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Chapitre XXV : Les jolis mensonges, doux comme des bonbons..

Drelnas

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Heidel..

 

 

 

Les premiers rayons du soleil commencent à éclairer le plafond par le trous des volets. J'entends dans la rue en bas la ville qui s'anime, le bruit des sabots des chevaux sur les pavés, les gens qui se saluent, qui s'engueulent. A mes côtés Aithe roupille comme une chatte près du feu. J'entends son souffle régulier et lent qui me fait penser à un ronronnement et je ne peux m'empêcher de sourire. Malgré moi je m'extirpe avec la souplesse d'un acrobate du lit pour ne pas la réveiller, Aithe au réveil c'est Kutum avec la gueule de bois tu vois, vaut mieux pas la faire chier. J'regarde la rue par la fenêtre, tout en me servant une lampée de rhum qui traine de la veille. Faut pas déconner avec ses médicaments, faut pas sauter de prises. J'sais que si j'en avale pas tôt ou tard une bonne lampée j'vais dérouiller. Pis au moins ça règle le soucis de la bonne vieille haleine matinale hin. Enfin c'est c'que je me dis pour me rassurer et dédramatiser. C'que les mensonges peuvent être traitres quand ils sont doux comme des bonbons...

Tout le monde ment, sans exception. Et moi le premier bien entendu, d'ailleurs le mec qui se ment à lui même mériterait le titre de prince des menteurs. Si j'en suis cette logique j'ai assis ma dynastie dans la royauté pour un moment vu comment je parviens à me voiler la face depuis tout ce temps. Mais là, à ce jour, je m'en cogne royalement. Tout le monde ment, l'honnêteté, la sincérité sont des choses rares voir disparues, et quand on les croise, ça finit mal. Moi par exemple, baratineur dans l'âme - c'est le commerce qui veut ça tu le sais bien.. - je me gêne pas pour n'pas mâcher mes mots quand ça me chante. Tu verrais la gueule des gens quand tu leur déballe ce que tu penses, sans filtre aucun. Ah c'est sur, tu risques de passer pour un gros connard, voir un type étrange. Ces bonnes gens sont tellement habitués à leur doux mensonges au goût de miel qu'ils en ont oublié que la vérité avait ce petit arrière goût âcre et acide..

 

 

C'est pas leur faute je me dis. Dès l'enfance on nous surprotège. Non ma petite, ton chat n'est pas mort, il est parti vivre d'autres aventures. Écoute les douces paroles de maman pendant que papa nettoie ses tripes que le chien a éparpillées devant la maison... Les grands parents ne meurent pas, ils vont en pèlerinage au delà de Valencia pour un voyage qui dure loooooonnngtemps... Où est parti ton Papa ? Il est parti à la guerre pour tous nous sauver, c'est un héro... qui se tape la sœur de ta mère dans tous les bouges du coin... Pourquoi le monsieur est suspendu à la corde ? C'est rien, ils font un concours pour retenir leur respiration..

C'est tellement facile de cacher la vérité, surtout lorsqu'elle est horrible. Surtout lorsqu'on veut protéger ceux qu'on aime et à qui on tient. C'est tellement humain quelque part. Et tellement cruel aussi. Car on pense bien faire, agir pour le bien d'autrui ou le sien, faut pas se le cacher, mais au fond on sait. On sait que ce n'est que du vent, que des paroles, rien de plus qu'un mince linceul de mots savamment entremêlés pour arranger la réalité à notre goût. Et il suffit que la vérité souffle une simple bise pour déchirer ce linceul. Ça aussi on le sait tous et pourtant, on continue de mentir. Pourquoi cherchons nous à bâtir des châteaux de cartes prêts à s'effondrer au moindre souffle ? Peut-être par lâcheté mais aussi par paresse.. C'est toujours plus facile d'aller vers la voie sans efforts dit-on. Alors on gave nos gosses de mensonges et d'histoires à la con pour pas leur faire voir qu'en réalité le monde, eh bien il est salement dégueulasse. Y a pas de fins heureuses à tout bout de chant, les gens qui font pas gaffe ou qui ont pas de bol ils crèvent, et ils crèvent atrocement. Non la p'tite bergère est pas partie vivre le grand amour sur les flots avec un marin de Velia. Non filston, elle s'est faite bouffer par les loups en rentrant chez elle et ils y ont déchiqueté la gorge ces bestiaux.

 

 

Parfois mentir est un jeu, un art. Je le vois souvent dans les affaires. C'est le côté ludique du métier, savoir renifler qui est un enculé qui va tenter à tout prix de m'enfler ou bien lequel est le plus honnête. J'ai toujours eu la passion du jeu, souvent à mes propres dépends. Mais c'est tellement enivrant. Et je suis pas mauvais non plus à ce petit jeu là faut avouer. Au moins ça sert à quelque chose d'avoir une grande gueule. Mais j'en ai croisé qui mentaient pas pour faire des profits, mais parce qu'ils s'étaient eux-mêmes emmurés dans cette forteresse de bobards. Toute leur vie n'était qu'un vaste mensonge, une supercherie grotesque qui soutenait tout leur être mais qui pouvait être balayé par un simple murmure appelé vérité. En étaient-ils conscients ou bien ne voyaient ils pas qu'il s'enfonçaient d'avantage dans leurs propres abysses ? Après tout c'est leur problème, chacun sa merde. J'ai assez de mes propres emmerdes.

J'ai assez de mes propres mensonges à devoir gérer. Certains me donnent la nausée et me font honte, des paroles et des actes que j'aurais du faire autrement jadis j'en suis conscient. D'autres, j'en suis pas encore là.. Quand je tremble et qu'Aithe me demande c'que j'ai j'lui réponds que j'fais de la fièvre. J'veux pas l'emmerder avec mes soucis, ni lui montrer quelle grosse merde je suis au fond. Non je voudrais encore un temps voir dans le reflet de ses yeux l'image d'un bonhomme d’aplomb. C'est lâche, ouais. Mais c'est mon choix.

 

 

Je savais pas qu'on pouvait mentir pour pas blesser ceux qu'on aime. C'est presque beau, ça serait presque noble si ça revenait pas à la même chose fondamentale, leur mentir. De quel droit ? Aithe n'est plus une gamine à qui l'on se doit de dissimuler les horreurs de la vie par de jolies peintures imagées et féeriques. Non ça les horreurs elle en a vu son quota, hélas. Je ne souhaite pas la faire souffrir, je ne veux ni l'inquiéter ni l'emmerder avec la vérité. Et encore moins qu'elle m'aime moins parce que je lui dévoilerai une part de moi qui serait susceptible de la repousser. Cette idée me terrifie autant qu'elle me révolte et je sais au fond de moi que je ne reculerai devant rien pour empêcher ça. Alors, bien qu'avec regrets, je continuerai de lui glisser çà et là ces petits mensonges innocents au délicieux goût de bonbons, afin de ne pas l'inquiéter et de faire en sorte que la réalité demeure douce comme le miel de mes cachoteries.

J'espère qu'elle me pardonnera un jour cette lâcheté de plus, car c'est pour une fois l'amour qui me pousse à agir. Ou peut-être la peur de perdre cet amour pour être plus honnête - une fois est pas coutume. Tout le monde ment, les adultes aux enfants, les enfants aux adultes. Pourquoi serais-je ou devrais-je faire différemment ? En quoi m'incomberait-il de devoir faire mieux au final..? Je ne fais que ce que je peux avec ce que j'ai. Bien sur, je rêve parfois de tout lui dire. Mais je redoute tant ses réactions. Car nous ne sommes pas dans un mon enchanté ou parfait où même les salopards ont une fin heureuse. Non nous vivons dans un monde impitoyable en plein mouvement et en proie au changement et au chaos. Regarde pour preuve les rues sont envahies de gonzesses qui collent des pains capables de fendre des parpaings, tu trouves ça idyllique comme monde..?

 

 

 


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