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  • Néron

    Les Putains et les jongleurs

    Par Néron

    Lorsque Dieu eut créé le monde tel qu'on peut le voir à la ronde, avec tout ce qu'il mit dedans, il fonda trois classes de gens: les nobles, les clercs, les vilains. Les chevaliers eurent les terres; quand aux clercs, il leur octroya le fruit des dîmes et des quêtes; le travail fut le lot des autres. La chose faite, il s'en alla.    Sur son chemin il aperçoit une bande de chenapans: des ribaudes et des jongleurs. Il ne va pas loin, ils l'accostent et se mettent tous à crier: " Restez là, sire, parlez-nous. Ne partez pas; où allez-vous ? Nous n'avons rien eu en partage quand vous avez doté les autres." Notre-Seigneur les regarda et, les entendant, demanda à un saint qui le suivait quels pouvait être ces gens-là. " Ce sont des gens faits par mégarde, que vous avez créés comme ceux qui ont foi en vous. S'ils vous hèlent, c'est qu'ils voudraient avoir leur part à vos largesses." Notre-Seigneur, au même instant et sans faire d'autre réponse, vint aux chevaliers et leur dit: " A vous qui possédez les terres je baille et donne les jongleurs. Vous devez en prendre grand soin et les retenir près de vous. Ne les laissez manquer de rien; accédez à tous leurs désirs. Tenez bien compte de mes ordres. A vous maintenant, seigneurs clercs, je donne à garder les putains." Depuis, les clercs se gardent bien de désobéir au Seigneur: ils n'ont d'yeux que pour les ribaudes et les traitent du mieux qu'ils peuvent.    Comme ce fabliau le montre, si vous l'avez bien entendu, les chevaliers vont à leur perte quand ils méprisent les jongleurs, leur refusent le nécessaire et les laissent aller pieds nus. Les putains ont chaudes pelisses, doubles manteaux, doubles surcots; les jongleurs ne reçoivent guère tels cadeaux des chevaliers. Ils ont beau savoir bien parler; ils n'ont droit qu'à vieille nippes; on leur jette comme à des chiens quelques bouchées des bons morceaux. Mais en revanche les putains changent de robes tous les jours; elles couchent avec les clercs qui subviennent à leur besoins. Ainsi les clercs font leur salut. Quand aux chevaliers, ce sont des pingres qui ne donnent rien aux jongleurs, oubliant les ordres de Dieu. Les clercs en usent autrement, pour les putains ont la main large et se plient à tous leurs caprices. Pour elles, voyez-les à l'oeuvre: ils dépensent leur patrimoine et les richesses de l'Eglise; en leurs mains est bien employé l'argent des rentes et des dîmes.     Donc, si mon fabliau dit vrai, Dieu veut que les clercs soirent sauvés, que les chevaliers soient damnés.    
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  • Anderhole Amerton

    Introduction et Prologue

    Par Anderhole Amerton

    Au sérénissime prince Kirseh Shoore qui chercha à apprendre l'art des armes, l'art de combattre à la barrière, de lance, hache, épée et dagues, des mains et des bras, à pied et à cheval, en armes et sans armures. Il cherchait aussi à connaître la trempe du fer et les charmes de chacune des armes, tant pour défendre que pour attaquer, et surtout les choses du combat à outrance. Mais également d'autres choses merveilleuses et secrètes, lesquelles sont connues de peu d'hommes d'armes dans ce monde. Et ces choses sont vraies, et de très grande offense et de grande défense, pour celui capable de les comprendre. Des choses infaillibles, si enseignées à l'âme d'un combattant libre.

    Et ledit seigneur appris lesdites choses de moult maîtres en bien des provinces et cités, avec énormément d'effort et à grand prix. Mais ces maîtres toujours portèrent l'écusson de la Chèvre Noire, car à la cour de grands seigneurs, princes, ducs, marquis et comtes, aucun chevaliers et écuyers ne pouvaient percer leurs flancs. Ces maîtres fantômes seront innomés mais non pas oubliés par leurs compagnons. Ce livre suivra une structure classique qui fera en sorte qu'un élève ne manque rien en l'art que je cède. Nous commencerons à la lutte, laquelle se donne pour deux raisons qui sont la récréation et la colère, c'est-à-dire pour la vie, avec toute l'astuce, le mensonge et la cruauté possible. Et je veux parler et démontrer par la raison celles qui se fait pour la vie et principalement en obtenant les prises comme l'usage lorsque l'on combat pour la vie.
    L'homme qui veut lutter veut être avisé de celui contre qui il va lutter ; si son adversaire est plus fort, si il plus grand de stature, si il est trop jeune ou trop vieux. L'apparence, la posture et la garde, donnent les clefs aux prises et permet toujours la défense des prises par leurs contraires.
    Et si ton ennemi est sans armure, sois attentif à frapper aux endroits les plus douloureux et les plus dangereux à savoir dans ses yeux, dans le nez, dans le faible sous le menton ainsi que dans les flancs. Et ne te garde pas si tu peux venir aux prises ou aux clefs, soit en armes, soit désarmé, de faire l'un et l'autre.
    La lutte demande huit choses qui sont la force, la rapidité ainsi que le savoir des prises avantageuses, savoir faire des fractures, c'est à dire rompre les bras ou les jambes ; connaître les clefs, c'est à dire lier les bras de manière que l'homme n'aie plus de défense ni ne puisse se libérer ; savoir frapper aux endroits les plus dangereux. Également savoir mettre quelqu'un à terre sans danger pour soi-même,  également de savoir disloquer les bras et les jambes de diverses façons. Lesquelles choses sont toutes écrites et possiblement dépeintes dans ce livre, pas à pas, comme le veut l'art.

    Nous avons dit ce que requiert la lutte, nous parlerons maintenant des gardes de la lutte. Les gardes de la lutte peuvent se faire de diverses façons, et une façon est meilleure qu'une autre. Mes quatre gardes sont les meilleures, en armes et sans armes, sans excuses, car les gardes ne sont pas stables dès que les prises se font.
    Les quatre premières représentations de maître que vous voyez - ceux couronnés - montreront les gardes de la lutte, à savoir la Posture Longue et la Dent du Sanglier, lesquelles sont faites l'une contre l'autre, de la même façon que l'on peut faire la Porte de Fer et la Posture Frontale l'une contre l'autre. Ces quatre gardes peuvent faire toute les choses susdites, de la lutte en armes et sans armes, qui sont les prises, les clefs, les fractures, etc. J’ai besoin de faire en sorte que les gardes soient connues des Maitres joueurs, et les élèves des joueurs, et les joueurs des Maitres, et le remède du contre bien que toujours le contre est placé après le remède de telle façon « le remède » est après ou après tous ces jeux et de cela ce sera claire. Nous disons que connaître les gardes ou les postures est une chose facile, d’abord les gardes ont leurs armes en main l’une contre l’autre et ne se touchent pas l’une l’autre. Et elles restent attentives et fermes l’une contre l’autre pour voir ce que le compagnon veut faire. Et celles-là sont appelées postures ou gardes ou premier maitre de combat. Et ceux-là portent une couronne sur la tête parce qu’ils sont positionnés en place et de façon à faire une bonne défense, avec elles on attend ainsi. Et je suis le principe de cet art, qui est de cet art de l’arme avec laquelle les dits maitres sont en garde. Et beaucoup est à dire des postures et des gardes. Et la garde veut dire que l’homme se met en garde, et se défend avec celle-ci, des frappes de son ennemi. Et tant est à dire de la posture qui est la façon d’approcher son ennemi pour l’attaquer sans danger pour sa personne. L’autre maitre qui suit ces quatre gardes vient à la suite des gardes et se défend d’un autre joueur avec les coups qui sont donnés depuis les quatre gardes. Et ce maitre porte également une couronne, et il s’appelle second Maitre. Il s’appelle également Maitre remède parce qu’il fait le remède qui le protège des coups ou bien qui fait qu’il ne sera pas blessé dans cet art qui sont les dites postures ou bien gardes. Et ce second maitre, c’est à dire le remède, a certains joueurs sous lui, lesquels joueurs font les jeux que pourrait faire le Maitre qui est avant, c’est à dire le remède pour prendre cette couverture ou alors les prises que fait ledit remède. Et ces joueurs portent une jarretière sous le genou. Et ces joueurs font tous les jeux du remède jusqu’à ce que se trouve un autre Maître qui contrera le remède et tous ses joueurs. Et donc celui qui fait le contre du remède et contre ses joueurs porte la tenue du Maitre remède et de ses joueurs c’est à dire la couronne à la tête et la jarretière sous le genou. Et ce Roi est appelé Maitre troisième et on l’appelle contraire parce qu’il est contre les autres Maitres et contre ses jeux. Je dis encore qu’à certains endroits dans l’art se trouve le quatrième Maitre c’est à dire le Roi qui contre le troisième Roi, c’est à dire le contraire du remède. Et ce Roi est le quatrième Maitre que l’on appelle quatrième maitre. Et on l’appel Contre-Contraire. Bien que peu de jeu passent le troisième Maitre dans l’art. Et si plus se fait se fera avec danger. J’ai assez dit sur cela. De la même façon dont nous avons parlé ici avant des gardes de la lutte et du second Maitre, c’est à dire du remède, et de ses joueurs, et du troisième Maitre contraire au second Maitre et à ses joueurs, et du quatrième Maitre qu’on appelle contre contraire, ainsi on a ces Maitres et joueurs qui reviennent pour l’art de la lance avec les lances et leurs gardes, Maitres, et joueurs. Je commencerai à traiter d'abord de la lutte, ou abrazare, ensuite de la lance et de l'épée ainsi que la lutte à cheval. Puis, derrière, de la lance, épée et lutte à pied et en armure. Puis, de l'épée à deux mains, le jeu large, puis l'étroit, puis le jeu de la hache, puis certaines parties, puis de l'épée à une main, puis du jeu de la lutte et ensuite du jeu de la dague. Et de cette manière, tu pourras voir tout l'art des armes en ce livre, qui ne peut jamais faillir, tant la glose est bien dite au dessus des figures dépeintes. Maintenant occupons-nous aux figures dessinés et à leurs jeux et à leur texte, lesquels nous montreront la vérité.
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  1. Campagnes & Trames

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    Billets récents

    Ceresayaria
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    Par Ceresayaria,

    SOMMAIRE :

    Épilogue : Le Tournoi du Gantelet

    Chapitre I : Le Bellâtre et la Bête

    Chapitre II :  Le Champion

    Chapitre III : Vieilles rancunes

    Chapitre IV : Fierté vs. honneur

    Chapitre V : Le mousquet de Delphe

    Chapitre VI : Le Duel

  2. Alentours de Keplan, Manoir des Allenhalls.

     

     

     

     

     

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    La poudre.. La terre éventrée qui retombe comme une pluie fine et collante.. La peur.. La mort.. encore. C'est peut-être notre dernier combat, nos derniers instants vivants, tous ensembles. Et je n'ai pas pris le temps de leur dire à certains à quel point ils comptent pour moi. Un regret de plus sur un liste qui commence à dégueuler. Une tâche de plus sur une vie semblable à une nappe après un banquet. Mais peut-être la dernier tâche qui sait... Le Manoir était truffé de piège autant qu'une vielle pute qui tapine sur les quais ; on savait où on allait, mais on savait pas sur quoi on allait tomber.

    Et par mes couilles, il l'avait sacrément bien garni de défenses son Manoir l'autre enculé. Les pièges ça on s 'en doutait. Mais ces putains de statues.. J'en ai mouillé mes draps ces dernières nuits. Tu les vois, tu tournes le regard une seconde elles sont plus là..Elles sont dans ton dos. Et si tu les perds trop longtemps de vue... Putain Aithe a failli y laisser la vie, et son bras à défaut.  Mais ça c'était la mis en bouche. Parce qu 'à l'intérieur il y avait comme gardiens toutes ses expériences ratées. Ratées mais pas inoffensives les saloperies. Je me rappelle encore la claque que j'ai pris par le Ruzgar foiré. Il était p'tet foiré le machin, mais il m'a fait traversé la pièce d'un revers. Pis après Ruzgar y avait le faux Atesi et la fausse Sylph..

     

     

    On était dépassés. Surclassés par l'ennemi. Surtout qu'une fois le dernier gardien tombé, il en restait un. Et quand je dis un, c'est pas la moitié d'un. Imaginez un machin de plusieurs dizaines de mètres de haut qui était tapi dans le sous sol du Manoir. Une créature résultant de la fusion d'Atesi et de Ruzgar, la terre et le feu réunis.. dans un Behemoth de lave et de roches incandescentes. Fallait fuir sinon on allait y rester. Sauf que devine qui attendait dehors..? Beh oui ces putains de statues. Sans oublier les pièges qu'on avait pas déclenchés à l 'aller qui risquaient de nous péter à la gueule. Grâce à Sylph, la vraie, on a pu se replier. Amochés, déglingués pour la plupart, mais on était vivants.

    Sauf que coincés à Keplan on ne pouvait rien faire. Il ne restait "qu'un" seul ennemi pour enfin en finir avec les plans macabres et mégalos de cet enculé d'Alabaster. Mais comment abattre un machin gros comme une montagne..? Sans me vanter, pour une fois, j'ai eu un éclair de génie, où comme disent les alcolos un "moment de lucidité" p'tet. Car pas très très loin, ma frangine Illyadora avait fait stocker des canons et des mortiers à Glish pour une mission qui lui tenait à cœur. Et déjà, symboliquement et psychologiquement, aller cogner la bestiole de lave à coup de canon ça me rassurait déjà un peu plus..

     

     

    Les autres non plus ont pas chômé. Chacun de son côté avait renforcé son armement pour blesser et abattre cette engeance et récupérer l'artefact maudit qu'elle protégeait. Les sœurs Élémentaires acceptèrent d'user de leurs pouvoirs pour enchanter certains équipements. Il restait aussi ces connasses de statues mais j'avais un plan pour leur faire leur fêtes à ces salopes. C'était simple, basique, mais efficace. Pilonner le Manoir et ses alentours pour exploser les statues et faire sortir la bête de son trou. Au passage on aurait désamorcé les pièges restants. Une fois la bête sortie, on la finirait aux canons dont certains avaient des boulets spécifiques à notre problème. Sauf que rien n'est jamais simple. Ce qu'on savait pas c'est que de l'autre côté de la maison, y avait un cimetière. Et un cimetière pour un connard comme Alabaster c'est comme donner à un gosse un bac à sable pour s'amuser... Et il s'est bien amusé l'enculé croyez-moi... On a vu les ancêtre de la famille Allenhall marcher à nouveau pour fondre sur nous. Franchement dégueulasse le mec..

    Ce combat là fut moins facile que prévu, car imprévu au final et tandis que le dernier illustre ancêtre mourrait pour de bon, un grondement sinistre ébranla toute la zone. La Bête sortait de son trou...

     

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    Et bah on était pas dans la merde encore tiens... Si on fuyait de nouveau on aurait attiré sur Keplan cette monstruosité et on aurait fait augmenter la liste de victimes. Toute façon Illyadora voulait pas reculer. Bon après tout Alabaster c'est son demi frère, j'peux comprendre qu'elle ait les boules même si elle le dit pas trop. Et puis si on se tirait on perdait les canons et notre meilleure chance d'abattre la bête. Je suis pas un héro. Je l'ai jamais été et je le serai jamais. Déjà parce que ça crève jeune et inutilement. Et puis parce que j'ai pas le "truc" qui faut surement. Sur le moment je regrette d'avoir emmené ces hommes et ces femmes ici. Ils vont peut être mourir, à cause de moi. Enfin à cause d 'Alabaster à la base mais bon j'ai ma part de responsabilités.. J'espère que je me suis pas chier dessus en établissant mon plan de bataille. Putain c'est ça que ressentaient les officiers à la guerre quand on partait à la filoche ? Je veux pas mourir. Et je veux surtout pas perdre l'une de ces personnes qui sont là à mes côtés à ce jour. Si y a un Dieu quelque part, ou un truc qui y ressemble.. quelque soit son nom, quelque soit le prix à payer.. faîtes que ma famille s'en sorte...

    On a commencé à le canarder bon pied bon œil. Mis à part le sol qui tremble quand il se déplace, on tenait. Et comme d'habitude c'est parti en couilles comme un feu de paille. Narasen semble t-il avait encore utilisé ses cartes maudites et là encore les cartes s'étaient retournées contre nous. Une partie du groupe fut pris de terreurs et d'hallucinations. Certains virent Alabaster réincarné prêt à nous attaquer... les canons ont cessé de tirer vu la panique générée. Le Behemoth a repris du terrain et.. J'ai pas les mots. J'sais pas comment décrire ça tellement ça a été vite et que ça me paraît irréel. La Bête.. a réussi à se saisir d'Ilya' et...

     

    Mais pourquoi j'ai prié les Dieux moi?? Pour quoi au final ? Voir ma frangine se faire broyer vivante par l'énorme main de lave qui l'a ensuite jetée comme une couche usagée..? J'ai rien pu faire. Rien. Et ma sœur est morte sous mes yeux. La bataille venait d'être renversée. Nos armes étaient au final inutiles et dérisoires face à la puissance du Béhémoth. Nous étions partagés mais il fallait leur demander. Leur demander le sacrifice ultime. Et elles ont accepté. Elles n 'étaient pas obligées, nous ne sommes que des mortels après tout. Mais elles ont accepté de fusionner à leur tour pour affronter la créature d'égales à égal. Ainsi Sylphe, incarnation d'un esprit primordial de vent et sa sœur Sû déesse de l'océan ne firent qu'une seule et même créature.

    C'était terrifiant et spectaculaire à la fois. Un duel de monstres de cette puissance...jamais je n'aurais cru voir ça de mon vivant et pouvoir le raconter. Et là cet enculé de behemoth a moins fait le fier mine de rien. Les filles réunies en une seule lui ont copieusement fait sa fête, mais une fois le combat fini... Il ne restait plus que Sylph. Sû n'était plus, consumée dans cette tempête d'eau et d'orage. Adieu ma Déesse des océans, moi qui espérait finir mes jours en ta demeure..

     

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    Le Behemoth était détruit, réduit à un tas de pierres chaudes encore fumantes. L'artéfact avait été retrouvé dans ses restes. Il ne restait plus qu'aux mages et aux sorcières à briser le sortilège qui liait Alabaster à ce monde et si possible libérer Ruzgar et Atesi prisonniers à l'intérieur. Et après..? Je contemplais le corps de ma Sœur, et déplorait la perte de ma Déesse. Ma famille était meurtrie, blessée. Une simple brise suffirait à la faire se déchirer... J'avais un vide immense en moi que je saurais expliquer. Je me souviens avoir pris la dépouille d'Illyadora et d'avoir laissé la suite  à Narasen et Sadusga, mais après... je n'ai que de vagues souvenirs. Il y avait un phare éteint.. du noir.. une eau déchaînée...

    Merde...

     

     

     

     

     

  3. Bien des personnes pensent que le travail d'un viticulteur consiste à récolter les fruits de ses pieds de vigne, les travailler pour que de la matière brute devienne, par un long travail méticuleux par le biais de la distillation et la fermentation, le produit fini qui s'écoule dans nos verres.

    Si vous faites parti de ces gens-là, vous êtes bien loin de la vérité.

    Le travail de viticulteur est laborieux et il se déroule sur les douze mois de l'année. Vous pensiez peut-être qu'en hiver, le travail était mis en pause pour attendre le début du printemps, mais encore une fois, vous auriez tout faux.

     

    • Septembre

    Pour certains viticulteurs, le mois de septembre est déjà le mois des vendanges mais d'autres préfèrent laisser le raisin mûrir davantage, afin que les grains se gorgent suffisamment du soleil et donc de sucre. Au Domaine Mirabela, c'est à ce moment qu'on surveille la maturation des grappes et qu'on prévoit de vendanger. Le viticulteur surveille de près la maturation des raisins, en prélevant régulièrement des grappes et ainsi fixer le jour J pour récolter tous les fruits. Pour parfaire cette maturité, on enlève les feuilles qui entourent ces grappes afin de permettre une meilleure aération et une exposition plus large à la lumière du soleil. 

    Dans certaines contrées plus froides du centre du continent, la récolte commence fin Août. Toutefois, comme dit plus haut, certains vignobles préfèrent profiter encore des mois suivants où le climat peut être encore doux et chaud. Les vendanges peuvent ainsi se dérouler de mi-Septembre à la mi-Octobre environ, hors vendanges tardives.

     

    • Octobre - Vendanges

    C'est la saison des vendanges au Domaine Mirabela. Puis la vinification commence. La vinification consiste à transformer le moût de raisin en un type de vin doté de caractéristiques organoleptiques spécifiques. C'est l'étape succédant au pressurage pour les blancs et au foulage pour les rouges. S'effectuant dans un chai (mais nous y reviendrons plus tard), sa phase principale est la cuvaison, lors de laquelle le moût subit une fermentation alcoolique produisant le vin.

    Les vins de garde vont être mis en fûts pour y être élevés. C'est ce qu'on appelle l'élevage du vin.

     

    • Novembre - Pré taille et buttage

    Taille et buttage. La vigne abandonne son feuillage aux flamboiements de l'automne. C'est l'annonce d'un repos hivernal. Le vigneron taille les longs sarments (pré-taille) et butte les ceps de vigne pour les protéger du froid rigoureux de Balenos et favoriser l'écoulement des eaux de pluies hivernales. Les vins primeurs sont mis en bouteilles. On surveille également l'évolution des vins nouveaux.

     

    • Décembre - Taille.

    Début de la taille. A la mi-décembre, le cycle des travaux de la vigne est bouclé par conséquent, les tailles reprennent, amorçant une nouvelle année ou "campagne" viticole. La température des caves doit être adaptée pour garantir les fermentations.

     

    • Janvier - Poursuite de la taille

    Poursuite de la taille. La tradition fixe symboliquement la Saint-Vincent (patron des viticulteurs fêté le 22 janvier) pour marquer le début officiel de la taille. On dit qu'à la Saint-Vincent, "l'hiver s'en va ou se reprend".

     

    • Février - Taille et ouillage

    220px-Chais-cathedrale.JPGDans les chais, le vin se contracte avec la baisse des températures. Un chai est un lieu où se déroule la vinification. C'est ici qu'on y conserve et entrepose les tonneaux (tonnelets, fûts, barils, foudres, etc.) les vins et les eaux de vie. Par extension, on l'utilise aussi pour y emmagasiner les bouteilles de vin ou d'alcool. Il s'agit alors plus communément d'une cave à vin si elle est située en partie ou en totalité en-dessous du niveau du sol ou d'un cellier s'il est au niveau du sol.

    C'est donc dans ces chais que le vin se contracte avec la baisse des températures. Il faut surveiller les tonneaux et procéder à l'ouillage, une opération qui consiste à maintenir les barriques plaines par adjonction régulière de vin de même qualité, afin d'éviter toute oxydation.

     

     

     

     

    • Mars- Poursuite de la taille

    L'opération de la taille se poursuit jusqu'au mois de mars. En principe, le vin a fini de fermenter, y compris les fermentations malolactiques.

     

    • Avril- Palissage

    Avec le printemps, la vigne s'éveille et le débourrement est déjà bien avancé : les bourgeons s'ouvrent et de petites feuilles apparaissent. La taille est finie et les vignerons palissent sur un fil de fer, c'est-à-dire qu'ils attachent la vigne horizontalement sur les fils pour maintenir les sarments.

     

    • Mai - Protection du vignoble et épamprage

    Pour éviter la prolifération des plantes parasites, les employés du domaine effectuent une seconde série de labours superficiels. Grâce à l'aide de l'alchimiste qui a su trouvé des décoctions naturelles sans toxicité, les solutions sont pulvérisées sur les pieds et feuilles afin de protéger la vigne contre les maladies et les parasites comme par exemple apposer une résine gluante autour de la pousse afin de créer un obstacle infranchissable aux insectes par exemple telles que les fourmis. Selon la taille pratiquée et les conditions de végétation, d'autres bourgeons que ceux laissés volontairement par la taille peuvent se développer sur toute ou en partie des ceps. Issus donc du tronc ou des bas de la souche, ces rameaux infertiles seront supprimés par l'épamprage.

     

    • Juin - Accolage, rognage et floraison

    Parmi les vignes palissées, le viticulteur "accole" les vignes, ce qui veut dire qu'il lie les jeunes rameaux contre les fils de fer. Ce procédé est mis en place afin de contenir la croissance de la vigne qui peut rapidement devenir touffue et envahissante, ce qui est néfaste pour la bonne maturation des raisins. On pratique également le rognage des rameaux ou écimage. 

    C'est en cette saison que la vigne se met à fleurir.

     

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    • Les mois Juillet et Août - Éclaircissage et traitement contre les parasites.

    Une fois la floraison arrivée à son terme, on peut déterminer le nombre et la répartition des grappes sur les ceps. S'il y a trop de grappes, on procède alors à un éclaircissage qui consiste à ôter les grappes surnuméraires avant leur maturation. En effet, un nombre de grappes excessif peut nuit à la bonne maturité de la vigne. 

    Lors du mois Août, les travaux au sol s'arrêtent en général mais la surveillance du vignoble reste indispensable et est donc accrue. Sa protection peut être nécessaire jusqu'en Septembre, s'il subsiste des risques de développement des maladies.

    Vous l'aurez donc bien compris, en ce moment, le Domaine Mirabela a fort à faire, patientant tout en surveillant que la récolte soit bonne. 

     

    Révélation

    Oui, j'ai utilisé les mois IRL car comme l'a dit @Kadhel dans la section Encyclopédie...

    Citation

    Néanmoins, en réalité, il n'y a aucune corrélation avérée entre les constellations et les mois. D'ailleurs, dans le monde de Black Desert, les noms des mois sont les mêmes que dans la réalité. Cela s'observe sur une connaissance de l'île d'Iliya. Il y a d'ailleurs aussi 4 saisons, l'hiver, l'automne, le printemps et l'été. Cela se voit dans des entrées variées.

    Qui plus est, comme indiqué dans la connaissance sur la constellation du Dragon Noir, il existe bien plus de constellations que les 12 présentées ici. Mais ces 12 constellations sont visiblement relatives à des périodes de naissances, qui nous sont complètement inconnues (cela pourrait être des cycles de 12 jours, de 12 semaines, de 12 mois comme de 12 ans ... ou même des totems...).

    Je l'utilise car le point soulevé par le contributeur me semble des plus logiques.

     

    • https://www.zupimages.net/up/18/25/ht3w.png

      « La « Sadvhi », au-delà d'un destin, est aussi une idée,
      un nom pour désigner celle dont l'existence est nue, soumise à tout, soumise à pire. »

      Un pilon fait d’argent. Des fruits frais de pouvoir magique pour l’enchanter. Un peu de poudre de pierre noire ; le tout réuni, mélangé, associé et transcendé grâce à la flamme pourpre. Elle n’avait plus préparé de rituel de scellement depuis longtemps mais les gestes restaient frais dans sa tête. Sadie avait peine à croire que ce moment allait enfin arriver. Ca n’était rien, un exercice assez simple que l’on apprenait aux jeunes sorcières en apprentissage : sceller un esprit noir pour le tenir à sa merci et la manipuler à sa guise.

      Sceller le Re’sh.

      Un frisson vivace lui remonta le long de l’échine et la fit inspirer au travers de ses dents serrées. Cette simple idée déclenchait chez elle une avidité toute particulière : l’envie que le temps file mille fois plus vite et que l’instant arrive enfin. Elle n’allait même pas elle-même mener le rituel, elle ne pouvait ni ne voulait se retrouver face au Re’sh, mais la satisfaction restait toute entière tant seul le résultat lui importait.

      Falkynn et le mage devaient être sur la route. Elle avait encore quelques heures devant elle pour tout préparer. Un piège très simple, tellement simple qu’elle aurait pu douter de leur réussite mais ça ne l’avait pas effleurée. Ces quelques derniers jours passés à Olvia lui avaient rappelé à quel point elle détestait être sur la touche, devoir laisser les autres faire et les troubles entre elle et le Valencien n’avaient que renforcé ce sentiment : on n’était jamais mieux servi que par soi-même et tant pis pour les autres.

      La sorcière savait bien l’égoïsme franc qui émanait d’elle, de ses propos et attitudes, mais elle n’avait pas d’autre mode de fonctionnement. Prendre en compte les autres c’était également prendre le risque de s’appesantir une seconde de trop et ils étaient maintenant trop près du but pour qu’elle ne pense qu’une seule seconde à se relâcher. Elle se faisait l’effet d’un ressort sur le point de craquer, tendu à souhait dans l’attente de l’opportunité : elle était toute entière tournée vers son but. Il y a de ces moments où la simple idée de se laisser distraire par des états d’âme nous semble révulsant au regard des enjeux.

      Sadie en était là ; et elle ne pouvait qu’espérer que tous comprendraient. Elle eut un instant de flottement dans ses gestes bien orchestrés, un pincement au cœur qui la fit suspendre le bon cours de ses préparations. Et après ? Elle n’avait plus aucun doute sur leur succès, il semblait qu’au-dessus d’elle tout s’agençait dans un ordonnancement providentiel, mais l’après lui laissait un goût un peu amer sur le fond de la langue. Après ? Qu’est-ce qu’il y aurait après ? Un florilège de possibilités lui passait à l’arrière des yeux, lui laissait entrevoir des choses qu’elle n’avait même jamais osé espérer jusqu’ici. Mais à être trop capable de tout, n’était-on jamais capable de rien ? Elle pouvait tout faire si cela était nécessaire, abandonner tout et tout le monde si cela devait lui permettre de remettre les choses dans leur axe car la finalité était plus importante qu’eux tous. Mais à quel prix ? Allait-elle finir comme Siari ? Détestée et prisonnière d’un mensonge, une ombre au service d’un dessein si grand que personne ne le comprenait vraiment.

      Son cœur se mit alors à battre comme un forcené et lui comprima la poitrine, tant et si bien qu’il lui semblât avoir pris un coup de poing dans le ventre. Elle ne voulait pas. Sadie ne se sentait pas capable, et c’était nouveau pour elle, de sacrifier tout ce qu’avait sacrifié sa mère.

      Tu es capable de tout
      Le pire et le meilleur
      Les décisions à prendre
      Faire ce qui doit être fait

      Elle réalisa alors que c’était ainsi qu’Eleazar avait justifié son choix, c’était pour ça qu’elle était devenue Sadvhi : pour faire ce que d’autres –au façonnage incertain- n’auraient pas pu mener à bien. Sadie déglutit, la gorge plus nouée qu’un amas de ronces, et reprit sa lente mais minutieuse préparation. 

      Qu’allait-elle encore devoir faire ou subir au nom du titre qu’elle portait ?

       

    • L'Odyssée Astrale

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      "A la conquête d'un nouveau monde"
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      Voici près de deux ans qui se sont écoulés depuis l'élection de la nouvelle Dangxùan au poste de dirigeante du clan de la Grue Astrale. Wùan Li-Ming, l'élue de ce vote extrêmement serré, dû passé après sa nomination, le plus clair de son temps à résoudre les conflits politiques qui opposa ses rivaux contre son parti.

      Le calme et l'harmonie semble être enfin revenus parmi les membres du clan. Et maintenant, grâce au soutien précieux de son père récemment promu en tant que chancelier, la maîtresse-dirigeante peut enfin reprendre son souffle.

      Cependant, ceci n'est que de courte durée. En effet, lorsqu'on connaît le tempérament de la nouvelle Qingfù à sa tête, il faut se préparer à de nouvelles idées toujours plus ambitieuses et audacieuses que les précédentes. C'est ainsi que l'inlassable Wùan Li-Ming, prépara secrètement un projet jamais réalisé auparavant.

      Depuis plusieurs mois déjà, alors qu'elle était encore sur le front à faire régner l'ordre, plusieurs de ses loyaux sujets sous confidence, organisèrent les préparations d'une longue expédition au-delà de la mer. Personne ne put dire exactement quels étaient ses objectifs, mais peu à peu, dans la plus grande discrétion, se regroupèrent les derniers protagonistes à cette mystérieuse affaire.

       


      Situation :

      Vous faîtes actuellement voile vers le Sud depuis près d'un mois. Les oracles ont été en votre faveur et vous avez pu prendre le large sans rencontrer de fortes intempéries, de monstres marins, ni même ces pirates dont certaines histoires effrayantes peuvent vous faire dresser les cheveux sur la tête.

      Désormais, vous n'êtes plus très loin du nouveau continent. Les astres et les cartes vous indiquent que vous approchez du royaume de Valencia, une vaste contrée aride et désertique, où à contrario, regorgent de grandes richesses tel que l'or, l'ivoire et le safran.

      Vous pénétrez dans l'embouchure de l'Est, remontant ainsi le lit du fleuve, vers une ville portuaire communément appelée Ancado. C'est le seul endroit précis que votre dirigeante, Wùan Li-Ming, a bien toléré de vous transmettre depuis votre embarcation secrète sur le navire.

      D'ici peu vous accosterez, mettant un terme à votre pérégrination. Dès lors, vous découvrirez les premières réponses à ces mystérieuses énigmes sur votre présence en ces lieux. Et enfin, pourra débuter votre aventure en ces nouvelles terres.
       
      Codage par Libella sur Graphiorum

       


    •  

      ENCYCLOPÉDIE SPÉCIALISÉE

      DES ESPÈCES 

      &

      AUTRES CRÉATURES

       

      retranscrit par Mal'Akh

      d'après les observations de Saya, Chasseuse & Pisteuse - Naturaliste.

       


       

      Révélation

      Ce blog est totalement RP et aura pour fonction de retranscrire les observations du personnage Saya, une chasseuse et pisteuse qui a pour métier secondaire et passionné le "naturalisme" par le biais d'un autre personnage : Mal'Akh. Toutes les sources de ce recueil RP proviendront de https://bddatabase.net/fr/ . Il présentera une liste non exhaustive des espèces que le personnage aura rencontré au cours de ses voyages. Ce blog a également pour autre fonction de présenter de façon plus ludique et RP, les informations provenant de la database afin d'être réutilisables pour les rôlistes. Libre à vous de piocher ou non dans l'encyclopédie. Bon RP et bon amusement.

       

    • La belle saison était arrivée avec une chaleur soudaine et l’air devenait irrespirable dans les bureaux du Trillium. Toutes les fenêtres étaient grand ouvertes, mais le peu de vent n’arrangeait pas l’atmosphère. Au fond du bâtiment, une femme en robe de magicienne s’éventait avec son immense chapeau. Elle était assise à côté d’un enfant et d’un golem de pierre géant ; ils prenaient un goûter plutôt copieux. Thé vert pour Sawyier, jus d’orange pour le petit Tim et café long pour le golem Roger, bien que ce dernier ne puisse ni boire ni avoir soif. D’ordinaire par un temps pareil, ils auraient dû se promener aux alentours de Calphéon, plutôt que cuire dans une maison de pierre, mais ce jour-là, Sawyier attendait quelqu’un :

      « Un client va venir. » expliqua-t-elle à son petit cousin et au golem. « Je vais peut-être obtenir un contrat très important. Je compte sur vous pour rester sages et ne pas faire trop de bruit. » Elle essayait de boire son thé sans s’arrêter d’éventer, il s’agissait là d’un exercice ardu mais les magiciennes n’avaient pas peur du danger.

      Roger et Tim s’échangèrent un regard, ceux-là avaient développé une grande complicité. Ils grandissaient ensemble et avaient de nombreux points communs. Le dernier en date était de faire des bêtises sans le faire exprès, au plus grand malheur de la magicienne. Cependant rien n’annonçait que cette entrevue risquait de mal se passer. Sawyier avait laissé de quoi bien manger et avait promu Roger responsable en chef de la garderie (titre pompeux sans réel pouvoir politique). Elle révisait ses derniers sorts pour se détendre à l’aide de son grimoire « Magie et enchantements » sous-titré « usage de la magie pour les tâches ménagères ou sociales indignes des magicien(ne)s. » Le genre d’activité mécanique qui permettait d’oublier la peur que pouvait provoquer un entretien professionnel. Lorsque l’horloge sonna quatorze heure, Sawyier bondit, fit un dernier chut du doigt à Tim et Roger suivi d’un index agité pour signifier « sinon ça va barder. » et ferma la porte derrière elle, les laissant seuls dans le salon.

      « Regarde, Roger. » murmura Tim après avoir fini son jus de fruit. « Sawyier a laissé son livre ouvert. »

      Si les magiciennes pouvaient créer d’énormes boules de feu, il était de notoriété publique que les enfants avaient le pouvoir de repérer et d’être attirés par les objets qui leur étaient strictement interdits. Le golem tourna ses petits yeux verts vers l’objet et se rendit compte de la maladresse de sa créatrice. Comment pouvait-on laisser un enfant et un livre magique ouvert dans la même pièce ? Cela ne présageait rien de bon.

      « Non. » répondit-il sur un ton faussement calme et autoritaire. « On n’a pas le droit. »

      « Elle a dit : rester sages et ne pas faire trop de bruit. Il n’y a aucun risque si on regarde juste. On fera bien attention de ne pas tourner les pages trop vite. »

      « Ahhh. Oooh. D’accord. »

      Tim avait là un argument tout à fait pertinent. Lorsqu’on tournait les pages du livre, cela ne faisait quasiment aucun bruit. Sawyier n’était pas en mesure d’entendre cela dans la pièce d’à côté. Roger, bien que responsable en chef de la garderie, ne pouvait contenir sa curiosité devant un tel ouvrage. Il y avait des illustrations colorées à chaque page et des lettres calligraphiées magnifiques. Tim avait appris à lire et se débrouillait plutôt bien. A la page trois, ils s’arrêtèrent car le titre semblait prometteur.

      « Sortilège pour les enquiquineurs… Ouah ! Ça pourrait nous être utile, Roger. Il faut qu’on l’apprenne ! »

      Le golem essayait de comprendre la représentation du sort alors que Tim commençait déjà à réciter à voix haute la formule, ce que personne ne devrait faire avec un livre magique ; c’était bien la pire chose à faire lors de la première lecture de ce genre de texte. Et lorsque Roger comprit qu’il s’agissait d’un sort pour nuire à quelqu’un, il était déjà trop tard : un petit rayon s’échappa du livre et partit comme une flèche quelque part dans le salon. Tim resta bouche bée et Roger interdit. Quelle terrible catastrophe avaient-ils provoquée ?

      « Qu’est-ce qu’on a fait à ton avis ? » demanda Tim

      N’importe qui aurait corrigé l’enfant en l’informant que c’était son idée et qu’il était l’unique responsable, mais Roger n’était pas comme ça. C’était un chic golem et il se sentait pleinement responsable du cataclysme qui allait sans le moindre doute se produire. Le lourd silence coupable fut brisé par un bruit de verre, comme un objet en verre qu'on fait glisser sur une table. Ils cherchèrent l’origine de ce son : cela venait de la table basse.

      « Ah ! Je suis la salière… CAUCHEMARDESQUE ! Et ce monde est bien trop fade, il a besoin de plus de… chaos. Je vais répandre mon sel partout sur cette terre ! »

      « Oh, non. » souffla Roger saisi par l’effroi d’un tumulte qui commençait.

      La salière se mit à sautiller furieusement sur la table basse pour mettre du sel partout. Les pâtisseries furent les premières victimes de ce règne de terreur, elles étaient à présent immangeables. Dans un rire malsain, l’objet possédé continua son œuvre et se dirigea vers la coupe de fruits.

      « T’inquiète pas, Roger. Je vais arranger ça. Il doit bien avoir un sortilège pour annuler tout ça. »

      Paniqué, le golem essayait de rattraper la salière. Il ne pouvait pas faire de geste brusque, au risque de briser un meuble, mais elle était rapide, injurieuse et elle était en train de saler des fraises, on allait prendre ça pour du sucre ! A sa troisième tentative, Roger s’arrêta car il venait de réaliser quelque chose. Tim avait bien dit le mot sortilège ?

      Trop tard, un deuxième rayon s’échappa pour s’écraser sur la table. Roger se dirigea vers Tim pour lire le sort qu’il avait lancé « Sort pour adoucir. » Ils se regardèrent tous deux alors que la salière massacrait un bol de fraises. Roger prit doucement des mains de Tim le livre de sorts et lorsqu’il se retourna il vit que la sucrier leur faisait face sur le bord de table.

      « Bonjour. » lança Tim, hésitant. « Vous pouvez nous aider… ? »

      « Oui, je connais bien la salière. » répondit le sucrier sur un ton amer. « Toujours prête à ruiner une bonne soirée et à hurler de rage sur les honnêtes gens. » d’un air de dégoût, il cracha du sucre par terre. « Je peux vous aider à arrêter ses desseins épicés, mais il nous faut une armée. Passez-moi votre grimoire, je vais vous aider. Eh quoi ? Vous n’avez jamais vu un sucrier lettré ? Je suis raffiné vous savez !  »

      « Non. » coupa Roger.  « Plus de magie. »

      « Roger, il faut qu’on répare nos bêtises ! »

      « Nous n’avons plus le temps ! » cria le sucrier énervé. « Tournez le livre à la page cent dix-neuf. Vite !»


       

      Monsieur Prato avait une moustache impressionnante. Elle dépassait bien le visage de deux centimètres de chaque côté, c'était l’œuvre d’un sculpteur, elle ressemblait à un aigle noir prêt à prendre son envol, un oiseau qui battait des ailes à chaque fois que son propriétaire parlait. Sawyier se rendit soudainement compte qu’elle n’écoutait pas du tout Monsieur Prato. Il s’agissait d’un négociant fortuné, le genre de riche qui ne pouvait pas prendre les routes sans se faire un sang d’encre. Le problème fut que la magicienne n’avait rien écouté depuis deux bonnes minutes, or monsieur Prato la regardait avec un sourire pincé et attendait une réponse. Sawyier prit alors un air grave et se massa l’arête du nez pour réfléchir.

      « Je vois. » commença-t-elle dans un soupir retenu. « Et vous pensez que le Trillium est la meilleure solution à votre problème ? »

      « Oui bien sûr. » reprit Monsieur Prato. « Les routes sont dangereuses et ma livraison ne peut vraiment pas attendre. » Il s’agissait donc bien d’une mission d’escorte et la magicienne paraissait toujours professionnelle.

      « Bien, nous allons pouvoir discuter d’un contrat. Je vais le rédiger avec vous si vous voulez bien. Oh, excusez-moi, j’ai laissé ma plume à côté. Je reviens tout de suite. »

      Monsieur Prato hocha la tête et Sawyier se leva de son siège. Elle l’avait sûrement laissée dans l’arrière salle à côté de son livre. Elle ouvrit la porte, se retint de hurler, fit un pas en arrière et referma la porte.

      « Tout va bien ? » demanda le client.

      « Oui. »

      « Vous avez oublié votre plume. »

      « Ma plume. C’est une excellente remarque. Mais je crois qu’elle est trop usée. Je vais en prendre une autre. »

      Un bruit de verre brisé retentit derrière la porte.

      « Tout va bien ? »

      « C’est rien, ce sont mes collègues. Ils font du pain. » Peste soit son talent de menteuse, l’improvisation n’était clairement pas son fort.

      « Du pain ? Dans la salle d’à côté ? Dans un bureau de mercenaires ?»

      « Oui. C’est un passe-temps pour nous détendre entre deux missions périlleuses. Moudre le grain, modeler la pâte, la rouler. Ça défoule, ça fait un bien fou. »

      « Ma foi, je suis curieux de goûter le pain du Trillium. »

      « Il est très mauvais. On débute. Je vous le déconseille. Et si nous revenions à ce contrat ? Je dois avoir une plume dans ce tiroir. »


       

      « Je vous le concède, c’était une erreur. » confessa le sucrier à Tim et Roger. «Mais comment aurais-je pu prévoir que les couverts étaient des traîtres et n’avaient aucun sens de l’honneur ? » Il soupira puis leur jeta un regard de coin.  « Par contre, je vous trouve un peu ingrats. Excusez-moi du terme mais j’ai quand même rallié à notre bannière la coupe de fruits et les tubercules. »

      Le salon avait des airs de champs de bataille. Roger se cachait les yeux devant un tel massacre et Tim commençait à paniquer. Les fidèles de la salière avaient semé le chaos sur la table basse et l’armée du sucrier avait renversé deux chaises dans leur tentative pour les stopper. Les combats avaient fait un mort, un verre à vin. Face au drame, les deux groupes s’étaient mis d’accord pour faire une trêve afin de se recueillir. Malheureusement la tension persistait et aucune solution diplomatique ne semblait possible. La salière récupérait l’événement tragique qui avait coûté la vie au récipient pour diaboliser l’ennemi et le sucrier quant à lui, expliqua à ses troupes qu’il fallait rétablir l’ordre, peu importe le prix à payer. Tim tourna la tête vers Roger :

      « Et si on les mettait tous dans un sac en attendant que Sawyier revienne ? »

      « Non. Ils vont tous se casser les uns les autres à l’intérieur. »

      « Excusez-moi, nobles sirs. » interpella le sucrier. « Nous avons discuté entre nous et nous avons décidé de choisir la solution proposée par les fruits. Tenter de faire des prisonniers était une erreur. Nous allons charger l’ennemi dans un ultime affrontement et ce sur leur territoire. Nous nous battrons jusqu’à notre dernier souffle et nous nous en remettrons à Ellion tout puissant. »

      « Ce n’est pas une bonne idée ! » s’empressa de couper Tim.

      Le sucrier posa son couvercle métallique sur la main du garçon. «  Chut. Je comprends votre peine. Mais nous avons juré de redonner à ce monde la tranquillité de Jadis. L’heure n’est plus aux adieux déchirants. » Sa voix trembla. « Excusez-moi, le devoir m’appelle. Au revoir Philippe. »

      « Je m’appelle Tim. »

      « Ne gâchez pas ce moment ! »

      Un lourd silence traversait la table basse, lieu de la bataille finale. Les deux armées se faisaient face, chaque soldat bouillonnait d’impatience d’en découdre, mais aucun camps pour l’instant n’osait donner l’assaut. Ce fut alors que la salière eut une idée pour provoquer ses ennemis. Elle fit amener une pomme, espionne capturée et proche amie du sucrier. La surprise s’empara des rangs de l’armée d’en face. Certains soldats se tournèrent vers leur général qui semblait impassible. Le sucrier, en réalité, contenait une rage immense. La perfidie de la salière allait causer l’irréparable. Celle-ci eut un ricanement et cria :

      « C’est votre dernière chance de vous rendre. Abandonnez ou bien votre amie risque de le regretter. »

      « Sucrier. » implora la pomme. « Je vous en supplie. Trop de sel a déjà été déversé. »

      Il détourna le regard. Il ne pouvait se résoudre à capituler. Il implora le pardon de la pomme avec chagrin.

      La salière ordonna alors à l'un des couteaux d’empaler la pomme. Celle-ci fut ensuite soulevée dans les airs et le couteau la jeta devant les rangs de l’armée sucrée. Le sucrier jura de lui donner vengeance et sonna la charge. Roger, d’abord perplexe, devant un tel tableau se ressaisit et tenta de les arrêter. Il plaça l'un de ses bras immenses entre les deux groupes. La rage des belligérants ne se dissipa pas et ils escaladèrent les pierres immenses qui se dressaient devant eux.


       

      « Bien ! » s’exclama Sawyier en refermant vivement son registre. «Le contrat est donc signé et le prochain rendez-vous est fixé. Permettez-moi de vous remercier, moustache, pardon, monsieur Prato ! Si vous voulez bien m’excuser, j’ai quelques affaires urgentes à régler sur le champ ! »


       

      « J’ai froid. » soupira la salière alors que le sel se répandait sur le sol. « J’aurais simplement voulu une dernière fois apporter le bonheur d’un plat parfaitement assaisonné. »

      « Toute… » Commença le sucrier, contenant un sanglot. « Toute la substance de la salaison n’est que l’ombre d’un rêve. »

      « C’est… » La salière cracha du sel. « C’est magnifique. » elle expira alors dans un long râle rauque.

      Roger et Tim contemplèrent le désastre. Tant d’objets avaient perdu la vie et laissaient les survivants à leur chagrin. Le garçon se sentait désolé pour le sucrier qui venait de perdre ses amis, il s’approcha et essaya de le réconforter :

      « Je vous demande pardon, on voulait pas que ça se passe comme ça. »

      « Nous avons fait ce que nous croyions juste de faire. » répondit le sucrier. « Mais je suis content d’avoir traversé cette épreuve avec vous, Philippe le garçon et Samuel le golem. »

      « Qui est le responsable ?! » gronda soudain la magicienne depuis le pas de la porte.

      « C’est Tim qui a ouvert votre livre ! » cria aussitôt le sucrier.

      « Oui » renchérit la salière qui se mit à ramasser ses morceaux. « Il a clairement désobéi à votre consigne. »

      Le retour de Sawyier fit retrouver au salon son calme perdu. Les objets animés s’empressèrent de ranger et de nettoyer. L’enfant et le golem, eux, regardaient fixement leurs pieds. Ils évitaient soigneusement de croiser le regard de la magicienne. Celle-ci avait les bras croisés et se pinçait les lèvres. Elle leur infligea un silence réprobateur de plusieurs minutes puis soupira :

      « Vous imaginez, si un autre membre du Trillium était entré ? La magie c’est très sérieux ! On ne peut pas l’utiliser à la légère, encore moins pour s’amuser. Oh, merci. » fit-elle à la tasse de thé qui avait flotté jusqu’à sa main. « Au moins vous n’avez rien et ça m’apprendra à oublier mon livre. »

      Les deux coupables semblaient tirés d’affaire, bien que ce rappel à l’ordre ne les rendait pas très fiers. Tim était soulagé d’avoir évité une punition et demanda d’un ton tremblant s’il pouvait disposer. Sa petite voix apaisa la magicienne qui retrouva son sourire. Elle les laissa reprendre des jeux plus paisibles en repensant à ce qu’ils venaient de faire. Elle trouva cela même amusant jusqu’à ce qu’elle recrache bruyamment son thé bien trop salé…

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      Neith
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      Quelques nouveautés enrichissent les rayons de la boutique. Si les originaux sont visibles, quelques copies moins onéreuses sont à vendre.

       

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      Mémo des fiches (RPG) Personnages-Joueurs :

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      Personnage hors-jeu.

       

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      En attente.

       

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      Aurore-Lanelle
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      Aurore se lance maintenant dans ce projet qui lui tiendra toute son attention et sa concentration. Avant d'avoir assez de cran pour proposer son livre botanique, elle fera un début d'aventure laissant des dizaines de feuilles volantes se remplir de traits et dessins s'enchaînant plus ou moins harmonieusement sur le papier. Notant toutes les informations possibles que les locaux pourraient lui apprendre, elle reste sous la bienveillance d'Oliver alors qu'elle passe son temps a gratter le papier dans des zones parfois un peu dangereuses. En passant de Balenos à Serendia jusqu'à arriver enfin à Calpheon, six pages finissent alors par voir le jour avant que les deux compagnons ne franchissent les portes de l'Astrolabe. 

       

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      Les planches réussissent alors le pari de plaire à Emrhan, le directeur de L'astrolabe qui permet donc à Aurore de devenir officiellement une chercheuse. 

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      "Des gamins qui volent ! Et pourquoi pas des livres pendant qu'on y est ... ? Ah..." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

       

      Trente-Septième Journée

      S'il y a bien une première chose à dire sur Tarif, c'est que ses toits sont tout aussi agréables (ou désagréables ?) que les autres villes. Vindiou qu'il est dur d'être héros sans le sous. Mais c'est ça être un héros, c'est savoir faire abstraction des douleurs du quotidien pour avancer vers son destin. Après le soucis à Tarif c'est que y'a des gamins qui volent, du coup potentiellement ils pourraient arriver au niveau des toits et venir me déranger quand je dors. Peut être qu'au final je devrais tenter de ne plus dormir sur les toits en fait...

      Mais bon, Tarif, c'est pas que des toits et des gamins qui volent. Non parce que sinon ce serait triste quand même. A Tarif, il y a des sorcières occultes ! Et oui ! D'ailleurs, ma première rencontre dans cette ville après le palefrenier, ce fut une sorcière ! 

      En début d'après midi, je me suis levé (il fallait bien dormir un peu après mon épopée de voyage hein) et suis allé contempler le petit lac depuis un ponton de la ville. Si y'a bien un truc qui change pas, c'est les petits pontons et le beau scintillement de l'eau au soleil. Si ça n'est pas un don d'Elion que de voir nos mirettes bercées par un si beau miroitement, ben je mange mon chapeau. Enfin non parce que j'en ai besoin, mais l'idée est là. Puis un héros qui mange son chapeau ça fait bizarre, si les enfants le font aussi en me prenant pour modèle ça va poser des problèmes...

      Donc je regardais l'eau, puis au bout d'un moment j'avais envie de voir la ville quand même. Alors je me suis levé, puis j'ai marché dans les rues un peu au hasard. Et devinez quoi. Déjà les gamins qui volent c'était étrange. Mais en plus ils tirent de la fumée, et y'a même des BON SANG DE LIVRES qui volent. DES LIVRES ! Et puis des marmites, et toute sorte d'objets. C'est vraiment n'importe quoi cette ville bon sang. Rangez vos affaires un peu. Je ne pensais pas qu'on pouvait mal éduquer sa vaisselle, mais il semblerait que si, parce que dans le coin elle est tellement rebelle qu'elle sort de son vaisselier.

      Donc j'errais dans les rues (et je ne me perdais pas du tout ! Je faisais des cercles pour revoir les détails !) et d'un seul coup j'ai été accosté par une femme si grande qu'au début j'ai pensé qu'elle avait des échasses, un peu. Une femme avoir une peau noire ébène, avec un paquet sous le bras, qui faisait quelques têtes de plus que moi. Bon sang c'est pas commun. Niveau force de la nature je connaissais déjà ma Josianne, mais visiblement il y en a de toutes sortes. En tout cas, le côté sympathique, c'est que la sorcière ébène elle était avenante, elle. Pas comme ma femme.

      Pour preuve, elle m'a demandée si j'étais perdu. C'était très gentil de s'en inquiéter, mais bon un héros ça ne se perd jamais, hé ! Je lui ai répondu que tout allais bien, mais elle semblait intéressée de savoir ce que je faisais en Mediah (le nom du coin, je l'ai déjà entendu plusieurs fois) parce qu'elle ne m'avait jamais vu par ici. Elle a même rit un peu. Faut croire que je dénotes ? Ou alors c'est la terre sur mes vêtements, peut-être. Je sais pas trop. En tout cas je lui ai expliqué que j'étais Bondoulfe de Keplan, Héros choisi d'Elion, et plus Grand Magicien de ce siècle et celui à venir, hé. Un héros qui passe en ville, c'est pas tous les jours, alors autant mettre les formes ! Puis j'ai ajouté que je venais à Tarif sur conseil de mon jeune ami Orwel. Un bon garçon Orwel, je me demande ce qu'il fait en ce moment tiens.

      La femme ébène a eu l'air un peu sceptique, mais elle m'a dit que je ne manquais visiblement pas de confiance en moi et qu'elle ne connaissait pas d'homme du nom d'Orwel. Elle était curieuse de savoir pourquoi on m'avait conseillé de me rendre ici, aussi. Alors je lui ai expliqué qu'Orwel et d'autres gens m'avaient dis que venir ici me serait d'une grande aide. Même si je savais pas encore trop pourquoi. Et en plus, ne me souvenant pas du nom de la demi sœur d'Orwel, je ne pouvais même pas amorcer ce sujet... bravo Bondoulfe !

      Elle m'a écouté avec attention, du coup j'en ai profité pour lui demander si tous les gens avec des pouvoirs ici étaient aussi des élus de dieu, un peu. Elle m'a répondu que les gens d'ici n'étaient pas des magiciens mais des sorciers, et tenaient leur magie de leur héritage, qui venait d'une femme du passé nommée Cartian. Visiblement, la première sorcière, qui avait bâti le village il y a des siècles et battu des géants. J'espère que leur héritage passe pas par le sang, parce que sinon c'est un peu triste de voir toute la ville faire de la sorcellerie. Enfin à chaque village ses us et coutumes, hein. Toujours est-il que du coup, c'étaient des sorcières, pas des magiciens ! Visiblement elles utilisent l'occulte, pas la magie d'Elion ! Enfin je ne savais pas trop ce que c'était l'occulte, mais la sorcière ébène m'a montré en faisant une sphère noire dans sa main. ça pour sûr, c'était pas comme ma magie à moi qui vient d'Elion. Je lui ai donc expliqué tout enjoué, mais ça a eu l'air de la contrarier un peu.

      Elle m'a dit que dans le coin, il fallait pas trop parler d'Elion, parce que c'est pas la foi locale, et qu'en Mediah on révère Aal. Moi du coup j'ai essayé de lui expliquer que dieu c'était dieu, qu'après on l'appelle comme on veut, mais ça ne l'a pas convaincu du tout et ça a un peu posé un froid. Donc bon j'ai changé de sujet. Dieu c'est dieu, on va pas débattre des années.

      Donc bon, je lui ai expliqué mon histoire, ma destinée, et la façon dont Elion m'avait donné mes pouvoirs. Elle n'était pas très convaincu, me demandant si ce n'était pas plutôt un héritage. Bien tenté, mais ma famille est paysanne et sans pouvoirs depuis des générations, hé. C'est un miracle d'Elion, il faut s'y faire ! Je dois sauver le monde avec mes pouvoirs, c'est ainsi ! En tous les cas, j'ai fini par la convaincre que je ne mentais pas. Et bien, ce fut fastidieux.

      Je lui expliquais donc que je devais sauver le monde, mais elle me dit que je devrais d'abord me sauver moi même avant si le cas se présente, parce que je ne peux sauver personne en étant mort. Belle analyse, mais bon j'étais et ne suis toujours pas mort alors que je suis en train d'écrire. Autant dire que je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait dire. Les héros ça sauve les gens et le monde, c'est tout...

      Au final, la sorcière s'est présentée (c'est vrai que j'avais rien demandé, mais j'aurai pensé qu'elle allait se présenter plus tôt). Ihria Shal'dun, érudite à l'Astrolabe (je connais bien évidemment, mais on va pas s'y attarder) et gérante d'une société d'échange entre l'est et l'ouest. Du coup c'était peut être pour ça qu'elle était sympathique avec moi qui vient de l'Ouest, en fait. Elle connaît. Alors que moi je ne pensais même pas qu'il existait des choses aussi loin de Calphéon... et qu'en j'en ai fais part à la sorcière, ça l'a fait bien rire et elle m'a dit que Calphéon n'était pas le centre du monde.... ben oui je sais que c'est pas le centre... je suis en manque de connaissances mais pas stupide hein...

      Ensuite elle m'a parlé d'une magnifique cité, plus grande que Calphéon, très loin à l'est, du nom de Valencia. Je connais pas, mais vu la description ça a l'air joli. J'irai peut être un jour. Puis je lui ai demandé s'il y avait des soucis dans le coin, car si Orwel m'avait envoyé ici, il devait y avoir des choses à faire. Ihria m'a parlé des bandits qui sévissaient dans la région, dont certains teintés par la corruption. Ha ! C'était peut être ça que je devais faire. Mais les bandits c'est généralement pour les gardes, même si les héros s'en occupent parfois... Ihria m'a dit que les habitants de Tarif s'en sortaient, mais que les bandits étaient tenaces, terrés dans des falaises et cavernes. Un truc de bandit quoi.

      De fil en aiguille, on a parlé de corruption, de l'âme des hommes et des soucis à Calphéon. Je lui expliquais que je savais tout ceci, mais que les héros et les prêtres sont là pour aider les hommes à avancer vers le droit chemin. La sorcière m'a dit que le clergé d'Elion faisait aussi des choses terribles, mais je lui ai expliqué que l'homme est faillible, même moi, mais que c'est juste qu'en tant que héros j'ai plus de chances de réussir là où tout le monde échoue, parce que c'est ça un héros. Mais je peux quand même échouer, hein. Dire le contraire ce serait prétentieux, et un héros ne doit pas être vaniteux, il doit être droit et humble. Je lui ai expliqué que seul dieu ne connaissait pas l'échec.

      Ihria m'a alors parlé des maux de ce monde, mais je lui ai expliqué que dieu n'avait pas pour but de rendre l'homme parfait. Le bien et le mal sont des notions mortelles, elles ne s'appliquent pas à dieu. Tous les maux du monde découlent en effet de l'homme, pas de dieu lui même. Mais dieu veut quand même notre bonheur et nous aime. Alors quoi de mieux pour apprendre à l'homme le réel amour que de le laisser le découvrir par lui même ? Les prêtres et les héros sont des guides, des aides que dieu a donné à l'humanité pour devenir plus aimante et heureuse. Et pour vaincre les choses terribles et corrompues qui oppressent les hommes et les mettent à l'épreuve. J'ajoutais à cela qu'en tant que héros, il était de mon devoir d'aider les gens et de sauver le monde, afin que l'humanité puisse découvrir d'elle même l'amour et le bonheur. Je ne fais pas cela pour le prestige, je fais cela parce que je le dois.

      Après mon explication, la sorcière est venue me taper sur l'épaule (bon sang elle avait de la force) en riant et en me souhaitant avec un sourire de vivre assez longtemps pour pouvoir mettre tout ceci en oeuvre. Elle me dit qu'elle devait au plus vite finir de livrer son paquet, et qu'elle espérait me recroiser par la suite, ou un jour. Je lui dis que ma vie était déjà bien entamée, mais que je comptais bien mettre le reste de celle-ci pleinement au service de dieu et du bien des hommes. Elle me salua une dernière fois avec un sourire, puis s'élança à grande foulées dans le dédale de ruelles, avec ses longues jambes. Et comme un benêt j'ai alors oublié de lui demander où trouver à manger de cette ville. Du coup je suis actuellement assis sur une pierre, dans un petit jardin, à écrire ce journal en me demandant si mon estomac ne va pas me massacrer l'intérieur de rage. On dirait un ours qui grogne bon sang. Quelle grâce. Allez, j'en ai assez écrit pour aujourd'hui, je vais voir si je ne peux pas attraper une casserole volante pleine de nourriture. Peut être qu'il y en a dans le coin.

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      Hyandaure
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      Les étoiles.

      Les pieds dans l'eau, il sentait cette fraîcheur lui mordre la peau et doucement, remonter le long de ses chevilles. Face à lui, l'immensité nocturne et ses éclats d'argent, scintillaient tel des diamants. Il trouvait en la nuit la majesté d'une reine et le calme d'un sage. Elle seule sous l'astre clair et son croissant clair obscur déliait le fil de ses pensées comme l'on remonte le cours d'un ruisseau. A la violence, il préférait le silence. Au tumulte de la vie, la solitude d'une liberté infinie. Il imaginait sa vie tel un tableau sans contours, une toile aussi infinie que cette immensité à laquelle il aimait tant appartenir. 

      Il se laissa glisser de la roche comme une feuille glisse sur le vent et s’immergea jusqu'au bassin, chassant alors un frisson lorsque l'eau encore si froide en cette saison lui caressa les cuisses. Il avança alors et se mêla au fleuve. une sensation de bien-être déploya ses ailes douces et tranquilles en son âme et son corps, mêlant l'être à l'harmonie du monde. Parmi cette douce quiétude nocturne, l'aubade régulière des criquets, son corps flottait délassé à la surface de l'eau, ses bras tel de noueuses racines détendus. Il voguait sur l'étendue paisible, dérivant immobile, laissant à son esprit le loisirs de s'égarer, et éveilla alors les souvenirs d'une journée peu commune.

      "Tu ne sais rien des ombres"...La voix d'Aeluin lui revenait comme l'écho d'un fantôme. Pourquoi fallait-il opposer constamment ces deux forces. Après tout, la sérénité de la nuit ne faisait qu'un avec l'obscurité, sa lumière, ses constellations.

      Il chercha de son regard bleu pale, les étoiles et les histoires qu'elles contaient. Le hibou se devinait aisément dans le canevas astral, l'aurige chargeait parmi l'infini sous l’œil observateur du délicat dragon noir. Tous brillaient comme des lanternes, immuables témoins de l'histoire du monde.

      Sans un ciel de nuit, pas d'étoiles, sans ombre pas de lumière...Ils ne formaient qu'un, comme elle autres fois, Vedir, Ganelle, en paix et en harmonie, équilibre d'un héritage divin. Pleurait-elle aujourd'hui le schisme de ces enfants ainsi égarés. Jalousie et rancœur ont germé. Fallait-il que l’âme se repais de ses propres tourments pour en cultiver ses plus noires essences, détruire l'autre et se détruire soi-même, oublier le monde et d'où l'on vient? N'être qu'une âme parmi les âmes, une vie parmi d'autres vies, et ne pas oublier la place que Sylvia leur a donné. Que chaque être qui vit a été façonné de ses mains et ainsi, ils doivent être choyés avec le plus grand respect. Le véritable monstre ne vient ni de l'ombre, ni de la lumière, il vient du plus profond de chacun de nous, il se terre en prédateur et nous pousse à nous cacher, petit à petit, il grignote notre âme jusqu'à ce qu'il soit assez repus pour sortir au grand jour. Alors nous ne sommes plus, nous paraissons. Et si à un seul moment nous nous posions la question. Qui suis-je? Suis-je heureux en cette vie?

      Redressant la tête, Hyandaure se rendit compte que le flot de ses pensées l'avait une fois de plus éloigné de ce monde, car l'ombre des tours de garde du poste Ouest s'élevaient au loin, rappelant le semi-elfe à des préoccupations plus terre à terre. Il soupira, puis réveilla son corps de sa torpeur, les muscles anesthésiés, et décida après quelques mouvements de remonter le fleuve à la nage jusqu'au rocher où ses affaires étaient posées.

       

       

    • L’aube, sa timide lueur printanière commençait à filtrer par les fenêtres de la modique bâtisse. Il n’y avait personne à réveiller, l’occupant étendu dans le canapé qui trônait dans le salon avait mis un terme à sa nuit il y a des heures de ça. Angoisses et inquiétudes l’avaient laissé en paix lorsqu'était venu l’heure du coucher lui permettant de trouver le sommeil assez rapidement, mais s’étaient ensuite bien vite manifestées dans ses rêves, le privant des bras de Morphée pour le laisser yeux grands ouverts au milieu de cette pièce plongée dans une pénombre rassurante.

      C’est lorsque les premières lumières du jour rendirent ses couleurs au foyer qu’il décida de se hisser hors de son lit de fortune. Il vient rapidement enfiler une grossière chemise avant de prendre la direction de la cuisine pour y faire chauffer un peu d’eau. Ce faisant, il jeta un coup d’oeil vers cette chambre ouverte encore tapie dans l’ombre du fond de la pièce. Marquant une pause pour mieux détailler la silhouette féminine dessinée sous les draps, ponctuée d’une touffe hirsute de cheveux noirs  qui dépassait du bout du lit . Il le lui avait laissé hier soir, enfin il essayait de s’en convaincre. A dire vrai, elle s’y était installée sans qu’il n’ait son mot à dire. Notre homme poussa un petit soupir profitant du silence régnant encore dans la pièce, c’était dans cet état qu’Elle lui était le plus agréable : calme et silencieuse. Seul témoin de sa raillerie, ses lèvres s'étiraient en un fin sourire.

      Une légèreté vite mise à bas par ses propres démons. En l’absence de distraction, il se ressassait sans cesse les mises en garde reçues quelques jours plus tôt à Tarif. “Si ce n’est pas ton esprit qui cède en premier, cette marque que tu portes finira par avoir raison de ton corps, Sergio.  … Six semaines, au mieux.” Le corps ou l’esprit, son choix était déjà fait. Il espérait bien ne pas avoir à en arriver là, pour se faire quelques lingots durement gagnés lui avait permis de se procurer quelques jours de plus. Quelqu’un avait retourné le sablier et lui continuait à perdre son temps ici … Dans l’attente, cette impuissance avait de quoi le rendre fou.

      La berceuse des flammes chauffant l’eau pour le thé apaisait ses pensées et leur permettaient de filer ailleurs durant quelques instants. Empreint à une certaine nostalgie quant à son retour de Tarif, cette ville de sorcières lui avait offert rêves et espoirs fut un temps, y retourner cette fois-ci n’avait pas seulement ressassé de mauvais souvenirs, des instants de joie y résidaient encore.

      A son passage à la Croisée, sa sorcière des temps de crise lui avait conseillé de se baigner dans la Cascade qui se jetait dans le fleuve un peu plus en amont du village. Ça lui serait sûrement bénéfique pour le soucis qu’il se traînait actuellement, lui avait-elle dit. Malgré son caractère de caillasse, elle avait toute sa confiance par le respect que sa figure lui évoquait. Si bien qu’elle aurait pu lui conseiller de se jeter du haut d’un pont pour régler son affaire, qu’il aurait sans doute aveuglément essayé, encore et encore.

      Le regard perdu dans le vide au sein de cette pièce, il se revoyait encore à gravir le dénivelé qui séparait le sommet de la chute d’eau du reste de la vallée médhienne. Il était parti un peu avant l’aube, dans l’objectif de profiter d’un peu de solitude pour reposer son corps et son mental le temps de quelques heures avant d’avoir à reprendre sa Route. La montée lui avait semblé plus agréable qu’attendue : ce début de printemps amenait avec lui le chant des oiseaux les plus matinaux. Et dans leur symphonie, s’est perdu l’effort de son ascension.

      Le soleil de l’Est commençait timidement à chauffer les pierres longeant la rive lorsqu’il avait trouvé un bassin d’eau clair dans lequel il pourrait s’immerger sans risquer d’être emporté par un courant trop virulent -qui l’entraînerait certainement quelques cinquantaines de mètres plus bas contre la roche.- Il s’attendait à ce que l’eau soit gelée lorsqu’il plongea son corps à l’intérieur. A sa surprise, une tranquille tiédeur venait doucement l'accueillir, ses muscles s’y sentirent si bien qu’il en soupira d’aise. Un rien de temps lui fallut pour abaisser sa vigilance et laisser son corps se prélasser, pas longtemps encore pour entrer en résonance avec les lieux.

      Sans qu’il en ait réellement conscience, le torrent élargissait ses ressentis. Chaleur, fatigue, ou le pouvoir des lieux, ce quelque chose l’entraînait, lui permettant de percevoir avec plus de sensibilité, d’une nouvelle perspective que notre mercenaire ne se soupçonnait pas. Nulle lutte pour aller à l’encontre de ce que lui réservait l’onde paisible, il se laissait faire, réceptif et attentif. L’ordre des choses lui sautait au visage sans qu’il puisse s’y soustraire ou même y présager une suite. Un tohu-bohu intarissable d’informations sensorielles déferlait sur lui, où le manichéen de l’humain n’avait jamais existé. Eléments, Minéraux, Vie et Magie prenaient place et sens dans une notion d’équilibre. Tout allait et se propageait dans une sensation d’osmose bien trop grande pour lui, étouffante pour un seul homme. Malgré sa présence pourtant étrangère et corrompue en ces lieux, le Torrent lui intimait par la force des choses qu’il faisait lui aussi parti du tout, un accord dans cette partition et il se devait de l’accepter.

      Le soleil était à son zénith lorsque ses pas le ramenèrent dans la vallée. Son esprit fulminait à tout-va, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu lui arriver. Il ne comprenait pas comment la notion du temps pouvait lui avoir échappé à ce point. Il avait dû passer des heures immergées là-haut.. Drogué ? Impossible. La fatigue ? Peut-être. Rien de son esprit calphéonnien des plus cartésien ne pouvait comprendre ce moment, pourtant l’inconscient lui gueulait sa vérité crue. Il en était sûr désormais, il existait autre chose, un dessin bien plus grand que sa seule vie.

      Dans cette cuisine, les choses étaient tellement plus simples sans prise de conscience. “Sadie, maudite sorcière, il te fallait toucher à cette condition qu’était la mienne, la simple stature d’un homme des Bas-Fonds qui court la route ne te convenait pas ?” Il lui fallait refouler tout ça pour le moment, l’impératif de sa situation prônait sur tout le reste et son temps continuait à lui échapper ...

       

      Le thé était prêt.

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      Ikhlas
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      Tous savent et ne savent pas

      que la lumière se consume

      et l’ombre est immense

      que le mystère est une triste musique

      qui de loin en loin dénonce la mort

      moi je suis né un jour

      où Dieu était malade.

      ( Pierre DesRuisseaux, "Le féminicide de Juarez" )

       

      13, C. 284

       

      Sa main glissa, poisseuse, sur la poignée de la porte. Il serra plus fort ses doigts autour de ce repère inespéré, l'actionna et pénétra dans la pièce. Il s'effondra là, dans un gémissement rauque, comme un paquet de chiffons tremblants. Dans le silence cryptique de la Cave, il entendit sa propre respiration pleine de douleur, rauque, rapide, brusque. Cette musique lui rappela le souffle affolé d'un animal acculé. L'odeur de la poussière et des vieilles pages de vélin pourrissants lui vinrent aux narines, et il songea qu'il n'y avait guère qu'ici ou dans les tombeaux que l'on pouvait respirer ce parfum là.

      Le parfum du Temps.

      Il tenta de bouger avec précaution pour s'adosser contre la première surface qui viendrait. Le mouvement lui arracha une plainte. Ses mains s'agitaient de tremblements intempestifs et il avait beau puiser en lui cette force qui le conduisait toujours à la maîtrise, elles continuaient de frissonner, comme des feuilles ballottées au vent. Il déglutit et sentis couler sur sa langue le goût métallique du sang, tandis que chaque élancements de souffrance dans sa mâchoire lui rappelaient que, cette fois-ci, il y avait laissé quelques dents.

      Et la prochaine fois ?

      Il resta là de longues minutes, à s'écouter respirer. Épuisé, il manqua s'endormir. Mais le hurlement d'une enfant, quelque part au fond de son esprit, le ramena brutalement à la réalité, dans un sursaut pénible. Il cilla plusieurs fois, les paupières humides, le cœur au bord des lèvres.

      Ne pas s'endormir. Ne surtout pas s'endormir.

      Il avait prit de méchants coups sur la tête, il s'en souvenait. Il sentait son cœur battre la chamade quelque part derrière sa nuque et n'osait pas toucher ce qui se trouvait là, dans la crainte de sentir ses doigts s'enfoncer dans sa cervelle. Une peur comme une autre, irrationnelle. Finalement, il se força à bouger. Il jeta sa main sur la surface d'un meuble et tâtonna à la recherche d'une bougie, qu'il trouva mais déjà de moitié entamée. Ses mains parcoururent ses vêtements en frissonnants, en quête des allumettes qu'ils savaient avoir prise en partant. Il renifla en sentant entre ses doigts l'arrête pointue d'une boîte en bois, au fond d'une poche dont il avait oublié l'existence. Il lui fallut plusieurs fois pour parvenir à faire naître sur l'extrémité du bâton une timide étincelle. Sans doute avait-il trempé ses allumettes sans faire exprès, au milieu du chaos.

      Corps en flammes...Hurlements...Larmes, sillons de sang...Déchiré, captif...Douleur.

      Dans un grognement, il se redressa, sa main trouvant le support secourable du meuble pour permettre cette terrible ascension dans la clarté mince et agitée de la flamme. Il fit quelques pas dans ce réduit sans fenêtres où dormaient ces précieuses reliques, et s'approcha du reflet d'un miroir qui lui renvoya une image brisée de lui-même. En éclatant, l'arcade avait fait couler sur son visage des peintures de guerre écarlates qui tâchaient jusqu'à son col. En un regard, le valencien sut qu'il allait devoir recoudre et trouver de quoi faire désenfler son œil lourdement poché. L'éclat timide de la bougie faisait luire sur sa peau les traces de toute cette saleté, ces souillures de boue et de sang qui faisaient comme le masque d'un supplicié. Les paumes collées à la console laissaient de sombres empruntes sur le bois tandis que, refrénant l'envie de déglutir, il se penchait pour laisser tomber dans le crachoir un filet de salive ensanglanté. Un profond soupir qui fit écho dans ce silence pesant, puis il ferma les yeux, le corps entier comme un sac éventré, l'âme déchirée et l'esprit à l'agonie des souvenirs.

      Dieu... Faîtes que ce ne soit pas en vain.

      Combien de temps encore avant d'y laisser sa vie ? A vivre avec et comme une bête farouche, dans cette solitude humaine sans chaleur autre que celle de Dieu... Si peu d'aide, si peu de secours là où personne ne pouvait l’accompagner. Au fil du temps, le travail devenait plus difficile, plus risqué, autant pour lui que pour tous les autres qui avaient choisis de suivre cette même voie. A chaque voyage, il lui semblait laisser toujours un peu plus de lui-même derrière ses pas, de tenter ainsi de garder son équilibre sur une corde tendue au dessus d'un gouffre creusé jusqu'au fond du monde. Mais comme tout homme prêt à périr qu'il fut, l'apatride à qui l'existence avait tout volé, ne parvenait pas à concevoir qu'aucune âme ne succède à son propre mandat.

      Mais qui ? Et pourquoi voudrait-on ?

      Derrière ses paupières closes, la vision d'un monde dévoré par le souffre et les flammes revenait comme un antique fantôme, le plus âgé de tous les spectres du souvenir. Prophétique, la valencien assistait à la fin des temps dans ces torrents de catastrophes qui recouvraient la terre d'eau, noyaient les êtres dans des tourbillons de lames de fonds sous des nuages que crevaient de tonitruants éclairs. Ils éclairaient la désolation d'une lumière pâle et aveuglante, le soleil mourrait, la lune s'ouvrait en deux pour tomber dans l’Éternité vide. Et lorsque les mers finissaient de balayer toute vie, la terre et les montagnes s'écartelaient telles de blasphématoires matrices pour tout avaler et recracher dans ce monde nouveau d'abjectes créatures nés des cauchemars du vieux monde.

      Je suis fou...Ou je ne vais pas tarder à le devenir.

      Il se massa le front du bout de ses doigts fébriles, le visage cuisant de fièvre, comme si ce simple geste suffirait à chasser les images d'apocalypse qui peuplaient ses cauchemars depuis l'Aurore. La mâchoire traversée de dards de douleur, les tempes bourdonnantes du tambour de son cœur, le valencien savait qu'il n'y avait guère qu'à son Dieu qu'il pouvait ainsi parler. Sur ce pénible chemin de la Destinée, Aal lui enverrait-il les renforts qu'il espérait pour au moins jouir de la pérennité de ses idées ?

    • Centième jour

      Déjà cent jours... Trouver un capitaine pour embarquer sur un navire est bien plus compliqué que je ne l'aurais cru. J'ai entendu dire de la part du cuistot de la taverne que les marins aiment pas trop avoir des femmes sur un bateau, que ça porte malheur. Difficile à dire cependant si c'est encore une de ses crises de misogynie ou s'il y a un fond de vérité dans ses propos. Je me demande si tous les valenciens sont comme ce Abdoulaye ou si c'est un cas particulier. Peut être est-ce juste sa façon d'extérioriser ses propres tourments, vu qu'il travaille pour des femmes, un moyen de soigner son ego meurtri. Peu m'importe en vérité, ce qui m'intéresse dans l'immédiat c'est de trouver un bateau. Je passe des heures à fixer cet horizon bleuté à perte de vue en me demandant ce qui se cache par delà. Que de choses nouvelles à découvrir, j'ai l'impression de revoir mes jeunes années. Enfin je les reverrai sans doute si mes vieux os ne me rappelaient pas continuellement qu'elles sont loin derrière moi.

      Les humains ont un proverbe qui dit que ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Rien n'est plus faux. Chaque entrainement, chaque blessure reçue au combat et chaque erreur m'a toujours laissée un peu plus faible physiquement. Même si j'en ai tiré de la sagesse, je doute d'en avoir tiré un jour de la force. Quelle tristesse d'avoir dû attendre tout ce temps avant de finalement accomplir ce dont j'ai à peine osé rêver toutes ces années. Mes connaissances et mes techniques sont désormais mes nouvelles armes pour m'améliorer au combat, même si je doute de pouvoir retourner un jour à l'adresse que j'avais à la belle époque, je ne me morfonds plus. Je me suis souvent demandé comment faisaient ces humains, eux qui savent que leur corps n'a de cesse de se flétrir et de les trahir à une vitesse ahurissante, pour ne pas perdre espoir. Peut être est-ce là la réponse que je cherchais.

       

      Cent deuxième jour

      Je me suis faite attaquée, en fin d'après midi. Je passais tranquillement à côté de la ruine d'un fort plus au nord, pour faire du repérage le long de la côte, quand j'ai entendu siffler un carreau non loin de ma tête. J'ai à peine eu le temps de dégainer pour dévier le second tir d'un revers de ma lame. J'ai sauté de monture pour repérer d'où venaient les tirs avant de voir les embusqués dans des fourrées non loin de la route. Trop de terrain à découvert, c'était pas sérieux, la moindre erreur et je me serais retrouvée avec un carreau planté, loin de toute habitation et sans matériel médical vu que ma monture, apeurée par mes brusques mouvement, était partie avec barda d'aventurier.

      Je me suis mise à couvert et j'ai attendu. S'ils s'étaient rapprochés, j'aurais pu engager le combat au corps à corps. Mais ils ont préféré rester à distance, ces petits cons. J'ai du ronger mon frein pendant plusieurs heures jusqu'à ce que la nuit tombée me donne de nouvelles opportunités. Mais je me suis un peu laissée emporter, j'ai pas pu m'empêcher d'en embrocher un pour me passer les nerfs d'être restée aussi longtemps à ne rien faire. Pas de chance, la surprise et la douleur ne lui ont pas ôté la voix. J'ai du me débarrasser des autres avant même d'avoir pu savoir ce qu'ils me voulaient.

       

      Cent quatrième jour

      J'ai finalement renoncé pour un temps à trouver un navire directement sur la côte. Je suis donc retourné à Heidel pour essayer de récupérer des informations. Un nom de contact serait parfait. Cela dit, c'est sur quelque chose de différent que je suis tombée aujourd'hui : un géant. Je n'en ai pas vu beaucoup jusqu'à présent, mais j'aurais tendance à dire que celui ci est un géant parmi les géants, le pauvre doit se cogner la tête souvent en entrant dans les bâtisses. Sans parler du mobilier : chaise, lustres, rien n'y échappe. J'ai discuté brièvement avec lui, ça semble être un aventurier lui aussi. Par contre, niveau provisions ça doit être bien plus compliqué pour lui d'en vivre, si je me fie à la quantité de nourriture et de boisson qu'il engloutit.

       

      Cent sixième jour

      J'ai à nouveau croisé le géant à Vélia, par le plus grand des hasards. Fidèle à ses habitudes, il a engloutit une bonne partie de la cuisine, et refait la décoration de l'auberge. Si au moins il avait fait quelque chose pour cette tapisserie rose vif, ça aurait justifié la chose, mais bon. Là, ce sont les escaliers, le lustre et les tableaux qui ont pris. Il faut dire que dévaler des marches d'escalier avec des pieds de cette taille, ça doit pas être évident.

      Dans tous les cas, j'ai proposé la prime que j'ai trouvée l'autre jour à Heidel, pour tuer des religieux fanatiques ou je ne sais quoi, dans un camp plus au nord est. Je me sentais pas extrêmement confiante pour aller dans un repaire plein de sorciers religieux fanatiques toute seule, donc j'ai subtilement glissé l'idée d'y aller à plusieurs. Ça semble avoir fonctionné. Enfin il s'est rué vers les cuisines pour faire des provisions, le pauvre Abdoulaye a pas du rire autant que moi en le voyant faire. On prendra la route demain.

       

       

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      Lwhite.pnges caractères physiques des cristaux, qui servent à les déterminer, sont :

       

       

      1. La cristallisation

      C'est, selon toute évidence, l'Origine. Ourdie au sein des terres au long d'une temporalité qui ne nous est pas sensible, elle consiste en un processus aussi naturel que mystérieux. La cristallisation se produit en secret, loin des contraintes des hommes, loin de leurs influences, et c'est pourquoi l'on peut dire des cristaux qu'il sont une matière pure, naturellement vierge de toutes empreintes spécifiques. Cette rare forme de neutralité est particulièrement précieuse aux yeux des alchimistes, qui sont à même d'inscrire en la matière structurée mais vierge du cristal leurs propres intentions mystiques. 

      Concrètement, la cristallisation est l'ouvrage de la Terre qui façonne lentement un produit solide, pur, assemblé de manière régulière, et ce à l'infini. L'on note que la plupart des cristaux sont composés de plusieurs cristaux accolés, et que tous présentent en réalité des irrégularités dans leur assemblage. Le simple joaillier aura tendance à croire que moins il y a d'irrégularités, plus la qualité du cristal est grande. Les artisans du soin ou des procédés alchimiques savent qu'il en est tout autrement, chaque type d'irrégularité pouvant s'avérer une vertu dans le cadre d'une visée précise. Ainsi, pores, précipités, macles ou inclusions peuvent être d'un grand intérêt. 

      2. Les accidents de lumière

      Ce sont la couleur et l'éclat du cristal, auxquels nous pouvons ajouter son éventuelle phosphorescence. Il existe une diversité proprement fascinante de couleurs cristallines, ce qui en assure certes l'attrait esthétique, mais témoigne surtout à un œil aguerri de la nature précise du cristal, et donc de ses propriétés. N'oublions pas que la couleur-même est un rayonnement, et qu'en cela, comme tout rayonnement nous impactant, elle peut produire des effets que certaines philosophies orientales ont tenté de catégoriser... [L'auteur tente ici une vague description de ces catégories, dont il est visiblement peu familier.]

      [...] Le lapidaire aguerri n'oubliera pas que certaines techniques, comme le rougissement au feu, peuvent être employées pour modifier la couleur d'une pierre et la faire passer pour une autre.

      3. La pesanteur spécifique

      Chaque corps possède une tendance naturelle à se rapprocher de la terre, mais chaque corps exerce une pression différente sur la matière qui le soutient... [L'auteur s'embarque ici dans des considérations techniques complexes].

      [...] Ainsi, une balance est indispensable à la panoplie de tout bon lapidaire, pour l'aider à déterminer la nature d'une pierre lorsque les accidents de lumière ne suffisent pas, mais aussi pour lui permettre de déceler toute supercherie à l'occasion d'un achat. 

      4. La dureté

      Le moins un cristal peut être rayé, par du diamant ou du verre blanc par exemple, le plus il sera dur. Ce paramètre est bien sûr déterminant pour tout travail de gravure.

      5. La réfraction

      Chaque cristal sollicite les rayons lumineux à la mesure de sa structure spécifique : certains ont par exemple la propriété de dédoubler les rayons et c'est ce que l'on appelle la double réfraction. Il est à noter que la réfraction peut facilement être mesurée sur une pierre brute, mais bien moins sur une pierre taillée qui répète à l'infini les images dans ses multiples facettes. Le lapidaire doit alors utiliser un dioptre.

      6. Le magnétisme

      Nous avons observé que certaines pierres, tel l'ambre jaune, après avoir été frictionnées, ont la faculté d'attirer des corps légers tels que brins de paille ou poussière : nous appelons cela l'attraction magnétique. Certaines autres ont la propriété inverse, et nous appelons cela répulsion magnétique. Il est peu aisé de mesurer avec précision les propriétés magnétiques d'une pierre, mais les individus sensibles à ces énergies utilisent des baguettes de cuivre à cet effet. Certains témoignent que l'association d'une pierre d'attraction et d'une pierre de répulsion produit un flux d'énergie magnétique, mais fort difficile à amplifier, manier ou maintenir... Nous conseillons cependant aux artisans souhaitant explorer ces potentialités cristallines d’œuvrer par temps sec, car l'air humide a tendance à s'emparer du fluide magnétique et l'annuler. 

      Il est bien évident que c'est cette dernière propriété qui intéresse le plus les radiesthésistes qui font usage du pendule de cristal pour interroger les énergies. 

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      Aunrae
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      Le 2 Berserker 287

      Ce jour je prends la route vers Heidel. Cela fait à présent plusieurs jours que je cherche dans tous les livres et documents que je trouve. Rien ne semble parler de cela. Pour finir, je me suis repliée dans la méditation durant des jours. Implorant le seigneur de me guider sur la bonne voies. JE me suis éveillée ce matin, l'esprit clair et une crainte tenaillant mon cœur. J'ai probablement mis la vies de personnes en danger par un excès de Zèle, persuadée d’être dans la vérité, alors que j’étais dans l'erreur. Nous pourrions qualifier cela de déviances, mais pas d’hérésie. Rien dans les textes divins que j'ai parcouru ne semblent en parler. Ainsi donc, cela n'est que la conception erroné d'un esprit obscure et mortel, fermé a la lumière d'Elion au point de remettre en question la volonté de notre père tout puissant, car après tout, n'est-ce pas lui qui décide de notre destinée en nous guidant à chaque instant de notre vie ? Si l'amour, quel-qu’il soit, est une Hérésie, alors le monde devrait brûler.

       

      Si ce que j'ai rapporté venait a tomber entre les mains de Fanatiques. Pire ! Des Fanatique Obscurantiste, il se pourrait que je me retrouve indirectement avec du sang sur les mains. Je me dois d'allez au plus vite clore cette affaires. Quelque soit ce que je trouverai, je dois impérativement garder a l'esprit que seul la lumière d'Elion me permettra de voir la vérité. Dussé-je offrir ma vie pour les protéger de la sottise que j'ai engendrée. 

      Elion, puisse-t-il guider mes pas.

       

      Valkyrie

      Venastra Artemis

    • Cendrelune
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      Elle contemplait son visage dans le miroir, sans vraiment se voir au demeurant, ayant du mal à reconnaître ce regard dur, ce pli amer qui barrait sa bouche et ses traits anguleux dessinés par un visage amaigri. Elle aimait le calme qui régnait dans la yourte, là, à l'abri du monde. A quelques mètres, dans l'espace qu'il s'était aménagé, Shidean vaquait à ses occupations, sans doute penché sur une carte en train de faire de savants calculs auquel elle ne comprenait rien.

      Tout s’était effondré. D’un seul coup, le barrage qu’elle avait tant bien que mal érigé ces derniers mois avait cédé, vaincu enfin par les coups de boutoir que les événements successifs avaient donnés. Tout s’était mis à tournoyer et elle n’avait eu que la force de tout abandonner pour venir se réfugier ici, dans le décor familier de son refuge.

      Elle avait fui, lâchement sans doute, mais surtout pour se préserver, pour se reconstruire et prendre le temps d’accepter certaines choses. L’elfe n’avait plus la volonté nécessaire, ni la force de vie pour pouvoir mener de front sa vie d’aventurière, de mercenaire, de Lame Sombre et de traqueuse de la Gardienne.

      A Shakatu, tout était soudainement redevenu plus simple, plus tranquille. La guerrière travaillait parfois pour ramasser l’anis étoilé dans les fermes voisines afin d’oeuvrer pour sa petite affaire commerciale. De temps en temps, elle assurait le transport des marchandises à Altinova où elle en profitait pour se ravitailler et venir aux nouvelles. On la sollicitait de plus en plus pour soigner et apaiser les petits bobos de la communauté de Shakatu et c’est presque avec affection que ses habitants parlaient désormais de “la yourte de la sorcière elfe”.

      Une vie simple dans lequel son corps en souffrance et son esprit en éruption avaient pu doucement ralentir le rythme jusqu’à trouver une relative et fragile sérénité. La Vedir avait frôlé un territoire dangereux et interdit et il faudrait qu’elle apprenne à vivre avec cela. Elle savait que ses amis lui en voudraient de cette défection mais elle s’était volontairement mise à l’abri pour ne pas les exposer, eux. Elle était le Bouclier encore et toujours quitte parfois à parer les coups de ceux qu'elle aimait le plus également.

      La fuite avait semblé l'ultime recours, et étrangement, cette brusque disparition avait été bénéfique. Même si la nuit d’étranges rêves la faisaient s’assoir dans le lit, sa peau recouverte d’une sueur glacée, les tempes bourdonnantes avec encore le souvenir des grands yeux bleu azurs d’une elfe leucique.

      Peu à peu, la réalité la rattrapait, se faisant plus présente. Tôt ou tard, il lui faudrait de nouveau affronter ses démons. Quand au marché d’Altinova, elle entendit le récit de compagnons mercenaires parlant de phénomènes étranges s’étant produit dans une abbaye désaffectée au sud de Calphéon, elle sut qu’elle allait devoir reprendre du service.

      Elle se mit aussitôt en route, la peur au ventre. Avec Llianne à Calphéon, elle ne pouvait pas se permettre que le Chevalier Noir reparte sur la sente de sa folie. Il lui fallait savoir s’il était responsable du massacre et le cas échéant préserver la Ganelle de son influence et l’arrêter coûte que coûte...

    • Le vent glacial soufflait dans les branches mortes, et la lueur pâle de la lune naissante se jouait de leurs ombres en une sinistre interprétation. Le pas était lourd. La chaleur sous sa peau de bête s'opposait au froid saisissant, les deux liés par la condensation de sa respiration. Il avançait, à l'orée de ces bois macabres, morts été comme hiver, brandissant sa torche pour observer une direction, statique, puis reprenant sa marche lente. Piètre sentinelle, si il en est, qui s'avançait pas à pas vers le prédateur tapis dans l'ombre.

      Kashok Orpaz Tun'bi.

      Elle attendait, immobile malgré le froid. Le fil du temps était perdu, mais cela lui importait peu. Tendue, prête à bondir, elle était là, aux aguets, voyant enfin sa proie s'approcher. Plusieurs étaient passées avant cette dernière, mais aucune n'était celle attendue. Cette fois, cependant...

      Gashek Wurc Mraba.

      Elle avait médité et réfléchi, durant toute cette attente. La patience du chasseur, elle en était d'habitude dépourvue. Mais ici, seule dans les ténèbres, en ce lieu si repoussant et pourtant si tristement familié, elle avait fait travailler son esprit. Tout devait être prêt, et elle avait fait le nécessaire pour cela. Alors pourquoi ce goût désagréable en bouche? Alors que la silhouette ridicule s'approchait peu à peu, elle finissait de se remémorer une nouvelle fois les derniers événements, avide de réponses aux questions maintes fois posées.

      "T'es qui?"

      Elle n'avait fait qu'une très brève halte à Tarif, après son long retour de Trent, et seulement pour rencontrer brièvement Ahon Kirus, puis l'une de ses lieutenants. "Sadie Kelevra est sauve". Ainsi avait-elle commencé son résumé. Le soulagement visible sur le visage lui faisant face l'avait agacé, sans qu'elle ne sache pourquoi. A la fin de récit, alors que la sorcière la remerciait et se replongeait dans la lecture d'un grimoire, elle avait attendu, debout, sans rien dire. Le mince espoir, dont elle ignorait elle même la teneur, s'envola aussitôt lorsque la sorcière releva la tête, s'enquérant "Autre chose?". Martèlement sourd. Les muscles de son cou s'étaient tendus, alors que les veines battaient, résonnant profondément en elle, telles des tambours de guerre emplis de colère. Cette sensation désagréable de n'être qu'un outil, revenant en tête, avec l'image de sa propre mère, sans savoir pourquoi. Amertume sur la langue de son âme.

      Keehl Sha!

      Une profonde inspiration. Deux mots, lancinants. "Non, rien". Le ton était bien neutre, comme si elle avait prononcé ces mots détachée de son propre corps. Et alors qu'elle tournait les talons, elle laissa la sorcière à son étonnement. Ne pas claquer la porte, ne pas claquer la porte, ne pas... tant pis. Villageois, gardes, et badauds se trouvant sur la place, sous la protection du vénérable arbre, tournèrent la tête. La stupéfaction se lisait sur leurs visages, puis la crainte. Des pas en arrière lui ouvrèrent la voie, alors qu'elle remontait la rue.

      "T'es qui?"

      Elle monta les marches deux à deux et s'engouffra dans une vaste demeure, dorénavant les quartiers d'une guilde. De sa guilde. Qu'elle allait laissé, pour un temps indéterminé, sous la tutelle d'une lieutenant. Une elfe. L'ironie de la situation lui arracha un sourire, ou plutôt un rictus. L'affaire fût vite réglée; après tout, il s'agissait d'un ordre non discutable. La surprise laissa place au doute sur le visage de l'elfe. "Tout va bien?" s'enquit-elle. Sa seule réponse fût un nouveau claquement de porte, après un long regard en biais. Ce goût infecte qui ne veut pas partir...

      Shoo Now Mouh?

      Les heures, ou jours, qui s'ensuivirent restent encore brumeux. Douleur, exaltation, souffrance, rage se mêlaient aux frontières du délire et de la lucidité. Tout juste le visage penaud du Sezec en souvenirs de l'accord passé, et la peur sur celui de son acolyte. "Un membre par jour de retard" se souvient-elle avoir prononcé. Les lourds regards appuyés des géants et des nains, alors qu'elle prenait de dernières informations au mausolée. Puis ces deux Sausans lui revinrent en tête, juste avant son retour à Kusha. Elle s'en était débarrassée sans user de sa magie. Un poignet et une nuque brisée, un nez pouvant presque renifler sa nuque, en guise de dernier salut. Cracher ne changeait rien au parfum nauséabond.

      Gigak! Gigak!

      Ils ne lui pardonneraient pas. Sûrement. Elle leur pardonnait encore moins, d'avoir joué avec elle toutes ces années. Alors ce qu'ils pensaient était bien le dernier de ses soucis, et tant pis si ce qu'elle comptait faire allait à l'encontre de leurs principes et héritages. Elle avait choisi sa propre voie l'année précédente, loin de tout clan ou lignée. Elle pensait avoir trouvé où vivre, et choisit avec qui. Mais tout ça était remis en question. Ou bien était-ce un nouveau et fugace délire? Ces quelques lettres gribouillées sur un carnet revenaient sans cesse. "T'es qui?". Une massue s'abattant sur une digue fragile, contenant tant bien que mal cet océan sombre et pourpre qui ne demandait qu'à déferler. Goût infecte de ceux et celles qui blessent ceux et celles qu'ils aiment. Cet arrière goût est d'autant plus prononcé lorsqu'il porte sur des personnes chéries. Les mots entendus la dernière nuit à Trent, seule face à la lune cendrée, n'en furent que plus lacérant pour l'esprit fatigué et chancelant.

      Yarik Kshaba Xilia.

      Ils étaient rentrés depuis, elle le savait. Elle avait aperçu le chariot dans les rues de Tarif dans l'après-midi. Elle irait les voir avant de partir. Elle avait besoin d'elle, et de lui. Et de lui parler, à elle qui ne parle plus. Les muscles se contractèrent. La proie était là. Un bond. Une main tendue. Nulle trace de magie. La force brute. Le cou saisi. Plaqué contre un arbre mort, les pieds ne touchant plus le sol, alors qu'une main couvrait sa bouche, l'autre enserrant son cou, la vie le quittait. Il la fixait. Elle soutenait son regard fou et apeuré, comme l'on regarde un chien mourir dans le caniveau. Derniers tressaillements. Elle lâcha prise, puis lui ôta sa peau de bête dont elle se vêtue. L'ascension sera longue, jusqu'à la bibliothèque de ce monastère maudit, mais elle avait besoin de cet ouvrage et cet exemplaire était le seul à portée.

      "T'es qui?"

      Moi je sais kikiki.

      Elle se souvint. Nulle folie ici. Juste l'oubli d'une voix lointaine du passé.

      Qrik Shagu Rezt Norsti!

      "Silence".

      Elle inspira et s'enfonça dans la noirceur de la nuit, rejetant toute pensée autre que son objectif.

    •  

          Le marquis de Montferrat, homme d’une grande vaillance et gonfalonier de l’Église, avait passé les mers pour suivre une croisade générale faite à main armée par les Eloniens. Comme on parlait de sa valeur à la cour du roi Philippe le Borgne, lequel s’apprêtait lui aussi à partir de Calphéon. pour la même croisade, un chevalier prétendit qu’il n’y avait pas sous les étoiles un couple pareil au marquis et à sa femme, attendu que, autant le marquis l’emportait en tout sur les autres chevaliers, autant la dame l’emportait sur les autres femmes du monde par sa beauté et sa vertu. Ces paroles entrèrent de telle façon dans l’esprit du roi, que sans avoir jamais vu cette dame, il se mit soudain à l’aimer avec passion, et résolut, pour faire le voyage qu’il projetait, de ne pas prendre la mer ailleurs qu’à Epheria, pour ce que, allant jusque-là par terre, il aurait une occasion favorable d’aller voir la marquise, songeant aussi que, si le marquis était absent, il pourrait mener son désir à bonne fin. Et, comme il l’avait résolu, il fit ; c’est pourquoi, ayant envoyé en avant le gros de ses gens, il se mit lui-même en route avec peu de serviteurs et de gentilshommes. Arrivé près des terres du marquis, il envoya un jour à l’avance prévenir la dame qu’elle l’attendît pour déjeuner le matin suivant. La dame, sage et avisée, répondit gracieusement que c’était pour elle une faveur au-dessus de toute autre, et qu’il serait le bienvenu. Puis elle se mit à réfléchir sur ce que voulait dire la visite d’un pareil roi, alors que son mari était absent, et elle ne se trompa point en pensant que c’était sa réputation de beauté qui l’amenait ; néanmoins, en vaillante dame, elle se disposa à lui faire honneur. Elle fit prévenir ceux de ses gentilshommes qui étaient restés auprès d’elle, et préparer, après avoir pris leurs conseils, tout ce qu’il fallait, mais elle voulut ordonner autant de poules qu’il y en avait dans le pays, elle ordonna elle seule le festin et les mets. Ayant fait rassembler sans retard à ses cuisiniers de préparer uniquement ce genre de mets pour le royal convive.

          Au jour dit, le roi arriva et fut reçu par la dame avec grande fête et grand honneur. Comme il la regardait, elle lui parut belle et avenante bien au delà de ce qu’il avait pu en juger par les paroles du chevalier ; il s’en émerveilla beaucoup et lui fit force compliments, son désir s’allumant d’autant plus qu’il trouvait que la dame surpassait l’idée qu’il s’en était faite auparavant. Après qu’il eût pris quelque repos dans des appartements richement décorés de tout ce qui convenait pour recevoir un tel personnage, et l’heure du dîner étant venue, le roi et la marquise s’assirent à la même table, tandis que les autres convives, selon leur qualité, prirent place aux autres tables. On servit alors successivement au roi des plats nombreux, des vins excellents et rares, et comme en outre il ne cessait de regarder complaisamment la belle marquise, il éprouvait un grand plaisir. Pourtant les plats se succédant les uns aux autres, le roi commença à s’étonner un peu en voyant que les mets, très variés comme assaisonnement, se composaient uniquement de poules. Bien qu’il connût le pays où il était comme étant très copieux en gibier de diverses espèces, et qu’il eût annoncé son arrivée à la dame assez tôt pour qu’elle pût faire chasser, cependant, quel que fût son étonnement, il ne voulut pas en prendre occasion pour le lui témoigner, si ce n’est au sujet de ses poules : et s’étant tourné vers elle d’un air joyeux, il lui dit :

      "- Madame, est-ce qu’en ce pays il ne naît que des poules, sans aucun coq ? "

          La marquise comprit très bien la question, et il lui sembla que, suivant son désir, Dieu l’avait envoyée en temps opportun pour faire connaître ses dispositions. À la demande du roi, elle se tourna vers lui et lui répondit avec franchise :

      "-Monseigneur, non ; mais les femmes, bien qu’elles diffèrent entre elles par les vêtements et les dignités, sont toutes faites ici comme ailleurs. "

          Le roi, à ces paroles, comprit très bien la raison pour laquelle on lui avait servi un repas tout en poules, ainsi que la sagesse cachée sous cette réponse. Il s’aperçut qu’il perdrait son éloquence avec une pareille femme et que ce n’était point le lieu d’employer la force. Pourquoi, de même qu’il s’était enflammé inconsidérément pour elle, il comprit qu’il fallait sagement pour son honneur éteindre le feu si malencontreusement allumé. Sans plus dire un mot, craignant ses réponses, il renonça à tout espoir et, le dîner fini, afin de couvrir par un prompt départ le motif de sa visite déshonnête, il la remercia de l’honneur qu’il avait reçu d’elle, la recommanda à Dieu, et partit pour Epheria.

       

       

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      Asphee
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      Au petit matin, le 23 Marteau 286.

       

      A l'abri du froid accompagnant l'arrivée de la saison hivernale, un homme semblait songeur, assis non loin d'une cheminée dont les flammes léchaient avidement les bûches apposées à l'intérieur. Son regard émeraude se posa sur les dalles froides de la ville qu'il chérissait particulièrement au plus profond de son cœur. Ô, ce n'était pas la ville qui l'avait vu naître, ni qui l'avait éduqué, mais elle était la ville qu'il avait choisi pour s'y établir et d'y commencer sa vie à l'origine.

      Son regard se leva vers le soleil levant au large, dont les rayons magnifiaient le bord de mer. La ville maritime avait son propre charme qu'aucune ville ailleurs ne pouvait égaler. Les mouettes sillonnant le ciel en toute liberté symbolisait bien là l'aspect modeste de la ville. Il aperçut de ses yeux illuminés par la splendeur de l'aube quelques gardes de la ville traverser la rue, les marchands déballant leurs affaires et préparant leurs comptoirs, il aperçut également la fumée émanant des cheminées des autres maisons plus loin. La nuit laissait peu à peu place à la vie, qui reprenait son cours.

      Epheria était une ville maritime, isolée au bord de mer et semblant isolée des soucis. Pourtant, plus que n'importe qui d'autre, l'homme tenant une tasse fumante savait. Beaucoup de choses s'étaient produites et certaines avaient laissé les traces de ses conséquences. Il avait été parmi les chanceux à ne pas en hériter. Il était passé au travers du filet.

      Epheria avait été un point de départ pour beaucoup. Il pensa alors que s'il n'avait pas été dans cette ville à ce moment précis, sa vie aurait pu rester monotone et sans intérêt. Bien entendu, cette vie qu'il avait comportait des hauts et des bas, dont beaucoup de mésaventures, mais l'homme ne se démontait pas. Pour rien au monde, il aurait échangé sa place.

      Puisqu'à travers les larmes et le désespoir, la flamme du bonheur ne s'était jamais éteint. Malgré les souffrances, il y avait eu des moments uniques de joie et de bonne humeur qu'il chérissaient tels des trésors inestimables.

      Pourtant, le périple était loin d'être terminé. A peine avait-il réussi à contrer l'ennemi qui menaçait son futur proche et sa famille, qu'il devait affronter les aléas de la vie. Parmi eux, l'une des raisons de son retour dans cette coquette ville, se situait à l'étage de sa maison. Dans son lit. Endormie paisiblement, les cheveux blonds encadrant son fin visage, le corps étendu de tout son long sous les draps de soie du lit à baldaquin. Un détail aurait pu attirer l'attention des regards curieux. La présence d'une bague fleurie ornée de diamants et d'or ravissait l'annuaire gauche de la fée endormie.

      Il souffla sur sa tasse, encore assis sur le rebord de fenêtre comme il en avait toujours eu l'habitude ici. Il était enveloppé d'une épaisse couverture pour se maintenir au chaud. Il aimait être ici et observer la vie. Il avait toujours aimé observer pour ensuite le retranscrire. Dessin ? Peinture ? Pour lui, ces arts qu'il aimait tant lui paraissait lointain. Il n'en avait plus produits depuis des lustres, lui semblait-il. Avec bonne foi, il admit qu'il aurait peut être perdu un peu la main, mais il fut motivé par la promesse de se remettre à l’œuvre très bientôt. Ce vœu le fit sourire.

      L'ex-lieutenant ne s'était jamais imaginé marié et encore moins avec des enfants. Les deux aventures qu'il avait eu précédemment ne l'avait pas porté en ce sens et l'avaient refroidi de ce côté. Il pensait qu'il mettrait fin à la lignée des Dralereth.
      Pourtant, il semblait bien que la fleur de l'espoir avait de nouveau éclot au plus profond de lui. Après tout, il suffisait d'une rencontre pour que tout bascule. Cela n'avait jamais été aussi vraie pour l'artiste.

      Elion l'avait béni de sa lumière en lui apportant une fée. Il n'avait su résisté longtemps au charme taquin de la jeune femme. Une chose en entrainant une autre, il tomba dans les filets de la dame sans réellement réaliser ce qui lui arrivé. Il avait prit un peu peur, suite à deux échecs et surtout au vu dans la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait à ce moment là, il ne savait plus ni quoi penser ni quoi faire mais elle sut trouver les mots justes.

      Elle releva l'homme qui était un jour tombé seul.

      Quelque chose d'inattendu se passa pourtant, à force d'amour et de passions, la fée accueillit bientôt en son sein, le fruit de leur union charnelle et magique. Quel bêtise de procréer hors-mariage. Beaucoup de questions et de doutes avaient traversé l'homme aux yeux émeraudes. Mais une question ne se posait plus, il voulait reconnaître sa progéniture. Même si celle-ci s'avérait particulière.

      Il souhaitait le meilleur pour celle qui lui permettrait de devenir un père et de manière plus étendue, de poursuivre sa lignée. Il souhaitait le bonheur de son petit à venir. Il ne devait pas reculer et se montrer en fier homme. Il devait se montrer digne.
      Il était vrai que la fée n'était pas issue de noblesse mais plus d'une fois elle avait su subjugué le brun par sa douceur et sa prestance naturelle, sans parler de son goût exquis pour le raffinement. Qu'importe les détails, il la voulait pour femme et il ferait tout pour que cela soit possible.

      Le seul obstacle restait le patriarche.

      Il avait beau parcourir des yeux la belle Epheria en quête de réponse, il y avait tellement de paramètres à énoncer qu'il avait bien peur que quelque soit le scénario envisagé, son père le prendrait forcément mal, pire il le prendrait comme un affront. Pourtant, il ne reculerait pas devant cela. Il se devait de continuer. Il souffla doucement sur la fumée qu'émanait sa tasse en poussant un bref soupir.

      Il essaya de trouver la paix, il ferma les yeux quelques instants en inspirant le délicat fumet du thé qu'il s'était préparé. Epheria avait le don de l'apaiser. C'était une ville portuaire si calme et chaleureuse. Il avait fait le bon choix de retourner chez lui pour les quelques jours à venir. Loin de la tempête qu'était Calpheon où l'étiquette comptait plus que la personnalité.

      Ô, en tant que personne sophistiquée, il savait très bien jouer la noblesse Calpheonienne pour s'y fondre comme si de rien était, mais ce n'était pas lui. Son enfance à Olvia et sa formation à Trina lui avait permis de porter un regard différents de ces attachements et coutumes sociales. Il avait toujours été un noble modeste et le resterait à vie. A cette pensée, il rajusta la couverture ses épaules, en remerciant sa Mère. Il lui était reconnaissant d'avoir insisté pour l'élever lui et son frère à Olvia, loin des compromis et soucis de Calpheon. Dans des contrées saines et naturelles.Grâce à cela, il n'était un l'un de ces nobles sans personnalité et sans intérêt qui ne jurait que pour l'argent ou la renommée. Il était bien plus que cela, et ceux grâce à ses aventures avec ses amis, et il pressentait que chaque expérience le grandissait toujours plus.

      Percevant du mouvement à l'étage, il but une gorgée de sa tasse de thé et la posa sur la table la plus proche. Il se décida à rejoindre celle qui partageait à présent sa vie à l'étage. Une femme sortant des songes. Il ne remarqua pas que les rayons du soleil baignait la maison de lumière comme une bénédiction.

       

    • Pitikali
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      La lune apparaît alors que je couche mes pensées
      Je voulais écrire une belle histoire mais ma plume refuse
      Chui pas un de ces poètes qui veut être idolâtré
      Ce soir mon âme chante et mon encre sera de sang

      Je le sens en moi, il est là prêt à exploser
      Je tente de résister de toutes mes forces mais ça m’use
      Combien de temps encore avant que je ne sois dévoré
      Car comme un poison il parcourt mes veines et s’insinue lentement

      Je ne leur dit rien pour ne pas les inquiéter 
      Mais je garde en moi toutes ces choses enfouie profondément
      Déjà dans le désert j'ai faillit craquer
      Je ne dois ma survie qu'à ce petit renard malin

      Vais je finir comme elle, possédé?
      Vais je pouvoir revenir de cet enfer brûlant?
      Que ce passera-t-il une fois que j'aurais cédé ?
      Tant de questions sans réponse ni maintenant ni demain

      Alors je dois continuer à lutter 
      Ne pas céder à ce trouble malsain
      Pas avant d’avoir réussi à me maîtriser
      Pas avant d'être sur de revenir de ce brasier

      Des errements de mon âme déchirée 
      Ce bout de papier sera seul témoin
      Destiné à ne jamais être lu 
      Il disparaîtra avec ce carnet….
      Quand à la suite, nul ne la connaît
      Ni moi, ni ce qui se terre au fond de moi.

    • Lliane

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       the Planet to the Star, par Louis Soutter, 1938

       

      Je ne sais pas comment je suis arrivée ici

      Mais nous ne pouvons plus sortir

      Je suis entourée d'étrangers

      Et la musique commence à jouer

      Alors je vois les corps lentement qui commencent à se balancer

      Bougeant côte à côte

      Je sens l'animal qui s'ébroue

      Alors que je reviens tout doucement à la vie.

       

      Tout le monde commence à se mouvoir

      Et je veux tous vous voir céder

      Je veux raser ce lieu ce soir

      Et vous voir me remercier pour cette rage

      Dites moi pourquoi vous êtes là

      Puis-je seulement vous donner un avant goût ?

      Je veux vous voir perdre à votre tour la raison

      Et, à votre tour, raser ce lieu

       

      Je vais vous déchiqueter

      Je vais dévorer vos coeurs
      Je veux voir les os de vos corps se briser les uns après les autres

      Je suis ce dont vous avez besoin, la maladie parfaite

      Ne voulez vous pas vous détourner de la beauté et vous changer en bête ?


      Une étrange extase s'empare de moi

      Tandis que je monte m'installer sur mon trône

      Je sens le monstre emprisonné en moi

      Hurlant au travers de mes os
      Je veux vous voir vous liquéfier d'angoisse

      Je veux vous voir perdre l'esprit

      Je veux vous ressentir tous en train de sombrer

      Et vous voir vous balancer tout le reste de la nuit


      Je veux vous voir saigner

      Je veux vous voir hurler

      Je veux vous voir bouger

      Et vous l'entendre dire


      Détournons nous de la nature, laissons la bête parler...

       

      Révélation