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Chapitre XXII : Ceux qu'ont les mains blanches et douces....

Drelnas

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Ah, ceux qu'ont les mains blanches et douces... Comme de la peau de bébé à quarante balais passés. Je sais pas si toi aussi t'as eu l'occasion d'en croiser, en général ils restent entre eux et frayent rarement avec la lie de l'humanité. Mais, il leur arrive de quitter leurs belles cages dorées d'où ils s'emmerdent prodigieusement d'ailleurs. C'est normal qu'ils s'emmerdent, les pauvres riches. Ils ont toujours pour la plupart tout eu avant même d'en avoir le besoin ou la nécessité. Comment tu veux savoir ce que représente une miche de pain, quand t'en a une demi douzaine sur ta table à manger et de toute sorte ? Le p'tit pêcheur qui lui s'est levé aux aurores pour lever ses filets il te la dira la valeur de la miche, lui t'en fais pas. Il la connaît et il en savoure la mie à chaque bouchée.

Tu vois quelque part, si j'avais de l'empathie, j'les plaindrais. Fort heureusement c'est pas le cas, mais il m'arrive à mes heures perdues de chercher à les comprendre, quand ils me scient pas les nerfs. Pourquoi ? Ben parce que depuis que je suis dans les affaires et que ma foi elles se portent bien j'en vois défiler de plus en plus dans mon bureau. J'te jure, des fois je me sens comme un enfant de chœur chez certaines Éminences Elionistes. Sauf que j'suis loin d'être un enfant de chœur, dieu merci. Moi j'suis un enfant de putain.

 

 

Alors ils viennent, à la fois conquis et conquérants. Ces gens là tu vois tout leur est dû. C'est normal, on les fabrique ainsi. Déjà c'est même pas leurs parents qui les élèvent des fois c'est leurs gens. Si si j'te jure, c'est presque malin ça par contre. Mais là ou un père (même si j'en ai jamais eu) ou une mère te colle une bonne claque dans la gueule pour te remettre les idées dans l'axe, les serviteurs eux peuvent pas. Beh non sinon c'est la porte bordel. C'est p'tet là que le problème vient au delà du dégueulis de pognon. Parce que moi je reste persuadé qu'une bonne trempe quand tu déconnes ça t'incite à pas réïtérer la merde que tu viens de commettre. Imagine.. Imagine si moi j'en avais jamais pris, de trempes..? Ca ferait peur hin.. Donc déjà de base tu vois les limites, ils connaissent pas, ou alors la seule limite c'est la banque.

C'est pour ça tu vois j'ai un peu de sympathie.. ou plutôt de la pitié voir presque de la compassion pour certains. Dans le lot de ces amibes consanguines, t'en as parfois une ou deux qui sortent du rang et qui veulent se faire un nom, une fortune propre. Ceux-là forcent le respect. Ah si. Parce que faut voir comment ils en chient parfois. Là c'est l'éveil à la réalité, à la dure. Et toutes les claques dans la gueule que t'as jamais prises, elles risquent de te revenir façon boomerang dans la mouille.

 

 

Bien sur. Comprends bien que la plupart, pour pas dire tous ont jamais rien foutu de leur dix doigts de toute leur vie. Limite j'me demande si y mangent pas que de la bouillie tu vois ? Pourquoi..? Ben parce qu'on les a tellement habité à leur mâcher le travail, pourquoi pas la bouffe..? Bon après on s'en branle. Mais ouais revenons en aux deux ou trois suicidaires du monde du travail. Les bonhommes, ils arrivent donc en costard, en conquérants même sûr de leur position et de leur statut pour venir négocier chez toi. Mais négocier quoi ? En fait ce qu'ils ont pas imprimé, c'est que moi à la différence d'eux, je me suis fait - et défait souvent ouais aussi - tout seul. J'suis parti de rien, d'une charrette gagnée aux dés dans laquelle je voyageais, je dormais, je baisais et je vivais. Et aujourd'hui j'ai des navires, des carrioles, des employés et des clients. Qu'est-ce que j'en ai à branler de leur pognon ? J'ai le vieux Richard en cas de pépin. Lui il m'a tendu une main quand j'étais dans le caniveau, j'suis pas du genre à oublier ce type de geste.

Mais j'les reçois, j'les écoute essayer de me faire croire que mon entreprise n'irait que mieux grâce à eux ou leur soutient. Ça nous fait marrer. Oh des fois y a une ou deux propositions intéressantes, mais dans l'ensemble j'ai plus le sentiment qu'ils veulent investir pour racheter morceau par morceau mon bébé et se l'approprier. Les cons, ça fera pas d'eux des commerçants ou des gagnants, ils croient encore que le pognon peut tout acheter. Après, c'est des cons, ça ose tout. Paraît que c'est à ça qu'on les reconnait. Donc je les remballe. Et là c'est drôle parce que la fameuse claque que maman ou papa leur a jamais mise, c'est moi qui la distribue, et ça m'éclate. J'y vois une fable sociale tu vois !

 

 

Alors non, après ils m'aiment moins, parce que moi la fessée que je leur donne j 'ai pas les mains blanches et douces. Non moi j'ai des paluches abîmées, rêches, avec de la corne. Des mains d'un mec qui travaille, qui se sort les pouces du cul. Au delà de la cuillère en or ou en argent qu'on a eu ou pas dans le bec c'est cela qui nous sépare, eux et moi. Alors j'ai beau être le fils d'une putain et d'un inconnu, mais moi je me suis fais et bâti tout seul. Et ça ça les fait bien chier au fond.

 

 

 

 

 

 


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