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  • Néron

    Les Putains et les jongleurs

    Par Néron

    Lorsque Dieu eut créé le monde tel qu'on peut le voir à la ronde, avec tout ce qu'il mit dedans, il fonda trois classes de gens: les nobles, les clercs, les vilains. Les chevaliers eurent les terres; quand aux clercs, il leur octroya le fruit des dîmes et des quêtes; le travail fut le lot des autres. La chose faite, il s'en alla.    Sur son chemin il aperçoit une bande de chenapans: des ribaudes et des jongleurs. Il ne va pas loin, ils l'accostent et se mettent tous à crier: " Restez là, sire, parlez-nous. Ne partez pas; où allez-vous ? Nous n'avons rien eu en partage quand vous avez doté les autres." Notre-Seigneur les regarda et, les entendant, demanda à un saint qui le suivait quels pouvait être ces gens-là. " Ce sont des gens faits par mégarde, que vous avez créés comme ceux qui ont foi en vous. S'ils vous hèlent, c'est qu'ils voudraient avoir leur part à vos largesses." Notre-Seigneur, au même instant et sans faire d'autre réponse, vint aux chevaliers et leur dit: " A vous qui possédez les terres je baille et donne les jongleurs. Vous devez en prendre grand soin et les retenir près de vous. Ne les laissez manquer de rien; accédez à tous leurs désirs. Tenez bien compte de mes ordres. A vous maintenant, seigneurs clercs, je donne à garder les putains." Depuis, les clercs se gardent bien de désobéir au Seigneur: ils n'ont d'yeux que pour les ribaudes et les traitent du mieux qu'ils peuvent.    Comme ce fabliau le montre, si vous l'avez bien entendu, les chevaliers vont à leur perte quand ils méprisent les jongleurs, leur refusent le nécessaire et les laissent aller pieds nus. Les putains ont chaudes pelisses, doubles manteaux, doubles surcots; les jongleurs ne reçoivent guère tels cadeaux des chevaliers. Ils ont beau savoir bien parler; ils n'ont droit qu'à vieille nippes; on leur jette comme à des chiens quelques bouchées des bons morceaux. Mais en revanche les putains changent de robes tous les jours; elles couchent avec les clercs qui subviennent à leur besoins. Ainsi les clercs font leur salut. Quand aux chevaliers, ce sont des pingres qui ne donnent rien aux jongleurs, oubliant les ordres de Dieu. Les clercs en usent autrement, pour les putains ont la main large et se plient à tous leurs caprices. Pour elles, voyez-les à l'oeuvre: ils dépensent leur patrimoine et les richesses de l'Eglise; en leurs mains est bien employé l'argent des rentes et des dîmes.     Donc, si mon fabliau dit vrai, Dieu veut que les clercs soirent sauvés, que les chevaliers soient damnés.    
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  • Anderhole Amerton

    Introduction et Prologue

    Par Anderhole Amerton

    Au sérénissime prince Kirseh Shoore qui chercha à apprendre l'art des armes, l'art de combattre à la barrière, de lance, hache, épée et dagues, des mains et des bras, à pied et à cheval, en armes et sans armures. Il cherchait aussi à connaître la trempe du fer et les charmes de chacune des armes, tant pour défendre que pour attaquer, et surtout les choses du combat à outrance. Mais également d'autres choses merveilleuses et secrètes, lesquelles sont connues de peu d'hommes d'armes dans ce monde. Et ces choses sont vraies, et de très grande offense et de grande défense, pour celui capable de les comprendre. Des choses infaillibles, si enseignées à l'âme d'un combattant libre.

    Et ledit seigneur appris lesdites choses de moult maîtres en bien des provinces et cités, avec énormément d'effort et à grand prix. Mais ces maîtres toujours portèrent l'écusson de la Chèvre Noire, car à la cour de grands seigneurs, princes, ducs, marquis et comtes, aucun chevaliers et écuyers ne pouvaient percer leurs flancs. Ces maîtres fantômes seront innomés mais non pas oubliés par leurs compagnons. Ce livre suivra une structure classique qui fera en sorte qu'un élève ne manque rien en l'art que je cède. Nous commencerons à la lutte, laquelle se donne pour deux raisons qui sont la récréation et la colère, c'est-à-dire pour la vie, avec toute l'astuce, le mensonge et la cruauté possible. Et je veux parler et démontrer par la raison celles qui se fait pour la vie et principalement en obtenant les prises comme l'usage lorsque l'on combat pour la vie.
    L'homme qui veut lutter veut être avisé de celui contre qui il va lutter ; si son adversaire est plus fort, si il plus grand de stature, si il est trop jeune ou trop vieux. L'apparence, la posture et la garde, donnent les clefs aux prises et permet toujours la défense des prises par leurs contraires.
    Et si ton ennemi est sans armure, sois attentif à frapper aux endroits les plus douloureux et les plus dangereux à savoir dans ses yeux, dans le nez, dans le faible sous le menton ainsi que dans les flancs. Et ne te garde pas si tu peux venir aux prises ou aux clefs, soit en armes, soit désarmé, de faire l'un et l'autre.
    La lutte demande huit choses qui sont la force, la rapidité ainsi que le savoir des prises avantageuses, savoir faire des fractures, c'est à dire rompre les bras ou les jambes ; connaître les clefs, c'est à dire lier les bras de manière que l'homme n'aie plus de défense ni ne puisse se libérer ; savoir frapper aux endroits les plus dangereux. Également savoir mettre quelqu'un à terre sans danger pour soi-même,  également de savoir disloquer les bras et les jambes de diverses façons. Lesquelles choses sont toutes écrites et possiblement dépeintes dans ce livre, pas à pas, comme le veut l'art.

    Nous avons dit ce que requiert la lutte, nous parlerons maintenant des gardes de la lutte. Les gardes de la lutte peuvent se faire de diverses façons, et une façon est meilleure qu'une autre. Mes quatre gardes sont les meilleures, en armes et sans armes, sans excuses, car les gardes ne sont pas stables dès que les prises se font.
    Les quatre premières représentations de maître que vous voyez - ceux couronnés - montreront les gardes de la lutte, à savoir la Posture Longue et la Dent du Sanglier, lesquelles sont faites l'une contre l'autre, de la même façon que l'on peut faire la Porte de Fer et la Posture Frontale l'une contre l'autre. Ces quatre gardes peuvent faire toute les choses susdites, de la lutte en armes et sans armes, qui sont les prises, les clefs, les fractures, etc. J’ai besoin de faire en sorte que les gardes soient connues des Maitres joueurs, et les élèves des joueurs, et les joueurs des Maitres, et le remède du contre bien que toujours le contre est placé après le remède de telle façon « le remède » est après ou après tous ces jeux et de cela ce sera claire. Nous disons que connaître les gardes ou les postures est une chose facile, d’abord les gardes ont leurs armes en main l’une contre l’autre et ne se touchent pas l’une l’autre. Et elles restent attentives et fermes l’une contre l’autre pour voir ce que le compagnon veut faire. Et celles-là sont appelées postures ou gardes ou premier maitre de combat. Et ceux-là portent une couronne sur la tête parce qu’ils sont positionnés en place et de façon à faire une bonne défense, avec elles on attend ainsi. Et je suis le principe de cet art, qui est de cet art de l’arme avec laquelle les dits maitres sont en garde. Et beaucoup est à dire des postures et des gardes. Et la garde veut dire que l’homme se met en garde, et se défend avec celle-ci, des frappes de son ennemi. Et tant est à dire de la posture qui est la façon d’approcher son ennemi pour l’attaquer sans danger pour sa personne. L’autre maitre qui suit ces quatre gardes vient à la suite des gardes et se défend d’un autre joueur avec les coups qui sont donnés depuis les quatre gardes. Et ce maitre porte également une couronne, et il s’appelle second Maitre. Il s’appelle également Maitre remède parce qu’il fait le remède qui le protège des coups ou bien qui fait qu’il ne sera pas blessé dans cet art qui sont les dites postures ou bien gardes. Et ce second maitre, c’est à dire le remède, a certains joueurs sous lui, lesquels joueurs font les jeux que pourrait faire le Maitre qui est avant, c’est à dire le remède pour prendre cette couverture ou alors les prises que fait ledit remède. Et ces joueurs portent une jarretière sous le genou. Et ces joueurs font tous les jeux du remède jusqu’à ce que se trouve un autre Maître qui contrera le remède et tous ses joueurs. Et donc celui qui fait le contre du remède et contre ses joueurs porte la tenue du Maitre remède et de ses joueurs c’est à dire la couronne à la tête et la jarretière sous le genou. Et ce Roi est appelé Maitre troisième et on l’appelle contraire parce qu’il est contre les autres Maitres et contre ses jeux. Je dis encore qu’à certains endroits dans l’art se trouve le quatrième Maitre c’est à dire le Roi qui contre le troisième Roi, c’est à dire le contraire du remède. Et ce Roi est le quatrième Maitre que l’on appelle quatrième maitre. Et on l’appel Contre-Contraire. Bien que peu de jeu passent le troisième Maitre dans l’art. Et si plus se fait se fera avec danger. J’ai assez dit sur cela. De la même façon dont nous avons parlé ici avant des gardes de la lutte et du second Maitre, c’est à dire du remède, et de ses joueurs, et du troisième Maitre contraire au second Maitre et à ses joueurs, et du quatrième Maitre qu’on appelle contre contraire, ainsi on a ces Maitres et joueurs qui reviennent pour l’art de la lance avec les lances et leurs gardes, Maitres, et joueurs. Je commencerai à traiter d'abord de la lutte, ou abrazare, ensuite de la lance et de l'épée ainsi que la lutte à cheval. Puis, derrière, de la lance, épée et lutte à pied et en armure. Puis, de l'épée à deux mains, le jeu large, puis l'étroit, puis le jeu de la hache, puis certaines parties, puis de l'épée à une main, puis du jeu de la lutte et ensuite du jeu de la dague. Et de cette manière, tu pourras voir tout l'art des armes en ce livre, qui ne peut jamais faillir, tant la glose est bien dite au dessus des figures dépeintes. Maintenant occupons-nous aux figures dessinés et à leurs jeux et à leur texte, lesquels nous montreront la vérité.
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    La Mer de Ténèbres...

     

     

     

    Je ne flotte plus. Je suis gentiment en train de couler, agréablement bercé par la houle au dessus de moi. C'est confortable, reposant. Je lâche prise, je me laisser aller et je sombre sans douleur, aucune. Si j'avais su je l'aurais fait plus tôt tiens plutôt que m'emmerder à barrer contre le courant. Je retourne à la Mer, à l'être originel que j'étais. Une part de moi le regrette, car cet homme là est un bel enfoiré de première. Mais si c'est ce que je suis à la base à quoi bon luter et tenter de se mentir ? Mentir aux autres, bon à la limite pourquoi pas, mais à soi je vois pas l'intérêt... Je revois mes souvenirs, les vrais. Je revois cette putain de montagne où les camarades se son fait éventrer vivants par les harpies. Je revois la mort d'Arryn. En fait on avait voulu déserter dès que le merdier avait commencé. Mais il s'était pris une flèche et on avançait pas. Les harpies nous harcelaient et on risquait d'être vus et repérés par les officiers qui ne se seraient pas fait prier pour nous dégommer à coup de canon. J'ai égorgé Arryn pour couvrir ma fuite. Je suis qu'un enculé... Le pire c'est que sur le moment ça me paraissait logique puisqu'on y serait restés tous les deux. Mais putain quoi il avait confiance en moi.. pourquoi j'ai agi comme ça bordel ? Et au faire et à mesure que les souvenirs réels reviennent et me tourmentent, je sens que je coule un peu plus..

    Tu peux changer, tu as le choix. Remonte..

    Ah non mais putain c'est pas encore fini de me casser les burnes ? J'ai toujours su que j'avais un pet au casque mais bon là ça commence à devenir chiant. Foutez moi la putain de paix bordel ! C'que je donnerais pas pour une putain de bouteille de Rhum ! Comme ça anesthésie du cerveau, plus de voix, plus de Mer, juste plus.. rien. En plus il me semble la connaître c'te voix, elle est ancienne et m'emmerde depuis pas mal d'années. Mais j'avais trouvé la combine, le bon dosage d'alcools. D'ailleurs est-ce que c'est cette voix que la Mer accuse de m'avoir bousillé la mémoire ? J'espère que tu as de sacrés bons arguments connasse.

    C'était le seul moyen de te sortir de la Mer.. Remonte, je t'en prie..

    Je t'emmerde. J'apprécie pas qu'on trifouille ma mémoire. Alors en admettant que t'aies eu de bonnes intentions - et ça reste à prouver - tu peux crever la gueule ouverte.

    Je ne mourrai pas. Tout au pire je serai confiné et muselé comme lorsque tu buvais.

    Cette bonne idée ! Attend que je me réveille et je te promets la cuite du siècle ! Tu vas pioncer et t'es pas prêt d'emmerger crois moi ! Commence à me péter les rouleaux cette ménagerie dans ma tronche ! Allez emmerder un autre esprit et tirez vous de ma caboche foutre moi ! Et pourquoi t'as effacé mes souvenirs ou carrément joué avec ?

    Parce que l'homme que tu étais en souffrais. Et que tu t'obstinais à te détruire à petit feu. Or je veux vivre pour ma part.

    Ah ! Une réponse franche ! Donc tu voulais me sauver pour sauver ton cul ? J'apprécie le concept, franchement mais j't'ai rien demandé. Donc c'est à toi que je dois ma rédemption ? Le fait de vouloir être droit et fiable ? J'avais espéré que j'avais réussi ce tour de force par ma volonté seule. Déprimant, vraiment. Encore un constat d'échec, un de plus.

    Tu as tort. Je n'ai fait que te suggérer des choix, et accessoirement j'ai ôté de ta mémoire certains souvenirs qui te rongeaient vivant et qui t'empêchaient de sortir la tête de ta tourmente, de la Mer. Remonte.

     

    Ne l'écoute pas. Reste avec moi, refaisons à nouveau une seule et même personne..

     

    Ah ben manquait plus que toi.. ou moi. Enfin je m'y perds un peu. J'aperçois le frêle esquif à la surface et je vois la Mer qui fait tout ce qu'elle peut pour l'avaler et le faire chavirer. Mais il résiste l'enculé. Et il m'appelle. Le frêle esquif qui se fait malmener par la houle c'est toi je suppose donc ? Quand tu parles de me sortir des ténèbres c'était au sens propre..?

    Oui. Et quand Narasen m'a scellé la Mer a repris le dessus. Fort heureusement ce sceau était provisoire, mais la Mer des Ténèbres ne renoncera pas à son influence comme ça.. Je peux t'aider à sortir des ténèbres, je peux être ton navire qui te conduira jusque là où tes choix le décideront, du moment qu'ils ne te conduisent pas à retourner à la Mer. La volonté ou non de rester à bord et de dompter ces eaux sauvages et tourmentées, tes propres tourments, elle t'appartient.

     

    Ne l'écoute pas ! C'est un mensonge ! N'oublie pas qu'il a manipulé tes souvenirs et ta mémoire pour te changer de force ! Ne lui fais pas confiance. Viens, retourne t'en à ton être originel..

     

    J'regarde le fond de la Mer qui ressemble à un puit abyssal et douillet, et puis à la surface ce frêle esquif qui fait ce qu'il peut pour pas chavirer. Le problème c'est le choix, encore. Mais je me dis que malgré les épreuves qui doivent être ici symbolisées par les vagues, ça vaut la peine. J'avais réussi à me racheter une conduite, tant pis si j'ai fait de la merde par le passé, faut que j'en assume la responsabilité et les conséquences. Et surtout, surtout, je veux plus être seul. Je veux retrouver ma femme, mes amis, mes compagnons. J'en peux plus de vivre seul dans un immense océan noirâtre. Alors je nage, je lutte pou remonter à la surface et je sens que la Mer résiste. Elle aimerait me garder au fond. C'est sur, c'est tellement plus facile d'abandonner et de se laisser bercer par ses mauvais penchants plutôt que se sortir les pouces du cul pour les combattre. Je renonce pas je m'accroche et je parviens enfin à me hisser sur le bateau. La Mer est déchaînée et nous fait tanguer mais le navire tient bon. Et puis tout à coup elle se calme.. Et je distingue peu à peu à l'horizon quelques lueurs que je pensais perdues..

     

     

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  2. Mémo des fiches (RPG) Personnages-Joueurs :

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    En attente.

     

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    Aurore-Lanelle
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    Aurore se lance maintenant dans ce projet qui lui tiendra toute son attention et sa concentration. Avant d'avoir assez de cran pour proposer son livre botanique, elle fera un début d'aventure laissant des dizaines de feuilles volantes se remplir de traits et dessins s'enchaînant plus ou moins harmonieusement sur le papier. Notant toutes les informations possibles que les locaux pourraient lui apprendre, elle reste sous la bienveillance d'Oliver alors qu'elle passe son temps a gratter le papier dans des zones parfois un peu dangereuses. En passant de Balenos à Serendia jusqu'à arriver enfin à Calpheon, six pages finissent alors par voir le jour avant que les deux compagnons ne franchissent les portes de l'Astrolabe. 

     

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    Les planches réussissent alors le pari de plaire à Emrhan, le directeur de L'astrolabe qui permet donc à Aurore de devenir officiellement une chercheuse. 

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    "Des gamins qui volent ! Et pourquoi pas des livres pendant qu'on y est ... ? Ah..." -- Bondoulfe de Keplan, paysan devenu héros par la bénédiction d'Elion.

     

    Trente-Septième Journée

    S'il y a bien une première chose à dire sur Tarif, c'est que ses toits sont tout aussi agréables (ou désagréables ?) que les autres villes. Vindiou qu'il est dur d'être héros sans le sous. Mais c'est ça être un héros, c'est savoir faire abstraction des douleurs du quotidien pour avancer vers son destin. Après le soucis à Tarif c'est que y'a des gamins qui volent, du coup potentiellement ils pourraient arriver au niveau des toits et venir me déranger quand je dors. Peut être qu'au final je devrais tenter de ne plus dormir sur les toits en fait...

    Mais bon, Tarif, c'est pas que des toits et des gamins qui volent. Non parce que sinon ce serait triste quand même. A Tarif, il y a des sorcières occultes ! Et oui ! D'ailleurs, ma première rencontre dans cette ville après le palefrenier, ce fut une sorcière ! 

    En début d'après midi, je me suis levé (il fallait bien dormir un peu après mon épopée de voyage hein) et suis allé contempler le petit lac depuis un ponton de la ville. Si y'a bien un truc qui change pas, c'est les petits pontons et le beau scintillement de l'eau au soleil. Si ça n'est pas un don d'Elion que de voir nos mirettes bercées par un si beau miroitement, ben je mange mon chapeau. Enfin non parce que j'en ai besoin, mais l'idée est là. Puis un héros qui mange son chapeau ça fait bizarre, si les enfants le font aussi en me prenant pour modèle ça va poser des problèmes...

    Donc je regardais l'eau, puis au bout d'un moment j'avais envie de voir la ville quand même. Alors je me suis levé, puis j'ai marché dans les rues un peu au hasard. Et devinez quoi. Déjà les gamins qui volent c'était étrange. Mais en plus ils tirent de la fumée, et y'a même des BON SANG DE LIVRES qui volent. DES LIVRES ! Et puis des marmites, et toute sorte d'objets. C'est vraiment n'importe quoi cette ville bon sang. Rangez vos affaires un peu. Je ne pensais pas qu'on pouvait mal éduquer sa vaisselle, mais il semblerait que si, parce que dans le coin elle est tellement rebelle qu'elle sort de son vaisselier.

    Donc j'errais dans les rues (et je ne me perdais pas du tout ! Je faisais des cercles pour revoir les détails !) et d'un seul coup j'ai été accosté par une femme si grande qu'au début j'ai pensé qu'elle avait des échasses, un peu. Une femme avoir une peau noire ébène, avec un paquet sous le bras, qui faisait quelques têtes de plus que moi. Bon sang c'est pas commun. Niveau force de la nature je connaissais déjà ma Josianne, mais visiblement il y en a de toutes sortes. En tout cas, le côté sympathique, c'est que la sorcière ébène elle était avenante, elle. Pas comme ma femme.

    Pour preuve, elle m'a demandée si j'étais perdu. C'était très gentil de s'en inquiéter, mais bon un héros ça ne se perd jamais, hé ! Je lui ai répondu que tout allais bien, mais elle semblait intéressée de savoir ce que je faisais en Mediah (le nom du coin, je l'ai déjà entendu plusieurs fois) parce qu'elle ne m'avait jamais vu par ici. Elle a même rit un peu. Faut croire que je dénotes ? Ou alors c'est la terre sur mes vêtements, peut-être. Je sais pas trop. En tout cas je lui ai expliqué que j'étais Bondoulfe de Keplan, Héros choisi d'Elion, et plus Grand Magicien de ce siècle et celui à venir, hé. Un héros qui passe en ville, c'est pas tous les jours, alors autant mettre les formes ! Puis j'ai ajouté que je venais à Tarif sur conseil de mon jeune ami Orwel. Un bon garçon Orwel, je me demande ce qu'il fait en ce moment tiens.

    La femme ébène a eu l'air un peu sceptique, mais elle m'a dit que je ne manquais visiblement pas de confiance en moi et qu'elle ne connaissait pas d'homme du nom d'Orwel. Elle était curieuse de savoir pourquoi on m'avait conseillé de me rendre ici, aussi. Alors je lui ai expliqué qu'Orwel et d'autres gens m'avaient dis que venir ici me serait d'une grande aide. Même si je savais pas encore trop pourquoi. Et en plus, ne me souvenant pas du nom de la demi sœur d'Orwel, je ne pouvais même pas amorcer ce sujet... bravo Bondoulfe !

    Elle m'a écouté avec attention, du coup j'en ai profité pour lui demander si tous les gens avec des pouvoirs ici étaient aussi des élus de dieu, un peu. Elle m'a répondu que les gens d'ici n'étaient pas des magiciens mais des sorciers, et tenaient leur magie de leur héritage, qui venait d'une femme du passé nommée Cartian. Visiblement, la première sorcière, qui avait bâti le village il y a des siècles et battu des géants. J'espère que leur héritage passe pas par le sang, parce que sinon c'est un peu triste de voir toute la ville faire de la sorcellerie. Enfin à chaque village ses us et coutumes, hein. Toujours est-il que du coup, c'étaient des sorcières, pas des magiciens ! Visiblement elles utilisent l'occulte, pas la magie d'Elion ! Enfin je ne savais pas trop ce que c'était l'occulte, mais la sorcière ébène m'a montré en faisant une sphère noire dans sa main. ça pour sûr, c'était pas comme ma magie à moi qui vient d'Elion. Je lui ai donc expliqué tout enjoué, mais ça a eu l'air de la contrarier un peu.

    Elle m'a dit que dans le coin, il fallait pas trop parler d'Elion, parce que c'est pas la foi locale, et qu'en Mediah on révère Aal. Moi du coup j'ai essayé de lui expliquer que dieu c'était dieu, qu'après on l'appelle comme on veut, mais ça ne l'a pas convaincu du tout et ça a un peu posé un froid. Donc bon j'ai changé de sujet. Dieu c'est dieu, on va pas débattre des années.

    Donc bon, je lui ai expliqué mon histoire, ma destinée, et la façon dont Elion m'avait donné mes pouvoirs. Elle n'était pas très convaincu, me demandant si ce n'était pas plutôt un héritage. Bien tenté, mais ma famille est paysanne et sans pouvoirs depuis des générations, hé. C'est un miracle d'Elion, il faut s'y faire ! Je dois sauver le monde avec mes pouvoirs, c'est ainsi ! En tous les cas, j'ai fini par la convaincre que je ne mentais pas. Et bien, ce fut fastidieux.

    Je lui expliquais donc que je devais sauver le monde, mais elle me dit que je devrais d'abord me sauver moi même avant si le cas se présente, parce que je ne peux sauver personne en étant mort. Belle analyse, mais bon j'étais et ne suis toujours pas mort alors que je suis en train d'écrire. Autant dire que je n'ai pas vraiment compris ce qu'elle voulait dire. Les héros ça sauve les gens et le monde, c'est tout...

    Au final, la sorcière s'est présentée (c'est vrai que j'avais rien demandé, mais j'aurai pensé qu'elle allait se présenter plus tôt). Ihria Shal'dun, érudite à l'Astrolabe (je connais bien évidemment, mais on va pas s'y attarder) et gérante d'une société d'échange entre l'est et l'ouest. Du coup c'était peut être pour ça qu'elle était sympathique avec moi qui vient de l'Ouest, en fait. Elle connaît. Alors que moi je ne pensais même pas qu'il existait des choses aussi loin de Calphéon... et qu'en j'en ai fais part à la sorcière, ça l'a fait bien rire et elle m'a dit que Calphéon n'était pas le centre du monde.... ben oui je sais que c'est pas le centre... je suis en manque de connaissances mais pas stupide hein...

    Ensuite elle m'a parlé d'une magnifique cité, plus grande que Calphéon, très loin à l'est, du nom de Valencia. Je connais pas, mais vu la description ça a l'air joli. J'irai peut être un jour. Puis je lui ai demandé s'il y avait des soucis dans le coin, car si Orwel m'avait envoyé ici, il devait y avoir des choses à faire. Ihria m'a parlé des bandits qui sévissaient dans la région, dont certains teintés par la corruption. Ha ! C'était peut être ça que je devais faire. Mais les bandits c'est généralement pour les gardes, même si les héros s'en occupent parfois... Ihria m'a dit que les habitants de Tarif s'en sortaient, mais que les bandits étaient tenaces, terrés dans des falaises et cavernes. Un truc de bandit quoi.

    De fil en aiguille, on a parlé de corruption, de l'âme des hommes et des soucis à Calphéon. Je lui expliquais que je savais tout ceci, mais que les héros et les prêtres sont là pour aider les hommes à avancer vers le droit chemin. La sorcière m'a dit que le clergé d'Elion faisait aussi des choses terribles, mais je lui ai expliqué que l'homme est faillible, même moi, mais que c'est juste qu'en tant que héros j'ai plus de chances de réussir là où tout le monde échoue, parce que c'est ça un héros. Mais je peux quand même échouer, hein. Dire le contraire ce serait prétentieux, et un héros ne doit pas être vaniteux, il doit être droit et humble. Je lui ai expliqué que seul dieu ne connaissait pas l'échec.

    Ihria m'a alors parlé des maux de ce monde, mais je lui ai expliqué que dieu n'avait pas pour but de rendre l'homme parfait. Le bien et le mal sont des notions mortelles, elles ne s'appliquent pas à dieu. Tous les maux du monde découlent en effet de l'homme, pas de dieu lui même. Mais dieu veut quand même notre bonheur et nous aime. Alors quoi de mieux pour apprendre à l'homme le réel amour que de le laisser le découvrir par lui même ? Les prêtres et les héros sont des guides, des aides que dieu a donné à l'humanité pour devenir plus aimante et heureuse. Et pour vaincre les choses terribles et corrompues qui oppressent les hommes et les mettent à l'épreuve. J'ajoutais à cela qu'en tant que héros, il était de mon devoir d'aider les gens et de sauver le monde, afin que l'humanité puisse découvrir d'elle même l'amour et le bonheur. Je ne fais pas cela pour le prestige, je fais cela parce que je le dois.

    Après mon explication, la sorcière est venue me taper sur l'épaule (bon sang elle avait de la force) en riant et en me souhaitant avec un sourire de vivre assez longtemps pour pouvoir mettre tout ceci en oeuvre. Elle me dit qu'elle devait au plus vite finir de livrer son paquet, et qu'elle espérait me recroiser par la suite, ou un jour. Je lui dis que ma vie était déjà bien entamée, mais que je comptais bien mettre le reste de celle-ci pleinement au service de dieu et du bien des hommes. Elle me salua une dernière fois avec un sourire, puis s'élança à grande foulées dans le dédale de ruelles, avec ses longues jambes. Et comme un benêt j'ai alors oublié de lui demander où trouver à manger de cette ville. Du coup je suis actuellement assis sur une pierre, dans un petit jardin, à écrire ce journal en me demandant si mon estomac ne va pas me massacrer l'intérieur de rage. On dirait un ours qui grogne bon sang. Quelle grâce. Allez, j'en ai assez écrit pour aujourd'hui, je vais voir si je ne peux pas attraper une casserole volante pleine de nourriture. Peut être qu'il y en a dans le coin.

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    Les étoiles.

    Les pieds dans l'eau, il sentait cette fraîcheur lui mordre la peau et doucement, remonter le long de ses chevilles. Face à lui, l'immensité nocturne et ses éclats d'argent, scintillaient tel des diamants. Il trouvait en la nuit la majesté d'une reine et le calme d'un sage. Elle seule sous l'astre clair et son croissant clair obscur déliait le fil de ses pensées comme l'on remonte le cours d'un ruisseau. A la violence, il préférait le silence. Au tumulte de la vie, la solitude d'une liberté infinie. Il imaginait sa vie tel un tableau sans contours, une toile aussi infinie que cette immensité à laquelle il aimait tant appartenir. 

    Il se laissa glisser de la roche comme une feuille glisse sur le vent et s’immergea jusqu'au bassin, chassant alors un frisson lorsque l'eau encore si froide en cette saison lui caressa les cuisses. Il avança alors et se mêla au fleuve. une sensation de bien-être déploya ses ailes douces et tranquilles en son âme et son corps, mêlant l'être à l'harmonie du monde. Parmi cette douce quiétude nocturne, l'aubade régulière des criquets, son corps flottait délassé à la surface de l'eau, ses bras tel de noueuses racines détendus. Il voguait sur l'étendue paisible, dérivant immobile, laissant à son esprit le loisirs de s'égarer, et éveilla alors les souvenirs d'une journée peu commune.

    "Tu ne sais rien des ombres"...La voix d'Aeluin lui revenait comme l'écho d'un fantôme. Pourquoi fallait-il opposer constamment ces deux forces. Après tout, la sérénité de la nuit ne faisait qu'un avec l'obscurité, sa lumière, ses constellations.

    Il chercha de son regard bleu pale, les étoiles et les histoires qu'elles contaient. Le hibou se devinait aisément dans le canevas astral, l'aurige chargeait parmi l'infini sous l’œil observateur du délicat dragon noir. Tous brillaient comme des lanternes, immuables témoins de l'histoire du monde.

    Sans un ciel de nuit, pas d'étoiles, sans ombre pas de lumière...Ils ne formaient qu'un, comme elle autres fois, Vedir, Ganelle, en paix et en harmonie, équilibre d'un héritage divin. Pleurait-elle aujourd'hui le schisme de ces enfants ainsi égarés. Jalousie et rancœur ont germé. Fallait-il que l’âme se repais de ses propres tourments pour en cultiver ses plus noires essences, détruire l'autre et se détruire soi-même, oublier le monde et d'où l'on vient? N'être qu'une âme parmi les âmes, une vie parmi d'autres vies, et ne pas oublier la place que Sylvia leur a donné. Que chaque être qui vit a été façonné de ses mains et ainsi, ils doivent être choyés avec le plus grand respect. Le véritable monstre ne vient ni de l'ombre, ni de la lumière, il vient du plus profond de chacun de nous, il se terre en prédateur et nous pousse à nous cacher, petit à petit, il grignote notre âme jusqu'à ce qu'il soit assez repus pour sortir au grand jour. Alors nous ne sommes plus, nous paraissons. Et si à un seul moment nous nous posions la question. Qui suis-je? Suis-je heureux en cette vie?

    Redressant la tête, Hyandaure se rendit compte que le flot de ses pensées l'avait une fois de plus éloigné de ce monde, car l'ombre des tours de garde du poste Ouest s'élevaient au loin, rappelant le semi-elfe à des préoccupations plus terre à terre. Il soupira, puis réveilla son corps de sa torpeur, les muscles anesthésiés, et décida après quelques mouvements de remonter le fleuve à la nage jusqu'au rocher où ses affaires étaient posées.

     

     

  4. L’aube, sa timide lueur printanière commençait à filtrer par les fenêtres de la modique bâtisse. Il n’y avait personne à réveiller, l’occupant étendu dans le canapé qui trônait dans le salon avait mis un terme à sa nuit il y a des heures de ça. Angoisses et inquiétudes l’avaient laissé en paix lorsqu'était venu l’heure du coucher lui permettant de trouver le sommeil assez rapidement, mais s’étaient ensuite bien vite manifestées dans ses rêves, le privant des bras de Morphée pour le laisser yeux grands ouverts au milieu de cette pièce plongée dans une pénombre rassurante.

    C’est lorsque les premières lumières du jour rendirent ses couleurs au foyer qu’il décida de se hisser hors de son lit de fortune. Il vient rapidement enfiler une grossière chemise avant de prendre la direction de la cuisine pour y faire chauffer un peu d’eau. Ce faisant, il jeta un coup d’oeil vers cette chambre ouverte encore tapie dans l’ombre du fond de la pièce. Marquant une pause pour mieux détailler la silhouette féminine dessinée sous les draps, ponctuée d’une touffe hirsute de cheveux noirs  qui dépassait du bout du lit . Il le lui avait laissé hier soir, enfin il essayait de s’en convaincre. A dire vrai, elle s’y était installée sans qu’il n’ait son mot à dire. Notre homme poussa un petit soupir profitant du silence régnant encore dans la pièce, c’était dans cet état qu’Elle lui était le plus agréable : calme et silencieuse. Seul témoin de sa raillerie, ses lèvres s'étiraient en un fin sourire.

    Une légèreté vite mise à bas par ses propres démons. En l’absence de distraction, il se ressassait sans cesse les mises en garde reçues quelques jours plus tôt à Tarif. “Si ce n’est pas ton esprit qui cède en premier, cette marque que tu portes finira par avoir raison de ton corps, Sergio.  … Six semaines, au mieux.” Le corps ou l’esprit, son choix était déjà fait. Il espérait bien ne pas avoir à en arriver là, pour se faire quelques lingots durement gagnés lui avait permis de se procurer quelques jours de plus. Quelqu’un avait retourné le sablier et lui continuait à perdre son temps ici … Dans l’attente, cette impuissance avait de quoi le rendre fou.

    La berceuse des flammes chauffant l’eau pour le thé apaisait ses pensées et leur permettaient de filer ailleurs durant quelques instants. Empreint à une certaine nostalgie quant à son retour de Tarif, cette ville de sorcières lui avait offert rêves et espoirs fut un temps, y retourner cette fois-ci n’avait pas seulement ressassé de mauvais souvenirs, des instants de joie y résidaient encore.

    A son passage à la Croisée, sa sorcière des temps de crise lui avait conseillé de se baigner dans la Cascade qui se jetait dans le fleuve un peu plus en amont du village. Ça lui serait sûrement bénéfique pour le soucis qu’il se traînait actuellement, lui avait-elle dit. Malgré son caractère de caillasse, elle avait toute sa confiance par le respect que sa figure lui évoquait. Si bien qu’elle aurait pu lui conseiller de se jeter du haut d’un pont pour régler son affaire, qu’il aurait sans doute aveuglément essayé, encore et encore.

    Le regard perdu dans le vide au sein de cette pièce, il se revoyait encore à gravir le dénivelé qui séparait le sommet de la chute d’eau du reste de la vallée médhienne. Il était parti un peu avant l’aube, dans l’objectif de profiter d’un peu de solitude pour reposer son corps et son mental le temps de quelques heures avant d’avoir à reprendre sa Route. La montée lui avait semblé plus agréable qu’attendue : ce début de printemps amenait avec lui le chant des oiseaux les plus matinaux. Et dans leur symphonie, s’est perdu l’effort de son ascension.

    Le soleil de l’Est commençait timidement à chauffer les pierres longeant la rive lorsqu’il avait trouvé un bassin d’eau clair dans lequel il pourrait s’immerger sans risquer d’être emporté par un courant trop virulent -qui l’entraînerait certainement quelques cinquantaines de mètres plus bas contre la roche.- Il s’attendait à ce que l’eau soit gelée lorsqu’il plongea son corps à l’intérieur. A sa surprise, une tranquille tiédeur venait doucement l'accueillir, ses muscles s’y sentirent si bien qu’il en soupira d’aise. Un rien de temps lui fallut pour abaisser sa vigilance et laisser son corps se prélasser, pas longtemps encore pour entrer en résonance avec les lieux.

    Sans qu’il en ait réellement conscience, le torrent élargissait ses ressentis. Chaleur, fatigue, ou le pouvoir des lieux, ce quelque chose l’entraînait, lui permettant de percevoir avec plus de sensibilité, d’une nouvelle perspective que notre mercenaire ne se soupçonnait pas. Nulle lutte pour aller à l’encontre de ce que lui réservait l’onde paisible, il se laissait faire, réceptif et attentif. L’ordre des choses lui sautait au visage sans qu’il puisse s’y soustraire ou même y présager une suite. Un tohu-bohu intarissable d’informations sensorielles déferlait sur lui, où le manichéen de l’humain n’avait jamais existé. Eléments, Minéraux, Vie et Magie prenaient place et sens dans une notion d’équilibre. Tout allait et se propageait dans une sensation d’osmose bien trop grande pour lui, étouffante pour un seul homme. Malgré sa présence pourtant étrangère et corrompue en ces lieux, le Torrent lui intimait par la force des choses qu’il faisait lui aussi parti du tout, un accord dans cette partition et il se devait de l’accepter.

    Le soleil était à son zénith lorsque ses pas le ramenèrent dans la vallée. Son esprit fulminait à tout-va, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu lui arriver. Il ne comprenait pas comment la notion du temps pouvait lui avoir échappé à ce point. Il avait dû passer des heures immergées là-haut.. Drogué ? Impossible. La fatigue ? Peut-être. Rien de son esprit calphéonnien des plus cartésien ne pouvait comprendre ce moment, pourtant l’inconscient lui gueulait sa vérité crue. Il en était sûr désormais, il existait autre chose, un dessin bien plus grand que sa seule vie.

    Dans cette cuisine, les choses étaient tellement plus simples sans prise de conscience. “Sadie, maudite sorcière, il te fallait toucher à cette condition qu’était la mienne, la simple stature d’un homme des Bas-Fonds qui court la route ne te convenait pas ?” Il lui fallait refouler tout ça pour le moment, l’impératif de sa situation prônait sur tout le reste et son temps continuait à lui échapper ...

     

    Le thé était prêt.

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    « On cherche le repos en combattant quelques obstacles et une fois surmontés le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte. »

    La pénombre baignait toute la pièce, restant encore invaincue face aux doigts timides de l’aube qui commençait à s’immiscer entre les lames des volets. Le corps à côté d’elle lui tenait chaud, trop chaud, un vrai soleil endormi. Sadie imaginait plus qu’elle ne distinguait les volutes de fumée s’échapper de la cigarette qu’elle tenait entre les doigts, elle n’arrivait pas dormir ou plutôt à se rendormir, bercée par le bruit qui s’élevait doucement depuis le port et cette quiétude qui annonçait souvent les départs.

    Le tabac rougeoyât et elle souffla longuement. Partir pour Valencia, partir d’ici, de La Croisée, la soulageait. Elle en avait envie, quand bien même elle avait le sentiment d’aller au-delà de nouvelles terreurs propres aux Kelevra, elle n’aurait repoussé ce voyage pour rien au monde. Son regard glissa sur la forme endormie à côté d’elle. Presque rien. La sorcière se sentait emplie d’une certaine mollesse, l’entraînement ne remplaçant jamais l’effort, le vrai, la lutte contre l’environnement, la réflexion propre au voyage, la découverte : nouvelle ou revue.

    Elle se surprit à sourire, voir à laisser glisser un petit rire lâche, à ce constat : tout ce calme l’ennuyait. Calme qui pourtant avait été balafré de quelques nouvelles découvertes et de dizaines de questions différentes mais c’était d’un changement de décor dont elle avait besoin. Il lui semblait qu’elle ne parvenait plus à rester au même endroit, entre les mêmes murs, à faire les mêmes choses et voir les mêmes visages. La langueur l’avait gagnée tel un chat qui s’était installé sur elle et qui, de sa chaleur et de ses ronronnements, l’empêchait maintenant de bouger par simple peur que l’animal ne détale.

    Mais elle préférait les chiens, le grand air, les grands espaces et la désinvolture de pouvoir s’intéresser à tout ce qui passait au vent… Elle n’avait plus cette latitude-là : elle s’était engluée elle-même entre les commandes de La Croisée et les devoirs dus à Tarif.

    La mollesse était devenu son naturel, elle envoyait même des inconnus faire le boulot à sa place. La cendre glissa sur les draps, consumée sans aide et tombée sous son propre poids. Bien aigre analogie et pourtant… La simple idée que Luthice soit encore en vie lui était toujours insupportable et faisait monter en elle des bouffées de colère asphyxiantes. Mais chaque chose avait sa place et chaque temps avait sa mesure : elle préparait son terrain, celui sur lequel elle allait l’amener pour pouvoir l’y désosser et la mettre en terre.

    Quelque part la pensée que c’était tout cet ennui qui provoquait cette colère la titilla. Elle n’y fit pas attention… Déjà la maigre lumière du jour faisait s’agiter l’endormi à côté d’elle. Valencia était toute proche, avec elle renaissaient Diane et Kintran et les secrets enfouis allaient probablement leur exploser au visage comme les feux de la fête des morts.

    Kintran et son esprit. Diane et ses visions. Il allait falloir démêler le vrai du faux, si tant est qu’il y ait du faux dans ces vieilles pages tâchées et souvent incompréhensibles… Et pourtant si familières. Tout ça trouvait en elle un écho particulièrement perturbant car il lui semblait qu’entre les lignes de la dernière Sadvhi se cachait une vérité qu’elle connaissait déjà. Certains passages s’adressaient intimement à elle alors qu’elle les lisait sans jamais en saisir le sens profond. Ils lui présentaient des choses passées qui ravivaient des souvenirs amers et lui dépeignaient des périls à venir dont le seul but semblait être la fin. Leur fin. Mais qui étaient-ils finalement ? Kelevra, Nezepha… Tout ça ne voulait plus rien dire.

    Un bras armé d’une peau brûlante vint cercler sa taille osseuse. La sorcière déglutit. Les sables s’apprêtaient à leur dévoiler qui ils étaient tous, ce qu’ils avaient à faire, ces rôles qu’ils devraient chacun porter sur la scène de cette pièce aux relents de fausse improvisation. Peut-être était-ce cette vérité qu’elle sentait gratter bien loin au fond de son être : dans ce noir que l’esprit n’avait pas emporté avec lui restait tapi un canevas sans âge et elle sentait poindre l’énormité qui viendrait dans son sillage.

    Un soupir longtemps contenu passa entre ses lèvres.

    Elle avait hâte d’y être.

     

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    Ikhlas
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    Tous savent et ne savent pas

    que la lumière se consume

    et l’ombre est immense

    que le mystère est une triste musique

    qui de loin en loin dénonce la mort

    moi je suis né un jour

    où Dieu était malade.

    ( Pierre DesRuisseaux, "Le féminicide de Juarez" )

     

    13, C. 284

     

    Sa main glissa, poisseuse, sur la poignée de la porte. Il serra plus fort ses doigts autour de ce repère inespéré, l'actionna et pénétra dans la pièce. Il s'effondra là, dans un gémissement rauque, comme un paquet de chiffons tremblants. Dans le silence cryptique de la Cave, il entendit sa propre respiration pleine de douleur, rauque, rapide, brusque. Cette musique lui rappela le souffle affolé d'un animal acculé. L'odeur de la poussière et des vieilles pages de vélin pourrissants lui vinrent aux narines, et il songea qu'il n'y avait guère qu'ici ou dans les tombeaux que l'on pouvait respirer ce parfum là.

    Le parfum du Temps.

    Il tenta de bouger avec précaution pour s'adosser contre la première surface qui viendrait. Le mouvement lui arracha une plainte. Ses mains s'agitaient de tremblements intempestifs et il avait beau puiser en lui cette force qui le conduisait toujours à la maîtrise, elles continuaient de frissonner, comme des feuilles ballottées au vent. Il déglutit et sentis couler sur sa langue le goût métallique du sang, tandis que chaque élancements de souffrance dans sa mâchoire lui rappelaient que, cette fois-ci, il y avait laissé quelques dents.

    Et la prochaine fois ?

    Il resta là de longues minutes, à s'écouter respirer. Épuisé, il manqua s'endormir. Mais le hurlement d'une enfant, quelque part au fond de son esprit, le ramena brutalement à la réalité, dans un sursaut pénible. Il cilla plusieurs fois, les paupières humides, le cœur au bord des lèvres.

    Ne pas s'endormir. Ne surtout pas s'endormir.

    Il avait prit de méchants coups sur la tête, il s'en souvenait. Il sentait son cœur battre la chamade quelque part derrière sa nuque et n'osait pas toucher ce qui se trouvait là, dans la crainte de sentir ses doigts s'enfoncer dans sa cervelle. Une peur comme une autre, irrationnelle. Finalement, il se força à bouger. Il jeta sa main sur la surface d'un meuble et tâtonna à la recherche d'une bougie, qu'il trouva mais déjà de moitié entamée. Ses mains parcoururent ses vêtements en frissonnants, en quête des allumettes qu'ils savaient avoir prise en partant. Il renifla en sentant entre ses doigts l'arrête pointue d'une boîte en bois, au fond d'une poche dont il avait oublié l'existence. Il lui fallut plusieurs fois pour parvenir à faire naître sur l'extrémité du bâton une timide étincelle. Sans doute avait-il trempé ses allumettes sans faire exprès, au milieu du chaos.

    Corps en flammes...Hurlements...Larmes, sillons de sang...Déchiré, captif...Douleur.

    Dans un grognement, il se redressa, sa main trouvant le support secourable du meuble pour permettre cette terrible ascension dans la clarté mince et agitée de la flamme. Il fit quelques pas dans ce réduit sans fenêtres où dormaient ces précieuses reliques, et s'approcha du reflet d'un miroir qui lui renvoya une image brisée de lui-même. En éclatant, l'arcade avait fait couler sur son visage des peintures de guerre écarlates qui tâchaient jusqu'à son col. En un regard, le valencien sut qu'il allait devoir recoudre et trouver de quoi faire désenfler son œil lourdement poché. L'éclat timide de la bougie faisait luire sur sa peau les traces de toute cette saleté, ces souillures de boue et de sang qui faisaient comme le masque d'un supplicié. Les paumes collées à la console laissaient de sombres empruntes sur le bois tandis que, refrénant l'envie de déglutir, il se penchait pour laisser tomber dans le crachoir un filet de salive ensanglanté. Un profond soupir qui fit écho dans ce silence pesant, puis il ferma les yeux, le corps entier comme un sac éventré, l'âme déchirée et l'esprit à l'agonie des souvenirs.

    Dieu... Faîtes que ce ne soit pas en vain.

    Combien de temps encore avant d'y laisser sa vie ? A vivre avec et comme une bête farouche, dans cette solitude humaine sans chaleur autre que celle de Dieu... Si peu d'aide, si peu de secours là où personne ne pouvait l’accompagner. Au fil du temps, le travail devenait plus difficile, plus risqué, autant pour lui que pour tous les autres qui avaient choisis de suivre cette même voie. A chaque voyage, il lui semblait laisser toujours un peu plus de lui-même derrière ses pas, de tenter ainsi de garder son équilibre sur une corde tendue au dessus d'un gouffre creusé jusqu'au fond du monde. Mais comme tout homme prêt à périr qu'il fut, l'apatride à qui l'existence avait tout volé, ne parvenait pas à concevoir qu'aucune âme ne succède à son propre mandat.

    Mais qui ? Et pourquoi voudrait-on ?

    Derrière ses paupières closes, la vision d'un monde dévoré par le souffre et les flammes revenait comme un antique fantôme, le plus âgé de tous les spectres du souvenir. Prophétique, la valencien assistait à la fin des temps dans ces torrents de catastrophes qui recouvraient la terre d'eau, noyaient les êtres dans des tourbillons de lames de fonds sous des nuages que crevaient de tonitruants éclairs. Ils éclairaient la désolation d'une lumière pâle et aveuglante, le soleil mourrait, la lune s'ouvrait en deux pour tomber dans l’Éternité vide. Et lorsque les mers finissaient de balayer toute vie, la terre et les montagnes s'écartelaient telles de blasphématoires matrices pour tout avaler et recracher dans ce monde nouveau d'abjectes créatures nés des cauchemars du vieux monde.

    Je suis fou...Ou je ne vais pas tarder à le devenir.

    Il se massa le front du bout de ses doigts fébriles, le visage cuisant de fièvre, comme si ce simple geste suffirait à chasser les images d'apocalypse qui peuplaient ses cauchemars depuis l'Aurore. La mâchoire traversée de dards de douleur, les tempes bourdonnantes du tambour de son cœur, le valencien savait qu'il n'y avait guère qu'à son Dieu qu'il pouvait ainsi parler. Sur ce pénible chemin de la Destinée, Aal lui enverrait-il les renforts qu'il espérait pour au moins jouir de la pérennité de ses idées ?

  6. Centième jour

    Déjà cent jours... Trouver un capitaine pour embarquer sur un navire est bien plus compliqué que je ne l'aurais cru. J'ai entendu dire de la part du cuistot de la taverne que les marins aiment pas trop avoir des femmes sur un bateau, que ça porte malheur. Difficile à dire cependant si c'est encore une de ses crises de misogynie ou s'il y a un fond de vérité dans ses propos. Je me demande si tous les valenciens sont comme ce Abdoulaye ou si c'est un cas particulier. Peut être est-ce juste sa façon d'extérioriser ses propres tourments, vu qu'il travaille pour des femmes, un moyen de soigner son ego meurtri. Peu m'importe en vérité, ce qui m'intéresse dans l'immédiat c'est de trouver un bateau. Je passe des heures à fixer cet horizon bleuté à perte de vue en me demandant ce qui se cache par delà. Que de choses nouvelles à découvrir, j'ai l'impression de revoir mes jeunes années. Enfin je les reverrai sans doute si mes vieux os ne me rappelaient pas continuellement qu'elles sont loin derrière moi.

    Les humains ont un proverbe qui dit que ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Rien n'est plus faux. Chaque entrainement, chaque blessure reçue au combat et chaque erreur m'a toujours laissée un peu plus faible physiquement. Même si j'en ai tiré de la sagesse, je doute d'en avoir tiré un jour de la force. Quelle tristesse d'avoir dû attendre tout ce temps avant de finalement accomplir ce dont j'ai à peine osé rêver toutes ces années. Mes connaissances et mes techniques sont désormais mes nouvelles armes pour m'améliorer au combat, même si je doute de pouvoir retourner un jour à l'adresse que j'avais à la belle époque, je ne me morfonds plus. Je me suis souvent demandé comment faisaient ces humains, eux qui savent que leur corps n'a de cesse de se flétrir et de les trahir à une vitesse ahurissante, pour ne pas perdre espoir. Peut être est-ce là la réponse que je cherchais.

     

    Cent deuxième jour

    Je me suis faite attaquée, en fin d'après midi. Je passais tranquillement à côté de la ruine d'un fort plus au nord, pour faire du repérage le long de la côte, quand j'ai entendu siffler un carreau non loin de ma tête. J'ai à peine eu le temps de dégainer pour dévier le second tir d'un revers de ma lame. J'ai sauté de monture pour repérer d'où venaient les tirs avant de voir les embusqués dans des fourrées non loin de la route. Trop de terrain à découvert, c'était pas sérieux, la moindre erreur et je me serais retrouvée avec un carreau planté, loin de toute habitation et sans matériel médical vu que ma monture, apeurée par mes brusques mouvement, était partie avec barda d'aventurier.

    Je me suis mise à couvert et j'ai attendu. S'ils s'étaient rapprochés, j'aurais pu engager le combat au corps à corps. Mais ils ont préféré rester à distance, ces petits cons. J'ai du ronger mon frein pendant plusieurs heures jusqu'à ce que la nuit tombée me donne de nouvelles opportunités. Mais je me suis un peu laissée emporter, j'ai pas pu m'empêcher d'en embrocher un pour me passer les nerfs d'être restée aussi longtemps à ne rien faire. Pas de chance, la surprise et la douleur ne lui ont pas ôté la voix. J'ai du me débarrasser des autres avant même d'avoir pu savoir ce qu'ils me voulaient.

     

    Cent quatrième jour

    J'ai finalement renoncé pour un temps à trouver un navire directement sur la côte. Je suis donc retourné à Heidel pour essayer de récupérer des informations. Un nom de contact serait parfait. Cela dit, c'est sur quelque chose de différent que je suis tombée aujourd'hui : un géant. Je n'en ai pas vu beaucoup jusqu'à présent, mais j'aurais tendance à dire que celui ci est un géant parmi les géants, le pauvre doit se cogner la tête souvent en entrant dans les bâtisses. Sans parler du mobilier : chaise, lustres, rien n'y échappe. J'ai discuté brièvement avec lui, ça semble être un aventurier lui aussi. Par contre, niveau provisions ça doit être bien plus compliqué pour lui d'en vivre, si je me fie à la quantité de nourriture et de boisson qu'il engloutit.

     

    Cent sixième jour

    J'ai à nouveau croisé le géant à Vélia, par le plus grand des hasards. Fidèle à ses habitudes, il a engloutit une bonne partie de la cuisine, et refait la décoration de l'auberge. Si au moins il avait fait quelque chose pour cette tapisserie rose vif, ça aurait justifié la chose, mais bon. Là, ce sont les escaliers, le lustre et les tableaux qui ont pris. Il faut dire que dévaler des marches d'escalier avec des pieds de cette taille, ça doit pas être évident.

    Dans tous les cas, j'ai proposé la prime que j'ai trouvée l'autre jour à Heidel, pour tuer des religieux fanatiques ou je ne sais quoi, dans un camp plus au nord est. Je me sentais pas extrêmement confiante pour aller dans un repaire plein de sorciers religieux fanatiques toute seule, donc j'ai subtilement glissé l'idée d'y aller à plusieurs. Ça semble avoir fonctionné. Enfin il s'est rué vers les cuisines pour faire des provisions, le pauvre Abdoulaye a pas du rire autant que moi en le voyant faire. On prendra la route demain.

     

     

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    Lwhite.pnges caractères physiques des cristaux, qui servent à les déterminer, sont :

     

     

    1. La cristallisation

    C'est, selon toute évidence, l'Origine. Ourdie au sein des terres au long d'une temporalité qui ne nous est pas sensible, elle consiste en un processus aussi naturel que mystérieux. La cristallisation se produit en secret, loin des contraintes des hommes, loin de leurs influences, et c'est pourquoi l'on peut dire des cristaux qu'il sont une matière pure, naturellement vierge de toutes empreintes spécifiques. Cette rare forme de neutralité est particulièrement précieuse aux yeux des alchimistes, qui sont à même d'inscrire en la matière structurée mais vierge du cristal leurs propres intentions mystiques. 

    Concrètement, la cristallisation est l'ouvrage de la Terre qui façonne lentement un produit solide, pur, assemblé de manière régulière, et ce à l'infini. L'on note que la plupart des cristaux sont composés de plusieurs cristaux accolés, et que tous présentent en réalité des irrégularités dans leur assemblage. Le simple joaillier aura tendance à croire que moins il y a d'irrégularités, plus la qualité du cristal est grande. Les artisans du soin ou des procédés alchimiques savent qu'il en est tout autrement, chaque type d'irrégularité pouvant s'avérer une vertu dans le cadre d'une visée précise. Ainsi, pores, précipités, macles ou inclusions peuvent être d'un grand intérêt. 

    2. Les accidents de lumière

    Ce sont la couleur et l'éclat du cristal, auxquels nous pouvons ajouter son éventuelle phosphorescence. Il existe une diversité proprement fascinante de couleurs cristallines, ce qui en assure certes l'attrait esthétique, mais témoigne surtout à un œil aguerri de la nature précise du cristal, et donc de ses propriétés. N'oublions pas que la couleur-même est un rayonnement, et qu'en cela, comme tout rayonnement nous impactant, elle peut produire des effets que certaines philosophies orientales ont tenté de catégoriser... [L'auteur tente ici une vague description de ces catégories, dont il est visiblement peu familier.]

    [...] Le lapidaire aguerri n'oubliera pas que certaines techniques, comme le rougissement au feu, peuvent être employées pour modifier la couleur d'une pierre et la faire passer pour une autre.

    3. La pesanteur spécifique

    Chaque corps possède une tendance naturelle à se rapprocher de la terre, mais chaque corps exerce une pression différente sur la matière qui le soutient... [L'auteur s'embarque ici dans des considérations techniques complexes].

    [...] Ainsi, une balance est indispensable à la panoplie de tout bon lapidaire, pour l'aider à déterminer la nature d'une pierre lorsque les accidents de lumière ne suffisent pas, mais aussi pour lui permettre de déceler toute supercherie à l'occasion d'un achat. 

    4. La dureté

    Le moins un cristal peut être rayé, par du diamant ou du verre blanc par exemple, le plus il sera dur. Ce paramètre est bien sûr déterminant pour tout travail de gravure.

    5. La réfraction

    Chaque cristal sollicite les rayons lumineux à la mesure de sa structure spécifique : certains ont par exemple la propriété de dédoubler les rayons et c'est ce que l'on appelle la double réfraction. Il est à noter que la réfraction peut facilement être mesurée sur une pierre brute, mais bien moins sur une pierre taillée qui répète à l'infini les images dans ses multiples facettes. Le lapidaire doit alors utiliser un dioptre.

    6. Le magnétisme

    Nous avons observé que certaines pierres, tel l'ambre jaune, après avoir été frictionnées, ont la faculté d'attirer des corps légers tels que brins de paille ou poussière : nous appelons cela l'attraction magnétique. Certaines autres ont la propriété inverse, et nous appelons cela répulsion magnétique. Il est peu aisé de mesurer avec précision les propriétés magnétiques d'une pierre, mais les individus sensibles à ces énergies utilisent des baguettes de cuivre à cet effet. Certains témoignent que l'association d'une pierre d'attraction et d'une pierre de répulsion produit un flux d'énergie magnétique, mais fort difficile à amplifier, manier ou maintenir... Nous conseillons cependant aux artisans souhaitant explorer ces potentialités cristallines d’œuvrer par temps sec, car l'air humide a tendance à s'emparer du fluide magnétique et l'annuler. 

    Il est bien évident que c'est cette dernière propriété qui intéresse le plus les radiesthésistes qui font usage du pendule de cristal pour interroger les énergies. 

    tete-de-lit-arabesque.jpg

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    Le 2 Berserker 287

    Ce jour je prends la route vers Heidel. Cela fait à présent plusieurs jours que je cherche dans tous les livres et documents que je trouve. Rien ne semble parler de cela. Pour finir, je me suis repliée dans la méditation durant des jours. Implorant le seigneur de me guider sur la bonne voies. JE me suis éveillée ce matin, l'esprit clair et une crainte tenaillant mon cœur. J'ai probablement mis la vies de personnes en danger par un excès de Zèle, persuadée d’être dans la vérité, alors que j’étais dans l'erreur. Nous pourrions qualifier cela de déviances, mais pas d’hérésie. Rien dans les textes divins que j'ai parcouru ne semblent en parler. Ainsi donc, cela n'est que la conception erroné d'un esprit obscure et mortel, fermé a la lumière d'Elion au point de remettre en question la volonté de notre père tout puissant, car après tout, n'est-ce pas lui qui décide de notre destinée en nous guidant à chaque instant de notre vie ? Si l'amour, quel-qu’il soit, est une Hérésie, alors le monde devrait brûler.

     

    Si ce que j'ai rapporté venait a tomber entre les mains de Fanatiques. Pire ! Des Fanatique Obscurantiste, il se pourrait que je me retrouve indirectement avec du sang sur les mains. Je me dois d'allez au plus vite clore cette affaires. Quelque soit ce que je trouverai, je dois impérativement garder a l'esprit que seul la lumière d'Elion me permettra de voir la vérité. Dussé-je offrir ma vie pour les protéger de la sottise que j'ai engendrée. 

    Elion, puisse-t-il guider mes pas.

     

    Valkyrie

    Venastra Artemis

  7. La Vie au Domaine.

    Ceresayaria
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    Par Ceresayaria,

    Hiver 288.

    Pied-Boueux, gobelin au service du Haras Mirabela est chargé de nettoyer les stalles et aide à l'entretien des infrastructures, il fut pendant longtemps, au service de Monsieur Severro Loggia, son ancien employeur, qui a précédé la propriété de la ferme.

    Il fait un froid de canard dehors, le temps se gâte et seuls les plus courageux sont de sorties pour aider dans les vignes. Pied-Boueux n'y connaît rien à la vigne mais d'après les Humains connaisseurs, ça se prépare tout au long de l'année pour que le fruit délivre le meilleur de ses nectars. Le problème c'est le temps. Il faut qu'il fasse soleil. Et ça,  ça arrange le gobelin aux oreilles de chauve-souris quand il fait soleil, il n'a pas à frotter sans arrêt ses pieds dégoutants de boue. Mais l'hiver...il pleut, il neige...et voilà qu'il est tout crotté.

    Et aujourd'hui, pour compléter ce froid glacial, il a neigé durant toute la nuit, laissant une couche monstrueuse devant la porte que lorsqu'il l'a ouverte, le monticule de neige l'a enseveli sur le perron. A noté que le malheureux gobelin ne mesure qu'un mètre vingt. Seule sa tête dépassait du manteau blanc envahissant.

    Lio qui a eut la riche idée de se confectionner des grands chaussons à l'aide de filet de pêche et de planches de bois marchait en canard dans la cour couverte de neige. Il avait l'air ridicule...mais avec classe. Lui ne s'enfonçait pas bêtement dans la poudreuse malgré sa petite taille de loutre.

    "T'as besoin d'aide ?" s'écria Lio depuis le puits.

    "Non....", ronchonnait le gobelin.

    "Couic ! Je vais aider Bertrand et Sarah à déblayer la cour, c'est fou ce qui est tombé cette nuit !"

    Pied-Boueux ne répondit pas, il en avait marre de l'hiver. La saison la plus dégoutante de l'année. Il détestait la neige, la pluie... le crottin...tout ce qui pouvait le rendre sale. A force notre gobelin développait une forme hypocondrie de la saleté.

     

    Un peu plus tard dans l'après-midi, quand la cour était enfin débarrassée de la neige, les employés pouvaient enfin circuler sans difficulté, surtout Lio...qui pouvait ranger son équipement ridicule mais pratique.

    Mais ce que craignait Pied-Boueux arriva. A l'instar que la neige avait enfin disparu, elle laissa derrière elle un souvenir inoubliable d'horreur pour le gobelin. La cour était un marécage. Des flaques d'eau grises et noires ici et là ! Les trois poils de cheveux qui lui restaient sur la tête s'hérissèrent lorsque le gobelin tira sur ses oreilles de chauve-souris vers le bas, dépité. Une promesse d'un nettoyage très....long.

    Plusieurs heures passèrent, la cour devenait enfin impeccable. Tout est relatif entre les yeux d'un gobelin atteint d'hypocondrie de l'hygiène et un humain ...normal. Pied-Boueux put passer à l'infrastructure principale du Domaine. Là où la nouvelle employée Mademoiselle Aquilla vendait le vin, secondée de Crâne-Bleu. Ce sobriquet lui allait comme un gant selon Pied-Boueux. Il n'a jamais vu d'humain avec des cheveux bleus.

    La porte s'ouvrit sur la petite stature du gobelin, transportant serpillère et seau. Profitant de l'absence de Mlle Aquilla, le gobelin entreprit de nettoyer le sol carrelé poussant la serpillère devant lui, lui marchant derrière...de ses pieds crottés. Au bout de plusieurs minutes, il essuya la sueur sur son front et admira son travail avant de jurer et pester ! Cet idiot avait oublié de se laver les pieds et surtout, il aurait du nettoyer en reculant afin de nettoyer ses empreintes de pieds dégoutantes, laissée un peu partout dans le magasin. Il reprit sa serpillère, la trempa dans le seau pour l'esserer et recommença. Cette fois...il pouvait enfin rentrer. Son travail était terminé. Il sourit. Le patron pourra être content.

    Lorsqu'il reprit son seau et son balai enroulé d'un torchon (serpillère), il put se diriger vers la sortie. Le comble du sort...lorsqu'il saisit la poignée pour se rendre dehors...une pluie fine venait de tomber, se métamorphosant en un gros déluge... Les oreilles du gobelin chavirèrent d'une profonde tristesse...

    Demain...serait un jour très très long.

     

     

  8. Cendrelune
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    Elle contemplait son visage dans le miroir, sans vraiment se voir au demeurant, ayant du mal à reconnaître ce regard dur, ce pli amer qui barrait sa bouche et ses traits anguleux dessinés par un visage amaigri. Elle aimait le calme qui régnait dans la yourte, là, à l'abri du monde. A quelques mètres, dans l'espace qu'il s'était aménagé, Shidean vaquait à ses occupations, sans doute penché sur une carte en train de faire de savants calculs auquel elle ne comprenait rien.

    Tout s’était effondré. D’un seul coup, le barrage qu’elle avait tant bien que mal érigé ces derniers mois avait cédé, vaincu enfin par les coups de boutoir que les événements successifs avaient donnés. Tout s’était mis à tournoyer et elle n’avait eu que la force de tout abandonner pour venir se réfugier ici, dans le décor familier de son refuge.

    Elle avait fui, lâchement sans doute, mais surtout pour se préserver, pour se reconstruire et prendre le temps d’accepter certaines choses. L’elfe n’avait plus la volonté nécessaire, ni la force de vie pour pouvoir mener de front sa vie d’aventurière, de mercenaire, de Lame Sombre et de traqueuse de la Gardienne.

    A Shakatu, tout était soudainement redevenu plus simple, plus tranquille. La guerrière travaillait parfois pour ramasser l’anis étoilé dans les fermes voisines afin d’oeuvrer pour sa petite affaire commerciale. De temps en temps, elle assurait le transport des marchandises à Altinova où elle en profitait pour se ravitailler et venir aux nouvelles. On la sollicitait de plus en plus pour soigner et apaiser les petits bobos de la communauté de Shakatu et c’est presque avec affection que ses habitants parlaient désormais de “la yourte de la sorcière elfe”.

    Une vie simple dans lequel son corps en souffrance et son esprit en éruption avaient pu doucement ralentir le rythme jusqu’à trouver une relative et fragile sérénité. La Vedir avait frôlé un territoire dangereux et interdit et il faudrait qu’elle apprenne à vivre avec cela. Elle savait que ses amis lui en voudraient de cette défection mais elle s’était volontairement mise à l’abri pour ne pas les exposer, eux. Elle était le Bouclier encore et toujours quitte parfois à parer les coups de ceux qu'elle aimait le plus également.

    La fuite avait semblé l'ultime recours, et étrangement, cette brusque disparition avait été bénéfique. Même si la nuit d’étranges rêves la faisaient s’assoir dans le lit, sa peau recouverte d’une sueur glacée, les tempes bourdonnantes avec encore le souvenir des grands yeux bleu azurs d’une elfe leucique.

    Peu à peu, la réalité la rattrapait, se faisant plus présente. Tôt ou tard, il lui faudrait de nouveau affronter ses démons. Quand au marché d’Altinova, elle entendit le récit de compagnons mercenaires parlant de phénomènes étranges s’étant produit dans une abbaye désaffectée au sud de Calphéon, elle sut qu’elle allait devoir reprendre du service.

    Elle se mit aussitôt en route, la peur au ventre. Avec Llianne à Calphéon, elle ne pouvait pas se permettre que le Chevalier Noir reparte sur la sente de sa folie. Il lui fallait savoir s’il était responsable du massacre et le cas échéant préserver la Ganelle de son influence et l’arrêter coûte que coûte...

  9. Ceresayaria
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    Un carnet ficelé de plusieurs pages écrites d'une main manuscrite. Quelques vers ici et là... composant un poème, un chant... sans une once de prétention. Parfois une auto-composition...ou le souvenir d'un patrimoine enfoui dans le cœur de l'auteur.

    Pour seule phrase d'en-tête et sans aucun autre commentaire, ces quelques mots inspirent un état d'esprit.

    "La musique est chère à mes yeux, elle est la parole la plus profonde de l'âme, le cri sans appel et harmonieux de la joie et de la douleur."

     

     

    Le chant de l'Hiver

     

    La nuit de l'Hiver, calme et paix

    Tout est paisible, tout est lumineux.

    Flammes et bougies allumées.

    Cloches lointaines sonnent.

     

    Retentissez, chantez

    Chants d'espoir dans un doux air

    Adoucissement de l'aiguillon de ce calvaire

    Pour un moment, rangez les braises et les cendrées.

     

    Verres colorés de teintes rosées.

    Ne pleurez pas pour les jours qui ont passé

    Séparez le présent de l'antécédent

    Sur l'horizon, la Lumière éclaire le sentier.

    Avec l'Aube du Soleil

    La Nature nous bénit de ses souhaits.

     

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    Année après année

     

    L'étrange coutume de l'Hiver à Calpheon

    Je revisite à nouveau cette tradition

    Bien étrange mais dont mes yeux s'en nourrissent

    Avec étonnement encore et délice.

     

    La merveille emplit l'air

    Paix et bienveillance planent

    Présence révélée

    Tout le monde scintille et brille

    Lumière Sainte de l'amour

    Sortie de l'Intérieur

     

    Griefs du passé

    Rêves fissurés

    Ne jamais regarder en arrière

    Laissez votre cœur ressentir le divin.

     

    La Vie entière doublée de Lumière

    Laissez votre désir, soulevez et respirez

    La présence d'une âme angélique nous bénie.

    Remplissez-nous de bienveillance pour notre prochain.

  10. Le vent glacial soufflait dans les branches mortes, et la lueur pâle de la lune naissante se jouait de leurs ombres en une sinistre interprétation. Le pas était lourd. La chaleur sous sa peau de bête s'opposait au froid saisissant, les deux liés par la condensation de sa respiration. Il avançait, à l'orée de ces bois macabres, morts été comme hiver, brandissant sa torche pour observer une direction, statique, puis reprenant sa marche lente. Piètre sentinelle, si il en est, qui s'avançait pas à pas vers le prédateur tapis dans l'ombre.

    Kashok Orpaz Tun'bi.

    Elle attendait, immobile malgré le froid. Le fil du temps était perdu, mais cela lui importait peu. Tendue, prête à bondir, elle était là, aux aguets, voyant enfin sa proie s'approcher. Plusieurs étaient passées avant cette dernière, mais aucune n'était celle attendue. Cette fois, cependant...

    Gashek Wurc Mraba.

    Elle avait médité et réfléchi, durant toute cette attente. La patience du chasseur, elle en était d'habitude dépourvue. Mais ici, seule dans les ténèbres, en ce lieu si repoussant et pourtant si tristement familié, elle avait fait travailler son esprit. Tout devait être prêt, et elle avait fait le nécessaire pour cela. Alors pourquoi ce goût désagréable en bouche? Alors que la silhouette ridicule s'approchait peu à peu, elle finissait de se remémorer une nouvelle fois les derniers événements, avide de réponses aux questions maintes fois posées.

    "T'es qui?"

    Elle n'avait fait qu'une très brève halte à Tarif, après son long retour de Trent, et seulement pour rencontrer brièvement Ahon Kirus, puis l'une de ses lieutenants. "Sadie Kelevra est sauve". Ainsi avait-elle commencé son résumé. Le soulagement visible sur le visage lui faisant face l'avait agacé, sans qu'elle ne sache pourquoi. A la fin de récit, alors que la sorcière la remerciait et se replongeait dans la lecture d'un grimoire, elle avait attendu, debout, sans rien dire. Le mince espoir, dont elle ignorait elle même la teneur, s'envola aussitôt lorsque la sorcière releva la tête, s'enquérant "Autre chose?". Martèlement sourd. Les muscles de son cou s'étaient tendus, alors que les veines battaient, résonnant profondément en elle, telles des tambours de guerre emplis de colère. Cette sensation désagréable de n'être qu'un outil, revenant en tête, avec l'image de sa propre mère, sans savoir pourquoi. Amertume sur la langue de son âme.

    Keehl Sha!

    Une profonde inspiration. Deux mots, lancinants. "Non, rien". Le ton était bien neutre, comme si elle avait prononcé ces mots détachée de son propre corps. Et alors qu'elle tournait les talons, elle laissa la sorcière à son étonnement. Ne pas claquer la porte, ne pas claquer la porte, ne pas... tant pis. Villageois, gardes, et badauds se trouvant sur la place, sous la protection du vénérable arbre, tournèrent la tête. La stupéfaction se lisait sur leurs visages, puis la crainte. Des pas en arrière lui ouvrèrent la voie, alors qu'elle remontait la rue.

    "T'es qui?"

    Elle monta les marches deux à deux et s'engouffra dans une vaste demeure, dorénavant les quartiers d'une guilde. De sa guilde. Qu'elle allait laissé, pour un temps indéterminé, sous la tutelle d'une lieutenant. Une elfe. L'ironie de la situation lui arracha un sourire, ou plutôt un rictus. L'affaire fût vite réglée; après tout, il s'agissait d'un ordre non discutable. La surprise laissa place au doute sur le visage de l'elfe. "Tout va bien?" s'enquit-elle. Sa seule réponse fût un nouveau claquement de porte, après un long regard en biais. Ce goût infecte qui ne veut pas partir...

    Shoo Now Mouh?

    Les heures, ou jours, qui s'ensuivirent restent encore brumeux. Douleur, exaltation, souffrance, rage se mêlaient aux frontières du délire et de la lucidité. Tout juste le visage penaud du Sezec en souvenirs de l'accord passé, et la peur sur celui de son acolyte. "Un membre par jour de retard" se souvient-elle avoir prononcé. Les lourds regards appuyés des géants et des nains, alors qu'elle prenait de dernières informations au mausolée. Puis ces deux Sausans lui revinrent en tête, juste avant son retour à Kusha. Elle s'en était débarrassée sans user de sa magie. Un poignet et une nuque brisée, un nez pouvant presque renifler sa nuque, en guise de dernier salut. Cracher ne changeait rien au parfum nauséabond.

    Gigak! Gigak!

    Ils ne lui pardonneraient pas. Sûrement. Elle leur pardonnait encore moins, d'avoir joué avec elle toutes ces années. Alors ce qu'ils pensaient était bien le dernier de ses soucis, et tant pis si ce qu'elle comptait faire allait à l'encontre de leurs principes et héritages. Elle avait choisi sa propre voie l'année précédente, loin de tout clan ou lignée. Elle pensait avoir trouvé où vivre, et choisit avec qui. Mais tout ça était remis en question. Ou bien était-ce un nouveau et fugace délire? Ces quelques lettres gribouillées sur un carnet revenaient sans cesse. "T'es qui?". Une massue s'abattant sur une digue fragile, contenant tant bien que mal cet océan sombre et pourpre qui ne demandait qu'à déferler. Goût infecte de ceux et celles qui blessent ceux et celles qu'ils aiment. Cet arrière goût est d'autant plus prononcé lorsqu'il porte sur des personnes chéries. Les mots entendus la dernière nuit à Trent, seule face à la lune cendrée, n'en furent que plus lacérant pour l'esprit fatigué et chancelant.

    Yarik Kshaba Xilia.

    Ils étaient rentrés depuis, elle le savait. Elle avait aperçu le chariot dans les rues de Tarif dans l'après-midi. Elle irait les voir avant de partir. Elle avait besoin d'elle, et de lui. Et de lui parler, à elle qui ne parle plus. Les muscles se contractèrent. La proie était là. Un bond. Une main tendue. Nulle trace de magie. La force brute. Le cou saisi. Plaqué contre un arbre mort, les pieds ne touchant plus le sol, alors qu'une main couvrait sa bouche, l'autre enserrant son cou, la vie le quittait. Il la fixait. Elle soutenait son regard fou et apeuré, comme l'on regarde un chien mourir dans le caniveau. Derniers tressaillements. Elle lâcha prise, puis lui ôta sa peau de bête dont elle se vêtue. L'ascension sera longue, jusqu'à la bibliothèque de ce monastère maudit, mais elle avait besoin de cet ouvrage et cet exemplaire était le seul à portée.

    "T'es qui?"

    Moi je sais kikiki.

    Elle se souvint. Nulle folie ici. Juste l'oubli d'une voix lointaine du passé.

    Qrik Shagu Rezt Norsti!

    "Silence".

    Elle inspira et s'enfonça dans la noirceur de la nuit, rejetant toute pensée autre que son objectif.

  11.  

        Le marquis de Montferrat, homme d’une grande vaillance et gonfalonier de l’Église, avait passé les mers pour suivre une croisade générale faite à main armée par les Eloniens. Comme on parlait de sa valeur à la cour du roi Philippe le Borgne, lequel s’apprêtait lui aussi à partir de Calphéon. pour la même croisade, un chevalier prétendit qu’il n’y avait pas sous les étoiles un couple pareil au marquis et à sa femme, attendu que, autant le marquis l’emportait en tout sur les autres chevaliers, autant la dame l’emportait sur les autres femmes du monde par sa beauté et sa vertu. Ces paroles entrèrent de telle façon dans l’esprit du roi, que sans avoir jamais vu cette dame, il se mit soudain à l’aimer avec passion, et résolut, pour faire le voyage qu’il projetait, de ne pas prendre la mer ailleurs qu’à Epheria, pour ce que, allant jusque-là par terre, il aurait une occasion favorable d’aller voir la marquise, songeant aussi que, si le marquis était absent, il pourrait mener son désir à bonne fin. Et, comme il l’avait résolu, il fit ; c’est pourquoi, ayant envoyé en avant le gros de ses gens, il se mit lui-même en route avec peu de serviteurs et de gentilshommes. Arrivé près des terres du marquis, il envoya un jour à l’avance prévenir la dame qu’elle l’attendît pour déjeuner le matin suivant. La dame, sage et avisée, répondit gracieusement que c’était pour elle une faveur au-dessus de toute autre, et qu’il serait le bienvenu. Puis elle se mit à réfléchir sur ce que voulait dire la visite d’un pareil roi, alors que son mari était absent, et elle ne se trompa point en pensant que c’était sa réputation de beauté qui l’amenait ; néanmoins, en vaillante dame, elle se disposa à lui faire honneur. Elle fit prévenir ceux de ses gentilshommes qui étaient restés auprès d’elle, et préparer, après avoir pris leurs conseils, tout ce qu’il fallait, mais elle voulut ordonner autant de poules qu’il y en avait dans le pays, elle ordonna elle seule le festin et les mets. Ayant fait rassembler sans retard à ses cuisiniers de préparer uniquement ce genre de mets pour le royal convive.

        Au jour dit, le roi arriva et fut reçu par la dame avec grande fête et grand honneur. Comme il la regardait, elle lui parut belle et avenante bien au delà de ce qu’il avait pu en juger par les paroles du chevalier ; il s’en émerveilla beaucoup et lui fit force compliments, son désir s’allumant d’autant plus qu’il trouvait que la dame surpassait l’idée qu’il s’en était faite auparavant. Après qu’il eût pris quelque repos dans des appartements richement décorés de tout ce qui convenait pour recevoir un tel personnage, et l’heure du dîner étant venue, le roi et la marquise s’assirent à la même table, tandis que les autres convives, selon leur qualité, prirent place aux autres tables. On servit alors successivement au roi des plats nombreux, des vins excellents et rares, et comme en outre il ne cessait de regarder complaisamment la belle marquise, il éprouvait un grand plaisir. Pourtant les plats se succédant les uns aux autres, le roi commença à s’étonner un peu en voyant que les mets, très variés comme assaisonnement, se composaient uniquement de poules. Bien qu’il connût le pays où il était comme étant très copieux en gibier de diverses espèces, et qu’il eût annoncé son arrivée à la dame assez tôt pour qu’elle pût faire chasser, cependant, quel que fût son étonnement, il ne voulut pas en prendre occasion pour le lui témoigner, si ce n’est au sujet de ses poules : et s’étant tourné vers elle d’un air joyeux, il lui dit :

    "- Madame, est-ce qu’en ce pays il ne naît que des poules, sans aucun coq ? "

        La marquise comprit très bien la question, et il lui sembla que, suivant son désir, Dieu l’avait envoyée en temps opportun pour faire connaître ses dispositions. À la demande du roi, elle se tourna vers lui et lui répondit avec franchise :

    "-Monseigneur, non ; mais les femmes, bien qu’elles diffèrent entre elles par les vêtements et les dignités, sont toutes faites ici comme ailleurs. "

        Le roi, à ces paroles, comprit très bien la raison pour laquelle on lui avait servi un repas tout en poules, ainsi que la sagesse cachée sous cette réponse. Il s’aperçut qu’il perdrait son éloquence avec une pareille femme et que ce n’était point le lieu d’employer la force. Pourquoi, de même qu’il s’était enflammé inconsidérément pour elle, il comprit qu’il fallait sagement pour son honneur éteindre le feu si malencontreusement allumé. Sans plus dire un mot, craignant ses réponses, il renonça à tout espoir et, le dîner fini, afin de couvrir par un prompt départ le motif de sa visite déshonnête, il la remercia de l’honneur qu’il avait reçu d’elle, la recommanda à Dieu, et partit pour Epheria.

     

     

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    Au petit matin, le 23 Marteau 286.

     

    A l'abri du froid accompagnant l'arrivée de la saison hivernale, un homme semblait songeur, assis non loin d'une cheminée dont les flammes léchaient avidement les bûches apposées à l'intérieur. Son regard émeraude se posa sur les dalles froides de la ville qu'il chérissait particulièrement au plus profond de son cœur. Ô, ce n'était pas la ville qui l'avait vu naître, ni qui l'avait éduqué, mais elle était la ville qu'il avait choisi pour s'y établir et d'y commencer sa vie à l'origine.

    Son regard se leva vers le soleil levant au large, dont les rayons magnifiaient le bord de mer. La ville maritime avait son propre charme qu'aucune ville ailleurs ne pouvait égaler. Les mouettes sillonnant le ciel en toute liberté symbolisait bien là l'aspect modeste de la ville. Il aperçut de ses yeux illuminés par la splendeur de l'aube quelques gardes de la ville traverser la rue, les marchands déballant leurs affaires et préparant leurs comptoirs, il aperçut également la fumée émanant des cheminées des autres maisons plus loin. La nuit laissait peu à peu place à la vie, qui reprenait son cours.

    Epheria était une ville maritime, isolée au bord de mer et semblant isolée des soucis. Pourtant, plus que n'importe qui d'autre, l'homme tenant une tasse fumante savait. Beaucoup de choses s'étaient produites et certaines avaient laissé les traces de ses conséquences. Il avait été parmi les chanceux à ne pas en hériter. Il était passé au travers du filet.

    Epheria avait été un point de départ pour beaucoup. Il pensa alors que s'il n'avait pas été dans cette ville à ce moment précis, sa vie aurait pu rester monotone et sans intérêt. Bien entendu, cette vie qu'il avait comportait des hauts et des bas, dont beaucoup de mésaventures, mais l'homme ne se démontait pas. Pour rien au monde, il aurait échangé sa place.

    Puisqu'à travers les larmes et le désespoir, la flamme du bonheur ne s'était jamais éteint. Malgré les souffrances, il y avait eu des moments uniques de joie et de bonne humeur qu'il chérissaient tels des trésors inestimables.

    Pourtant, le périple était loin d'être terminé. A peine avait-il réussi à contrer l'ennemi qui menaçait son futur proche et sa famille, qu'il devait affronter les aléas de la vie. Parmi eux, l'une des raisons de son retour dans cette coquette ville, se situait à l'étage de sa maison. Dans son lit. Endormie paisiblement, les cheveux blonds encadrant son fin visage, le corps étendu de tout son long sous les draps de soie du lit à baldaquin. Un détail aurait pu attirer l'attention des regards curieux. La présence d'une bague fleurie ornée de diamants et d'or ravissait l'annuaire gauche de la fée endormie.

    Il souffla sur sa tasse, encore assis sur le rebord de fenêtre comme il en avait toujours eu l'habitude ici. Il était enveloppé d'une épaisse couverture pour se maintenir au chaud. Il aimait être ici et observer la vie. Il avait toujours aimé observer pour ensuite le retranscrire. Dessin ? Peinture ? Pour lui, ces arts qu'il aimait tant lui paraissait lointain. Il n'en avait plus produits depuis des lustres, lui semblait-il. Avec bonne foi, il admit qu'il aurait peut être perdu un peu la main, mais il fut motivé par la promesse de se remettre à l’œuvre très bientôt. Ce vœu le fit sourire.

    L'ex-lieutenant ne s'était jamais imaginé marié et encore moins avec des enfants. Les deux aventures qu'il avait eu précédemment ne l'avait pas porté en ce sens et l'avaient refroidi de ce côté. Il pensait qu'il mettrait fin à la lignée des Dralereth.
    Pourtant, il semblait bien que la fleur de l'espoir avait de nouveau éclot au plus profond de lui. Après tout, il suffisait d'une rencontre pour que tout bascule. Cela n'avait jamais été aussi vraie pour l'artiste.

    Elion l'avait béni de sa lumière en lui apportant une fée. Il n'avait su résisté longtemps au charme taquin de la jeune femme. Une chose en entrainant une autre, il tomba dans les filets de la dame sans réellement réaliser ce qui lui arrivé. Il avait prit un peu peur, suite à deux échecs et surtout au vu dans la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait à ce moment là, il ne savait plus ni quoi penser ni quoi faire mais elle sut trouver les mots justes.

    Elle releva l'homme qui était un jour tombé seul.

    Quelque chose d'inattendu se passa pourtant, à force d'amour et de passions, la fée accueillit bientôt en son sein, le fruit de leur union charnelle et magique. Quel bêtise de procréer hors-mariage. Beaucoup de questions et de doutes avaient traversé l'homme aux yeux émeraudes. Mais une question ne se posait plus, il voulait reconnaître sa progéniture. Même si celle-ci s'avérait particulière.

    Il souhaitait le meilleur pour celle qui lui permettrait de devenir un père et de manière plus étendue, de poursuivre sa lignée. Il souhaitait le bonheur de son petit à venir. Il ne devait pas reculer et se montrer en fier homme. Il devait se montrer digne.
    Il était vrai que la fée n'était pas issue de noblesse mais plus d'une fois elle avait su subjugué le brun par sa douceur et sa prestance naturelle, sans parler de son goût exquis pour le raffinement. Qu'importe les détails, il la voulait pour femme et il ferait tout pour que cela soit possible.

    Le seul obstacle restait le patriarche.

    Il avait beau parcourir des yeux la belle Epheria en quête de réponse, il y avait tellement de paramètres à énoncer qu'il avait bien peur que quelque soit le scénario envisagé, son père le prendrait forcément mal, pire il le prendrait comme un affront. Pourtant, il ne reculerait pas devant cela. Il se devait de continuer. Il souffla doucement sur la fumée qu'émanait sa tasse en poussant un bref soupir.

    Il essaya de trouver la paix, il ferma les yeux quelques instants en inspirant le délicat fumet du thé qu'il s'était préparé. Epheria avait le don de l'apaiser. C'était une ville portuaire si calme et chaleureuse. Il avait fait le bon choix de retourner chez lui pour les quelques jours à venir. Loin de la tempête qu'était Calpheon où l'étiquette comptait plus que la personnalité.

    Ô, en tant que personne sophistiquée, il savait très bien jouer la noblesse Calpheonienne pour s'y fondre comme si de rien était, mais ce n'était pas lui. Son enfance à Olvia et sa formation à Trina lui avait permis de porter un regard différents de ces attachements et coutumes sociales. Il avait toujours été un noble modeste et le resterait à vie. A cette pensée, il rajusta la couverture ses épaules, en remerciant sa Mère. Il lui était reconnaissant d'avoir insisté pour l'élever lui et son frère à Olvia, loin des compromis et soucis de Calpheon. Dans des contrées saines et naturelles.Grâce à cela, il n'était un l'un de ces nobles sans personnalité et sans intérêt qui ne jurait que pour l'argent ou la renommée. Il était bien plus que cela, et ceux grâce à ses aventures avec ses amis, et il pressentait que chaque expérience le grandissait toujours plus.

    Percevant du mouvement à l'étage, il but une gorgée de sa tasse de thé et la posa sur la table la plus proche. Il se décida à rejoindre celle qui partageait à présent sa vie à l'étage. Une femme sortant des songes. Il ne remarqua pas que les rayons du soleil baignait la maison de lumière comme une bénédiction.

     

  12. Pitikali
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    La lune apparaît alors que je couche mes pensées
    Je voulais écrire une belle histoire mais ma plume refuse
    Chui pas un de ces poètes qui veut être idolâtré
    Ce soir mon âme chante et mon encre sera de sang

    Je le sens en moi, il est là prêt à exploser
    Je tente de résister de toutes mes forces mais ça m’use
    Combien de temps encore avant que je ne sois dévoré
    Car comme un poison il parcourt mes veines et s’insinue lentement

    Je ne leur dit rien pour ne pas les inquiéter 
    Mais je garde en moi toutes ces choses enfouie profondément
    Déjà dans le désert j'ai faillit craquer
    Je ne dois ma survie qu'à ce petit renard malin

    Vais je finir comme elle, possédé?
    Vais je pouvoir revenir de cet enfer brûlant?
    Que ce passera-t-il une fois que j'aurais cédé ?
    Tant de questions sans réponse ni maintenant ni demain

    Alors je dois continuer à lutter 
    Ne pas céder à ce trouble malsain
    Pas avant d’avoir réussi à me maîtriser
    Pas avant d'être sur de revenir de ce brasier

    Des errements de mon âme déchirée 
    Ce bout de papier sera seul témoin
    Destiné à ne jamais être lu 
    Il disparaîtra avec ce carnet….
    Quand à la suite, nul ne la connaît
    Ni moi, ni ce qui se terre au fond de moi.

  13. Lliane

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     the Planet to the Star, par Louis Soutter, 1938

     

    Je ne sais pas comment je suis arrivée ici

    Mais nous ne pouvons plus sortir

    Je suis entourée d'étrangers

    Et la musique commence à jouer

    Alors je vois les corps lentement qui commencent à se balancer

    Bougeant côte à côte

    Je sens l'animal qui s'ébroue

    Alors que je reviens tout doucement à la vie.

     

    Tout le monde commence à se mouvoir

    Et je veux tous vous voir céder

    Je veux raser ce lieu ce soir

    Et vous voir me remercier pour cette rage

    Dites moi pourquoi vous êtes là

    Puis-je seulement vous donner un avant goût ?

    Je veux vous voir perdre à votre tour la raison

    Et, à votre tour, raser ce lieu

     

    Je vais vous déchiqueter

    Je vais dévorer vos coeurs
    Je veux voir les os de vos corps se briser les uns après les autres

    Je suis ce dont vous avez besoin, la maladie parfaite

    Ne voulez vous pas vous détourner de la beauté et vous changer en bête ?


    Une étrange extase s'empare de moi

    Tandis que je monte m'installer sur mon trône

    Je sens le monstre emprisonné en moi

    Hurlant au travers de mes os
    Je veux vous voir vous liquéfier d'angoisse

    Je veux vous voir perdre l'esprit

    Je veux vous ressentir tous en train de sombrer

    Et vous voir vous balancer tout le reste de la nuit


    Je veux vous voir saigner

    Je veux vous voir hurler

    Je veux vous voir bouger

    Et vous l'entendre dire


    Détournons nous de la nature, laissons la bête parler...

     

    Révélation

     

     

  14.  

     

    C'est en Abun que se trouvait la jeune femme, et c'est en ce jour du 3 Gobelin 286, que celle-ci se posait devant le village Medhien. N'ayant visiblement que faire de salir son mantel noir de poussières. Les coudes posés sur la cime de ses genoux, reliant ainsi ses dextres lascives sur les coins de ses pommettes.  "Aujourd'hui, il est temps de prendre au moins une petite heure pour réfléchir." s'était-elle dit, une décision singulière quand l'on sait que la Sorcière n'aime flâner que dans sa propre maisonnette, qui d'ailleurs lui manquait terriblement.

     

    ~

     

    "Ce qu'il manquait..." Voilà un angle de réflexion, qui pouvait entamer sa mise au point. Sur le coin de sa route ensablée, Edern consentait à reflèchir à son manque, longue fût sa réflexion remuant ses dernières années, ses derniers mois, ses dernières semaines pour n'en sortir qu'une vaine constatation. C'est maintenant qu'elle était lancée dans un périple dangereux, loin de son foyer et de ses relations qu'elle réalisait qu'elle ne manquait de rien. Cette révélation semblait troublante pour cette jeune femme que l'on pouvait auparavant juger d'"éternelle insatisfaite", se trouvait-elle vide ? Déchue de ses convoitises et de ses caprices ? Non... Elle vît alors cette constatation comme peut être un moyen de passer à autre chose, d'avancer plus concrètement dans sa courte vie d'Humaine, passer son temps avec une Ganelle ne devait pas l'aider en ce sens. 

    Elween avait toujours été une figure, un modèle pour elle. Depuis leurs rencontre, tout avait été plus doux, plus simple pour la jeune Sorcière, bien qu'au départ, rien n'était gagné ! Et pourtant toutes deux nouaient une amitié solide. Les amis d'Edern étaient rare et le sentiment d'avoir une oreille à qui parler, un thé à déguster ou même des ragots à raconter la plongeait dans un profond ravissement.

    Puis vint inévitablement l'idée des pertes de cette année troublante qu'était celle de ses vingt trois printemps. Bien des rencontres, bien des propositions, bien des opportunités, comme bien des pertes. Son Père avait rejoint Elion, seul et dernier représentant de sa famille dont elle n'est maintenant que la seule héritière. "Homerion" se disait-elle, ce nom ne signifiait pas grand chose finalement, il n'était ni noble, ni pauvre, simplement un témoin du temps passant et de sa propre époque. Un cycle auquel elle ne cessait de penser depuis ces derniers jours, laissant derrière elle des visages qu'elle souhaitait farouchement revoir. Quelque chose tournait en elle, tournait longuement comme le bruit d'une horloge cherchant à se calibrer, s'apaiser...  

    Il était temps que l'horloge fonctionne à nouveau, une nouvelle année commençait pour elle. La jeune femme ne pouvant que se promettre de sauvegarder son corps, sauvegarder son âme, vierge de toutes blessures. Et son cœur toujours réchauffé de courage.  Une boussole venait de se trouver un cap, une île à conquérir, une personne à contenter, à rassurer. 

     

    ~

    Sa méditation venait de se clore alors que sa comparse elfique lui intimant de la rejoindre pour reprendre leurs activités.  Elle se levait, époussetant son mantel avant de la rejoindre, réhaussant son sac de toile sur son épaule.

    Sur le départ ~

  15.  

     

     

     

     

     

     

     

     

    Haso, terres du Clan Yuzhen..

     

     

     

     

     

     

    Les enfants sont un don, un cadeau des Dieux. Pourtant, malgré tout cet amour qu'ils représentent, toute cette innocence qui fait leur charme il existe peu de créatures aussi cruelles. C'est peut-être là une des plus grandes ironies de la nature humaine, la capacité à porter autant de noirceur que de lumière même à l'âge de l'innocence. C'est justement parce qu'ils sont innocents que leur cruauté est la plus pure, elle est souvent exprimée quand l'éducation et la morale sont absentes. De ce fait elle est innée, instinctive. N'allez pas croire que les mots d'enfants sont moins cruels du fait d'un vocabulaire moins riche que celui d'un adulte. Ils savent faire mal.

    C'est ce qu'expérimentait justement un jeune garçon à ses dépends. Les autres enfants du clan s'étaient tous ligués contre lui et après quelques petites chamailleries en guise de mise en bouche, les mots assassins furent brandis tels des poignards. Les enfants ne connaissent pas non plus la pitié. Car ils ne voient pas le mal même quand ils est devant eux, ou à travers leurs propres actes. Et en plus des mots terriblement offensants qu 'ils s'égosillaient à marteler comme une chorale sadique, les plus hardis en venaient à le rouer de coups quand ce n'étaient pas des pierres.

     

     

    L'enfant en question était un membre du clan Yuzhen au même titre que les autres. Mais il était un sang mêlé, et pour les autres enfants, il était donc différent. Et différent dans beaucoup de lieux signifie hélas inférieur. Mais les enfants s'ils portent en eux les graines de la cruauté ne sont que les reflets de ce qu'ils entendent et voient souvent chez eux. Et machinalement ils reproduisent les erreurs de leurs parents ainsi que de leurs proches.

    Mais qu'importait pour l'heure de savoir pourquoi et comment on en était arrivé là, le gamin sanglotait en se tenant ses petits membres douloureux. Il savait au fond de lui que demain cela recommencerait et que rien n'y changerait. Il était et resterait un bâtard parmi les inférieurs. Car même lorsque sa condition n'est pas reluisante, l'homme cultive ce don de mépriser ce qu'il estime être pire que lui, peut-être pour se rassurer dans une quête hypocrite et narcissique.

     

     

    Le plus douloureux pour le jeune garçon humilié fut l'inaction tout autour de lui. Personne ne leva le petit doigt pour que les autres cessent leurs brimades et leurs coups. Personne n’éleva la voix ou ne fit mine de désapprouver. Tous les gens autour abhorraient ce sempiternel masque derrière lequel ils cachaient émotions et sentiments. C'est un sentiment accablant, le désespoir. De se sentir sombrer petit à petit comme lors d'une chute sans fin, où l'on redoute et espère en même temps le moment où elle cessera.. violemment. Et dans cette abime obscure où il n'y a ni lumière ni son, où l'on peut hurler sans que rien ni personne n'entende le moindre son l'espoir se flétrit et pourrit inexorablement. Le désespoir est un creuset, un gouffre qui vous avale et ne vous recrache pas.

    Mais parfois, il arrive que les cendres de l'espoir récemment flétri s'embrasent, si on leur en donne l’opportunité.. ou une main tendue. C'est là, les yeux plein de larmes, qu'il vit l'espoir sous sa plus belle forme. Une fillette à peine plus grande que lui s'était emparé d'un shinai et rouait de coups ses agresseurs. C'était une furie, une furie vengeresse. Elle avait bougé, elle avait ôté son masque pour prendre parti. Pour lui, le rebus, le sang mêlé. Jamais il n'oublia ce jour ni cet instant.

     

     

    Elle l'a ensuite regardé, l'a aidé à se relever et quand ses larmes furent suffisamment endiguées il constata avec stupeur que son salut venait ni plus ni moins de.. sa princesse. Elle était l'héritière des Yumao avec sa jumelle et son frère. Elle n'avait pas à lui venir en aide, elle moins que quiconque. Et pourtant elle avait brisé tous les codes pour le secourir. Si la cruauté n'a pas d'âge, il en va de même pour l'amour. Ainsi va l'équilibre qui tend à harmoniser les courants de la vie. Jamais il n'oublia ce visage ni ce qu'il sentit au plus profond de son être même s'il était bien trop jeune pour le comprendre.

    Une graine avait été semée, l'avenir seul dirait si elle germerait ou non..

     

     

     

  16. Il était temps de partir désormais. Feliciano lui avait souhaité bon voyage et donné quelques pièces pour les besoins primaires. Elle avait pris soin de seller sa jument, attacher ses quelques sacs avant de serrer son ami dans ses bras. Lui promettant de revenir, quel que soit le temps que cela lui prendrait. Une fois l'au revoir fait, elle se mit en selle.

    Avançant au pas dans les rues de Calphéon, un sourire aux lèvres mais quelque peu anxieuse... Aal allait-il lui pardonner d'être ainsi partie loin de chez elle ? Elle avait presque connu la misère, tombée amoureuse d'un Calphéonien et la voilà qui vivait chez un soldat, dans une maison secondaire. Son enfance lui paraissait soudain si loin, loin le temps où elle étudiait à Valencia ou jouait avec ses frères de clan aux abords du Désert. Mais elle allait le retrouver, dans toute sa superbe étendue. Cet amour lui fit presser les flancs de sa jument pur sang valencienne après avoir passé les portes de la ville et déposé un message à l'adresse d'un Capitaine de Trina. Galopant ainsi vers la libération, celle de son cœur. Elle allait pouvoir demander pardon à son seul Maître. Partagée entre la peur et la joie.

    Aal allait-il lui pardonner ? Ou la faire payer ces affronts ?

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