Minho

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À propos de Minho

  • Rang
    Non-binaire
  • Date de naissance 27 novembre

Informations RP

  • Personnage principal
    Aeluin
  • Personnage secondaire
    Corentin Duval, Sofian Al Sohrab, Minho, Haku S.

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  1. Au petit matin de ce jour, les quelques rares promeneurs courageux qui fouleront la neige du parc glacé du Parlement de Kalis découvriront sans doute avec perplexité une bien curieuse oeuvre éphémère au détour d'une allée. En effet, alors que la nuit couvait la ville, deux silhouettes connues et reconnues pour leur aspect funèbre voire maussade auraient érigé la un bonhomme de neige parfaitement improbable. Deux monticules de neige sphériques ornés de membres improvisés. Une paire d'yeux disparates, bouton de manchette et rond de cuivre tordu, un nez taillé à la hache dans un morceau d'écorce pointue, deux oreilles sous forme de squelette de feuille enfoncées par la tige et une paire de bras en bois noueux tendus vers le ciel. Aucun témoin du forfait ridicule mais une chose est sûre, ceux qui l'ont accompli ont du échanger quelques lancés maladroits, en témoignent les vestiges de boule de neige écrasés sur les murets proches et les traces de dérapage non contrôlé qui foulent le linceul neigeux d'un bout à l'autre des jardins. Envoyé de mon GT-I9195 en utilisant Tapatalk
  2. Chapitre IX : "Valse endiablée." La cour du Manoir était couverte d'un épais manteau neigeux. On ne voyait déjà presque plus ces maudites pierres déchaussées où il se prenait régulièrement le bout des pieds en rejoignant l'entrée. Il ponctuait toujours cette impression de chute impromptue d'un grognement agacé et d'un regard pour le jardinier qui, clairement, ne faisait pas son travail. L'immense demeure de briques noircies par le temps, immuable et impartial, semblait encore plus lugubre sous cette couche immaculée. Seules les têtes des quelques gargouilles qui ornaient la façade effritée débordaient du linceul comme si elles s'y étaient frayé un passage, éternelles gardiennes des secrets du Domaine, et de ses habitants. Les fenêtres, toutes couvertes d'épaisses tentures de velours rouge vieillies par les décennies et la fâcheuse addiction de son Maître à fumer le cigare et à produire des quantités incommensurables de fumées en tout genre. Le semi-elfe se tenait là, entre les rideaux faiblement écartés de l'une d'elle, le regard posé en contrebas, sur cette cour misérable où la végétation sauvage avait repris ses droits et où les ronces et les lierres avaient élu domicile, fendant progressivement chaque dalle, chaque muret, chaque statue et l'habillant d'un pourpoint sordide et épineux. Dans sa chambre, la lumière était volontairement faible, il aimait à garder, comme son maître, un certain contrôle de l'obscurité où qu'il allait, il se sentait obligé de la coutoyer d'une façon qui ne la laisse jamais prendre totalement le dessus. Un chandelier allumé posé avec nonchalance sur sa table d’auscultation plongeait la pièce dans une aura particulière, mêlée de ces fantômes d'ombres qui dansent sur les murs, et de ces points de lumière vive et chaleureuse. L'ambiance était un peu, songeait-il, à son image. D'apparence, lugubre et essorée mais toujours emprunte d'un petit quelque chose de passionné. Il avait du mal à faire transpirer ces émotions fortes sur le visage qui était sien. Parfois, il se demandait s'il n'était pas tout simplement voué à tirer la tronche perpétuellement mais, quelque part, ce repos de l'âme, comme celui des muscles de son visage, avait quelque chose d'apaisant, et de réconfortant. Il ne se sentait pas, comme la plupart des gens, obligé de sourire, de hausser les sourcils pour appuyer son intérêt, ou encore de pleurer pour partager la peine d'un autre. Il n'en avait pas besoin, un regard suffisait toujours, un regard, et tout ce que ni son visage, ni son corps, ni ses mots ne parvenaient à dire, étaient aussitôt glissé comme une évidence. Dehors, la ville semblait tranquille, les jours de grand marché étaient passés, et chacun s'était probablement terré chez lui, au coin de l'âtre, auprès de sa famille. La chaleur d'un foyer. Voilà, songea-t-il toujours, alors que ses yeux dérivaient sur la façade du voisin Cortesi où il entrapercevait les silhouettes de quelques convives à l'étage, quelque chose qu'il pensait regretter tous les jours. Le deuil de son ancienne vie avait laissé en lui cette peur irraisonnée et irraisonnable pour la solitude, il avait du laisser derrière lui ses proches, si peu nombreux furent-ils à l'époque. Et pourtant, lorsqu'il observait bouger ces silhouettes, lorsqu'il voyait le Capitaine faire de grands gestes, ou partager un éclat de rire, il ne ressentait ni envie, ni tristesse, ni jalousie. Il souriait parfois depuis l'autre côté de la rue, d'un sourire paisible et contemplatif, mais d'un sourire aux reflets étrangers. Il ne manquait pas d'émotions, il n'était pas moins vivant que tous ces gens qu'il observait, mais les siennes étaient éternellement figées au fond de son être, maintenues par un écrin solide de noirceurs, pudique et possessif. Dissimulées derrière un petit morceau de cuir noué derrière ses oreilles, et qui cachait à l'orée du monde cette fenêtre ouverte sur son âme et ses pensées les plus intimes. Alors pour parer à ce problème, il avait trouvé d'autres formes d'expression. Il ne laissait pas juste ses émotions percer cette épaisse couche nuageuse qui l'habitait, il les sublimait, les manipulait comme de l'argile, et les façonnait de manière à les glisser dans des choses à l'apparence anodine. Une suture, l'arôme d'un thé, le grincement de son archet sur les cordes du violon, la cadence de ses pas sur le marbre noir. Il exultait de ces sentiments dans chaque geste, sous l’œil de tous, à la vue du monde, et pourtant, personne ne semblait les voir. Il s'en amusait, cela non plus, ne se voyait pas. Les gens le trouvaient souvent insipide, voire désabusé et insultant de désintérêt. Tous se trompaient, tous sauf son Créateur. Ils partageaient dès lors cette pudeur ensemble, et savaient tous deux, sans jamais le dire, sans jamais l'échanger, qu'un monde parallèle grouillait sous leurs façades marmoréennes. Un monde où tout est consumé avec une puissante ardeur, et où rien n'est fait, ni vécu, avec modération. Cette violence, cette vie d'extrêmes, tout cela demeurait savamment glissé sous les apparences mornes et plates qui leur collaient à la peau. Cette pensée lui fit esquisser un nouveau sourire déformé. Ils l'étaient toujours, l'exercice, même spontané, ressemblait toujours davantage à une grimace qu'à une émotion sur ses traits délicats. Il redressa l'archet de son instrument dont il pouvait voir la silhouette miroitée sur les carreaux qui lui faisaient face, il aimait à contempler l'instrument lorsqu'il jouait. Pas un élan de narcissisme, mais plutôt une volonté toujours plus profonde de contempler ces choses que personne ne voit. La manière dont les cordes semblent onduler, où dont le bois ciré du coffre semble gronder sous les notes. Son coude s'envolait alors au gré d'une mélopée dont il était le seul à connaître la traduction. Et les grincements résonnaient alors peu à peu à travers tout le manoir, embaumant l'écho morbide des courants d'airs sifflants d'une mélopée puissante aux reflets indicibles, non-conforme, intemporelle, défaite et reconstruite. Aux reflets indicibles, non-conformes, intemporels, défaits et reconstruits. Comme leur auteur.
  3. ( Oui, on a changé d'héraldiques. é_é )
  4. Vivement discutable. Sur un autre topic, dans un autre contexte. Mais vivement discutable.
  5. Chapitre VIII : Renaissance. Il avait fini par se faire à l'idée. Sa vie d'antan n'était plus. En voulait-il seulement encore ? Il avait goûté à l’exaltation si particulière d'une vie sur le fil. Perpétuellement en équilibre entre les noirceurs les plus denses et l'Illumination. Jouant sur la tranche d'une lame affûtée, prêt à basculer à tout moment. S'il avait perdu le goût de bien des saveurs, si le vin n'avait dans sa bouche plus que l'ombre de ses fragrances, si le thé autrefois si chéri n'avait pour lui plus que le goût de cendres, sa frustration s'était peu à peu muée en quelque chose de plus profond. Son sort était juste, lui qui avait cédé si vite aux affres de l'obscurité payait désormais le prix de son insolence. S'il ne croyait pas en Dieu de la même façon que son Maître, il n'en était pas moins persuadé que les évènements avaient un sens, et qu'il finirait bien par le trouver. La routine de sa condition s'était installée insidieusement, peu à peu, sans qu'il n'ait réellement le temps d'en réaliser l'ampleur. Il se levait aux aurores, descendait assister Xavius à la préparation du petit-déjeuner, qu'il servait tantôt au bureau, tantôt dans la salle de banquet. Il dînait rarement avec le Corbeau, qui aimait lire l’Écho Calphéen, cigare en bouche, dans un silence pesant que personne n'osait troubler. Ça ne le dérangeait pas, il avait toujours fort à faire, la journée, il vaquait aux tâches léguées par son Maître. Tantôt diplomate, tantôt chirurgien, tantôt coursier ou interprète. Il n'avait plus réellement le temps de songer à sa raison d'être, elle était éludée à chaque fois qu'il avait un instant de répit. "Wander ! Xavius ?... Où est passé Wander ?!" la voix rauque du Maître des lieux résonnait souvent ainsi à travers les couloirs lugubres de la demeure, suivie du grondement des pas qui filaient vivement d'une porte à l'autre en quête de son serviteur. "Je suis là, Maître. Comme toujours. Où vous voulez que je sois." Soupirait-il la plupart du temps, avant d'être expédié ça ou là, pour l'une, ou l'autre raison. ~ Il avait tout juste fini par se faire à l'idée. Pourtant, il savait mieux que personne qu'il était incomplet. Création imparfaite, et inachevée. Chimère d'espoirs amers et de desseins cachés. Il n'était la résultante brouillonne que d'une Volonté Tierce. Peu à peu, cette idée d'imperfection avait mûrie en lui et s'était installée comme un parasite, troublant ses pensées. Il n'était plus ce qu'il était autrefois, et pourtant, il n'avait pas l'impression d'être totalement ce qu'il était devenu malgré lui. Sublime créature, amalgame de désespoir et d'ambition mêlés, derniers recours et baroud d'honneur. Il représentait à la fois la réussite prodigieuse d'un travail acharné, et l'échec cuisant d'une expérience tout juste... Tout juste inachevée. Mais ça, c'était avant. Avant qu'ils ne trouvent la pièce manquante, avant qu'ils ne mettent enfin la main sur le composé. Le Composé. La Solution. Liquide écarlate aux reflets zircons, tout était là, dans cette seule et unique fiole. Le parfum du thé, le goût âpre du bon vin rouge, la chaleur d'une caresse solaire, le réconfort d'un rayon diaphane. Le sang qui bat, les pommettes rougies par le froid et surtout... La Paix. Ce Silence. Ce silence profond et éternel, ce silence quiet et étourdissant, récompense de tant de sacrifices. Consolation ultime d'une vie de servitude. Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit, Car chaque solitude a son propre mystère : Les bois ont donc aussi leur façon de se taire Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit. On sent dans leur silence errer l'âme du bruit, Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière. Leur mystère est vivant : chaque homme à sa manière Selon ses souvenirs l'éprouve et le traduit. La nuit des bois fait naître une aube de pensées ; Et, favorable au vol des strophes cadencées, Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort. Et le cœur dans les bois se donne sans effort : Leur nuit rend plus profonds les regards qu'on y lance, Et les aveux d'amour se font de leur silence. - René François Sully Prudhomme dans "Les solitudes." 1869
  6. La neige tombe sur Calphéon. Cet après-midi, les escortes et gardes du Quartier Noble auront pu se fendre la poire devant une scène tout à fait improbable. Le Docteur Aeluin Wander Gotha, filant comme un daim sur la neige, trousse à l'épaule et col de veston retourné, visiblement parti en hâte, qui s'étale et glisse sur trois bons mètres dans le premier tournant à plus de 90° qu'il aura pris. On dit que malgré son décollage précipité, il se serait redressé comme une fleur pour repartir comme si il avait le charbon aux fesses.
  7. Je manque de superlatifs pour apprécier ton travail. Chapeau encore.
  8. ( Merveilleuse illustration par @Néron ) J’espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir En osant te revoir, place à jamais sacrée, O la plus chère tombe et la plus ignorée Où dorme un souvenir ! Que redoutiez-vous donc de cette solitude, Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main, Alors qu’une si douce et si vieille habitude Me montrait ce chemin ? Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, Où son bras m’enlaçait. Les voilà, ces sapins à la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalants détours, Ces sauvages amis, dont l’antique murmure A bercé mes beaux jours. Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse, Comme un essaim d’oiseaux, chante au bruit de mes pas. Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse, Ne m’attendiez-vous pas ? Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères, Ces larmes que soulève un coeur encor blessé ! Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières Ce voile du passé ! Je ne viens point jeter un regret inutile Dans l’écho de ces bois témoins de mon bonheur. Fière est cette forêt dans sa beauté tranquille, Et fier aussi mon coeur. Que celui-là se livre à des plaintes amères, Qui s’agenouille et prie au tombeau d’un ami. Tout respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières Ne poussent point ici. Voyez ! la lune monte à travers ces ombrages. Ton regard tremble encor, belle reine des nuits ; Mais du sombre horizon déjà tu te dégages, Et tu t’épanouis. Ainsi de cette terre, humide encor de pluie, Sortent, sous tes rayons, tous les parfums du jour : Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie Sort mon ancien amour. Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ? Tout ce qui m’a fait vieux est bien loin maintenant ; Et rien qu’en regardant cette vallée amie Je redeviens enfant. O puissance du temps ! ô légères années ! Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets ; Mais la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées Vous ne marchez jamais. Tout mon coeur te bénit, bonté consolatrice ! Je n’aurais jamais cru que l’on pût tant souffrir D’une telle blessure, et que sa cicatrice Fût si douce à sentir. Loin de moi les vains mots, les frivoles pensées, Des vulgaires douleurs linceul accoutumé, Que viennent étaler sur leurs amours passées Ceux qui n’ont point aimé !
  9. Nouvelles quotidiennes

    Alors que la misère grouille sous les ponts, surtout dans la cité célèbre pour son clivage social particulièrement encré, certaines causes semblent sortir du lot. Et c'est tout particulièrement le cas ces derniers jours où, dans les quartiers nobles, quelques jeunes pages soigneusement vêtus et coiffés, semblent s'adonner à une récolte de fond. En échange de quelque don, ils offriront volontiers chants de Noël, et bons voeux de fin d'année. Les jeunes gens, affublés d'épais manteaux et de petits paniers d'osier, rappelleront ainsi dans les hautes sphères de la ville, qu'un geste bienveillant est aussi un pas de plus vers Elion Notre Père. Et pour preuve, le vent glacial de l'hiver tout proche qui leur gerce les lèvres et leur piquotte les oreilles, n'ébranle pas leur conviction, et, d'une porte à l'autre, ils quêtent la bonté des nobles gens de Calphéon. Mais en quel nom ? Et pour quelle cause ? Si l'âme vous dit d'ouvrir la porte à ce duo de demi-portions au nez et aux pommettes rondes et rougies qui vient secouer son osier sur votre palier, vous apprendrez sans mal que la quête a été organisée par la tristement célèbre Maison di Oscuro Contea, dont le nom fait parler ardemment au cœur du Parlement de Kalis et des casernes de Trina de la Cité. En effet, suite aux tragiques évènements survenus à l'Université, la nuit du 11 au 12 Marteau - Et ils ne manqueront pas de vous offrir un exemplaire de l'Echo de Calphéon concerné ( voir ici ) - et dans le souhait sincère d'offrir quelque réconfort à la pauvre veuve du soldat de Trina en faction ce soir-là, des dons sont rassemblés pour offrir à Madame Veuve de son mari, fidèle enfant de la République, une retraite paisible et heureuse, et un avenir confortable à ses enfants désormais privés de leur père. Par ailleurs, en guise d'exemple, ils ne manqueront pas de vous faire savoir que Messire Raffaelle di Oscuro Contea lui-même, aurait offert à la pauvre femme les bons soins médicaux de son employé le Docteur Wander Gotha pour une durée indéfinie, ainsi qu'une somme raisonnable en prévision de l'hiver annoncé rugueux, et déjà tout proche. La quête sera tenue également lors de la messe dominicale à l’Église Principale de Calphéon où, en plus des gestes pécuniaires, il sera également possible d'offrir à la veuve et ses enfants, quelques pensées et prières bienveillantes.
  10. Oh. Mon. Dieu. Si tu fais des Commissions, j'exige la première place. <Niiiiiih.>
  11. Visiblement Corentin n'est pas le seul de mes personnages à se trimbaler des meubles.
  12. Chapitre VII : "Union." Le temps s'écoulait curieusement vite, peut-être que cet oubli de lui-même lui avait également fait perdre le fil du temps. Il se surprenait parfois, couché de biais sur la causeuse de ses appartements flambant neufs, à n'être plus inquiet de rien. Il n'avait pas oublié sa famille, pas plus que son ancienne vie, mais il ne ressentait plus d'amertume lorsqu'il en considérait la perte brutale. Sa condition était établie, figée à jamais, il n'avait pas plus d'espoir que d'aspiration à s'en défaire. Mais il lui manquait indéniablement quelque chose, il se sentait vide. S'il n'avait plus mal au cœur, si cet étau qui le serrait avait fini par faire partie intégrante de sa vie, il n'en demeurait pas moins terriblement seul. Il savait qu'il était inutile pour lui de chercher à nouer des liens en dehors de son service, il lui était de toute façon impossible de s'exprimer sur la nature de sa dévotion, pas plus que sur le lien qui l'unissait désormais à son Maître. Ce n'était pas vraiment d'un ami dont il avait besoin, mais d'une âme sœur. D'un être avec lequel les mots seraient inutiles, d'un être à qui il n'aurait pas besoin d'expliquer pourquoi sa peau était si pâle, et pourquoi son visage semblait si maussade. Une âme qui partagerait sa vie sans condition. Quelqu'un qui ne le jugerait pas, ni d'avoir cédé, ni d'avoir embrassé les ombres, quelqu'un qui ne verrait pas en lui un sous-être, mais quelque chose de sublime, ou quelque chose de sublimant. Ses yeux aux paupières basses détaillaient les aspérités du bois au dessus de lui. Il ne se sentait pas bien, dans cette aile du Manoir qui lui était désormais destinée, mais il ne s'y sentait pas mal non plus. Cette quête de moitié semblait s'être installée insidieusement en lui, comblant tous les autres vides laissés par la noirceur de ses tréfonds, elle occupait la plupart de ses pensées, et pourtant, la réponse était là, sous son nez, depuis les premiers jours. "Vous me faites pitié, Wander, avec cet air de peinture défraichie que l'on garde par sentiment, à vous morfondre sans relâche. C'est votre vie, maintenant, faites-en quelque chose." Cette insulte avait blessé le peu d'égo qui persistait chez le médecin, et lui avait même fait retrousser la lèvre supérieure dans une grimace bestiale qui fendait son visage d'un air de lion en cage. Pourtant, il n'avait pas tout à fait tort. C'était sa vie, désormais. Et si il n'avait plus le goût de bien des choses, il lui paru sensé de chercher, au moins, à trouver une forme de contentement à sa servitude. ~ Cette nuit lui apparu plus claire et limpide que jamais lorsque vint enfin l'aube. Chassant les démons des coins de la pièce pour laisser filtrer un rayon chatoyant à travers les épaisses tentures de velours noires de sa chambre. Son corps entier le faisait souffrir, il ressentait encore chaque lacération, chaque coup, chaque caresse, comme si elle venait de se produire. Cette douleur, le contact du sang contre le dos de sa chemise, la chaleur de ses chairs meurtries, l'odeur délicate des draps de satins, le souffle glacé qui lui hérissait le poil. Tout demeurait avec lui, l'habitant comme l'impression d'une image floue qui persiste au fond de l’œil. Il se tenait là, allongé comme un chat sur l'accoudoir de sa causeuse, la joue reposée contre le poing, le visage quiet, le souffle tranquille, les épaules déliées. Ce matin là, la réponse lui était apparue, avec une évidence si frappante qu'elle lui arracha un sourire. Il n'était pas moins esclave que son Maître. Peut-être, était il même plus libre que lui, par sa condition, libre de culpabilité, libre du poids des décisions, libre de libre arbitre, libre de remords et de regrets. Son contentement était là, c'était celui de n'être plus obligé de s'évertuer à vivre pour lui-même, celui de ne plus porter le poids de son égo.