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Chapitre XXIV : Remords Culpabilité et Absynthe

Drelnas

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Vélia...

 

 

 

J'regarde mon amie d' enfance, et je me morfonds comme une vieille femme. On vient du même milieu, du même bordel. Deux enfants de putains. Elle, elle a mal tourné, elle a fini Valkyrie. Moi c'est pas plus glorieux mais je me plais à croire que je suis libre. Tellement libre que j'ai envoyé deux employées au tapis ce soir. A ce propos je me sens mal, j'ai la gerbe mais pas moyen de dégueuler proprement. Si elle est là, avec Deana, c'est ma faute. J'pourrais râler et gueuler sur ma cliente, mais elle nous avait prévenus qu'on risquerait de tomber sur des soucis en route. Mais on y est allés confiants et en nombre. Et on s'est fait plumer la gueule. Certes on a réussi notre contrat, mais à quel prix ? Deux blessées graves, les autres sont pas en chouette état non plus. Ça nous a foutu un sale coup au moral cette histoire-là. J'ai beau tenter de garder la face en salant copieusement la récompense pour la mission et en sermonnant mollement Falkynn, mais rien n'y fait. La culpabilité c'est comme une grosse merde collante sous tes bottes, pas moyen de t'en défaire comme ça.

J'ai bien une idée en tête pour m'en débarrasser un court instant mais ça arrangerait rien, je le sais au fond. Pourtant la tentation se fait de plus en plus forte à faire et à mesure que je la vois là devant moi inconsciente. J'commence à avoir soif, mais c'est pas ça le pire, je sais bien que les problèmes vont défiler un à un jusqu'à c'que je sois acculé. M'faut pas bien longtemps pour que j'commence à sentir mes mains qui tremblent. Pis viennent les sueurs froides. Et forcément après le palpitant qui s'emballe et qui me fait marteler les tempes.

 

 

J'sors, je fuis. J'me casse de là et je les abandonne encore. J'y ai songé  un moment sur la route quand on s'est fait attaquer. Les laisser gérer ce connard et filer au galop jusqu'à destination. Mais j'ai pas pu m'y résoudre sur le moment. Va savoir, je deviens p'tet sentimental en vieilissant. On a quand même pris une dérouillée et il a fallu que je lui truffe la gueule de plomb à bout portant pendant qu'il fouillait les filles pour l'abattre cet enculé. Après j'ai chargé les filles sur leur monture et je les ai déposées à Vélia avant de poursuivre ma route. Et depuis y a cette putain de petite voix qui me lâche plus dans ma tête et qui me rabâche sans arrêt : "c'est ta faute connard.."

Plus moyen de fermer l’œil ou de penser à autre chose, ces derniers évènements m'obsèdent et me bouffent. Et toujours l'appel de la bouteille qui se fait chaque jour un peu plus fort. Bordel de merde me v'la beau tiens. J'commence à devenir con, à renvoyer chier les gens et être agressif pour un rien. J'ai des sueurs froides toute la journée. Par moments j'ai l'impression de suffoquer, de me noyer et de plus pouvoir respirer. Putain je m'en déferai pas de cette merde. J'attendrai d'être seul, et bizarrement  à partir du moment où j'commence à le préméditer, ça va déjà mieux.

 

 

J'ai les mains qui tremblent quand je verse l'alcool dans le verre. Bordel ça serait con d'en foutre à coté maintenant que j'suis résigné. J 'sens déjà les vapeurs me monter au nez pendant que je remplis le verre et ça me détend. Mais mon corps s'impatiente et j'salive comme un nouveau-né. La première gorgée est chaude et brûlante, et puis cette chaleur descend lentement le long du gosier jusque dans le bide. Et aussitôt, comment te dire.. C'est presque comme baiser. Sur l'moment tout mon corps se détend et jubile. J'tremble plus.  J'respire mieux. Et au faire et à mesure que j'enchaîne les verres, la putain de petite voix de connasse ferme sa gueule tandis que mon esprit s'engourdit et sombre sur un matelas comme du velours. Et voilà, me voici complètement anesthésié du cigare, dans un état entre l'ébriété et le "j'en ai plus rien à foutre".

Mais pourtant je me sens pas vraiment mieux. J'croise mon reflet dans un bout de miroir et j'me suis rarement trouvé aussi pathétique que là maintenant. Une bonne grosse merde. Voilà ce que me renvoie mon reflet. De colère et d'orgueil j'envoie le verre à travers la pièce, mais j'suis sur que s'il pouvait, il ricanerait l'enfoiré. Il avait rempli son office et m'avait une fois de plus vaincu et mis à terre. Ma fierté, ma volonté tout avait été mis à terre. Et en bon bourreau ça n'allait pas en rester là... Pensant échapper à mes tourments je n'avais fait que m'y enfoncer d'avantage et maintenant me voilà enlisé dans mes propres ténèbres et je sens qu'ils m'aspirent peu à peu vers le fond, vers cet abyme qui siège en mon esprit et que je n' ai que trop rarement quitté..

 

 

 

 

 




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