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Ci-recensé les journées de vie de Bondoulfe de Keplan, son journal.

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Kadhel

 

"Des gamins qui volent ! Et pourquoi pas des livres pendant qu'on y est ... ? Ah..." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Trente-Septième Journée

S'il y a bien une première chose à dire sur Tarif, c'est que ses toits sont tout aussi agréables (ou désagréables ?) que les autres villes. Vindiou qu'il est dur d'être héros sans le sous. Mais c'est ça être un héros, c'est savoir faire abstraction des douleurs du quotidien pour avancer vers son destin. Après le soucis à Tarif c'est que y'a des gamins qui volent, du coup potentiellement ils pourraient arriver au niveau des toits et venir me déranger quand je dors. Peut être qu'au final je devrais tenter de ne plus dormir sur les toits en fait...

Mais bon, Tarif, c'est pas que des toits et des gamins qui volent. Non parce que sinon ce serait triste quand même. A Tarif, il y a des sorcières occultes ! Et oui ! D'ailleurs, ma première rencontre dans cette ville après le palefrenier, ce fut une sorcière ! 

En début d'après midi, je me suis levé (il fallait bien dormir un peu après mon épopée de voyage hein) et suis allé contempler le petit lac depuis un ponton de la ville. Si y'a bien un truc qui change pas, c'est les petits pontons et le beau scintillement de l'eau au soleil. Si ça n'est pas un don d'Elion que de voir nos mirettes bercées par un si beau miroitement, ben je mange mon chapeau. Enfin non parce que j'en ai besoin, mais l'idée est là. Puis un héros qui mange son chapeau ça fait bizarre, si les enfants le font aussi en me prenant pour modèle ça va poser des problèmes...

Donc je regardais l'eau, puis au bout d'un moment j'avais envie de voir la ville quand même. Alors je me suis levé, puis j'ai marché dans les rues un peu au hasard. Et devinez quoi. Déjà les gamins qui volent c'était étrange. Mais en plus ils tirent de la fumée, et y'a même des BON SANG DE LIVRES qui volent. DES LIVRES ! Et puis des marmites, et toute sorte d'objets. C'est vraiment n'importe quoi cette ville bon sang. Rangez vos affaires un peu. Je ne pensais pas qu'on pouvait mal éduquer sa vaisselle, mais il semblerait que si, parce que dans le coin elle est tellement rebelle qu'elle sort de son vaisselier.

Donc j'errais dans les rues (et je ne me perdais pas du tout ! Je faisais des cercles pour revoir les détails !) et d'un seul coup j'ai été accosté par une femme si grande qu'au début j'ai pensé qu'elle avait des échasses, un peu. Une femme avoir une peau noire ébène, avec un paquet sous le bras, qui faisait quelques têtes de plus que moi. Bon sang c'est pas commun. Niveau force de la nature je connaissais déjà ma Josianne, mais visiblement il y en a de toutes sortes. En tout cas, le côté sympathique, c'est que la sorcière ébène elle était avenante, elle. Pas comme ma femme.

Pour preuve, elle m'a demandée si j'étais perdu. C'était très gentil de s'en inquiéter, mais bon un héros ça ne se perd jamais, hé ! Je lui ai répondu que tout allais bien, mais elle semblait intéressée de savoir ce que je faisais en Mediah (le nom du coin, je l'ai déjà entendu plusieurs fois) parce qu'elle ne m'avait jamais vu par ici. Elle a même rit un peu. Faut croire que je dénotes ? Ou alors c'est la terre sur mes vêtements, peut-être. Je sais pas trop. En tout cas je lui ai expliqué que j'étais Bondoulfe de Keplan, Héros choisi d'Elion, et plus Grand Magicien de ce siècle et celui à venir, hé. Un héros qui passe en ville, c'est pas tous les jours, alors autant mettre les formes ! Puis j'ai ajouté que je venais à Tarif sur conseil de mon jeune ami Orwel. Un bon garçon Orwel, je me demande ce qu'il fait en ce moment tiens.

La femme ébène a eu l'air un peu sceptique, mais elle m'a dit que je ne manquais visiblement pas de confiance en moi et qu'elle ne connaissait pas d'homme du nom d'Orwel. Elle était curieuse de savoir pourquoi on m'avait conseillé de me rendre ici, aussi. Alors je lui ai expliqué qu'Orwel et d'autres gens m'avaient dis que venir ici me serait d'une grande aide. Même si je savais pas encore trop pourquoi. Et en plus, ne me souvenant pas du nom de la demi sœur d'Orwel, je ne pouvais même pas amorcer ce sujet... bravo Bondoulfe !

Elle m'a écouté avec attention, du coup j'en ai profité pour lui demander si tous les gens avec des pouvoirs ici étaient aussi des élus de dieu, un peu. Elle m'a répondu que les gens d'ici n'étaient pas des magiciens mais des sorciers, et tenaient leur magie de leur héritage, qui venait d'une femme du passé nommée Cartian. Visiblement, la première sorcière, qui avait bâti le village il y a des siècles et battu des géants. J'espère que leur héritage passe pas par le sang, parce que sinon c'est un peu triste de voir toute la ville faire de la sorcellerie. Enfin à chaque village ses us et coutumes, hein. Toujours est-il que du coup, c'étaient des sorcières, pas des magiciens ! Visiblement elles utilisent l'occulte, pas la magie d'Elion ! Enfin je ne savais pas trop ce que c'était l'occulte, mais la sorcière ébène m'a montré en faisant une sphère noire dans sa main. ça pour sûr, c'était pas comme ma magie à moi qui vient d'Elion. Je lui ai donc expliqué tout enjoué, mais ça a eu l'air de la contrarier un peu.

Elle m'a dit que dans le coin, il fallait pas trop parler d'Elion, parce que c'est pas la foi locale, et qu'en Mediah on révère Aal. Moi du coup j'ai essayé de lui expliquer que dieu c'était dieu, qu'après on l'appelle comme on veut, mais ça ne l'a pas convaincu du tout et ça a un peu posé un froid. Donc bon j'ai changé de sujet. Dieu c'est dieu, on va pas débattre des années.

Donc bon, je lui ai expliqué mon histoire, ma destinée, et la façon dont Elion m'avait donné mes pouvoirs. Elle n'était pas très convaincu, me demandant si ce n'était pas plutôt un héritage. Bien tenté, mais ma famille est paysanne et sans pouvoirs depuis des générations, hé. C'est un miracle d'Elion, il faut s'y faire ! Je dois sauver le monde avec mes pouvoirs, c'est ainsi ! En tous les cas, j'ai fini par la convaincre que je ne mentais pas. Et bien, ce fut fastidieux.

Je lui expliquais donc que je devais sauver le monde, mais elle me dit que je devrais d'abord me sauver moi même avant si le cas se présente, parce que je ne peux sauver personne en étant mort. Belle analyse, mais bon j'étais et ne suis toujours pas mort alors que je suis en train d'écrire. Autant dire que je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait dire. Les héros ça sauve les gens et le monde, c'est tout...

Au final, la sorcière s'est présentée (c'est vrai que j'avais rien demandé, mais j'aurai pensé qu'elle allait se présenter plus tôt). Ihria Shal'dun, érudite à l'Astrolabe (je connais bien évidemment, mais on va pas s'y attarder) et gérante d'une société d'échange entre l'est et l'ouest. Du coup c'était peut être pour ça qu'elle était sympathique avec moi qui vient de l'Ouest, en fait. Elle connaît. Alors que moi je ne pensais même pas qu'il existait des choses aussi loin de Calphéon... et qu'en j'en ai fais part à la sorcière, ça l'a fait bien rire et elle m'a dit que Calphéon n'était pas le centre du monde.... ben oui je sais que c'est pas le centre... je suis en manque de connaissances mais pas stupide hein...

Ensuite elle m'a parlé d'une magnifique cité, plus grande que Calphéon, très loin à l'est, du nom de Valencia. Je connais pas, mais vu la description ça a l'air joli. J'irai peut être un jour. Puis je lui ai demandé s'il y avait des soucis dans le coin, car si Orwel m'avait envoyé ici, il devait y avoir des choses à faire. Ihria m'a parlé des bandits qui sévissaient dans la région, dont certains teintés par la corruption. Ha ! C'était peut être ça que je devais faire. Mais les bandits c'est généralement pour les gardes, même si les héros s'en occupent parfois... Ihria m'a dit que les habitants de Tarif s'en sortaient, mais que les bandits étaient tenaces, terrés dans des falaises et cavernes. Un truc de bandit quoi.

De fil en aiguille, on a parlé de corruption, de l'âme des hommes et des soucis à Calphéon. Je lui expliquais que je savais tout ceci, mais que les héros et les prêtres sont là pour aider les hommes à avancer vers le droit chemin. La sorcière m'a dit que le clergé d'Elion faisait aussi des choses terribles, mais je lui ai expliqué que l'homme est faillible, même moi, mais que c'est juste qu'en tant que héros j'ai plus de chances de réussir là où tout le monde échoue, parce que c'est ça un héros. Mais je peux quand même échouer, hein. Dire le contraire ce serait prétentieux, et un héros ne doit pas être vaniteux, il doit être droit et humble. Je lui ai expliqué que seul dieu ne connaissait pas l'échec.

Ihria m'a alors parlé des maux de ce monde, mais je lui ai expliqué que dieu n'avait pas pour but de rendre l'homme parfait. Le bien et le mal sont des notions mortelles, elles ne s'appliquent pas à dieu. Tous les maux du monde découlent en effet de l'homme, pas de dieu lui même. Mais dieu veut quand même notre bonheur et nous aime. Alors quoi de mieux pour apprendre à l'homme le réel amour que de le laisser le découvrir par lui même ? Les prêtres et les héros sont des guides, des aides que dieu a donné à l'humanité pour devenir plus aimante et heureuse. Et pour vaincre les choses terribles et corrompues qui oppressent les hommes et les mettent à l'épreuve. J'ajoutais à cela qu'en tant que héros, il était de mon devoir d'aider les gens et de sauver le monde, afin que l'humanité puisse découvrir d'elle même l'amour et le bonheur. Je ne fais pas cela pour le prestige, je fais cela parce que je le dois.

Après mon explication, la sorcière est venue me taper sur l'épaule (bon sang elle avait de la force) en riant et en me souhaitant avec un sourire de vivre assez longtemps pour pouvoir mettre tout ceci en oeuvre. Elle me dit qu'elle devait au plus vite finir de livrer son paquet, et qu'elle espérait me recroiser par la suite, ou un jour. Je lui dis que ma vie était déjà bien entamée, mais que je comptais bien mettre le reste de celle-ci pleinement au service de dieu et du bien des hommes. Elle me salua une dernière fois avec un sourire, puis s'élança à grande foulées dans le dédale de ruelles, avec ses longues jambes. Et comme un benêt j'ai alors oublié de lui demander où trouver à manger de cette ville. Du coup je suis actuellement assis sur une pierre, dans un petit jardin, à écrire ce journal en me demandant si mon estomac ne va pas me massacrer l'intérieur de rage. On dirait un ours qui grogne bon sang. Quelle grâce. Allez, j'en ai assez écrit pour aujourd'hui, je vais voir si je ne peux pas attraper une casserole volante pleine de nourriture. Peut être qu'il y en a dans le coin.

Kadhel

"Comme le disait ma Josianne, parler avec des injures ou parler sans, c'est la différence qui fait qu'un vocabulaire est châtié ou charretier." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Treizième Journée

Aujourd'hui, après un bon petit déjeuner et une carotte pour ma Susanne, il est temps pour un grand départ ! Oui, je quitte Heidel pour me rendre à Tarif, cette ville située à l'Est, dans cette contrée que je ne connais guère mais qu'on m'a désignée comme Mediah. Il me semblait important de noter ces quelques lignes avant mon départ, pour marquer l'instant !

 

*Dès lors, les pages du journal se font éparses. Parfois arrachées, parfois illisibles car salies, on ne peut lire que quelques extraits encore visibles ou entiers. Visiblement le voyage de l'homme a été tourmenté.*

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Perdu, je suis tout bonnement perdu ! On m'avait pourtant dit de tourner à droite mais je ne tombe pas sur la ferme Ahto.... mais où suis je bon sang. Je ne me suis quand même pas trompé de chemin ? Quand même ? Un héros ne se perd pas hein ? En tout cas la région est fort belle, je dois l'avouer. Quoiqu'il fasse un peu chaud. J'entends de l'eau qui clapote au loin, peut être un fleuve ou une rivière ? ça tombe bien, je meurs de soif...

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Bon sang ! Bon sang ! Mais qui aurait cru que des crabes caraparoche aussi énormes et violent vivaient dans la région ! J'ai du tomber sur un nid, et je dois avouer avoir couru à tue tête. Ou devrai-je dire, trotté à tue-tête pour la suite. Ma Susanne et moi l'avons échappé belle. Pas que ce fut dangereux ou terrible hein, je suis un héros. Mais je ne vais pas gaspiller mes pouvoirs héroïques contre de simples crabes caraparoches, hein ? Autant quitter leur territoire après tout, non ?

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Je meurs de faim. Je ne sais plus du tout où je suis. Ma Susanne me boude car je ne lui donne plus de carottes, mais heureusement, elle trouve de quoi manger. Peut être devrai je essayer de manger de l'herbe moi aussi ? Ou trouver quelque chose à manger tiens. Peut être que je réussirai à trouver des baies ou un lapin à attraper. Diantre je n'arrive pas à croire que je suis perdu ainsi. C'est cela, un territoire hostile ?

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J'ai fini par retrouver le chemin par lequel j'étais arrivé. Je ne sais plus depuis combien de temps j'erre en ces terres. Peut être six jours ? ou était ce dix ? J'aurai du les compter, bon sang. Bon, je continue, je vais sans doute trouver une route à droite et une ferme....

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Mais c'est quoi ce pays, bon sang ! Alors que j'étais descendu de ma Susanne pour bivouaquer en bord de route, une sorte de créature hyène s'est jeté sur nous. On ne peut plus se poser tranquille nulle part en voyage, c'est agaçant ! Et puis bon, c'est pas comme si c'était un rena... (il a gribouillé le mot partiellement) un loup ! Non, c'est une hyène humanoïde étrange. Je l'ai estourbi d'un bon coup de bâton entre les deux yeux, mais vu le raffut dans les environs, je vais devoir lever le camp bien vite si je veux éviter la meute. C'est quoi ces choses ?

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Je suis tombé enfin sur la ferme Ahto. On m'a dit que j'avais rencontré des mânes. Et j'ai appris au passage que cela fait bientôt 20 jours que j'ai quitté Heidel. Chapeau bas, Bondoulfe. Un héros qui se perd, on aura tout vu. Ma tenu est en lambeaux, je suis couvert de boue et puant à souhait. Le fermier se tenait même le nez en me parlant, oui, ce nez juché entre ses deux yeux qui me regardaient comme si j'étais un vieux fou. Sympathique comme accueil ! Pourtant au vu du nombre de poules qui traînaient sur les toits de sa ferme, il doit être habitué aux fortes odeurs et à la folie, non ? Cela m'exaspère !

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Bon je suis enfin sorti de cet enfer, j'aperçois Tarif. Enfin ! ENFIN ! Et le comble, c'est que je l'avais vu du haut d'une falaise quand j'étais perdu, avant de tomber sur ces satanés crabes. Mais quel... *les mots sont illisibles*

 

*dès lors, le journal redevient plus ordonné, signe que l'homme a terminé sa grandiose épopée que fut le voyage entre deux villes*

 

Trente-Sixième Journée

Je suis à Tarif, et je vais me LAVER et DORMIR ! Je n'ai pas envie d'écrire aujourd'hui. Tout ce que je peux dire, c'est que cette ville est bien étrange. Sauf si voir des gamins voler dans le ciel ne vous semble pas étrange, auquel cas, je n'ai rien dis. 

Ah, oui j'ai oublié la citation. Ben en voilà une, fraîche d'aujourd'hui et qui fait cogiter:

"Même le plus grand des héros peut se voir contraint d'utiliser son propre journal à des fins d'hygiène." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Kadhel

Douzième Journée

""La graine du mal peut germer même dans le plus pur et bon des cœurs. Mais savoir rester dans le droit chemin, c'est savoir se rendre compte que cette graine a germé ou d'être conscient qu'elle peut le faire." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Douzième Journée

Et bien ! Je n'avais pas prit le temps d'écrire dans mon journal depuis le départ de Calphéon ! Il faut dire que voyager, ça occupe. Je suis actuellement dans une auberge à Heidel, où je suis parvenu à trouver une chambre vraiment pas chère. C'est plaisant par ici. La première étape vers Tarif est maintenant terminée. Je repars dès demain pour la suite de mon voyage, mais plutôt que de parler de ce qui se fera demain, parlons de ce qui s'est passé aujourd'hui et durant mon voyage jusqu'à cette auberge.

Je suis parti de Calphéon sur le dos de ma Susanne au petit matin et, je dois avouer, le voyage ne fut pas de tout repos. Je ne regardais pas en arrière, mais vers l'avant, c'est toujours ça de prit. Heureusement, bien que mouvementée, la route était assez sécurisée et j'eu tôt fait de repousser d'éventuels malandrins (il s'avère qu'un vieil homme sur une ânesse semble laisser les bandits inintéressés, car j'ai eu très peu de problèmes. Ou alors c'est ma prestance héroïque, je ne sais guère).

Enfin, tout ça pour dire que le voyage était tout à fait banal. Mais mon arrivée à Heidel ! Bon sang que cette ville est sympathique. A peine arrivée, j'eu déjà un palefrenier à qui confier ma monture. Je cherchais alors de quoi loger en ville, remontant une pente (cette ville n'est pas faite pour les faignants, ces pentes sont une épreuve, je vous le dis) afin de rallier la place principale, où trônait une magnifique statue. Je m'asseyais alors sur les marches d'un grand bâtiment, réfléchissant à comment je pourrais me loger ou me renseigner. Tout à cette réflexion, je fus surpris par l'arrivée d'une jeune fille de 16 ans à peine à vue de nez, qui me demandait si j'allais bien et ce que je faisais ici. Je me présentais alors, héros d'Elion, grand magicien de ce siècle. L'enfant hocha la tête, semblant fascinée par mon propos. En vérité, les enfants adorent les héros et la magie, c'est compréhensible. Celle-ci me regarda encore, puis me demanda si j'allais encore vivre au moins cent ans. Je riais gentiment, lui disant que les héros ne sont immortels que dans les livres, de même que les magiciens. Je doutais donc fort de vivre encore cent ans, du haut de ma soixantaine bien entamée. L'enfant fit mine de réfléchir, puis me demanda si mon histoire allait être inscrite dans les livres pour qu'elle se poursuive durant des siècles. Je lui dis que cela était possible, et elle sembla ébahie. Elle me demanda alors si j'avais beaucoup voyagé, et si je pouvais lui raconter mes aventures. Brave gosse. Tout moi à son âge, mais en féminin et moins paysan. Elle avait un physique ressemblant à celui de Maluan tiens, un peu. Je lui expliquais que je n'étais devenu héros que récemment; et n'avait donc pas encore de grande aventure à raconter. Elle pencha la tête sur le côté, me demandant si je n'étais pas trop vieux pour commencer à être un héros, avec l'innocence digne des enfants de son âge. Je lui répondis que ce n'était pas une question d'âge, mais de destin. On fait souvent l'erreur. Les héros le sont car c'est leur destin, et ça commence à n'importe quel âge.

Elle prit un air songeur en hochant la tête, puis me demanda si je savais lancer des sortilèges, ce à quoi je répondis par l'affirmative. L'enfant sembla alors passionné, et me demanda si je pouvais lancer un sort pour lui montrer. Je regardais alors l'enfant. Les sorts sont faits pour protéger ou vaincre les monstres, pas pour distraire la galerie. Mais bon, c'était une enfant, et son regard me donnait envie de lui montrer. Néanmoins, alors que je me levais pour lancer un sortilège, je stoppais net en me rappelant la réaction des gens à Calphéon. Je regardais alors la petite, et lui demandait si l'on pouvait utiliser de magie dans les rues à Heidel, car j'avais eu des problèmes en le faisant à Calphéon. La jeune fille eu un air déçu, car elle n'en savait rien, puis me demanda alors si je venais de Calphéon. Je lui répondis que je venais de Keplan, la laissant sur un air d'incompréhension. Elle me demanda pourquoi j'avais été en geôles à Calphéon si je venais de Keplan, et je lui répondis que c'était parce que je voyageais. Ah, les enfants, ils sont parfois si distraits.

La jeune fille me dit subitement qu'il faisait froid dehors, et qu'on l'attendait dans le bâtiment auquel appartenait les marches où j'étais assise. Elle me demanda si je voulais l'y accompagner, au lieu de rester ainsi dehors. J'acceptais donc de la suivre, et entrait alors dans une sorte de relai/auberge richement décoré. De nombreuses personnes discutaient, et la petite était visiblement une habituée des lieux, discutant avec les différentes personnes en présence. Je saluais l'assemblée, me désignant et présentant ma condition. Cela laissa les gens perplexes et ceci me lancèrent quelques œillades mi étonnées mi curieuses. J'eu le droit à quelques bonjours (un géant m'appela même papy, ce qui me laissa pantois), tandis que la jeune fille me guidait vers une place pour m'asseoir. Elle me proposa même de chercher du vin, ce qui me mena à lui expliquer à quel point il est dangereux de boire, surtout dans les villes avec des ponts enjambant un fleuve. Cela la laissa perplexe, mais je pense que ce conseil pourra lui être utile, une fois adulte et apte à se plonger dans de la bière. Quoi de plus facile à retenir que le conseil d'un héros, mh ? Ça a de l'impact.

La jeune fille hocha la tête, puis me demanda si je connaissais les Veilleurs. Je lui répondis que je n'avais aucune idée de ce que c'était, tandis qu'un homme plus loin grogna en disant qu'il y avait des sujets où il ne fallait pas fouiner à son âge. La petite sembla dépité, tandis que je vantais à quel point Heidel était accueillant et chaleureux vis à vis de mon séjour à Calphéon. La petite me dit que la prison ne devait pas être très portée sur l'hospitalité, en effet. Je confirmais dans un rire, expliquant que les gens de Calphéons étaient pour certains des rustres finis, mais qu'ils restaient des gens à sauver si mon devoir m'y amenait. Puis, prit de curiosité, je demandais si la petite habitait dans cet établissement. Elle me répondit que non, mais qu'on la laissait assez souvent y loger. Reprenant ce que je disais sur Calphéon, elle me dit "Protéger ceux qui ne peuvent se protéger seuls, faire ce qui semble juste, car on ne connaît pas la raison pour blesser ou tuer quelqu'un, mais pour sauver ou aider quelqu'un, aucune raison n'est nécessaire. C'est ça ?". Je fus surpris. C'était très proche en effet de ce que devait faire un héros. Un héros sauve les gens, il ne tue pas. Je répondais donc avec enthousiasme à la petite qu'en effet, quand on est un héros, on sauve les gens, on ne doit pas leur faire de mal. Elle me demanda alors si je ne faisais pas de mal aux méchants. Je lui expliquais que je l'évitais au maximum, car les méchants ont encore du bon en eux, la lumière devrait pouvoir leur sourire à nouveau. Néanmoins, il est parfois nécessaire d'en venir à cette extrémité, bien que cela me chagrine de ne pouvoir sauver une âme. Elle hocha de nouveau la tête, pensive.

Je lui demandais alors pourquoi elle me posait toutes ces questions (bien que cela ne m'étonne guère de la part d'une enfant, c'était inhabituel pour moi d'en recevoir autant). Elle me répondit que sa grande sœur lui lisait souvent des livres de héros par le passé, et que ça lui donnait envie d'en être une plus tard. Je lui répondis que je lisais moi aussi des livres de héros dans ma jeunesse, et que si elle avait de la chance, elle serait peut être elle aussi désignée comme héros, un jour. Cela sembla la ravir, puis elle demanda comment je me nommais. Je dois avouer que je fus surpris de sa question, car je m'étais déjà présenté comme Bondoulfe de Keplan. C'est assez étonné que je répétais à nouveau mon nom. Elle me répondit qu'elle avait bien entendu que je me nommais Bondoulfe, mais voulait savoir si c'était mon prénom, ou mon nom. Elle voulait connaître mon nom complet. Je compris mieux sa question, du coup. J'expliquais à l'enfant que ma mère m'avait donné le prénom de Bondoulfe. Un homme dans la salle souffla que les mères étaient parfois cruelles, ce à quoi je répondis que c'était une sainte femme, et la seule personne de ma famille à ne pas me traîner dans la boue. L'homme ajouta alors pour lui même "Demi-cruelle alors". Je l'ignorais tandis que la jeune fille me demandait mon nom de famille. N'ayant d'abord pas entendu sa question, je continuais en disant "C'est une bonne femme". Puis ajoutais à mon propos en parlant de mes crétins de frères qui jetaient du fumier dans mon lit quand j'étais jeune et passait mon temps à lire. 

M'interrompant, la jeune fille me demanda si je m'appelais donc Bondoulfe BonneFemme. Je la regardais étonné, lui disant que c'était Bondoulfe de Keplan. Elle insista sur le fait que c'était une ville, et me demanda si c'était bien mon nom de famille. L'homme qui avait fait ses remarques plutôt lâcha que ça devenait trop pour lui, avant de tourner la tête en se grattant la nuque. Mh, curieux. J'expliquais à l'enfant que je n'avais pas de nom de famille, car je suis un héros et n'en ai pas besoin, et que mon père était de toute façon un imbécile (d'ailleurs je ne me souviens plus de mon nom de famille. C'est curieux... mais pas très grave au final. J'avais prit le nom de ma Josianne dès notre union, de toute façon).

A peine mon explication fut-elle terminée que j'étais alpaguée par une jeune femme du nom de Muirguen. Celle-ci me fit remarquer qu'il y avait de nombreux héros en ville, tout en regardant l'homme qui ne cessait de faire des commentaires. J'appris d'ailleurs ensuite que celui-ci s'appelait Anrel. La petite Ruby, pour sa part, alla parler à une femme orientale, me laissant seul face à cette situation. Je demandais à Muirguen si elle avait connaissance d'autres héros, car j'en avais déjà croisé à Calphéon. Peut être que la présence de tant de héros présageait un grand cataclysme à venir ? Coupant ma réflexion, Anrel lâcha qu'il n'était pas un héros. Ah, c'était donc de lui qu'elle parlait. La jeune femme continua sur sa lancée en me regardant, disant qu'au final héros et guerrier c'est un peu la même chose. Je soupirais et me mit dès lors à expliquer à Muirguen en quoi elle se fourvoyait totalement. C'est lors de mes explications que nous furent interrompus par une jeune fille, Akisa, qui monopolisa quelque peu l'attention de mon interlocutrice et de plusieurs personnes avant que je puisse enfin reprendre ma discussion. Ah, cette jeunesse.

Muirguen me dit suite à mon histoire qu'à ses souvenirs il n'y avait pas de héros à Calphéon, seulement des nobles. Je témoignais du contraire, bien que concédant la présence de nobles, au demeurant fort corrompus et désagréables. Cela sembla énerver Anrel, avec qui je commençais à débattre vis à vis de mes mésaventures, défendant avec ferveur le fait que les nobles étaient loin d'être tous sympathiques, certains pourris jusqu'à la moelle, bien que restant des humains devant être sauvés. Lassé, l'homme se leva, visiblement passablement énervé, et se dirigea vers le comptoir. Je discutais ensuite avec l'orientale, nommée Kimanah, qui s'avérait être une guérisseuse. Je tentais de parler un peu de magie, mais bon, moi mon pouvoir me vient d'Elion, alors je n'y comprenais pas grand chose de toute façon ... Je ne sais pas faire de magie curative, en plus.

C'est lors de ma conversation avec Kimanah et Ruby que la précédemment nommée Akisa décida de faire des siennes, venant me provoquer et me tourmenter, déniant Elion, mon statut de héros, et de façon générale tout ce que je pouvais dire. Elle critiqua même ma vie en tant qu'humain et la potentielle famille que je pouvais avoir. Ne pouvant me retenir au début, le ton monta, puis je me rendis compte qu'il s'agissait simplement d'une jeune femme rebelle et malmenée par la vie, sans aucun doute. Je décidais alors de prodiguer des paroles sages, faisant fi de ses injures et critiques. La conversation que nous eûmes mériterait presque une page de Journal à elle seule, mais je n'ai guère l'envie de retranscrire toutes les élucubrations qu'elle a pu fournir. Toujours est-il qu'après un débat houleux, où je parvins à rester tel qu'on attend d'un héros qu'il le soit, en l'occurrence, calme et sage, je décidais de quitter le "Relais des Chimères" pour trouver à loger, la petite Ruby et la plupart des clients ayant déserté les lieux, et le serveur semblant on ne peut plus lassé de notre querelle. Je laissais la jeune femme sur place, à déballer ses invectives, restant pour ma part aimable et calme, avant de m'en aller en me téléportant, histoire de lui en boucher un coin, HA !

Après ces événements, et bien, j'ai trouvé l'auberge où j'écris actuellement ces lignes. Et ayant terminé ce récit, je vais aller trouver un repos bien mérité avant de reprendre mon voyage. Pour une fois que je dors sur un vrai lit et pas des tuiles ou de l'herbe, autant en profiter pleinement et soulager mon vieux dos. Les héros, ça s'entretient, surtout quand c'est vieux.

Kadhel

Dixième Journée

"Parfois les gens jouent aux durs. Bah, je suis blessé, ça me concerne. Bah, je suis désespéré, ça me concerne. Bah, je suis persécuté, ça me concerne. Mais on oublie trop souvent que les héros sont là pour nous délivrer de ces maux." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Dixième Journée

Allons bon, je profite de cet instant avant de dormir (encore calé sur un toit, ça va sans dire, ça devient une habitude. Pas plus expert que moi pour trouver une bonne cheminée sur laquelle s’appuyer en passant sa nuit, ça je vous le dis !) pour relater ma journée, partant demain pour Heidel. Et oui, je vais enfin me rendre à Tarif, et j'ai donc retrouvé ma Susanne ! Les mots me manquent pour écrire mon bonheur et mon soulagement, mais je pense que raconter ma journée saura faire partager cet émoi, expliquer ce grand moment.

Il faut que j'explique. Suite à mes réflexions nocturnes avec Renard et le Renard (Oh oh ! On la voit venir celle là), il ne restait plus que les fermes à explorer de mon côté. J'ai donc passé ma journée à enquêter dans les différentes fermes des environs pour retrouver ma Susanne, me gardant bien d'approcher Gabino. Mais le temps passa, je fis ferme après ferme, et je me tins finalement debout devant Gabino, sur un rocher. Je contemplais le lieu en contrebas, des frissons me parcourant l'échine au souvenir de ce qui m'était arrivé en son sein. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je remarquai en contrebas le jeune Orwel ! Celui-ci portait un sac à dos sur l'épaule, et une mine renfrognée sur son visage. Je le hélais depuis mon promontoire, attirant dès lors son regard et son salut. Je descendis difficilement de mon perchoir afin de le rejoindre, prenant soin de ne pas briser mes vieux os (héroïque, oui, mais vieux aussi !). Arrivé en bas, je témoignais de ma joie de le retrouver, et lui expliquais que je cherchais encore ma Susanne. J'ajoutais que j'avais déjà remué ciel et terre, mais qu'il me restait cette ferme à visiter.

Le jeune Orwel me regarda alors avec des yeux amplis de compassion, me demandant s'il ne valait pas mieux tourner la page au final. Je dois avouer que ces propos m'outrèrent quelque peu, mais il est vrai que parfois la jeunesse a des idées bien étranges. J'expliquais à Orwel que l'on abandonne JAMAIS un compagnon de route, surtout quand on est un héros. Un héros qui abandonnerait un compagnon ? Son propre destrier ? Mais quelle honte, mais quelle atrocité que cela ! Les héros sont là pour montrer l'exemple. Si les héros abandonnent  leurs compagnons, où va le monde, hein ?

Le jeune Orwel semble gêné que je lui fasse ainsi des remontrances, puis tourna sa tête vers la ferme en se massant la nuque, les yeux préoccupés. "Je peux comprendre votre inquiétude" me dit-il, "Je me suis moi même battu pour retrouver ... ma Susanne". Je pris un air étonné et lui demandait s'il possédait lui aussi une monture. Il haussa les sourcils, puis me dit qu'en vérité il parlait de sa compagne, Arialyss. Ehm... nous nous étions mal compris. Je lui explique que Susanne n'est pas ma "compagne" à proprement parler. C'est Josianne ma compagne, elle m'a bien assez mis de remontrances dans les dents pour que ça reste gravé dans ma pauvre cervelle à vie, mh. Il soupira en m'expliquant que c'était une image. Face à la gêne de la situation, je changeais habilement de sujet. Un héros doit toujours avoir un plan de secours, même dans une discussion gênante, il doit savoir rebondir !

Je lui demandais donc, quitte à être ici, de me présenter sa compagne Arialyss, justement. De mémoire sa chère et tendre vivait à Gabino. Orwel glissa subrepticement qu'il n'avait pas trouvé ma Susanne à Gabino, preuve qu'il avait cherché le bougre (et cela expliquait son propos précédent). Diantre, ainsi aurai-je décidément perdu ma monture ? Ma pauvre Susanne ? Tout à mes réflexions, je réagis à peine lorsqu'Orwel lança "Quand on parle de la louve". Puis, ayant percuté, je me retournais dans la direction de son regard ... pour me figer, les poings serrés. Elle était là. Avec sa main sur sa hanche et ses sourcils haussés. C'était ELLE ! La noble qui a volé ma Susanne. N'y tenant plus, j'interpellais Orwel. C'était elle, elle ! Elle qui avait volé mon ânesse chérie ! Je le suppliait des yeux pour qu'il m'annonce qu'il y avait méprise, que ce n'était pas là sa compagne. La noble fronça ses sourcils, prononçant d'une voix calme "Quelle ingratitude ...". Orwel prit un air surpris, me disant que c'était bel et bien sa compagne, et qu'elle ne ferait pas de mal à une mouche. Il me saisit amicalement par les épaules et m'amena doucement auprès d'elle pour me la présenter. Je pointais la jeune femme du doigt, dénonçant une fois de plus son implication dans l'affaire, son vol de ma Susanne. Puis me ressaisissait avec appréhension en voyant tous les gardes alentours, ces mêmes gardes m'ayant maltraité quelques jours auparavant. Un terrible, terrible moment. Orwel me présenta à sa compagne, me disant que je devais confondre. La femme remarqua visiblement mon désarroi, et esquissa un petit rire avant de faire un sourire en coin pour me saluer. Démone !

Je tournais de nouveau mes yeux vers Orwel, lui jurant que je reconnaissais bien là celle qui avait provoqué mon désarroi et volé ma Susanne. Orwel resta sceptique, tandis que je lui jurais que les héros ne mentent jamais. C'est vrai quoi ! Un héros se doit d'être honnête ! La femme secoua la tête, regardant Orwel sans même me jeter un regard. Elle expliqua qu'elle avait emmené l'ânesse car la garde m'avait attrapé, et qu'elle ne pouvait se résigner à laisser un âne sur la voie publique des quartiers nobles. Menteuse !  Menteuse menteuse menteuse ! Je m'insurgeait, révolté. Je dévoilais le mensonge, dénonçant le fait qu'elle l'avait embarqué bien avant cela, et que c'était justement à cause d'ELLE que les gardes m'avaient attrapés. La jeune femme ne perdit pas sa contenance, mais son mensonge était dévoilé. Elle argua qu'elle avait prit l'ânesse pour faire diversion, suite à un tapage vers le Joaillier de Noirvent exécuté par ma personne, ce afin que la garde me saisisse. AH ! Voilà ! C'était CA la vérité ! Orwel prit un air choqué, demandant des explications. Je regardais Orwel, lui disant que je ne mentais pas, comme il pouvait maintenant le constater. La jeune femme ajouta au passage que l'ânesse se trouvait dans son écurie actuellement, car elle ignorait quand je serai relâché. Ma Susanne était donc bien ici, songeais-je à la fois joyeux et perturbé. Les larmes me montèrent aux yeux, mais je me retins, car un héros doit rester fort aux yeux du peuple.

Orwel regarda sa compagne, redemandant des explications, comme pour comprendre pourquoi elle avait fait cela. La jeune femme prit un air excédé. Elle expliqua qu'elle n'avait pas à se justifier d'avoir agit ainsi pour préserver les bonnes mœurs. Elle ajouta que courir ainsi dans les rues en gesticulant, faisant autant de tapage qu'un troupeau de pachyderme, avec les gardes à ses trousses, est une raison suffisante pour justifier son action. Elle avait vu en moi un criminel quelconque, et avait donc aidé la garde, ni plus ni moins. Je m'offusquais de son propos, lui rappelant que j'étais l'un des plus grands héros de ce siècle, et non pas un vulgaire brigand ou criminel de quelque sorte. Elle me regarda en souriant, me demandant si un héros se faisait stupidement attraper par la garde. Je m'énervait, lui rappelant que j'avais été attrapé car je cherchais à sauver ma Susanne de ses griffes de voleuse. Orwel ajouta qu'un héros n'est pas forcément intouchable, propos auquel j’acquiesçais vivement. Un héros est humain, donc il est touchable.

La jeune femme ne s'arrêta pas là, prétextant que j'avais de plus cherché à lui jeter un sortilège au visage, mais n'avait visiblement pas pu, étant à plat. Mais quelles étaient donc ces sornettes ? Orwel me regarda avec un air sérieux, me demandant si c'était la vérité. Je lui assurai qu'un héros n'opprime jamais le peuple, même les voleurs. Je ne jette pas des sortilèges en pleine rue sur des citoyens comme ça. La compagne d'Orwel regarda ce dernier, lui assenant de continuer ainsi à prendre mon parti contre elle, avec un air de reproche. Elle ajouta que j'étais un hypocrite et l'avait menacée de mon bâton. Orwel me regarda avec un air sévère, me demandant de jurer sur mon titre de héros que je n'avais rien tenté de la sorte. Je répétais une fois de plus que je ne persécute pas les citoyens, en tant que héros, et j'expliquais que j'avais tenté de me téléporter pour fuir le cercle de gardes m'entourant, sans succès, car n'étant pas infaillible ma magie à ses limites. La jeune femme me regarda, répétant qu'elle savait ce qu'elle avait vu et que mes belles paroles n'y changerait rien. Lassé de son manège, je sortis mon bâton, puis me mit à prononcer l'incantation que j'avais tenté cette fois en question. Je fut alors téléporté vers la route, un peu plus loin, là où je désirai aller. Cela provoqua un mouvement de recul et de frayeur passager chez les deux jeunes gens, et certains gardes saisirent même leurs armes, sur le qui-vive. J'hurlais depuis la route "Vous voyez, totalement inoffensif ! Et c'est la même incantation, on ne peut guère se tromper !". Tandis qu'Orwel faisait part de son ébahissement, confiant qu'il adorait quand je faisais ça et aimerait faire la même chose, Arialyss me regarda revenir en marchant depuis la route. 

Je réajustais mon chapeau en arrivant, rappelant à Orwel que je n'étais capable de faire cela que de par mes capacités de magicien héros, tandis qu'Arialyss me contemplait, me demandant si elle devait donc partir du principe que tout n'avait été qu'un malentendu. Je lui confirmait, lui disant de nouveau que ce sortilège ne ferait pas de mal à une mouche. Orwel confirma à sa compagne qu'il me voyait difficilement faire du mal à quelqu'un. Bon garçon ! Je repris la parole, disant que j'allais montrer la différence, commençant à prononcer une autre incantation, très différente.

La jeune femme reprit alors la parole alors que j'exécutais mon incantation, ajoutant que dans tous les cas, être un héros de Keplan ou autre ne veut pas dire que l'on est tout-permis, et que je n'avais aucunement le droit dans tous les cas de déranger un quartier paisible à ma convenance. Ma boule de feu parti s'écraser dans un rocher de l'autre côté de la route, sans aucun accident (j'ai vérifié, quand même, que personne ne passait. Logique). Je rangeais mon bâton, tandis qu'Orwel était excité comme une puce et sa compagne pas franchement emballée par ma démonstration. Je répétais de nouveau qu'en tant que héros, je ne blessais pas les citoyens, mais les protégeais. A côté, Orwel se prit la lubie d'essayer de m'imiter, et échoua bien évidemment, provoquant un regard au ciel exaspéré de sa compagne. Puis, ayant réalisé les phrases précédentes de la noble, je me tournais pour lui expliquer que j'étais épaté et étonné de l'impolitesse dans les gens faisaient preuve à mon égard. Elle me dit alors avec un ton sérieux que je devais alors sans doute revoir mes méthodes, car l'impolitesse des gens n'étaient vraisemblablement que le retour de bâton de ma propre impolitesse. Je fuis extrêmement surpris de ce raisonnement tordu, lui expliquant que je n'étais jamais impoli. Elle me regarda et ajouta qu'il ne fallait pas que je m'attendes à ce que les gens m'acclament quand la garde me coure après et qu'ils me remercient alors que je dérange leur tranquillité. Je prétextais qu'il étais normal d'être énervé lorsque l'on est traité comme un chien. Orwel tenta alors de calmer le jeu, demandant à sa compagne de se montrer un peu plus tolérante car j'étais quelqu'un de bien. Bon garçon ! Diplomate et gentil.

Loin de se calmer, la noble me demanda si elle m'avait traité comme un chien d'un ton de reproche. Je lui expliquais que tambouriner contre une porte n'était pas un crime, et que sa vision des choses venait sans doute du fait qu'elle n'avait jamais été à la campagne. Ces nobles je vous jure ! Elle me regarda en montrant la ferme et les environs, m'arguant que nous ÉTIONS à la campagne. Orwel se passa une main sur le visage. Je regardais la jeune femme et lui dit que, sans vouloir l'offenser, elle n'avait rien d'une personne de la campagne. Elle me répondit quelle n'était pas offensée le moins du monde. Je lui disais que les gens à la campagne ne s'offusquent pas pour une porte ou parce qu'on passe devant chez eux. Orwel, excédé, demanda s'il devait partir faire un tour. Sa compagne lui jeta un regard, puis s'adossa à un mur en croisant les bras. Je m'excusais auprès de lui pour l'échange, qui devait être très désagréable pour lui à vivre, ayant presque oublié qu'Arialyss était sa compagne. Pauvre garçon ! Ce devait être terrible pour lui de voir ainsi se chamailler deux personnes chères à ses yeux... Il fallait que je me calme.

La noble me lança depuis son mur que les gens civilisés, eux, s'en offusquaient. Mais qu'en effet les barbares eux n'en avaient cure. Ainsi donc selon elle les paysans sont des barbares et pas des gens civilisés ? Y'a que les citadins qui sont civilisés ? Encore une phrase typique de noble ça, pensais-je. Elle souffla ensuite un rire en me voyant m'excuser à Orwel, me traitant d'hypocrite à nouveau. Mais quelle plaie cette femme ! Ça s'approcherait presque du niveau de ma Josianne, rendez vous compte. Je plains déjà Orwel pour sa future vie de couple.

Parlant d'Orwel, celui-ci regarda alors sa compagne et la supplia du regard d'être plus tolérante. Bon garçon. Il proposa de faire la paix et de boire un verre à l'intérieur. La jeune femme le regarda, puis lui balança au visage qu'il était bien sot de croire le premier épouvantail venu, et de dire que j'étais bon et gentil en étant berné par mes belles paroles. Je fus presque choqué de voir autant de reproches en une phrase. Orwel la regarda avec un sourire en coin, lui demandant si de mémoire elle se souvenait qu'il se soit déjà trompé à propos d'une personne. Elle l'ignora et continua en lui reprochant de prendre aveuglément mon parti en la faisant passer pour la méchante, sans même savoir ce qui c'était réellement passé. "Oh oui, c'est un saint homme ce vieux, Orwel. Et moi la fautive. Va donc t'amuser avec lui et boire ton verre, moi je vais vous montrer où est l'ânesse et partir, je préfère en rester là."

Orwel sembla d'un coup perdre contenance, lui disant qu'il n'avait jamais dit ça en voulant s'expliquer tandis qu'elle s'éloignait. Je lançais à la jeune femme qu'elle était libre de me haïr, mais que je la sauverais quand même si un jour le danger la guettait. Je me tournais ensuite vers un Orwel se tenant droit avec la main sur le visage, m'excusant auprès de lui pour cette situation. Il rit, et me dit qu'il ne fallait pas m'en faire, car elle était dans une mauvaise phase en ce moment, et que ça lui passerait, fort heureusement. Il me guida ensuite sur les traces de sa compagne, vers un enclos où attendait cette dernière, tenant ma Susanne par le licol. Elle s'approcha alors de moi d'un air neutre et me donna les rennes, avant de s'éloigner un peu. Ayant du mal à réaliser que j'avais enfin retrouvé mon destrier chéri, je restais un peu en plan, avant d'étreindre le cou de mon ânesse, empli de joie. Celle-ci était en pleine forme, bien brossée, bien nourrie. Je lui parlais avec douceur. J'en oubliais presque les deux jeunes gens, tant mes retrouvailles étaient un grand moment.

Finalement, je me retournais et m'inclinait devant la jeune noble, la remerciant d'avoir prit soin de ma Susanne. Cela sembla la perturber un peu. J'ajoutais qu'elle n'était sans doute pas une mauvaise femme, après réflexion. Après tout, il est humain de se méprendre sur autrui. Au final, je lui pardonnais tout. Même ce séjour en geôle m'avait au final permit par la suite de rencontrer nombre de gens formidables. Néanmoins, je restais fermement opposé à sa façon de voir la civilisation. Je me tournais ensuite vers Orwel pour m'excuser de nouveau de l'avoir mit dans l'embarras. Il se gratta la nuque, me disant qu'il détestait voir des gens se prendre le choux de la sorte, et qu'il était bien heureux que ça se soit bien fini. Il ajouta avec un sourire à sa compagne qu'il devrait pourtant être habitué à voir des gens se prendre le choux, à force d'être à ses côtés. Je tapais des mains en riant, disant à Orwel qu'il avait en effet tendance à tourner en plein au milieu des conflits depuis que je le connaissais. De son côté, la noble me dit que je ne savais pas grand chose de sa manière de voir les choses, et que sa façon d'agir et de penser avait été situationnelle. Elle me témoigna ensuite du fait qu'elle était heureuse que j'ai pu retrouver ma bête. Je lui répondais en souriant que j'étais magicien, pas devin, et qu'il était donc normal que je ne puisse comprendre, avec un rire.

Un silence finit par s'installer, et je commençais à sentir que j'étais peut être de trop, aux regards que se lançaient les deux jeunes gens. Je fis alors part du fait que je devrais peut être me retirer, mais Orwel me dit que je pouvais rester. J'engageais alors la conversation avec la jeune noble, lui demandant ce qu'elle faisait dans la vie, ne sachant trop sur quel pied danser. Elle me répondit qu'elle gérait le Haras de Gabino, et le Triskel. Ne sachant guère de quoi il s'agissait, je lui demandais de s'expliquer sur le deuxième point. Elle me répondit qu'il s'agissait d'une association de personnes travaillant pour le bien de tous. Cela me rendit content. Des gens qui travaillent pour le bien des autres ! Je lui faisait par de mon engouement et riait en disant qu'ils faisaient un peu un travail de héros sans en être vraiment, somme toutes. Elle souffla un rire en me disant qu'en effet, ils ne travaillaient pas pour des assassins ou autre. Elle ajouta que le Triskel protégeait autrui, aidait la veuve et l'orphelin, soutenait les gens en difficulté ... Et c'est au cours de sa présentation que le jeune Orwel tomba subitement, un genou à terre, dans un grognement. 

Cela coupa court à la discussion. La jeune noble et moi allâmes de suite nous enquérir de son état de santé, de ce qui lui arrivait. Il voulu jouer les durs, mais s'affaissa encore, se recroquevillant légèrement sur lui même. Nous avons alors insisté tout les deux pour qu'il s'explique, et il céda finalement à nos demandes, enlevant la main qu'il tenait contre sa chemise pour dévoiler le sang qui la recouvrait. Une blessure, cachée sous la chemise, tout ce temps. Puis je suis entré dans un état second. Je ne me souviens plus bien, c'est comme si c'était à la fois moi et pas moi. Ça m'arrive de temps en temps. Je me souviens avoir enlevé ses vêtements en l'invectivant d'imbécile pour avoir caché ça tout ce temps. La jeune femme me demande si j'étais médecin. Non pas vraiment, j'avais aidé ma Josianne, qui elle l'était, à recoudre des mineurs ou bagarreurs estropiés. J'ai alors trouvé sa plaie. Profonde, mais pas d'organe interne touché. Juste une grande perte de sang, hémorragique peut être. La jeune dame le traitait d'idiot aussi. Sur ce point on était d'accord.

J'ai ensuite envoyé Arialyss chercher un linge propre, de l'eau chaude, une aiguille, du fil, ce afin de contenir la plaie et de la recoudre proprement. Je demandais à Orwel de rester calme et me suis ensuite dirigé vers la forêt en courant. Je su d'instinct ce que je devais trouver. Je revins après mes recherches pour trouver tout le matériel prêt tandis que la jeune noble compressait la plaie et parlait au garçon. Je donnais les herbes. Un coagulant, une herbe pour lutter contre de potentielles infections. Orwel voulait les recracher, mais je les remettais dans sa bouche. C'est infect, mais c'est nécessaire. Finalement sa compagne trouva une façon plus agréable de replacer les herbes dans sa bouche en les mâchant pour lui et l'embrassant ensuite. Aaaah la jeunesse. Je demandais au jeune homme s'il voulait que je le recouse à chaud ou à froid. Après que sa compagne l'eut enfin laissé répondre sur ma demande, il me dit que je pouvais y aller sans anesthésiant. J’acquiesçais, tandis qu'Arialyss se plaçait sur lui afin de l'empêcher de bouger ou de se débattre, me laissant néanmoins accès à la plaie. Je m'excusais à l'avance pour la douleur, puis commençais mon travail. C'était naturel. Le corps d'Orwel, parcouru de cicatrices, fut agité de soubresaut, mais le jeune homme tint bon. Je finis enfin mon office, tendant ensuite une poignée d'herbes à Arialyss, à administrer chaque jour sous forme d'infusion pendant une semaine, afin d'éviter des risques d'infections. Cela semblant rassurer Orwel, qui fit néanmoins la grimace. J'ajoutais qu'il fallait manger beaucoup de viande, pour le sang. Puis je suis redevenu moi même. Enfin, normal. J'ai quitté cet état particulier.

Nous avons demandé des explications à Orwel, qui nous expliqua qu'il s'agissait d'un vieux règlement de compte. Je lui rappelais qu'il pouvait compter sur moi s'il avait des problèmes, tandis que sa compagne inquiète le sermonnait. Les deux jeunes gens me remercièrent finalement, la dame me demandant si elle pouvait me récompenser d'une quelconque sorte. Bah, les héros n'ont pas besoin de récompense. Mais je lui demandais de prendre soin d'Orwel pour qu'il se remette, car j'aimais bien mes discussions avec lui sur les bancs de Calphéon, même s'ils sont un cauchemars pour le postérieur. Elle me répondit que ce n'était pas nécessaire, m'invitant à passer boire une bière dans un canapé à Gabino quand l'envie m'en prendrait pour discuter. Je me grattais la tête, la remerciant (elle a vite changé d'attitude après que j'eu sauvé son homme, semble-t-il !). Après tout, que serait un héros s'il ne savait pas soigner les blessés, c'est pas grand chose au final. Ma Josianne faisait ça tout le temps, et on ne la remerciait pas souvent. Enfin son caractère de cochon n'aidait en rien, pour sûr. C'est néanmoins grâce à elle que j'ai pu soigner Orwel, donc elle garde ses bons côtés, je suppose.

Je fis ensuite de dernières recommandations pour les soins, tandis que le couple se chamaillait gentiment. Orwel se plaignit que les herbes étaient infectes et qu'il ne buvait pas d'infusion, mais sa compagne semblait avoir la solution. J'envisage bien laquelle. Astucieuse la petite ! Après avoir un peu parlé du maniement expert de la poêle par ma Josianne à mon égard, je décidais de prendre congé du couple, pour laisser le jeune homme se reposer. Ayant retrouvé ma Susanne, je compte partir vers Tarif, comme me l'a recommandé Orwel. J'en fis part au couple, qui me demanda d'y saluer des gens de leur part. J’acquiesçais, et dans un dernier salut, je pris congé du couple, partant sur le dos de ma fidèle Susanne.

Aussitôt arrivé à Calphéon, je me débrouillais pour trouver un papier et de quoi y écrire, afin de laisser un message à la Renarde. La pauvre petite semblait tellement tourmentée que je ne retrouve pas Susanne qu'il me semblait adéquat de la prévenir que j'étais de nouveau réuni avec mon destrier. Le message terminé, et lui ayant laissé des encouragements pour son héroïsme nocturne, je le transmis à un jeune garçon afin que le message lui parvienne.

Pour ce qui est de Renard, et bien je n'avais guère de nouvelle et ne la trouva pas. Néanmoins, le fait que ma tête se trouve encore sur mes épaules me conforta dans l'idée qu'elle était retournée sans encombres auprès de Maluan. Il ne me restait donc plus qu'à me préparer pour partir en direction d'Heidel, première étape pour mon voyage vers Tarif.

Le début d'une grande aventure, à n'en pas douter !

 

Bon, ayant tout raconté, je m'en vais dormir, je me lève tôt demain. 

Kadhel

Neuvième Journée

"C'est en rencontrant le Renard que j'ai découvert qu'un héros pouvait travailler à temps partiel." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Neuvième Journée

Allons bon ! Sans surprises, j'ai encore passé ma journée à la recherche de ma Susanne... sans succès. Je commence peu à peu à perdre espoir. Mais cela n'est pas bon. Un héros ne doit pas perdre espoir, jamais. Après tout, c'est lui qui apporte l'espoir aux autres. Je réunis donc mes forces et affermi mon cœur, je dois croire en mes retrouvailles avec mon fidèle destrier ! Curieusement, la plupart des citoyens étaient absents des rues dès le début d'après midi aujourd'hui. Sans doute à cause des "joutes". Encore un truc de noble pour fanfaronner et faire valoir son honneur au lieu de prendre soin des petites gens. 

Enfin bon, cela ne vaudrait même pas la peine d'écrire ces lignes si je ne racontais pas ma rencontre de cette fin de journée ! Je cherchais ma Susanne donc, courant dans les rues, cherchant des pistes auprès de braves gens, quand je suis tombé sur deux jeunes femmes. Enfin, une jeune femme et une jeune fille plutôt. Bien habillées, mais dans un style pas du tout du coin. Physique pas du tout du coin aussi, d'ailleurs. 

Mais bon, loin de tergiverser sur mon ressenti, reprenons. Je me suis donc arrêté pour les saluer, provoquant des regards étonnés et circonspects. Bon, d'accord, un vieil homme qui dit bonjour de nuit à des jeunes femmes c'est curieux, mais je suis un héros bon sang. Ça se voit non ? Loin de perdre contenance, j’énonçais mon nom et ma provenance, ma vocation de héros et ma quête actuelle. La recherche de ma Susanne, bien évidemment. 

La jeune fille sembla ne pas saisir la portée de mes mots, bien que manifestant sa volonté de m'aider à chercher Susanne. Mais la jeune femme à ses côtés n'était pas de son avis, visiblement.  Je la rassurai, lui expliquant que j'étais un héros. Elle garda le silence. Il s'avéra par la suite que je ne l'avais en fait pas du tout convaincu. Les gens accordent bien trop de crédit à l'apparence... c'est désolant.

La fille, loin de se calmer pour sa part, m'expliqua que mon histoire lui rappelait un livre, "La quête du cochon perdu". J'expliquais que je ne connaissais guère ce livre, tandis que la jeune fille ignorait royalement la femme à ses côtés et son regard sévère. Visiblement, le héros de ce livre se déplaçait aussi sur un âne. HA ! Je le savais bien qu'un âne pouvait être le destrier d'un héros. Enfin, Susanne est une ânesse, mais ça revient presque au même.

Je lui demandais où me procurer ce livre, quand la femme à ses côtés interrompit la jeune fille, répondant "Dans une bibliothèque". Bien. Il semblerait que nous ayons ici affaire à une personne n'ayant pas vraiment le sens de la sociabilité. Loin de me démonter ou de faire une remarque, j'attendais la réponse de la jeune fille, souriant (un héros se doit de toujours sourire face à des attitudes négatives !). Celle-ci me dit qu'elle devait avoir le livre chez elle, mais fut coupé par la femme, qui insista sur le fait qu'elle ne l'avait pas. Mais laissez donc parler cette enfant ! A-t-on idée de brider les gens comme ça ?

Loin de plier, la jeune fille insista sur le fait qu'elle l'avait, avec un regard insistant et une voix hésitante envers la femme. Celle-ci dénia de nouveau, insistant sur le fait que je cherchais mon âne. C'est vrai, bon point pour elle. Mais rien ne m'empêcherait de lire le livre après avoir retrouvé Susanne. La jeune fille sembla elle aussi se rappeler de ma Susanne perdue, ce qui fit presque désespérer la femme. J'expliquais à la fillette les causes de ma séparation avec ma Susanne (maudite soit cette noble !), la jeune fille me questionnant. Il y eu un blanc lorsqu'elle apprit que je sortais de prison, puis me disant "Vous aussi on vous à..." Avant de continuer, elle regarda la femme et sourit "Non en fait c'est sans importance haha". Mh. Suspicieux. Aurait-on séquestré cette jeune fille ? Il faudra que je me renseigne plus tard. 

Nous reprîmes notre discussion après que la femme se soit tendue au mot prison. Suspicieux en effet. J'expliquais ma vocation à la jeune fille, qui insistait pour savoir pourquoi j'étais un héros et quelle était ma mission. A force de développement, j'en vins à être à cours d'idée. Ces enfants, jamais satisfaits ! Je suis un héros, j'affronterai sans doute un monstre et sauverai le monde, voilà tout ! C'est la volonté d'Elion !

Au final, nous en sommes finalement revenus à ma Susanne, la jeune fille me demandant si j'avais bien vérifié chez les palefreniers. Il est vrai que ne j'y aurai pas moi même pensé, évidemment. Ah, les enfants... Je l'informais que j'avais déjà vérifié toutes les écuries, sauf celle du quartier noble, où j'étais traqué à vue. Cela fit hausser les sourcils de la femme, qui lâcha "Rassurant pour un un héros dit donc.". La jeune fille pour sa part me demanda ce que j'avais fais pour en arriver là. Je lui racontais toute l'histoire, expliquant la vilenie des quartiers nobles. 

*Il semble qu'un espace ait été laissé ici par le fier Bondoulfe, avant qu'il ne reprenne, comme à côté de la plaque* Plus je me lis et plus je trouve cela indigeste. Peut être faudrait-il que je synthétise un peu plus. Si mes potentiels futurs lecteurs s'étouffent avant même la fin de mon récit, l'intérêt commence à devenir moindre. Bon essayons. D'être synthétique je veux dire.

J'ai donc raconté mon histoire. C'est lors de mon récit que Sir Duval (oui, oui, cet homme à cheval de l'autre jour, ami avec la vipère) a fait son apparition (monté sur le même cheval d'ailleurs). Il revenait des joutes visiblement, de même que la jeune femme, que j'apprends se dénommer Maluan. HA ! Pratique ça (on notera que je n'utilisais pas son prénom auparavant, pour le côté authentique du récit). Le Sir avait visiblement gagné les dites joutes. Bien bien. Pour ma part je me suis contenté de le regarder placidement, histoire de lui rappeler qu'il n'est qu'un homme, comme nous tous. Il est important d'être humble. Mh. En tout cas le Sir s'est souvenu de moi, me saluant. HA ! Impossible d'oublier un héros, en même temps. Peut être qu'il est plus sympathique que me l'avait laissé apercevoir ma première rencontre avec lui. En tout les cas, l'expression d'incompréhension et d'étonnement qui orna le visage de Maluan lorsque Duval me salua valait tout l'or du monde. Curieusement, bien que Maluan soit polie avec le Sir, la jeune fille à ses côtés semblait garder le silence et ne pas l'apprécier du tout. J'ai cru lire "et que ma lame t'égorge" sur ses lèvres, mais mes vieux yeux ne sont plus ce qu'ils étaient. Peut être Maluan et Duval étaient ils de mèche pour séquestrer la jeune fille ? Le coup d'épaule de Maluan envers la jeune fille, que j'appris s'appeler Renard, me dissuada de cette idée. Sujet à creuser en tout cas. Le Sir nous laissa bien vite, et je pu remarquer que du sang coulait légèrement de la tête de Maluan. Je me proposais d'y jeter un œil, obtenant son refus catégorique. Pourtant avec un peu de magie... ah oui je ne maîtrise pas la magie curative. Diantre. Enfin, j'ai des connaissances en médecine, mais je n'ai pas voulu insister vu son regard. Le genre de regard qui dissuade. Un peu comme quand ma Josianne me voyait approcher d'une jeune femme. 

Je n'ai rien contre l'honneur, tout ça. Mais par contre, elle me désigna sous le terme de sorcier, ce qui est à vrai dire très déplaisant. Je suis un héros. Ou un magicien à la limite. PAS un sorcier. Enfin, ça passera pour cette fois. Je me mit à discuter de nouveau avec Renard, toute excitée à l'idée de partir en quête à la recherche de ma Susanne. Mais c'était sans compter l'interruption de Maluan, qui, désignant un pilier situé derrière moi, demanda si je connaissais la personne cachée derrière.

Et en me retournant, j'eu le temps de brièvement apercevoir un visage familier. Féminin. Néanmoins, elle se cacha trop vite pour que je puisse la reconnaître. Nous décidâmes donc d'emboîter le pas à Maluan, pour sa part bien décidée à débusquer l'espionne. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis la femme à la queue de renard ! Oui, celle qui était ivre morte. Ou folle. Ou les deux. Enfin le pensais-je la veille, en vérité. Car il s'avéra que la jeune femme, bien que terrifiée par Maluan et cherchant à tout prix à disparaître de là, était en réalité venue s'excuser de ne pas avoir retrouvé ma Susanne. Elle avait donc tout saisis hier ! Elle était VRAIMENT allée à la recherche de ma Susanne ! Quelle gentillesse ! Et moi qui la pensait folle. Honte sur moi, cela n'aurait pas du traverser mon esprit. Quel héros de pacotille je fais ! La jeune femme était en pleurs d'avoir échouée à me ramener ma Susanne. Je la consolais donc, lui expliquant que même moi j'échouais depuis des jours, aussi elle ne devait pas avoir honte. Je rajoutais que même Orwel s'y était collé depuis trois jours, sans succès. Enfin il papillonne tellement dans tous les sens ce garçon qu'au final je me demande s'il cherche vraiment. La jeunesse... Dans tous les cas je fis des remontrances à Maluan. A t-on idée de regarder une jeune femme en pleurs avec autant de dureté, voyons ! J'eu droit à un regard froid et sans commentaires. Mh. Pas très sympathique. Manque élémentaire de bienveillance. Je secouais alors la tête, pour constater que la jeune Renard avait la bouche béante, fixant la queue de la jeune femme. Je pensais du coup que c'était bien ironique pour une personne s'appelant Renard de rester ébahie devant une queue de renard. Coquasse. 

Renard demanda alors à la jeune femme si elle était Le Renard. Trop de renards pour moi ! Temps mort ! C'est une nouvelle mode ? Je savais bien la ville détraquée mais à ce point s'en devient risible, bon sang ! La jeune femme avec une queue de renard nia en bloc. Je demandais à Renard quelle était donc cette histoire, celle-ci m'expliqua qu'il s'agissait de quelqu'un se baladant la nuit déguisé en renard, pour aider les gens dans le besoin. Vous aussi vous ne savez plus de quel renard je parle hein ? Enfin bon, un renard est un renard, une femme une femme. Pas de temps à perdre avec ça. Maluan argua alors que Le Renard n'existait pas et n'était que sornettes. Quand on se fait agresser de nuit, personne ne vient à notre aide. J'objectais que c'était le rôle des héros de sauver les gens la nuit, et donc mon travail. Renard quant à elle disait que Le Renard était un véritable héros. Visiblement lassée de nos arguments, Maluan recommença à invectiver la jeune femme à la queue, lui disant de se tenir droite et de regarder les gens dans les yeux. Mais quel caractère exécrable ma parole ! On aurait dit ma Josianne parlant à mon fils aîné à table. Quel calvaire.

Je commençais alors à consoler la jeune femme, la rassurant, car elle pleurait encore et continuait de s'excuser. Pauvre enfant. Même Maluan finit par lui prêter sa veste, faisant enfin preuve de gentillesse. Le sang coulait sur son visage d'ailleurs, mais je m'abstint de relancer le sujet, au vu de sa réaction à ma dernière évocation de celui ci. La jeune femme finit enfin par se calmer.

Bon c'est pas tout ça, mais à raconter ainsi, je ne vois pas le temps passer. J'ai trouvé une bonne cheminée pour ce soir. Il se fait tard, je dois dormir si je veux être en forme demain. J'ai déjà du mal à écrire à cause du manque de lumière. J'écrirai la suite demain matin tient. ça m'occupera. Car vous le devinez, nous n'avons pas retrouvé ma Susanne.

*Il semble qu'une rature rapide orne le bas de page, comme si l'homme avait voulu continuer d'écrire, puis s'était ravisé*

 

 

 

 

Kadhel

Huitième Journée

"Le truc quand on dort sur un toit, c'est de se caler contre une cheminée. Non parce que dormir sur un toit c'est déjà chiant, alors quitte à, autant éviter de crever de froid, hein." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Huitième Journée

Encore une fois à courir dans tous les sens pour retrouver ma Susanne. Toujours aucune trace. Mais qu'a t-il bien pu lui arriver ? Qu'a donc fait cette noble de mon destrier, bon sang ! Une journée banale parmi tant d'autres, si ce n'est que j'ai encore glissé dans la boue sur la route. Satanée pluie. J'ai l'air de quoi moi, hein ? Un héros se doit d'avoir des standards quand même ! Enfin, aujourd'hui je n'ai pas croisé le jeune Orwel. Je rencontrerai sa compagne une autre fois, peut être. Depuis quelque jours y'a aussi des affiches de partout. "Grande Joute au château de Calphéon". Bah. Encore un truc de nobles pompeux pour se faire mousser. Ils devraient sauver des gens au lieu de se pavaner sur leurs chevaux, si vous voulez mon avis. Ils n'ont de chevalier que le nom et l'ego, de mon avis. En tout cas, ces affiches sont forts pratiques, enfin quand je ne glisse pas dessus. 

Mais bon, le fait marquant de la journée, c'est ma rencontre avec deux jeunes gens ! Je courrais dans les rues, il était tard, j'appelais ma Susanne vous comprenez. J'interpellait les passants, enfin le peu que j'ai pu croiser, des fois qu'ils sachent quelque chose. Et au détour d'une ruelle donc, je suis tombé sur ces deux jeunes gens. Visiblement mes cris ont importuné la jeune femme, qui se bouche une oreille et m'en fait la remarque. Bon avec l'âge, ça arrive de ne plus s'entendre, mais je m'excuse quand même. Enfin toujours est-il qu'à défaut de crier fort, j'ai une bonne mémoire, enfin en général. Du coup plutôt que de m'ennuyer à écrire théâtralement, je vais juste retranscrire notre conversation ici comme un dialogue. Vous savez ces dialogues des livres de héros. Après tout ce journal est aussi un livre de héros, hein. Bon donc je retranscris tout ça.

 

"Oh, Pardonnez moi, je suis Bondoulfe de Keplan, héros et plus grand magicien de ce siècle et de celui à venir" - que je me présente  (ça claque hein ?)

"Auriez vous vu une ânesse marron nommée Susanne par ici ?" - que j'ajoute. Non parce que c'est quand même mon but à la base.

Du coup, la jeune femme, teint pâle comme tout, se tourne vers moi. " Une ânesse... Keplan ...". Elle a l'air bien déphasé la petiote, avec son sourire. Un peu comme quand je bois trop.

Bon je maintiens la conversation, je répète dès fois qu'elle n'aie pas compris  "Exactement , ma Susanne ! On me l'a volée l'autre jour. C'est mon destrier vous comprenez ?"

Le jeune homme à ses côtés me regarde de façon suspecte. Quelqu'un d'important peut être ? La jeune fille continue à déblatérer des choses bizarres, la pauvre.

"Magie ... ânesse" Elle semble complètement fascinée. Je ne sais pas ce qu'elle a bu, mais faut que je fasse garde à pas tomber dessus. Ce serait un coup à me retrouver de nouveau dans le fleuve.

Elle ajoute "Et où était donc cette ânesse la dernière fois que vous l'avez vue ?" Ah bah, des pensées cohérentes, on arrive au sujet. C'est dur d'être un héros des fois, je vous jure.

Et là, paf, le jeune homme d'un air méchant me lance "Tu veux quoi l'vieux ?" Non mais est-ce une façon de parler à ses aînés, honnêtement ? On voit bien que ce n'est pas moi qui l'a éduqué hein.

J'ignore le jeune homme et répond. "Et bien, une noble l'embarquait. Je veux dire, pendant qu'on m'emmenait en prison." J'ajoutais "Cette ville est horrible avec les héros vous savez ?" . Non parce que c'est vrai quand même.

"Prison ..." qu'elle fait en regardant le sol. Mais bon sang de bon soir. A t-on idée de se mettre aussi mal ? Elle prend un air triste.

"Exactement, en prison" dis-je. Je ne voudrai pas la rendre plus malheureuse.

Elle relève alors les yeux, "Ecurie" me saisissant la main en me traînant vers le sud. Je proteste alors "Non , non, j'ai déjà regardé les écuries". Elle me lâche, dépitée. Elle a un bon fond la gosse. Un peu bizarre, mais un bon fond. Et une queue de Renard aussi. Mais ça, plus rien ne me surprend à Calphéon maintenant. Encore un effet de mode je présume.

J'ajoutes alors "J'ai déjà regardé tous les lieux habituels, impossible de retrouver ma Susanne depuis ma sortie de prison ..." Sait-on jamais.

Elle penche la tête "Mais la magie ne peut vous aidez ?". Le jeune insolent à côté me regarde, dubitatif. 

"Et bien non, je suis un magicien, pas un devin. Pas que ça m'enchante, ç'eut été fort pratique" C'est vrai quoi, je suis un héros, mais les héros ne savent pas tout faire non plus. Sinon comment seraient ils mis en difficulté par leurs adversaires avant de les vaincre, hein ?

Je soupire, lassé. Elle soupire aussi.

"Je ne sais que dire ou faire pour vous aider, le monde peut être si cruel ...". Brave petite. Même complètement ivre elle tente de m'aider. 

"Très cruel. Mais pourtant je le sauverai, c'est mon devoir de héros", que je dis. Parce que c'est vrai en fait. C'est un peu ma destinée somme toutes. Je dois avouer que je fus triste en prononçant ces paroles. Dû aux récents événements notamment...

"Vous la retrouverez alors, Croyez en vous !" qu'elle me dit tristement. C'est une belle tentative d'encouragement quand même. Je lui souris.

"C'est bien aimable, je ne perds pas espoir de la retrouver, rassurez vous !" que je lui dis.

"Je chercherai dans les jardins des quartiers nobles, cette nuit. Peut être l'odeur des fleurs l'a t-elle attirée" C'est vrai que ma Susanne mange aussi des fleurs. Bien sympathique la petiote ! Me proposer ça comme ça ! ça fait réellement plaisir. Je ne peux que témoigner mon respect.

"Ce sont des gens comme vous qui me donnent l'envie de continuer ma destinée héroïque !"

Le jeune homme à ses côtés lâche un "T'seh". Irritant celui là. Irrespectueux au possible. Il ajoute " Vous savez pas ce que vous ratez, aider les gens ça n'apporte que des ennuis". Alors celle là elle est bien bonne.  Il tourne ensuite sa tête vers la jeune femme dans un sourire.

Je ne peux laisser une telle ignorance passer. "Vous dites cela car vous n'êtes pas un héros, jeune homme, c'est tout à fait normal !"

Loin d'accepter mon savoir , il me répond "Je suis garde du corps, je sais de quoi je parle". 

"Etre garde du corps est un métier honorable, jeune homme ! Mais je suis un héros. Le héros sauve tout le monde envers et contre tout ! Tel est mon destin !". On en peut comparer un héros à un garde du corps, ce n'est pas la même chose.

A mes dires, la jeune femme baisse les yeux "Puissent vos dires êtres vrais ..." Elle relève ensuite la tête en souriant "Si vous croyez en vous, je crois en vous !". Bah évidemment que je crois en moi. Un héros qui ne croit pas en lui, ça existe ?

Je souris de toute mes dents "Bien sûr que je crois en moi. Si le héros ne croit plus en lui, où va le monde ?".

La jeune femme sourit puis semble de nouveau gênée. "Nous n'avons pas été d'une grande utilité... où puis je vous trouver si je parviens malgré tout à retrouver Susanne ?"

Bonne question ça. Un peu partout. Enfin, un peu partout je peux être hein, je ne suis pas un peu partout à la fois. J'ai mes limites. 

"Boh, sous un pont, dans la rue, sur un toit, ça dépend... Je suis actuellement sans le sou" que je réponds avec un sourire, ne sachant que trop dire. C'est un peu honteux en même temps.

Le jeune homme sourit, forcément. Mais quel mal élevé ! J'ajoutes à destination de la jeune femme : "Mais je suis très souvent avec le jeune Orwel, dans les rues. Un bon petiot celui là ! "

L'homme prend la parole "Orwel, un bon gars" Il connaît du monde Orwel dit donc ! Je trouve enfin un sujet d'entente ! La jeune femme divague à côté. J'ajoutes "Il est un peu tête en l'air et sources de problèmes, ne lit pas beaucoup, mais c'est un bon garçon !". La jeune femme continue de divaguer en faisant les 100 pas "La rue... magie... Orwel ... lire". Mais comment peut on se mettre dans cet état ? Je la regarde, me demandant ce qui ne tourne pas rond. Elle saute d'un coup vers moi en claquant des mains "Orwel est un mage ? ". Bon, elle n'a rien compris. Pas étonnant vu sa condition...

"Ah non non, je suis magicien. Orwel est Orwel." je ris pour détendre l'atmosphère. Elle prend un air déconfit "Ah dommage ... j'adore la magie...". Mais, je suis magicien je viens de le dire bon sang ! Bon je tente de lancer une blague, histoire de la relaxer un peu. "Mais il veut être magicien des lupanars, le filou !".

Le jeune homme s'adresse à la jeune femme "Orwel est un type génial, il faudrait que je te le présente. Tu pourrais causer avec un type ayant les pieds sur terre, pour une fois ..."

J'hoche de la tête, Orwel a les pieds sur terre, ça c'est sûr. "Orwel est un bon garçon".

 

Bon c'est éreintant d'écrire... en plus il se fait tard. Je reprendrais la suite demain. Là je vais me caler contre une cheminée bien chaude, sur un toit, ça devrait être bien pour la nuit. A bien y voir, j'écris fort mal les dialogues.

 

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Bon je profite de ces rayons de soleil matinaux pour finir de raconter ma journée d'hier, enfin avant de descendre du toit qui m'a servi de lit j'entends. La chaleur ! Ça c'est un truc vraiment génial. Et puis sur un toit personne ne vient m'importuner quand j'écris, et ça c'est vraiment bien. Non pas qu'on m'importune souvent hein, mais bon si c'est encore pour tomber sur un des truands du quartier noble, non merci !

Alors bon, il faut que je finisse de raconter ce qu'il est passé hier. A bien me relire, l'écriture de dialogue, c'est fastidieux et pas glorieux. Donc on va faire à la bonne franquette hein, après tout, ce qui est important, c'est l'histoire, pas de savoirs si Lucette a éternué et si Bertrand a prononcé "au trou" ou "dans l'trou". Enfin là si c'est important mais vous voyez ce que je veux dire. On se comprend hein.

Donc hier ! Alors si je me relis bien, on parlait d'Orwel avec le jeune homme aigri et la jeune fille à la queue de renard. La jeunesse, je vous jure ! Bon en tout cas ils avaient l'air d'apprécier Orwel, et ça c'est bien. Il doit être connu le petiot en vrai. Le petit cachottier ! "Un citoyen sans prétention", il m'a bien eu le garçon ! Quel filou celui là ! Enfin pour en revenir sur la conversation d'hier, bon ce qu'il faut savoir c'est qu'il était tard. Et puis je devais continuer à chercher ma Susanne, j'avais pas toute la nuit non plus. Les jeunes, ça jactent parfois c'est impressionnant. Du coup la jeune femme, elle devait en avoir marre aussi, parce qu'elle nous a demandé ce qu'on voulait faire de la soirée, enfin ensuite quoi. Le jeune homme il voulait draguer de la minette et boire un coup. Bon bah maintenant je sais pourquoi il connaît Orwel. Magicien des lupanars ! ça je m'en souviendrai de celle là !

Visiblement la jeune femme semblait plus intéressée par mon devenir, mais comme je restais assez silencieux (bon, j'ai déjà dis que j'étais sans le sou et que je cherchais Susanne, je vais pas répéter non plus trente fois), elle a prit la parole pour me dire qu'elle passerai sous les ponts la nuit prochaine. Bon déjà, le truc à savoir, c'est que dans une conversation, on ne dit pas ça quand on est une jeune fille. Non parce que c'est dangereux, et puis hors contexte ça peut vite tourner bizarre. Enfin la pauvre était ivre. Sympathique hein, mais ivre. Ou avec un grain, donc bon. Du coup j'ai souri. Un héros doit sourire et faire preuve de bonté en toute circonstance, même avec les gens qui ne sont pas en pleine possessions de leurs moyens. Du coup je lui précise que je serai pas forcément sous les ponts, ma vie étant très mouvementée. Elle me dit que j'ai de la chance. Bon. Du coup là je sais pas trop quoi dire, déjà je me demande si elle a bien écouté ce que j'avais raconté depuis le début, parce que je dois avouer que la chance c'était pas trop ça. Bon, après elle m'a appelé sire et m'a souhaité bonne chance pour retrouver ma monture. Du coup je sais pas comment je dois le prendre au final, on va le prendre bien, c'est ce qu'un héros doit faire. Toujours prendre les choses bien.

Du coup j'en profites pour prendre congé. Le jeune homme me dit de passer le bonjour à Orwel de sa part si le croise. Je lui dit que le petiot il est toujours fourré un peu partout, donc faut encore tomber dessus. Il me dit que ça l'étonne pas. La jeune fille nous regarde avec des yeux ronds. Ptete bien qu'y avait un double sens, dans tous les cas je souris, ça donne le change. Du coup je m'en vais en disant que mon travail de héros m'attend (et c'est vrai, je dois encore retrouver ma Susanne ! Juste écrire ces lignes c'est déjà du temps perdu...). Elle me dit "Calphéon compte sur vous héros" avec un grand salut de la main. Bon c'est une bonne petiote, là je l'avoue. Allez mes vieux os sont enfin réchauffés, je m'en vais chercher un peu ma Susanne. Elle doit être complètement perdue ma pauvre. Pourvu qu'elle aille bien. Saleté de noble.

Kadhel

Septième Journée

"Le travail d'un héros, c'est un travail de longue haleine, croyez moi. Je peux vous garantir que c'est bien plus difficile que de porter des sacs de grain, en tout cas. Et je sais de quoi je parle." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Septième Journée

Aujourd'hui j'ai parcouru dès le petit matin la ville de fond en comble pour retrouver ma Susanne. Une entreprise ardue. J'ai écumé marchés, grands places, palefreniers de toutes la ville... rien à faire. Je me demande ce qu'il est arrivé à ma Susanne... je suis même allé voir les marchands de légumes (elle adore les carottes cette bourrique !), mais rien. Je ne sais plus quoi faire... Ma journée fut un enfer, je ruminais encore les événements de la veille... Comment pouvait-on maltraiter un héros ainsi, je vous le demande ? En tout cas j'ai mal aux pieds. La téléportation c'est bien pratique, mais ce n'est pas destiné à la fainéantise. Un héros se forge le corps et le courage ! Mais alors je vais avoir de ces cals ... au moins aussi costauds que la fois où je m'étais perdu dans la montagne. 

Enfin, pour tempérer cette journée éprouvante, je suis retombé sur le jeune Orwel peu avant la tombée de la nuit. Enfin pas tout à fait. Je suis tombé sur le jeune Orwel qui parlait à deux femmes, proche de l'endroit où je l'ai rencontré pour la première fois. Mais quel homme à femmes ce garçon ! Toujours pleins de problèmes ! J'ai pu reconnaître la vipère (une Josianne future toute crachée celle là, quel démon !) mais je ne connaissais pas la deuxième fille. Il faudrait qu'elle lâche l'affaire tout de même. C'est acharné les femmes amoureuses, encore pire qu'un ours sur un steak. Enfin bon toujours est-il que ma nature héroïque prenant le dessus, j'ai pris la décision de l'appeler de loin en le saluant. Histoire de le sauver du guêpier. Du coup mon plan a marché, car il s'est éloigné des deux femmes après une dernière parole finale, venant me voir en les laissant commérer. Un bon garçon ce guss je vous dis ! Il m'a proposé de m'asseoir, me surnommant l'ancien comme à son habitude. Je l'ai donc appelé le petiot pendant toute notre discussion, histoire de le titiller un peu. Enfin bon, toujours est-il qu'on s'est assis, commençant à parler de mes déboires de la journée. Enfin c'était sans compter l'intervention d'un autre blanc bec en armure, tout de propre sur lui, venu refoutre la zizanie avec les deux femmes. Impossible de parler tranquillement avec ses amis dans cette ville. Les gens n'ont aucun respect. Un truc de citadin ça. Orwel a du s'excuser, gêné, pour retourner prendre part à la rixe (visiblement concerné), me présentant ses excuses, me demandant de l'attendre. Moi ça ne me dérange pas d'attendre, ça repose mon vieux derrière. Mais cette fois-ci, j'ai bien cru que j'allais m'endormir sur place, je vous le dis ! Mais qu'est ce que ça parle ces jeunes ! Pour rien dire en plus ! Ils devraient demander des conseils à Josianne, avec elle toute conversation ne prenait jamais plus de la minute au bas mot. Faut dire qu'elle a des arguments ma Josianne. Et de la poigne. Enfin, le petiot a fini par conclure son affaire, laissant les autres jeunes s'expliquer entre eux (et partir). Tiens, j'oublie même de dire, la Dompteuse de Dragon est aussi intervenue dans la conversation. Faut croire qu'elle prévoit les ennuis. Comme moi qui me fourre dedans. ça doit être un truc de héros ça. Enfin j'ai pu lui passer le bonjour et me renseigner sur la progression de son épopée, c'est déjà ça.

Enfin je m'égare. J'ai pas mal bougé sur les bancs de la place, cherchant le plus confortable pendant leur débat houleux. J'ai même commencé à composer une chanson de héros pour moi tiens. "C'est moi Bondoulfeuuuh deeee Keplan ! Héros d'Elion , et graaaand sauveur ! Car oui, je chasse, tout leees malheuuurs ! ..." enfin après je ne sais plus mais c'était très bien, il faudra que je la note quelque part la prochaine fois. Je me découvre un talent de poète en quelques sortes, je ne le soupçonnais guère !

Bon revenons au vrai sujet, le jeune Orwel donc. Il est revenu me voir sur mon banc (bon dieu qu'ils sont inconfortables ces bancs !), et puis on a discuté. J'ai pu raconter mes déboires de la veille, l'épisode à Gabino, ... et ma surprise de l'y trouver ! Il me dit qu'il était chez sa compagne, Arialyss. Ben, pourquoi pas. En tout cas il m'a invité à y passer prochainement, me disant qu'elle aimerait sans doute me rencontrer. Je me dis, si c'est la compagne d'Orwel, ça doit être une bonne gosse aussi, hein, donc pourquoi pas. Comme il se faisait tard et qu'il avait à faire, on s'est quitté après quelques anecdotes. Il a même proposé de m'offrir son épaule pour pleurer, le petiot ! Tellement gentil ce garçon. Mais comme je lui ai dis "Un héros ne pleure pas, il sèche les larmes des autres et leur apporte la joie, se devant d'être un exemple !". Il a pris note, qu'il m'a dit le bougre ! Vraiment un bon garçon. Bon j'écris actuellement depuis un toit, mais il se fait tard, donc je vais me coucher. Au moins sur les toits personne ne vient m'ennuyer quand je dors.

Kadhel

Sixième Journée

"Le plus dur pour un héros, c'est le mépris et l'attitude mauvaise qu'affichent les gens de l'ordinaire. Mais il ne faut jamais oublier que tout le monde traverse des épreuves, certaines plus terribles que d'autre. On ne saurait tuer un homme ou être mauvais avec lui sans prendre en compte les raisons qui l'ont mené à faire cela lui même." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Sixième Journée

Malgré mes recherches, je commence à désespérer de ne jamais retrouver ma Susanne. J'ai dormi sur un toit hier soir, dans le froid. Je me suis levé assez tôt, réveillé par la pluie, et me suis donc employé à rechercher ma Susanne, sans succès. Je suis même allé en dehors de la ville pour jeter un œil. Je n'ai trouvé aucune piste, mais j'ai pu en profiter pour me tailler un nouveau bâton. Pas que j'en ai vraiment besoin, mais c'est pour l'image. Toutes les conditions étaient réunies pour que cette journée soit de nouveau une journée de dépit. L'idée que je me faisais de Calphéon s'évapore peu à peu. Mais un héros se doit d'être fort et de surmonter les obstacles, il se doit de comprendre la bêtise qui habite le cœur des hommes mais de les aider malgré tout et envers tout. 

Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'au détour d'une ruelle, je croisais une jeune femme aux cheveux blancs comme neige ! Comme à mon habitude, je lui demandais si elle avait aperçu une ânesse au pelage marron, expliquant qu'elle m'avait été volée dans les quartiers nobles par une horrible femme. La femme, qui m'apprit se nommer Asura, m'expliqua que c'était pratique fort courante si mon ânesse était dodue. Je fus choqué d'apprendre que de telles pratiques vérolaient la noblesse de Calphéon, mais j'arguais du fait que mon ânesse était loin d'être dodue, aussi le vol resta inexplicable, pour elle comme pour moi. Asura me sourit tout le long de notre échange, et prit grand soin d'écouter mon histoire, comprenant ma révolte et manifestant une attitude choquée à mes propos. Mais le meilleur n'est pas là ! Sachez qu'en réalité, le destin l'a elle aussi choisie ! Je lui ai en effet expliqué mon parcours, ma destinée en tant que héros et grand magicien, soulevant mon chapeau pour lui montrer les cicatrices sur mon visage, provoquant sa surprise et son intérêt ! Je lui expliquait qu'il s'agissait de tâches de naissances, preuves de ma grande destinée à venir sous les yeux d'Elion. Loin de me rire au nez, elle me fit elle aussi la confidence d'être une élue ! Elion l'a en effet désignée depuis sa plus tendre enfance pour dompter un terrible dragon qui sinon détruira tout Calphéon ! Que le monde est petit ! Ainsi d'autres héros parcourent le monde ! Elle me signala aussi qu'elle avait des tâches de naissance sur une partie de son anatomie qu'il serait inconvenant de citer ici. Peut être que les tâches de naissance sont la marque des héros désignés d'Elion ?

C'est dans notre conversation animée, comptant nos exploits, que le jeune Orwel fit son apparition, un sac sur le dos ! Ah, la jeunesse, cette fougue et cette force, j'en suis presque nostalgique ! Enfin, je pourrai facilement transporter des sacs avec ma magie, mais mes pouvoirs ne sont pas destinés à la fainéantise, ils sont destinés à L'HEROÏSME ! Et oui.

Toujours est-il que le jeune Orwel, m’apercevant, déposa son bagage le long d'un muret et vint me saluer, comme à son habitude, en me dénomment l'Ancien. J'aime bien l'Ancien. Cela évoque un homme d'expérience et source de savoir, un homme d'importance et de bon conseil. Et puis, je l'appelle bien le jeunot ou le petiot, c'est de bonne guerre. Visiblement, Asura connaissait Orwel, car ils se saluèrent cordialement, s'échangeant même des allusions que je ne fus à même de comprendre. Je comptais alors mon histoire à Orwel, et lui expliquait qu'Asura était elle aussi un héros, à sa grande surprise. Il fut fort étonné ! Nous débâtîmes ainsi de choses et d'autres, un sourire habitant le visage de chacun. Ah, qu'il est bon de parler librement avec des gens sympathiques. Le jeune Orwel est toujours aussi perdu sur certains sujets, mais qu'il est bon de cœur ce garçon ! Je lui ai garanti qu'il pouvait lui aussi devenir un héros, après tout, ça frappait de nulle part, et il le méritait car son cœur était bon.

Notre conversation fut interrompue par l'arrivée à cheval d'une jeune dame, habillée de vêtements clinquants et forts aguicheurs pour l’œil. Elle prit Orwel en aparté, ignorant presque ma personne mais saluant tout de même Asura. Elle commença à invectiver celui-ci à propos d'une certaine Arialyss. Tout à ma confusion, je demandais qui donc était Arialyss, ce à quoi Orwel répondit "Ma compagne" tandis que la jeune femme répondait "Ma patronne". Ayant l'impression de gêner quelques peu, je demandais de façon discrète à Asura si elle avait connaissance de cette affaire, tandis qu'Orwel laissait un message à un gobelin, à propos d'un rendez-vous, ai je cru comprendre. De son côté, la jeune femme descendit de cheval et s'approcha d'Orwel. Asura m'expliqua brièvement l'affaire, tandis qu'Orwel et la jeune femme débattaient. Alors que le ton montait, Asura prit congé, me souhaitant bonne chance, peu après que j'eu insulté de vive-voix les quartiers nobles. Elle me lança une dernière tirade.

"Savez-vous le critère pour dompter les dragons ?" me dit-elle. Je témoignais ma méconnaissance du sujet.

"C'est la beauté et la jeunesse !" me répondit-elle.

Je lui arguais que, bien que n'étant plus jeune et beau, j'avais tout de même une forte magie et expérience. A chacun sa mission, au moins ne serions nous point en concurrence. Elle me répondit qu'il valait mieux que je ne l'énerve pas, ou elle m'enverrait le dragon aux trousses. Je lui dis que je ne craignais rien ni personne, mon destin étant d'être un héros choisi d'Elion. 

Juste avant de partir, elle dit "Mais il existe des femmes plus belles que moi". Puis marquant une pause, elle désigna la jeune femme débattant avec Orwel "Celle-ci". Asura guida alors son cheval au loin, disparaissant peu à peu de ma vue. Je reportais dès lors mon attention sur la conversation animée. Conversation sur les relations amoureuses, passées et présentes, du jeune Orwel, visiblement. La jeune femme s'avéra s'appeler Annelsy. Le sujet principal du débat tournait autour de la rupture passée des deux jeunes gens, des relations de la jeune femme et enfin de la compagne du jeune homme, Arialyss. Annelsy fréquentait visiblement des nobles, au grand déplaisir d'Orwel. Je le comprends, le petiot. Quand je vois comment j'ai été traité dans les quartiers nobles... Annelsy manifestait visiblement de la jalousie vis à vis d'Arialyss. Ha ha ! Petit cachottier que ce jeune Orwel ! Un tombeur de cœurs à n'en pas douter ! Alors que moi, hormis ma femme Josianne le buffle...

Lorsque j'entendis Annelsy commencer à insulter Orwel, je ne pu me retenir d'intervenir. "Orwel est un homme de bien !" dis-je. "Je ne peux vous permettre de l'insulter ainsi ! Il est bien le seul à m'avoir accueilli à bras ouverts dans cette ville !". La jeune femme sembla surprise de mon intervention, mais répondit d'un ton acide "Orwel, un homme bon, ha ha. Oui, bien sûr c'est un homme bon." Je me mis dès lors à détester cette femme. Une vipère à n'en pas douter. Comme ma Josianne. Je témoignais à Orwel mon dédain pour la jeune femme, mais il sembla que mon ton fut trop fort, car elle m'entendit. La vieillesse joue parfois des tours, eh. La jeune femme prit un air outragé et s'énerva de suite "Une VIPERE ? MOI ?". Je l'ignorai alors royalement, jouant au sourd. Mon expérience de la vie m'a appris à mes dépends que la seule chose plus dangereuse qu'un typhon est une femme furieuse. Il y a des quêtes que même le plus puissant des héros ne peut accomplir, eh.

Fort heureusement, je fus tiré de ce mauvais pas par l'arrivée d'un homme en tenue exquise, juché sur un cheval reluisant et puissant. L'homme interpella le groupe "Un soucis, ma chère ?". Orwel sembla de suite reprendre son calme, et salua l'homme, Sir Corentin Duval. Pour ma part, je voyais ici encore un jeunot jouant l’esbroufe et se pavanant. Mais mon expérience récente de Calphéon me susurra qu'il ne fallait point contrarier celui là. L'homme rendit son salut à Orwel, de façon détachée, presque dédaigneuse. Annelsy remonta sur sa monture, ne pipant mot si ce n'est pour accueillir l'homme d'une réplique affable. Ces deux là devaient sans doute être des nobles. Il semblerait que ce soit le facteur majeur pour désigner la plupart des mécréants de cette ville. Il n'y avait qu'à voir comment on traitait le bas peuple dans les quartiers nord. Un véritable scandale. L'homme à cheval daigna enfin porter son attention sur ma personne, me regardant de haut en bas, avec ce regard caractéristique des gens me prenant de haut. "Et... vous êtes ?".

Je lui clamais être Bondoulfe de Keplan, héros désigné d'Elion lui même, plus puissant magicien de ce siècle et de celui à venir. J'ajoutais que je sauverai un jour Calphéon. L'homme me contempla, perplexe. "Certes". Il cessa dès lors de me regarder et reporta son attention sur Orwel. "Les excentriques avec les excentriques, après tout.". 

S'en était de trop ! Je saisi mon bâton, témoignant être un grand magicien, puis entreprit de me téléporter de ma position jusqu'au coin de la rue. Me retournant, je constatais l'air stupéfait des deux cavaliers, tandis que le jeune Orwel, éberlué, semblait n'avoir que le mot "Mais... l'Ancien ? Mais ..." à la bouche. Ha ha ! Que de satisfaction devant tous ces airs ébahis. Je pense que l'expression du noble, auto-proclamé chevalier de Delphe, restera à jamais dans ma mémoire comme l'expression même du retour de bâton dans la poire. Je me dirigeais alors calmement, vers le groupe, les chevaux hennissant et s'affolant à mon passage, pour m'adosser au muret à côté d'Orwel, le plus banalement du monde, sans aucune parole. "Alors, ça vous en bouche un coin hein ? Vieil homme divaguant, mon œil !". Les cavaliers semblaient fort indisposés, et prirent congé, prétextant un départ vers un quelconque commerce. Le chevalier me signala de ne plus jamais faire ça dans l'enceinte de Calphéon, pour mon propre bien. "Compte là dessus mon gars" pensais-je en regardant les deux cavaliers s'éloigner. Orwel me félicita, encore surpris, puis se rappela qu'il avait un rendez vous urgent et devait aller se faire coiffer. Il partit en courant, me signalant qu'il repasserait me voir si possible. Ah, la fougue de la jeunesse. Je lui apostrophait de loin qu'il faudrait un jour me présenter cette Arialyss, qui me semblait être une femme fort gentille. Il ria en me disant qu'elle serait sans doute enchantée de faire ma connaissance, puis disparu au coin d'une ruelle. Si je me souvenais bien, elle était aussi autoritaire, d'après Asura. Je souris alors, puis parti en quête d'une auberge, pour apercevoir au loin Annelsy et Sir Duval se rendre dans les quartier nobles. Bingo, mon instinct ne m'avait pas trompé. Bon, j'aurai bien continué à écrire, mais j'ai enfin trouvé une auberge et je peux boire à satiété. Josianne ne sera pas là pour me remonter les bretelles ! Le temps passé à écrire ces lignes est déjà du temps perdu à savourer une bonne bière ! *une tâche de boisson, probablement maltée, jonche le pied de la page*

 

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*La page est maculée de boue et de gouttes. Le vieil homme semble avoir beaucoup pleuré en écrivant*

La dernière chose dont je me souvenais en échouant sur la rive du fleuve, c'était ma chute depuis l'un des ponts de Calphéon. J'avais probablement abusé de la boisson, mauvaise habitude de longue date. Toujours est-il que ma tête tambourinait assez fort pour qu'un troupeau de sangliers furieux me passant dessus me semble une alternative plus plaisante. Me relevant avec difficulté, couvert de boue, de vase et trempé jusqu'aux os, je décidait de jeter un coup d’œil sur les environs. Une ferme visiblement. Avec des chevaux, beaucoup de chevaux. A peine eu-je le temps de me demander où j'étais qu'une troupe de gardes armés jusqu'aux dents fut sur moi. Ils me saisirent, l'un des hommes me demandant ce que je faisais à Gabino, comment j'avais passé la sécurité. J'expliquais, encore ivre et grelottant, que j'étais un héros mais que suite à une sortie trop arrosée dans la taverne de Calphéon, j'étais tombé dans le fleuve pour échouer ici. L'homme me demanda mes papiers. Quels papiers ? Je ne comprenais pas. "Je n'en ai pas, dis-je. Je ne sais même pas où je suis."

L'homme me regarda longuement, puis lâcha "Suspect. Qu'on le ramène à la route le plus vite possible.". Je fus traîné son ménagement, dans la boue et la fange, me débattant de mes vieux membres. "Je n'ai rien fait ! Je suis tombé dans la rivière ! Où suis-je ? Lâchez moi ! Je suis un héros vous dis-je, lâchez moi ! ". Mais rien n'y fit, je fus traîné comme un miséreux, mes suppliques se transformant en injures, me débattant de plus belle. "Mais quelle est cette ville de fous ? Cette ville où l'on traite les héros de telle sorte ? Cette ville qui jette ses sauveurs dans la fange et la boue ?" Je criais, je me débattais. Je fus finalement jeté sur la route, sans ménagement, comme on jetterai un sac encombrant au sol. Les gardes firent demi-tour, sans un mot. Je me relevait, et criait dès lors toute ma haine. Je sauverai Calphéon en dernier ! Mais les sauverai tout de même, car mêmes les pires truands méritent le salut et l'aide des héros ! J'essorai ma robe, enlevait la boue de mon chapeau. Les larmes coulaient sur mes joues et y coulent encore alors que j'écris ces lignes. Quel monde cruel. Ainsi, même les héros étaient traités comme des disposables par les hautes instances. Je comprenais de mieux en mieux la souffrance que devaient endurer les gens des bas quartiers. J'entendis la voix du jeune Orwel. Pensant tout d'abord à une divagation, je pu ensuite confirmer que je l'entendais bien. Il semblait parler de façon très animée, au sein de cette ensemble de fermes, Gabino. Peu de temps après, je vis Annelsy, la joue marquée et silencieuse, se diriger vers son cheval que je n'avais pas remarqué jusque lors. Encore une vipère de la noblesse ! Sous le coup de la colère, je lui criais que c'était une vipère, comme tous les habitants pourris des quartiers nobles, que je l'avais vu avec son chevalier se diriger dans ceux-ci en se pavanant. Qu'elle serait sauvée dans les derniers ! Si mes propos l'atteignirent, elle n'en laissa rien paraître, et parti silencieusement à cheval.

Entendant de nouveau la voix d'Orwel, je décidais de m'approcher pour savoir de quoi il en retournait, mais j'entendis "Arialyss", devinant dès lors qu'une rixe amoureuse avait du se dérouler. Je fis alors demi-tour, pour ne pas déranger le jeunot, et m'assis sur une pierre au soleil, au bord de la route, en face de Gabino. C'est assis sur cette pierre que je rédige ces lignes, mon âme de vieil homme ayant prit un sacré coup. Je pense repartir en ville et trouver un coin calme pour dormir cette nuit. Un jardin peut être. Ou ce moulin au bord du fleuve. Je recroiserai bien Orwel pour discuter avec lui. C'est bien le seul qui me comprenne dans cette fichue ville. Peut être devrai-je partir pour Tarif, croiser certains de mes pairs ?

Kadhel

Cinquième Journée

"Il n'y a rien de pire pour un homme que de se voir privé à la fois de son honneur et de quoi survivre décemment. Enlevez l'un des deux, il pourra se raccrocher à l'autre. Mais enlevez les deux et vous découvrirez à quel point l'homme peut se montrer le plus abject des monstres. C'est le travail d'un héros d'empêcher que cela arrive, à tous les prix." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Cinquième Journée

*Le texte est écrit de façon vivace, énervée. On sent la fureur et la révolte qui parcourent les lignes. Une goutte d'eau ayant taché l'encre laisse supposer une larme ayant coulé de la joue du vieil homme* 

C'EST UN SCANDALE ! Un véritable scandale. Les mécréants, les misérables ! Comment peut-on faire ça à un héros, je vous le demande ? Comment ? Comment peut-on être si pétri par le mal et la méchanceté ? *la plume semble plus calme, comme si une pause avait été marquée et que le vieil homme avait reprit quelque peu son calme* Attendez que je vous raconte, vous comprendrez mieux ma révolte. Je n'avais jamais vu d'hommes et femmes si odieux, si je ne compte ma femme Josianne et sa cuisine.

Suite à la rédaction de mon journal, je me suis comme prévu dirigé vers une auberge des quartiers nobles. Et devinez quoi ? Je me suis fais jeter dehors. Oui, jeter dehors ! Je n'avais pas prit une telle rouste depuis la fois où j'étais rentré ivre à la ferme, c'est peu dire ! Et vous savez quoi ? Je suis parti me plaindre à la garde, en mon bon droit ! Je n'allais quand même pas déchaîner la colère de ma magie sur l'établissement ! Et savez-vous ce qu'il s'est passé ? La garde a voulu me jeter en dehors des quartiers, me traitant de loqueteux ! Vous y croyez vous ? Quel est le problème de cette ville ? Je suis un héros choisi d'Elion bon sang ! Je les sauverai plus tard, ils s'en rendent compte ? J'ai alors décidé d'utiliser mes sortilèges pour me téléporter un peu partout dans les rues et lancer quelques flammes (inoffensives, bien sûr !), histoire de les remettre un peu à leur place. Il y a des limites à l'inconvenance, tout de même ! Quelle impolitesse, quel toupet ! Me traiter ainsi ! L'état d'alerte a été donné, de plus en plus de gardes me courraient après, mais ils ne réussissaient pas à m'attraper, les bougres ! Ah, un loqueteux, vous m'en direz tant ! Un loqueteux qui vous bas à plate couture, messieurs. J'aurai pu les mener du bout de mon bâton ainsi pendant encore longtemps si une femme de la noblesse ne s'était emparée de ma Susanne par la longe, l'emmenant avec elle. Vous y croyez ? Une femme de la noblesse, volant la monture d'un héros sans le sou ! Mais il n'y a plus de limites à la décadence, me suis je dis . J'ai donc tenté d'arrêter la dite femme, le nombre de gardes fixés à mon postérieur tels des mouches avides de crottin s'accroissant en flèche. J'ai appelé à la garde, pour qu'on arrête la voleuse. Mais la garde était à mes trousses, ai-je réalisé. Ainsi, ce crime odieux pouvait être perpétré sans conséquences. Traquez cette voleuse, pas le héros, m'écriai-je. Envahi par le stress et la douleur anticipée de ne plus jamais revoir ma Susanne, ma magie me fit défaut. Enfin, à vrai dire, elle me fait parfois défaut sans que je ne comprenne pourquoi. Sans doute Elion désire t-il limiter ma force ? C'est complexe la magie, après tout. Toujours est-il que je me suis retrouvé sans le moindre sortilège, entouré de gardes, acculé contre un mur, la femme partant avec mon Susanne, en toute impunité. J'ai hurlé à tue tête, j'ai insulté la femme, j'ai hurlé au voleur. Mais pas loin d'une dizaine de gardes m'ont traîné en dehors du quartier noble, sous le sourire narquois de la femme, qui guidait ma Susanne en dehors du quartier noble. J'ai été jeté dans des geôles froides et humides, seul, puant la mort et le rance. Et laissé là, laissé là à croupir pendant quatre longues journées. Le chef de la garde m'a au final fait libérer, sous réserve que je ne m'aventure plus jamais dans le quartier noble, et me confisquant le bâton que j'ai eu tant de mal à tailler. Quand j'ai demandé où était ma Susanne, il a haussé des épaules, "Sais pas", puis m'a laissé un plan. Je n'ai pas encore retrouvé ma Susanne à l'heure qu'il est. Ma pauvre Susanne. *la page semble parsemée de tâches évoquant des gouttes d'eau. Quelques lignes illisibles semblent indiquer que le vieil homme a tenté de continuer son récit, pour au final y renoncer*

Kadhel

Première Journée

"En ce jour béni où je quitte enfin ma ferme de Keplan et ma terrible femme Josianne, sur le dos de ma fidèle Susanne, mon cœur s'empli de joie. Enfin Elion me révèle le destin que j'ai toujours su être le mien, celui d'un héros. J'entame donc l'écriture de ce journal, afin que les générations futures puissent s'inspirer de mon épopée, mais aussi pour laisser un témoignage sur mon corps s'il me venait le malheur de périr avant d'avoir accompli ma tâche." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

 

Première Journée

Après 14 heures de chevauchée sur ma fidèle Susanne, bénie soit cette ânesse et son courage qui m'ont sauvé mainte fois par le passé, j'aperçois enfin les hauts bâtiments de Calphéon. Je n'ai de mémoire jamais été aussi loin de ma ville natale. Susanne m'avait tout l'air d'être exténuée, aussi ai-je marqué une pause afin de lui donner une carotte et de la laisser se reposer. Elle l'a bien mérité. J'en profite donc pour écrire ma première impression de la ville, entamant ce journal d'aventure.

Pourquoi avoir choisi Calphéon ? Et bien, c'est la capitale, c'est par là que toute personne d'importance devrait passer en premier après tout. Je ne connais que cette ville, de toute façon. Elle miroite dans mes yeux et mes pensées depuis ma plus tendre jeunesse. Calphéon, ville d'Elion, ville des héros, ville des gens d'importance ! Loin des mines crasseuses et des champs épars de Keplan (et de ma terrible femme ...). Car oui, j'étais paysan. Paysan par dépit. Je sais depuis tout jeune que ce n'était pas là ma destinée, en atteste les marques sur mon visage et mes yeux verrons. Ma mère (qu'elle repose en paix) m'a dit autrefois qu'un prêtre en personne avait attesté que ces signes étaient la volonté d'Elion. Toi, qui me lira peut être un jour si ce journal arrive dans tes mains, tu te demandes peut être pourquoi j'écris aussi bien. Je ne suis qu'un simple paysan après tout. Et bien détrompes toi ! Depuis tout jeune, j'évite les travaux des champs afin d'apprendre à écrire et à devenir un héros (et de nombreux sceaux de fumiers furent versés dans mon lit par mes frangins pour ces raisons ...). Car oui, retiens le bien, toi qui me lira peut être : Même une personne de la plus basse extraction peut être destinée à sauver le monde ! Et j'en suis un exemple parfait, j'en remercie encore Elion. Béni soit ce jour où je découvris mes pouvoirs alors qu'un chien urinait sur ma botte ! J'ai profité du voyage pour m'entraîner, et travailler un peu ma tenue. On s'attend d'un puissant magicien qu'il possède une grande robe, une longue barbe et un grand chapeau. Je me suis aussi taillé un bâton. J'y ai rajouté des runes, pour l'image. Je me dois de faire forte impression à mon arrivée en ville, je ne dois pas décevoir les gens. Que penseraient-ils d'un sauveur tout crotté ? Bon ma Susanne commence à ronger mon baluchon, il est tant que j'y aille. Il faudrait que je trouve de beaux vêtements en ville, digne d'un héros. Je suis persuadé que les gens comprendront.

 

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Je suis scandalisé mais aussi heureux. Je profite d'être assis sur un pont pour vous raconter l'histoire. Alors que j'arrivais en ville, je me suis naturellement renseigné auprès d'un citoyen sur un lieu où je pourrais trouver des gens d'importance et de quoi m'habiller proprement, en ma qualité de héros et de grand magicien. On m'a donc indiqué le chemin vers de chics quartiers avec un grand sourire (que les gens sont serviables, cela me fait chaud au cœur !). Les quartiers nobles, appris-je par la suite. Enfin passons. Sur le dos de Susanne, je cherchais une échoppe où me procurer de plus beaux atours. Les citoyens des quartiers me regardaient avec des yeux étonnés et surpris. Je les comprends, on ne voit pas souvent un héros après tout. Enfin je me suis au final arrêté devant une échoppe qui me semblait fort adéquate, "Thorad de Noirvent, Joaillier" indiquait le panonceau au dessus de celle-ci. Je sais que tout héros se doit d'avoir un anneau ou une amulette précieuse, et n'en ayant pas de par mes origines (je doute fort qu'un collier de fleurs ou un anneau de bois suffise), je me suis dirigé vers l'échoppe afin de me procurer un bijou digne de ce nom. Je ne suis pas riche, mais je suis destiné à le devenir, en tant que héros. J'étais persuadé que le marchand comprendrait. Il me suffirait de prétexter une attaque de bandit. Quelle ne fut pas ma surprise, lors qu’après m'être annoncé, le serviteur du marchand me claque la porte au nez. Enfin, à vrai dire, il n'a même pas ouvert la porte, juste une trappe d'où ses yeux inquisiteurs me contemplaient avec mépris. Furieux, j'ai naturellement commencé à tambouriner contre la porte ! Comment pouvait-on traiter ainsi un héros ? C'est parfaitement odieux ! *le tracé de la plume semble saccadé, comme exécuté avec fureur et révolte*

Et c'est là que c'est parti en branle, comme un taureau dans un bal de village. Des hommes armés, la garde de la ville, m'ont saisi et arraché de la porte, à quatre contre un vieil homme, vous rendez vous compte ? Je suis certes un héros, mais l'âge ne m'épargne pas pour autant. Face à leur force et à leur nombre, je ne pouvais rien faire sinon vociférer. Je n'allais tout de même pas déchaîner mes sortilèges sur des citoyens !

Après un débat houleux, j'ai tout de même convaincu les gardes de me laisser récupérer ma Susanne. Deux nobles se sont écartés à ma demande, avec un grand sourire. J'ai pu ainsi monter sur mon destrier. Ah les gens, au final ils ne sont pas tous aigris ! Ils ont même applaudi quand je suis parti en donnant mon nom dans la foule ! C'est plaisant d'être un héros !

Mais le meilleur vient pour la suite ! Alors que j'étais escorté par les quatre gardes en dehors des quartiers nobles, sous les yeux étonnés de la foule (je comprends leur choc, traiter ainsi un héros, vieil homme de surcroît !), j'ai pu apercevoir un jeune homme adossé à une margelle sur le pont menant vers les quartiers artisanaux. Ne sachant guère où me rendre afin de rencontrer d'autres magiciens et de trouver une éventuelle bibliothèque (les rares livres que j'eu à ma disposition à Keplan n'étant pour ainsi dire pas source de grandes connaissances), je demandais à l'homme s'il pouvait m'indiquer le chemin vers une bibliothèque. Prénommé Orwel, jeune gaillard bien bâti, il s'avéra un bon partenaire de discussion, bien qu'un peu réservé et soupçonneux au début. J'ai pu lui raconter mes soucis, il m'a alors donné des conseils sur Calphéon. A mon grand regret, il ne connaissait pas de bibliothèque, ce genre de lieu n'étant pas son quotidien. Il m'a néanmoins parlé d'une ville nommée Tarif. Dans ma méconnaissance, je l'ai confondue avec un quartier de Calphéon, mais il a eu la politesse de ne pas me le faire remarquer et de juste me reprendre indirectement. Très sympathique le jeune homme ! Il m'a au final conseillé une auberge pour la nuit, dans sa grande sympathie. Je l'aurai bien récompensé d'une piécette pour ses services, mais je suis aussi fauché que du maïs en période de récolte, et c'est peu dire. Je l'ai ensuite quitté, avec une impression fort sympathique. J'espère le recroiser tantôt, il faudrait que je lui apprenne à ne pas délaisser la connaissance. Il est encore jeune, il est normal qu'il ne comprenne pas encore l'intérêt des livres. Je me suis ensuite dirigé vers l'auberge indiquée, mais celle-ci était fermée. J'en ai donc profité pour m’asseoir sur un muret, où je rédiges actuellement cet extrait de mon journal. Je vais sans doute retenter ma chance dans le quartier noble. Il y'aura bien une auberge là bas, et puis j'ai besoin de me faire connaître un peu, comme tout héros qui se respecte !

Kadhel

Prélude

En ce jour, moi, Bondoulfe de Keplan, héros béni d'Elion, Plus grand magicien de ce siècle et de celui à venir, décide d'inaugurer mon journal.

Je laisserai ainsi ma trace dans un écrit, qui saura inspirer les jeunes générations de la même sorte que les anciens héros m'ont inspiré.

Ce journal décrira mes aventures, mon ressenti, mon parcours. S'il devait m'arriver malheur un jour, que mon destin me réservait une fin tragique dans ma carrière héroïque, ce journal sera le témoignage de mon existence et le gage de mes actions. Aussi, si vous le tenez aujourd'hui entre vos mains, chérissez le et transmettez le, copiez le, que ces aventures puissent servir le monde même après ma mort. Car c'est là le travail d'un héros que d'aider le monde et les gens, de les inspirer, même par delà la mort.

 

---- Bondoulfe de Keplan.