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[Journal de recherches & découvertes] Identité et secrets.

Ceresayaria

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journal-de-cuir-vintage-retro-carnet-de-Un livre est posé sur le pupitre. Il s'agit plutôt d'un journal de bord. Plusieurs pages volantes ont été rajoutés, notamment au début du journal.

Afin que ces pages ne soient pas perdues, un rabat en cuir a été ajouté plus tard, cousu sur le verso de la quatrième couverture, maintenant ainsi les liasses de feuilles écrites, intemporelles. Protection renforcée par des lanières de cuir, pour cet ouvrage, usé par le temps.

12cc2304.gifLorsqu'on ouvre le journal, mis à part les multitudes de pages volantes numérotées et écrites, plusieurs pages ont été laissé volontairement blanches. On en compte environ une trentaine.

 

 

 

 

qcBXgnM4i.png

Voici sa première page volante, glissée au tout début.

Page 1 - Avant-Propos.jpg

Révélation

" Ô Lecteur, si tu lis ce journal, c'est que tu es un proche

de mon entourage, la raison qui te pousse à le lire est

certainement la curiosité ou le besoin de savoir :

A qui appartient ce journal ? Qui l'a écrit ?

Quel est l'état d'esprit du propriétaire ?

 

Je ne souhaite pas te décevoir, ô Lecteur.

 

La main qui l'a écrite n'appartient qu'à une simple femme,

dignitaire et héritière de la Noblesse conservatrice,

puriste et traditionaliste en ces temps.

 

Ces pages manuscrites en ta possession... la cause

est sans doute l'amitié qui nous (a) uni, l'amour ou encore...la mort.

Etranger ou intime, qui que tu sois, n'attend pas de ce recueil

de révélations importantes. Je ne suis qu'une humaine ayant foulé ces terres,

expatriée des siennes. Cependant, j'ai une histoire. Elle n'aura que

d'intérêt si ton esprit est aiguisé, ouvert et sentimental."

 

 


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26. La servante torturée

Citation

30 Aurige 286 :

Assise sur son lit, habillée d’un ensemble de cuir, la jeune femme méditait. Son regard perdu dans le vague, vagabondait sur les rideaux de velours rouge bordeaux encadrant les deux grandes fenêtres à double battant de sa chambre. Pensive sur la stratégie à adopter avec sa servante Lucile sans la vexer mais pour autant lui délier la langue.

Après tout… c’était Lucile. De la manière dont elle était accouru le premier jour et qu’elle dévisageait sans vergogne sa Maîtresse lui laissèrent penser qu’elle ne serait pas trop difficile à corrompre. Etait-ce de la manipulation ? Oui… en quelque sorte. Mais il semblait que ce secret soit vital.

Je devais savoir.

Quittant le lit à baldaquin du même rouge bordeaux, Arialyss se tournait vers la porte lorsque celle-ci s’ouvrit, laissant apparaître Lucile, incrédule. Tomber nez à nez était l’une pour l’autre, imprévu.

« Ma Demoiselle ! » s’inclinait-elle.

- « Lucile. Vous tombez à pic. J’ai besoin de vous. »

- « Euh… bien sûr Ma Damoiselle. Comment puis-je vous aider ? »

- « J’aurai besoin de quitter ces vêtements pour vêtir une belle robe. Il paraît que Père reçoit quelques visages de renommés ce soir. »

Cela était vrai…même si j’étais prête à venir dans ma tenue t’entraînement. Au diable les dignitaires. Mais Père s’en serait vu offusqué. Pauvre Lucile. Ma tactique est sadique…

En effet, la servante paraissait confuse devant la demande de vêtir une robe car cela impliquait de nouer un nouveau corset. Le changement prit plusieurs longues minutes lorsque la bonne se trouvait dans le dos d’Arialyss, derrière le paravent. Ses doigts fébriles nouaient maladroitement le corset. Celui-ci n’était point serrer.

« Lucile. Ne devriez-vous pas serrer davantage ? », interrogea la jeune femme.

- « Euh… oui… Ma Damoiselle. »

Ses mains tremblantes tirèrent sur les lacets sans forcer. Arialyss haussa un sourcil.

- « Pourquoi ne serrez-vous pas Lucile ? C’est bien trop flottant ! » fit-elle remarquer.

- « Ma Demoiselle… », sa voix s'enrailla.

Il ne fallut pas longtemps. Elle craqua sous la pression, s’agenouillant au sol pour sangloter.

- « Non… je ne devrai pas pleurer. Si on l’apprend. Je serai…punie. »

Arialyss plissa les yeux. Lucile était décidément trop sensible. Ou bien Arialyss étais-je devenue insensible et trop rigide avec le temps ?

La Demoiselle prit les mains de sa servante, l’encourageant à se relever pour l’emmener vers la chaise de sa coiffeuse afin qu’elle s’assied dessus, attendant quelques minutes qu’elle reprenne ses esprits.

Les yeux embués de larmes, vitreux se posèrent sur la Demoiselle. La servante paraissait fragile. Une pauvre petite chose sans défense qu’il fallut protéger. Il semblait pourtant qu’il y a deux ans, elle fut plus courageuse.

Que s’est-il passé durant mon absence ?

- « Lucile. »

- « Oui…Ma Demoiselle. » hoqueta la jeune fille.

- « Craignez-vous que j’ai un autre malaise pour ne pas vouloir serrer ce corset ? »

Elle hocha la tête.

- « Lucile… si vous ne serez pas ce corset, les gentilshommes et les autres hommes et femmes de la Cour vont s’interroger sur mon accoutrement, relevant beaucoup de rumeurs que nous ne savons plus nous vêtir décemment. Je pense que la famille pourrait se passer de telles rumeurs. Non ? »

Elle hocha à nouveau la tête, essuyant une larme silencieuse.

- « Il faut donc serrer ce corset. »

Elle hocha encore la tête. La Demoiselle haussa un sourcil. Était-ce devenu un automatisme ou consentait-elle vraiment à le faire ?

- « Relevez-vous Lucile et venez finir votre travail. »

La bonne s’exécuta, revenant se placer derrière sa Maîtresse. Lorsque ses doigts entrèrent en contact avec le lacet, ils tremblèrent à nouveau mais la jeune fille ne resserra pas plus bustier de sa Maîtresse, entrant dans une autre vague de flots incessants.

Sadique…oui je l’étais mais pourquoi autant de mystères pour un corset ?

- « Lucile, cela suffit. Vous allez me dire ce qui vous prend lorsque je vous demande un travail aussi simplet que de serrer un corset ? Etes-vous devenus manchote ? »

Elle pleurait à chaudes larmes mais en silence, comme si elle craignait qu’on ne l’entendit. Tout le monde sait comment les domestiques aiment les commérages et répandre le moindre son qui les divertirait afin d’amuser les hautes et les basses sphères, déformé par le bouche à oreille.

Devant l’énervement de sa Maîtresse, Lucile baissa la tête, s’essuyant dans son tablier.

« Ma Demoiselle… j’ai reçu des instructions. Les corsets doivent être modérément serrés désormais. »

- « Mais quelle idiotie ! Et pourquoi donc ? Est-ce pour éviter le courroux de Père ou de Mère ? »

- « Ces…instructions viennent de votre Mère et du… »

- « Du ? »

La jeune fille regarda craintivement à droite et à gauche, de peur d’être surprise. Elle se leva et vint chuchoter quelques mots à l’oreille de sa Maîtresse. Celle-ci paressa incrédule.

- « A-t-on peur que je refasse un malaise ? » demanda-t-elle sceptique, un sourcil levé.

- « Oui. Ma Demoiselle. »

- « Si le travail est bien fait, il n’y a pas de risque. Ma mère a bien dit que ce sont des choses qui arrivent. »

- « Oui mais votre Père serait bien mécontent de l’apprendre que cela se produise. »

- « N’est-il pas au courant pour l’autre fois ? »

Elle secoua vivement la tête.

Décidément, Mère savait cacher certaines choses à Père. A croire que cela devenait une habitude. Quelle confiance conjugale.

- « Cela n’explique pas pour autant tous ces vigilances … à moins que subitement, Mère soit devenue Mère-Poule. A moins qu’une autre raison… »

Elle s’arrêta dans ses pensées à voix hautes. Ses yeux se rivèrent sur la servante dont le faciès trahissait qu’elle voulut révéler la suite. D’un mouvement de doigt fléchi répété, elle lui indiqua de s’approcher afin qu’elle poursuive.

La jeune fille demeura une minute, bouche coulée à l’oreille de sa Maîtresse, lui répétant ce qu’elle brûlait de lui dire. Le visage d’Arialyss révéla la stupeur et l’effarement.

« Vous…vous en êtes certaine… ? » balbutiait-elle.

- « Oui Ma Demoiselle. »

- « Et d’autres instructions n’ont pas été donné ? »

- « Non pas pour l’instant Ma Demoiselle. »

Je comprenais mieux mais j’avais besoin de mettre de l’ordre dans mes pensées et d’entrevoir les mesures à prendre.

***

J’observais Lucile qui demeurait…là.

« Lucile, faites comme il vous a été demandé de fermer ce corset et prenez congé ensuite. »

- « Bien Ma Demoiselle. »

Le temps de l’habillage devint silence. Chacune des deux femmes, plongées dans ses pensées jusqu’à ce que Lucile interrompt le calme plat mais sur un ton bas.

- « Ma Demoiselle… je suis désolée pour ces cachotteries. J’aurai voulu vous le dire dès que j’ai su. »

- « Je ne vous blâme pas, Lucile. Vous deviez rester à votre place et c’est ce que vous avez fait. »

- « Oui…jusqu’à aujourd’hui. »

- « Ne vous en faîtes pas. Je vous protégerai Lucile comme vous en avez fait de même avec moi. J’ignore comment Mère peut croire que je ne devrais pas le savoir. Cela me concerne… »

- « Ma Dame votre Mère ne souhaite pas qu’il y ait des complications avec votre Père. Elle fait cela pour vous protéger, pour nous protéger tous. »

- « J’ai l’impression que cela était monnaie courante ici pendant mon absence. »

- « Vous savez… et vous pouvez me punir pour mes paroles mais… Ma Dame votre Mère a dû s’adapter. Sa principale confidente, vous… étiez partie. Votre Père était devenu incontrôlable et menait dur la vie des domestiques et de ses propres soldats. Les secrets ont commencé à s’installer. »

- « Je crois qu’ils étaient bien plus encrés que vous ne le pensez, Lucile. Et n’ayez pas honte de dire que mon Père a un pouvoir aussi totalitaire que tyrannique. »

La servante parut horrifiée des mots de sa Maîtresse mais d’un autre côté, elle était rassurée qu’elle ne se voilait pas la face sur le régime qu’instaurait son Père sur ses sujets… et ses alliés. C’est bien pour cette raison qu’elle avait quitté le château et cela Lucile l’ignorait peut-être.

Révélation

A ma servante, Lucile Desmont, qui sait se montrer loyale et dévouée.

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27. Le temps des cerises

Citation

31 Aurige 286

Allongée sur une chaise longue sur la terrasse du jardin, à l’ombre d’une grande ombrelle tenue par quelques domestiques, Elizabeth grignotait quelques fruits de saison importés des pays plus ensoleillés. La fontaine qui dessinait une rose de marbre gris fit jaillir l’eau par une statue de femme nue élégante, vêtue d’un simple drapé qui dissimulait ses formes féminines ne laissant transparaître que la pureté et l’élégance de la structure. Un petit coin de paradis dans ce jardin hautement fleuri. Mère raffolait des fleurs. Père lui avait, il y a plusieurs années, fait construire ce magnifique jardin en gage de sentiments.

J’imaginais mal mon Père aimer autre chose que le pouvoir, la guerre et les armes. Peut-être était-il différent lorsqu’il fut plus jeune et qu’il rencontra Mère. Je n’avais jamais osé poser la question. Plus tard peut-être.

C’était l’heure du thé. Elle le prenait avec quelques Dames de compagnie, jacassant telles des oies élégantes parées de bijoux et de toilettes soignées, faisant de ces dames quinquagénaires des sirènes échouées sur un banc de rocher, au bord de la mer.

Arialyss vint, protéger par son ombrelle, vers sa Mère, nonchalamment. Le fruit du hasard mena ses pas à elle.

En fait, non. C’était prémédité mais je devais donner cette impression-là.

Les jacassements cessèrent lorsque la silhouette de la jeune femme, son ombre étirée, couvrit le visage de sa Mère qui n’eut plus besoin de son ombrelle pour se protéger de l’astre qui brûlait en cette heure chaude de l’après-midi.

« Oh, Arialyss. Viens donc nous tenir compagnie. »

Elle resta un moment debout, répondant aux questions des dames de compagnie tandis qu’un domestique vint lui apporter une chaise longue.

L’humeur de la jeune femme était à son comble lorsqu’elle devait répondre aux questions désobligeantes des dames de compagnie. La prochaine réponse deviendrait cinglante. Elle le fit comprendre d’un simple regard auprès de sa Mère.

- « Mes Dames. S’il vous plaît, pourriez-vous nous laisser seules entre Mère et Fille ? Nous avons du temps à rattraper. »

Celles-ci se levèrent et firent une révérence avant de quitter le petit coin de paradis dans un gloussement. Arialyss serra les dents. Il n’y avait pas grand-chose qui l’irrita mais vraisemblablement, ces Dames étaient la goutte de trop.

- « Qu’y a-t’il, Arialyss ? »

- « Je ne suis pas certaine que ma réponse vous ravie, Mère. » dit-elle sur un ton modérément sec.

Sa mère, point dupe, sentit que quelque chose la tracassait.

- « Dis-moi tout. »

- « Puis-je savoir où vous vous êtes affublée de ces deux dindes, Mère ? Leurs intelligences semblent se limiter à la parure de votre collier et leur toilette. En d’autres mots. Superficielles. »

Elle souffla un rire.

- « Il y eut un temps, cela ne te dérangeait point de voir des personnes sans profondeur. »

- « Si, mais je les ai toujours évités, Mère. Et pour ne pas vous vexer, je m’en suis toujours accommodée. »

- « Qui est-ce qui a changé alors ? »

- « Les années… j’étais plus jeune et j’avais des craintes d’exprimer à voix haute mes opinions. Mais Mère, c’est vous qui avez changé. »

Son visage s’inquiéta. « Trouves-tu ? »

Arialyss prit une tasse de thé et quelques cerises. Ces fruits succulents ne poussaient pas sur ces terres trop arides, trop soumises au vent mordant. Si un tel arbre poussait, ses fruits seraient balayés à la première rafale avant même d’avoir mûris et d’être gorgé de soleil. Un sourire en coin droit naquit sur les lèvres de la jeune femme aux cheveux auburn.

- « Disons… que j’ignorais que ma Mère serait devenue une experte en secrets. Des secrets que même Père ignore. Je vous félicite. Vous êtes une vraie comédienne. »

Le visage d'Elizabeth blêmit.

- « Toi aussi tu as changé. » dit sa mère, tentant vainement de changer de sujet.

- « Bien sûr que j’ai changé. Je ne m’en cache pas. »

Sa mère réalisa que sa remarque était idiote. Bien sûr que sa fille avait changé. Elle l’avait déjà remarqué lors de leurs discussions aux jardins, avant qu’elle n’ait son malaise.

Un long silence s’ensuivit. Arialyss buvait son thé avec une allégresse déconcertante, piochant quelques queues de cerises attachées et s’en faisant des boucles d’oreilles éphémères. Quant à sa mère, elle tenait la tasse de thé entre ses mains, immobile et plongée dans ses pensées. Sa fille coula un regard sournois dans sa direction. La Châtelaine Elizabeth était cuisinée aux petits oignons.

Au bout de plusieurs longues minutes où seul la brise soufflait pour interrompre ce silence de plombs, même les oiseaux dissimulés dans les haies et arbustes se taisaient, comme s’ils agissaient également de concert avec la jeune demoiselle, Elizabeth reprit la parole.

« Je suppose que cela ne sert plus à rien de te cacher quoi que ce soit. Tu es d’âge assez mûr pour saisir ces choses-là. »

- « Est-ce un élan de lucidité qui pour vient là ou bien le fait d’être acculée contre un mur telle une souris devant un chat ? »

Arialyss venait encore de viser juste. Sa mère s’en trouvait désemparée. Elizabeth, pour la première fois paraissait sans défense, devant sa fille qu’elle avait vu grandir, éduqué comme les préceptes de la Cour le devaient.

La jeune femme aux yeux turquoises sourit en coin. Tout en posant sa tasse sur la petite desserte en bois de hêtre sculpté, elle se leva, exécutant une révérence basse devant les yeux bleus déconfits de sa mère.

- « Tu t’en vas ? Maintenant ? En pleine discussion ? »

- « Nous avions terminé, Mère. Je vous laisse méditer sur la question. »

Toujours affublé d’un sourire en coin vainqueur, Arialyss vint saisir lors de sa révérence profonde, la main de sa mère qu’elle baisa avant de se relever et de s’en aller avec élégance, la tête haute, sûre d’elle.

Elizabeth observait sa fille partir par-dessus son épaule. Elle l’avait eu à son propre jeu et par surprise. Il était certain qu’elle l’avait élevé comme elle le voulait, de façon à ce qu’elle domine les situations qui l’intéressaient. D’un autre côté, elle pouvait en être fière. La fille surpassait la mère.

N’est-ce pas là logique puisque nos mères nous enfantent ? Ne doit-on pas être meilleur que nos parents ? Après tout, le fruit mûr, juteux et délicieusement savoureux né d’un arbre centenaire, vieux et desséché.

Révélation

Merci à Mère de m'avoir enseigner l'art de tirer parti des conversations.

 

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28. Tactique démesurée....mais efficace.

Citation

01 Pierre de Sceau 286 :

La grande porte en chêne se dressait devant elle. Tortillant nerveusement un carré de soie entre ses mains, elle hésitait sur la manière dont elle l’aborderait. Maria se tenait silencieusement dans son dos, immobile, prête à lui emboîter le pas.

« Etes-vous certaine qu’elle n’a pas quitté sa chambre depuis cet après-midi ? » interrogea Elizabeth sa gouvernante.

- « Certaine. Ma Dame. Lucile a été formelle. »

De l’autre côté de la porte, quelques bruits de pas retentirent puis plus rien. On frappa cinq coups à la porte avant de l’ouvrir. Les deux femmes pénétrèrent la pièce et ne remarquèrent que Lucile, assise sur une chaise de domestique, recousant ses chausses.

« Où est donc Arialyss ? » demanda Elizabeth qui observait la pièce où sa fille demeurait absente.

Maria se glissa vers Lucile.

« Tu avais dit que la Demoiselle ne sortirait pas de la chambre et je n’ai vu personne venir par la porte ! » fit remarquer Maria vers sa cadette.

- « Je n’ai pas dit cela et elle n’est pas sortie par la porte. »

Elle pointa du doigt la fenêtre.

- « BONTÉ DIVINE !! » s’écria Elizabeth qui accourut vers la fenêtre grande ouverte, face au lit où un tissu était accroché.

- « Cette fille me donnera des cheveux blancs ! » Elle bascula la tête vers l’extérieure, observant Arialyss, accrochée aux linges noués entre eux telle une liane sur laquelle elle fit sa descente.

- « ARIALYSS !!! Cesse ces singeries et remonte immédiatement ! »

- « Ah tiens, vous êtes là Mère. » Elle la salua, souriant en coin.

- « Es-tu folle ! Veux-tu te rompre le cou ?! Remonte immédiatement ! LA GARDE !!! »

- « Voyons Mère, est-il nécessaire d’alerter la Garde pour des affaires de famille. Rien que des discussions de femme ? Hm ? » dit-elle dans un calme déconcertant.

- « Veux-tu que ta Mère ait une attaque ? C’est chose réussie ! Par pitié, remonte tout de suite ! » supplia sa mère, soumise à un stress extrême.

- « Hm, que craignez-vous Mère ? »

- « Je crains pour ta vie ! Par Elion ! »

- « Il est malséant de jurer, Mère. » fit remarquer Arialyss dans un sourire.

La jeune femme, suspendue au-dessus du vide s’était solidement attachée, assurant sa sécurité par des cordages dissimulés sous la liane de linges. Elle avait créé une sorte de baudrier de cordages tressés et de lanières en cuir épaisses, lui assurant une assise plutôt confortable au-dessus du vide. Le reste n'était que simulacre pour donner l'impression d'être suspendu à la toile blanche, le long des fenêtres. Un stratagème prémédité depuis quelques heures. Les questions de Maria vers Lucile sur la présence ou l'absence d'Arialyss dans ses appartements quelques heures plus tôt lui donnèrent l'avantage de dresser son plan. Certes dangereux mais Arialyss était sûre d'elle. Dans le cas présent, elle n’en finissait pas de narguer sa pauvre mère, penchée vers elle.

- « Ne viens pas me donner des leçons de bonnes conduites alors que tu es suspendue au-dessus du vide ! » répliqua-t-elle d'un ton sec et oppressé.

Pendant ce temps, les gentilshommes en compagnie de femmes de la Cour se promenaient dans les allées du jardin. Suite au raffut, certains dressèrent la tête vers les Cieux, remarquant un tissu de linges attachés le long de plusieurs fenêtres, une silhouette accrochée tandis qu’une autre la sermonnait de la fenêtre du dessus.

- « Arialyss ! Je suis venue ici dans un unique but. Nous devons avoir de sérieuses discussions entre Mère et fille alors cesse ces singeries ! Tout le monde nous regarde. »

- « Ah ? » Elle tourna la tête vers les jardins, feignant la surprise. En effet, c’était le cas. La demoiselle en tira partie et les salua de la main, supprimant un appui ce qui redoubla les craintes de sa Mère.

- « Bonjour gentes Damoiselles et Damoiseaux ! » criait-elle dans leur direction.

- « Bonjour ! » répondirent chacun leur tour.

- « Pouvons-nous nous enquérir de la raison de votre…suspension sous les fenêtres du château ? », osa demander l'un d'entre eux.

- « Oh et bien je faisais remarquer à Mère comme notre château tombe en ruine à certains endroits ! Elle ne me crût point alors je dus lui faire une démonstration. Dîtes à ma Mère ô combien ces murs Est sont sales ? »

Arialyss profitait de la situation, mettant sa mère à une situation incongrue, humiliante.

Les gentilshommes se prêtèrent au jeu sans savoir qu’il s’agissait d’un simulacre, faisant remarquer que certaines gargouilles étaient défraîchies alors que l’aile Est du château était neuve. Il était amusant comme certains sujets avaient la crainte de prétendre le contraire. Arialyss en fut amusée même si au plus profond d’elle-même cette situation était ridicule. Mais ainsi était-il au temps de la Noblesse point encore déchue dans certaines terres reculées. Les gentilshommes et Courtisans ne cessaient de mentir pour satisfaire les lubies des Nobles, espérant ainsi s’attirer des faveurs.

- « Alors Mère ? »

Elizabeth demeurait interdite. Elle n’avait pas mérité pareille affront et humiliation, orchestrée par sa propre fille. Mais au fond d’elle… si, elle le méritait. Il y avait un prix à payer pour les secrets de famille.

- « Remonte Arialyss. Nous parlerons une fois que tu seras dans la chambre. »

***

Du côté des bonnes, Maria tirait les nattes de Lucile, l’insultant de tous les noms d’oiseaux.

- « Pour qui me fais-tu passer auprès de ma Maîtresse ! Ta loyauté auprès de Demoiselle Arialyss te perdra ! »

- « Tu ne peux me reprocher cette loyauté que tu exerces avec Ma Dame ! »

- « Cela est vrai…mais tu joues avec le feu ! »

- « Ma Demoiselle a dit qu’elle me protégera. »

- « Ça ne veut pas dire que tu peux faire n’importe quoi ! »

- « Aïe. Lâche mes cheveux ! Bougresse ! »

***

Lorsqu’Arialyss remonta et enjamba la fenêtre, les deux servantes cessèrent de se chamailler.

« Je suppose que tu as vendu la mèche ? » questionna Maria dans un murmure.

Lucile ne répondit. Il n’y avait pas besoin de réponse pour cela. Elle savait désormais.

Arialyss demeura assise sur la fenêtre, une jambe côté chambre, l’autre suspendue au-dessus du vide.

- « Arialyss, comptes-tu rester ici lors de notre discussion ? Je t’avouerai que certains secrets pourraient-être choquants. »

- « A ce point-là ? »

- « Quand je pense que tu portes… », commença Elizabeth.

- « …que je porte ? » interrompit immédiatement Arialyss, haussant les deux sourcils, méfiante et sceptique.

- « …que tu portes de hautes responsabilités familiales sur tes épaules et que tu t’abaisses à de pareilles jeux ! Tu es l’aînée de la famille ! Tu représentes nos couleurs et tu as un devoir ! Tu ne peux … »

- « Mère… gardez-vous ces conseils. Vous n’êtes pas exempte de tout reproche. Vous êtes ma Mère et la matriarche de cette famille, vous êtes l’exemple, la meneuse et la guide. Dois-je comprendre que nous, les enfants, devions prendre pour exemple les bassesses, le complot, l’ignominie et les secrets ? »

- « Rien ne t'obligeait...à prendre ces risques inutiles pour parvenir à tes fins... Arialyss. Je comptais te dévoiler certains sujets. »

« Je ne pouvais le deviner. Mais au moins, vous êtes prévenue de l'étendue de mes actions que je peux mener contre vous pour vous inciter à coopérer. Après tout...Père et vous m'avez enseigné l'obstination. Je ne céderai point. Je suis telle que vous m'avez appris à être. »

Sans mot ajouté par sa mère, elle descendit complètement de la fenêtre et s’assit sur un siège feutré tandis que sa mère prit la chaise à dossier de sa coiffeuse. Les servantes furent congédiées.

 

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