Littérature trilliuminesque.

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Sawyier

La belle saison était arrivée avec une chaleur soudaine et l’air devenait irrespirable dans les bureaux du Trillium. Toutes les fenêtres étaient grand ouvertes, mais le peu de vent n’arrangeait pas l’atmosphère. Au fond du bâtiment, une femme en robe de magicienne s’éventait avec son immense chapeau. Elle était assise à côté d’un enfant et d’un golem de pierre géant ; ils prenaient un goûter plutôt copieux. Thé vert pour Sawyier, jus d’orange pour le petit Tim et café long pour le golem Roger, bien que ce dernier ne puisse ni boire ni avoir soif. D’ordinaire par un temps pareil, ils auraient dû se promener aux alentours de Calphéon, plutôt que cuire dans une maison de pierre, mais ce jour-là, Sawyier attendait quelqu’un :

« Un client va venir. » expliqua-t-elle à son petit cousin et au golem. « Je vais peut-être obtenir un contrat très important. Je compte sur vous pour rester sages et ne pas faire trop de bruit. » Elle essayait de boire son thé sans s’arrêter d’éventer, il s’agissait là d’un exercice ardu mais les magiciennes n’avaient pas peur du danger.

Roger et Tim s’échangèrent un regard, ceux-là avaient développé une grande complicité. Ils grandissaient ensemble et avaient de nombreux points communs. Le dernier en date était de faire des bêtises sans le faire exprès, au plus grand malheur de la magicienne. Cependant rien n’annonçait que cette entrevue risquait de mal se passer. Sawyier avait laissé de quoi bien manger et avait promu Roger responsable en chef de la garderie (titre pompeux sans réel pouvoir politique). Elle révisait ses derniers sorts pour se détendre à l’aide de son grimoire « Magie et enchantements » sous-titré « usage de la magie pour les tâches ménagères ou sociales indignes des magicien(ne)s. » Le genre d’activité mécanique qui permettait d’oublier la peur que pouvait provoquer un entretien professionnel. Lorsque l’horloge sonna quatorze heure, Sawyier bondit, fit un dernier chut du doigt à Tim et Roger suivi d’un index agité pour signifier « sinon ça va barder. » et ferma la porte derrière elle, les laissant seuls dans le salon.

« Regarde, Roger. » murmura Tim après avoir fini son jus de fruit. « Sawyier a laissé son livre ouvert. »

Si les magiciennes pouvaient créer d’énormes boules de feu, il était de notoriété publique que les enfants avaient le pouvoir de repérer et d’être attirés par les objets qui leur étaient strictement interdits. Le golem tourna ses petits yeux verts vers l’objet et se rendit compte de la maladresse de sa créatrice. Comment pouvait-on laisser un enfant et un livre magique ouvert dans la même pièce ? Cela ne présageait rien de bon.

« Non. » répondit-il sur un ton faussement calme et autoritaire. « On n’a pas le droit. »

« Elle a dit : rester sages et ne pas faire trop de bruit. Il n’y a aucun risque si on regarde juste. On fera bien attention de ne pas tourner les pages trop vite. »

« Ahhh. Oooh. D’accord. »

Tim avait là un argument tout à fait pertinent. Lorsqu’on tournait les pages du livre, cela ne faisait quasiment aucun bruit. Sawyier n’était pas en mesure d’entendre cela dans la pièce d’à côté. Roger, bien que responsable en chef de la garderie, ne pouvait contenir sa curiosité devant un tel ouvrage. Il y avait des illustrations colorées à chaque page et des lettres calligraphiées magnifiques. Tim avait appris à lire et se débrouillait plutôt bien. A la page trois, ils s’arrêtèrent car le titre semblait prometteur.

« Sortilège pour les enquiquineurs… Ouah ! Ça pourrait nous être utile, Roger. Il faut qu’on l’apprenne ! »

Le golem essayait de comprendre la représentation du sort alors que Tim commençait déjà à réciter à voix haute la formule, ce que personne ne devrait faire avec un livre magique ; c’était bien la pire chose à faire lors de la première lecture de ce genre de texte. Et lorsque Roger comprit qu’il s’agissait d’un sort pour nuire à quelqu’un, il était déjà trop tard : un petit rayon s’échappa du livre et partit comme une flèche quelque part dans le salon. Tim resta bouche bée et Roger interdit. Quelle terrible catastrophe avaient-ils provoquée ?

« Qu’est-ce qu’on a fait à ton avis ? » demanda Tim

N’importe qui aurait corrigé l’enfant en l’informant que c’était son idée et qu’il était l’unique responsable, mais Roger n’était pas comme ça. C’était un chic golem et il se sentait pleinement responsable du cataclysme qui allait sans le moindre doute se produire. Le lourd silence coupable fut brisé par un bruit de verre, comme un objet en verre qu'on fait glisser sur une table. Ils cherchèrent l’origine de ce son : cela venait de la table basse.

« Ah ! Je suis la salière… CAUCHEMARDESQUE ! Et ce monde est bien trop fade, il a besoin de plus de… chaos. Je vais répandre mon sel partout sur cette terre ! »

« Oh, non. » souffla Roger saisi par l’effroi d’un tumulte qui commençait.

La salière se mit à sautiller furieusement sur la table basse pour mettre du sel partout. Les pâtisseries furent les premières victimes de ce règne de terreur, elles étaient à présent immangeables. Dans un rire malsain, l’objet possédé continua son œuvre et se dirigea vers la coupe de fruits.

« T’inquiète pas, Roger. Je vais arranger ça. Il doit bien avoir un sortilège pour annuler tout ça. »

Paniqué, le golem essayait de rattraper la salière. Il ne pouvait pas faire de geste brusque, au risque de briser un meuble, mais elle était rapide, injurieuse et elle était en train de saler des fraises, on allait prendre ça pour du sucre ! A sa troisième tentative, Roger s’arrêta car il venait de réaliser quelque chose. Tim avait bien dit le mot sortilège ?

Trop tard, un deuxième rayon s’échappa pour s’écraser sur la table. Roger se dirigea vers Tim pour lire le sort qu’il avait lancé « Sort pour adoucir. » Ils se regardèrent tous deux alors que la salière massacrait un bol de fraises. Roger prit doucement des mains de Tim le livre de sorts et lorsqu’il se retourna il vit que la sucrier leur faisait face sur le bord de table.

« Bonjour. » lança Tim, hésitant. « Vous pouvez nous aider… ? »

« Oui, je connais bien la salière. » répondit le sucrier sur un ton amer. « Toujours prête à ruiner une bonne soirée et à hurler de rage sur les honnêtes gens. » d’un air de dégoût, il cracha du sucre par terre. « Je peux vous aider à arrêter ses desseins épicés, mais il nous faut une armée. Passez-moi votre grimoire, je vais vous aider. Eh quoi ? Vous n’avez jamais vu un sucrier lettré ? Je suis raffiné vous savez !  »

« Non. » coupa Roger.  « Plus de magie. »

« Roger, il faut qu’on répare nos bêtises ! »

« Nous n’avons plus le temps ! » cria le sucrier énervé. « Tournez le livre à la page cent dix-neuf. Vite !»


 

Monsieur Prato avait une moustache impressionnante. Elle dépassait bien le visage de deux centimètres de chaque côté, c'était l’œuvre d’un sculpteur, elle ressemblait à un aigle noir prêt à prendre son envol, un oiseau qui battait des ailes à chaque fois que son propriétaire parlait. Sawyier se rendit soudainement compte qu’elle n’écoutait pas du tout Monsieur Prato. Il s’agissait d’un négociant fortuné, le genre de riche qui ne pouvait pas prendre les routes sans se faire un sang d’encre. Le problème fut que la magicienne n’avait rien écouté depuis deux bonnes minutes, or monsieur Prato la regardait avec un sourire pincé et attendait une réponse. Sawyier prit alors un air grave et se massa l’arête du nez pour réfléchir.

« Je vois. » commença-t-elle dans un soupir retenu. « Et vous pensez que le Trillium est la meilleure solution à votre problème ? »

« Oui bien sûr. » reprit Monsieur Prato. « Les routes sont dangereuses et ma livraison ne peut vraiment pas attendre. » Il s’agissait donc bien d’une mission d’escorte et la magicienne paraissait toujours professionnelle.

« Bien, nous allons pouvoir discuter d’un contrat. Je vais le rédiger avec vous si vous voulez bien. Oh, excusez-moi, j’ai laissé ma plume à côté. Je reviens tout de suite. »

Monsieur Prato hocha la tête et Sawyier se leva de son siège. Elle l’avait sûrement laissée dans l’arrière salle à côté de son livre. Elle ouvrit la porte, se retint de hurler, fit un pas en arrière et referma la porte.

« Tout va bien ? » demanda le client.

« Oui. »

« Vous avez oublié votre plume. »

« Ma plume. C’est une excellente remarque. Mais je crois qu’elle est trop usée. Je vais en prendre une autre. »

Un bruit de verre brisé retentit derrière la porte.

« Tout va bien ? »

« C’est rien, ce sont mes collègues. Ils font du pain. » Peste soit son talent de menteuse, l’improvisation n’était clairement pas son fort.

« Du pain ? Dans la salle d’à côté ? Dans un bureau de mercenaires ?»

« Oui. C’est un passe-temps pour nous détendre entre deux missions périlleuses. Moudre le grain, modeler la pâte, la rouler. Ça défoule, ça fait un bien fou. »

« Ma foi, je suis curieux de goûter le pain du Trillium. »

« Il est très mauvais. On débute. Je vous le déconseille. Et si nous revenions à ce contrat ? Je dois avoir une plume dans ce tiroir. »


 

« Je vous le concède, c’était une erreur. » confessa le sucrier à Tim et Roger. «Mais comment aurais-je pu prévoir que les couverts étaient des traîtres et n’avaient aucun sens de l’honneur ? » Il soupira puis leur jeta un regard de coin.  « Par contre, je vous trouve un peu ingrats. Excusez-moi du terme mais j’ai quand même rallié à notre bannière la coupe de fruits et les tubercules. »

Le salon avait des airs de champs de bataille. Roger se cachait les yeux devant un tel massacre et Tim commençait à paniquer. Les fidèles de la salière avaient semé le chaos sur la table basse et l’armée du sucrier avait renversé deux chaises dans leur tentative pour les stopper. Les combats avaient fait un mort, un verre à vin. Face au drame, les deux groupes s’étaient mis d’accord pour faire une trêve afin de se recueillir. Malheureusement la tension persistait et aucune solution diplomatique ne semblait possible. La salière récupérait l’événement tragique qui avait coûté la vie au récipient pour diaboliser l’ennemi et le sucrier quant à lui, expliqua à ses troupes qu’il fallait rétablir l’ordre, peu importe le prix à payer. Tim tourna la tête vers Roger :

« Et si on les mettait tous dans un sac en attendant que Sawyier revienne ? »

« Non. Ils vont tous se casser les uns les autres à l’intérieur. »

« Excusez-moi, nobles sirs. » interpella le sucrier. « Nous avons discuté entre nous et nous avons décidé de choisir la solution proposée par les fruits. Tenter de faire des prisonniers était une erreur. Nous allons charger l’ennemi dans un ultime affrontement et ce sur leur territoire. Nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle et nous nous en remettrons à Ellion tout puissant. »

« Ce n’est pas une bonne idée ! » s’empressa de couper Tim.

Le sucrier posa son couvercle métallique sur la main du garçon. «  Chut. Je comprends votre peine. Mais nous avons juré de redonner à ce monde la tranquillité de Jadis. L’heure n’est plus aux adieux déchirants. » Sa voix trembla. « Excusez-moi, le devoir m’appelle. Au revoir Philippe. »

« Je m’appelle Tim. »

« Ne gâchez pas ce moment ! »

Un lourd silence traversait la table basse, lieu de la bataille finale. Les deux armées se faisaient face, chaque soldat bouillonnait d’impatience d’en découdre, mais aucun camps pour l’instant n’osait donner l’assaut. Ce fut alors que la salière eut une idée pour provoquer ses ennemis. Elle fit amener une pomme, espionne capturée et proche amie du sucrier. La surprise s’empara des rangs de l’armée d’en face. Certains soldats se tournèrent vers leur général qui semblait impassible. Le sucrier, en réalité, contenait une rage immense. La perfidie de la salière allait causer l’irréparable. Celle-ci eut un ricanement et cria :

« C’est votre dernière chance de vous rendre. Abandonnez ou bien votre amie risque de le regretter. »

« Sucrier. » implora la pomme. « Je vous en supplie. Trop de sel a déjà été déversé. »

Il détourna le regard. Il ne pouvait se résoudre à capituler. Il implora le pardon de la pomme avec chagrin.

La salière ordonna alors à l'un des couteaux d’empaler la pomme. Celle-ci fut ensuite soulevée dans les airs et le couteau la jeta devant les rangs de l’armée sucrée. Le sucrier jura de lui donner vengeance et sonna la charge. Roger, d’abord perplexe, devant un tel tableau se ressaisit et tenta de les arrêter. Il plaça l'un de ses bras immenses entre les deux groupes. La rage des belligérants ne se dissipa pas et ils escaladèrent les pierres immenses qui se dressaient devant eux.


 

« Bien ! » s’exclama Sawyier en refermant vivement son registre. «Le contrat est donc signé et le prochain rendez-vous est fixé. Permettez-moi de vous remercier, moustache, pardon, monsieur Prato ! Si vous voulez bien m’excuser, j’ai quelques affaires urgentes à régler sur le champ ! »


 

« J’ai froid. » soupira la salière alors que le sel se répandait sur le sol. « J’aurais simplement voulu une dernière fois apporter le bonheur d’un plat parfaitement assaisonné. »

« Toute… » Commença le sucrier, contenant un sanglot. « Toute la substance de la salaison n’est que l’ombre d’un rêve. »

« C’est… » La salière cracha du sel. « C’est magnifique. » elle expira alors dans un long râle rauque.

Roger et Tim contemplèrent le désastre. Tant d’objets avaient perdu la vie et laissaient les survivants à leur chagrin. Le garçon se sentait désolé pour le sucrier qui venait de perdre ses amis, il s’approcha et essaya de le réconforter :

« Je vous demande pardon, on voulait pas que ça se passe comme ça. »

« Nous avons fait ce que nous croyions juste de faire. » répondit le sucrier. « Mais je suis content d’avoir traversé cette épreuve avec vous, Philippe le garçon et Samuel le golem. »

« Qui est le responsable ?! » gronda soudain la magicienne depuis le pas de la porte.

« C’est Tim qui a ouvert votre livre ! » cria aussitôt le sucrier.

« Oui » renchérit la salière qui se mit à ramasser ses morceaux. « Il a clairement désobéi à votre consigne. »

Le retour de Sawyier fit retrouver au salon son calme perdu. Les objets animés s’empressèrent de ranger et de nettoyer. L’enfant et le golem, eux, regardaient fixement leurs pieds. Ils évitaient soigneusement de croiser le regard de la magicienne. Celle-ci avait les bras croisés et se pinçait les lèvres. Elle leur infligea un silence réprobateur de plusieurs minutes puis soupira :

« Vous imaginez, si un autre membre du Trillium était entré ? La magie c’est très sérieux ! On ne peut pas l’utiliser à la légère, encore moins pour s’amuser. Oh, merci. » fit-elle à la tasse de thé qui avait flotté jusqu’à sa main. « Au moins vous n’avez rien et ça m’apprendra à oublier mon livre. »

Les deux coupables semblaient tirés d’affaire, bien que ce rappel à l’ordre ne les rendait pas très fiers. Tim était soulagé d’avoir évité une punition et demanda d’un ton tremblant s’il pouvait disposer. Sa petite voix apaisa la magicienne qui retrouva son sourire. Elle les laissa reprendre des jeux plus paisibles en repensant à ce qu’ils venaient de faire. Elle trouva cela même amusant jusqu’à ce qu’elle recrache bruyamment son thé bien trop salé…

Sawyier

La faible lueur de la bougie éclairait la mine pâle de sa cousine, il la voyait plisser des yeux et se fatiguer à relire des papiers posés sur le bureau. C’était le soir, et l’enfant commençait à s’ennuyer. Assis sur un confortable fauteuil, Il regardait autour de lui. Les meubles étaient propres et avaient l’air d’une grande valeur ; sur une table basse en face de lui, il y avait une coupelle de fruits et il avait le droit de se servir autant qu’il le voulait. Le garçon avait d’ailleurs le ventre plein, le raisin de table avait disparu. Il soupira, pour signaler qu’il ne savait pas quoi faire. Sa cousine remua le nez, elle ne l’avait pas remarqué.

Il semblait très tard, même si dehors il y avait encore du bruit : les nuits de Calphéon étaient très différentes de celles de Glish. A cette heure si, tante Madeline l’aurait déjà fait coucher alors qu’ici, des gens criaient encore dans la rue.

Le garçon tourna alors le regard vers deux petits yeux verts brillants qui l’observaient depuis tout à l’heure. Il leur fit une grimace puis chercha sur le fauteuil son cheval en bois, un cadeau de Myna et son premier jouet. Le garçon commença alors à faire galoper son destrier dans le salon. Le cheval n’eut aucun mal à sauter du fauteuil à la table basse. Dans sa course, Il dut éviter les oranges mais son agilité était sans pareille, il put passer entre les dangereuses agrumes. Impossible à arrêter, le cheval ne voyait aucun obstacle insurmontable et après avoir conquis le table basse sans mal, il bondit sur la chaise à bascule interdite. On lui avait dit « C’est une terre dangereuse habitée par une sorcière aux pouvoirs terribles qui la garde jalousement » mais la sorcière était absente, il n’en fallait pas plus pour que le destrier n’attaque. Le cheval prit son élan et bondit. Ce fut un saut remarquable, un saut dont on ne parlait que dans les légendes. Le cheval réussit à poser ses sabots sur le siège, glissa un temps et s’arrêta in extremis près du rebord. Fier de sa victoire, le cheval hennit de bonheur, il trottait sur la chaise à bascule de la sorcière. Ivre de réussite, il se demanda alors, quelle serait ma prochaine conquête. Un lourd grondement fut sa réponse. Les yeux verts. Le cheval fit face à celui-ci et toisa son adversaire. Les yeux verts appartenaient à une immense créature qui atteignait presque le plafond, faite de roches et de racines. Il se tenait dans le salon sans bouger et avait observé les exploits du cheval. Son heure était venue. Le destrier légendaire frappa du sabot en signe de défi, ce à quoi le titan répondit d’un grognement interrogatif. « Te crois-tu capable de vaincre un golem comme moi ? » disait-il. « J’ai survécu aux plaines des oranges et aux terres tumultueuses de la sorcière, je n’ai pas peur de toi, Golem. » répondit le cheval sans une once de crainte. Le golem fut tétanisé par tant d’audace et regarda la charge du cheval, qui s’élança et, n’écoutant que son courage, commença à gravir le bras du Golem, il allait atteindre la tête du monstre, plus que quelques kilomètres et…

« Roger aide moi à monter… » demanda l’enfant sur la pointe des pieds.

Le cheval retrouva soudain de la force et put atteindre la forêt qui siégeait sur la tête du titan. Le destrier avait ainsi vaincu le plus dangereux des êtres en ce monde.

« Tim, tu ne serais pas en train d’embêter Roger, par hasard ? » demanda sa cousine qui ne quittait pas ses papiers des yeux.

« Non, non. Roger, le cheval t’a tué. Allonge-toi. »

Le golem, bon perdant, s’allongea doucement, après avoir vérifié qu’aucun meuble ne serait broyé dans son action. Il resta inerte même face à l’orgueil de son adversaire qui sautillait sur son corps.

« Mais pourquoi tu as tué Roger ? » sa cousine avait finalement quitté le bureau pour s’asseoir à côté d’eux. Roger bougea la tête pour signaler qu’il n’était pas mort.

Tim vint s’asseoir à côté d’elle et sourit.

« Sawyier, tu me racontes une de tes missions de mercenaire ? »

« Euh… Je suppose que je peux faire ça. Mais pour cela, il me faudrait d’abord en choisir une… Et vérifier qu’il n’y a pas trop de gros mots… »

Sawyier réfléchissait sous son chapeau de magicienne, elle repassait dans son esprit ses différentes aventures. Parfois elle grimaçait, Tim pensait alors qu’il devait s’agir d’un monstre énorme qu’elle avait dû terrasser. Après une petite réflexion, elle commença :

« Eh bien, je me souviens, d’une aventure… Ah mais on a juré de ne plus jamais en parler… »

« Allez, raconte-moi, je ne le dirai à personne, promis. »

« Je n’arrive pas à me décider, il y a la fois où nous avons été recrutés pour combattre des cultistes, très mauvais souvenir… Un combat dans les marais de Glish, j’ai pris une flèche ce jour-là, une horreur quand j’y repense. Ah si, j’en ai une pour commencer. Notre mission contre une troupe de bandits d’effrits ! »

Tim se tut et ouvrit grand ses oreilles.

« A l’époque, Roger n’était qu’un tas de cailloux qui prenait le soleil, mais nous étions déjà une fière bande de mercenaires. Il y avait Bélier, le guerrier sans peur aux paroles plus tranchantes que son épée. Valerya, la pourfendeuse d’estime de soi, qui pouvait pétrifier d’un regard. Miette, une ombre féline, qui pouvait crocheter n’importe quelle serrure. Alessio un guerrier qui pouvait pousser à bout autant ses amis que ses ennemis, et d’autres qui, comme lui, ne sont plus là. Et enfin et surtout, Glish, la magicienne, belle et intelligente qui manipule une magie puissante et utile, et qui a des blagues très drôles aussi.

Le Trillium avait été appelé pour vaincre le chef d’une terrible bande d’effrits sanguinaires dont le repère était une tour en ruine. Ces effrits étaient aussi sauvages que des nagas et aussi rusés que des fogans. Il nous fallait un plan pour débarrasser d’une menace aussi périlleuse. La conception d’un plan est toujours une étape importante chez le Trillium. Pendant que Miette se glissait dans leurs rangs pour faire une reconnaissance, nous avions décidé d’aller à leur rencontre. Miette ne se fait jamais prendre, elle se déplaçait dans l’ombre sans qu’aucun effrit ne puisse la remarquer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut manger très vite ton assiette quand elle est là, sinon tu risques de mourir de faim. Elle put alors trouver différents passages à emprunter en cas de retraite. Pendant ce temps-là, les effrits se rassemblèrent pour accueillir le Trillium. Ils étaient armés jusqu’aux dents, et tu sais bien que les effrits ont de très grandes dents. Alessio demanda alors à Glish la puissante de lancer un sort pour les impressionner : une boule de feu à leur pied pour les intimider. »

« Et alors ? »

« Et alors, c’est difficile la magie, qu’est-ce que j’y peux si ma boule de feu n’était pas assez grande pour eux ? Bref, Glish ne se découragea pas et en relança une deuxième bien plus grande qui explosa aux pieds des effrits, qui paniquèrent. Le plan marcha et le Trillium obtint un entretien avec le chef, sa cible. Il fallut grimper tout en haut de la tour, et ce fut au sommet que les mercenaires purent voir le chef. Il était bien plus grand que tous les autres, une montagne de muscles, rustre et grossier. Les mercenaires négocièrent alors avec le chef un duel entre l’un des nôtres et celui-ci. Si le Trillium gagnait, il pouvait repartir avec la tête de l’effrit. Sinon … Mieux valait ne pas y penser. Alessio se porta volontaire contre l’effrit et son épée et déclara qu’il allait se battre avec une arme particulière, la magicienne Glish. »

« Mais, tu n’es pas une arme ? »

« Cet effrit-là n’était pas très malin, et il accepta. Les deux mercenaires durent éviter les coups d’épée terribles de l’effrit ; à plusieurs occasions, ils manquèrent de se faire couper en deux et Glish riposta avec sa magie. Et lorsque l’effrit leva son épée en l’air prêt à nous couper la tête une bonne fois pour toute, Glish lui lanca un sort de foudre qui le fit tomber à terre. Ça et les coups d’épées d’Alessio et je crois bien qu’un d’entre nous a tiré une flèche… Bref, les effrits nous ont accusé de tricherie et ont voulu venger leur maître. Bélier put alors s’illustrer au combat en découpant des effrits à tout va et il fit tomber l’échelle qui permettait d’accéder au sommet de la tour. Heureusement, le Trillium connaissait un autre passage, un assemblage d’échelles et de plate-formes en bois, un échafaud de fortune et put se replier. Il fallut par plusieurs fois affronter des effrits sur le chemin, mais les mercenaires parvinrent à atteindre le sol. A cet instant-là, Valerya marmonna quelque chose d’incompréhensible entre ses dents, que la magicienne Glish comprit comme une invitation à brûler l’échafaud. Il se trouva que ce n’était pas du tout ça, il fallait en réalité brûler les effrits vers une autre direction. Valerya s’excusa auprès de Glish et lui promit de faire d’avantage d’efforts pour articuler la prochaine fois. Un contretemps de rien du tout qui n’empêcha pas nos fiers mercenaires de retourner en ville pour réclamer leur prime, leur travail accompli avec talent. Ils s’éloignèrent de la tour en flamme sur leurs destriers, sous le soleil couchant… A moins que, non ça devait être en pleine journée. Voilà, l’une de mes premières missions ! »

Tim et Roger applaudirent.

« Tu peux me raconter l’aventure, celle où vous avez juré de ne plus jamais en parler ? Ça a l’air chouette ! » dit Tim

« Oui. » surenchérit le golem d’une voix grave dont le ton n’exprimait pas l’enthousiasme réel de celui-ci.

« Tu devrais demander à Miette ou à Valerya… Si je la raconte ça va se retourner contre moi. » la magicienne se redressa et épousseta sa robe. « Bien, je pense que nous n’aurons pas de client pour aujourd’hui. On rentre. Roger, je compte sur toi pour surveiller la boutique ! »

Après que Tim eut dit au revoir au golem, Sawyier éteignit sa bougie et ferma la porte à clef. Le quartier général du Trillium fut plongé dans l’obscurité, à part la salle de réunion où deux yeux verts brillaient. Le gardien des lieux avait toute une nuit pour repenser à cette histoire et à rêvasser.

Valerya Tocchini

Calphéon.

 

C'est dans la taverne Herba que j'ai rendez vous. Je suis à la fois excitée et angoissée. C'est la première fois que j'arrive à obtenir une telle entrevue. Une opportunité exceptionnelle pour mes travaux.

J'espère que ça va bien se passer.

En remontant la rue, je ressasse une dernière fois les questions que je veux lui poser. J'en néglige de regarder où je vais, et bouscule un gobelin, qui se met à me bégayer des excuses, alors qu'il n'y est pour rien.

Le doux fumet d'un porcelet rôti vient finalement me confirmer que j'arrive à destination. Comme d'habitude, l'auberge est pleine à craquer d'aventuriers. Vais je réussir à la trouver dans cette foule de gens attablés ?

Je sais qu'elle est blonde, les yeux verts. Elle a dit qu'elle viendrait.

Je m'avance, et la cherche du regard. Peut être qu'elle est en retard.

Je prend place à une table, abandonnée il y'a peu, visiblement. Il reste encore des miettes sur le bois usé. Je commande un verre de vin, j'hésite à en prendre deux. Elle n'aime peut être pas ça.

Et puis j’attends.

 

Les minutes défilent, et je scrute l'entrée. Je veux être certaine de ne pas la manquer. Est ce qu'elle a oublié ? Cette attente renforce mon angoisse, je commence à douter d'être au bon endroit. C'était pourtant bien aujourd'hui, je crois... Je ne sais plus. Mince !

 

Soudain, je sens sur mon épaule la poigne ferme de quelqu'un dans mon dos.

 

- Qu'est ce que vous foutez, ça fait un moment que je vous attend dehors !

 

Je sursaute, et me retourne. Elle me regarde avec un air réprobateur qui me glace le sang. Mais pourtant, cette crainte est rapidement remplacée par la surprise. Je ne l'imaginais pas du tout comme ça.

 

- C'est vous l'écrivaine ?

 

Elle est fine, et pas très grande. Un maquillage léger. Une tenue de cuir. Et elle sent bon.

 

- Oh, j'vous parle !

 

Je dois avoir l'air complètement stupide, à la dévisager comme ça.

 

- Euh...Oui, oui...C'est moi. Vous êtes Valerya ?

 

Elle me contourne, et s'assied devant moi. Elle pose son verre, et me fixe.

 

- Ca vous va comme réponse ?

 

Je n'ose même plus parler, j'ai l'impression que je l'agace. Elle est sûrement fâchée parce qu’elle me croit en retard. Je dois rattraper le coup.

 

- Navrée, je n'ai pas envisagé que vous étiez dehors.

- Ca ne fait rien. Vous avez juste perdu du temps, parce que je dois y aller dans une demie heure.

- Quoi ? Déjà ?

- J'ai pas que ça à faire, fallait être à l'heure.

 

Mais j'étais à l'heure...Ma gorge se serre, et je perds tous mes moyens. Qu'elle idiote, j'ai tout gâché.

 

- C'est quand vous voulez, hein.

 

Oui, bien sur, mettons nous au travail. Une demie heure, c'est toujours mieux que rien. Ressaisie toi, bon sang !

J’attrape mon carnet, et de quoi écrire. Ma main tremble. J'ouvre sur une page vierge, et je commence à écrire.

 

Calphéon, le 25ème jour du mois du Chameau de l'an 286.

Premier entretien avec la mercenaire Valerya Tocchini.

 

Premier, et sûrement dernier, je suis certaine qu'elle regrette déjà.

 

- Je vais vous poser quelques questions et vous y répondr...

- Je sais comment ça va se passer, vous me l'avez expliqué l'autre fois.

 

Second faux pas, décidément, je fais tout de travers.

 

- Euh... Oui. Vous êtes prête ?

 

Elle se met à rire. Qu'est ce que j'ai encore dis ?

 

- Détendez vous, on dirait que vous allez me faire subir une opération médicale. Posez vos questions, si j'ai pas envie de répondre de toute façon, je vous le dirai.

 

Elle est directe. C'est sûrement ça qui me déstabilise. Ca, et le fait qu'elle passe d'un air renfrogné à un rire clair et sincère.

 

- D'accord, alors... Quel âge avez vous ?

- 31 ans.

 

Elle ne les fait pas.

 

- Vous êtes mercenaire depuis quand ?

- Ca fait 6 ans.

 

Et pas une seule égratignure sur son visage.

 

- Vous êtes née à Calphéon ?

- Oui.

- Quand ?

- Y'a 31 ans.

 

Evidemment... Question stupide. Je commence à transpirer.

 

- Pourquoi êtes vous devenu mercenaire ?

- Parcequ'on me l'a demandé.

- Qui ?

- Un ami d'enfance.

- Pourquoi ?

- Parcequ'il était trop con pour mener seul son projet de Compagnie. Vous notez pas ?

- Si, si...

 

Ma main s'excite sur la page, pour noter tout ce qu'elle vient de me dire.

 

- La Compagnie dont vous parlez, c'est le Trillium c'est ça ?

- Tout à fait.

- Combien êtes vous dedans ?

- Ca varie de 10 à 3.

- Comment ça ?

- Parfois on est 10, parfois on est trois.

 

Ca j'avais compris.

 

- Mais qu'est ce qui provoque ces changements ?

- Plusieurs choses : le nombre de gens qui viennent travailler chez nous, le nombre de gens qui tiennent le coup plus de 6 semaines, le nombre de gens qui restent en vie.

- Je vois. Et en ce moment, vous êtes combien ?

- Trois, dont 4 intérimaires.

- Qu'est ce que c'est, les intérimaires ?

 -Des mercenaires qui ne veulent travailler que si on a besoin d'eux en renfort. Pour la plupart, c'est une activité qu'ils exercent en plus d'une autre, principale. C'est un moyen d'arrondir les fins de mois, vous voyez ? Et nous, quand on a besoin de renfort, on les appelle.

 

Je note. C'est un drôle de concept.

 

- Comment vous fonctionnez ?

- La Compagnie vous voulez dire ?

- Oui. Comment fonctionne la Compagnie ?

 

Elle boit.

 

- Sur le principe de l'association lucrative à but convergent.

 

J'ai rien compris...Et je crois qu'elle le voit, puisqu'elle développe.

 

- En gros, il s'agit de regrouper au sein d'un même groupe, une Compagnie, des mercenaires déjà en activité, et expérimentés, qui souhaitent évoluer non plus de manière autonome, mais collective. Un mercenaire seul ne peut pas tout entreprendre, parfois, il a besoin d'une équipe fiable, et compétente, pour réaliser sa mission. Nous avons estimé qu'il était plus intelligent d'évoluer à plusieurs, avec des gens que l'on connaît, que de faire confiance au premier venu qui, parcequ'il sait tenir une épée, se croit mercenaire. Le nombre nous garantie également une meilleure espérance de vie. C'est pas connu pour faire de vieux os, le mercenariat.

 

Je note.

 

- Qui dirige cette Compagnie ?

- Personne et tout le monde.

- Je vous demande pardon ?

 

Elle boit à nouveau. Je crois que c'est du cidre. J'ai bien fais de ne pas prendre un second verre de vin.

 

- Nous n'avons pas de « chef ». Les gens qui viennent travailler avec nous adhèrent à un concept, ils ne suivent pas les ordres d'un seul individu. On travaille pour nous, pour gagner notre vie, pas pour se battre au nom de quelqu'un. On discute des décisions, on les prend ensembles. Chacun met à contribution ses compétences au service du groupe, de manière totalement bénévole.

- Et ça fonctionne ?

- Bien. Depuis 6 ans.

- Vous avez dis être devenu mercenaire à cause d'un ami, vous pouvez me raconter ?

- Alessio voulait devenir mercenaire. Il a essayé, il s'est foiré. Il avait pas toutes les compétences nécessaires, il ne savait ni bien lire, ni bien écrire. Il s'est fait avoir bêtement sur un contrat. Comme moi j'étais éduquée, il m'a demandé de l'aider. J'avais besoin d'argent, j'ai accepté. Les autres aussi ensuite.

- Les autres ?

- Bélier, Miette, Dante, et La flèche. C'est des amis d'enfance aussi.

- Donc si je comprend bien, vous êtes tous devenu mercenaires pour aider votre ami Alessio ?

- Pas tous, Bélier était déjà dans le métier, mais seul. Les autres, c'est à peu près ça. Et pour l'argent, aussi.

- Ca paye bien d'être mercenaire ?

- Plus que d'être écrivain.

 

Elle se lève.

 

- Où allez vous ?

- Faut que j'y aille.

- C'est déjà l'heure ?

- C'est déjà l'heure.

- Vous acceptez qu'on se revoit ?

- Ca dépend, vous allez encore être en retard ?

 

Mais j'étais pas en retard !

 

- Non...

- Alors ouais, d'accord. J'veux bien. Il est censé sortir quand votre bouquin ?

- Je ne sais pas, j'ai encore pas mal de travail à faire et...

- Ouais, d'accord, tenez moi au courant.

- Demain, vous êtes libre ?

- Non.

- Vous partez en mission ?

 

La chance qu'elle a, une mission, ça doit être tellement passionnant !

 

- Non.

- Ah.

 

Déception.

 

- Quand pouvons nous nous revoir alors ?

- J'en sais rien, faut que je réfléchisse. Peut être dans 3 ou 4 jours.

- Même heure, même endroit ?

- Ouais.

 

Elle termine son verre, debout, et lache quelques pièces sur la table avant de me saluer d'un simple geste, puis elle quitte les lieux.

 

Trois ou quatre jours.

Je serai là.

 

Valerya Tocchini

Altinova. 

Dirigée par un riche marchand, Neruda Shen.

D'abord alchimiste, sa vie a pris un tournant lorsqu'il a commencé à diriger une guilde marchande. Il a alors recruté d'excellents forgerons avant de devenir un fin négociateur, convainquant aussi bien Calpheon que Valencia de se fournir en armes auprès de Mediah. Ce coup de maître lui a valu la pleine confiance de la famille royale de Mediah jusqu'à sa chute. Il a ensuite joué un rôle majeur dans l'avènement d'Altinova en attirant de nombreux investissements étrangers.

Il n'est pas exagéré d'affirmer que la construction d'Altinova, la capitale de Mediah, a été synonyme de prospérité sur cette terre. Le syndicat marchand de Mediah commença à investir des sommes considérables du capital acquis des échanges entre Calpheon et Valencia dans la construction de la capitale. Ce fut la naissance d'Altinova de Mediah, un royaume sans grand centre urbain d'échanges commerciaux. Avec la construction des remparts autour d'Altinova, les marchands et les résidents du monde entier affluèrent.

Mais vinrent les "Trois jours obscurs"...(En référence aux ténèbres qui ont envahi Mediah pendant trois jours entiers.)

Tout Mediah fut plongée dans les ténèbres pendant trois jours. Altinova n'y a pas échappé. Sans les repères du soleil et de la lune, le peuple de Mediah a dû utiliser des torches pour repousser l'obscurité. Certaines personnes sont devenues dangereuses et d'autres ont fui vers les frontières d'Altinova en hurlant de peur. Ce n'est que bien plus tard que cette période fut nommée les « Trois jours obscurs ».

Mediah n'a pas pu échapper aux châtiments de la nature. La Grotte de lave et les Mines de fer ont été fermées à cause des tempêtes de sable, et les barbares installés dans le désert ont dû partir. La mine de fer abandonnée de Mediah est ainsi devenue leur nouveau refuge. Après les Trois jours obscurs de Mediah, les barbares ont commencé à forcer les humains à extraire les minerais des mines. Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement les villageois d'Abun qui disparaissent, mais aussi les marchands.

 À la suite d'un certain incident, les barbares ont envahi Altinova et massacrés la famille royale de Mediah. À l'heure actuelle, les résistants de Mediah livrent bataille aux barbares au cœur de la ville.

Mais plus de la moitié d'Altinova s'est alliée avec ces barbares vêtus de noir. On ne sait pas vraiment comme ils sont venus ici, mais les habitants trouvent qu'ils agissent bizarrement ces derniers temps.

 

Et pendant que la cité d'Altinova se déchire, que chacun subsiste de son mieux, comme partout ailleurs, le chaos apparent, fait le bonheur des brigands.

Avec l’essor de Mediah, et l'attraction des marchands, la contrebande aussi à fait sa place dans cet univers riche de promesses.

C'est le cas de la famille Slimani. Originaire de Valencia, la famille s'installe à Altinova peu de temps après sa fondation. Profitant d'un contexte commerciale propice, la famille Slimani installe peu à peu son affaire. Contrebandiers reconnus, respectés pas les uns, redoutés par les autres; tantôt apprécié, tantôt haï ; ils ont su renforcer leur position, tout en sachant se montrer assez discrets pour n'être connus que de leurs principales fréquentations. N'attirant pas les regards, il faut se mêler aux basses sphères de la pègre, pour que ce nom vous dise quelque chose. Si on ne s'intéresse pas aux Slimani, on ignore même qu'ils existent.

Et pourtant, de générations en générations, l'héritage s'est transmis, les dirigeants produisant une descendance digne de les remplacer. Jusqu'à il y'a deux mois.

 

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Habib Slimani

 

Habib Slimani était le dernier patriarche encore actif sur la ville. Amateurs de belles choses, de l'art, aux chevaux, en passant par les femmes, il dirigeait l'affaire familiale, s'appuyant sur une fortune importante. Père de 4 fils, surtout réputés pour leur excès en terme de boissons et autres substances déconseillées, il trouve la mort, certains diront dans d'étranges circonstances, d'autres, de façon toute à fait naturelle. Quoiqu'il en soit, l'affaire ne s'arrêta pas avec lui, et, contre toute attente, ce ne fut pas l'ainé de sa progéniture, qui prit la relève.

 

Sans que personne n'ai réellement d'explication, Habib Slimani avait déshérité ses fils, pour tout transmettre à un petit contrebandier très peu connu de la cité : Vito le Crasseux.

On ne sait pas encore grand chose de cet homme, hormis qu'il est originaire de Calphéon. Ses apparitions à Altinova sont aussi brèves qu'elles sont rares, et on ne lui connait pas réellement de contacts.

Muni des documents de successions, lui donnant la main mise sur les possessions, financières, et matériels , des Slimani, Vito le Crasseux place à la tête de l'organisation un homme originaire de la région : Ali Al Azzred.

 

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Ali Al Azzred

Ali Al Azzred a toujours vécu à Altinova, de ce qu'on sait. Son enfance n'est pas connue, de même que les relations qu'il a pu entretenir. Son apparence et ses manières efféminées ne passent pas inaperçus dans les rues, mais ne vous y fiez pas, Ali n'est remarqué que s'il le désir. Excellent informateurs, c'est par ce talent de discrétion, d'écoute et de transmission qu'il s'est fait connaitre de bons nombres de personnes avides de nouvelles. Personnage incontournable des réseaux d'informations, il sait souvent qui vous êtes avant même que vous ne sachiez, vous, qui il est. De petit informateur, il est passé, sous l’impulsion de Vito le Crasseux, à gestionnaire et intermédiaire privilégié de l'organisation. C'est le représentant officiel du Crasseux sur Altinova. Nul ne peut passer au travers s'il cherche à entrer en contact avec les têtes pensantes du groupe.

 

"Les" têtes. Car il se murmure que le Crasseux n'agit pas seul, et ne dirige pas seul. On le dit souvent accompagné de celle qu'il présente comme "son associée". Une femme rousse, Calphéonienne, comme lui, dont personne n'avait encore jamais entendu parler : Enza Candeva.

Ce nom alors inconnu a fait parlé de lui dans la résolution du conflit opposant l'ainé Slimani, Salah, à l'organisation qu'il juge "dérobée" par le Crasseux, et cette femme.

 

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Salah Slimani

 

Salah Slimani n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler "un contrebandier". Il n'a jamais oublié d'où venait sa famille, et mène une vie de nomade dans le désert, plutôt que de profiter pleinement des richesses et des facilités de l'organisation de feux son père (contrairement à ses plus jeunes frères). Grand passionné de chevaux, il organise depuis plusieurs années, tout les ans, "la grande Traversée du Désert". Une course hippique, dont seuls les participants qu'il sélectionne lui même sont autorisés à tenter. A la fois champion invaincu et organisateur (certains diront, de sa propre victoire), il s’enorgueillit de ses prouesses.

A la mort de son père, il s'est fermement opposé à ce que lui et ses frères soient ainsi privés de ce qu'il estimait devoir leur revenir de droit. Prenant la tête de la riposte, il s'est assuré le soutien d'une partie des hommes au service de son père, pour récupérer ce dont on l'avait privé. Cette querelle opposant les héritiers, et les Calphéoniens, aura déclenché plusieurs rixes dans les rues, entre ceux ayant choisis de défendre le droit des Slimani, et ceux préférant servir les nouveaux chefs.

Négociations, diplomatie, argent, promesses, auront permis au Crasseux de récupérer, peu à peu, la loyauté des hommes. Mais cela ne suffisait pas.

Et c'est là qu 'entra sur l'échiquier de la contrebande, Enza Candeva.

Défiant Salah Slimani sur son propre terrain, lors de la Grand Traversée du Désert, qui s'est tenue le mois dernier, elle a fait beaucoup rire les fervents passionnés de cette course. Inconnue, Calphéonienne et donc, héritière d'une histoire douloureuse avec le désert, en plus d'être une femme, son défi au champion a suscité beaucoup d'amusement.

Amusement se transformant en hilarité générale, lorsqu'elle expose l'enjeu de cette course : le contrôle totale de l'organisation. Le vainqueur se verrait seul maitre de l'affaire, des biens, et de tout ce qu'Habib et ses ancêtres avaient fondé. Quant au perdant, il devrait quitter Altinova et tout abandonner, pour ne plus jamais y revenir.

Enza Candeva a rapporter dans ses bagages, une adolescentes de Calphéon, pour en faire sa championne. Une fillette sur la ligne de départ de l'une des courses les plus difficiles de la région, n'avait pas aidé Candeva à être prise au sérieux, et d'aucun la jugeait stupide, irresponsable, et folle de se lancer dans un défi perdu d'avance, avec de tels enjeux.

C'est sur un destrier de Mediah que la championne de Candeva se présenta. Et c'est sur lui qu'elle remporta la victoire. On raconte que Salah était tellement ivre de rage qu'il annula les festivités destinés au vainqueur. Il dû céder le trophée de la course, un sabre en or, et la championne repartit à Calphéon, avec une monture racée, et une petite fortune de 10 millions. On ne retiendra d'elle que son nom : Trentini. Quant au cheval,  il s'appelait Bareeds (comme le Roi)

 

Depuis lors, les Slimani ont quitté Altinova.

(Cette présentation se veut une partie des évènements joués sur Altinova au cours des derniers mois, et présentés ici afin d'être, ou non, prit en compte, à la convenance de chacun. Pour toutes informations supplémentaires, veuillez contacter @Bélier. D'autres évènements ont eu lieu, et sont toujours d'actualité, du côté des Bas Fonds.)