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Parcours et errances d'un loup de mer...

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Drelnas

Alentours de Keplan, Manoir des Allenhalls.

 

 

 

 

 

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La poudre.. La terre éventrée qui retombe comme une pluie fine et collante.. La peur.. La mort.. encore. C'est peut-être notre dernier combat, nos derniers instants vivants, tous ensembles. Et je n'ai pas pris le temps de leur dire à certains à quel point ils comptent pour moi. Un regret de plus sur un liste qui commence à dégueuler. Une tâche de plus sur une vie semblable à une nappe après un banquet. Mais peut-être la dernier tâche qui sait... Le Manoir était truffé de piège autant qu'une vielle pute qui tapine sur les quais ; on savait où on allait, mais on savait pas sur quoi on allait tomber.

Et par mes couilles, il l'avait sacrément bien garni de défenses son Manoir l'autre enculé. Les pièges ça on s 'en doutait. Mais ces putains de statues.. J'en ai mouillé mes draps ces dernières nuits. Tu les vois, tu tournes le regard une seconde elles sont plus là..Elles sont dans ton dos. Et si tu les perds trop longtemps de vue... Putain Aithe a failli y laisser la vie, et son bras à défaut.  Mais ça c'était la mis en bouche. Parce qu 'à l'intérieur il y avait comme gardiens toutes ses expériences ratées. Ratées mais pas inoffensives les saloperies. Je me rappelle encore la claque que j'ai pris par le Ruzgar foiré. Il était p'tet foiré le machin, mais il m'a fait traversé la pièce d'un revers. Pis après Ruzgar y avait le faux Atesi et la fausse Sylph..

 

 

On était dépassés. Surclassés par l'ennemi. Surtout qu'une fois le dernier gardien tombé, il en restait un. Et quand je dis un, c'est pas la moitié d'un. Imaginez un machin de plusieurs dizaines de mètres de haut qui était tapi dans le sous sol du Manoir. Une créature résultant de la fusion d'Atesi et de Ruzgar, la terre et le feu réunis.. dans un Behemoth de lave et de roches incandescentes. Fallait fuir sinon on allait y rester. Sauf que devine qui attendait dehors..? Beh oui ces putains de statues. Sans oublier les pièges qu'on avait pas déclenchés à l 'aller qui risquaient de nous péter à la gueule. Grâce à Sylph, la vraie, on a pu se replier. Amochés, déglingués pour la plupart, mais on était vivants.

Sauf que coincés à Keplan on ne pouvait rien faire. Il ne restait "qu'un" seul ennemi pour enfin en finir avec les plans macabres et mégalos de cet enculé d'Alabaster. Mais comment abattre un machin gros comme une montagne..? Sans me vanter, pour une fois, j'ai eu un éclair de génie, où comme disent les alcolos un "moment de lucidité" p'tet. Car pas très très loin, ma frangine Illyadora avait fait stocker des canons et des mortiers à Glish pour une mission qui lui tenait à cœur. Et déjà, symboliquement et psychologiquement, aller cogner la bestiole de lave à coup de canon ça me rassurait déjà un peu plus..

 

 

Les autres non plus ont pas chômé. Chacun de son côté avait renforcé son armement pour blesser et abattre cette engeance et récupérer l'artefact maudit qu'elle protégeait. Les sœurs Élémentaires acceptèrent d'user de leurs pouvoirs pour enchanter certains équipements. Il restait aussi ces connasses de statues mais j'avais un plan pour leur faire leur fêtes à ces salopes. C'était simple, basique, mais efficace. Pilonner le Manoir et ses alentours pour exploser les statues et faire sortir la bête de son trou. Au passage on aurait désamorcé les pièges restants. Une fois la bête sortie, on la finirait aux canons dont certains avaient des boulets spécifiques à notre problème. Sauf que rien n'est jamais simple. Ce qu'on savait pas c'est que de l'autre côté de la maison, y avait un cimetière. Et un cimetière pour un connard comme Alabaster c'est comme donner à un gosse un bac à sable pour s'amuser... Et il s'est bien amusé l'enculé croyez-moi... On a vu les ancêtre de la famille Allenhall marcher à nouveau pour fondre sur nous. Franchement dégueulasse le mec..

Ce combat là fut moins facile que prévu, car imprévu au final et tandis que le dernier illustre ancêtre mourrait pour de bon, un grondement sinistre ébranla toute la zone. La Bête sortait de son trou...

 

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Et bah on était pas dans la merde encore tiens... Si on fuyait de nouveau on aurait attiré sur Keplan cette monstruosité et on aurait fait augmenter la liste de victimes. Toute façon Illyadora voulait pas reculer. Bon après tout Alabaster c'est son demi frère, j'peux comprendre qu'elle ait les boules même si elle le dit pas trop. Et puis si on se tirait on perdait les canons et notre meilleure chance d'abattre la bête. Je suis pas un héro. Je l'ai jamais été et je le serai jamais. Déjà parce que ça crève jeune et inutilement. Et puis parce que j'ai pas le "truc" qui faut surement. Sur le moment je regrette d'avoir emmené ces hommes et ces femmes ici. Ils vont peut être mourir, à cause de moi. Enfin à cause d 'Alabaster à la base mais bon j'ai ma part de responsabilités.. J'espère que je me suis pas chier dessus en établissant mon plan de bataille. Putain c'est ça que ressentaient les officiers à la guerre quand on partait à la filoche ? Je veux pas mourir. Et je veux surtout pas perdre l'une de ces personnes qui sont là à mes côtés à ce jour. Si y a un Dieu quelque part, ou un truc qui y ressemble.. quelque soit son nom, quelque soit le prix à payer.. faîtes que ma famille s'en sorte...

On a commencé à le canarder bon pied bon œil. Mis à part le sol qui tremble quand il se déplace, on tenait. Et comme d'habitude c'est parti en couilles comme un feu de paille. Narasen semble t-il avait encore utilisé ses cartes maudites et là encore les cartes s'étaient retournées contre nous. Une partie du groupe fut pris de terreurs et d'hallucinations. Certains virent Alabaster réincarné prêt à nous attaquer... les canons ont cessé de tirer vu la panique générée. Le Behemoth a repris du terrain et.. J'ai pas les mots. J'sais pas comment décrire ça tellement ça a été vite et que ça me paraît irréel. La Bête.. a réussi à se saisir d'Ilya' et...

 

Mais pourquoi j'ai prié les Dieux moi?? Pour quoi au final ? Voir ma frangine se faire broyer vivante par l'énorme main de lave qui l'a ensuite jetée comme une couche usagée..? J'ai rien pu faire. Rien. Et ma sœur est morte sous mes yeux. La bataille venait d'être renversée. Nos armes étaient au final inutiles et dérisoires face à la puissance du Béhémoth. Nous étions partagés mais il fallait leur demander. Leur demander le sacrifice ultime. Et elles ont accepté. Elles n 'étaient pas obligées, nous ne sommes que des mortels après tout. Mais elles ont accepté de fusionner à leur tour pour affronter la créature d'égales à égal. Ainsi Sylphe, incarnation d'un esprit primordial de vent et sa sœur Sû déesse de l'océan ne firent qu'une seule et même créature.

C'était terrifiant et spectaculaire à la fois. Un duel de monstres de cette puissance...jamais je n'aurais cru voir ça de mon vivant et pouvoir le raconter. Et là cet enculé de behemoth a moins fait le fier mine de rien. Les filles réunies en une seule lui ont copieusement fait sa fête, mais une fois le combat fini... Il ne restait plus que Sylph. Sû n'était plus, consumée dans cette tempête d'eau et d'orage. Adieu ma Déesse des océans, moi qui espérait finir mes jours en ta demeure..

 

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Le Behemoth était détruit, réduit à un tas de pierres chaudes encore fumantes. L'artéfact avait été retrouvé dans ses restes. Il ne restait plus qu'aux mages et aux sorcières à briser le sortilège qui liait Alabaster à ce monde et si possible libérer Ruzgar et Atesi prisonniers à l'intérieur. Et après..? Je contemplais le corps de ma Sœur, et déplorait la perte de ma Déesse. Ma famille était meurtrie, blessée. Une simple brise suffirait à la faire se déchirer... J'avais un vide immense en moi que je saurais expliquer. Je me souviens avoir pris la dépouille d'Illyadora et d'avoir laissé la suite  à Narasen et Sadusga, mais après... je n'ai que de vagues souvenirs. Il y avait un phare éteint.. du noir.. une eau déchaînée...

Merde...

 

 

 

 

 

Drelnas

Ephéria..

 

 

 

Des tas de planches encore fumantes, des échardes pleines de sang voir où il reste un bout de chair. Voilà ce qui reste de ma flotte en gros. Ah certes, on a gagné.. Certes on a éliminé le second de Montagues, et repris ses bateaux. Mais bizarrement, même si j'ai frôlé la mort de si près que j'ai pu à un moment sentir ses doigts glacés le long de mon échine, j'ai pas envie de danser la gigue sur le pont ou faire un retour triomphal à Ephéria. Bien au contraire si tu veux tout savoir. Oh bien sur la "phase 1" est accomplie, mais à quel prix putain... Par les Dieux, s'ils existent ces cons là, mais quel gâchis, quel merdier..! Tout ça pour quoi au final ?

Oui le commerce maritime peut reprendre. Oui Montagues ne peut plus recevoir de renforts par Terrmian pour son plan final. Mais ça a coûté bien trop cher en vies cette ... "victoire" si on peut appeler ça. Sans rire c'est comme si le champagne avait un goût de pisse âcre. J'ai vu trop de bons marins, de bons gars finir les boyaux à l'air ou terminer au fond de l'océan en une bataille. J'en ai vu des boucheries quand j'étais soldat.. Mais je commandais pas à l'époque. Ces marins qui composaient mon équipage j'en connaissais certains depuis des années, je connaissais leur femme - en tout bien tout honneur hein - voir leurs gosses. Et ils sont morts, sous mes ordres. Et ça putain, ça fait mal crois moi.

Mais y a pas qu'eux. J'ai failli perdre ma femme, Aithe, et ma frangine Ilya. Et là je te garantis que j'ai paniqué et que je me suis senti mal. Comme si tout s'écroulait. Comme si.. j'avais plongé à nouveau dans la Mer du Chaos et avalé l'eau d'un coup pour m'y noyer. Sans elles y aurait pratiquement plus de lumière dans cet endroit terrifiant... Et me voilà redevenu un mioche paniqué à l'idée d'être tout seul dans le noir, comme une grosse merde.

 

 

On est rentrés au Port la queue entre les jambes. Victorieux mais sombres. Une armada en piteux état, des équipages décimés pour certains. Et des blessés à la pelle. C'étaient mes gars. Je suis responsable de cette merde. Les badauds ont commencé à gueuler, à montrer leur joie et leur sympathie, mais ils ont vite fermé leurs gueules eux aussi quand ils nous ont vu vomir par dizaines des blessés de chaque navire. Aithe et Ilya ont été mises hors de danger, mais combien n'ont pas eu cette chance ? Égoïstement je suis soulagé que leurs heures ne soient plus comptées, et j'en ai pas honte.

Mais la honte, la culpabilité je les ai bien senties quand je suis passé, maison par maison, auprès des familles des défunts. C'était moi l'Amiral, c'est mon devoir d'assumer et d'endosser cette responsabilité. Et ça fait chier. Ca fait chier parce que j'ai beau avoir une putain de grande gueule et une répartie acérée, qu'est-ce que tu veux répondre à une famille en deuil ? A une veuve enceinte ? A un chiard qui te regarde les yeux plein de larmes et de colère parce que son papa rentrera pas..? En plus moi j'ai jamais eu de père, qu'est-ce que tu veux que j'y réponde sans déconner..? Alors je serre les dents et j'encaisse. J'endure. Et ça fait mal, parce que la colère, la douleur des famille est plus que justifiée. Qu'est-ce qu'elle en a à foutre la jeunette que son mari soit mort pour une cause saine et juste ? Comment elle va becter à présent alors qu'elle est toute seule pour élever les gosse avec une paye de merde comme vendeuse..? Qu'est-ce qu'il y comprend le môme à l'honneur et aux valeurs sur le moment ? Lui il voit que son papa viendra plus jouer avec lui, ne lui racontera plus d'histoires de marin le soir avant de dormir.

 

 

Je me maudis de m'être lancé là dedans. Pourquoi y a pas eu un vrai héro qui s'en est chargé de cette histoire ? Pourquoi ça me tombe dessus..?   P'tet que y en avait plus de disponible, ni de vivant. Parce que ce genre d'épopée c'est vraiment un coup à mourir jeune, et de manière dégueulasse, vraiment.  On vit vraiment dans un monde de merde si à présent on ne trouve plus de preux chevaliers et nobles combattants sous la première caillasse venue. Du coup c'est aux salopards et aux enfants de putain de se salir les mains et d'aller dénouer ce sac de merde. Mais moi je suis pas un héro, ni un champion. Et je me retrouve Amiral..                                 

Et je me dis que tout ça, c'est ma responsabilité . J'ai rarement eu autant envie de plonger la tête la première dans la Mer du Chaos j'te jure..

 

 

 

 

 

Drelnas

Côtes Terrmian...

 

 

 

 

 

Ça pue la mort. Et j'dis pas ça uniquement à cause des mecs qui jonchent le pont de mon navire les tripes à l'air. Là ça pue vraiment pour mon cul... Par où commencer ? Déjà par la base ; les héros et les bon samaritains ne vivent pas vieux. Mais qu'est ce qui m'a pris de vouloir m'attaquer à cet Amiral Pirate..? L'orgueil ? La rancune ? Va savoir. Et puis au point où j'en suis je m'en fous.. J'aurais beau geindre et dire que c'est lui qui a commencé en voulant nous braquer notre chargement lors d'une course, voir qu'il a remis ça en voulant nous couler dans les eaux de Mediah, qu'est ce que ça changerait ? Ce mec est venu jusqu'à Ephéria récupérer les mecs qu'on avait choppé lors de leur tentative d'abordage. J'ai tenté de négocier avec ce type. La négociation j'adore ça, et puis là je me suis fait mousser t'imagine même pas. Si j'avais réussi, si j'avais trouvé une solution pacifique mais tu m'aurais entendu me pavaner pendant des années après un coup pareil.

Mais on négocie pas avec les types qu 'ont plus rien à perdre. Ce mec, Montagues, c'était jadis mon héro quand j'étais soldat. Ce type était une légende, un amiral de Trina qui s'est sacrifié pour sauver ses gars. J 'aurais tué à l'époque pour avoir un chef comme ça. Mais à présent c'est plus le même homme. Ce type est prêt à s'allier et à fédérer des pirates pour servir ses intérêts. Et ses intérêts vont contre les miens.

 

 

C'est pour ça qu'après des semaines de boulot et de préparation, on a enfin lancé l'offensive. L'objectif était de briser le blocus que cet enfoiré a instauré autour de la côte Terrmian. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire car Montagues tient en respect la flotte de Trina depuis quelques temps déjà. Alors on est partis en fanfare d'Ephéria, comme si on allait pas en revenir. Et ça a pas loupé, à peine sortis des îles on est tombés sur sa flottille qui nous charge toute voiles dehors. Et la poudre a parlé. Et l'acier aussi. J'ai vu de bons gars, de bons marins finir au fond de l'eau ou les boyaux éparpillés sur le pont des navires qui composaient jadis ma flotte. Partout j'entends brailler, hurler... ou agoniser. Ce putain de bruit du bois qui craquelle, qui casse quand un boulet perfore la coque, quand l'un éperonne l'autre. Mais on a pas le temps de pleurer les morts, si on veut pas finir comme eux rapidement, et salement.

Mon navire est abordé, isolé. Le commandant ennemi est sur moi, mon équipage gît blessé ou mort. Nous sommes seuls avec ma sœur Ilya à tenir bon. Bientôt la corvette ennemie nous montrera son flanc et lancera une salve de mort sur mon navire. Ou alors les fils de putes qui l'ont abordé viendront nous prendre. Qu'ils viennent donc, on vendra notre vie chèrement.. mais ça fait chier. Tout prend un autre tournant à présent que ma vie se résume à quelques secondes. J'ai pas envie de crever, même si ça fera une belle mort héroïque, à condition qu'on la chante.. Mais à quoi bon au final, je serai pas là pour l'entendre...

 

Tâchons de savourer ces secondes et faire en sorte qu'on se rappelle encore longtemps de la dernière canonnade du Paon de la D.T.C...

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Mer de Ténèbres...

 

 

 

Je ne flotte plus. Je suis gentiment en train de couler, agréablement bercé par la houle au dessus de moi. C'est confortable, reposant. Je lâche prise, je me laisser aller et je sombre sans douleur, aucune. Si j'avais su je l'aurais fait plus tôt tiens plutôt que m'emmerder à barrer contre le courant. Je retourne à la Mer, à l'être originel que j'étais. Une part de moi le regrette, car cet homme là est un bel enfoiré de première. Mais si c'est ce que je suis à la base à quoi bon luter et tenter de se mentir ? Mentir aux autres, bon à la limite pourquoi pas, mais à soi je vois pas l'intérêt... Je revois mes souvenirs, les vrais. Je revois cette putain de montagne où les camarades se son fait éventrer vivants par les harpies. Je revois la mort d'Arryn. En fait on avait voulu déserter dès que le merdier avait commencé. Mais il s'était pris une flèche et on avançait pas. Les harpies nous harcelaient et on risquait d'être vus et repérés par les officiers qui ne se seraient pas fait prier pour nous dégommer à coup de canon. J'ai égorgé Arryn pour couvrir ma fuite. Je suis qu'un enculé... Le pire c'est que sur le moment ça me paraissait logique puisqu'on y serait restés tous les deux. Mais putain quoi il avait confiance en moi.. pourquoi j'ai agi comme ça bordel ? Et au faire et à mesure que les souvenirs réels reviennent et me tourmentent, je sens que je coule un peu plus..

Tu peux changer, tu as le choix. Remonte..

Ah non mais putain c'est pas encore fini de me casser les burnes ? J'ai toujours su que j'avais un pet au casque mais bon là ça commence à devenir chiant. Foutez moi la putain de paix bordel ! C'que je donnerais pas pour une putain de bouteille de Rhum ! Comme ça anesthésie du cerveau, plus de voix, plus de Mer, juste plus.. rien. En plus il me semble la connaître c'te voix, elle est ancienne et m'emmerde depuis pas mal d'années. Mais j'avais trouvé la combine, le bon dosage d'alcools. D'ailleurs est-ce que c'est cette voix que la Mer accuse de m'avoir bousillé la mémoire ? J'espère que tu as de sacrés bons arguments connasse.

C'était le seul moyen de te sortir de la Mer.. Remonte, je t'en prie..

Je t'emmerde. J'apprécie pas qu'on trifouille ma mémoire. Alors en admettant que t'aies eu de bonnes intentions - et ça reste à prouver - tu peux crever la gueule ouverte.

Je ne mourrai pas. Tout au pire je serai confiné et muselé comme lorsque tu buvais.

Cette bonne idée ! Attend que je me réveille et je te promets la cuite du siècle ! Tu vas pioncer et t'es pas prêt d'emmerger crois moi ! Commence à me péter les rouleaux cette ménagerie dans ma tronche ! Allez emmerder un autre esprit et tirez vous de ma caboche foutre moi ! Et pourquoi t'as effacé mes souvenirs ou carrément joué avec ?

Parce que l'homme que tu étais en souffrais. Et que tu t'obstinais à te détruire à petit feu. Or je veux vivre pour ma part.

Ah ! Une réponse franche ! Donc tu voulais me sauver pour sauver ton cul ? J'apprécie le concept, franchement mais j't'ai rien demandé. Donc c'est à toi que je dois ma rédemption ? Le fait de vouloir être droit et fiable ? J'avais espéré que j'avais réussi ce tour de force par ma volonté seule. Déprimant, vraiment. Encore un constat d'échec, un de plus.

Tu as tort. Je n'ai fait que te suggérer des choix, et accessoirement j'ai ôté de ta mémoire certains souvenirs qui te rongeaient vivant et qui t'empêchaient de sortir la tête de ta tourmente, de la Mer. Remonte.

 

Ne l'écoute pas. Reste avec moi, refaisons à nouveau une seule et même personne..

 

Ah ben manquait plus que toi.. ou moi. Enfin je m'y perds un peu. J'aperçois le frêle esquif à la surface et je vois la Mer qui fait tout ce qu'elle peut pour l'avaler et le faire chavirer. Mais il résiste l'enculé. Et il m'appelle. Le frêle esquif qui se fait malmener par la houle c'est toi je suppose donc ? Quand tu parles de me sortir des ténèbres c'était au sens propre..?

Oui. Et quand Narasen m'a scellé la Mer a repris le dessus. Fort heureusement ce sceau était provisoire, mais la Mer des Ténèbres ne renoncera pas à son influence comme ça.. Je peux t'aider à sortir des ténèbres, je peux être ton navire qui te conduira jusque là où tes choix le décideront, du moment qu'ils ne te conduisent pas à retourner à la Mer. La volonté ou non de rester à bord et de dompter ces eaux sauvages et tourmentées, tes propres tourments, elle t'appartient.

 

Ne l'écoute pas ! C'est un mensonge ! N'oublie pas qu'il a manipulé tes souvenirs et ta mémoire pour te changer de force ! Ne lui fais pas confiance. Viens, retourne t'en à ton être originel..

 

J'regarde le fond de la Mer qui ressemble à un puit abyssal et douillet, et puis à la surface ce frêle esquif qui fait ce qu'il peut pour pas chavirer. Le problème c'est le choix, encore. Mais je me dis que malgré les épreuves qui doivent être ici symbolisées par les vagues, ça vaut la peine. J'avais réussi à me racheter une conduite, tant pis si j'ai fait de la merde par le passé, faut que j'en assume la responsabilité et les conséquences. Et surtout, surtout, je veux plus être seul. Je veux retrouver ma femme, mes amis, mes compagnons. J'en peux plus de vivre seul dans un immense océan noirâtre. Alors je nage, je lutte pou remonter à la surface et je sens que la Mer résiste. Elle aimerait me garder au fond. C'est sur, c'est tellement plus facile d'abandonner et de se laisser bercer par ses mauvais penchants plutôt que se sortir les pouces du cul pour les combattre. Je renonce pas je m'accroche et je parviens enfin à me hisser sur le bateau. La Mer est déchaînée et nous fait tanguer mais le navire tient bon. Et puis tout à coup elle se calme.. Et je distingue peu à peu à l'horizon quelques lueurs que je pensais perdues..

 

 

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Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

La Mer de Ténèbres...

 

 

 

 

 

J'avais espéré ne pas y retourner de sitôt..mais on ne choisit pas toujours. En tout cas j'ai pas choisi de me prendre une balle dans la jambe ça c'est sûr. J'espère juste qu'à mon réveil on me l'aura pas coupée putain de merde. En attendant je scrute cet horizon obscur et je guette. Je sais qu'elle va se mettre à parler cette salope. Alors j'attends comme un con qu'elle me sorte ses vacheries, j'ai que ça à foutre en attendant.. Je suis pas patient, alors j'ai hâte qu'elle se mette à table l'autre connasse et qu'on en finisse, j'ai pas envie de me réveiller et d 'apprendre - encore - des mauvaises nouvelles comme quoi y a encore un mort dans mes bureaux ou que l'un de mes employés a foutu le camp on ne sait où. Et durant cette putain d'attente interminable je remarque que la mer est beaucoup plus agitée que la dernière fois, et que les étoiles et mon phare  sont plus ternes que d'habitude.

 

Il n'est rien d'étonnant à cela, après tout c'est l'une des nombreuses conséquences de tes choix..

 

Ah, pas trop tôt. Et sinon parler autrement que par énigmes ou mystères c'est possible ? J'ai une compagnie à faire tourner moi. Le sermon sur les choix, les conséquences tout ça j'le connais merci, si on pouvait passer au plat suivant merci.. Et puis je pense me  décarcasser assez pour cette compagnie aux allure de famille haute en couleur, trouves-en des patrons qui vont se prendre des balles pour aller chercher leurs brebis galeuses..

 

Il est normal que tu ne saisisse pas tous les tenants et les aboutissants de ce que je te dis. Après tout, il t'a altéré bon nombre de souvenirs..

 

Mais qui ça "il" encore ? C'est quoi tous ces trucs qui s'invitent dans mon esprit à la fin bordel ? J'ai droit à un traitement de faveur ou tout le monde est chaussé pareil ? Parce que bonjour le merdier..

 

Oh pas tant de monde que cela, mais c'est fort compliqué. Bien sur je pourrais te l'expliquer, mais il faudrait que tu le veuilles évidemment..

 

Bon, t'accouches ton histoire bordel ?

 

J'ai mieux, bien mieux. Tu te rappelles il y a de cela quelques années, quand tu voguais sur "La Petite Vérole". Te souviens tu de ce couple de réfugiés que vous deviez transporter secrètement..?

 

Bien sur, je me souviens encore du sourire de ce connard de Ryk' quand les mutins ont balancé les corps par dessus bord.

 

Mhhh hum ça, c'est ce qu' "il" t'a fait croire... Je te rends à présent tes vrais souvenirs, puisque ton amie l 'a si gentiment scellé je puis à présent restaurer ce qu'il t'a pris.

 

Mais de quoi tu parles bordel d'enculé de..? Et là j'me sens pas bien j'ai la tête qui tourne, le palpitant qui s'emballe, s'arrête.. s'emballe à nouveau. J'dégueule je ne sais quoi dans la mer plus agitée qu'auparavant. Et je revois des trucs, impuissants. Et j'aurais pas aimé les voir, vraiment pas..

 

Raconte leur..

 

Leur? Putain c'est la foire de Velia ma tronche... Et je revois la Petite Vérole.. rebaptisé aujourd'hui le Silhouette, le navire d'Aithe. Je revoi Ryk' mais il a pas la même gueule que dans mes souvenirs. Il a pas l'air content, il désapprouve ma décision. C'est vraiment bizarre je me revois dans l'homme que j'étais mais je suis spectateur et cette fois la déroulement est différent de mes souvenirs. Avec Ryk' on rejoint les gars au pont supérieur. Bizarre dans le "passé" ils m'avaient convoqué, là on dirait que c'est l'inverse. Pareil quand je leur parle, là j'suis sûr de moi alors que dans mes souvenirs j'en menais pas large vu qu'ils étaient à un doigt de se mutiner et me faire subir le même sort qu'au couple. Je nous vois descendre vers les quartiers, armes au poings et c'est moi qui ouvre le cortège cette fois. Merde ça sent pas bon.. Mais j'arrive pas à détourner le regard j'arrive pas à fermer les valves. J'ai encore envie de dégueuler je la sens pas la suite.. Je revois la porte s 'ouvrir et avant que je comprenne ce qui s'passe j'vois mon coutelas qui s'enfonce dans la gorge du bonhomme qui me faisait confiance. C'est pas Ryk' ni un mutin qui l'a saigné ce gosse, c'est moi putain.. C'est moi.

Putain je le crois pas, c'est un cauchemar, c'est pas réel, c'est Ryk' qui l'a saigné ! Tout est de la faute à Ryk' ! Et pourquoi cet autre moi n'a pas l'air de ressentir le moindre remord ou chagrin putain ? Mais..? Qu'est ce que je.. qu'est ce qu'IL fout ? Pas la fille ! Non pas la fille bordel j'aurais jamais fait ça.. ! NOOOOOOOOOOOOONN ......!

 

Alors...

 

Salope ! Pute borgne vérolée ! Pourquoi tu me fous ces visions dans la tête ordure ! C'était pas moi ! C'est pas possible !

 

Cela s'est déroulé ainsi, sois en certain.

 

Pourquoi je devrais te croire, salope ?!

 

Parce que toi et moi, au commencement, nous n'étions qu'un..

 

Et là, il fait encore plus noir que d'ordinaire en ces lieux. Il n'y a plus de phare, plus de lueur blafarde. Plus d'espoir. Une part de moi sait qu'elle a raison, et tandis que la mer se déchaîne et fait chavirer mon frêle esquif, la mer de ténèbre me happe. Au loin une frêle voix hurle en vain, désespérée de ne point être entendue..

Ne lui cède pas ! Tu peux valoir mieux que ça..

 

 

 

 

Drelnas

 

 

Les limbes...

 

 

 

 

 

 

Et merde. Bon je sais que je rêve ou que je suis dans un état comateux, c'est déjà ça, mais je sais pas pourquoi j'y suis. Pourquoi je le sais ? Parce que je me vois en train d'errer sur un mer noire en pleine nuit. Pas une putain d'étoile, pas de lune pour m'orienter. Rien. Je la connais cette mer chaotique ; c'est ma vie. Enfin au sens métaphorique tu vois. Symbolique quoi. La houle me secoue et c'est d'autant plus désagréable quand tu vois pas les vagues arriver. Au bout d'un moment ça devient angoissant, puis terrifiant de naviguer à l 'aveugle comme ça. Tu sais jamais si tu vas te prendre un rocher, un haut fond ou si y a pas une créature de cauchemar qui t'attend planquée dans les ténèbres. Vu mon penchant autodestructeur ça m'étonnerait même pas.

Pourtant je reste confiant même si je m'impatiente. Alors je repense à Aithe et aussitôt une lueur blafarde déchire ce voile de ténèbres omniprésents. Mon Phare, mon Amour. C'est elle qui me permet de ne pas m’égarer dans cette nuit éternelle. A présent la visibilité s'améliore mais surtout je me rends compte que j'ai un but, un objectif ; rejoindre cette lumière et être guidé par ce phare.

 

Et puis il se produit quelque chose d'imprévu. A côté de mon Phare, j'aperçois d'autres lueurs timides qui tentent elles aussi de déchirer le voile obscur qui habille ces lieux. Je mets un certain temps à comprendre et je me sens stupide lorsque je réalise ce qu'elles représentent. Ou plutôt "qui". Nara', Ilya.. et puis viennent tous les amis fidèles et les compagnons de fortune comme d'infortune. Petit à petit le ciel qui était jusque là vide et oppressant se pare de myriades de petites lumières qui scintillent et me rassurent. Putain de merde, je ne suis plus seul... Quand je le réalise c'est comme.. comme si une douce brise venait te caresser les roustons. Wao. J'ai eu envie de pleurer j'te jure.

Et puis comme d'un coup sans prévenir, comme une merde qui tombe sur une planche, la houle se calme. Le vent s'engouffre dans les voiles et on file bon train. J'adore cette sensation bordel... Et puis là, j'ai le sentiment de me sortir de l’embourbement dans lequel je stagnais depuis toutes ces années. Comme si j'avais été prisonnier d'une marre de fange. Mais là je me sens libre, je me sens tellement bien...

 

Sauf que tu vois, il est dit que les moments de bonheur ne durent jamais et que la vie n'est au final qu'une longue succession d'emmerdes qui te tombent sur le coin de la gueule. Et là il allait m'en tomber une belle. Parce que le problème quand tu t'attaches aux gens, c'est que leurs problèmes dont en général tu n'as rien à foutre, deviennent TES problèmes. Et là tout de suite, ben c'est chiant. D'un coup tu arrête de ne penser qu'à ta petite gueule perso et tu te soucies des autres, tu veux les aider, les protéger et tu te fais du mauvais sang. C'est un fléau ce truc, un coup à vieillir prématurément. Pire, à mourir jeune si ça se trouve.

J'suis pas mort, pas encore, je devrais m'en réjouir. Sauf qu'une merde en entraînant une autre et ainsi de suite - je te passe le menu - me voilà à devoir cohabiter avec les voix que je m' efforce de faire taire depuis toutes ces années. Beh oui je picolais pas que pour le plaisir, tu crois quoi..? L'alcool c'est bon, c'est doux, mais ça faisait surtout fermer leurs gueules à ces putains de voix. Bon le problème c'est que physiquement j'ai morflé à pas pouvoir rester une journée sans picoler; mais vois tu..

Enfin attend, je parle à qui en fait là depuis tous ces chapîtres, vu que je suis dans mes propres pensées...?

 

 

Moi ? Je suis la mer de ténèbres voyons...

Et merde...

 

 

 

Drelnas

Les limbes...

 

 

 

 

Encore entravée par cette torpeur involontaire, elle essaye de s'éveiller et de retrouver un semblant de conscience. Mais l'alcool et les drogues sont des chaînes solides et éprouvées, et elle remplissent avec zèle leur office en la maintenant dans cet état comateux. Pourtant elle lutte désespérément pour quitter cette pitoyable déchéance et aspire plus que tout à recouvrer la liberté, en vain. Il ne se passe pas un jour sans qu'elle essaie, sans qu 'elle échoue. Qui sait si sa quête restera vaine indéfiniment, beaucoup aurait abandonné depuis bien longtemps. Mais pas elle. Il en va au delà de l'instinct, au delà de de la survie voir même au delà de l'espoir, peut-être n'est-ce même pas conscient. Il y a des choses qui sont ainsi, immuables et éternelles tant qu'elle sont...

Et puis il y a ces moments rares et critiques ou ses entraves se font plus lâches et/ou le carcan qui l'emprisonne semble se fissurer. Ces petits instants où elle parvient tant bien que mal à s'exprimer et influencer son hôte. Ce dernier ne semble pas encore s'en rendre compte, trop occupé à euthanasier sa conscience, relayée au rang de nuisance. Pourtant s'il savait l'influence bénéfique qu'elle a eu sur sa vie, tous ses choix ces derniers mois, sa rédemption.. il la lui doit. Mais ça il l'ignore, l'imbécile tout imbibé de rhum qu'il est...

 

Pourtant il n'y a pas si longtemps il lui avait lâché la bride, trop enragé et déterminé à éliminer ce mage qui s'en prenait à sa sœur pour se soucier de cette vieille et intime nuisance. Ce cours laps de temps fut une renaissance, une bouffée d'air salvatrice. Hélas cette fenêtre ne s'ouvrit qu'un très court instant car si tôt sa vengeance assouvie, il l'emprisonna à nouveau sous une chape d'alcools et de drogues. Ce retour en arrière dût à lui seul être une torture car à présent qu'elle avait goûté à la liberté, elle désirait plus que tout ce met interdit au doux goût de miel..

Alors elle essaye à nouveau de se frayer un chemin vers la liberté tout en patientant, sans de désespérer de savoir que personne n'est au courant de son existence, pas même son hôte..

 

 

 

Drelnas

 

 

 

Alors, t'avais cru que j'avais arrêté mes conneries ? Voir p'tet que je m'étais calmé j'suis sur. Ben non.. Je sais, toi aussi tu m'as manqué, c'est si rare de trouver si bonne écoute. Mais vois tu j'étais fort occupé ces dernières semaines. Ah ça oui, boulot! boulot! boulot! Mais tu vois ça a fini par payer, et j'en suis pas peu fier. Éreinté, mais fier tout de même. T'impatiente pas j'y viens. D'abord on a enfin foutu le camp d'Heidel après y avoir stagné presque plusieurs mois. Le démarrage de l'entrepôt l' exigeait mais même Aithe je sentais qu'elle en avait ras le cul de rester au même endroit. Et moi aussi putain. Bref on a dirigé notre petite caravane vers Tarif afin de voir s'il y avait possibilité de s'y implanter. Altinova je peux pas blairer cette ville du coup pour croître en Mediah je voyais que Tarif, surtout que ça rejoint un autre projet qui me tient particulièrement à cœur. Mais tu le sais bien..

Le problème à Tarif, c'est que quand tu n'y es pas né, tu galères. C'est l'impression que j'ai eu à chaque voyage où la suspicion et la défiance des étrangers est un sentiment accablant là-bas. Et puis avec le temps et pas mal d'effort en fait j'ai compris qu'au final en réalité ils en avaient rien à foutre que tu sois étranger ou pas. Ce qu'ils attendent, ce sont les actes. Et une fois que tu percutes ça, ça va déjà un peu mieux.

 

Donc oui tu t'en doutes, notre demande et proposition a été déboutée en première lecture par la matrone du coin. Franchement la mère Kirus t'as vraiment pas envie de la faire chier. Autant vouloir piquer son Rhum à Aithe, t'auras la même espérance de vie pour te donner une idée. Mais la sournoise elle me laisse une porte entre-ouverte et me fait comprendre que si on se rend utile dans le coin elle reconsidérerait la chose. Bon commerçant tu me connais, j'y fourre mon pied dans l’entrebâillement de c'te porte et nous v'là partis à jouer les missionnaires au grand cœur dans le coin.

Et je peux te dire qu'on en a fait des missions et des boulots à la con, corvéables à merci comme on dit. Les p'tites de la Compagnie ont bien bossé, toutes. D'ailleurs je me rends compte que je suis le seul coq dans cette basse-court. Un coup de (mal?)chance que j'ai des principes moraux sinon j'aurais pu être tenté dis donc. Et Aithe m'aurait coupé les couilles. Autre débat, bref..

 

Après plusieurs semaines à courir ça et là pour remplir missions et services où on a été chercher des objets ou ingrédients pour les sorcières du coin, à "réguler" la population de certaines espèces nuisible et j'en passe et des meilleurs on a obtenu l'accord pour acheter et ouvrir l' entrepôt. En parallèle je suis allé retourner voir "ma sorcière bien aimée" pour lui rendre quelques menus services en échange d'un appuis local. A ce jour on a pas encore totalement terminé ses missions, mais c'est en bonne voie. J'ai même refourgué les pierres précieuses destinées à Maeghane à la base à Galatéa, avec un bonus. Je commence à me familiariser à côtoyer les sorcières, après est-ce que elles elles s'y font à ma présence ? J'en doute bordel..

Je les aime bien au fond, même ma "sorcière bien aimée" qui d'ailleurs a perdu la voix. Je la préfère presque ainsi, mais quand elle parle pas ses yeux te causent quand même et putain... elle fait froid dans le dos. C'est du gâchis parce qu'elle a un beau petit cul.. Tu me diras Leolina aussi, mais elle a un grain en plus elle.

 

N'empêche que j'ai eu du pif d'embaucher Leo lors des dernières courses hippiques. C'est pile le profil qu'il me fallait et pour gérer Tarif et pour s'occuper des nouvelles activités de la Compagnie. J'espère juste que les voix dans sa tête la feront pas dérailler de trop. Enfin c'est marrant, c'moi qui dit ça.. En parlant de ça d'ailleurs ça devient casse burne, Aithe et les autres commencent à me fliquer sur la bibine. J'suis obligé de ruser et de feinter pour boire un coup. J'arrive à tenir une journée entière en abstinence sèche mais parfois c'est compliqué surtout avec mes pintades sur le dos. Ce qu'elles comprennent pas c'est que si j 'rate la "prise" ça va empirer.. Et cerise sur la crème comme dirait l'autre, mais je crois que la voyante des Kelevra a des soupçons..

Ça m'emmerde parce que ça pourrait tout foutre par terre. La liquider ? J'y ai pensé fugacement avant de chasser l'idée définitivement. J'sais d'où me viennent ce genre de pensées et d'idées, et j'pense qui va falloir augmenter les doses rapidement... Connard de Lutin va.

 

 

 

 

Révélation

Les insultes n'y changeront rien...

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Drelnas

Heidel..

 

 

 

Les premiers rayons du soleil commencent à éclairer le plafond par le trous des volets. J'entends dans la rue en bas la ville qui s'anime, le bruit des sabots des chevaux sur les pavés, les gens qui se saluent, qui s'engueulent. A mes côtés Aithe roupille comme une chatte près du feu. J'entends son souffle régulier et lent qui me fait penser à un ronronnement et je ne peux m'empêcher de sourire. Malgré moi je m'extirpe avec la souplesse d'un acrobate du lit pour ne pas la réveiller, Aithe au réveil c'est Kutum avec la gueule de bois tu vois, vaut mieux pas la faire chier. J'regarde la rue par la fenêtre, tout en me servant une lampée de rhum qui traine de la veille. Faut pas déconner avec ses médicaments, faut pas sauter de prises. J'sais que si j'en avale pas tôt ou tard une bonne lampée j'vais dérouiller. Pis au moins ça règle le soucis de la bonne vieille haleine matinale hin. Enfin c'est c'que je me dis pour me rassurer et dédramatiser. C'que les mensonges peuvent être traitres quand ils sont doux comme des bonbons...

Tout le monde ment, sans exception. Et moi le premier bien entendu, d'ailleurs le mec qui se ment à lui même mériterait le titre de prince des menteurs. Si j'en suis cette logique j'ai assis ma dynastie dans la royauté pour un moment vu comment je parviens à me voiler la face depuis tout ce temps. Mais là, à ce jour, je m'en cogne royalement. Tout le monde ment, l'honnêteté, la sincérité sont des choses rares voir disparues, et quand on les croise, ça finit mal. Moi par exemple, baratineur dans l'âme - c'est le commerce qui veut ça tu le sais bien.. - je me gêne pas pour n'pas mâcher mes mots quand ça me chante. Tu verrais la gueule des gens quand tu leur déballe ce que tu penses, sans filtre aucun. Ah c'est sur, tu risques de passer pour un gros connard, voir un type étrange. Ces bonnes gens sont tellement habitués à leur doux mensonges au goût de miel qu'ils en ont oublié que la vérité avait ce petit arrière goût âcre et acide..

 

 

C'est pas leur faute je me dis. Dès l'enfance on nous surprotège. Non ma petite, ton chat n'est pas mort, il est parti vivre d'autres aventures. Écoute les douces paroles de maman pendant que papa nettoie ses tripes que le chien a éparpillées devant la maison... Les grands parents ne meurent pas, ils vont en pèlerinage au delà de Valencia pour un voyage qui dure loooooonnngtemps... Où est parti ton Papa ? Il est parti à la guerre pour tous nous sauver, c'est un héro... qui se tape la sœur de ta mère dans tous les bouges du coin... Pourquoi le monsieur est suspendu à la corde ? C'est rien, ils font un concours pour retenir leur respiration..

C'est tellement facile de cacher la vérité, surtout lorsqu'elle est horrible. Surtout lorsqu'on veut protéger ceux qu'on aime et à qui on tient. C'est tellement humain quelque part. Et tellement cruel aussi. Car on pense bien faire, agir pour le bien d'autrui ou le sien, faut pas se le cacher, mais au fond on sait. On sait que ce n'est que du vent, que des paroles, rien de plus qu'un mince linceul de mots savamment entremêlés pour arranger la réalité à notre goût. Et il suffit que la vérité souffle une simple bise pour déchirer ce linceul. Ça aussi on le sait tous et pourtant, on continue de mentir. Pourquoi cherchons nous à bâtir des châteaux de cartes prêts à s'effondrer au moindre souffle ? Peut-être par lâcheté mais aussi par paresse.. C'est toujours plus facile d'aller vers la voie sans efforts dit-on. Alors on gave nos gosses de mensonges et d'histoires à la con pour pas leur faire voir qu'en réalité le monde, eh bien il est salement dégueulasse. Y a pas de fins heureuses à tout bout de chant, les gens qui font pas gaffe ou qui ont pas de bol ils crèvent, et ils crèvent atrocement. Non la p'tite bergère est pas partie vivre le grand amour sur les flots avec un marin de Velia. Non filston, elle s'est faite bouffer par les loups en rentrant chez elle et ils y ont déchiqueté la gorge ces bestiaux.

 

 

Parfois mentir est un jeu, un art. Je le vois souvent dans les affaires. C'est le côté ludique du métier, savoir renifler qui est un enculé qui va tenter à tout prix de m'enfler ou bien lequel est le plus honnête. J'ai toujours eu la passion du jeu, souvent à mes propres dépends. Mais c'est tellement enivrant. Et je suis pas mauvais non plus à ce petit jeu là faut avouer. Au moins ça sert à quelque chose d'avoir une grande gueule. Mais j'en ai croisé qui mentaient pas pour faire des profits, mais parce qu'ils s'étaient eux-mêmes emmurés dans cette forteresse de bobards. Toute leur vie n'était qu'un vaste mensonge, une supercherie grotesque qui soutenait tout leur être mais qui pouvait être balayé par un simple murmure appelé vérité. En étaient-ils conscients ou bien ne voyaient ils pas qu'il s'enfonçaient d'avantage dans leurs propres abysses ? Après tout c'est leur problème, chacun sa merde. J'ai assez de mes propres emmerdes.

J'ai assez de mes propres mensonges à devoir gérer. Certains me donnent la nausée et me font honte, des paroles et des actes que j'aurais du faire autrement jadis j'en suis conscient. D'autres, j'en suis pas encore là.. Quand je tremble et qu'Aithe me demande c'que j'ai j'lui réponds que j'fais de la fièvre. J'veux pas l'emmerder avec mes soucis, ni lui montrer quelle grosse merde je suis au fond. Non je voudrais encore un temps voir dans le reflet de ses yeux l'image d'un bonhomme d’aplomb. C'est lâche, ouais. Mais c'est mon choix.

 

 

Je savais pas qu'on pouvait mentir pour pas blesser ceux qu'on aime. C'est presque beau, ça serait presque noble si ça revenait pas à la même chose fondamentale, leur mentir. De quel droit ? Aithe n'est plus une gamine à qui l'on se doit de dissimuler les horreurs de la vie par de jolies peintures imagées et féeriques. Non ça les horreurs elle en a vu son quota, hélas. Je ne souhaite pas la faire souffrir, je ne veux ni l'inquiéter ni l'emmerder avec la vérité. Et encore moins qu'elle m'aime moins parce que je lui dévoilerai une part de moi qui serait susceptible de la repousser. Cette idée me terrifie autant qu'elle me révolte et je sais au fond de moi que je ne reculerai devant rien pour empêcher ça. Alors, bien qu'avec regrets, je continuerai de lui glisser çà et là ces petits mensonges innocents au délicieux goût de bonbons, afin de ne pas l'inquiéter et de faire en sorte que la réalité demeure douce comme le miel de mes cachoteries.

J'espère qu'elle me pardonnera un jour cette lâcheté de plus, car c'est pour une fois l'amour qui me pousse à agir. Ou peut-être la peur de perdre cet amour pour être plus honnête - une fois est pas coutume. Tout le monde ment, les adultes aux enfants, les enfants aux adultes. Pourquoi serais-je ou devrais-je faire différemment ? En quoi m'incomberait-il de devoir faire mieux au final..? Je ne fais que ce que je peux avec ce que j'ai. Bien sur, je rêve parfois de tout lui dire. Mais je redoute tant ses réactions. Car nous ne sommes pas dans un mon enchanté ou parfait où même les salopards ont une fin heureuse. Non nous vivons dans un monde impitoyable en plein mouvement et en proie au changement et au chaos. Regarde pour preuve les rues sont envahies de gonzesses qui collent des pains capables de fendre des parpaings, tu trouves ça idyllique comme monde..?

 

 

 

Drelnas

Vélia...

 

 

 

J'regarde mon amie d' enfance, et je me morfonds comme une vieille femme. On vient du même milieu, du même bordel. Deux enfants de putains. Elle, elle a mal tourné, elle a fini Valkyrie. Moi c'est pas plus glorieux mais je me plais à croire que je suis libre. Tellement libre que j'ai envoyé deux employées au tapis ce soir. A ce propos je me sens mal, j'ai la gerbe mais pas moyen de dégueuler proprement. Si elle est là, avec Deana, c'est ma faute. J'pourrais râler et gueuler sur ma cliente, mais elle nous avait prévenus qu'on risquerait de tomber sur des soucis en route. Mais on y est allés confiants et en nombre. Et on s'est fait plumer la gueule. Certes on a réussi notre contrat, mais à quel prix ? Deux blessées graves, les autres sont pas en chouette état non plus. Ça nous a foutu un sale coup au moral cette histoire-là. J'ai beau tenter de garder la face en salant copieusement la récompense pour la mission et en sermonnant mollement Falkynn, mais rien n'y fait. La culpabilité c'est comme une grosse merde collante sous tes bottes, pas moyen de t'en défaire comme ça.

J'ai bien une idée en tête pour m'en débarrasser un court instant mais ça arrangerait rien, je le sais au fond. Pourtant la tentation se fait de plus en plus forte à faire et à mesure que je la vois là devant moi inconsciente. J'commence à avoir soif, mais c'est pas ça le pire, je sais bien que les problèmes vont défiler un à un jusqu'à c'que je sois acculé. M'faut pas bien longtemps pour que j'commence à sentir mes mains qui tremblent. Pis viennent les sueurs froides. Et forcément après le palpitant qui s'emballe et qui me fait marteler les tempes.

 

 

J'sors, je fuis. J'me casse de là et je les abandonne encore. J'y ai songé  un moment sur la route quand on s'est fait attaquer. Les laisser gérer ce connard et filer au galop jusqu'à destination. Mais j'ai pas pu m'y résoudre sur le moment. Va savoir, je deviens p'tet sentimental en vieilissant. On a quand même pris une dérouillée et il a fallu que je lui truffe la gueule de plomb à bout portant pendant qu'il fouillait les filles pour l'abattre cet enculé. Après j'ai chargé les filles sur leur monture et je les ai déposées à Vélia avant de poursuivre ma route. Et depuis y a cette putain de petite voix qui me lâche plus dans ma tête et qui me rabâche sans arrêt : "c'est ta faute connard.."

Plus moyen de fermer l’œil ou de penser à autre chose, ces derniers évènements m'obsèdent et me bouffent. Et toujours l'appel de la bouteille qui se fait chaque jour un peu plus fort. Bordel de merde me v'la beau tiens. J'commence à devenir con, à renvoyer chier les gens et être agressif pour un rien. J'ai des sueurs froides toute la journée. Par moments j'ai l'impression de suffoquer, de me noyer et de plus pouvoir respirer. Putain je m'en déferai pas de cette merde. J'attendrai d'être seul, et bizarrement  à partir du moment où j'commence à le préméditer, ça va déjà mieux.

 

 

J'ai les mains qui tremblent quand je verse l'alcool dans le verre. Bordel ça serait con d'en foutre à coté maintenant que j'suis résigné. J 'sens déjà les vapeurs me monter au nez pendant que je remplis le verre et ça me détend. Mais mon corps s'impatiente et j'salive comme un nouveau-né. La première gorgée est chaude et brûlante, et puis cette chaleur descend lentement le long du gosier jusque dans le bide. Et aussitôt, comment te dire.. C'est presque comme baiser. Sur l'moment tout mon corps se détend et jubile. J'tremble plus.  J'respire mieux. Et au faire et à mesure que j'enchaîne les verres, la putain de petite voix de connasse ferme sa gueule tandis que mon esprit s'engourdit et sombre sur un matelas comme du velours. Et voilà, me voici complètement anesthésié du cigare, dans un état entre l'ébriété et le "j'en ai plus rien à foutre".

Mais pourtant je me sens pas vraiment mieux. J'croise mon reflet dans un bout de miroir et j'me suis rarement trouvé aussi pathétique que là maintenant. Une bonne grosse merde. Voilà ce que me renvoie mon reflet. De colère et d'orgueil j'envoie le verre à travers la pièce, mais j'suis sur que s'il pouvait, il ricanerait l'enfoiré. Il avait rempli son office et m'avait une fois de plus vaincu et mis à terre. Ma fierté, ma volonté tout avait été mis à terre. Et en bon bourreau ça n'allait pas en rester là... Pensant échapper à mes tourments je n'avais fait que m'y enfoncer d'avantage et maintenant me voilà enlisé dans mes propres ténèbres et je sens qu'ils m'aspirent peu à peu vers le fond, vers cet abyme qui siège en mon esprit et que je n' ai que trop rarement quitté..

 

 

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

 

Les femmes... On peut pas s'en passer, et pourtant qu'est ce que ça nous attire comme soucis et comme emmerdes. Mais comme des cons, on y replonge dedans à chaque fois. Est-ce l'espoir ? Est-ce parce qu'on est indécrottablement cons et perdus pour la raison? Va savoir camarade... Oh moi j'me plains pas, j'ai trouvé la perle rare. L'Unique. Y en a beaucoup qui parlent autour d'un verre de cette engeance là ; la salope sauvage, la vraie. Celle dont t'entends les exploits mais que tu parviens jamais à serrer. Ben moi j'l'ai fait. D'abord ponctuellement, puis d'plus en plus régulièrement jusqu'à m'y faire piéger. Parce que faut se méfier, mais ce genre de femme elles font les sauvages et les indépendantes tout ça, mais si y en a bien qui ont pigé comment ça fonctionne un bonhomme, ce sont bien elles. Comme disait Maman, les meilleures compagnes sont pas forcément celles qui ont la meilleure éducation, les plus belles robes ou la conversation la plus soutenue, ni même celles qui sont gentilles et douces. Non ça c'est des conneries. Un bonhomme si tu veux le ferrer et le combler t'as deux chemins, ses couilles ou son estomac. Et Aithe, elle s'occupe tellement bien de mes baloches que j'crois qu'elle est l'incarnation vivante de l' expression vivre d'amour et d'eau fraîche. J'te jure j'me mets des pense-bête dans la piaule pour penser à manger sinon j'oublie des fois.

Alors j'te vois avec ton air pessimiste là, tu te dis que j'exagère. Pour une fois même pas. Y a pas de mots ou de phrases pour te décrire ce que c'est de partager sa vie. Elle est ma Sirène, ma Muse, mon Phare dans les ténèbres qui peuplaient ma vie jusque là. Si je l'aime ? Bien évidemment. Même si l'amour est pas venu tout de suite, du moins pas de manière conventionnelle, il est là. Elle est moi on est des gueules cassées par la vie et les sentiments, on fonctionne pas pareil que les gens. Ça me fait marrer moi de voir des jeunes se renifler le cul autour d'un verre, tout timides et patients. On dirait des empotés. C'est naïf et touchant disent certains. Moi je trouve que ça manque de pragmatisme. Se languir d'une femme sans l'avoir trousser, c'est prendre des vessie pour des lanternes. Le mec il est persuadé qu'il va vivre heureux avec sa sirène qui l'a envoûté, et au final il se retrouve avec une bonne grosse morue dégueulasse. Moi ça me viendrait pas à l'idée d'acheter une pouliche sans l'avoir poussé au galop. J'estime qu'une femme c'est pareil. Aithe quand je l'ai épousée, j'en connaissais chaque orifice, tu m'suis?

 

 

Mais tu vois, tout comblé que j'suis je sens que les vieilles mauvaises habitudes sont pas loin. J'aime les femmes. J'aime les belles femmes. Celles dangereuses aussi. C'est dans mon sang, c'est dans mes vices. On s'est promis d'plus baiser ailleurs, et on s'y tient. Mais des fois, comme ça à l'occasion sur un moment de faiblesse, je t'avoue que la tentation a un petit goût de miel. Tu sais la petite voix  de salope qui te dit "non non n'y va pas" tout en cambrant les reins. Ouais j'vois que tu me suis. C'est à ce moment là que t'as l'impression d'être au sommet d'une pente vertigineuse ou au bord du vide, et bon dieu qu'est-ce que t'as envie de sauter des fois.. Et plus tu te tiens à tes principes, plus t'as envie de miel, si tu vois ce que je veux dire. De part mon métier j'en croise pas mal du monde, des femmes notamment. Ah si j'avais pas mon Aithe j'pense que j'aurais tenté d'en séduire tant et plus.

Alors du coup, pour pas déconner, je me contente de jouer, de rester sur ce mince fil du rasoir, entre le jeu et la limite, tâchant de rester du bon côté. Mais c'est dur. Heureusement, après, quand je rentre elle est là, et toujours partante pour une petite séance de calins.

 

 

Mais après l'amour, alors qu'elle dort contre ma peau, je déprime. Je me sens con, minable et pathétique. J'ai la chance d'avoir une femme pareille, faîte sur mesure pour moi à tout niveau, et je me permets d'aller m'imaginer avec d'autres, comme si je me faisais chier avec elle. Loin de là tu vois. Mais je comprends pas pourquoi ce désir de tendre vers l'ailleurs, l'inconnu, alors que ce que j'ai me satisfait pleinement. C'est dans la nature de l'homme d'être aussi con et insatisfait ? Capricieux? Ou bien c'est juste moi et ma prédisposition à bousiller tout ce que j'ai ? J'me sens mal tu vois à en parler, j'ai honte et pourtant il m'en faut... Je l'aime, et je me dis qu'en plus ça la ferait souffrir. Putain je préfèrerais m'arracher une couille que voir des larmes dans ses yeux sans déconner. Et pire, si elle foutait le camp ? Wao je crois que je m'en remettrais pas. Au tapis pour le compte pour le coup... Et tout ça pour quoi au final ? Un fantasme ? Une envie de liberté égoïste? Putain mais quel connard des fois je fais.

C'que c'est con un homme quand même, à aller s'imaginer d'autres aventures quand il a SA grande aventure sous le museau. Je sais pas pourquoi on est fabriqués ainsi, mais franchement c'est chiant. Enfin c'est bien beau de se plaindre, mais ces idées là je me les suis mises moi même dans la tête. J'en ai culbuté des morues, des bancs entiers. Et là je trouve enfin une vraie sirène et je m'apitoie. Mais quelle grosse merde je fais... C'est dans ces moments là que je me rends compte que je suis pas sorti de mes propres ténèbres, et que malgré tous mes efforts, je demeure encore et toujours qu'une pauvre grosse merde...

Mais une merde qui a du bol de l'avoir, Elle...

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

Ah, ceux qu'ont les mains blanches et douces... Comme de la peau de bébé à quarante balais passés. Je sais pas si toi aussi t'as eu l'occasion d'en croiser, en général ils restent entre eux et frayent rarement avec la lie de l'humanité. Mais, il leur arrive de quitter leurs belles cages dorées d'où ils s'emmerdent prodigieusement d'ailleurs. C'est normal qu'ils s'emmerdent, les pauvres riches. Ils ont toujours pour la plupart tout eu avant même d'en avoir le besoin ou la nécessité. Comment tu veux savoir ce que représente une miche de pain, quand t'en a une demi douzaine sur ta table à manger et de toute sorte ? Le p'tit pêcheur qui lui s'est levé aux aurores pour lever ses filets il te la dira la valeur de la miche, lui t'en fais pas. Il la connaît et il en savoure la mie à chaque bouchée.

Tu vois quelque part, si j'avais de l'empathie, j'les plaindrais. Fort heureusement c'est pas le cas, mais il m'arrive à mes heures perdues de chercher à les comprendre, quand ils me scient pas les nerfs. Pourquoi ? Ben parce que depuis que je suis dans les affaires et que ma foi elles se portent bien j'en vois défiler de plus en plus dans mon bureau. J'te jure, des fois je me sens comme un enfant de chœur chez certaines Éminences Elionistes. Sauf que j'suis loin d'être un enfant de chœur, dieu merci. Moi j'suis un enfant de putain.

 

 

Alors ils viennent, à la fois conquis et conquérants. Ces gens là tu vois tout leur est dû. C'est normal, on les fabrique ainsi. Déjà c'est même pas leurs parents qui les élèvent des fois c'est leurs gens. Si si j'te jure, c'est presque malin ça par contre. Mais là ou un père (même si j'en ai jamais eu) ou une mère te colle une bonne claque dans la gueule pour te remettre les idées dans l'axe, les serviteurs eux peuvent pas. Beh non sinon c'est la porte bordel. C'est p'tet là que le problème vient au delà du dégueulis de pognon. Parce que moi je reste persuadé qu'une bonne trempe quand tu déconnes ça t'incite à pas réïtérer la merde que tu viens de commettre. Imagine.. Imagine si moi j'en avais jamais pris, de trempes..? Ca ferait peur hin.. Donc déjà de base tu vois les limites, ils connaissent pas, ou alors la seule limite c'est la banque.

C'est pour ça tu vois j'ai un peu de sympathie.. ou plutôt de la pitié voir presque de la compassion pour certains. Dans le lot de ces amibes consanguines, t'en as parfois une ou deux qui sortent du rang et qui veulent se faire un nom, une fortune propre. Ceux-là forcent le respect. Ah si. Parce que faut voir comment ils en chient parfois. Là c'est l'éveil à la réalité, à la dure. Et toutes les claques dans la gueule que t'as jamais prises, elles risquent de te revenir façon boomerang dans la mouille.

 

 

Bien sur. Comprends bien que la plupart, pour pas dire tous ont jamais rien foutu de leur dix doigts de toute leur vie. Limite j'me demande si y mangent pas que de la bouillie tu vois ? Pourquoi..? Ben parce qu'on les a tellement habité à leur mâcher le travail, pourquoi pas la bouffe..? Bon après on s'en branle. Mais ouais revenons en aux deux ou trois suicidaires du monde du travail. Les bonhommes, ils arrivent donc en costard, en conquérants même sûr de leur position et de leur statut pour venir négocier chez toi. Mais négocier quoi ? En fait ce qu'ils ont pas imprimé, c'est que moi à la différence d'eux, je me suis fait - et défait souvent ouais aussi - tout seul. J'suis parti de rien, d'une charrette gagnée aux dés dans laquelle je voyageais, je dormais, je baisais et je vivais. Et aujourd'hui j'ai des navires, des carrioles, des employés et des clients. Qu'est-ce que j'en ai à branler de leur pognon ? J'ai le vieux Richard en cas de pépin. Lui il m'a tendu une main quand j'étais dans le caniveau, j'suis pas du genre à oublier ce type de geste.

Mais j'les reçois, j'les écoute essayer de me faire croire que mon entreprise n'irait que mieux grâce à eux ou leur soutient. Ça nous fait marrer. Oh des fois y a une ou deux propositions intéressantes, mais dans l'ensemble j'ai plus le sentiment qu'ils veulent investir pour racheter morceau par morceau mon bébé et se l'approprier. Les cons, ça fera pas d'eux des commerçants ou des gagnants, ils croient encore que le pognon peut tout acheter. Après, c'est des cons, ça ose tout. Paraît que c'est à ça qu'on les reconnait. Donc je les remballe. Et là c'est drôle parce que la fameuse claque que maman ou papa leur a jamais mise, c'est moi qui la distribue, et ça m'éclate. J'y vois une fable sociale tu vois !

 

 

Alors non, après ils m'aiment moins, parce que moi la fessée que je leur donne j 'ai pas les mains blanches et douces. Non moi j'ai des paluches abîmées, rêches, avec de la corne. Des mains d'un mec qui travaille, qui se sort les pouces du cul. Au delà de la cuillère en or ou en argent qu'on a eu ou pas dans le bec c'est cela qui nous sépare, eux et moi. Alors j'ai beau être le fils d'une putain et d'un inconnu, mais moi je me suis fais et bâti tout seul. Et ça ça les fait bien chier au fond.

 

 

 

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

Heidel...

 

 

 

 

Le temps de lever l'ancre arrive enfin, et putain que c'est pas trop tôt. J'veux dire, oui d'accord j'ai quelques bons clients et des amis à Heidel, y a même des gens que j'apprécie beaucoup. Mais quel nid de guêpes, quel merdier ces dernières semaines. J't'explique...

Bon c'est de notoriété publique, je suis pas un saint. Un enfant de putain reste un enfant de putain quoiqu'on dise. Mais ces derniers mois, entre la pouffiasse de maléficienne morte/plus morte qu'on a traquée avec Fhael et les copains, mon changement de mode de conduite et pis mon mariage, on va dire que je tâche peu à peu de m'amender gentiment. Bon j'ai encore une putain de longue route à faire parce que j'en ai accumulée des conneries en plus de trente ans.. Enfin bon heureusement pour ma gueule c'est pas comme si je croyais à toutes ces conneries sur Elion et les autres. Mais bon me voilà fort de plein d'expériences passées, bien décidé à arpenter ce qui me reste de la vie sur un sentier beaucoup moins crade, moins sombre et potentiellement moins merdique.

 

 

Seulement voilà, comme dirait l'autre, le problème, c'est le choix. Ou plutôt LES choix. J'te parle pas de savoir si tu préfères de la confiture ou du miel sur tes tartines tête de bite, mais bel et bien de vrais choix avec de vraies conséquences sur ta vie, ton âme et tout le bordel. Parce qu'on a beau dire, on a toujours le choix. A partir du moment ou tu te dis "j'avais pas le choix", c'est que t'es un lâche. Et je sais d'quoi je parle, j'ai jamais eu l'choix ces trente dernières années. Tu m' suis?

Les choix font ce que nous sommes, ce qu'on sera et ce qu'on a été durant notre vie. C'est pas moi qui l'ai dit mais c'est quand même vrai. Moi je m'efforce d'être un bonhomme honnête et fréquentable, d'être un mari pas pourri et surtout un commerçant avisé et réglo. Bon prenons par exemple ce bon vieux clodo qui pue devant la taverne.. Et revenons en aux choix. Tu verras ceux qui choisissent d'ignorer ce pauvre mec qui se vautre dans sa merde et qui passeront devant comme s'il existait pas et comme si sa puanteur était imaginaire. T'en as des pleines charrettes de ceux là. J'leur jette pas la pierre, encore que, p'tet qu'ils croient que c'est contagieux, que s'ils le regardent ils finiront comme lui.. les abrutis sans déconner.

T'as ceux qui vont se parer d'un veau voile de vertu et de générosité, de vrais parangons d'Elion limite tu vois. Ils vont lui donner une pièce le plus souvent, certains même à boire ou à manger. Mais une fois ce beau geste effectué - souvent aux yeux de tous, car la générosité se doit d'être souligné.. - et que leur âme poursuit sa route l'orgueil encore bouffi de cette bonne action charitable..? J'suis sur qu'au fond ils pissent sur l'épave qu'ils ont si charitablement aidé, qu'ils le méprisent. Les connards d'hypocrites.

 

 

Et moi dans tout ça ? Bonne question. J'me suis souvent retrouvé dans le caniveau, parfois à la suite de soirées dégueulasses où j'allais chaque fois un peu plus loin dans ma propre déchéance. J'ai vu ces regards sur moi, ceux qui me jugeaient, me méprisaient tout comme ceux qui faisait mine de pas me voir. Le pauvre connard dans le caniveau, j'ai pas oublié que hier, c'était moi. Pour ça qu'à ce mec plutôt que lui proposer des prières dont il a strictement rien à branler, de la bouffe qui le comblera pas plus qu'une demi journée ou autre, moi je lui propose ma main. Et un boulot s'il capable de s'y tenir. Le contrat est simple, soit il bosse et s'en sort, soit il retourne dans sa merde. Mais au moins il a une alternative, il a le Choix...

Alors je prétends pas embaucher non plus tous les clodos de toutes les villes, faut pas déconner non plus, parce que j'en ai pas envie, ni les moyens. Y en aura p'tet qu'un ou deux, comme on dit beaucoup d'appelés et peu d'élus, mais je me dis que c'est mieux que rien. Je fais le choix d'aider à mon niveau, je suis commerçant, pas missionnaire d'un quelconque Dieu. C'est mon choix.

 

 

C'est comme le bordel à Heidel ces dernières semaines. Mais si tu sais, l'histoire avec le boucher etc. Putain je rentre de Valencia, et là je retrouve une ville sans dessus dessous. Le cœur de la ville semble mal famé, les commerçants sont maussades. Un climat de merde pour les affaires en somme. En creusant j'apprends qu'un type en ville se faisant appeler le Boucher sème la pagaille avec des méthodes rustres pour mettre la main sur les p'tits commerçants de la ville. Et là je me dis merde, que faire ? D'un côté j'en ai rien à foutre de ce type et de la ville, mais de l'autre s'il rançonne les commerces avec qui je traite, il va vouloir une part et donc va faire monter les prix. Donc baisser mes marges. Et là tu vois, c'est mal. Pragmatique peut-être, mais c'est mal quand même.

En plus j'ai beau être ce que je suis, mais y a quand même des gens que j'apprécie en ville. En plus de bons clients. Et moi les potes, comme les bons clients, je les bichonne. L'autre type avait commencé à fureter du côté du commerce de ma p'tite protégée Nolwenn. Et vas y que c'était gros et mal ficelé. Vas y que j'te propose des "garanties" sous couvert de menaces et de sous entendus même pas dissimulés. Mais le pire, le summum de la merditude de tout ça, c'est sa marge au mec. Il a pas conscience à aucun moment qu'il étrangle les commerçants qui pour pas crever ou travailler à perte vont devoir augmenter leur tarifs. Et là c'est pas acceptable. Quelque part ce type a des couilles, et une sacrée confiance en ses méthodes. Surement parce qu'il a fait fermer sa gueule à cette bande de Calphéoniens de mes couilles.

 

 

Mais vois-tu la confiance surtout dans ce milieu de requins c'est pas une bonne conseillère. Et ça lui a joué des tours à l'autre gugus. Le chauve et sa bande s'étaient tellement sentis poussé une grosse paire de couilles en acier qu'ils sont allés emmerder puis malmener une grognasse devant des témoins, en plein centre ville. Alors j'ai bien mon idée et mon mot à dire sur les gens qui ont du voir la scène de leur fenêtre mais qui de peur ont pas ouvert leur volets, mais passons. Toujours est-il que cet incident fut le début de sa chute. Car le bonhomme s'était aliéné pas mal de commerçants de la ville et la résistance s'organisait dans l'ombre. Bien sur j'ai moi aussi joué ma partition dans ces "complots honnêtes"; rencontrant tel ou untel, sollicitant l'attention des bonnes personnes, voir en suggérant certaines actions. Non sans déconner heureusement que je me suis rangé du bon côté parce que je me suis dit que j'étais pas maladroit dans ce domaine, j'pourrais vraiment finir comme un sacré connard.

Et pis j'ai fait des rencontres intéressantes. Certains sont devenus clients, partenaires, voir pour une personne une associée. Je me félicite encore d'avoir recruté la petite Narasen. Bon j'ai arrosé quelques mercenaires de ma connaissance pour faire taire leur grande gueule à ses gars à l'autre, j'avoue c'est mesquin. Après y a les copains qui sont venus à l'entrepôt et qui ont gentiment proposé de leur casser la gueule gratuitement. Faut dire que les histoire de viol, ça a tendance à mettre Fhalaine de travers, et ça c'est jamais bon pour la dentition.

 

 

Au final de tout ce merdier, tout lui a pété à la gueule au boucher, mais avec quelques amis parmi les honnêtes conspirateurs on pense qu'il n'était qu'un homme de main et qu'il y a un vrai cerveau derrière ça. Déjà la première chose qui me turlupine ce sont ses finances. Comment un branle-couille pareil peut avoir autant de liquidités alors que sa viande tout le monde dit qu'elle est dégueux? Y en a même qui disent qu'elle serait humaine.. Du coup j'suis allé voir son banquier, Mercuri. Typiquement le genre de types que j'encadre difficilement. Déjà avoir un pourri comme client ça en dit long sur ta nature selon moi. Et quand j'ai fait mine de vouloir racheter la compagnie Keziah il s'est mis à table direct. Enfin en apparence, j'attends toujours les livres de compte et les pièces demandées. Sauf qu'entre temps ces connards de chez Xian m'ont fumé la priorité en lui collant un emprunt au cul. Hors de question de racheter une boîte en faillite... faut pas déconner. C'que j'aurais fait de sa compagnie ? j'en aurais extrait ceux qui peuvent bosser correctement et honnêtement. Rappelle toi le clodos au début..

En résumé c'est plutôt une bonne action sur la forme. Mais dans le fond ? J'ai agi que par purs intérêts financiers. Oui certes je peux dire que j'aimais pas sa gueule ou ses méthodes, ce qui est vrai dans le fond. Ouais je peux dire aussi que c'était pour protéger Nolwenn et mes clients, c'est pas faux aussi. Mais j'ai agi avant tout pour ma pomme. Ce mec me gênait et je devais l'écarter de l'échiquier...

 

 

Alors du coup, que suis-je finalement ? Un type bien ? Un commerçant honnête ? Un connard qui pense à ses intérêts? Un hypocrite ? Je sais pas. Je fais des choix avec ce que j'ai, comme je peux et du mieux que je peux. J'avais toutes les raisons de travailler à faire sauter ce porc. Est-ce que je vaux mieux que lui ? J'espère.. Je n'escroque ni ne moleste les filles dans les rues, ça me rassure mais sur les intentions et les motivations, en quoi je diffère de ce genre de mecs..? J'ai beau recevoir des tapes dans le dos et me congratuler de mon positionnement je m'interroge, et plus je m'interroge plus ça me fait mal aux couilles. Est-ce que je suis littéralement condamnée à être un putain d'enculé au fond ? Et les autres, pourquoi ils sont contents de moi, les hypocrites ? Des fois je sais pas si c'est moi qui me donne la gerbe ou le monde dans lequel on est...

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valencia...

 

 

 

 

 

Le soleil était déjà pas levé que ça faisait une chaleur à suer comme un porc sur une broche. Aithe roupillai collée contre moi et même si sa chaleur ajoutée à la mienne était presque insupportable j'avais pas le cœur de la virer. J'l'ai dans la peau c'est comme ça. Je l'ai tellement dans la peau qu'après l'histoire de l'elfe Llianne, j'l'ai épousée sur mon navire. Ça m'a pris comme une envie de chier, quoique ça faisait un moment que l'idée me trottait dans la tête. J'étais vivant, j'avais survécu à l'autre pute réanimatrice de Horitis, je voulais célébrer ça en l'épousant. Et comme dans le fond je reste un petit merdeux qui fait que ce qu'il veut, j'l'ai épousée. Et je regrette pas...

Même si une sacré page s'est tournée il en reste une coriace à venir. Pour aider Fhalaine et les autres j'ai accepté de me salir les mains auprès du Dandy en allant lui chercher une cargaison humaine à Valencia. Si tu savais à quel point ça me fait mal au cul. Déjà parce que moi l'esclavagisme j'ai jamais été un partisan pur et dur de cette merde, j'aime trop ma liberté et ça me ferait chier qu'on me l 'enlève. Ensuite parce que c'est pas quelque chose de légal là bas ni très bien vu et que je me suis toujours refusé à tremper dans ces merdes là. J'compte vivre heureux, et longtemps. J'ai toujours dit que les marchés illégaux avaient la fâcheuse tendance à faire raccourcir les têtes et les vies. Et le pire de tout c'est que ce marché au final en valait pas la peine puisque les informations reçues en retour étaient merdiques...

 

 

Mais j'avais signé. Donc je devais aller à Valencia. Ce qui y a de bien avec les types plein de frics, c'est qu'ils sont tellement imbus de leur propre pouvoir et tellement éblouis par leur égo et leur éducation qu'ils en sous-estiment les petites merdes issues du caniveau comme moi. Déjà son contrat comportait plein de failles où rien ne précisait les contre parties en cas d'échec ou d'incapacité à effectuer la livraison. Et dans ce cas là omission fait foi et loi. De plus j'ai réussi à le signer en mon nom, pas en celui de D.T.C. ce qui fait que j'étais pas obligé d'appliquer la clause qui stipule qu'on rembourse la casse. Quand j'y repense j'en suis presque vexé. Il m'a vraiment pris pour un jambon l'autre.

Mais même si sur papier c'était clair il fallait encore extirper ces esclaves à leur triste sort. Déjà les Valenciens ont beau être un peuple éclairé et très cultivés, ils ont pas de nature à ouvrir leurs bras aux étrangers comme ça, que ce soit pour le commerce ou bien dénoncer un trafic d'esclaves. Fort heureusement durant mes péripéties j'avais croisé Falkynn à Tarif. Une femme comme je les aime, belle et dangereuse. Non contente d'être à la tête d'une troupe armée elle était noble en Valencia et a su me renseigner précieusement sur la méthode à appliquer une fois là bas.

 

 

Elle serait fière de moi je pense. J'ai non seulement appliqué ses méthodes mais grâce à mes p'tits loups on l'a améliorée. Mes p'tits loups c'est Nolwy et son Rhazar ainsi qu'une étrange copine à eux nommée Nyrnx. Étrange mais futée la gosse. Non content de me mettre bien vis à vis de la populace locale elle a eu la bonne idée d'assurer nos culs du côté des gens moins fréquentables à Valencia même. C'est comme ça que mes loulous se sont mêlés à la populace faisant naître çà et là des rumeurs à divers endroits. Et quand la pègre locale en a eu assez d'entendre toujours les mêmes noms revenir sur sa table, on était prêts à passer à l'action. De mon côté je démarchais nobles et gens influents pour de prime abord chercher un "parrain" en ville afin d'être introduit dans les bons cercles. Mais en sous mains je sondais mes interlocuteurs en cherchant lequel serait suffisamment intègre pour m'aider sur place localement.

Petit à petit nous disposions nos pièces sur le vaste échiquier qu'était la cité. Les rumeurs et bruits comme quoi un certain établissement attendait qu'on vienne charger une précieuse livraison parvint aussi bien aux oreilles de la garde Katane que de la pègre qui vit d'un mauvais œil d'être ainsi exposée dans ses affaires. Tu m'étonnes.. Quand on sait qu'un forgeron s'est fait exécuter une fois pour avoir arnaquer ses clients..alors des esclavagistes imagine ce qu'ils doivent prendre..

 

 

J'ai la trouille et pas mal d'appréhension mais je suis confiant sur le principe, notre plan est chiadé. Mais bon ça m'empêche pas d'avoir une envie de chier cataclysmique sur le trajet tu vois. On se rend au oint de rendez-vous comme stipulé dans les instructions du commanditaire jusqu'à la périphérie de la cité. Étrange, y avait pas un rat, on aurait cru que toute la vie avait déserté ce coin là. Tu parles.. On se présente et on montre la lettre en guise de preuve de nos identités pour qu'enfin on nous autorise à rentrer. Et là tu comprends pourquoi le quartier est calme comme un cimetière. A l'intérieur de l'établissement ça grouille de gueules cassées et de malfrats probablement payés à défourailler sur le premier trouble fête qui se pointe ici. Pragmatique l'esclavagiste je lui reconnais bien ça.

Mais je m’apitoierai pas sur son sort à cet enculé car il était foutu d'entrée de jeu. D'abord nous on voulait sa peau.. parce qu'avant tout c'est un sale connard et secundo parce que s'il venait à trop l'ouvrir il pourrait nous mettre dans l'embarras. Et personnellement j'en ai assez bavé avec ces conneries là. Ensuite y avait la Pègre qui devait en avoir plein le cul d'entendre parler sans cesse de ce type depuis plus d'une semaine et qui du coup mettait leurs affaires en lumière. Enfin la Garde Katane qui je pense avait pas prévu de faire dans la clémence avec un trafiquant de viande humaine surtout que la viande était Valencienne...

 

 

 

Drelnas

Tarif..

 

 

 

 

J'ai mal... La Gardienne m'a pas loupé. "Souffre" qu'elle a dit, et souffert j'ai. Je me dis avec le recul que j'ai du bol qu'elle ait pas dit "crève" ou "vas te faire enculer"... L'autre bonne nouvelle en dehors d'être vivant c'est que mon Aithe est venue à Tarif. J'me suis inquiété cependant à cause de ça. Pour elle d'abord. Et pis pour ma gueule après. D'ailleurs elle y a collé un gros pain.. dans ma gueule. C'est sa façon d'me montrer qu'elle m'aime je le sais, même si sur le moment j'fais pas le fier. D'ailleurs elle sait comment me punir la bougresse. Ça fait deux nuits qu'elle m'agite son p'tit cul sous le nez et que j'ai pas l'droit d'y toucher. J'vais ronger la coque du navire bientôt tellement j'en deviens fou.

C'est le retour des p'tites choses du quotidien, un quotidien presque normal quelque part comparé à ces derniers jours, voir semaines. J'suis content qu'on ait rempli notre mission. L'Elfe est sauvée, vivante. Mais en même temps la Gardienne s'est tirée dans un corps tout neuf. Putain à quelques secondes j'y bousillais son corps à cette pute ça l'aurait bien emmerdé j'suis sûr. Shidean et Mus' m'ont dit que non mais bon dans le doute ça l'aurait p'tet freiné et/ou ralentie.

 

Je me dis que quelque part cette connasse déambule et prépare un truc sordide. Ça me glace les sangs. Et le pire c'est que je sais que je ne peux rien y faire. On a bien vu qu'on était nuls et impuissants face à la magie. La Gardienne nous a balayé comme des brindilles ballottées par le vent. On a rien pu faire. C'est rageant et désespérant en plus d'être frustrant. De se sentir inutile et aussi efficace qu'une merde écrasée sous une botte. Autant je m’enorgueillis de les avoir aidé à Calphéon entre mes magouilles et celles de Maman. Le coup de l'Ange de Calphéon me fait encore rire d'ailleurs. Autant pour le reste j'ai bien vu quelles étaient mes limites. Même toute la bonne humeur et la meilleure volonté ne peuvent recoller un esprit morcelé par la Corruption ni redonner le sourire à quelqu'un qui souffre autant.

J'ai beaucoup appris dans cette aventure, notamment qui sont les gens qui comptent pour moi et ce que je devrais faire pour veiller sur eux. Une page se tourne, et pas des moindres dans ma vie et je sens que l'homme que je souhaite devenir commence peu à peu à chausser mes pompes. Et ça après des années de tourments et d'errances, bref de conneries si tu savais le bien que ça fait... Bientôt on rentrera avec Aithe, et on remontera l'entreprise plus grande qu'elle n'a jamais été.

 

Ouais le programme me plaît. J'ai ma femme mon bateau ma grosse queue et mon couteau. J'attaque le monde sans craintes, j'ai hâte au contraire d'aller à sa rencontre à présent...

 

 

 

 

Drelnas

Épisode 1 : Pris en étau..

 

 

 

 

 

 

Tarif...

 

 

 

 

Enfin une vraie nuit de sommeil sans horribles cauchemars ou visions d'horreur. C'était temps. Et cette nuit étonnamment si calme grâce aux amulettes et protections conférées par les sorcières n'avait été accaparée que par une seule pensée, une seule personne. Son amie, son amante, sa chérie, sa "petite chatte vorace" comme il l'appelle affectueusement. Quand l'amour tourne à l'obsession surtout aux portes d'une fin tragique, il est de bon ton pour un homme de prendre sa plus belle plume et de coucher sur papier ses pensées.

 

 

Citation

Mon Aithe, ma chère petite chatte vorace

 

 

 

Je prends le temps de t'écrire ces quelques lignes dans le chaos qu'est devenu mon quotidien. Enfin pire que d'habitude. Te rappelles tu de Fhalaine, notre mercenaire engagée pour sécuriser nos convois ? Je suis tombé par hasard sur sa trace à Heidel pendant un voyage d'affaire, j'ai appris qu'elle avait été blessée. Et de fil en aiguille je me suis retrouvé embarqué dans une histoire qui dépasse mon imagination.

Figure toi que Fhalaine n'est pas Fhalaine en fait. Elle s'appelle en réalité Maelwenne, enfin un truc du genre. Je l'appelle Fhael du coup, voir Denise quand elle me fait chier ; souvent. Fhael était jadis sensée garder une espèce d'entité magique et puissante dégueulasse. Sauf que des mecs ont conspiré pour la rouler et libérer l'entité en question qui se balade à présent dans le corps d'une autre elfe quelque part dans le désert. Je t'ai condensé ça au maximum, mais en gros c'est le merdier on est sur la piste de personnes dangereuses ainsi que de reliques anciennes et difficiles à trouver. T'imagines pas à quel point on a du se salir notamment moi pour tenter de les retrouver. J'te raconterai ça dans une autre lettre, mais j'ai même du passer un contrat où je vais être obligé de transporter des pauvres mecs pour les vendre comme esclaves. Affreux j'te dis.

 

 

Bref nous voilà à Tarif pour voir les sorcières, celles-là même qui m'avaient envoyé dans le désert et où j'avais failli crever de chaleur quand c'était pas une araignée de roche qui me fonce dessus. J'ai une forme de dette envers l'une d'elles, je sais pas si j'aurais les couilles de lui dire. Toute façon elle s'en fichera comme de sa première amulette magique j'suis sur. On fait des cauchemars depuis qu'on est lancés sur cette piste et cette quête. Des cauchemars parfois même éveillés. Du coup ça plombe l'énergie, la volonté, les gens sont fatigués et se mettent sur la gueule facilement.

J'voyage avec Fhael qui quand elle envoie pas chier tout le monde a une nette tendance à la mélancolie, Shidean un hasoite qui a une descente pire que moi, Eunsun une autre hasoite un peu flippante parce qu'elle se trimballe une espèce de chien-lion dégueulasse, Mustafa un type du désert qui fait tout le temps la gueule et on a été rejoins par une certaine "Rox" qui a l'air plus équilibrée que le groupe tout entier. On a laissé en arrière la petite Nolwenn, une gamine qui te plaira, j'la considère un peu comme une fille spirituelle et elle était accompagné de son copain Rhazar qui lui renifle le cul depuis Heidel.

 

 

Je sais pas où va nous mener la suite du chemin. Les pistes sont nombreuses. On parle d'aller à Calphéon chercher une des reliques qui circulerait sur les marchés douteux, ce qui veut dire qu'il va falloir encore demander un coup de main localement à la vieille. La Vieille c'est Maman, dit la Reine des Putains. Elle a sûrement des tas d'infos mais elle les lâchera pas gratos, j'la connais. L'autre fois elle avait voulu faire tapiner Nolwenn et vendre sa virginité à un cercle de clients riches et douteux. Là je sais pas ce que ça va nous coûter mais j'ai déjà mal au cul. Surtout qu'on sera à portée d'un des connards qui tire les ficelles de cette histoire on sera sur son terrain..

Sinon y a Altinova où on a des choses à faire, sachant qu'on risque de pousser vers l'est encore après direction le désert. Mais bon on a aucune idée de comment arrêter cette espèce d'entité magique..

 

 

On est clairement pas le groupe le mieux armé ni le plus efficace pour cette tâche. Les nuits sont compliquées et entre la fatigue, les cauchemars et les tensions. J'essaye d'apporter un peu de bonne humeur et de cohésion dans la troupe, mais moi aussi par moment je me sens un peu seul et tu me manques terriblement. Et pas que ton joli petit cul blanc, mais ta présence tout ça. J'espère vraiment qu'on va en revenir entiers. A la base je m'étais engagé là dedans par pure vengeance car un de nos ennemis s'en était pris à Nolwenn et personne touche à ma fifille. J'ai les épaules d'un père - à moins que tu veuilles qu'on en cause sérieusement plus tard - mais à défaut j'essaye d'être un bon tonton.

Mais plus je passe de temps avec ces gens plus je m'y attache et plus je me rends compte que notre quête dépasse nos intérêts propres et personnels. J'ai bien envie au fond de moi de prendre les rennes de la carriole et mettre le cap vers toi, fuir tout ce merdier, ces visions d’horreurs mais je me dis que j'ai assez fuit toute ma vie. Tu vois j'aimerais au moins une fois accomplir un truc bien, dont je pourrais être fier et faire chier les gens avec ça pendant des heures. Quelque part, il y a peut-être un héro qui sommeille au fond de chacun d'entre nous.

 

 

Je tâcherai de t'écrire régulièrement, mon amour.

Ton connard de héro,

Nennius

 

Drelnas

Ephéria...

 

 

 

 

 

L'autre soir j'ai rencontré un type un peu étrange. On a bu un coup et on a causé. Et le type en fait il m'a retourné la tête. On causait comme ça, de tout et de rien. D'aventures comme de femmes et puis à un moment le mec il arrive au point où il a suffisamment d'alcool dans le buffet pour avoir le besoin de s'épancher sur l'amour, les femmes, les emmerdes quoi. Et son histoire au gars là, ben elle m'a remué les tripes au point que j'en aurais presque envie de chialer sans rire. Mais en fait c'est pas tant l'histoire en elle même qui m'a remué c'est les enseignements à en tirer. Les histoires malheureusement y en a des tas, toujours plus tristes ou larmoyantes les unes que les autres quand c'est carrément pas la poisse et le destin qui viennent te chier sur la gueule des amoureux. Moi là dedans j'suis néophyte je pensais pas que je ressentirai un truc comme ça un jour. Faut dire que quand tu es élevé dans un bordel où on t'inculque très jeune que l'amour est tarifé, ça te donne des bases super saines pour évoluer plus tard.

 

 

Bien sur que son histoire finissait mal, encore. A croire que c'est plus souvent la merde que le bonheur parfait en amour. Y a bien plus de chansons tristes et qui évoquent les malheurs de cœur que les envolées joyeuses d'amours comblés. En même temps quand tu réfléchis tu te dis que l'être humain fait tout pour se pourrir l'existence. Non sans déconner on doit être une des seules races à être capables de déployer de l'inventivité pour se créer des emmerdes où y en aurait pas forcément. Et surtout là où y aurait pas besoin.

Je prétends pas être un exemple de réussite en amour. Aithe et moi on découvre ça et on se laisse porter. Mais là où je me dis que je suis peut-être étrangement plus sage que la plupart c'est que j'ai compris une chose essentielle en amour. C'est qu'il ne tombe jamais tout cuit dans la gueule comme ça.

 

 

Le vieux aussi l'avait compris. Il m'a raconté l'histoire d'un coup de foudre qu'il a eu un jour pour une femme à l'autre bout du monde. Il ne la connaissait pas plus que ça, mais il l'aimait. Au plus profond de lui il l'aimait déjà. Pas comme un homme désire une femme, cet amour là n'est que charnel et s'épuise bien souvent avec le temps, aussi vite qu'une débandade après un câlin. Non il désirait cette femme de tout son être avec un amour profond et véritable, pas que pour son cul et ses miches. Et là où j'aime ce type c'est qu'il est allé chercher cette fille malgré tous les risques. Le gars il a tout quitté, tout risqué par amour pour cette fille. Il est allé chercher son bonheur, il n'a pas attendu que la vie lui sourit et lui résolve ses emmerdes.

D'ailleurs la vie parlons en. Dès lors que tu comprends qu'à part te chier dans la bouche une série incalculable d'épreuves, t'as déjà résolu l'équation. La vie ne te donne jamais dans le bec du tout cuit. Au mieux elle peut t'offrir des opportunités, mais c'est à toi d'aller les saisir et de te bouger le cul pour ça. Sinon, tu restes à quais et tu regardes les bateaux passer, en spectateur. T'auras beau pleurer ou chouiner, le bateau une fois qu'il est parti, il fait pas demi tour.

 

 

Lui il est pas resté à quais comme ces imbéciles, ces amoureux de l'amour. En fait ils idéalisent ce que devrait être à leurs yeux l'Amour. Avec un putain de grand A qu'ils devraient se carrer où je pense. Comme si l'amour devait être une romance digne de fables ou de comtes. Ou qu'une relation doive automatiquement être planifiée comme gagnante ou pas dès le début.. sans fourni d'efforts, de labeurs. Comme si la vie encore une fois allait te chier un Amour Véritable, établi et consolidé d'entrée de jeu.. Faudrait arrêter de farcir la gueule des jeunes avec ces fables de merde. Si on continue comme ça on aura une génération de foutue faite de petits cons et connes aux cheveux longs et bouclés qui feront du poney en attendant que l'Amour un jour veuille bien sonner à leur porte..

A côté de ça t'auras j'espère quelques braves couillus qui iront chercher leur bonheur en traversant les épreuves et les merdes que la vie leur chiera dessus. Faut espérer pour la perrénité de l'homme. Le bonheur n'est jamais offert. Il se mérite. Il se prend. Il ne se livre qu'après avoir enduré toutes les embûches semées sur sa route. Et c'est ça qui lui donne cette putain de saveur. Ce bien-être presque comparable à l'état d'esprit qu'on a après avoir couru plein de kilomètres.

 

 

Je pense qu'on vit une époque de lâches, pire que moi. Prendre des risques pour être heureux ne motive pas les gens. Ils attendent passifs. Moi je pense que risquer le tout pour le tout, même pour un petit bout, rien qu'un putain de petit bout de bonheur ça vaut la peine. Maintenant que j'ai découvert ça, je remuerai ciel et terre pour en retrouver. J'en ai limite plus besoin que de la bibine. Alors oui, le risque c'est de miser gros pour un gain qui dure pas. Mais bordel de dieu ça vaut la peine... Ça vaut toujours la peine.

Je vois ce vieux qui m'explique qu'il a perdu cette femme pour qui il avait tout quitté. Et malgré la déception que je peux imaginer, le mec en face de moi il regrette rien ! Il a souffert surement le martyr, il s'est fait piétiner le cœur et s'est surement senti anéanti. Et pourtant il reste droit et heureux ! Parce qu'il ne regrette rien, parce qu'il n'a pas l'arrière goût merdique du "putain si je m'étais bougé le cul peut-être que.." ! Parce que le bonheur reçu même s'il était fugace valait mille fois les épreuves endurées.

Parce que tout ça a forgé aussi l'homme qu'il est à ce jour. J'ai le plus profond respect pour ce vieux qui ne m'inspire plus de la peine mais plutôt une forme d'envie et d'admiration. Parce que je me dis que ça doit être vachement bien de vivre sans regrets, d'avoir vraiment vécu pleinement sa vie , ses choix..

 

 

 

 

 

 

 

 

Drelnas

Episode 1 : La main qui tremble...

 

 

 

 

Ephéria...

 

 

 

 

 

 

Cela fait plusieurs jours que j'ai repris l'exercice. Enfin l'exercice martial, parce que Aithe mine de rien me fait travailler l'endurance. Non là je parle de réapprendre à se démerder avec une arme à la mains, pas juste se balader avec un sabre à la ceinture pour impressionner les filles. La dernière expédition m'a fait ouvrir les yeux. Le métier de transporteur est plus dangereux qu'il n'y paraît. On a eu de la chance, on aurait pu se faire tirer comme des lapins par les centaures au pied du désert. J'ai pris une flèche dans la jambe, ça aurait pu être pire, vraiment. Et Aithe aurait pu.. Je préfère pas y penser.

C'est pour ça que je veux me remettre à niveau histoire que les trajets se passent bien. Et puis je sais ce qui m'attend là bas. Autant que je sois prêt, parce que je pense que je vais dérouiller sévèrement. Donc me voilà au bord de la plage à m'entraîner tous les soirs. Kae' m'a prêté une arme le temps qu'elle en fabrique de meilleures. J'aime bien cette épée à deux mains. Son poids est aberrant, mais c'est intéressant. Et jouissif aussi. Non mais t'as vu la taille de l'arme ? D'quoi faire fermer des gueules sans tirer le fer au clair. En plus le poids et l'équilibre font que je force deux fois plus, du coup c'est très formateur.

 

Mais je sais que je vais surtout y ramasser sévèrement là-bas. En attendant, c'est pas déplaisant de retravailler la voie de l'acier. Ça rappelle quelques souvenirs. C'est simple. Une arme, un bonhomme. Découper l'autre bonhomme en face ou crever. Simple. Les choses futiles s'effacent pour ne laisser place qu'à l'essentiel. Si j'avais su j'aurais fait ça bien plus tôt, au lieu de.. Et voilà bordel. Ça recommence. EN plein entraînement ma main se met à trembler. Ça fait même pas 12h depuis le dernier verre, du cidre en plus. L'autre jour j'ai tenu un peu plus de 16h mais après voir bu du rhum. Putain de corps qui déconne. J'dois rester lucide, mais si je le reste trop j'suis incapable de tenir une lame. Or je dois pouvoir en être capable, c'est vital.

J'avais bien besoin de ça en plus à jongler en prime du reste. J'vous jure des fois emprunter ce sentier là c'est pas une partie de plaisir. Vraiment pas. Mais je me le suis promis autant qu'à elle et l'homme que je voudrais devenir tiendra ses promesses, lui.

 

Enfin bon aller au bout du monde chercher son honneur.. Quel connard je fais des fois..

Drelnas

Épisode 1 : Qu'importe le flacon du moment qu'on a l'ivresse..?

 

 

 

 

 

 

Ephéria,

 

 

 

 

 

C'est le matin, ou non en fait pas encore. Je suis arraché à mes songes d'une manière désagréable. Je le sais au fond de moi mais il me faut attendre d'être suffisamment redevenu conscient pour l'accepter. Ce mal, cette sensation qui me bousilles mes journées et mes nuits aussi. J'suis crevé, épuisé. Aithe roupille à mes côtés d'un sommeil de plomb. Normal après tout, on a baisé toute la putain de nuit. J'suis aussi fatigué qu'elle mais je sais que je me rendormirai pas. Tiens d'ailleurs ça commence, j'sens que ça arrive et bien entendu ça loupe pas.

J'ai les mains qui tremblent sans que je puisse y faire quoi que ce soit. J'me sens pas bien, comme oppressé. J'ai le palpitant qui s'emballe, j'ai chaud, j'ai froid. J'me sens vraiment pas bien et j'commence à recevoir les signaux que si j'y remédie pas très vite j'vais dérouiller.

 

Je me lève en faisant attention de pas réveiller Aithe et je vais vers la table où il doit rester un peu de vin de la veille. Ou du rhum. J'ai les jambes qui flageolent je me sens pas bien du tout là. Je trouve un fond de pichet où traîne un peu de marc de vin. Les mains tremblantes je trempe un peu de pain dedans et j'ingurgite le tout vite fait sans chercher à savourer. Je sens un arrière goût d'alcool au fond de ma gorge, mais c'est pas assez. Résigné je vais vers mon manteau, je planque toujours une flasque de Redrumm pour les clients. Je me saisis de la flasque et j'en avale une longue rasade. Je sens l'alcool chaud et brûlant descendre dans ma gorge puis mon estomac. Et immédiatement je sens que mon corps s'apaise. Je tremble plus. J'ai le palpitant qui se calme aussi.

Je retourne au lit et je me sens pitoyable. Y a aucun plaisir à boire de cette façon, mais j'ai déjà essayé de pas répondre à.. cet appel une fois. J'ai sacrément dérouillé. Je sais plus quoi faire. Depuis que ma vie se stabilise un peu j'ai arrêté de boire pour oublier mes soucis et ma conscience. Mais quand je reste un peu trop longtemps sans boire..je dérouille. Je veux plus être torché du soir au matin bordel..

 

Je me rallonge et Aithe grogne de mécontentement d'avoir le sommeil coupé. Elle s'inquiètera si elle s'aperçoit de ce petit manège. Et je veux pas qu'elle s'inquiète. Avant qu'elle soit trop consciente pour poser des questions, je laisse mes mains vagabonder sur sa peau nue et je lui propose de manière très implicite un tout autre programme qu'elle semble approuver les yeux mis clos. Je m'engouffre sous les draps et je m'applique à la butiner comme elle aime, appliquant les sages conseils de M'man et de mes Tatas en la matière pour la faire jouir vite et bien et qu'elle reparte au pays des songes, comblée, sans s'apercevoir que son amant pue le rhum..

Pendant l'ouvrage je me dis quand même que je préfèrerai me réveiller pour CE motif que pour la bibine n'empêche..

 

 

Drelnas

Heidel...

 

 

 

J'étais tranquille j'étais peinard, paisiblement assis sur le rebord d'un muret quand j'ai entendu deux pécores parler de famine, de monstres et de sorcières. Je leur ai bien conseillé d'éviter cette engeance là, mais apparemment ils étaient désespérés. Les deux bougres m'ont alors raconté que des épouvantails leur dérobaient leurs récoltes, leurs bestiaux la nuit tombée. Et visiblement ça se limitait pas à une seule ferme. Je leur ai causé un moment et posé quelques questions techniques, allez savoir pourquoi. Moi à la base je m'en branle j'suis pas du coin, la famine qui pourrait en découler m'affectera pas. Mieux encore, si les gens ici étaient en galère de grains ou de viandes, je me serais fait un plaisir, et surtout un devoir d'en importer en masse.. à prix humanitaires bien entendu.

 

Mais y a cette petite voix au fond de moi qui me taraude et me dit que c'est pas bien. Cette petite voix que je devrais plus écouter puisque j'ai renoncé à Kae. Donc techniquement j'ai plus de raisons de vouloir devenir meilleur ou de changer. C'est vrai, après tout je me fais bien chier pour rien. Mais bon j'sais pas pourquoi j'suis assez sensible à la cause d'la veuve et d'l"orphelin en ce moment, et pas  pour culbuter la veuve d'ailleurs..pour une fois.

J'écoute, j'prends des notes. Bon, après tout éviter une crise paysanne ou un manque d'approvisionnement ça peut être bénéfique à mon âme je me dis. Pas du tout bénéfique aux affaires mais bon, j'ai toujours eu la sale habitude de faire l'inverse de ce qui est bon pour moi. Enfin du coup là c'est bordélique dans ma tête.

 

Toujours est-il que je vais pas aller tout seul risquer ma couenne pour deux pécores face à des épouvantails magiques ou pire. Ça tombait bien y avait un p'tit couple qui causait aventure, romance et tout ça. Le genre de jeunes que à j'ai envie de botter le cul en général, mais là ils pouvaient m'être utiles. Le gars a eu une réaction de défense, tout de suite main au sabre. Pile poil le bon profil. La fille avait l'air pas peureuse, j'ai appris plus tard en fait qu'elle utilise la magie.

Je leur fais mon petit numéro, talonné des deux bouseux Jacques et Bernard. J'enrobe le truc comme quoi si on fait rien tout le monde va crever et qu'ils vont devenir des héros si on sauve le cul des fermiers du coin.

 

Et nous v'la partis pour leur ferme. C'est pas bien loin on est vite arrivés. Là ils nous montrent le moulin et l'entrepôt où ils ont été dévalisés. Pas d'effraction, pas de casse. C'est trop propre pour être honnête à mon avis. Ça commence à puer sérieusement. L'homme d'arme qui nous accompagne aperçoit une grotte. Tout de suite les bouseux gueulent que l'endroit est hanté. Que y aurait un démon même. Fait chier les bonnes actions là sans déconner. Moi j'pensais faire ma p'tite affaire rapide, effrayer un ou deux connards qui chouravent du grain pour s'faire d'la gnôle en douce.

Bref nous voilà partis explorer la grotte. Bon avec leurs superstitions ils nous ont fait chier dans nos brailles ces cons. Mais au final devine c'qu'on a trouvé ? Pas de démon non. Mais une partie de la bouffe disparue tiens.

 

Ça sent le pillage organisé tout ça. J'sais pas ou ça va nous mener mais bon on a fini par dormir dans une grange avec toute la bande. Même que la fille a fait venir sa copine et j'pense qu'elles sont un peu plus. J'ai essayé d'faire semblant de dormir pour voir si elles se câlinaient l'minou mais le sommeil m'a emporté. Comment ils font les connards des comtes qui vont à la rescousse d'la veuve et de l'orphelin ? C'est un métier à devenir fou..

Quand je me suis réveillé j'étais tout seul dans la grange et j' entendais que ça causait dehors. J'suis sorti et j'ai aperçu Jacques et Bernard qui causaient à une donzelle tout en noir. C'était la fameuse sorcière qu'ils causaient la veille.

 

J'aime pas les sorcières. Et elles m'aiment pas non plus. Enfin j'en connais pas beaucoup mais on va dire que j'ai connu plus chaleureux comme gens. Celle là réfléchit vite et bien. Edern qu'ils l'appellent. Elle est venue avec un chien et on tente de remonter la piste des voleurs en retournant une nouvelle fois dans la grotte. Le chien a bien fait son boulot, il a flairé une odeur et nous trouve une salopette.. qui appartient à un épouvantail de la ferme. Même qu'ils leur donnent des noms à leurs épouvantails ces cons là. Dans la salopette y avait un mot écrit qui trahissait ce qu'on pensait depuis le début, que c'était pipé de l'intérieur leurs vols. Les gars connaissaient un des deux noms. Il bosse à la ferme, un géant.

On s'en va lui parler et le faire chanter. J'leur suggère d'y coller du plomb dans une jambe histoire qu'il parle vite et bien, sans se tirer. Ils veulent pas les cons. Ils disent qu'il est sensible. C'est Jacques qui va lui parler parce que Bernard a tripoté le cul à la femme du type en question. Un type bien Bernard vraiment je trouve. Jacques cuisine le traître, et moi l'air de rien, j'me mets dans un coin et je nettoie mon mousquet en visant le genou du géant. Même qu'à un moment ça me gonfle et j'perds patience et j'tire un coup en l'air. Là je l'avertis que prochaine fois  que le coup part, y aura une veuve dans la ferme. Et là le bonhomme déballe tout.

 

C’étaient bien les rebelles qui volaient le grain. Mais là c'est parti en empoignade verbale. Certains pensent que les rebelles défendent les paysans. Du coup ils veulent pas faire venir l'armée. D'autres aimeraient que les vols cessent. On essaye de leur glisser un ou deux conseils avec la sorcière mais ils écoutent rien du tout. Sont aussi bouchés que leurs ânes. Mais bon au moins le mystère des vols est résolu. Sans leur complice je me dis qu'ils en chieront pour ouvrir les portes à présent, mais dans le doute j'ai filé mon mousquet à Bernard. J'lui ai conseillé de défourailler aux premiers épouvantails venus et de leur gueuler qu'il enculerait leurs cadavres s'ils continuaient leur cirque.

Souvent ça marche et ça suffit. Voilà mon œuvre terminée je me mets en route et là les pécores nous proposent une récompense. Et ben tu me croiras jamais. J'en ai pas voulu... Ah ouais j'suis con des fois mais vraiment pas à moitié. Après je me dis qu'ils en chient assez et qu'ils arrivent même pas à s'enrichir de leur propre boulot. Soit ils se font voler, soit ils sont taxés. Tu sais avec quoi j'suis reparti ? Une meule de fromage qui pue et un tonnelet de gnôle.

 

Wahou, il est puissant mon trésor pour ma bonne action, vraiment. Ah ça donne envie vraiment de faire carrière dans l'humanitaire et le social j'vous jure. Ils ont un grain les mecs qui font ça à temps plein sérieusement..? Où bien ils crèvent de faim plus pauvres et misérables que ceux qu'ils aident..? Rha les cons j'vous jure..

 

 

 

Drelnas

Ephéria...

 

 

 

 

 

 

Le vent tourne, et c'était temps. Après tant d'années de galères, de poisses et d'emmerdes la vie me sourit. Et j'compte bien la trousser jusqu'à ce qu'elle couine la garce, ça s'ra que revanche. Il est tôt, le soleil commence à passer au travers des volets. Je laisse ma main vagabonder et elle ne rencontre que le vide. Je souris. Aithe s'est encore levée aux aurores et est partie de son côté. Il lui faut un peu de temps je présume. C'est nouveau pour moi aussi j'avoue.

Depuis qu'elle m'a invité à venir dans sa piaule, c'est comme si une nouvelle vie avait débuté. C'est terrifiant, mais ça fait un bien fou. J'pense que Aithe est plus flippée que moi là-dessus car moi au moins je suis au clair avec mes sentiments depuis que j'ai pris la résolution de plus les fuir. J'ai hâte qu'un jour elle chemine aussi jusque là et que j'aie le plaisir de la retrouver endormie et nue à mes côtés.

 

C'est pas un palace, mais c'est un nid. Pour la première fois depuis bien des années je me sens chez moi. Parce que probablement je suis avec elle. Ephéria a son charme, déjà c'est au bord de l'océan, et j'aime y revenir. Mais j'ai déjà hâte de notre prochain voyage vers Haso. Car ce qui vient finir d'embellir le tableau c'est que les affaires marchent. Et elles marchent plutôt pas mal. Bon la dernière fois ça m'a valu une flèche Ruthum dans la jambe mais bon. Les profits générés par l'expédition en valaient la peine largement. J'suis pas peu fier d'avoir ma propre compagnie. J'y vois une sorte de revanche sur la vie et puis il faut se l'avouer ça en jette sacrément. N'empêche que je suis passé d'ivrogne et fils de pute notoire au statut de respectable entrepreneur et homme d'affaires. Bon le respectable on peut p'tet le dégager encore un peu mais ça viendra..ou pas.

J'espère vivement que les ouvriers du chantier naval vont se sortir les pouces du cul et finir mon navire au plus vite car on pourra aussi travailler par voie maritime. L'océan me manque. Le voyage vers Haso sera risqué mais diablement rentable. Mais bon faut qu'on se prépare tant au niveau de l'équipement que de l'armement.

 

J'ai demandé à Kae si elle pouvait dynamiser notre arsenal et surtout si elle pouvait mettre un coup de jeune à mon sabre et mon mousquet. C'était l'occasion aussi de renouer le contact. J'en menais pas large... Mais pas du tout. Et j'en ai eu pour mon argent. Bien sur je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit tout sourire et m'invite à boire le thé. Mais pour te dire, même les sorcières de Tarif elles sont chaleureuses à côté, c'est dire. Elle a accepté, je devrais m'estimer chanceux. Je devrais surement l'être de ne pas avoir pris un coup de sabre dans le bide aussi. C'était étrange de la revoir, et douloureux aussi. J'ai pas pu m' empêcher de repenser à ce baiser, cet unique baiser qu'on a échangé... C'était un baiser qui scellait notre sort , qui mettait un terme à ce qui n'avait pas été. Comme un truc mort né.. Un peu comme une larme qui naît et qui meurt sur le sol.  Compliqué hein? Ben t'as qu'à vivre un amour impossible et y renoncer par un baiser tu comprendras mieux connard...

Elle m'a foutu dehors. Je l'ai mérité je pense, c'est sûrement tôt. Du coup j'ai une partie de moi qui dérouille, car j'aime pas la savoir triste et pas bien. Mais j'ai pas le droit d'aller l'aider, j'lui ferai plus de mal qu'autre chose...

 

Du coup j'suis allé m'entraîner. Le voyage jusqu'à Valencia m'a ouvert les yeux sur les risques du métier. Je pense qu'on est trop impulsifs avec Aithe et qu'on mesure pas toutes les données. Aussi je me suis remis à l'exercice. J'avoue que ça me fait pas de mal. J'aimais bien ça quand j'étais dans l'armée. L'effort, la discipline du corps, la maîtrise recherchée, le dépassement. C'est des trucs que j'avais pas refait depuis des années, trop occupé que j'étais à me torcher la gueule au point de même plus pouvoir réfléchir. Je fuyais quoi.

D'ailleurs l'alcool, ça commence à être problématique. Avec tout le boulot que j'ai - j'en suis l'premier heureux hein - j'ai mené une espèce de vie.. saine. Même plus le temps de siffler un godet ou autre. Sauf qu'au deuxième jour complètement à jeun.. ça a sérieusement merdé pour mon matricule. Mais ça on en reparlera une autre fois, quand j'aurais le temps de mater mes vieux démons.

 

J'ai embauché quelques nouvelles têtes. Des jeunots qui en veulent. On verra bien comment ils s'en sortent, mais s'ils sont malins ils devraient s'en mettre pas mal dans les fouilles. Le gars et un peu sur de lui et un poil trop confiant. Mais motivé et cupide. Ce qui fait une bonne ambition, à mes yeux. L'elfe..fout les foies. Déjà les gonzesses aux yeux rouges moi ça me fait débander direct. Et le tatouage sur la gueule.. J'sais pas ça doit être culturel. Mais niveau commerce elle sait se vendre la ptite. Ah ça, elle m'a étonné, dans le bon sens. Du coup je l'ai recrutée pour sécuriser les convois, mais je pense que je la formerai plus tard en négoce... Si elle développe un peu sa gouache, cumulée à sa sale gueule qui fait peur, elle sera terrible en affaires. J'avoue que j'aimerais bien dénicher d'autres nouveaux talents.

Bref je me plains pas, les choses sont sur une pente agréable et plaisante, pourvu que ça dure. Ca change un peu et c'est pas de refus. Mais bon, la vie comme l'océan est une traîtresse née, j'sais bien que tôt ou tard le vent va tourner et j'vais devoir patauger à nouveau dans la merde.

 

Alors profitons.. oui profitons avant qu'elle tire la chasse sur ma gueule...

 

 

 

 

Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ephéria...

 

 

 

 

 

 

 

J'suis dans la merde. Bon je l'ai souvent dit, souvent été, mais là je patauge dedans. A priori je devrais pas crever demain d'une dague dans le bide, mais j'aimerais presque autant. Depuis le désert je ressasse et je cogite, chose que je faisais pas avant. Avant dès que le cigare commençait à s'emballer, je le noyais à grandes lampées de rhum ou entre les cuisses d'une femme reconnaissante. Comme ça mon esprit cessait de travailler et était plongé dans un coma réparateur. Le réveil par contre des fois c'était moche, tant au niveau de la gueule de bois que de la culbute de la nuit passée. Au petit matin, sobre, des fois y a des surprises et tu te dis "nonnnn j'ai pas fait ça.."  Putain que si je l'ai fait, et pas qu'une...

 

Tu l'as choisi ducon...

 

La nouveauté, c'est ça.. Depuis que j'ai arrêté de fuir mes responsabilités et d'essayer d'être un poil meilleur, j'l'entends sans arrêt c'te maudite voix. Je me suis même demandé si les sorcières de Tarif m'avaient maudit. Mais ça encore, si j'avais pas ouvert les vannes, ça serait le cadet d'mes soucis. Sauf que je me suis vraiment foutu dans la merde. J'en dors plus, j'en mange quasi plus. C'est à la fois une angoisse et une délivrance que d'lui avoir tout dit. Même si je comprends pas pourquoi j'lui ai tout déballé. Et maintenant j'fais quoi ?

 

Et si tu commençais pas te comporter en homme..?

 

Putain mais jamais elle la ferme sa gueule c'te voix..? Quand je suis rentré au port, crevé, éreinté et chamboulé par tout ce que j'ai cru voir dans la poussière et la chaleur étouffante... J'suis tombé sur ma forgeronne. C'était la rencontre à pas faire, le piège, l'embuscade. Cette femme, depuis le début elle me retourne et me touche sans que je sache comment. La revoir là, bien réelle après l'avoir si longtemps cherchée dans le désert parmi mes hallucinations c'était comme un cadeau. J'en aurais presque eu des larmes sur le moment tellement ça m'avait secoué les boyaux. Elle était comme dans mes souvenirs, et encore mes souvenirs lui rendaient pas hommage. Elle dégageait toujours cette espèce de grâce impassible qui m'apaise rien qu'en la voyant.

 

Dis lui, tête de con..

 

Je me suis approché, on a causé. Dans sa spontanéité elle me dit que je lui ai manqué, il paraîtrait qu 'Ephéria est plus calme sans moi. Putain ça m'a fait emballer la mécanique, j'ai pas compris. Pourquoi quand je parle à cette femme j'ai l'impression d'être nu ? Elle est ni sorcière ni magicienne, et pourtant face à elle je suis aussi désarmé qu'un chiard juste sorti des entrailles de sa mère. C'est humiliant. On pourrait parler de vêtements, du temps, de bouffe, de n'importe quoi ça serait pareil. C'est pas que je l'écoute pas, c'est que je suis hypnotisé et que j'ai l'impression que le temps me file des doigts comme si tentais en vain de retenir de l'eau..

 

Moi je dis que t'es dans une belle merde. Alors, tu fuis ou tu te lances burne de phoque?

 

Je t'emmerde. Je sais pas qui t'es mais je t'emmerde. Mais putain t'as pas tort. J'hésite, je sais plus quoi dire et le silence commence à m'angoisser. J'fais quoi ? J'fais une sortie à la Aithe en disant que j'vais pisser et j'disparais ? C'est tentant mais après ? Je vais pas faire ça toute ma chienne de vie merde à la fin. Je la regarde, je tremble. J'inspire, je me retiens de me chier dessus et puis ben contre toute attente, je me lance. C'est pathétique. Pitoyable et pathétique. Pourtant j'en ai embobiné des gens par le passé mais là je bafouille je trouve pas mes mots. On dirait un puceau qui parle à sa première fille. J'me serais donné des claques dans la gueule tellement c'était grotesque. Elle a tout entendu, tout encaissé et .. ben elle m'a laissé une chance.

 

Oui, mais tu l'as fait en fin de compte, tête de con...

 

Le tête de con c'était obligé là ? Ouais je l'ai fait. C'était dur au début et puis après c'est tout sorti. P'tet trop, ou pas assez. J'lui ai dit ce que je ressentais. Ce que je voulais, ce que je voudrais, et surtout ce que je devrais être pour la mériter. Parce que le constat de chiotte il est là. J'suis un enculé, un coureur et un menteur. Un lâche même des fois ouais. Bref j'suis pas un type bien, et surtout pas assez bien pour elle. Et je lui dis. Parce que c'est vrai et qu'elle mérite la vérité. Elle mérite.. qu'on change pour elle, qu'on devienne meilleur si c'est possible. Pour la première fois depuis des années, j'ose regarder en arrière et assumer mes actes. C'est très douloureux, violent même. Mais faut en passer par là. Parce qu'au bout y a elle. Mais le problème, le pire du pire, c'est que non, y a pas qu'elle...

 

Putain tu cherches vraiment les emmerdes..

 

Non. Elles me tombent dessus c'est tout. Oui je suis complètement subjugué par ma Forgeronne d'Haso c'est sur. Mais dans le désert, entre la folie la chaleur et le désespoir j'en voyais une autre dans la brume . Aithe. Ça fait un petit moment qu'on se côtoie et qu'on voyage elle et moi. C'est totalement différent, mais en son absence je ressens aussi un manque. Et c'est pas qu'au niveau du cul. Ça serait si simple autrement. C'est surement bancal et cassé, mais y a un lien entre elle et moi. C'est beaucoup moins romancé que pour Kae mais c'est tout aussi fort, tout aussi important à mes yeux. Aithe c'est aussi une sorte de phare pour moi dans la nuit. Et putain à présent que j'ai aperçu la lumière, je ne veux plus retourner errer dans les ténèbres. Plus jamais

 

Oui mais non là. Eh ho faut choisir à un moment !

 

Et pourquoi ? Pourquoi on peut pas aimer deux personnes ? Parce que c'est douloureux ? Bien sur que c'est douloureux d'aimer connard, même une seule personne, même soi même c'est compliqué de s'aimer. Pourquoi en aimer deux ça serait pire au final ..? Ca reste de l'amour. J'ai tout avoué à Aithe. Et elle m'a surpris par sa réaction. Elle était prête à s'effacer, à partir pour que je sois heureux. Mais pour l'être j'ai besoin d'elle. Je lui ai dit que je m'étais attaché à elle, qu'elle était aussi mon phare à présent et à quel point j'étais terrorisé à l'idée de retourner dans les ténèbres. Elle a eu un peu de mal à encaisser ça, parce que jamais on lui avait parlé ainsi je crois. Pour la première fois on a parlé sincèrement de cœur à cœur, en ôtant nos habits de menteurs, connards et d’effrontés. C'était chouette comme moment. Je l'ai redécouverte, comme mise à nu, d'abord symboliquement et après..

 

Soit, y en a une qui est plus ou moins d'accord, mais l'autre..?

 

J'ai la trouille. J 'ai réussi à ouvrir une porte aussi bien de mon côté que du sien. Je sais qu'elle a déployé des efforts colossaux pour me montrer un peu d'affection. Je sais que c'est pas dans sa culture, et ça me touche qu'elle se laisse aller avec moi. Mais je tremble à l'idée de tout gâcher encore et tout foutre en l'air. Je veux pas la perdre elle non plus. J'ai besoin d'elle, mais l'idée de lui faire du mal me déchiquette les couilles. J'ai l'impression d'être un mioche capricieux. J'ai jamais rien connu à ces choses là. Et là, la première fois que ça me tombe dessus je pisse sur les règles établies et je fais mon caprice ; "non je veux pas choisir, je repars avec les deux !"  Putain pourtant qu'est ce que j'aimerais que ça se passe ainsi, car choisir serait aussi simple et irrémédiable que de me couper en deux, et ça c'est pas encore possible...

 

Je suis fière de toi.

 

Hein ? Tu te fous de ma gueule là ? Tu m'incendies, tu m'as tourmenté des années et là tu me sors cette phrase qui tombe comme une merde sur une planche ! Fière de quoi ? De m'enliser dans des problèmes sentimentaux, de pleurnicher sur mon nombril ?

 

Tu as été au bout de tes sentiments, tu leur as fais face et les as assumé. A présent avance...

 

Ah ben me v'là beau tiens.. Des fois je me demande si je perds pas un peu la boule quand même..

 

 

 

 

 

 

 

 

Drelnas

Les Limbes...

 

 

 

 

 

Il y a un état au delà du sommeil, au delà de la transe que provoquent certains rituels et potions, presque comme un autre niveau de perception du monde à travers soi même. C'est là que j'ai été emprisonnée toutes ces années.Bienvenu, je vous attendais. Je me présente, je suis la Conscience de cet empaffé de Nennius...  Vous pensiez commencer à le connaître, détrompez-vous car toute son existence repose sur la dualité entre lui et moi. On ne l'a jamais éduqué dans une optique où certaines valeurs élémentaires comme le "Bien" ou le "Mal" existent. Car tout petit on lui a démontré que tout est relatif.

Si la prostitution est quelque chose de mal voir au mieux quelque chose de dédaigneux pour bien des gens, pour lui c'était ce qui permettait à sa Mère de vivre. Ainsi que lui et ses Tantes. La prostitution lui donnait un toit, à manger. Aussi méprisable soit-il, jamais il n'a manqué de respect à une putain durant toute sa vie, et pourtant bien des gens vertueux ne peuvent s'en vanter.

 

Aussi, dans un monde où tout est extrêmement relatif et où la faim justifie souvent les moyens, il n'est guère évident d'avoir une ligne de conduite claire et des idéaux à défendre. C'est son cas. Là où je devrais être, il y a une sorte de girouette qui analyse le sens du vent et si cela vaut la peine de le suivre ou non selon un rapide calcul de "bénéfice/risque". Jamais je n'ai eu voix au chapitre car il ne m'a jamais écouté. Il n'a jamais eu conscience que j'existais. Jusqu'à il y a peu...

Depuis quelques temps sa vie tourmentée semble trouver malgré tous ses efforts contre une certaine stabilité et un semblant d'ordre. Peut-être s'est il assagi, ou peut-être qu'il ne cherche plus à combler frénétiquement le vide de son existence par ses excès. Ou bien peut-être en a t-il simplement assez de fuir. Toujours est-il que depuis peu ma prison se fissure et j'ai accès à lui, à ses sentiments, à ses motivations. Et lui de ce fait commence à prendre conscience de sa Conscience.

 

Les rares fois où c'est ponctuellement arrivé, il s'est noyé dans l'alcool ou d'autres excès pour me faire fermer ma gueule. Mais à présent il commence à accepter ce fardeau et à l'endosser. Je pense que certaines femmes y sont pour beaucoup. Oh il en a connu beaucoup, dont la plupart il a oublié le nom à présent. Mais récemment sa vie a été faîte de rencontres déterminantes.

Déjà il y a celle qui lui ressemble ; la petite coquine qui cache ses oreilles pointues. A sa manière, elle a établi une sorte de lien. Ce n'est ni de l'amitié ni de l'amour. Mais il la considère comme son égale, et à sa manière il la respecte. Les voyages passés ensembles, les longues heures où ils ont baisé les ont en quelques sorte rapprochés, peut-être à leur insu. En tout cas il ne le sait pas, mais il tient beaucoup à elle, à sa façon. Même si ce sont deux débauchés, avec elle il se noie moins dans l'alcool et les ivresses destructrices qu'auparavant. Elle le stimule sur le plan commercial et le pousse à exceller. Libre et infidèle, il déploie des trésors d'imagination pour susciter son intérêt et la garder près de lui..

 

 

Et puis il y a l'autre, l’Énigmatique forgeronne. Celle-là, il ne l'a jamais touchée, et pourtant elle l'obsède. Elle le terrifie aussi en même temps. Car il ne sait comment elle est parvenue à le toucher au plus profond de lui même. Elle a contourné tous ses pièges et toutes ses défenses et a réveillé une partie de lui qu'il ne soupçonnait pas. Il s'est surpris à éprouver de la pudeur, de la déférence pour une femme comme jamais il n'en avait ressenti. Elle réveille en lui ses instincts de protection et de compassion. Elle lui a montré que toutes ses certitudes étaient fausses et a fait voler en éclats bien des préjugés ancrés profondément en lui.

Mais elle, elle lui est inaccessible. Déjà il y a sa culture qu'il ne comprend pas et puis il y a sa peur, sa lâcheté. Mais cette fois-ci elles sont légitimes. Car il craint de ne pas être à la hauteur d'une telle merveille. Il l'idéalise et s'en fait une montagne qu'il ne gravira jamais. Et du coup il en souffre. Et plus il en souffre, plus au fond de lui il aspire à changer. C'est ainsi que ma prison se fissure peu à peu, car en acceptant le changement, il prend conscience de ses actes, passés et à venir.

 

 

Il a accepté de porter le fardeau de tous ses choix, bons et bien souvent mauvais, voir immoraux. L'autre jour il a tué son ancien second, Ryk'. C'était mal bien sûr, mais c'est sa façon de chercher un moyen de se racheter. Il le fait pour lui bien évidemment, mais il le fait aussi surtout pour Elle...

Alors moi j'attends, j'attends que ma prison soit descellée et je regarde, un brin taquine ce con souffrir. Car il est vraiment dans la merde...

 

 

Drelnas

Tarif, à l 'aube...

 

 

 

 

Cette putain de ville me fout les miquettes. Déjà c'est le berceau des sorcières, et même la vendeuse de légumes peut te jeter un sort, quand c'est pas une gamine qui se balade avec un esprit noir dans la rue comme si elle promenait son clébard. Putain ils ont l'air d'avoir un grain par ici. Mais j'préfère fermer ma putain de gueule avant de finir énucléé ou de servir de composant dans un rituel dégueulasse. Heureusement que y a la p'tite Layah, j'me dis que y aura toujours une bouteille de Rhum qui m'attend. Maigre réconfort, mais réconfort quand même à défaut d'avoir accès à ses cuisses. J'avais dans l'idée de tisser d'autres liens avec les marchands de la région, histoire de pas voyager à vide. J'ai donc erré un peu en ville jusqu'à tomber sur "Elle".

Une silhouette assez fine et agile, une panthère en terrain conquis. Je l'ai croisée en train d'engueuler une marchande sur un litige. J'ai littéralement adoré la façon dont elle lui a fait fermer sa gueule. Ce beau geste méritait donc que j'accoste poliment la Panthère en question.

 

 

Faut dire ce qui est, j'suis habitué aux coups de griffes quand j'aborde une femme. Mais là c'était glacial. Plus froid que le froid du pire hiver de ta vie... Putain je me suis dit que c'est quand même malheureux d'aller vivre dans un coin où il fait si chaud et si peu l'être. Tisser des relations d'affaires ça s'annonce coton dans ce pays où y aurait presque que le sable d'accueillant. Mais bon je suis de nature persévérante et il est hors de question de voyager à perte, alors j'insiste. En général, partout où je vais suffit de dire que t'es un marchand et des fois ça t'ouvre des portes. A une époque je me souviens c'étaient les grouillots barbus qui jouaient de la musique qui avaient le vent en poupe. L'vent a tourné, bien fait pour ces barbus qui puent.

La Panthère mord froidement à l'accroche, visiblement elle est surtout intéressée par le transport. Elle a besoin de livrer des cages à un avant poste loin au nord. Trajet dangereux qui j'espère est bien payé. J'aime pas les courses risquées, souvent le bénéfice / risque est merdique. C'est là que les p'tits jeunes se plantent et parfois crèvent jeunes, l'appât et la gourmandise.

 

 

Mais là elle me parle d'un commerce appelé la Croisée. Ça m’intéresse forcément alors j'la rencarde et j'tombe sur l'cul. Elle en fait partie. Putain pour montrer patte blanche et me faire un minimum de bonne réputation j'vais devoir accepter sa course. J'la suis jusqu'à ses quartiers - entre temps j'apprends que c'est aussi une sorcière donc j'la ramène pas trop - et elle me montre sur la carte où je dois me rendre. Bon la bonne nouvelle c'est que la paye est propre, si j'y arrive entier j'suis pas mal. Par contre ses cages avec des amulettes dessus.. ça pue la magie noire ou pire et j'en suis pas friand.

Mais bon le pognon c'est du pognon et lui il est pas magique. Bref j'accepte et je vais commencer à charger son bordel magique ou maudit dans ma carriole. J'y prends bien soin de l'attacher, j'ai bien fait d'avoir gardé d'la paille et des étoffes invendues pour bien les caler et les calfeutrer. Ca devrait pas bouger, mais du coup j'aurais pas beaucoup de place pour pioncer. Coup de chance que y ait pas Aithe, elle aime pas qu'on envahisse son espace de baise...encore que ça dépend comment.

 

 

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La vendeuse que cette dénommée Sadie avait pourrie m'a aidé pour charger tout ça. Toute joviale la coconne. En fait j'lui sauve la mise, parce que si je m'y collais pas c'était son fils qui devait se taper le voyage. Du coup j'la sens un peu redevable et j'gratte un peu de compagnie. Elle avait un mari pêcheur qui partait plusieurs jours. Là je me suis dit que le vent tournait p'tet en ma faveur, et vas y que je l'aide à porter les trucs lourds, que je la joue "ouais demain j'vais p'tet partir pour mon dernier voyage". Mais c'te bourrique me souhaite bonne nuit et file pioncer. Putain de pays de mes couilles de merde !

J'ai passé la majeure partie de la soirée à bien ficeler ses putains de cages, filer à bouffer et à boire aux canassons et préparer vivre et flotte pour la route. J'ai mis mon mousquet à côté de moi, comme ça si un connard de cultiste veut me vendre un calendrier ou toute autre engeance du même type, je défouraille et j'lui roule sur sa gueule. C'est vrai quoi, après tout j'suis un convoi exceptionnel...

 

 

En tout cas à l'aube j'étais prêt à partir, et j'avais hâte d'en avoir fini alors que j'avais pas commencé. C'est dire si les jours prochains allaient être long. J'suis allé chercher la bouffe en dernier et j'ai recroisé ma sorcière bien aimée en terrasse. J'l'ai ignorée histoire de lui montrer, quoi.. Ben en fait elle m'a sur-ignorer plus que moi. Bref elle m'emmerde celle-là. J'suis parti dans la foulée, le soleil était déjà à peine levé qu'il faisait déjà une chaleur à crever. Putain qu'il me semblait loin l'océan...

Bref je lève le camp, allure tranquille, pas la peine de faire crever les chevaux sinon j'aurais l'air malin et pas plus avancé. A peine que je démarre qu'on m'arrête. Les gardes viennent à ma rencontre et m'informent que les cultistes d'Elric sont agités en ce moment. Putain mais qu'est ce que je peux être le cul bordé de nouilles ! Vraiment ! J'les rassure en leur montrant on mousquet chargé et j'leur assure que le premier cultiste que je croise j'lui refais son cul et ça sera pas triste.... Ouais bon euh non plus ça les a pas fait marrer c'te blague.

 

 

Je me tire enfin de cette ville de fous et de sorcières. J'ai vu sur sa carte à ma sorcière mal baisée que y a des fermes et des habitations sur le trajet. J'm'y arrêterai faire souffler les chevaux et les y faire boire. J'ai pas mi trop de temps pour rallier la première halte. C'était une ferme qui appartenait à un certain Ahto. J'ai garé ma carriole sous un des rares arbres, filé à boire aux canassons et suis allé voir si y avait moyen de gratter un p'tit quelque chose chez l'habitant. Je suis reparti après m'être un brin reposé et laissé les chevaux boire leur soul et on est repartis à bonne allure direction la prochaine ferme.

La suivante j'ai mis un peu plus de temps à l'atteindre. Déjà la chaleur magnait pas mal les canassons qui en chiaient autant que moi. En plus les routes étaient pas toujours en bon état, et pour peu que le vent se lève ; déjà il était brûlant , tu y voyais rien.

 

 

Pareil, je me suis garé au mieux et suis allé voir ce que je pouvais tirer de cette ferme. Bon j'ai pas eu grand chose à part un peu d'eau, ça s’engueulait sévère dans la maisonnée, ça parlait d'araignées à la con et d'autres sujets de merde. Y avait quelques gardes en faction qui m'en ont parlé aussi, apparemment ces saloperies emmerdent pas mal les gens du coin. J'demande si y a une récompense si j'en tue une, ils m'ont ri à la gueule. Ben qu'ils aillent se faire enculer avec du sable, mais qu'ils viennent pas se plaindre alors. Bref on cause un peu mais ils se lassent vite et me font comprendre que j'ai plutôt intérêt à décamper et pas m'attarder.

Mais putain quelle hospitalité dans ce pays...

 

 

J'ai repris ma route sous un soleil de plomb. Et encore il te ferait fondre le plomb ce con de soleil. Et pis le sable la poussière, t'as pas intérêt à ouvrir la bouche sinon t'en as plein la gueule. Avec la sueur j'ai des espèces de dépôts pâteux sur le contour des yeux et le visage, comme si cette poussière mélangée à la sueur te faisait un masque d'argile. Les chevaux aussi morfflent et ils avancent beaucoup moins bien, mais je les pousse pas. Je préfère arriver entier avec tout l'attelage qu'en perdre en route. Mais quand l'vent se lève c'est étouffant et en plus t'y vois vraiment rien. J'ai eu le nez creux de faire le plein de flotte, mais j'espère que je rallierai le prochain point bientôt parce que les chevaux en ont sacrément besoin aussi. J'espère arrivé à ce bled appelé Kusha rapidement.

J'ai aperçu au loin le fameux sanctuaire des cultistes. Comment dire, la vue sinistre de cet édifice te fait pas songer aux prairies fleuries et aux jouvencelles que tu culbutes dans la paille. Non leur sanctuaire clairement il a pas une gueule de porte bonheur. Mais bon j'ai vu aucun de ces connards et c'est pas plus mal. J'avais le mousquet pas loin et j'me tenais prêt au cas où.

 

 

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J'commençais quand même à pas mal dérouiller. Je m'étais fait une petite gourde en plus de mes rations d'eau ou j'avais dilué de l'eau avec du rhum de Layah. Un sacrilège, mais j'espérais que le sucre contenu dans son rhum avec beaucoup d'eau désaltère un peu plus que l'eau plate. En plus vu la dilution je risquais pas d'être saoul. Sauf qui faisait sacrément chaud et que j'ai sacrément bu. On avançait difficilement, et dans le brouillard de poussière à un moment j'ai cru apercevoir une silhouette. J'aurais juré voir M'man. Mais c'était une illusion. Putain de chaleur... Plus loin j'ai vu deux personnes, j'aurais juré avoir vu Arryn et ce connard de Ryk'.. Mais c'étaient deux piquets de bois dans le sol en fait.

Bordel j'ai commencé à pas me sentir bien, je sais pas si c'était la chaleur, le rhum qui m'avait poché sans que je fasse gaffe ou bien si mes démons avaient choisi ce moment là pour ressurgir. J'entendais des voix à présent et j'comprenais pas d'où ça venait. J'me suis dit que y avait p'tet des mauvais esprits qui voulaient m'emporter et j'la ramenais pas. Le soir tombait mais ça refroidissait toujours pas...

 

 

Et puis comme sortie d'un cauchemar, un forme immense et massive se ruait vers moi. J'entendais gueuler derrière mais c'était flou. Les chevaux ont freine des 4 fers et ont paniqué de suite. Ca commençait sérieusement à puer du cul pour mon voyage. J'ai à peine eu le temps de gueuler un juron, deux maximum avant que l'impact m'éjecte comme une merde. J'ai entendu le bois craquer et les chevaux gueuler de panique et j'ai vraiment, mais vraiment pas aimé ce putain de bruit. Bref j'avais la gueule pleine de sable et de poussière et quand je me suis relevé j'ai vu ma carriole qui penchait selon un angle improbable. Un peu plus loin une de ces putain d'araignées poursuivait sa route, après avoir défoncé la mienne.

Y avait un petit groupe de personnes qui lui courraient après. Apparemment ces cons là élèvent ces montres pour leur faire produire de la soie. La bonne nouvelle ça voulait dire que j'étais pas loin de Kusha. La mauvaise, c'est que j'avais un essieux de pété. Les chevaux étaient vivants et pas blessés, mais ça je m'en branlais pour être honnête. J'ai surement eu de la chance, parce que la bestiole est partie comme si de rien n'était et pourtant le choc était violent. J'imagine le résultat si elle avait été en pétard contre moi. La cargaison était pas abîmée, je l'avais bien calfeutré, mais j'pense que la caisse de rhum a morfflé, et ça, vraiment, ça m'a fait chier.

 

 

Le petit groupe semblait tout confus et gêné de mon accident. Tu me connais, j'en ai rajouté des caisses pour les faire culpabiliser. Du coup ils m'ont promis gite et couvert à leur bled. C'était pas si mal mais bon j'avais roulé toute la putain de journée. J'avais chaud, j'avais soif, je ruisselais de sueur et j'avais pété ma carriole. Bref j'avais les nerfs.  Apparemment l'avant poste était qu'à deux heures à cheval. Et ben ça tombait bien, j'en avais des chevaux. J'les ai persuadé d'emmener 3 des 4 chevaux à leur bled et d'en prendre soin. J'ai pris le 4e et j'suis allé à l'avant poste chercher de l'aide. Visiblement à Kusha le petit groupe de bras cassés connaissait personne qui sache me réparer mon soucis. Quelle veine putain, ça n'arrête plus !

Et donc me v'la parti dans la chaleur du soir vers l'avant poste de Sarma. Avant de partir j'ai prévenu le petit groupe que si jamais des affaires disparaissaient de ma carriole en mon absence, j'irai enculer leurs cadavres.  Pas habitués à ce genre de propos je pense qu'ils ont toutefois saisi l'importance et le fond du message. Sur ces précautions standards, j'suis parti. J'ai emporté que de la flotte, j'espère que là bas ils trouveront une solution à mon problème. Du moins ils ont intérêt s'ils les veulent ces putains de cages.

 

 

Alors l'avant poste, comment te dire l'accueil. Déjà j'ai failli prendre une lance dans le cul d'entrée. Les gars ils voient un type à cheval, certes couvert de sueur et de poussière, mais d'une certaine prestance tu vois et ben ils me prennent pour un connard de Sausan. Donc moi forcément vu la journée formidaaaaaaaable que je me suis payée, je les reçois avec les insultes d'usage hein. Et donc ça finit qu'on m'amène voir un officier les fers aux poignets et un bel œil au beurre noir tout neuf. Là au gradé j'y déballe tout mon sac et j'lui explique ma mission. Il me regarde perplexe, soupçonneux qu'un étranger vienne se mêler des affaires de leur pays. C'est vrai qu'il faudrait être sacrément con pour s'en mêler..!

Alors j'lui dis qu'il peut faire une croix sur son calendrier parce qu'il a en face de lui l'con de l'année et que j'roule bien pour une Sadie, sorcière de son état. Bizarrement au nom d'ma sorcière mal aimée j'le vois tiquer un peu. Là il me fait réexpliquer mon expédition d'un air plus sérieux et disposé à entendre. L'enfoiré, la première fois il s'en était cogné le coquillard je suis sur.

 

 

Au bout d'un petit moment et d'âpres négociations j'finis par obtenir une charrette qu'on m'prête pour aller chercher les cages restées à Kusha. Puisque le gars avait pas de bonshommes à distraire pour aller aider un marchand, et ben le marchand allait s'aider tout seul. Sauf que la nuit est tombée. Je décide de partir à l'aube demain et je vais voir si une bidasse a un bout de ratta à partager. Bien sur, personne n'en a, ils ont trop la dalle pour partager. Du coup j'suis obligé de jouer mon repas aux dés avec les bidasses. J'me suis fait un bol de ragoût dégueulasse, mais ça m'a évité de dormir le ventre vide.

L'aube s'est pointée et j'suis parti à "la fraîche" avec ma charrette toute merdique récupérer mes cages. Arrivé à Kusha j'suis allé directement à ma carriole voir si tout y était et manquait rien. Heureusement. J'ai chargé les cages comme j'ai pu et je les ai sanglées proprement avant de le mettre une couverture par dessus.

 

 

M'a fallu 4h de plus pour rejoindre à nouveau l'avant poste de Sarma. Les cages ont tenu le choc, mais moi j'étais cuit dans mon jus. Il pleut jamais là bas ? Putain ce que j'aurais donné pour un bain...

L'officier de la veille était tout content d'avoir les cages intactes malgré touts nos ravitaillements. J'ai été payé et la prime de risques était pas crade, mais bon sans personne pour me rafistoler la carriole j'étais pas bien barré. A mon avis les réparations allaient engloutir le salaire. Mais bon au moins j'aurais p'tet fait bonne impression à la Croisée. Une fois le pognon en poche et la charrette rendue je suis retourné à Kusha, profiter de l'hospitalité et de la culpabilité des gens là bas...

Après tout j'mérite bien un jour ou deux de repos, non ...?

Drelnas

 

 

 

 

 

 

 

 

Abun...

 

 

 

 

J'avais enfin amené ma carriole à Abun pour effectuer mon chargement. J'avais plus qu'à bien ficeler le tout, c'était plutôt mon intérêt vu que toute caisse même à peine abîmée m'était décomptée de ma course. Le pire c'est que c'est moi qui ait rajouté cette clause au contrat. Ben ouais, faut se distinguer pour se faire un nom et pour ça faut prendre des risques. Mais bon j'étais confiant, j'avais plus peur que Aithe pique dans les caisses qu'aut' chose sincèrement. Elle était partie boire un coup en ville et se chercher une nouvelle queue m'a t-elle dit. Non pas qu'elle soit déjà lasse de la mienne, mais elle a toujours apprécié la cuisine locale.

J'avais largement fait ma part de boulot et je partais donc boire un coup au bord de l'eau. Demain, direction Heidel, je décharge, j'encaisse. Et j'rentre au port. Si j'avais su, je serais allé pioncer au fond de ma carriole.

 

Là je me fais accoster par un mec tout enrubanné qui me dit rien comme ça, mais la voix m'évoque quelque chose qui me fait grincer les os. Le type défait son ruban, et tout de suite j'comprends mieux cette sensation merdique. C'était Ryk', jadis mon second sur mon précédent navire. Mon complice.. ma honte. Jamais pu blairer sa sale gueule à ce connard là et le temps y a pas arrangé. De plus le revoir là après toutes ces années, ça me refait penser à ces p'tits jeunes qu'ils m'ont fait balancer par dessus bord...

Et ce con là, il semble tout content de me voir et m'invite à boire un verre avec lui. De mémoire jamais ce connard ne fait une chose gratuitement, et je me doute qu'il a une idée derrière la tête. Mais j'le suis, ça ferait tâche de lui mettre sur la gueule en pleine rue.

 

Nous voilà assis à l'ombre d'une tenture à boire ensembles. Quelle hypocrisie. Et je suis sur que l'autre avec son œil torve il pense pareil. Mais j'aurais donné cher pour savoir ce qu'il me voulait l'enfoiré, pour ça que je suis resté. Et ça a pas mis de temps. Si tôt qu' on était à peu près au calme il se met à déballer sa dernière trouvaille. Le voilà bombardé capitaine de son rafiot et à présent il donnait dans la contrebande... humaine. Tout fier l'enculé. Il me raconte par le menu que y a de fortes demandes pour des arrivages de travailleurs bon marché ; ouais des esclaves quoi hin..  Mais là où il m'a scié les nerfs c'est quand il me raconte que ses cargaisons préférées sont celles remplies de filles et de femmes ôtées à leur foyer pour être vendues au 4 coins du monde comme chair à plaisir, ou pire. En ce moment il rajoute ce con là que c'est les p'tites typées Haso qui se vendent le mieux.

Et là à l'intérieur de moi j'te jure, c'est la tempête. J'pense à Maman. Elle est ce qu'elle est, mais on l'a jamais forcé à mettre les pieds à la maison, elle y était venue d'elle même, pareil pour mes Tatas. J'pense à ma Forgeronne, je sais pas pourquoi, p'tet l'allusion à Haso. J'pense à Aithe. J'pense à plein de trucs, et en ce moment faut dire que je me pose plein de questions existentielles. J'essaye de me racheter une conduite ou du moins de racheter mon âme parce que j'commence à en avoir ras le cul de faire des cauchemars remplis de culpabilité à peine j'ferme les yeux.

 

J'lui dis trop rien, mais je t'assure que ça bouillonnait sévère en dedans. Quand en prime il apprend que j'ai plus de bateau, là il a commencé à me chier dans les bottes ; il était plus mon ancien second, mais mon supérieur, car LUI il avait un putain de navire. Mais j'disais rien, me contentant de boire une gorgée. Ryk' a toujours été d'une intelligence maligne en plus d'être viscéralement un connard, mais il a jamais été plus malin que moi. Je le laisse débiter ses blagues, je le laisse m'insulter, se vanter de ses affaires prospères. Et moi pendant c'temps là j'réponds qu'dalle mais j'pense, j'réfléchis.

A la fin de son pamphlet, j'me lève et j'laisse quelques pièces et je fonce vers le rivage me changer les idées. Sauf qu'y me suis c'con de Ryk'. J'avance, je l'ignore mais il continue à vomir ses conneries, ses blagues et les détails de son commerce.

 

Une fois éloignés de la ville, j'me tourne vers lui et j'lui pose la main sur l'épaule. Il m'regarde avec son œil mauvais et j'lui murmure un truc. Il l'entend pas forcément ce con, donc il se rapproche. Je recommence, encore plus doucement et il entend toujours pas. Finalement le v'la tout près de moi, j'peux tellement bien sentir son haleine que je pourrais deviner ce qu'il a bouffé la veille... Alors, tant qu'il était tout prêt j'regarde que y ait personne et d'un coup sec, j'lui enfonce mon couteau dans l'bide et j'remue. Comme si je vidais un poisson, j'l'ouvre par le bas. Son œil me fixe d'un air incrédule et choqué. Et moi pour une fois je détourne pas les yeux. J'le fixe pendant que la vie s'en va petit à petit de sa carcasse qui se vide sur mes bottes.

Mais j'en ai rien à foutre. J'pense toujours à ce petit couple innocent, à Maman, à Aithe et Kaé...

 

C'est mal de tuer. Du moins c'est puni par la loi je sais. Donc doit y avoir une raison. Ce que j'ai fait c'est moche j'en suis conscient. J'ai laissé son cadavre se faire bouffer par les bestioles du coin, il en est rien resté de Feu Ryk'. Pourtant au beau milieu de toutes les merdes que j'ai faîtes, celle-là je sais me hantera pas. Je ressens une drôle de sensation, un bien être malsain. Une sorte fierté mal placée. Oui j'ai tué ce connard et il le méritait 100 fois. Parce que pour une fois j'ai agi au lieu de fuir... J'ai l'impression qu'on me rend quelque chose que j'ai perdu, bien que sur la forme si ça se trouve j'y ai perdu d'avantage. J'sais pas. Faire des choses justes salement c'est pire que laisser faire des choses dégueulasses honnêtement ? Je sais pas...

Je sais que la disparition de ce type fera pas pleurer beaucoup de gens, et tant mieux. J'me dis que quelque part y a une femme ou deux qui se feront pas tout de suite charger sur un rafiot pour aller se faire vendre et violer à l'autre bout du monde.

 

C'est p'tet venu le temps de commencer à changer..