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[Ouvert à tous en écriture] Pensées et agissements de vos personnages

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Galathea

Vues de l'esprit

Révélation

[La lithomancienne de la Croisée tient un carnet, dans lequel elle jette parfois quelques notes après une séance. Elle l'emporte partout avec elle, mais il lui arrive de le laisser traîner sur un coin de table du comptoir Kelevra lorsque la Croisée n'est pas ouverte au public : son contenu est si obscur qu’il ne saurait de toute façon nuire à la confidentialité de ses clients…]

S’accrocher aux mots comme à un fil…

Le 1er du Bouclier de l’an 286

Citation

Le Temps.
Je me le suis toujours représenté comme le plus insatisfait des architectes ; toujours simultanément à construire et déconstruire, sans jamais s’arrêter pour admirer son oeuvre. Il est à la fois celui qui donne et celui qui prend : il n’offre la joie à venir que pour vous la retirer aussitôt, la laissant irrémédiablement s’évanouir, vous filer entre les doigts comme un mirage. Au milieu de ses décombres, notre mémoire peine à ramasser quelques cailloux, à conserver quelques poussières, que le Temps lui-même vient éroder et souffler.

C’est ainsi que je me représentais le Temps, et ses effets. Mais désormais, je vois les choses différemment. Le véritable mirage, c’est lui, qui nous cache un ouvrage autrement plus durable que ce que nous en percevons habituellement… Tout est là, de toute éternité, tout se tisse autour de nous : Passé, Présent, Avenir, entremêlés au creux du monde. Il suffit de suivre le fil. Quel meilleur medium que les pierres et les cristaux pour s'y relier : leur existence s'étire sur une temporalité qui, pour nous, a des airs de perpétuité. Témoins du monde, ils me guident sur la trame de nos existences.

 

Le 13 du Bouclier de l’an 286

Citation

Confiance.
Simple lithothérapeute à Keplan, j’avais déjà conscience de la difficulté que l’on pouvait avoir à me faire suffisamment confiance pour se rendre à mon cabinet, s’y allonger parfois légèrement vêtu et laisser mes mains, par le biais des cristaux, entrer en contact avec le corps. C’est une expérience intime, qui, bien que porteuse de grandes vertus, nécessitait une forme d’abandon dont tout le monde n’est pas capable.

Mais la lithomancie, le don de vision appliqué à la recherche d’un être qui souhaite explorer son passé ou son avenir, me semble encore mille fois plus intime. Au-delà de l’enveloppe corporelle, ce sont les tréfonds de l’être qui sont en jeu : les fondations de son histoire, avec toutes leurs fissures et leurs failles ; le brouillard de peurs et d’espoirs dans lequel il se débat à l’instant présent ; les méandres tortueux et perpétuellement mouvants du chemin qui se présente à lui.

Ainsi, au-delà d’une simple curiosité sur mes pouvoirs, il faut souvent au fond de soi un élan, un questionnement bien plus profond et existentiel pour oser venir me demander de pratiquer mon art. Il faut un besoin de savoir si impérieux que l’on accepte de s’offrir à ma vue, non seulement dans l’immédiateté de notre corps, mais dans l’éternité de notre âme.

C’est pourquoi je dois à chacun de mes visiteurs le plus grand respect, et la plus complète confidentialité. Gardienne des Secrets, Gardienne du Savoir, dans la lignée des Kelevra.

 

Le 20 du Bouclier de l’an 286

Citation

Résilience.
Chaque vision nécessite de sortir de soi, de s’abandonner, de faire passer son corps et ses pensées au second plan afin de se projeter entièrement dans l’ailleurs. Je serais bien incapable de lâcher prise à ce point si je ne me sentais pas en sécurité, à Tarif ou entourée des miens. Et malgré tout, j’ai le sentiment, parfois, de ne pas revenir indemne. Car explorer le temps signifie assumer entièrement ce que je vois, le sentir dans ma chair, le vivre pleinement.

J’étais cette femme, cette pélerine, chassée comme un animal et morte dans la honte, lentement, sous les yeux exaltés de son bourreau tout puissant. Une partie de moi est morte avec elle et j’ai parfois l’impression que si Sadie n’était pas venue tenir ma main ensuite, la relier à nouveau au monde de la chair vivante, chaude et palpitante, mon corps et mon cœur seraient restés à jamais dans un froid mortel, celui du cadavre allongé dans cette pièce à Keplan et qu’il m’avait fallu investir de mes visions.

Et aujourd’hui encore, j’ai vu l’horreur. L’inauguration de la Croisée s’ouvre pour moi sur la vision d’une enfant martyrisée par son propre père, déchiquetée, transformée, découpée et reconstruite comme une vulgaire chimère. J’ai honte d’avoir eu envie, à cet instant, de simplement fermer les yeux de mon esprit, de couper le fil du temps et d’oublier cette scène atroce et sanglante. L’horreur passée a cela de terrible que l’on est totalement impuissant face à elle. Elle s’impose à moi comme une réalité incontestable, alors que l’avenir le plus sombre se présente toujours vêtu d’incertitude.

Reste que je n’ai pas fermé les yeux. Le remède du père était pire que le mal de la fille, à qui il souhaitait simplement, au départ, rendre la mobilité : j'avais encore la naïveté de croire qu'une telle débauche d'horreur contre son propre sang n'avait rien d'humain. J’ai sondé ce fragment vicié du temps passé, cette chambre de torture qui semblait avoir pris place dans mon esprit-même, et j’ai fini par le voir. Le livre, et son influence maléfique... Suffisamment obscur et puissant pour faire perdre la raison à un père et en faire le tortionnaire de sa fille.

Je dois vérifier s’il a rejoint les archives Kelevra : je ne peux plus rien pour l'enfant, mais je peux au moins empêcher l'ouvrage de sévir encore.

 

Le 21 du Bouclier de l’an 286

Citation

Hier, l’enfant martyrisée. Aujourd’hui, l’enfant à venir.

Tout s’équilibre.

 

Le 28 du Bouclier de l’an 286

Citation

Méditation.
Le son vibratoire du bol de cristal frotté par le maillet fait comme une boucle, dans laquelle je me perds. Plus de début, plus de fin, rien qu’une répétition infinie et complète à la fois. Un sentiment d’entièreté, d’éternité.  Tout s’arrête, et en même temps, tout est là. Rien n’a plus d’importance, et rien n’a jamais été important.

[Au milieu de la page est tracée la boucle de l'infini, sur laquelle le crayon a visiblement passé et repassé un nombre incalculable de fois, jusqu'à mettre en danger l'intégrité du papier...]

Il m’arrive de ne plus trop savoir pourquoi je devrais sortir de cet état.

 

Le 2 du Berserker de l’an 286

Citation

 

Brisure.
J’ai vu ma tasse tomber et se casser au sol. Avec une telle netteté. Elle se précipitait vers le plancher dans un élan totalement irrépressible, venait sonner contre lui, le faire trembler, se fissurer en dizaines de petites failles innervées et s’éparpiller chaotiquement dans la pièce. C’était irrémédiable, et clair, tellement clair, presque présent.

Je l’ai vu, puis je l’ai vu se produire.

Je n’ai cessé d’y repenser, toute la journée. Ce qui m’obsède, c’est que j’ai bien l’impression qu’en réalité, j’aurais eu le temps de la retenir, cette tasse...

 

Le 6 du Berserker de l'an 286

Citation

 

Brumes.
Je me demande parfois si quelque part dans les nœuds de ce grand Ouvrage, l'issue de notre affaire à Altinova est tissée. Est-ce que je ne pourrais pas simplement demander aux pierres : "Comment cela va-t-il finir ? Serons-nous avalés par la gueule du Serpent ? Ou bien n'est-il donc que le plus commun des mortels, à peine conscient de la dangerosité de l'ouvrage en sa possession ?"

Ce n'est évidemment pas le type de questions auxquelles les pierres répondent. Pas assez clair, trop précis et trop vague à la fois... Mais il y a quelque chose de rassurant à se dire que tout est déjà joué. Pourtant, quand je nous vois construire mille théories et mille plans pour parvenir à nos fins, je sais bien que nul ne saurait démêler d'entre tout ce fouillis la piste que nous allons suivre. Chacune est un des fils du possible. Lorsque viendra l'instant du choix, il n'y aura que la brume de la peur mêlée au souffle de l'intrépidité qui nous en fera tirer un, car l'avenir se construit sur le nuage vaporeux de notre inconstance.

Il faudrait s'abstraire du brouillard dans lequel nous mijotons pour avoir une vision plus nette de la situation.

L'enfant, elle, avait les idées claires : "Vous ne sortirez pas vivants d'une entrevue avec le Serpent."

Comme une envie de défier le destin...

 

 

Nôd

Visite surprise

Sadie avait retrouvé la tombe de sa mère dans un piteux état. Elle n’y avait pas été depuis plusieurs années, aussi la végétation s’était chargée de reprendre ses droits sur la pierre.  Siari Kelevra n’avait jamais été très appréciée dans les bas-fonds : qui à part sa propre fille serait donc venu arracher les mauvaises herbes ou apporter des fleurs ?

Elle n’avait aucune fleur à déposer mais elle s’occupa des mauvaises herbes et du lierre grimpant qui s’était accroché à la stèle.

Les mains noircies et les ongles rendus sales par la terre, Sadie s’était  finalement installée à même le sol, agenouillée devant cette pierre où apparaissait le nom de sa mère. Vestige d’une autre vie. Elle avait alors récité cette vieille prière, sortie d’elle ne savait où dans une langue qu’elle ne se souvenait pas avoir apprise. Un mantra vieux comme le monde qui lui rappela bien trop d’où elle venait et pourquoi –sans doute- Eleazar Kelevra était ici.

La sorcière ne doutait pas que, sans l’intervention du géant, elle aurait passé là de longues heures, jusqu’à sortir de cette transe.

Wakiza était arrivé comme un cheveu sur la soupe, elle ne l’attendait pas, ne s’y attendait pas et cela l’avait énervée, en plus de tout le reste, aussi n’avait-elle pas été particulièrement chaleureuse avec lui. Malgré tout elle n’avait pas envie d’exposer la situation à des oreilles indiscrètes, aussi l’emmena-t-elle chez elle, dans son bordel ambiant.

S’ils s’appréciaient très clairement, pour autant les deux ne se connaissaient pas et Sadie avait toujours répugné à parler d’elle, ce soir ne devait pas faire exception et –au final- elle ne révéla au Géant que peu de choses, à demi-mot, dans une vérité toute relative. Ce fut à priori suffisant pour qu’il décide qu’elle en valait la peine et qu’Eleazar devait être surveillé.

L’imposant personnage reparti comme il était venu, lui laissant un lourd sac de provisions au passage… Sadie pensa simplement que la grande partie allait se gâter avant qu’elle ne la mange… Mais elle n’eut même pas le courage de sortir la distribuer et alla simplement se coucher.

Kalythsu

Une lettre arrivera à Mediah par un messager qui aura traversé le continent d'Ouest en Est à dos d'un cheval. Le messager sera comme envoûté, signe qu'Akkaba aura fait des siennes pour acquérir ce messager gratuitement. Sa mission est simple : transmettre au plus vite la lettre qui suit au Clan Brujo, en charge de la demeure et des biens de Siari et sa descendance en leurs absences.

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Makie

Eléazar était occupé à ranger dans le comptoir quand une étrangère avait frappé à la porte. Cela allait briser la monotonie de la journée et Eléazar s’en réjouit. Directe, la femme lui demanda s’il avait des compétences en alchimie. Après qu’il eut répondu par l’affirmative, elle déposa devant Eléazar un tissu plié et l’ouvrit soigneusement. Il renfermait une poudre blanche d’apparence banale dont aucune odeur ne monta à ses narines. Elle souhaitait qu’il analyse la poudre et le cas échéant qu’il la reproduise. Elle demanda un rapide devis. Le prix annoncé de 100 000 pièces au minimum parut lui convenir. Elle lui demanda la plus grande discrétion et il ne put savoir d’où provenait la poudre. Elle lui laissa son nom Asker ainsi que son adresse à Epheria. Yuue arriva peu de temps avant son départ et pour la rassurer il la présenta comme son assistante.

A peine Asker eut-elle quitté le comptoir qu’Ismet entra. Eléazar en fut heureux. Ismet apportait avec lui les odeurs du Grand Désert mais aussi des nouvelles plus sombres. Son frère Chem était mort: plutôt que d’affronter Ismet dans un duel fratricide, il avait préféré se suicider.

Ismet demanda quelques nouvelles, mais quand il évoqua Aubelyne, l’humeur de Yuue s’assombrit et celle-ci réagit de façon inconvenante envers l’homme du désert. Heureusement Ismet était un homme sage et après que les deux hommes aient réprimandé Yuue et que celle-ci se fut excusée de mauvaise grâce, l’incident fut déclaré clos.

Ismet était venu proposer un accord commercial avec les Kelevra, offrant de commercer les métaux, les épices, les parfums et les plantes sous trois conditions: la garantie d’une possibilité de stockage à Calphéon, 25 pour cent sur les bénéfices pour les Kelevra, les marchandises étant acheminées par les Arzhul, quand à la troisième condition, elle concernait directement Eléazar. Ismet voulait savoir qui était l’homme qui était venu voir Eléazar lors de l’ouverture du comptoir et ce qu’Eléazar lui avait dit à son sujet.

Lorsque celui-ci lui décrivit l’homme, Ismet lui révéla son nom Ashem ibn Dokan et qu’il le soupçonnait d’être un djinn. Ashem avait acheté à Eléazar diverses marchandises: extraits de digitale et de belladone ainsi que des baies de gui. Il n’avait pas demandé ce qu’il comptait en faire de cette quantité importante de poison, il lui avait également demandé s’il connaissait Ismet et ce qu’il pensait de lui. Eléazar lui avait répondu qu’il le tenait pour un homme d’honneur dont il était redevable.

Le récit que fit ensuite Ismet de sa propre rencontre avec Ashem était aussi étrange que le personnage. C’est alors qu’Ismet posa sur le comptoir une dague magnifique: la poignée recouverte d’or représentait une tête de serpent dont la mâchoire était ouverte, la lame figurant la langue du serpent, deux rubis représentaient les yeux.  Le travail était magnifique toutefois l’arme dégageait une étrangeté inquiétante.

Lorsqu’Achem avait remis la Vipère à Ismet, il lui avait demandé de lui enfoncer dans le coeur 1 mois et 2 jours plus tard et d’ici la de la maintenir loin de lui. Mais depuis Ismet sentait comme la présence d’Achem derrière lui, aussi il demanda à Eléazar de dissimuler la dague en usant si possible de magie. En quittant le comptoir il lui promit de lui en raconter plus, il comptait rester quelques jours à Tarif.

Après le départ d’Ismet et Yuue, il contempla pensivement la poudre et la dague posées sur la table devant lui.

Makie

Une amitié enfantine

Quand la jeune femme avait pénétré dans son atelier provisoire, un air de déjà vu l’avait saisi immédiatement. Tout s’était éclairé lorsque son identité lui avait été révélée : c’était Galathéa la fille de Naïs Kelevra. La ressemblance avec sa mère était frappante, c’était ses cheveux gris qui l’avaient empêché de la reconnaître. Un flot de souvenirs enfouis lui revint et il lui fallu toute sa maîtrise pour ne pas se laisser envahir par l’émotion et garder son calme habituel.
Du même âge, Naïs et Eléazar s’étaient de nombreuses fois croisés durant les enseignements communs donnés aux enfants du Clan. Si l’enseignement des Kelevra était rigoureux, les enfants n’en restaient pas moins des enfants qui lorsqu’ils retrouvaient un temps leur liberté, courraient, jouaient avec des cerfs-volants, se querellaient pour se réconcilier aussitôt après. Mais Naïs était une enfant précieuse, et vivait le plus clair de son temps au sein de sa famille dans le désert. Elle ne pouvait que rarement se mêler aux jeux des autres enfants. C’était une enfant sage et une élève douée, Eléazar, studieux lui-même, aimait son calme et sa douceur et lors des rares moments de liberté de Naïs, il essayait à chaque fois de passer du temps avec elle. Ils s’éloignaient alors du campement, restant toutefois à portée de voix et aimaient passer de longs moments adossés à un arbre. Ils échangeaient des confidences, parlaient parfois d’un ton sérieux d’Aal ou de la magie et s’inventaient des histoires. Ces moments rares étaient d’autant plus précieux qu’ils leur semblaient être en quelque sorte volés.
Leurs chemins s’étaient peu à peu éloignés quand à l’aube de leur adolescence leurs dons étaient devenus évidents. Ils avaient suivi désormais un enseignement différent : elle était une jeune sorcière des plus prometteuses, lui était devenu le disciple le plus proche du Seid. Lorsque très rarement, ils se retrouvaient tous les deux, une étrange gêne s’installait entre eux et ils ne retrouvaient plus la complicité de leur enfance.
Lorsque le mariage arrangé de Naïs avait été annoncé, il était lui même bien avancé dans son apprentissage de futur Seid, il avait appris à refouler ses propres sentiments, à penser pour et par le Clan et comme les autres membres s’était réjoui de cette nouvelle. Lorsqu'elle s'était enfuie, comme les autres membres du Clan, il s'était étonné et indigné, refoulant tout ce qui avait pu le lier à la jeune fille. 25 ans plus tard, il réalisait ce qu’avait pu ressentir Naïs, promise à un inconnu. La tristesse que parfois il percevait fugitivement derrière son beau regard bleu, était celle d’une jeune fille prise au piège de son destin, vivant dans une prison sans barreaux. Si jusqu’à son arrivée à Calphéon, la fuite Naïs était restée une énigme, il commençait à comprendre et à son grand étonnement à respecter son choix.
Il ne s’attendait pas à ce que l’irruption de Galathéa dans son existence le bouleverse autant. Trop occupé par son activité de Seid, il n’avait pas pris femme, n’avait pas eu d’enfant et n’était attaché à personne. Plus il discutait avec Galathéa, plus il retrouvait le caractère de sa mère, une volonté tranquille, une franchise sans détour, une calme assurance derrière une apparente fragilité. Il se rendit compte que jamais il ne pourrait user d’aucune contrainte à son encontre, que s’il voulait rester fidèle à cette amitié enfantine et lui donner un sens, il était de son devoir d’aider Galathéa sans en exiger une contrepartie.

Kalythsu

C'est une nuit silencieuse qui règne sur Florin, ce petit village d'alchimiste. Les animaux nocturnes sont de sortie. Ils viennent gambader dans l'herbe, jouer entre eux et émettre des bruits plus ou moins inquiétants. Le ciel est étoilé, la lune dépose son voile argenté dans le joli paysage qui s'offre devant une femme vêtu d'une fourrure en plume de corbeau. Sa chevelure blonde aux pointes roses encadre son visage blafard. Ses yeux perçants fixent un lieu tout particulier du village. Un sourire s'étire sur ses sombres lèvres. Akkaba aurait aimé plus d'action mais les ordres sont les ordres. La discrétion avant tout. Le village est endormi, c'est le moment pour elle d'agir.

Plus tôt dans la journée, elle est allée apporter la lettre donnée par Sadie au banquier afin d'obtenir les fonds nécessaire à sa mission. Elle pénètre dans une maison et en sort à intervalle irrégulier pour déposer juste quelques objets dans son moyen de transport. Au bout d'une petite heure, Akkaba quitte Florin en direction du sud. Nul ne sait où elle allait ainsi au beau milieu de la nuit. Seule elle en était consciente. Elle ne fait aucune pose. Elle doit arriver au plus vite à destination. Elle a envoyé dans la journée une lettre au Clan Brujo pour leur annoncer son retour et la venue d'une personnalité qu'elles attendent depuis fort longtemps.

Le voyage se passe dans le calme et sans soucis, passant presque inaperçu. Quelques gardes la verront ne s'en inquiétant pas plus, passant son chemin sans créer de conflit. Dans tout les cas, au levée du matin, le laboratoire scientifique de Siari aura été vidé de toutes choses importantes. Nul ne sait où sont passés les affaires, ni qui les a emporté. La seule chose de sûre, c'est que cela s'est produit durant la nuit.

L'héritière arrive. Elle approche.

Aubelyne

Les lueurs blanchâtres de la pleine lune éclairaient encore la chambre de la jeune magicienne.
Elle ne fermait jamais les fenêtres comme pour être au plus près des constellations  qu’elle contemplait  de longues heures avant de dormir.
A ses yeux, ces ensembles d’étoiles dont les projections sur la voûte céleste  étaient si proches pour être reliées  par des lignes imaginaires  étaient source d’inspiration et de concentration.

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Calpheon n’était pas son « rifugio del stelle » comme l’avait appelé son ami et confident,  tout au plus l’endroit où elle travaillait en tant que pâtissière pour  financer ses recherches sur les quatre éléments fondamentaux, sources de toutes choses selon elle,  se combinant  grâce à l’amour qui les unissait, et à la discorde qui les séparait.

Il restait encore quelques heures avant que l’aube n’éveille Calpheon.
Cité  trop bruyante au gout d’Aubelyne … elle qui venait de la province d’Hedeil  le contraste avait été saisissant à son arrivée quelques semaines plus tôt.
Mais la connaissance n’avait pas de prix, elle le savait.  Un homme qui tirait les cartes à Heidel,  lui avait conseillé de prendre son envol et  de quitter son cocon familial. 
Ce qu’elle fit, suivant en quelque sorte les pas de sa mère quelques années plus tôt. 

Mais au contraire de sa mère,  qui elle était un véritable rat de bibliothèque,  Aubelyne pensait que les réponses se trouveraient non pas seulement dans les livres, mais aussi durant ses voyages et ses rencontres.

 

Elle avait entendu parler dernièrement d’un mage du nom d’Eléazar qui foulait parfois les pavés de la cité.
Peut-être devrait-elle tenter de le rencontrer.
Elle savait désormais faire taire sa timidité,  il serait à n’en pas douter peut-être bénéfique de rencontrer ce grand magicien. 



Par ailleurs, peut-être connaitrait-il un moyen pour rendre lisible l’ouvrage en sa possession depuis quelques mois  et dont un sortilège semblait voiler le texte oublié du passé…
Du moins c’est ce que lui avait dit l’Homme d’Heidel… le fameux Phileor, celui qui lui avait tiré les cartes.
Il lui avait parlé de  femmes qui vécurent deux siècles durant, au sein d'un monastère du Royaume de Mediah avant qu'elles ne disparaissent et dont les pouvoirs étaient en mesure de révéler ou de masquer certains textes.

 

Les premiers rayons du soleil tentaient de percer un épais voile nuageux naissant.

La nuit passée, une fois encore,   la jeune magicienne s’était perdue entre songes et curieuses rêveries, voire visions cauchemardesques.
Elle n’en parlait jamais à ses proches par crainte de passer pour une illuminée… mais tout comme sa mère, il était fréquent qu’elle soit sujette à des visions nocturnes, que seul un étrange breuvage arrivait à chasser au réveil. 
Mélange d’herbes et d’épices venant de l’est qu’elle achetait à des marchands arrivant d’Altinova, ou de Tarif.

Mais ses visions étaient pour le moins perturbantes …  surtout lorsqu’elles se réalisaient. Ce qui était arrivé une fois déjà, rendant la jeune femme méfiante quant à ses songes là…

Après s'être étirée une dernière fois tel un chat venant de se réveiller, elle enfila sa longue toge sombre pour recouvrir son corps tout juste voilé d’un fin tissu de soie blanche et descendit pour faire chauffer de quoi préparer le breuvage matinal salvateur.

 

Invité

Un grain de sable dans le Rouage

Calphéon, ville de la régence à la poigne de fer.

Dans les rues de nuit, certaines Valkyries peuvent fouler les pavés de la cité sans s'attirer les foudres des chevaliers de Delphe patrouillant sans cesse, et de celles des chevaliers de Trina. Et parmi les Formatrices dont les atours sont reconnaissables parmi tant d'autre, une se démarque par son masque d'ivoire tacheté de sang, et le gant rougi par une action sans nul doute répressive. La colère qui émane de son esprit, de son regard, empêche ses camarades de lui poser la question d'une telle colère après avoir remis sur le droit chemin une simple voleuse. Elles se sont toutes concertézs pour éviter la mutilation, se mettant en conflit direct avec un représentant de la Loi. Seulement, à quatre Valkyries de la première génération, représentant l'Image de la Religion et donc la Force même de Calphéon, le chevalier ne pouvait rien. La plèbe s'était inclinée devant les mots justes de la jeune femme masquée, connue pour être une Valkyrie sympathisante avec tous les marchands et le bas-fond.



" Braves gens, pourquoi écouter votre rage dont se meut votre jugement alors qu'Elion, Tout-puissant, vous écoute à chaque instant, entend vos prières et s'efforce à toutes les réalisés à sa manière ? Pourquoi donc punir une jeune âme en peine d'une mutilation soudaine alors que notre bon Dieu pardonne un péché. Un seul en guise de rédemption. Avez-vous déjà vu cette femme voler auparavant, répondez-moi. "

Sa voix était à la fois chaude et ferme. Les personnes se regardèrent toutes et toutes ont remué la tête en guise d'un non bien prononcé.

" Elion n'est pas un Dieu de Barbarie. Il n'a jamais autorisé que l'on châtie et tue en Son Nom, Il n'a jamais souhaité la violence bien que la peste Noire soit une cause de Sa colère envers le péché des Hommes à s'entêter dans un chemin obscur. Écoutez-moi, braves gens. N'écoutez pas cette voix funeste piaillant dans votre tête. Laissez une fille d'Elion vous montrez Son choix. "

La grande dame s'approche malgré les vociférations du garde, se dressant de toute sa fière hauteur devant la voleuse, debout, tremblante en tenant la robe fermement contre elle comme d'une bouée de sauvetage. Le regard de la Valkyrie masquée est froid, glacial, brillant d'une lueur malsaine.

" Elion ne t'a jamais dit de voler pour survivre, jeune femme. Il t'a dit de trouver un autre moyen pour t'élever de la misère. Goûte au fer de Sa colère et à la douceur de son Pardon. "

Armant son gant de fer d'où grincent les jointures, la représentante de la Religion envoie un revers sans retenue, venant s'exploser sur la mâchoire de la voleuse dont une gerbe de sang éclate et la propulse en arrière, sur les fesses dans un cri sec et lourd. Le sang tapisse le masque de la Valkyrie autant que sa main qui tombe mollement le long de son flanc avant de se joindre en prière devant la voleuse. Ses soeurs non surprises du geste, se joignent en une prière muette afin de souligner les propos qui suivirent

 

" Elion, Créateur de toute chose, Rédempteur de nos péchés, puisses-Tu accorder Ta grâce à cette enfant qui s'est perdue du droit chemin. "

 

À ce souvenir cuisant dans son esprit, Naeisia ne peut réprimer une envie soudaine de gronder en sourdine. Une de ses Soeurs posa une main sur son épaule.

" Tu as bien fait, Natreeira. Bien qu'un des commandements de la loi stipule qu'un vol est puni d'un sectionnement de membres, tu as su être juste et appréciée du peuple tout en respectant la voix de notre Créateur. Ne te morfond pas dans la colère.

" Je ne peux tolérer de telles violences, Léandrine. Cette soi-disant Justice me rend amère. Elion n'est pas un Dieu de violence, n'est pas un Dieu qui sépare les nobles des gueux, ni ne fait de distinctions sociales. C'est un Dieu bon dont tout être est son enfant. Il n'a pas de limite de classe sociale, encore moins l'envie de mutiler. Les Hommes ajustent des lois en contradiction avec notre religion. Je ne comprendrais jamais.

" Elion ne peut museler tous ses enfants comme tu dis. Il est Bon mais ne peut hélas pas remettre sur le droit chemin de ses écrits et de ses préceptes quiconque y dévie en voulant s'appuyer sur une image faussement jouée de Justice. Ne te laisse pas corrompre par la colère, ma Soeur. Tu ne mérites pas de te rabaisser à leur niveau. Elendryn te l'a déjà dit, Mellisore aussi, ne te frotte pas trop à la raison, ou la raison te perdra.

" Léandrine...

" Je serais là pour t'aider. En attendant, reposer toi cette nuit, nous devons partir demain pour Heidel taire cette rumeur. Qu'Elion te garde, ma Soeur.

" Qu'Elion vous garde, mes Soeurs. "


La guerrière s'incline devant ses trois autres soeurs et se dirige à bon pas vers une auberge de sa démarche hautement féline, comme le devrait une Valkyrie suppurant la grâce. Elle doit se renseigner. Elle doit se renseigner sur cette voleuse et quelques commanditaires auprès de Sadie. Elle a besoin de son amie et son oreille personnelle. Il faut rapidement mettre au point un plan avant que la situation n'empire. Il faut absolument qu'elle s'entoure des bonnes personnes et qu'elle parte prendre l'air, loin de cette cité de tous les vices en maintenant le marché en cours et en évitant un maximum cet homme qui, déjà, l'avait mise en rogne ne serait-ce que par une rumeur d'arrivée au sein de la Sainte cité. La Nature l'appelle à nouveau.

Sanrek

Un air de déja vu

Les pensées se bousculent dans la tête de la jeune fille tandis qu'elle tente à grand peine de ne pas perdre de vue Sadie, dont la silhouette fuyante disparaît une nouvelle fois pour réapparaître au loin, en une démonstration de maîtrise du déplacement qui lui aurait sûrement valu un hochement de tête approbateur de la sévère Siam.

Mais la mère de Nylie n'est fort heureusement pas ici, dans les profondeurs de la forêt des environs de Trent, pour assister une nouvelle fois à l'incompétence de sa progéniture, que seuls obligent encore à lutter des sentiments qu'elle n'a pas ressenti depuis bien longtemps, la fierté et peut être même une part de jalousie, tandis qu'elle tente de plier à sa volonté son pouvoir récalcitrant pour suivre son insaisissable consœur en une nouvelle série de sauts.

 

« Je ne vais pas y arriver.»

 

Le temps se fige soudain sur cette seule pensée, au milieu d'une bouffée de peur et de panique tandis la jeune fille se rend compte trop tard de sa disparition, ne sentant plus dans ses veines que le vide et l'absence au lieu du bouillonnement qui aurait du s'y trouver.

Ce qui n'était il y'a quelques instants qu'un obstacle trivial, que vient de braver Sadie d'un bond gracieux, redevient d'un seul coup le vide sous ses pieds et le profond fossé rocailleux en dessous.

 

Une fraction de seconde plus tard, la peur se transforme en terreur, la maîtrise et la discipline laissent place aux instincts et réflexes incontrôlés qui hurlent de concert devant le danger, et abaissent d'un coup toutes les barrières sensées canaliser la puissance du pouvoir qui est le sien.

Fidèle à lui même, ce dernier réapparaît d'un seul coup et bondit telle une bête enragée libérée de ses chaînes, en une violente déflagration qui vient zébrer d'entailles les arbres autour et balaye la jeune sorcière en plein saut en la jetant en arrière sous la puissance de l'effet.

 

Elle ne reprend conscience que bien plus tard, allongée contre le tronc du chêne qui a mis un terme douloureux à sa course. Toujours hébétée par le choc, elle tente un moment de se remettre debout avant de rendre compte qu'elle en est incapable et éclate d'un rire nerveux, se laissant retomber avec un soupir résigné en imaginant déjà la honte qu'elle ressentira sous leur regard devant ce nouvel échec.

 

« ...au moins je ne suis pas tombée. »

Eylir

Un nouveau coup de pelle entamait la butte. Alessio grogna sous l'effort, alors qu'il soulevait l'outil pour déplacer le sable brun, rougeâtre, commun aux terres mediahnes. Il était là depuis une bonne vingtaine de minutes, sous le chaleur écrasante, les pieds dans la poussière. Il se redressa en se massant les côtes encore douloureuses des derniers événements, d'autant plus que les mouvements actuels, bien que simples, ne faisaient qu'accentuer la douleur. Et ça, c'était sans compter le soleil qui semblait avoir décidé d'être le plus vif possible au moment précis ou il avait décidé de sortir pour s'occuper du sable. Mais, en dépit de tout ça, il avait l'impression d'avoir besoin de le faire. Pour lui, mais surtout pour elle. Enfin... Encore faut t-il qu'elle soit capable de le comprendre. Après le coup de la lampe, il était sûr de rien.

Dans toute la liste des choses qu'il pensait devoir faire, beaucoup de choses tournaient autour de Sadie, en ce moment. Probablement un peu trop au goût de ses proches amis, comme pouvait le sous-entendre la lettre de Valerya, bien incisive, bien que le ton était un peu haut, elle était pas loin de la vérité. Elle était jamais très loin de la vérité, de toute façon. Enfin, il serait jamais assez bête pour lui dire. Il esquissa un bref sourire, à l'idée du retour prochain.

Mais pour l'instant, il était à Tarif, dans un milieu relativement inhospitalier pour le ronchon Calphéonien qu'il est. Les pieds dans le sable. Sable qu'il déteste, qu'il plus est. Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'avoir cette idée... Encore une connerie qu'il était prêt à faire pour elle. Après avoir redressé la pelle, il dévia le regard vers la ville, floutée par les ondulations de chaleur. Il distinguait difficilement la maison de Siari, d'où il était. Il leva une main, écarta la sueur qui s'accumulait sur son front d'un revers du poignet.

Après un bref soupir. Il s'éventa brièvement et se décida à reprendre son travail, aussi rébarbatif soit t-il, adéquat pour laisser libre court à ses pensées. Entre deux grognements poussifs, à cause de la douleur.

 

~~

 

Ils étaient arrivés il y a une bonne semaine, un peu plus. Après deux jours de trajet. Au départ, l'idée de base, c'était d'amener Llianne jusqu'à Tarif afin qu'elle soit prise en charge. Il tenait absolument à ce qu'elle ne sombre plus dans la démence qui s'était abattue sur elle depuis quelques temps et d'après le contrat, les Kelevra semblaient être la solution. Il ne s'étonna, à ce moment, qu'à peine de tous ces événements communs qui se précipitaient dans le même sens, dont le sens lui échappait encore. A lui, comme à d'autres. Mais à cet instant, seule Sadie semblait être capable d'apaiser les mots de la jeune elfe. Il avait d'ailleurs remarqué un changement dans l'attitude de la sorcière, au rythme où elle approchait de Tarif. Plus rayonnante, plus enjouée. Et pour autant, s'il avait été ravi de l'effet le désert sur sa façon d'être, il redoutait l'effet que pourra avoir le retour aux pierres froides de Calphéon.

Un peu après leur arrivée, c'était la cohue. Du monde était là pour les accueillir. Deux Kelevra, des sorcières du clan Brujo et Falkynn aussi, la voisine de Sadie. Il l'avait déjà rencontré à Keplan, lorsqu'il avait accompagné Sadie pour aller chercher Galathea. Et cela, c'était sans compter les esprits noirs qui se baladaient ci-et-là, dont la présence lui glaçait littéralement le sang. Peu habitué à la magie, d'autant plus habitué à la combattre, arme au poing. Il savait comment gérer les choses lorsqu'il avait affaire à un mage en colère ou à une sorcière occulte, peu les choses où il y avait été confronté. Par contre, il n'avait aucune idée de la façon dont il pouvait gérer une interaction pacifique. 

Du monde, mais pas Eleazar qui devait vraisemblablement être déjà présent mais qui n'est jamais arrivé. Et c'est en recevant un petit colis, dans lequel deux doigts du mage avait été gentiment disposés à l'intention de Sadie, qu'ils purent déduire ou il était. Le Monastère d'Elric. Un haut-lieu de rassemblement de cultistes, des plus tarés, qui plus est, ceux qui n'hésitent pas à fourvoyer leurs âmes pour un peu de magie, quitte à en devenir chèvre. S'il était encore possible que le grand gaillard n'ait pas encore pris conscience de toute la dangerosité de leur entreprise, c'était chose faite. Alessio allait enfin pouvoir mettre son armure, pour un vrai combat, un vrai combat depuis longtemps. Il n'était pas vraiment question de chasser un petit bandit, de péter les genoux d'une mauvais payeur ou de sécuriser le trajet d'une caravane marchande. Non, ce genre de boulot, il l'a toujours pris avec dérision. Parce que c'était toujours à des lieux de l'enfer qu'il avait pu vivre auparavant, en période de guerre. Et là, il allait y retourner, pour casser du cultiste par paquet de douze mais probablement pour risquer sa vie. Gratuitement. Ce dernier point était important.

Ils avaient été rejoint par deux Valkyries. L'amie d'enfance de Sadie, Mellisore, ainsi qu'Elendryn, qui jusqu'à présent n'avait été que l'employeuse de sa voisine de palier. Elles aussi étaient prêts à risquer leurs vies pour Eleazar, pour le bien-être de Sadie et des Kelevra en général.

Il n'en avait pas parlé, un peu avant l'attaque, mais il avait une certaine appréhension à l'idée de combattre avec des personnes qu'il ne connaissait pas. Stratégiquement, il avait joué ça comme étant une erreur. Lui, il n'avait jamais combattu avec des Valkyries. Il ignorait tout de leurs méthodes de combat. Et s'il avait déjà combattu et même affronté des sorcières, il n'avait encore là qu'une vague idée de comment s'y prendre avec elles.

Du coup, c'est avec une heureuse surprise qu'il avait vu débarquer le rouge chatoyant du manteau de Bélier, toujours l'air véloce et tonitruant, suivi de près par Sergio et son air un peu niais. Puis, la jeune Sawyier. Une partie des larrons de foire qui lui servait d'amis, passés à Tarif à l'occasion d'un contrat. Il ne tarda pas à les embrigader. Il savait combattre avec eux, tout ses doutes, ses appréhensions, s'envolèrent. Néanmoins... tout ne s'était pas passé comme prévu

 

~~

 

Vingt nouvelles minutes. Le soleil avait décidément choisi ce jour pour s'abattre cruellement sur lui. Il se redressa dans un long grognement. Il s'effondra un peu mollement sur la butte. Il avait chaud. Et surtout, il avait soif. Il avait oublié de prendre une gourde, loin de s'attendre à une telle aridité. Mais il était hors de question de tout mettre en plat pour revenir au petit village de sorcières. En plus de ça, ses côtes commençaient lourdement à le faire souffrir, il sentait que ses poumons avaient du mal à suivre, à cause de l'effort, de la chaleur. Enfin, c'était peut-être également à cause du choc qu'il avait subi, frôlant la mort de quelques millimètres. Il secoua doucement la tête, attrapa à nouveau la pelle pour s'y remettre.

 

~~

 

La bataille avait été féroce. Falkynn avait mené l'assaut à la perfection, une qualité qu'il ne lui aurait pas soupçonné. Il n'avait pas bien suivi ce qu'elle avait fait, mais elle s'était assurée à ce que la citadelle soit vidée de ses occupants, au moment où l'attaque allait avoir lieu pour récupérer Eleazar. Une aubaine, vu le petit groupe déglingué qu'ils étaient. Et c'était bel et bien le cas de le dire. Des valkyries, des sorcières et des voyous reconvertis combattant côte à côte, chacun pour des raisons qui lui étaient propres, mais agissant de concert. Cette petite assemblée improbable aurait pu être aisément prendre place dans de grandes fables, si tant qu'un barde soit là pour conter leurs aventures.

Par contre, Alessio était incapable de se souvenir de la fin. Il savait qu'ils avaient récupérés le mage et un chevalier, mais ce qu'il avait de plus précis, c'était l'impression d'être traîner derrière son cheval et le bruit grinçant du métal sur les cailloux de la route. On lui a dit qu'il avait failli y passer, que son armure avait été enfoncée et qu'il avait failli y passer, étouffé dans ce qui était sensé le maintenir en vue. Enfin, d'une certaine perspective, cela l'avait bel et bien maintenu en vie, des coups, des agressions des cultistes encore présents dans la citadelle, mais jusqu'à un certain point. Sadie avait dû exploser ce qui retenait son armure afin de l'éjecter et qu'il puisse respirer. Il était en vie, mais avec une armure en morceau et un certain Valencien qui allait probablement lui défoncer la tête en revenant, en l'apprenant. 

Il s'est passé un long moment, après la bataille. Toute la petite compagnie est revenue, en vie, mais fatigués et blessés pour la grande majorité. Les jours se sont écoulés lentement, alors que tout le monde se rétablissait. Les sorcières eurent leurs discussions à propos de la magie, à propos des cultistes, des choses auxquels le guerrier n’entravait rien pour une majeure partie du temps. Ils avaient trouvés une façon de préserver Llianne, après un temps. Un espèce de collier qu'elle devait porter, au même titre que Galathea et Sadie. Il espérait seulement que ça suffise.

Et il profitait de chaque moment qu'il pouvait avoir seul avec Sadie, que ce soit durant les matinées moites, aux accents tendres et affectueux, qu'aux journées près des alambics, à théoriser sur les problèmes qu'ils avaient rencontrés, alors qu'il s'improvisait en apprenti érudit pour qu'elle lui explique des théories sur la magie, mais plus que tout, il gravait chacun de ses sourires, qui se faisaient bien trop rares à Calphéon. Il la voyait, réjouie dans son laboratoire, et s'il était content pour elle... Cette perspective l'effrayait. Il l'était parce qu'il se rendait compte qu'elle avait une place ici, loin de lui, qu'elle pouvait aspirer à une vie heureuse parmi les siens, alors que lui, tout ce qu'il pouvait bien être était à Calphéon.  Et c'était sans compter l'intervention d'Eleazar qui, en l'espace d'une discussion, bien qu'anodine, lui rappela encore une fois quelle était sa place dans le monde et celle de Sadie. Bien qu'il eu l'air d'approuver la relation qu'ils entretenaient, Alessio n'en restait pas moins perplexe et circonspect du double sens des paroles du vieux mage. Pas loin de se persuader qu'il acceptait seulement l'idée que Sadie ai un tas de muscles près d'elle en cas de problèmes, en lieu et place d'un amant sincère.

C'est là qu'il a eu l'idée. Ce qui l'a amené ici, à crever de chaud, courbaturé et assoiffé. 

 

~~

 

Il renversa une dernière fois le sable de la pelle, souffla longuement, longuement... et se pencha pour récupérer la caisse pleine de sable rougeâtre, pour la cacher immédiatement dans le chariot. Il avait besoin d'une bonne bière, si ce n'est douze.

 

Nôd

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« Tout se résume à une chose : gagner ou mourir. »

13/08 - Sanctuaire du Jeûne

Les yeux rivés vers l'horizon, le corps meurtri par la marche, les genoux blessés par la pierre froide et dure... Elle n'arrivait pas à faire fi. Elle cherchait la méditation, elle cherchait l'oubli mais rien n'y faisait elle ne parvenait pas à effacer cette image de l'Elfe blanche de ses yeux ni à taire les alarmes de son esprit qui sonnaient comme autant de sirènes appelant à la guerre.

Lorsqu'elle avait réalisé ce qu'elle avait devant elle, l'immondice qui lui faisait face et tout ce que ça impliquait, elle avait senti le poids de toute la corruption du monde s'abattre sur elle. Elle avait eu peur et là, toute autant prostrée que prosternée devant Aal, elle était toujours broyée d'une terreur sans nom.

Seigneur, je viens à toi. Fatiguée des choses non dites et des actes non fait.

Elle n'avait pas cerné grand chose à l'ampleur de la situation. Au début l'histoire de Fhalaine, son rapport avec Llianne, cette obscure malédiction tatouée sur la peau de la mercenaire : elle n'avait pas saisi l'envergure ni compris à quel point ça allait l'impacter. Jusqu'à récemment d'ailleurs le sort de Llianne, malgré les perturbations qu'elle avait ressenti ces derniers temps, n'avait pas soulevé chez elle un grand émoi. Elle était sa sœur certes, liée par un contrat, mais elles ne se connaissaient que peu et l'Elfe avait toujours été sauvage, prompt à n'écouter qu'elle-même et à disparaître.

Sans doute avait-elle fait une erreur de ne pas se questionner plus, de ne pas s'inquiéter plus, de ne pas agir plus. Sans doute avait-elle été oisive, bercée par une vie nouvelle plus calme et moins hasardeuse que tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors.

Seigneur je viens à toi. Le coeur déchiré par les luttes insensées.

Elle ne savait pas quoi faire. Comment faire ? Quelle était la solution ? S'attaquer de front à l'entité c'était prendre le risque de blesser Llianne et son esprit, il était inconcevable que ça arrive, ça ne devait pas arriver. La sorcière sentait la panique lui tordre l'estomac et la figer sur place, elle ne parvenait pas à esquisser le moindre mouvement.

Que faire ?

Le contrat passé avec cette chose la laissait tributaire de Fhalaine, ou Maeve, peu importait son nom : Vedir inconnue, encore amnésique et maudite jusqu’à peu ; et des trois sbires qui la suivaient comme son ombre alors qu’eux même ne savaient rien d’elle, de qui elle était vraiment. Jusque là l’Elfe n’avait été qu’un leurre, une façade. Le parfait mélange pour une catastrophe.

Que faire ?

Pour l’heure elle ne pouvait rien faire. Rien. Ce simple mot sonnait dans sa tête comme un couperet s’abattant sur sa nuque. Le fil de sa vie pendait, tendu entre la griffe d’un être séculaire et l’esprit de Llianne, et au milieu il n’y avait qu’une cohorte de gens qu’elle ne connaissait pas et qui jusque là ne s’étaient montrés que colériques et irréfléchis.

Seigneur je viens à toi. Le corps vide et l’esprit abîmé.

L’ironie de la situation extraya de son corps le peu d’énergie qui y subsistait encore. Elle qui n’avait jamais compté que sur elle-même voyait son sort reposer entre les mains d’inconnus qui n’avaient aucune conscience de la situation, de ce qu’elle était réellement. Ils ne savaient pas. Personne ne savait et elle ne comptait pas leur expliquer, mais le reflux de son estomac qui venait amplifier encore et encore la boule dans sa gorge indiquait bien qu’elle allait devoir en parler à quelqu’un.

Qui ?

Galathea ou Eleazar c’était exclu pour l’instant. C’était le risque de perdre pied, se noyer dans la désolation. Hors de question, pas devant eux, pas maintenant. Elle craignait la réaction de Falkynn, même en plein pèlerinage elle n’était pas certaine du calme que pouvait feindre la sorcière. C’était risquer de la voir exploser, devenir incontrôlable et ce serait la fin de ce voyage. peut-être la fin de tout si elle s’en prenait à l’Elfe ou qu’elle décidait de régler le problème elle-même.

Son corps s’affaissa encore plus tandis qu’une bourrasque fraîche annonçait la nuit, finissant de la clouer au sol. Enfin elle déglutit, ravalant la bile amère qui lui bouchait la gorge.

La veille c’était elle qui avait sermonné Ikhlas, mais peut-être les rôles avaient-ils besoin d’être inversés. Sans doute était-ce elle qui avait besoin d’être remise à sa place car là, prostrée et désolée pour elle-même, elle n’y était pas.

Mon Dieu je viens à toi. C'est vraiment le rien qui se présente à ta grandeur. C'est vraiment le pauvre qui n'a pas de quoi payer.
Pas de quoi se payer ni la vie, ni la mort, ni la paix, ni l'espérance. Tel est mon psaume en cette maison de viduité.
C’est le psaume des êtres épuisés. Epuisés à cause de ce qu'ils vivent. Plus épuisés encore à cause de ce qu'ils ne vivent pas.

O Seigneur cette fatigue devant l'inutile. Toutes ces luttes insensées. Et ce grand coeur et ce simple corps aujourd'hui vides, je les mets devant toi. Je les dépose à tes pieds.

Et tel que je suis, je viens à toi.

La prière s’acheva sans même qu’elle n’eut conscience de la réciter, c’est le silence qui suivit qui ramena son esprit des tréfonds où elle se lamentait. Ca ne l’avancerait à rien. Ca ne l’aiderait pas, ni elle, ni Llianne, ni Galathea.
Elle ne voulait pas disparaître, s’il y avait bien une chose dont elle était sûre là, maintenant, c’était ça. Elle pouvait encaisser Calpheon, Tariff, Kelevra et Nezepha, Naïs… Mais elle ne voulait pas mourir. La sorcière inspira, il faisait désormais noir et froid, et il lui semblait que l’air qui passait jusqu’à ses poumons apportait avec lui quelques étincelles de vie.

Elle sentait le sang fourmiller dans ses mains froides et remonter en battements jusqu’à son torse. Elle distinguait le tambourin qui l’agitait, faisait mouvoir très légèrement son corps et pulser ses tempes.

Du bout de la langue elle s’humecta les lèvres. C’était les mêmes sensations quand son énergie montait, quand -juste avant de frapper- le temps se figeait, lui laissant alors voir ce qui allait être, le mouvement de sa cible. Elle papillonna légèrement des yeux. C’était les prémisses du combat.

Et tel que je suis, je viens à toi.

Et il n’y avait jamais qu’un vainqueur.

Makie

Eleazar passa le reste de la journée à recopier les inscriptions de la grotte de Siari. La plupart lui étaient familières car utilisés par les Kelevra, mais quelques inscriptions demanderaient une recherche plus approfondie. Les inscriptions relatives à des enchantements n’étaient plus actives mais tout laissait croire que Siari avait conçu ce lieu comme un vrai centre d’entraînement…

Tout en recopiant il réfléchissait. Il avait semé une graine qu’il convenait maintenant d’arroser et de surveiller mais sa croissance risquait d’être perturbée s’il n’y prenait garde. Il devait comprendre la fonction du tatouage de Sadie faute de quoi les efforts qu’elle avait l’intention de faire risquaient d’être vains. Mais Sadie n’avait pas réellement accepté ni qu’il examine son tatouage, ni qu’il mette le nez dans les papiers de Siari. Elle maintenait clairement le mage à distance de sa vie d’autrefois.

Elle avait d’ailleurs était très évasive quand il lui avait demandé d’où provenait la décoration de la cabane de Trent, ce qui n’avait pas manqué bien entendu d’éveiller son attention. Dans les archives du Clan il n’avait trouvé nulle mention d’une quelconque amie de Siari. Cette femme au fort caractère avait de nombreuses relations mais personne que l’on pouvait qualifier d’amie. Pourtant dans son exil à Calphéon il y avait eu une personne suffisamment intime avec elle pour décorer cette maison. Pourtant son caractère n’avait pas changé sans doute même il était devenu encore plus difficile d’après ce que laissait entendre Sadie.

Il passa de nouveau en revue les pièces du puzzle.

Une sorcière enceinte quitte le clan et Siari a fait partie de ceux qui ont été envoyé à sa recherche. Elle revient sans l’avoir trouvée.

Peu de temps après Siari, sorcière médiocre mais alchimiste renommée quitte le clan brutalement avec sa fille. Certes elle était en conflit avec la hiérarchie du clan, mais cela faisait longtemps et pourquoi ce moment plus qu’un autre ?

Siari s’installe à Calphéon, y vit discrètement, continue semble t il ses recherches en alchimie et tente d’entraîner sa fille à la magie. Elle installe un centre d’entraînement à Trent et y va assez souvent puisqu’elle y aménage une maison décorée par une mystérieuse amie…

 

Et si Siari avait en fait retrouvé la sorcière enceinte et avait profité de l’occasion pour fuir le Clan avec elle ? Mais alors qu’était devenue l’enfant ?

Aubelyne

 

Aubelyne était partie très tôt ce matin.  La Lune illuminait encore le haut des toitures de Calpheon, tandis que les étoiles semblaient s’amuser des destins qu’elles tissaient au- dessus de sa tête.

Vérifiant que sa jument Mahea était ferrée comme il se doit, elle déposa dans ses fontes  un livre épais, à la reliure foncée, très usée par le temps,  enveloppé d’une étoffe pour le protéger ainsi que de quoi manger en route, et boire surtout….  Une halte était envisagée à Heidel  pour prendre des nouvelles de sa famille si le voyage se déroulait sans encombre.

Laissant un mot à  Wakiza pour le prévenir  de son absence de quelques jours,  elle s’assura également  que Carla allait pouvoir la remplacer au Polipo.
L’ouverture du futur théâtre n’étant pas prévue avant quelques semaines,  c’était le bon moment pour voyager.

Ce voyage vers Tarif était prévu depuis plusieurs  semaines d’ailleurs, mais diverses obligations avaient  tenues la jeune femme à Calpheon…  mais cette nuit là, elle fit encore un rêve…  lui intimant de s’y rendre, et de rencontrer le Seid Eleazar.
Par ailleurs,  plusieurs manifestations récentes  laissaient présager qu’il fallait qu’elle le rencontre  au plus vite.

C’est donc  soulagée de pouvoir enfin prendre la route, qu’Aubelyne se laissa emporter au galop vers la ville d’Heidel déjà , puis celle de Tarif qu’elle n’avait vu qu’une fois ou deux dans le passé.

Le voyage s’était fort bien déroulé, la halte à Heidel d’une journée  fut salvatrice, et les nouvelles bonnes de son père ne firent que donner davantage envie à la jeune magicienne de reprendre la route.

En revanche,  l’arrivée sur Tarif  fut plus difficile…. Sous un soleil de plomb elle arriva,  et des bourrasques  pleines de sable achevèrent la jeune femme qui n’eut qu’une envie, en arrivant.. se baigner dans la rivière proche, et  trouver une chambre au plus vite…  avant de demander aux habitants,  ou elle pourrait rencontrer le Seid Eleazar.

Galathea

"... la Sadvhi du Zénith et la Sadvhi du Nâdir." Il fallait se l'avouer, Galathéa avait pris un certain plaisir à se présenter ainsi avec Sadie, à Ancado. Elle s'était également surprise à assumer Tarif comme sa ville d'origine sans avoir l'impression de trahir Keplan, et avait même pris plaisir à s'entendre faire résonner le nom des Kelevra si loin en Valencia... Ce titre et ce nom, dont elle avait eu peur qu'ils soient un fardeau, commençaient à vibrer en elle d'une certaine légitimité, d'une certaine aura à la fois familière et atavique. Il lui semblait se trouver au faîte d'un gigantesque arbre millénaire, non pas à la manière de la naïve et paisible colombe qui s'afficherait en bombant le torse et en chantant sa gloire, mais bien plutôt comme une sorte de corbeau, volatile aussi mystique que mystérieux, oui, comme un corbeau, blanc, dont le plumage atypique détonnerait sur le fond des feuilles brunes de l'automne. Un corbeau blanc, la tête penchée sur le feuillage en dessous de lui et dont l'oeil rond et fixe, concentré, tenterait de percer au travers d'une dense canopée, mue sans cesse par un vent incertain et fourbe. Et sous cette épaisse coupole végétale, comme une chape de mystère, se trouverait un ramage sinueux de savoirs, de pouvoirs, de pactes et de liens, de secrets et de traîtrises, tous reliés, l'oiseau argenté le sentait, à un même fût commun, un même tronc qui plongeait ses racines loin, bien loin, hors de sa vue et de sa conscience, au plus profond des terres et de l'histoire de l'Est. 

Sous la cime, le vent par moments fait bruire quelques noms qui montent jusqu'à l'oiseau en un frémissement tantôt doux et plaisant, tantôt plus menaçant. Naïs... Siari... Anovède... Diane... Nezepha. L'oeil rond et fixe, brillant d'un éclat presque minéral, examine et cherche à discerner les ramilles qui relient ces noms entre eux. Des branches entières sont mortes, il le voit bien. D'autres n'en ont que l'air, mais brûlent d'une sève cachée et corrosive... D'autres encore sont bien vivantes, et d'autant plus dissimulées par le mouvant feuillage. 

L'oeil rond et fixe se ferme un instant car une nouvelle bourrasque vient de brouiller sa vue sur la ramure, alors même que l'argenté se pensait prêt à saisir le tendre bourgeon tant convoité. Un oiseau noir vient alors se poser près du corbeau blanc et le titille à petits coups de bec, dont on ne saurait trop dire s'ils expriment encouragements ou agacement. Mais pour l'argenté, pas le choix, il faut plonger... Deux paires d'ailes s'étendent, les deux s'envolent dans un éclat de becs et de serres griffues et piquent dans un bruissement de plumes au cœur même du feuillage. Et la fouille résonne de cet élan contradictoire : "Où est Naïs ? Et faut-il la chercher ?"

Là-haut, tout là-haut, au-dessus de la cime millénaire, un phœnix aux ailes de brume sanglante les surveille, protecteur et vigilant. Trop, peut-être, car dans son dos l'orage se forme. Et il ne le voit pas. 

Est-il bon de rester sous les arbres lorsque la foudre frappe ? Et qui est le renard dans l'histoire... ? 

Cette nuit, quelque part dans le port de Shakatu, Galathéa laisse retomber sur sa cuisse sa main qui tient une pipe en bois rouge sombre encore fumante, aux relents de trèfle rouge et de calendula. "C'est pas très fort", qu'elle avait dit...

Nôd

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« Ce qu'elle aurait aimé, dans cette solitude qui en augurait une autre, c'est d'entendre la mer. Entendre la mer sans la voir et lui accorder le pouvoir de porter en elle le souffle de tous ceux qu'elle aimait sans le leur dire jamais.. »

L’eau venait doucement lui caresser les pieds à intervalles réguliers, dans cette mollesse caractéristique des mers d’huile au petit matin. Autour d’elle tout était déformé par un brouillard laiteux, la lumière blafarde lui donnait l’impression d’être hors du monde. Les bruits du port, étouffés, parvenaient à ses oreilles comme autant d’échos d’un univers bien différent du sien.

Elle replia ses orteils et les enfonça dans le sable, allant chercher la fraîcheur sous-marine. Elle était bien à cet endroit, seule, comme suspendue quelque part entre ici et là-bas. Quelque part au loin s’agitaient de vagues lueurs qui auraient tout aussi bien pu être des lanternes que des feux follets. Peut-être était-ce les esprits de la nuit qui s’évanouissaient doucement pour laisser placer à la lumière solaire ? Machinalement son regard se portât vers l’horizon voilé, perdu dans les limbes blancs de ce petit matin. Que pouvait-on trouver au-delà ?

La sorcière fit un pas en avant, suivi d’un second, l’eau l’accueillit de quelques clapotis et épousa froidement ses mollets. Au-delà se trouvait une kyrielle d’îles, des pirates et des baleines. Mais encore au-delà ? Au-delà de ce que l’on ne voyait pas ? Quelle trame reliait tout ceci et faisait d’un monde un canevas où rien n’était jamais détaché du reste ? Il lui semblait, ici, être seule au monde et pourtant assourdie de ce bruit diffus qui résonnait entre chaque chose.

Elle inspira et fit encore un pas, ses cuisses accueillant la froidure de l’eau par un léger tressaillement. Ce bruit ne venait pas du dehors, il venait du dedans. Elle l’avait entendu toute sa vie sans jamais s’apercevoir de sa présence, il avait fallu que quelqu’un d’autre mette le doigt dessus pour qu’enfin elle le ressente vibrer, qu’enfin elle s’éveille à cette longue plainte qui l’habitait. Ses mains se mirent à jouer distraitement à la surface de l’onde grise et opaque. Elle trouvât là une analogie parfaite à la façon dont elle comprenait la situation. Deux êtres séparés d’une barrière si insaisissable qu’ils ne pouvaient jamais communiquer que par des illusions grotesques, à l’image de ses pieds déformés qu’elle apercevait avec peine au fond de l’eau.

D’un mouvement leste la Sadvhi s’abandonna à l’eau, s’y glissant avec délectation et souplesse, elle ondula sur quelques mètres avant de refaire surface, portant son visage vers le ciel tandis que son corps, étendu sur le dos, s’en remettait aux flots placides. La solitude avait parfois cette capacité inouïe de la mener à une sérénité sans commune mesure. Elle ne doutait cependant pas que l’émeraude et l’amphibole avaient aussi joué leurs rôles. L’air frais emplit ses poumons comme une vague. Mais cet isolement paraissait bien doux comparé à d’autres, comparé à celui qui promettait d’arriver.

Elle entendait le grouillis du sable en-dessous d’elle, le grincement des chaînes au large, le clapotis contre les coques et les premiers appels venant du port. Tout ceci résonnait en elle, atténué et rendu sourd par l'eau qui la portait comme si elle n’était rien. Elle n’était rien, personne, inconnue parmi les inconnus. Elle était bien. Et elle était tout. Pour certains, elle le savait, de pas grand-chose à presqu’un univers entier, petit rouage devenu maillon ; chaînon d’un ensemble plus grand et bien vaste. Tous, avaient-ils seulement conscience de l’ampleur ?

Une vaguelette la fit onduler, de l’eau passa sur son visage et lui fit fermer les yeux. Elle-même ne savait pas où elle allait. L’eau la portait, le flux la portait… Et elle se laissait faire. Elle avait cherché à combattre mais pourquoi faire ? Il était clair que ce qui devait advenir ne pouvait être contré et qui étaient-ils pour se battre contre des créatures pareilles ?

Sadie rouvrit doucement les yeux. Attendre et réagir plutôt qu’agir et subir. Elle s’était débattue seule, longtemps, avec pour unique résultat de s’enfoncer chaque fois un peu plus, creuser chaque fois un peu plus son terrier, jusqu’à en étouffer. Ils l’avaient tous sortie de là. Et à l’air libre, ici, elle se sentait bien.

Menetios

Rhum et rêve

Ménétios se réveilla allongé sur le tapis au pied du lit de la chambre qu’il louait à Tariff. Son crâne lui faisait encore mal de la soirée précédente. Il avait abusé. Il n’était plus habitué à ces choses-là, l’alcool surtout, il lui faudrait être plus raisonnable à l’avenir.
L'homme se redressa avec peine, s’appuyant sur le lit proche pour l’aider, tout en repensant à la manière dont il était revenu avec égarements dans sa chambre hier. Il se souvint vaguement d’avoir été brusque bien qu’il ne sut pas précisément pourquoi.
Il demanda un baquet d’eau chaude, cela lui rinça le visage mais n’eut pas l’effet de lui rafraîchir la mémoire. Pire, sortir de l'inconscience augmenta son tracas. Il se sentait tenaillé par autre chose, le sentiment d’oublier un point capital pourtant encore en suspens dans l’air. Le brun resta là observant la vapeur qui montait vers lui lorsque, étouffé, se fit entendre un cri : « Ménétios ! »
Alors il se remémora son rêve.

Dans celui-ci il se tient debout immobile sur un rocher ancré au milieu d’un lac limpide. L’air est si brumeux qu’il ne distingue pas les rives.
Soudain un choeur de voix résonne au lointain et le ciel s’illumine de jets dorés, comme si la voûte du ciel était maintenue par des racines d’or pur. Les eaux du lac, calmes jusquà présent, s’agitent désormais. Avec précaution, il approche du bord et observe qu’il y a comme un courant, il en distingue les remous qui l’entourent même si ce n’est pas vraiment de l’eau.
Le choeur de voix s’intensifie et les racines du ciel s’épanouissent, ici bas, c’est bientôt un véritable torrent qui l’entoure.
Plus loin, il remarque une première silhouette entraînée par le courant. Elle pousse des cris bestiaux et inhumains jusqu’à disparaître de sa vue. D’autres suivent bientôt, de plus en plus, et très vite il y en a partout. Certaines viennent percuter le rocher sur lequel il se tient, il distingue leurs mains griffues qui tentent de trouver une prise. L’une des créatures s’est agrippée non loin de lui, il observe la bête un instant, elle lui rappelle des souvenirs douloureux. Quoi que ce soit, çà grogne a son attention alors sans hésiter il la repousse d’un pied qu’elle tente de mordre. Il la regarde disparaître quand soudain il entend l’appeler : “Ménétios !”
Il se retourne vers l’origine du cri, une forme sombre elle aussi, mais à la silhouette d’un enfant vêtu. Lui aussi va venir s’écraser sur le rocher comprend t’il.
“Aide-moi Ménétios je t’en supplie !”
L’enfant est là, à présent accroché au rocher, comme la créature précédente. Le chevalier la scrute, cherchant la malice, mais il ne voit que de la peur alors qu’elle s’étouffe. Pas d’agressivité non plus, seulement des forces qui s’épuisent et de la détresse.
Le chevalier se saisit de la main de la créature désespérément tendue vers lui. Peut-être qu’il fait ça parce qu'elle n’est pas monstrueuse d’aspect comme les autres, ou parce qu'elle parle, révélant ainsi une âme qu’il ne soupçonnerait pas chez les autres. Peut-être, lui vient-il en aide simplement car elle lui en demande.  
Il ne sait pas les raisons de ce choix mais il le fait en acceptant le risque de la duperie, du danger.
Pendant qu’il observe l’enfant-esprit allongé son souffle, la brume s’intensifie autour d’eux, effaçant tout d’un appétit vorace.
“Oh non, pas encore !” gémit la créature lorsqu’elle remarque que tout se voile “Vite, écoute moi bien : il faut que tu ouvres ton esprit, je peux t’aider mais tu m’empêches… “ Sa voix décline dans le brouillard.
A mesure que l’esprit disparaît de sa vue, sa voix s’atténue comme si cette brume était plus que cela.
L’enfant crie une dernière fois “DEMANDE AUX SORCIERES KELEVRA !”... “MENETIOS” avant de s’évanouir avalé par le brouillard.

Sanrek

Révélations

"Le plus dur c'est cela, vaincre le sentiment de ridicule pour pouvoir croire en tes propres mots et leur donner du pouvoir."

Les mots résonnaient encore dans l'esprit de la jeune fille, sans pour autant lui être d'une grande aide et ce malgré l'air pour la première fois véritablement bienveillant de Sadie - même si cela n'avait duré qu'un bref instant - lorsqu'elle les avait prononcés.
Car c'est exactement ce qu'elle ressentait en ce moment, le ridicule, se sentant sotte tandis qu'elle essayait pourtant inlassablement de se persuader de sa propre compétence.

Et ce n'était cependant peut être pas le plus difficile, en comparaison de son second conseil. Arriver à ne plus dissocier son pouvoir et ne pas le personnifier, le considérer à nouveau comme une part d'elle même et non comme un animal indompté et retors, cible de sa colère et de son ressentiment...à cet instant même les concepts idiots du Seid, comme laisser son esprit ne faire qu'un avec un objet inerte, lui semblaient soudain plus faciles à appréhender en comparaison.


"Ne faire qu'un avec lui...je suis sure que ce serait même plus aisé avec une foutue chaise en bois, qui elle n'essaye pas de me faire du mal !" marmonna t-elle pour elle même avec agacement, perdant une nouvelle fois sa concentration avant de s'interrompre, pensive alors que ces mots réveillaient en elle un souvenir depuis longtemps enfoui dans les profondeurs de sa mémoire.
Le souvenir d'un individu étrange, venu de très loin alors qu'elle n'était encore qu'une adolescente, de ses contes, ses mélodies et surtout de sa danse qui n'en était pas vraiment une, et qui avait donné à ces même mots une signification totalement différente de celle qu'ils pouvaient trouver dans la bouche du Seid, ou de l'austère valkyrie qui les accompagnaient.


"Et pourquoi pas, après tout ?" Pensa t-elle. Par peur du ridicule ? Il n'y avait personne pour la voir, ou la juger, et rien qui ne soit de toutes façons plus honteux à leurs yeux qu'un nouvel échec.

Carah

Retrouvailles

7 ans.

7 longues années s'étaient écoulées depuis son départ précipité, et elle n'avait jamais recroisé qui que ce soit qui vienne de chez elle. A mesure que le temps s'était écoulé, elle avait cessé d'observer chaque ombre et chaque silhouette. Elle s'était résignée, soulagée de voir qu'elle avait réussi à laisser derrière elle tout ce qui avait constitué son univers jusqu'à sa fuite de Tarif. Le fait d'éviter toutes les grandes villes et de se trouver constamment en mouvement avait certainement aidé. En tout cas, jusqu'à ce soir. 

Elle menait tranquillement Tagada au pas, aux alentours d'Heidel, en quête d'un abris où passer la nuit lorsqu'elle l'avait reconnue. Le visage était marqué et plus adulte, les cheveux grisonnants et une mèche semblait recouvrir une vilaine blessure à l’œil, mais Taelya n'avait pas hésité une seconde sur l'identité de la jeune fille. Probablement le seul visage au monde qu'une partie d'elle serait heureuse de revoir. Elle avait dû raffermir sa prise sur son étalon, quand ce dernier, sentant l'intérêt de sa maîtresse, avait sensiblement accéléré. Nylie n'était pas seule. Une Valkyrie l'accompagnait et avançait d'un pas vif et assuré. 

Après une seconde d'hésitation, Tae' s'était mise en route pour les suivre de loin. Il ne lui avait pas fallut longtemps pour trouver un gamin jouant dans la rue, et lui remettre un morceau de papier à délivrer à Nylie, en échange de quelques sucreries dérobées un peu plus tôt. 

L'attente près du lieu de rendez-vous lui avait paru interminable. Elle n'avait pas ressenti un tel tourbillon d'émotions depuis des années. La joie, vive et sincère d'enfin retrouver son amie, mêlée à la haine et à la crainte des souvenirs qu'elle avait tant voulu fuir. Les retrouvailles furent un peu étranges au début. Nylie semblait recroquevillée sur elle-même, et peu encline à se confier. Mais bien vite, les deux jeunes femmes retrouvèrent leur habituel mode de communication, taquines et rigolardes, conversations ponctuées de rires simples et francs. 

Le temps, ensoleillé jusque là, se mua en pluie diluvienne lorsque vint la question tant redoutée. Comme si le ciel lui même avait voulu accompagner leur humeur. La voix sourde de Nylie et l'interrogation si lourde qu'elles avaient tenu aussi loin que possible de la conversation jusqu'ici.

" - Tu n'as rien dit, pas vrai ? 

- Rien. Jamais. "

Leur pacte silencieux avait survécu à 7 années de séparation. Pour la première fois depuis longtemps, Taelya se demanda si le choix de la solitude n'avait pas été une erreur. Au moment de se séparer, après avoir fait la promesse de se revoir aussi vite que possible, Taelya avait erré un long moment dans la nuit tombante. La lourde pièce, frappée du sceau de Calpheon que lui avait remis Nylie semblait peser bien lourd dans la poche de son manteau. 

"Un lit hein ? Bah.. Pour une fois, pourquoi pas ?"

Makie

Retour à Tariff

Eléazar rassembla ses affaires ce qui se réduisait à peu de choses. Il avait consigné sur un petit carnet l’ensemble de ses recherches concernant les tatouages de Sadie et Galathéa, tout était bien entendu rédigé dans le langage codé des Kelevra. Il brûla soigneusement toutes ses notes et dessins, alla rendre les ouvrages qu’il avait emprunté à Clara Siciliano. Il avait décidé de suivre la rive gauche du fleuve et de faire une halte à Heidel.

C’est sans regrets qu’il laissa Calphéon derrière lui, trop de monde, trop d’intrigues, trop de troubles, il avait hâte de retrouver le désert. Il lui semblait que là-bas l’air y était plus pur, l’atmosphère plus transparente et les rapports entre les gens plus simples. En quittant la ville le temps était maussade et frais. Des nuages s’amoncelaient à l’horizon, le vent se leva, il sut qu’il allait faire face prochainement à la pluie. Effectivement une grosse averse l’obligea à chercher un abri. Il attendit patiemment sous un arbre que la pluie soit moins forte pour reprendre sa route.

Le soir il fit halte à la tombée de la nuit. Il découpa une tranche de pain dans la miche qu’il avait emporté qu’il accompagna de fruits secs. Depuis longtemps il avait pris l’habitude de voyager avec le strict minimum, ne prenant des repas chauds que s’il s’arrêtait dans une ville et un village. Il se cala contre un arbre, s’enveloppa dans sa couverture et s’endormit. Lorsqu’il bivouaquait son sommeil restait léger, sa conscience affleurait, restant attentive au moindre bruit inhabituel. La nuit fut calme, il se réveilla avant l’aube et reprit sa route.

Les jours se déroulèrent ainsi, d’apparence monotone, jusqu’à ce qu’il soit en vue d’Heidel. Eléazar aimait cheminer ainsi à pied, sa pensée se déroulait librement au rythme de ses pas, tout lui apparaissait plus clair et plus évident. Il avait prévu une halte à Heidel, d’une part car il lui fallait racheter du pain, refaire le plein de fruits secs et d’autre part il comptait dîner et passer la nuit à l’Auberge de la Vallée, peut-être y entendrait il des rumeurs sur l’activité des Cultistes dans la région.

Il arriva en fin d’après-midi à Heidel, il monta à la place du marché pour y faire ses provisions et prit ensuite le chemin de l’auberge. Il réserva une chambre et s’installa au rez-de-chaussée pour y prendre un repas. La salle était animée et bruissait du bruit des conversations…

Menetios

Repos

Contraint par la fatigue, inévitable sanction pour avoir affronté la colère de vent et de sable, le nouveau venu aura vite fait de sombrer dans un sommeil dense après s’être installé parmi ses proches du groupe de Tarif et laissant à d’autres le soin de veiller. Il n’aura eu guère la force de se lier avec les autres pèlerins et l’escorte, les attentions de tous s’étant accumulés sur les différents éclats.

Levé tôt, après une légère caresse sur une chevelure blanche proche, il aura entreprit pendant que d’autres dormaient encore d’aller retrouver sa monture qu’il découvrit installée à l’ombre du palmier auquel il l’avait attaché dans le chaos. La placide créature avait, constatait-il, échappé aux fureurs de la tempête. Les autres avaient murmuré à mi-voix que ce khamsin était étrange dans son énergie et son apparition.

C’était donc avec un mine sombre qu’il était revenu, s’installant en silence en attendant la suite. Se pouvait-il être autre chose qu’une coïncidence que les assauts des vents se soient acharnés sur les seuls êtres alentour épargnant miraculeusement les bêtes ? Et si la réponse était qu’il s’agissait d’une épreuve divine alors le reste de ce pèlerinage risquait d’être terrible, il s’en rendait compte.

Nôd

Rencontre

Sadie avait quitté le Polipo l’air de rien, emportant la nourriture préparée par Wakiza et laissant là le Géant et son nouveau convive. Eleazar Kelevra…

Une fois dehors elle avait fait quelques mètres, marchant discrètement mais rapidement jusqu’à s’être éloignée suffisamment.  Puis ses jambes l’avaient lâchée, elle s’était appuyée au mur, avait lutté pour rester debout, son estomac s’était retourné et tout son repas s’était déversé au sol en lui brûlant la gorge et la langue au passage.

Péniblement, la sorcière s’était appuyée au mur, les jambes toujours flageolantes, il lui avait fallu quelques secondes pour se remettre.

Eleazar Kelevra…

Un nom qu’elle connaissait bien, à défaut de se souvenir de la personne. Sa mère lui en avait longuement parlé, le dépeignant comme LA personne à éviter, à ne jamais croiser, à fuir même. Sadie essuya son front luisant. Il lui avait pourtant juste paru comme un grand-père fatigué et crasseux. Mais elle savait aussi que les apparences étaient toujours trompeuses et le regard qu’il avait porté sur elle ne lui avait pas échappé. Elle ne pouvait que remercier les longues années de pratique qui lui avaient permis de feindre une non-surprise complète. Malgré tout elle avait conscience que son départ hâtif n’avait ressemblé que trop à une fuite dissimulée.

A peu près remise elle reprit enfin sa route. Arrivée dans les taudis elle laissa son petit baluchon à un type prostré au sol, le simple fait de penser à cette nourriture la rendait malade, autant que quelqu’un d’autre en profite. Les marches à gravir jusqu’à chez elle lui firent l’effet d’une montagne et c’est totalement exténuée et fiévreuse qu’elle arriva enfin chez elle. Zippo l’accueillit d’un léger jappement mais ne se leva même pas de son tapis.

Elle savait parfaitement où -dans le foutoir laissé par sa mère- elle trouverait des informations sur ce type. Mais elle n’en avait pas la force. Elle se traîna jusqu’à son lit et s’y étala de tout son long, encore habillée et chaussée. La dernière pensée qu’elle eut avant de s’endormir fut qu’elle savait que son sommeil ne serait en rien réparateur. De nombreux rêves s’annonçaient.

Nyel

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Révélation

 

Drieghan

Peu de voyages sont aussi dépaysants que celui qui me mena jusqu’à Drieghan. L’on m’en avait parlé avec justesse comme la terre des dragons, et ses montagnes sont chaque jour survolées par un membre de cette espèce, un immense reptile dont les écailles rouges reflètent la lumière.  Si l’on doit parler aussi de Drieghan, c’est pour évoquer ses pics escarpés, et ses chemins tortueux, avec, à son sommet, le nid d’aigle qu’est Duvencrune.

La cité en elle-même est agglomérat de terrasses, de toits plats et d’échelles, avec ses tapis de couleur et ses yacks coiffés de rubans. Malgré le froid, l’agitation y règne, que cela soit les badauds qui vont au marché, les étrangers à la taverne ou les femmes en route pour les sources chaudes. Ces dernières coulent dans des bassins situés en périphérie, au bord à pic d’un canyon, et constituent une étrangeté précieuse pour ces habitants. L’autre trésor des lieux est le maïs qui est cultivé dans les fermes alentours, et dont ils font le pain et la bouillie, l’accompagnant des fromages et viandes locales. Qu’on ne s’y trompe pas, les étés sont certainement bien chauds en ce lieu, mais les hivers mordent avec appétit les chairs.

Encore un trésor, les ruines et vestiges impressionnants, taillés dans la roche et décorés de bandelettes. Les pèlerins s’y pressent et y honorent leurs victorieux ancêtres. Les sanctuaires y sont de fait des lieux secrets, protégés, et les étrangers, s’ils n’y sont pas foncièrement interdits, n’y sont guère la bienvenue. De nos premiers contacts avec le clergé local, j’y ai retenu que beaucoup agissaient en « touristes » dégradants. M’en convainc les propos de ces mêmes étrangers que j’ai côtoyés, ou plutôt d’une étrangère en particulier, que je n’ai pas voulu côtoyer. Les gens d’ici sont bien plus difficilement abordables qu’à Heidel, mais l’aide que nous leur apportons a pu en partie les amadouer.

 

 

Nyel

 

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Révélation

 

Sorcellerie

 

La pratique magique des sorcières me semble vaste et complexe. Je la vois comme un arbre au tronc vigoureux, que l’on remarque en premier lieu et que l’on analyse comme une ligne droite, claire et définie, pour ensuite remarquer toutes les ramifications des branches qui s’élèvent dans le ciel, et sans soupçonner ses parts secrètes, ses racines qui coulent au plus profond de la terre.

Ces trois troncs sont les trois grandes voies des sorcières :

Explosion, l’énergie pure, projetée à travers la réalité, comme un feu destructeur, une force brute imperturbable.

Persévérance, la maîtrise physique et mentale du pouvoir, qui constitue la fluidité de la volonté sur les fluxs de magie.

Perception, le plus inconscient des trois maîtrises, la lecture des pans secrets de l’avenir et de l’instinct.

Avec le temps, les sorcières apprennent à connaître qu’elles ont chacune une de ces voies en elles, qu’elles ont une qualité propre pour parcourir un chemin plutôt qu’un autre. Certaines ont les trois dons, mais elles sont plus que rares. Inestimables.

Sadie a la Persévérance, quand Falkynn est Explosion. Gabrielle se cherche encore, et moi même, si je suis d’apparence adepte d’Explosion, j’ai encore bien à découvrir sur ce qui me sera le plus facile, ou le plus fascinant à comprendre.

 

 

Nyel

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Révélation

 

Pratiques sorcières

 

Toute magie provient de la pierre noire, mais nulle magie ne l’exprime mieux que celle des sorcières. Et s’il y a lieu où cette magie peut s’exprimer, c’est bien Tarif.

Tarif est un lieu d’étrangetés pour qui la visite pour la première fois. Pour la sorcière, cela est un refuge du corps et de l’âme, par la présence du Tome de Cartian, la fondatrice de la citée. Le livre renfermerait des secrets interdits sur la sorcellerie, et aurait été enfouie sous les racines de l’Arbre Letusa. Mais sa seule présence emplie la cité de cette aura bienfaisante pour les manipulateurs du même art, et la puissance s’en trouverait réduite pour les mâles qui s’en éloigneraient, voir même disparaîtrait. Cela serait dû au fait que les femmes ont une affinité plus grande avec l’énergie noire, et expliquerait que celles-ci auraient plus de responsabilités au sein de cette société.

Cela me rappelle grandement les coutumes de ma lignée, et me plonge d’autant plus dans l’opinion qu’elle fut peut-être lignée de sorcière, ou qu’au moins une d’entre elle fut des nôtres.

 

[Sous l’illustration] Motif protecteur sur fenêtre

 

Mais les sorcières n’ont pas le ritualisme des prêtresses que furent mes aïeules. La magie semble y être davantage une arme, ou objet d’étude. Elle a ce naturel, cette évidence, que n’avaient pas les rituels dont nous usions, Grand Ma’ et moi. J’ai bien vu, certes, l’importance des symboles, qui viennent marquer chaque fenêtre, les peaux, les objets, et s’accrocher comme des talismans aux portes des demeures. Mais les sorcières sont pragmatiques. Elles cherchent à comprendre les phénomènes, sans s’embarrasser des croyances.

Ecleies était de fait bien de ce moule.

Néanmoins, Sadie, de ce que j’ai observé, demeure respectueuse des personnes pieuses, et les gens d’ici restent relativement tolérants, même lorsqu’ Aurora s’est amenée en tenue plus qu’ostentatoire.