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À propos de ce blog

The Heidel Post
Qui est à l'origine de cette presse ? Qui la finance ? Qui la rédige ? Qui la distribue ? Chose étrange, la chose reste plutôt secrète. Existant depuis presque deux ans maintenant, cette gazette n'est pas de ces torchons qui se perdent en numéros de page, mais tient souvent sur un ou deux tracts agrafés et lancés à la va-vite par un coursier dans les rues d'Heidel. En effet, le Heidel Post se focalise sur les actualités bouillonnantes de la capitale serendienne et se tait parfois lorsque rien n'agite cette croisée des chemins.

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Teëharkqa Den Rajahai
The Heidel Post
Actualités — Édition n°476 — 3 Octobre 287
 
Jusqu'à présent, Heidel ne déplore plus la moindre explosion terroriste. De quoi permettre à la cité serendienne de souffler sans être soufflée une fois de plus. Les fautifs sont à ce jour toujours recherchés par la garde d'Heidel, qui désespère de trouver quoi que ce soit tant les indices sont minces au sujet des individus en cause dans cet incident. Pour autant, si les routes ne subissent plus les affres des révoltes populaires, les rues ne sont pas plus sûres. Suite au décès par empoisonnement de Flavio Lucchesi, marchand connu pour ses affaires avec la guilde marchande Xian, c'est à son fils âgé de quinze ans, Antonio Lucchesi, d'y laisser la vie au matin du 1er octobre, touché par la même affliction et ayant été transporté au dispensaire quelques jours auparavant. Deux nouveaux infectés sont à déplorer, leur pronostic vital est engagé selon les infirmiers ayant pris en charge les concernés. Toutefois, cette affaire crée un vent de révolte, notamment au sein de la garde d'Heidel. En effet, si l'enquête n'a à ce jour pas été conclue, les responsables étant toujours recherchés par nos valeureux soldats, une valkyrie, sergent de Delphe, aurait permis, d'aucuns suggèrent encouragé, la fuite d'informations hypothétiques concernant les potentiels coupables. Comme nous le savons, les valkyries sont un produit de l'académie calpheonienne, et les rebondissements du vote de la loi Cardali dans la capitale voisine n'ont pas manqué de lier le sergent Venastra au cercle progressiste dont fait également partie la famille Di Castelli. Nos sources les mieux renseignées, de retour du territoire suzerain, stipulent que des cas d'empoisonnement identiques auraient été découverts dans la capitale, tous ou presque affiliés à la caste nobles. Or les activistes du Front de Libération Serendien n'ont jusqu'à présent commis de méfaits que sur notre sol, par voie plus "explosive" comme en témoignent les attentats. Serait-ce encore une manipulation étatique pour imputer l'échec de Delphe et des instances calphéoniennes à nos propres criminels afin de déverser leur fiel sur Serendia ?
Nous avons interrogé un proche de la garde d'Heidel sur les difficulté que rencontrent désormais ses camarades dans la recherche des coupables. Par souci d'anonymat, et pour ne pas subir de représailles dans un contexte tendu, nous rapporterons ses paroles indirectement. Dans cette enquête, les soldats de la garnison heidelienne se heurtent à de nouveaux obstacles que certains rejettent aussitôt sur le manque d'expérience et l'excès de zèle de la jeune valkyrie Venastra qui n'aurait pas su tenir ses équipes, probablement inexpérimentées au même titre. Craignant une preuve funeste du Front de Libération Serendien qui confirmerait ou infirmerait les informations relayées par ces enquêteurs ou leur supérieure, les plus craintifs demandent la révocation de la valkyrie et l'assignation d'un soldat de Delphe plus rigoureux sur cette enquête qui fait courir un frisson dans la population silencieuse qui n'a plus qu'à subir les affres de ces groupuscules ça et là. Par chance, les rumeurs d'attentat contre le Relais des Voyageurs ne se sont pas concrétisées au terme de la Soirée des Talents orchestrée par son équipe, considérée selon l'Alliance de Xian trop neutre dans cette guerre de partis qui déchire la cité serendienne.

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Le souffle d'effroi concernant une potentielle guerre entre Calpheon et Mediah se tarit peu à peu, au grand soulagement de nos concitoyens dont les cauchemars d'un nouveau champ de bataille étaient bien vifs ces derniers temps. La disparition de trois des quatre avis de recherche des criminels médiahns concernés par l'explosion du pont ouest rassure la majorité et inquiète les alarmistes voyant là l'occasion pour le voisin oriental d'imposer le droit du talion. Les ouvriers supervisés par deux maîtres d'œuvre serendien et calpheonien ont achevé quelques jours plus tôt la reconstruction de la principale liaison commerciale de l'ouest sans anicroche, dans un souhait de renouer les liens — qu'ils soient physiques ou moraux — entre les deux territoires frontaliers. Cet élan a été dûment encouragé par les partisans du retour au statu quo ayant fait preuve de solidarité envers les travailleurs placés sur site au péril d'un nouvel assaut ennemi, au contraire de ceux, plus concernés par la perte de profit qu'un jour de plus sans franchir cet affluent provoquait, qui ne se sont pas gardés de leur reprocher leur manque de rapidité, ne voyant aucune symbolique à ce rapprochement des deux contrées. La voie est désormais libre, et les échanges reprennent leur cours.
Actualités en bref

Fleuve Demi — Il se dit que les corps de deux soldats serendiens ayant péri dans les attentats du pont ont été retrouvés en aval du fleuve, réduits en charpie par la déflagration et la décomposition dans le courant du cours d'eau. La Garde d'Heidel enquête sur la présence d'un troisième cadavre dont la mort ne semble pas liée à la violence des événements, son identité n'a pas été révélée. Heidel, rue commerçante — Au soir du 2 Octobre, le centre-ville a encore été frappé par le deuil. Feu Marc Burali, coursier du bureau Chimères, rejoint la liste des nombreuses victimes des conflits armés sévissant sur les routes serendiennes, toutes nos condoléances se tournent vers les familles des disparus au cours de l'exercice de leurs fonctions ou par simple parti pris. Heidel, auberge du Crapaud Doré — Une puissante arme à feu a creusé un cratère colossal aux abords des escaliers à l'intérieur de l'établissement. Quatre énergumènes, deux hommes et deux femmes, se sont confrontés les uns aux autres, se menaçant d'en venir aux armes. Nous ne savons pas encore l'identité des concernés, un géant a été mis en cause par la Garde dans cet acte offensif et a trouvé le chemin des geôles aussitôt.
Teëharkqa Den Rajahai
The Heidel Post
Actualités — Édition n°475 — 28 Septembre 287
 
L'effervescence colérique des Heideliens ne désemplit pas. L'appel à la délation d'un nouveau comité pro-calphéonien naît dans les rues serendiennes, ardemment soutenu par la courtisane de l'ouest qui semble favoriser avec enthousiasme les affrontements civils et la discorde. L'on se plaît à colporter que l'étrange émergence de ce mouvement au lendemain de sa visite dans la cité n'est pas anodine, et qu'elle serait à l'origine de cet élan visant à corroborer ses propres discours depuis l'intérieur de nos rues. Une visite qui n'aura pas manqué d'attirer le tristement célèbre boucher Charles Keziah, bien qu'aucune esclandre n'ait éclaté ce soir-là, celui-ci étant plutôt discret. Du moins si l'on excepte les roulottes d'itinérants installées aux abords de la capitale, siégeant de sortie en sortie au rythme des interventions de la garde. Ces énergumènes au langage dialectique peuplent tantôt l'auberge du Muguet, désormais libérée de la pression de la garnison, tantôt l'aval de la rue commerçante. L'on raconte que leur doyenne serait acoquinée avec Keziah, mais rien n'est moins sûr. L'incitation à la violence des affiches apparues ça et là, qu'il s'agisse d'avis de recherches sur la trace des gens de Mediah ayant été à l'origine de l'affaissement du pont ouest, ou des tracts engagés de cette Voix du Peuple que les plus simples écoutent sans se questionner, perturbe les commerçants et résidents étrangers. De vives invectives xénophobes sont à déplorer dans les quartiers résidentiels, que l'on soit à l'est ou à l'ouest de la grand-rue. Les enfants eux-mêmes, alentour la charcuterie Gielbayt, ne se privent pas de lapider quelque camarade un peu trop basané ou un peu trop blond. Au point qu'un nouveau jeu du chat et de la souris voit le jour parmi les garnements, de ceux qui jouant les gardes se doivent d'attraper et châtier leurs camarades désignés hasoites, valenciens ou même calpheoniens, jusqu'à s'échanger quelques coups de pieds punitifs. D'autres honnêtes marchands rapportent les altercations et blocus subis, causés par des locaux zélés souhaitant les chasser de leur territoire. Et ces rencontres houleuses de se multiplier depuis quelques jours...
 
Et tandis que les habitants se fustigent les uns les autres en deux camps distincts, voilà que l'on retrouve le corps d'un marchand, Flavio Lucchesi, selon les dires empoisonné pour ses affaires auprès de l'Alliance de Xian et de Calpheon. D'aucuns accusent le camp nationaliste d'être à l'origine de cet assassinat honteux, tandis qu'on leur connaît plutôt les coups explosifs et le banditisme voyant ; certains autres osent avancer la théorie d'un rival occidental venu se débarrasser d'un gêneur sur le marché, tout en cherchant à rejeter la faute sur le peuple serendien, faisant d'une pierre deux coups. Nouvelle détonante : un entrepôt de la guilde de Xian et un convoi portant leurs armoiries ont été tous deux attaqués dans le courant de la nuit. Si l'on a aperçu quelques individus en fuite, la nuit noire n'a pas permis de les identifier encore. Aucune victime à déplorer, seulement du matériau parti en fumée dans quelque incendie savamment maîtrisé par les autorités locales et les badauds ameutés pour l'occasion. Il est manifeste que l'on ne souhaitait pas porter atteinte à la vie des convoyeurs, encore interrogés par la garde d'Heidel. IMwyuR0.png Isobelle Encarotia, vice-présidente de l'alliance marchande, condamne ouvertement les exactions de ces truands qui pâtiront, selon elle, bien plus de voir ces réserves brûler que n'en souffrira le comité de son père ; réserves dont une partie avait d'ores et déjà été vendue à la Ligue Marchande de Serendia, endettée auprès de Xian depuis que leur chef, Bobby Lauren, a contracté un prêt sur investissement qu'il peine à combler. Ces attentats touchent désormais la classe supérieure de la région, qui commence peu à peu à donner de la voix.
Teëharkqa Den Rajahai
The Heidel Post
Actualités — Édition n°474 — 25ème du Gobelin
 
Heidel se trouble d'autres affaires depuis quelques jours. L'impact qu'a eu l'effondrement du pont menant à la cité calphéonienne fait des émules, et pas des meilleures. D'aucuns suspectent déjà la capitale adverse de commencer à rompre le contact avec Serendia et de mettre la pression sur les autorités afin qu'elles leur délivrent le Boucher, suggérant qu'elle aurait mis à profit des investissements humains pour employer les grands et pires moyens à disposition pour faire céder la gente mercantile. Ce qui n'explique pas la disparition de l'adolescente, mais attise la théorie complotiste anti-calphéonienne qui se garde bien de considérer les détails qui ne sont pas à l'avantage de ses hypothèses. Le milieu nationaliste serendien vibre d'une terrible envie de représailles. Et ce, bien qu'il doive se faire discret. Ayant pour l'heure disparu de l'auberge du Muguet, qui peu à peu retrouve sa quiétude et perd en soldats affectés au poste, ces locaux ne font plus parler d'eux dans l'enceinte de la cité. Néanmoins, les riverains de ce quartier, proches des geôles, auront assisté à un étrange spectacle dans le feutre du matin : un cercueil couvert d'un drapeau d'or, d'argent et de sinople aura été transporté par quelques représentants des autorités jusqu'en sortie de ville. Une procession funèbre suivie par une famille éplorée qui n'aura guère scandé à la revanche, le décès n'ayant pas été annoncé, et ses circonstances non plus. Les lève-tôt y auront pourtant assisté depuis leurs fenêtres, et de nouveau, moult questions se posent après le trépas d'autres confrères dans l'explosion du pont ouest.
 
D'autres nouvelles en bref, le Festival de la Bière connaît une petite baisse de fréquentation en raison de l'agitation de sa capitale. Ce qui ne manque pas de faire s'indigner quelques commerçants qui comptaient sur les festivités afin d'augmenter leur chiffre d'affaire de la saison. D'autres ne manquent pas de libérer leurs valeurs patriotiques en mettant leur déroute financière sur le dos des groupuscules extrémistes qui engageraient des gens de Mediah pour les mettre à sac, comme en témoignent les racontars concernant ces géants de l'Est. Plus le temps passe, et moins les serendiens savent vers qui tourner leur ire grandissante, et cette tension s'en ressent dans les rues de leur cité-carrefour. Pour autant, cela n'empêche pas les étrangers de s'installer en ville, à en croire le raffut émanant de la sortie est de la ville. Des meubles, et des débris de bois et autres nuages de poussières quittent une vieille demeure de famille laissée à l'abandon suite au départ ou au décès de sa — toute aussi vieille — propriétaire. L'on parle de basanés, d'elfes et d'autres étrangers de l'ouest qui s'y succéderaient pour retaper cette maison. Il n'est guère un secret que les membres d'une compagnie mercenaire souhaitent en faire leur nouveau quartier général, troquant leur adresse du n°4-1, trop étroite, pour de plus grands locaux. Il est un domaine qui ne manque pas de débouchés lorsque l'on constate les affaires qui se multiplient alentour.
Teëharkqa Den Rajahai
The Heidel Post
Actualités — Édition n°473 — 19ème du Gobelin
 
La capitale serendienne ne perd pas en agitation. Tandis que l'Auberge du Muguet retrouve un calme relatif sous la surveillance de la garde, les groupuscules nationalistes ayant en partie déserté l'endroit au profit d'autres lieux de rendez-vous sur l'autre flanc de la ville, cette dernière a subi au soir du 18 du mois du Gobelin les hurlements d'une femme sur la place de la statue. Les soldats d'Heidel étant réquisitionnés ailleurs, aucun n'aura pu intervenir sur les lieux où une jeune femme, de moins de vingt ans selon les dires, aurait tenté de se jeter du rempart sud. Au grand dam des malades et blessés du dispensaire dont les fenêtres rendaient sur l'angle du square où un attroupement s'est agglutiné autour de la folle furieuse. L'on aurait désarmé la malheureuse après l'avoir plaquée au sol, suite à un long débat infertile sur les raisons l'ayant poussée à imaginer commettre un tel geste. Les commères suggèrent une peine de cœur, une crise de jalousie ou un foudroyant désir d'attirer l'attention du calphéonien Greywolf, qui se serait présenté après la bataille avant de retourner vaquer à ses occupations. D'aucuns auront entendu ses proches, ou du moins quelque connaissance de son entourage, prétexter qu'il serait de bien des problèmes en ville ces derniers temps. Rappelons-le, il avait été sorti de force du Relais des Voyageurs le jour précédent et mené au bureau du capitaine de la garde. Ce pour la troisième fois en l'espace d'un mois et demi, pour des affaires d'agression. Calpheon semble de moins en moins s'acclimater au tempérament heidelien, qu'elle provoque une fois encore en réclamant la main sur l'affaire Keziah. Les cancans n'ont de cesse d'agiter la classe moyenne, craignant pour ses intérêts si les histoires de blocus commerciaux se concrétisent, pire encore, si ces promesses de guerre s'enclenchent.
 
Du côté des prisons d'Heidel, au soir de l'arrestation du nationaliste Charles Keziah et de sa supposée apprentie, un homme venu régler une amende pour le stationnement gênant de son wagon devant un établissement fréquenté de la ville s'exprime : « C'tait tard l'soir lô, moi que je v'nais juste payer ma contravention parc'que j'veux pas d'emmerdes, j'ai entendu d'ces trucs dans les geôles... Qu'ça gueulait dans tous l'sens, j'crois qu'ça s'la donnait. Des furies j'vous dis, j'suis ben content d'pas finir d'dans, c't'une fosse aux lions comme i' disent d'l'aut' côté du désert... » D'autres témoignages relatent de cris de douleur qui auraient duré une partie de la nuit, jusqu'au calme plat. Aucun prisonnier n'aurait été sorti de sa cellule selon les on-dits, à supposer qu'ils aient été laissés en détresse, morts ou que ces ragots soient des affabulations. Cela nous renvoie toutefois aux accusations d'une ancienne détenue, du nom de Vashrol, ayant à plusieurs reprises et ce publiquement accusé le Greywolf d'avoir soudoyé la garde serendienne pour lui infliger une correction appropriée à coups de matraque. Ces vociférations n'auront jamais donné suite, indignant quelques irréductibles patriotes ou féministes, outrés de savoir une jeune femme victime de tels traitements de la part de ceux ayant prêté serment de protéger leur nation et leurs concitoyens. Mais de nouveau, ces suppositions de refaire surface alors que le calphéonien aurait eu de fortes raisons d'employer ces méthodes privilégiées pour punir ses agresseurs, ce qui n'aurait pas manqué de concorder avec l'agitation des geôles le même soir... Affaire à creuser.
Teëharkqa Den Rajahai
 
The Heidel Post
Actualités — Édition n°472 — 18ème du Gobelin
 
Un énième règlement de comptes.

C'est ce que se diront les résidents et commerçants habitués au grabuge régnant dans l'Auberge du Muguet, au nord-ouest de la cité sérendienne. Plus étonnés de rien, certains auront même fermé fenêtres et volets pour pouvoir dormir paisiblement en cette fin de soirée du 16 du mois du Gobelin. L'après-midi avait déjà été agitée par la rupture d'une fenêtre et l'écrasement brutal d'une chaise en lambeaux dans la ruelle longeant les terrains d'entraînement. La cohue avait vite été dispersée par les soldats présents, à grand renfort de coups de hallebarde sur les dalles déjà abîmées de ces capillaires citadins que peu utilisent.

Mais au soir, c'est un tout autre genre de vacarme qui résonna au sein même de la taverne. Des heurts de corps contre le comptoir, le craquement du bois harcelé, l'envol et le fracas des gobelets et écuelles en terre cuite, jusqu'au frétillement de dents échappées de leur bouche originelle roulant sur le parquet fatigué comme autant d'osselets. C'est une rixe brutale qui aura opposé un mastodonte géant à trois énergumènes, deux noirauds et un homme au teint plus clair mais hâlé par le labeur en extérieur, d'aucuns les supposent pirates.
Ou plutôt à l'un des noirauds, l'autre ayant été vite mis hors circuit par un terrible écrasement contre le bar qui l'aura rendu à l'inconscience. Des meubles détruits, des clients mécontents, d'autres plus téméraires suivaient avec attention l'issue de la bataille.

Il s'agirait d'une revanche du Goliath selon les quelques témoins ayant bien voulu coopérer avec la garde dépêchée sur les lieux au terme de longues minutes d'échanges de coups. C'est un véritable bataillon qui encercla la taverne, bien qu'une partie des combattants ait fui la scène, alertés par le pas métallique des soldats, mais en piteux état.

Depuis, l'Auberge du Muguet fait face à une surveillance de plusieurs soldats aux entrées du bâtiment, au grand dam des tauliers qui perdent en clientèle, elle qui aspirait à un minimum de discrétion pour fomenter ses complots nationalistes. L'on parle d'un mort, non pas parmi les belliqueux concernés mais un homme, dans la foule, qui aurait pris un mauvais coup à la tempe. Accident ou opportunité saisie, personne n'est à même de donner plus de détails sur l'incident, les regards ayant été happés par le combat.
 
Et les conflits de ne pas en finir, quand au soir du 17ème jour du mois du Gobelin, une autre rixe a éclaté au sein du Relais des Voyageurs, sous le regard de plusieurs témoins, amis et habitués de l'auberge en angle de rue commerçante. Opposant le tristement fameux Charles Keziah, boucher sérendien dont l'échoppe se trouve sur la même rue, et le fameux Tristan Greywolf, propriétaire du dojo faisant face à la taverne, la dégringolade aurait été attisée par une femme dont personne ne connaît le nom, une rouquine éborgnée bâtie pour le pugilat, à l'apparat coloré mais à l'air peu amène. L'échange aurait été houleux dès l'entrée du Boucher au haut-de-forme, Greywolf ayant aussitôt pris le parti de le rejeter de l'endroit. Malgré les sommations du bien connu taulier, Ernest, les hommes auraient persisté à s'insulter l'un l'autre jusqu'à ce qu'un manque de politesse n'incite la rouquine à lancer le contenu de son verre au visage du noble calphéonien. De là, le tenancier hors de lui aurait tenté de s'emparer de la femme par le col, ayant provoqué chez elle une réaction brutale. Aux prises, les deux concernés auront laissé à Keziah le soin d'agresser Greywolf à l'aide de sa canne, avant que la garde n'arrive sur les lieux à grand renfort d'hommes pour maîtriser les trois individus.

Il sera pénible pour les soldats de traîner Keziah et ce qui semble être son apprentie, se débattant comme des diables en les insultant à tout va, jusqu'au bureau de leur capitaine, plus haut dans la cité. Peu de témoins sauront relater la suite des événements, mais l'on aurait entendu le supérieur s'emporter alors que l'agitation a repris son cours au sein de du bâtiment. À l'extérieur, trois gardes auront passé les fers à la furie éborgnée pour l'amener bien vite en geôles pour un séjour à l'ombre d'une durée non renseignée. Et le Boucher de suivre le même chemin quelques instants plus tard, jeté derrière les barreaux au bon vouloir de ses colocataires. Quant à l'instigateur, ou victime, celui-ci s'en sera retourné chez lui, sonné, à en croire sa démarche titubante...