le sien.

Fidèle à lui même, ce dernier réapparaît d'un seul coup et bondit telle une bête enragée libérée de ses chaînes, en une violente déflagration qui vient zébrer d'entailles les arbres autour et balaye la jeune sorcière en plein saut en la jetant en arrière sous la puissance de l'effet.

 

Elle ne reprend conscience que bien plus tard, allongée contre le tronc du chêne qui a mis un terme douloureux à sa course. Toujours hébétée par le choc, elle tente un moment de se remettre debout avant de rendre compte qu'elle en est incapable et éclate d'un rire nerveux, se laissant retomber avec un soupir résigné en imaginant déjà la honte qu'elle ressentira sous leur regard devant ce nouvel échec.

 

« ...au moins je ne suis pas tombée. »

Nôd

Elle les avait planté là sans plus de cérémonie, non pas qu’elle ait eut réellement quoi que ce soit à leur reprocher mais la discussion avait un peu trop dérivé à son goût, Eleazar mettant le doigt sur quelque chose qui ne lui plaisait pas. Sans parler de fait qu’il finirait bien par découvrir l’existence de Naïs. Sadie n’avait jamais été dupe, sa ‘tante’ avait été tout sauf une simple femme et quoique pouvait en dire le mage, les membres de son clan étaient suffisamment brimés pour que certains et surtout certaines cherchent à le fuir.

La sorcière avait alors préféré aller prendre l’air. Elle était retournée à la rivière, si elle n’appréciait pas toutes les paroles du mage au moins allait-elle mettre un point d’honneur à s’exercer pour de bon.

La lévitation n’avait jamais été son fort, vraiment, c’était une pratique qu’elle n’appréciait que peu car son utilité réelle la dépassait franchement. La télékinésie c’était autre chose… Elle savait depuis longtemps qu’elle s’y prenait mal car c’était somme toute un exercice relativement facile et malgré tout les nuances de cet art lui échappaient et elle ne parvenait qu’à des résultats médiocres.

Sadie s’installa cette fois non pas dans l’eau mais sur un rocher, elle s’allongea de tout son long, la position couchée avait toujours eu sa préférence en lévitation, flotter ainsi rendait l’exercice plus grisant. Elle se concentra alors et, doucement, sentit son corps s’élever. Ses pieds et ses mains s’élevèrent en dernier, elle devinait cependant que la pointe de ses cheveux était toujours en contact avec la pierre.

Au-dessus d’elle le bleu du ciel se jetait dans toutes les directions et seuls quelques petits nuages blancs le tachetaient par endroits. C’était une belle journée, elle eut un léger pincement au cœur en songeant qu’il serait bientôt temps de rentrer, cette perte de concentration lui valut de presque s’aplatir au sol mais elle se reprit suffisamment vite pour retrouver son équilibre.

Tandis qu’elle stabilisait enfin sa position pour de bon elle se mit à penser à Naïs et à sa fille. Elle était sûre que c’était une fille, un garçon n’aurait pas eu suffisamment de valeur pour le Clan et elle n’aurait jamais eu besoin de le quitter comme elle l’avait fait. Siari ne lui avait jamais rien dit là-dessus mais c’était une conclusion logique. Elle savait aussi que sa mère avait éloigné l’enfant… Pourquoi ? Le doute la rongeait en ce qui la concernait, depuis des années, car elle connaissait suffisamment sa mère pour savoir que quelque chose s’était tramé. Et pas forcément quelque chose de bon.

Mollement son corps redescendit et bientôt elle reposait de nouveau sur le sol froid et dur.

Si elle ignorait encore beaucoup de choses elle était certaine d’un point : Naïs n’avait pas fui sans raison.

 

Nôd

La pièce avait beau avoir été plongée dans une obscurité presque totale, elle s'était réveillée en sachant que le soleil ne devait même pas encore avoir apparu à l'horizon. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait plus dormi dans un endroit où l'on fermait les volets. Les ouvrir avait d'ailleurs confirmé ses pensées, l'aube pointait timidement au loin, au-dessus de Keplan la nuit était toujours bien présente.

Elle s'était massé le visage, avait quelque peu remis ses cheveux en place, l'esprit encore embrumé par les vapeurs de rhum. Elle avait la bouche pâteuse et les paupières lourdes. Le voyage allait être long.

Sadie n'avait pris aucune précaution pour réveiller Alessio, le bousculant sans vergogne, et elle s'était étonnée de le voir réagir promptement, prêt en quelques minutes. Elle le remercia pour ça. Mentalement. Le rhum lui avait cloué la langue.

Les rues de Kaplan étaient encore calmes, seuls quelques gardes terminaient leurs rondes et quelques mineurs revenaient ou partaient. On était loin du brouhaha que connaissait Calpheon dès les premières lueurs avec les marchands qui s'installaient et les convois qui commençaient à affluer. Elle apprécia ce flottement, un peu de calme. Puis la maison de Galathea se dessina devant ses yeux tandis qu'ils sortaient du monte-charge et une grogne la reprit à la gorge.

Venir lui révéler la vérité, tout lui dire, lui expliquer. Ça ne lui avait pas fait peur, elle avait plus redouté sa réaction. Elle aurait pu fuir, nier en bloc. Ça n'avait pas été le cas. Elle ne s'était cependant pas attendue à tomber sur un chien de garde aussi agréable qu'elle-même. Sadie savait qu'elle allait devoir composer avec. Elle n'avait aucun envie. Mais elle allait devoir.

Plantée devant la maison de Galathea, elle réfléchissait. Elle ne voulait pas se battre, ça ne lui apporterait que des problèmes. Elle avait passé ces quatorze dernières années à se refréner, ne pas venir la trouver, parce que Naïs avait préféré l'éloigner, alors elle aussi devait la laisser loin. Sa préoccupation première avait toujours été la protection de Galathea, par le silence et l'ignorance d'abord, par la vérité maintenant. Et la violence si c'était nécessaire. Mais l'autre guignol blond n'était pas l'ennemi à combattre.

Elle soupira. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était plus tu, qu'elle n'avait plus fait l'effort conscient d'absorber platement ce qui la mettait hors d'elle et de laisser couler. Elle savait aussi que c'était dangereux. Qu'elle finirait littéralement par exploser. Mais peut-être aussi que ça s'arrangerait avant qu'ils n'en arrivent là. Alessio avait marqué un point en disant qu'ils cherchaient tous les deux la même chose : la protéger. Il avait aussi vu juste en pointant que Neilho s'y prenait comme un manche.

Sadie fit un pas en avant, frappa plusieurs fois à la porte et inspira, cherchant au fond d'elle ce gouffre qui lui permettait de faire fi du reste. La violence serait pour plus tard.

Sanrek

Révélations

"Le plus dur c'est cela, vaincre le sentiment de ridicule pour pouvoir croire en tes propres mots et leur donner du pouvoir."

Les mots résonnaient encore dans l'esprit de la jeune fille, sans pour autant lui être d'une grande aide et ce malgré l'air pour la première fois véritablement bienveillant de Sadie - même si cela n'avait duré qu'un bref instant - lorsqu'elle les avait prononcés.
Car c'est exactement ce qu'elle ressentait en ce moment, le ridicule, se sentant sotte tandis qu'elle essayait pourtant inlassablement de se persuader de sa propre compétence.

Et ce n'était cependant peut être pas le plus difficile, en comparaison de son second conseil. Arriver à ne plus dissocier son pouvoir et ne pas le personnifier, le considérer à nouveau comme une part d'elle même et non comme un animal indompté et retors, cible de sa colère et de son ressentiment...à cet instant même les concepts idiots du Seid, comme laisser son esprit ne faire qu'un avec un objet inerte, lui semblaient soudain plus faciles à appréhender en comparaison.


"Ne faire qu'un avec lui...je suis sure que ce serait même plus aisé avec une foutue chaise en bois, qui elle n'essaye pas de me faire du mal !" marmonna t-elle pour elle même avec agacement, perdant une nouvelle fois sa concentration avant de s'interrompre, pensive alors que ces mots réveillaient en elle un souvenir depuis longtemps enfoui dans les profondeurs de sa mémoire.
Le souvenir d'un individu étrange, venu de très loin alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente, de ses contes, ses mélodies et surtout de sa danse qui n'en était pas vraiment une, et qui avait donné à ces même mots une signification totalement différente de celle qu'ils pouvaient trouver dans la bouche du Seid, ou de l'austère valkyrie qui les accompagnaient.


"Et pourquoi pas, après tout ?" Pensa t-elle. Par peur du ridicule ? Il n'y avait personne pour la voir, ou la juger, et rien qui ne soit de toutes façons plus honteux à leurs yeux qu'un nouvel échec.

Makie

Eleazar passa le reste de la journée à recopier les inscriptions de la grotte de Siari. La plupart lui étaient familières car utilisés par les Kelevra, mais quelques inscriptions demanderaient une recherche plus approfondie. Les inscriptions relatives à des enchantements n’étaient plus actives mais tout laissait croire que Siari avait conçu ce lieu comme un vrai centre d’entraînement…

Tout en recopiant il réfléchissait. Il avait semé une graine qu’il convenait maintenant d’arroser et de surveiller mais sa croissance risquait d’être perturbée s’il n’y prenait garde. Il devait comprendre la fonction du tatouage de Sadie faute de quoi les efforts qu’elle avait l’intention de faire risquaient d’être vains. Mais Sadie n’avait pas réellement accepté ni qu’il examine son tatouage, ni qu’il mette le nez dans les papiers de Siari. Elle maintenait clairement le mage à distance de sa vie d’autrefois.

Elle avait d’ailleurs était très évasive quand il lui avait demandé d’où provenait la décoration de la cabane de Trent, ce qui n’avait pas manqué bien entendu d’éveiller son attention. Dans les archives du Clan il n’avait trouvé nulle mention d’une quelconque amie de Siari. Cette femme au fort caractère avait de nombreuses relations mais personne que l’on pouvait qualifier d’amie. Pourtant dans son exil à Calphéon il y avait eu une personne suffisamment intime avec elle pour décorer cette maison. Pourtant son caractère n’avait pas changé sans doute même il était devenu encore plus difficile d’après ce que laissait entendre Sadie.

Il passa de nouveau en revue les pièces du puzzle.

Une sorcière enceinte quitte le clan et Siari a fait partie de ceux qui ont été envoyé à sa recherche. Elle revient sans l’avoir trouvée.

Peu de temps après Siari, sorcière médiocre mais alchimiste renommée quitte le clan brutalement avec sa fille. Certes elle était en conflit avec la hiérarchie du clan, mais cela faisait longtemps et pourquoi ce moment plus qu’un autre ?

Siari s’installe à Calphéon, y vit discrètement, continue semble t il ses recherches en alchimie et tente d’entraîner sa fille à la magie. Elle installe un centre d’entraînement à Trent et y va assez souvent puisqu’elle y aménage une maison décorée par une mystérieuse amie…

 

Et si Siari avait en fait retrouvé la sorcière enceinte et avait profité de l’occasion pour fuir le Clan avec elle ? Mais alors qu’était devenue l’enfant ?

Nôd

L’attente interminable, l’insignifiance de la situation et l’humidité ambiante avaient finalement eu raison d’elle. Sadie était rentrée. Malgré tout elle était arrivée à Calpheon avec un sentiment mitigé et un arrière-goût d’inachevé en travers de la gorge. Elle était partie quelques jours plus tôt avec l’intention ferme de se venger de Selwyna et de lui en faire voir de toutes les couleurs. Mais la situation avait changé.

Elle avait trouvé dans la cache de la jeune femme des choses intéressantes et son esprit était en branle. Ce qui lui avait dit Nylie de la sorcière ne cadrait pas avec un vol purement vénal et elle savait que le Trillium n’avait rien à voir avec le cambriolage de sa maison. Peu importait le peu de contrôle qu’Alessio avait sur ses mercenaires, il n’aurait pas laissé faire ça.

Donc Selwyna était intéressée. Les objets qu’elle avait pris étaient particuliers et cadraient totalement avec ses propres trouvailles dans la cachette de la rousse. Elle cherchait quelque chose. Sadie pressentait qu’elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus malgré tous ses efforts et que les livres et carnets qu’elle avait trouvé dans sa maison lui avaient semblé une voie de secours.

En tout cas elle espérait que ce fut ça. Sans quoi elle ne la lâcherait jamais avant d’avoir estimé que la dette était épongée. Dette qui n’existait que dans son propre esprit mais ça elle s’en fichait bien. On ne brisait pas des enchantements vieux de 15 ans et ne dérobait pas des affaires tout à fait personnelles sans en payer les conséquences.

Elle se fit la remarque que Selwyna avait rendu les objets volés. Ce qui conforta encore Sadie dans sa théorie que la rousse cherchait des réponses partout où elle le pouvait. D’un côté cela l’énerva encore plus. Cette idiote avait probablement fait des copies.

Sadie savait le code Kelevra terriblement difficile à décrypter. Il requérait des connaissances en diverses matières et en vieille langue Mediahne, inusitée depuis longtemps. Mais pour le seul principe de savoir une telle chose entre les mains de quelqu’un dont elle ne connaissait rien, c’était inacceptable.

De nouveau elle pensa à la cache de Selwyna et au symbole qu’elle y avait vu. Elle considérait au moins lui avoir rendu une partie de la monnaie de sa pièce en ayant elle-même procédé à diverses copies. Malgré tout… Elle n’avait jamais vu quelque chose comme ça.

Devait-elle en parler à Eleazar ? Elle n’était pas certaine que le mage ait eu des connaissances suffisamment poussées en alchimie pour l’aider. Elle-même, qui tenait son propre savoir de Siari qui avait dû être une des maître-alchimistes du clan, devait peut-être en savoir plus que lui.

Que faire…

Nôd

Les jours s'étaient succédé à un rythme tout aussi effréné que lent. De nombreuses fois dans la journée il lui avait paru que le temps s'était dilaté, puis rétracté, puis dilaté à nouveau. La nuit arrivait sans qu'elle ne la voit et attendre le jour lui semblait une éternité. Elle n'avait que peu dormi cette dernière semaine, coincée entre ce qu'elle allait révéler à Eleazar et ce qu'elle allait faire subir à Selwyna.

Elle avait tergiversé un moment avant de savoir vers lequel des deux elle irait en premier.

Puis finalement sa découverte dans la cache de la rouquine l'avait décidée. Sadie était donc allée voir le mage en premier. Il était temps d'y faire face et d'arrêter cette mascarade qu'elle lui jouait depuis le début. Elle savait qu'elle n'était pas celle qu'il cherchait. Elle savait que Siari avait manipulé son monde. Elle en avait tiré une certaine satisfaction au début, vilaine réminiscence de sa mère pour les Kelevra. La sorcière avait beau lutter contre ça, on n’effaçait pas en quelques semaines des années de bourrage de crâne.

Elle s'était mise à nu devant lui, littéralement. Il avait recopié son tatouage, cette farce imprimée sur son corps qui pouvait la rendre aussi puissante qu'incontrôlable. Et puis elle lui avait dit. Son sang n'avait rien d'exceptionnel, elle n'était qu'un bris de Kelevra, un reliquat. Si la défiance avait régné dans ses paroles à ce moment elle s'était aussi blessée elle-même. Sans doute qu'un peu de la fierté lésée de Siari coulait en elle aussi.

Eleazar n'avait pas aimé. Elle en avait sourit, insolente et presque victorieuse. Mais ça n'avait pas duré longtemps. Les éclats du mage devaient être aussi rares que succints. Et ce qu'elle avait redouté s'était produit. Depuis le début elle se doutait qu'il finirait par lui parler de Naïs. De sa fille. Elle n'avait rien dit. Que pouvait-elle dire ? Elle n'allait pas sciemment lui vendre Alice juste pour se débarrasser de lui.

D'autant que cette fois, Sadie trouvait qu'elle avait bien raté son coup. Non seulement il n'allait pas partir mais il allait l'aider avec le symbole de Selwyna. L'aider ? Pourquoi faire ? Même en repensant à la réponse qu'il lui avait donné ça n'était toujours pas clair.

Mais elle n'avait pas refusé, elle avait dit oui, elle avait abdiqué.

Si ça l'avait rongée pendant les jours qui avaient suivi aujourd'hui elle s'en réjouissait presque. Car si son attaque sur Selwyna avait parfaitement fonctionné, ça n'avait pas tourné comme elle l'imaginait. La sorcière ne savait pas bien ce qui avait dérapé... Elle avait tenu la rouquine sous son joug, elle sentait encore les palpitations de sa gorge dans le creux de sa main, l'odeur de sa peau, de ses cheveux.

Et elle l'avait lâchée.

Non sans lui faire respirer le filtre qu'elle lui avait concocté pendant des jours avant cette rencontre. Mais elle l'avait lâchée. Était-ce l'avis de Nylie qui avait pesé dans la balance ? La conscience que ça allait trop loin pour une stupide histoire de runes brisées ? Les informations qu'elle en avait tiré par la suite pour monnayer le remède étaient précieuses. Ce symbole... Sadie n'arrivait pas à mettre exactement le doigt dessus mais elle était persuadée que ça pourrait lui servir à quelque chose. Elle l'avait vu, lu ou entendu.

Ça la rendait folle.

Ça et le fait que Selwyna s'était finalement révélée être une bêcheuse agaçante.

Sadie ne pouvait qu’espérer qu'avoir été... « gentille » ne se révélerait pas être une trop grosse erreur.

Makie

4 Hibou-Tréant 285

Le décryptage du tatouage de Sadie s’avère encore plus complexe que je l’imaginais. Il associe étroitement alchimie et enchantement avec des techniques que Siari a sans doute mis plusieurs années à créer.

Globalement le tatouage fait appel à deux attributs majeurs. L’un vise à augmenter la puissance magique de la personne tatouée, l’autre je viens maintenant de mieux le cerner car je m’étais égaré sur une autre voix, me semble destiné à améliorer le potentiel d’action et donc l’impact du sujet sur l’environnement qui l’entoure. Il va falloir que je continue des recherches sur cet attribut.

Je suis intrigué par l’attribut de puissance car il est mêlé à un autre symbole. Je me demande si Siari n’a pas tenté de capter un esprit sauvage. J’ai en souvenir quelques notes retrouvées dans les archives concernant Siari et un marché qu’elle avait conclut avec la famille Brujo. Les notes étaient imprécises et selon la rumeur la famille Brujo avait des soucis avec un esprit occulte. Siari a semble t il résolu le problème car une dette a été contractée par la famille Brujo.

A t elle à cette occasion fait des recherches sur la maîtrise des esprits? Encore une question à laquelle je ne pourrais trouver des réponses sans avoir accès aux archives de Siari

 

6 Hibou-Tréant 285

Les tatouages paraissent différents et variés mais j’ai fini par m’apercevoir que des symboles apparaissent de façon récurrente et ordonnée toutes les 7 runes. J’ai commencé à les recopier, on verra ce qu’il en résulte.

Les symboles sont reliés à des runes qui me paraissent avoir un effet de renforcement, mais Siari utilise plusieurs langages dont certains forts rares. Ne pouvant retourner à la bibliothèque sans l’aide d’Elendryn je vais demander à Clara Siciliano de me prêter ses ouvrages sur les langues anciennes.

Je me demande s’il n’existe pas une logique dans la répartition des tatouages sur le corps de Sadie. Tatouage à la cheville droite, ventre et bas du dos, haut du thorax gauche et bras gauche. Comme un arc qui parcourait tout le corps…

Siari avait mis au point des substances originales pour effectuer ses tatouages, il me semble qu’elle a introduit dans celui de Sadie un réactif mais lequel ?

 

7 Hibou-Tréant 285

Il est clair que Siari a cherché à modifier sa fille mais dans quel but ? Créer une adventice à partir d’une filigrane, ou poursuivait elle un but plus ambitieux ?

Comme le tatouage a été fait peu de temps après leur arrivée à Calphéon, il est possible que le travail préparatoire de Siari soit encore dans sa maison à Tariff. Le problème c’est que la famille Brujo n’a jamais voulu nous laisser y avoir accès. Même si Sadie ne réside plus à Médiah, il n’en reste pas moins que selon nos coutumes elle est l’héritière légitime de Siari. Mais si elle n’a pas voulu que j’accède à sa demeure ici, je ne vois pas pourquoi elle accepterait de me laisser accéder à celle de Tarif. A moins que je progresse dans mes recherches sur son tatouage et que j’en tire des motifs suffisants ?

Nôd

L’obscurité du grand dortoir n’était percée que par la faible et vacillante lueur des bougies. De l’auberge, plusieurs étages plus bas, plus aucun bruit ne s’élevait et les fenêtres closes étouffaient chaque son venu de l’extérieur. Il n’y avait rien à voir, rien à entendre. Pas à cette heure de la nuit en tout cas.

Elle tourna la tête vers la silhouette allongée à ses côtés, les flammèches faisaient miroiter quelques peu ses cheveux roux, son visage était plongé dans l’obscurité mais elle n’avait pas besoin de le voir pour se le représenter. Meurtri et émacié. Elle leva une main légère et vint jouer avec les mèches rebelles le temps de quelques secondes. Puis la sorcière soupira et reporta de nouveau son regard sur ce plafond qu’elle ne discernait même pas.

« Ce serait peut-être la bonne solution pour toi » lui avait-elle dit plus tôt dans la soirée. Une bonne solution à quoi ? Elle n’avait pas de problème. Sadie lâcha un rire sec et solitaire. Si, elle avait pas mal de problèmes. Mais elle ne voyait pas en quoi retourner à Tariff et réclamer son héritage lui apporterait une quelconque solution.

Ces quelques jours loin de Calpheon l’avaient forcée à réfléchir. La venue d’Eleazar l’avait forcée à réfléchir. Artemis, en quelques phrases, en quelques mots, l’avait forcée à réfléchir. Peut-être qu’elle trouverait là-bas ce qui lui échappait ? Ce qui la laissait avec ce sentiment désagréable de n’appartenir à aucun endroit, à aucune caste, à aucun monde.

Selwyna l’avait forcée à se replonger dans les affaires de sa mère et par extension celles de Naïs. Retrouver l’armure en vanadium avait été un vrai électrochoc, un rappel de ce qu’elle était, de ce dont elle était capable. Elle leva une main au-dessus d’elle, la plaçant juste devant ses yeux. Elle se concentra légèrement et quelques crépitements se firent entendre. Sorcière.

« Sorcière. » murmura-t-elle pour elle-même.

Combien de temps cela faisait-il que son pouvoir n’était plus un don mais un tourment pour elle ?

Peut-être était-il temps que les choses changent ? Peut-être était-il temps de découvrir ce qu’avait fait Siari, de le détruire… Sadie tourna la tête de nouveau vers Artemis, ses yeux cherchant dans le noir ce tatouage qu’elle connaissait par cœur… Ou de l’améliorer.

Sans doute était-il temps de rentrer chez elle et réclamer ce qui était sien.

Kalythsu

Une lettre arrivera à Mediah par un messager qui aura traversé le continent d'Ouest en Est à dos d'un cheval. Le messager sera comme envoûté, signe qu'Akkaba aura fait des siennes pour acquérir ce messager gratuitement. Sa mission est simple : transmettre au plus vite la lettre qui suit au Clan Brujo, en charge de la demeure et des biens de Siari et sa descendance en leurs absences.

lettre10.gif