• billets
    14
  • commentaires
    104
  • vues
    1 603

Identité [Journal de recherches & découvertes] Arialyss Arkxane Salviati

Ceresayaria

859 vues

 

journal-de-cuir-vintage-retro-carnet-de-Un livre est posé sur le pupitre. Il s'agit plutôt d'un journal de bord. Plusieurs pages volantes ont été rajoutés, notamment au début du journal.

Afin que ces pages ne soient pas perdues, un rabat en cuir a été ajouté plus tard, cousu sur le verso de la quatrième couverture, maintenant ainsi les liasses de feuilles écrites, intemporelles. Protection renforcée par des lanières de cuir, pour cet ouvrage, usé par le temps.

12cc2304.gifLorsqu'on ouvre le journal, mis à part les multitudes de pages volantes numérotées et écrites, plusieurs pages ont été laissé volontairement blanches. On en compte environ une trentaine.

 

 

 

 

qcBXgnM4i.png

Voici sa première page volante, glissée au tout début.

Page 1 - Avant-Propos.jpg

Révélation

" Ô Lecteur, si tu lis ce journal, c'est que tu es un proche

de mon entourage, la raison qui te pousse à le lire est

certainement la curiosité ou le besoin de savoir :

A qui appartient ce journal ? Qui l'a écrit ?

Quel est l'état d'esprit du propriétaire ?

 

Je ne souhaite pas te décevoir, ô Lecteur.

 

La main qui l'a écrite n'appartient qu'à une simple femme,

dignitaire et héritière de la Noblesse conservatrice,

puriste et traditionaliste en ces temps.

 

Ces pages manuscrites en ta possession... la cause

est sans doute l'amitié qui nous (a) uni, l'amour ou encore...la mort.

Etranger ou intime, qui que tu sois, n'attend pas de ce recueil

de révélations importantes. Je ne suis qu'une humaine ayant foulé ces terres,

expatriée des siennes. Cependant, j'ai une histoire. Elle n'aura que

d'intérêt si ton esprit est aiguisé, ouvert et sentimental."

 

 


3 personnes aiment ça


65 Commentaires




L’ange et le démon

Citation

Marcus sut également ce que c’était. Il sortit en trombe de la pièce hurlant des ordres à travers le couloir. Soudain les couloirs qui demeuraient vides se retrouvèrent encombrés de personnes. Les domestiques allaient et venaient dans tous les sens, des troupes de soldat à la marche synchronisée couraient dans les longs corridors pour rejoindre les étages inférieurs. Je sortis à mon tour de la chambre, m’habillant de ma tenue, aidée de Lucile et d’une autre domestique. Je savais quelle était la nature du signal et ce qu’il représentait. Emportant mes armes à mon tour et malgré mon état de grossesse secret, je vins tenir mon rôle. Je ne pouvais refuser de faire mon devoir au risque de révéler le secret.

Lorsque je descendis les escaliers des tours latérales pour ne pas être ralentie dans le principal, encombré des forces militaires qui arrivaient massivement par cette issue arrivant tout droit sur la Grande Salle, j’entendis les portes des différents couloirs se fermer. Lorsque le château était assailli ou que l’ennemi se trouvait en nos murs c’est ainsi qu’on procédait. Le but était de ralentir et d’empêcher la progression de l’adversaire et ou bien de l’emmurer.

Les soldats étaient doublés aux portes et à toutes les sorties du château. Je fus la dernière à rejoindre la Cour Intérieure du château, voyant Marcus, Yann, Garvera, Elizabeth et tous nos militaires déployés sous les arcades. En face de nous, se dressèrent Victor, Seigneur Duval ainsi que Tchezza dans leurs armures de combat, les épées au clair.

Point de trêve mais un affrontement si ce n’est plusieurs. Je levais la tête pour observer les coursives des étages supérieurs ainsi que la muraille de gauche, remarquant quelques curieux qui souhaitaient voir le déroulement de nos tête-à-tête musclés.

« Comme j’avais raison de me méfier que nous serions traités en ennemis. », railla Victor en nous observer tour à tour dans nos armures rutilantes pour le combat.

- « Mais comme je me doutais de vos agissements…je vous ai pris malheureusement de court. Voyez plutôt… », reprit-il.

Il jeta un bras mutilé à nos pieds. J’entendis des cris d’horreur derrière moi.

- « Où est Hartz ?! » demandait Yann, furieux.

- « Votre cher petit frère se trouve actuellement loin du château. Et si je ne reviens pas en un seul morceau, ils lui couperont l’autre bras, ainsi qu’un tas d’autres petites mutilations. » ricanait-il.

- « Nous n’avons aucune preuve de ce que tu avances ! » aboyait Garvera. « Qu’est-ce qui nous prouves que ce bras lui appartient ? »

- « Facile… je peux donner l’ordre et d’ici, les autres verront mon signal pour qu’on lui coupe le second bras… C’est ce que vous voulez ? Personnellement, je préférais le faire moi-même…cela ragaillardirait notre petit frère trop gâté. »

Je sentis des palpitations dans mes mains, l’adrénaline montait avec la colère.

- « Si vous souhaitez un échange… sans encombre, Yann contre Hartz. »

Nous nous regardions un instant, du coin de l’œil.

- « Je vous laisse réfléchir pendant…deux minutes. » ricanait-il de nouveau, sous l’œil amusé de ses complices.

Nous nous tournâmes les uns vers les autres tandis que j’entendais ma mère appeler Victor à la raison, sans succès. Celui-ci se moquait d’elle en compagnie de ses comparses. Quel affront contre notre Mère. Et Hartz…

- « Pas question de céder quoi que ce soit. Vous savez ce que cela veut dire. Si Victor prend un jour la régence de Châteaunoir, autant dire que le règne de Père, sans vous offenser, est un doux paradis à côté de ce qu’il peut faire. », dis-je, rappelant la démence de notre frère contre la sévérité de notre père. Qui des deux devrait réellement gouverner Châteaunoir ? Le Fou ou le Tyran ?

Marcus ne se sentait pas vexé, il avait au contraire les yeux rivés sur son abominable fils. Je me demandais parfois s’il ne s’interrogeait pas de la manière à laquelle il pouvait avoir mis un tel monstre au monde. D’un autre côté, si notre frère n’était pas en proie à la folie, il aurait certainement des qualités qui auraient plût à Père. Mais il n’avait aucun honneur et c’était une absurdité pour Marcus. Il n’avait d’ailleurs aucune loyauté pour sa famille, souhaitant au contraire nous décimer un à un. En lisant dans son regard…je sentis comme une profonde tristesse. Il allait perdre un fils au profit d’un autre. L’ange et le démon….

- « Tic-tac, tic-tac » nous pressait Victor, en faisant le mariole pour amuser la galerie. J’entendis à nouveau les rires gras provenir de ses rangs. Il était décidément trop en assurance et quand à savoir comment ils avaient réussi à sortir Hartz du château sans que personne ne le sache, m’indiqua que soit la demeure était infiltrée depuis un moment ou bien un autre accès que nous ne connaissions pas existait. Et si… ?

Je demandais un effort de concentration de la part des miens, exposant une idée à laquelle il était hors de question que nous nous soumettions, d'autant que Yann proposait de se rendre afin qu'il n'y ait aucun heurt. Je refusais car je connaissais trop bien Victor pour qu'il tienne parole et soit d'autant plus clément que ce mot n'existait pas dans son vocabulaire. Il fallait que nous agissions avec la responsabilité de ce que nous avions engendrer. C’est-à-dire qu’il fallait trouver Hartz pendant que nous retenions Victor le plus de temps ici.

- « Bon allez, c’est terminé les réunions de famille. Que Yann prenne sa place. Je m’occuperais de toi plus tard, sœurette. » lançait Victor en me regardant avec démence.

Je lorgnais vers Tchezza qui semblait au bord de la crise de nerf.

Nous sortîmes tous nos lames tandis que Garvera se précipitait vers les arcades, ordonnant à la Garde Rouge de la suivre ainsi que les soldats et chevaliers qui combattaient au service de la Maison du Saule-Larmoyant. A eux seuls, ils formaient une force de frappe ni à négliger ni à sous-estimer.

- « Ainsi vous avez choisi…de vous défendre. Comme c’est risible… parfait, je tuerai en premier mon frère aîné ! Je m'occuperais ensuite du chiot moi-même. »

Son rire sardonique retentit entre les murs de la Cour, remontant vers les piliers et colonnes des étages supérieurs. Le ciel s’obscurcit, devenant aussi obscur que les cœurs de nos adversaires. Au loin, par-delà les collines vertes et jaunes, le ciel gronda de colère. La pluie allait être notre compagne, abreuvant la terre et lavant le sang qui ne tarderait pas à couler.


Page 51

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Ripostes

Citation

Mes deux lames sorties, je n’eux pas le temps de choisir mon adversaire que Tchezza fonçait vers moi, lance à la main pour tenter de m’empaler. L’esquivant sans difficulté, j’effectuais une riposte de mes deux lames qui frappèrent la pointe de la lance et tranchèrent l’air, grâce à la dextérité de la combattante adverse.

Seigneur Duval restait pour l’instant en retrait, ne souhaitant déranger Victor dans son duel à mort contre Yann. Si par malheur, il cherchait à intervenir, il sait que le Prince Fou lui ôterait la vie. D’autant que pour l’instant, il n’avait personne à combattre. Ni Arialyss ni Elizabeth n’étaient des adversaires à se mesure, jugeant que les femmes étaient de piètres combattantes, le sexe faible.

Nos soldats, en position au tour de la Cour avaient leurs épées aux fourreaux, ce qui était normal. Ils n’avaient pour ordre de riposter que si les autres chargeaient. En face se tenaient certains de nos hommes. Nous n’avions aucune idée s’il s’agissait d’hommes corrompus ou bien des hommes de Noirs Desseins infiltrés, arborant nos couleurs pour mieux nous tromper. Une chose est certaine pour l’heure, ils sont nos ennemis.

***

« Seigneur, je ne veux pas voir ça ! » piaillait Lucile du haut du troisième en regardant vers la Cour.

- « Et bien ne regarde pas… » répliquait Marie.

- « Et si nos Maîtresses… », commençait Lucile.

- « Tais-toi et prie ! », ordonnait Marie qui refusait d’entendre la suite.

Les deux mains jointes sur la margelle du mur, les deux servantes observaient les déroulements des combats tout en priant. D’autres curieux et badauds les virent et vinrent observer à leur tour. Les gentilshommes et autres Courtisans priaient intérieurement que ce soit Marcus et les siens qui gagnent car ils savaient que les prochains jours, s’ils sont régis par Victor, n’annoncerait que le début d’une ère encore plus tyrannique que la leur. Certains délaissèrent les femmes en compagnie des plus jeunes et moins expérimentées pour rejoindre, l’épée au clair, les troupes des Marcus regroupées au rez-de-chaussée.

***

Les duels étaient acharnés. Les tranchants de chaque arme avaient pour l’instant éviter la chaire. Victor et Yann semblaient de forces égales, ce qui irritait Victor. Devant cette difficulté, Sieur Duval tentait de tricher et de se mêler du combat en frappant Yann par derrière car même si Victor ne souhaitait que personne ne s’en mêle, la tricherie et la déloyauté ne le dérangeait pas. Et même s’il pouvait être fier de ne pas avoir gagné un combat seul, l’aide d’Erick Duval n’était qu’un plus pour renverser Yann et reprendre le combat à son avantage. Lorsque Marcus vit cela, il vint à son tour rejoindre le combat, cherchant à écarter les bassesses de Duval. Ce dernier devint largement et rapidement surpassé par l’expérience et la maîtrise des armes du châtelain, pour son plus grand désarroi.

 

Quant aux deux femmes qui combattaient comme des lionnes, Arialyss esquivait toutes les attaques de Tchezza, bien trop rapide pour elle malgré son armure lourde, faite sur mesure. Elle était constituée d’alliage de mailles et de cuir épais, permettant à son porteur d’être maître de ses mouvements, sans trop le handicaper mais le protégeait bien moins. Malheureusement, l’Héritière passait plus son temps à éviter les coups qu’à contre-attaquer, n’ayant pour l’instant aucune ouverture qui le lui permette. La lance de Tchezza avait pour seul handicape son allonge mais elle était très légère et maniable, ce qui permettait à sa propriétaire de la manipuler avec aisance, de par sa maîtrise et sa dextérité.

Il fallut plusieurs fois à l’Héritière de monter sur des surfaces plus hautes tels que des piliers de garde-fou ou bien des marches pour prendre de l’élan et ainsi se propulser dans les airs afin d’effectuer des pirouettes et retourner les situations à son avantage. Et à ces moment-là, Arialyss pouvait tout aussi bien bloquer les attaques et répliquer. Arialyss avait cette façon bien à elle de combattre, alliant la vitesse, l’agilité, la légèreté, la souplesse à sa dextérité de son ambidextrie. Un étranger pouvait très bien prétendre que ses techniques de combat pouvaient provenir d’Haso mais il n’en était absolument rien. Il n’y avait rien d’oriental bien que la technique « Danse-Lame » pouvait en être légèrement inspiré. Chaque combattant d’une arme blanche a une propre façon de combattre. Bien que tous ces combattants s’instruisent et prennent exemple sur un Maître d’Armes pour lui indiquer la voie à suivre, tous développent une particularité. Et celle d’Arialyss la Louve, était bien de combattre en effectuant des acrobaties. Lui donnant parfois des allures d’assassin avec ses tenues semi légères et ses lames, elle préférait les armures lourdes faites sur mesure comme celle qu’elle portait, lui donnant une allure de guerrière.

Du point de vue de l’observateur, Arialyss donnait l’impression de ne pas se fatiguer bien qu’elle tournait dans tous les sens, sautant et bondissant comme une gazelle, si bien que l’espace de combat des deux femmes s’élargissait et s’étendait, partant du sol pour finir sur une corniche puis la coursive de la muraille de gauche. Tchezza ne semblait pas vaincue devant l’endurance d’Arialyss. Et même si cette dernière ne semblait pas être fatiguée, il en était autrement sous son armure qui finissait par peser son poids avec toutes ces cabrioles, étouffée par la chaleur de son casque. Elle rêvait de s’en débarrasser mais il était une protection indispensable si elle souhaitait ne pas finir décapitée ou bien le visage mutilé. Mais si Arialyss se fatiguait, Tchezza l’était tout autant, point habituée de voir un tel adversaire se démener en combat.

D’un mouvement précis et brutal, Arialyss projeta d’un coup de pied son adversaire vers l’arrière, la faisant trébucher. Une ouverture parfaite pour trancher sa lance en deux. Rageuse d’avoir son arme brisée, l’elfe noire sauta du balcon sur lequel les deux femmes s’étaient retrouvées pour demander son espadon. Mais avant qu’elle ne revienne dans le combat, Arialyss vint aider Yann en difficulté contre Victor qui avait recouvré l’avantage, blessant de nombreuses fois son adversaire. Yann écarté du combat pendant quelques temps afin de demander un nouveau bouclier, c’est Arialyss qui combattit de toutes ses forces son frère cadet. Victor était plus agile que Tchezza ce qui revenait à combattre un adversaire de taille mais il avait également gagné en force et chaque coup de poings décrochés lorsque l’espace se réduisait entre les deux se faisait sentir, arrachant par moment un hurlement de douleur à la jeune femme surtout lorsqu’elle le prit dans le sternum, le souffle coupé. Etalée à plat ventre sur le sol, elle tentait de reprendre son souffle lorsque Yann vint la seconder en revenant à la charge. Arialyss roula sur le côté pour se relever rapidement bien qu’elle manquait de souffle car Tchezza fonçait également vers elle l’espadon en main.

Sieur Duval avait péri très rapidement du combat qu’il l’opposait avec Marcus, ce dernier restant en retrait jusqu’à ce qu’il observe un manque de fair-play dans les affrontements. Car même s’ils s’agissaient de combat à mort, l’honneur était très important.

 


Page 52

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Dommages collatéraux

Citation

 

Pendant ce temps-là, à l’extérieur du château, les soldats qui accompagnaient Garvera se dirigeaient vers les chevaux scellés afin d’entamer les recherches d’Hartz, aidés des sens olfactif et auditif de Maya. Un autre contingent d’hommes fut envoyé vers les Salles scellées de Victor afin de trouver une quelconque preuve de l’hypothèse avancée d’Arialyss.

Les sabots des chevaux martelaient le sol des prairies et des forêts jusqu’à déboucher vers une lisière où se tenaient tout un bataillon d’hommes et de géants. A vue de nez, ils étaient une trentaine. Hartz avait les mains liées dans le dos, au pied d’un arbre, un bourreau se tenait non loin de lui, prêt à le mutiler, au signal qu’il attendait, visible depuis le château à l’aide d’une flèche enflammée tirée vers les cieux. Le bras jeté de Victor sur la place était un leurre, dans lequel Arialyss et les autres étaient tombés mais préféraient combattre une bonne fois pour toute le cadet et ses sbires. Un archer décocha une flèche et abattit le bourreau, qui du projectile en travers la gorge et d’une gerbe de sang, s’effondra dans l’herbe, alertant les soldats en faction tout autour. La charge venait d’être donnée, les soldats des deux factions se ruèrent les uns contre les autres dans un bruit d’acier froissé. Garvera se dirigeant vers l’amont de la lisière pour venir secourir son frère mais plusieurs géants lui barrèrent la route. Aidée des Saule-Larmoyants et de sa magie noire, elle matérialisa ses armes et propulsa un géant en arrière tandis que les autres lui sautèrent dessus pour l’achever telles des fourmis sur une proie trois fois plus grosse qu’elles.

 

 

Les combats acharnés dans la Cour Intérieure se poursuivaient. Arialyss en grande difficulté, tout aussi essoufflée que son ennemie, elle avait du mal à placer la « Danse des Lames » qui lui permettrait d’effectuer une série d’attaques difficilement repoussées. Pour placer cette technique, il lui fallait une ouverture et pour l’instant, elle n’en avait aucune. Car même si l’espadon est difficilement manipulable de par son allonge et sa masse, les armes ambidextres ne faisaient pas le poids, rapidement dépassées. Le pire étant qu’en plus de l’utilisation de l’espadon, Tchezza faisait appel aux pouvoirs occultes d’une maléficienne, devant poser la pointe de son espadon sur le sol afin de manipuler la magie de sa main libre. Sauf qu’Arialyss devait désormais éviter des boules de magie noire, l’éloignant de plus en plus de sa cible, ce qui la fatiguait encore plus et il n’était plus question de placer sa technique imparable. Jurant entre ses dents, c’était à nouveau un combat du chat et de la souris. Marcus ne pouvait s’interposer et prendre sa place car il n’avait aucune arme parable à sa disposition contre la magie. Contre toute attente, des orbes lumineuses atteignirent maladroitement mais efficacement Tchezza, la blessant. Cette dernière pesta, se demandant qui ou quoi en était l’origine. Plus loin, Elizabeth, entourée de volutes de lumière blanche manipulait des orbes.

« Prends donc un adversaire à ta taille ! » hurlait-elle vers Tchezza, furieuse que celle-ci allie des méthodes de combat qui surpassaient la puissance d’arme d’Arialyss. Oui, Arialyss était largement dépassée. Si elle avait maîtrisé et acquis l’expérience nécessaire grâce à la magie du vent comme le lui avaient indiqué sa sœur et sa mère, en utilisant les runes de ses lames et sa magie, elle aurait pu, facilement contrer Tchezza et économiser ainsi son endurance et diminuer sa fatigue. Sous l’œil inquiet de Marcus de voir sa femme rejoindre le combat, ne l’ayant pas vue combattre depuis des années et craignant le pire, les deux femmes désormais entamèrent un duel occulte. Parfois les orbes noires et blanches atteignirent l’architecture du château, faisant écrouler un pilier ou un linteau de pierres. Des explosions de pierre se répercutaient, faisant reculer quelques soldats afin de ne pas être assommés ou pire, mourir broyés sous les décombres. Au bout de quelques minutes, le sol dallé était jonché de débris et de poussière. Une gargouille vola en éclat. Lorsqu’Elizabeth venait à être en difficultés, ayant épuisé son énergie magique, Arialyss accourut à la rescousse, après avoir temporairement repris des forces. Elizabeth fut longtemps une très bonne Mage mais sa magie n’ayant pas été exercée depuis une décennie, scellée dans le pendentif en cristal blanc, ses ressources vinrent à être rapidement diminuées.

La « Danse des Lames » tire son nom, d’une part de l’adresse à manier les armes, qui sont le prolongement du bras de son propriétaire. Que ce soit en esquivant, en bloquant ou en attaquant, le combattant doit être très précis et rapide et surtout surveiller les techniques de son adversaire car si celui-ci passe son temps à esquiver, dépassés par le tranchant des lames qui s’abattent sur lui, il peut toujours riposter s’il est suffisamment adroit. Dans le cas contraire, son corps se trouve rapidement mutilé par les lames aussi tranchantes que les dents d’un requin car avec la rapidité des mouvements, cette danse pourrait être comparée à une scie qui tourne sur elle-même. L’ambidextrie est indispensable pour cette technique, demandant une dextérité à son combattant, devant savoir utiliser une épée autant de la main droite que de la main gauche et savoir en apprendre les revers avec habileté. Mais même si l’ambidextrie est indispensable, il faut être également très précis et ne pas être « gauche », car toute erreur peut être fatale. Après la dextérité, vient la technique, la manière dont le combattant utilise ses lames pour simuler cette « danse ». D’autre part, la « Danse des Lames » tire son nom de ses déplacements et techniques de combat pratique par les multiples parades, blocages des lames et des esquives de son combattant. En exécutant des sauts et autres acrobaties lors du combat, la technique est harmonieuse. La danse des Lames ne se résume pas seulement à bloquer et parer. Car une fois que l’adversaire se trouve surpassé, les lames deviennent non plus défensives mais offensives, lacérant tout ce qui se trouve à leurs portées. C’est ensuite à leur propriétaire de viser juste, privilégiant les points sensibles, plus tendres et plus accessibles et moins protégées comme l’arrière des genoux, les flancs, l’intérieur des coudes, la nuque, etc. Mais comme toute technique de combat, la « Danse des Lames » en possède une faiblesse, très logique et visible. L’endurance et la fatigue de celui ou celle qui l’exécute, demandent une endurance rigoureuse et une forme athlétique avancée. Vous savez désormais à quoi passe Arialyss le plus clair de son temps. Chaque jour, elle suit un entraînement physique rigoureux de près de quatre heures, se levant aux aurores afin de ne pas succomber aux grandes chaleurs d’une journée ensoleillée en pleine journée, qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve. Toute météo est une expérience à prendre en situation de combat et à tourner à son avantage.

 

Du côté des deux frères, chacun semblait de force égale. Bien qu’ils eurent tous deux comme premier Maître d’Armes leur père, chacun avait puiser leurs techniques de combat de leurs expériences. Essuyant un revers de bouclier assez violent au visage malgré le port du casque, il fut sonné et tituba vers l’arrière. C’est l’instinct de protection qu’il le sauva en levant son bouclier lorsque la lame de Victor frappa de toutes ses forces, cabossant brutalement le pavois. Victor prit en retour un violent coup de lame sur le flanc gauche, lui tailladant sévèrement la chair.

Tous étaient fatigués par les combats, les soldats toujours en faction aux portes étaient immobiles, n’attendant qu’un seul ordre pour foncer mais ni Marcus ni Victor ne semblaient vouloir utiliser leurs hommes. Victor trop occupé par son combat pour détruire son propre frère et quant à Marcus, il se refusait d’envoyer ses soldats à la mort inutilement tout en sachant que le problème se tenait dans la cour. Une fois la mauvaise herbe arrachée, il n’y aurait plus de semence ni aucune autre herbe infectant leurs terres.

Elizabeth ne pouvait plus aider Arialyss, épuisée. Marcus la retenait afin qu’elle ne se jette davantage dans la mêlée, mettant sa vie inutilement en danger. Si bien qu’Arialyss, n’avait plus qu’une seule idée pour vider l’énergie de Tchezza… Si elle continuait à l’éviter, elle n’aurait bientôt plus de force pour lutter contre elle.

« Non, Arialyss, ARRÊTE !!! NE FAIT PAS CA ! TU N’ES PAS PRÊTE !! » avait hurlé sa mère qui sentait les flux occultes de sa fille, se révélant. L’énergie qu’elle sentait était brute et pure, non travaillée et non maîtrisée. Une mauvaise manipulation et ce pouvait être la fin.

Arialyss avait suspendue sa barrière mentale et accepter les flux magiques et comme elle se souvenait de son entretien avec Mademoiselle Ferasken sur son essence magique lorsqu’elle fut devant une pierre noire…elle savait que Tchezza utilisait cette même source d’essence…pour pouvoir l’absorber jusqu’à ce qu’elle n’en est plus.

Les lames aux fourreaux et les bras tendus, paumes ouvertes maladroitement vers l’avant, elle se concentrait pour laisser la magie de Tchezza entrer en elle, dérober à son insu.

« QUE FAIS-TU ! NON TU N’AS PAS LE DROIT ! » rageait Tchezza qui sentait son énergie magique la quitter. Les flux occultes se dessinaient autour des deux combattantes, blancs et violets. Tchezza semblait fatiguée tandis qu’Arialyss continuait de vampiriser sa magie. Au loin elle entendit sa mère hurler qu’elle cesse.

« ARRÊTE, ARIALYSS !!! »

Dans sa tête, c’était comme si le monde s’était arrêté, le temps était suspendu tandis que l’énergie entrait en elle, sans limite. Mais est-ce qu’un corps et un esprit qui n’est pas habitué à autant de magie pourraient-ils le supporter. Une voix retentit dans sa tête, une douce voix mélodieuse et inconnue. « Pense à ton enfant… ».

Après plusieurs longues minutes, tout cessa, les flux s’arrêtèrent, Arialyss se tenait debout devant Tchezza qui était recroquevillée contre le sol, écrasée par le poids occulte qui s’était évaporée d’elle. Les iris d’Arialyss changèrent, devenant blancs et violets.

« Seigneur….elle est devenue son propre catalyseur… elle risque d’en périr. » gémissait Elizabeth qui craignait le pire.

- « Maintenant…tends tes mains vers les cieux… et libère l’énergie que tu as dérobée. » indiquait la voix dans sa tête.

Arialyss s’exécuta…levant les bras vers les cieux ce qui fit redouter tous ceux qui l’observaient, craignant le pire.

- « Libère…doucement. Aie l’esprit en paix. »

Arialyss suivit les consignes, ne sachant si c’est elle-même qui pensait ses paroles ou quelqu’un d’autre…par télépathie. Fermant les yeux, elle rejeta toute l’énergie qu’elle avait avalé dans les airs, les flux violets partirent comme des comètes, torsadées par l’essence blanche. Tchezza observait son adversaire.

- « Es-tu folle ! Tu aurais pu l’utiliser contre moi ! Tu es STUPIDE et maintenant, tu vas périr ! »

Lorsque Tchezza prit son espadon pour foncer vers elle, Arialyss ouvrit les yeux, l’air serein et confiante. Ses iris avaient repris ses couleurs. Elle regardait l’elfe noire la charger comme si l’épisode précédent n’avait jamais eu lieu, ses lames sorties pour bloquer l’attaque avec les revers de ses deux lames. L’attaque de Tchezza lui octroya une faille, l’élan la fit chanceler lorsqu’Arialyss tourna sur elle-même pour esquiver le poids de l’arme élancée, le tranchant de l’épée gauche lacéra le flanc droit de Tchezza. Pivotant à nouveau sur elle-même, elle fonça vers elle par l’arrière, lui donnant un coup sévère dans le dos. Le combat était à nouveau équilibré, sans une once de magie. Elizabeth ne sentait plus l’essence de sa fille, signe qu’elle avait à nouveau dressé la barrière. La Danse des Lames opéra…parer, esquiver, bloquer, tourner sur elle-même pour passer sur le côté de l’adversaire. Un coup de pied fit tituber l’adversaire. Projetée dans les airs grâce à un garde-fou, une pirouette, les lames toutes concentrées vers le bas pour lacérer les parties moins protégées tel que l’omoplate droite. Les lames dansaient dans les airs, la guerrière avec. Puis un violent coup de coude coupa le souffle de l’elfe noire, désemparée et la lame droite se figea entre les côtes. Tchezza immobile tomba à genoux devant Arialyss qui s’était arrêtée devant elle.

- « Cela ne devait pas…se passer ainsi… » gémit Tchezza en crachant du sang, étouffée par l’hémorragie interne.

Arialyss prit sa lame et la fit tourner d’un quart de tour vers la droite afin d’être certaine que le trou dans sa cage thoracique la fasse assez souffrir pour qu’elle en meurt immédiatement. Lui arrachant un cri d’agonie, l’elfe noire tomba vers l’avant, face contre terre après qu’Arialyss ait récupéré sa lame. Essoufflée, l’Héritière s’écarta observant le combat que menait son frère jumeau. Blessés tous les deux, seule la fatigue aurait raison de l’un d’eux. Mais qui allait s’avouer vaincu ? Le regard de Victor était plein de haine, de vilénies qu’il ne laissait pas paraître la fatigue mais ses mouvements, eux, le trahirent. Ils étaient moins précis. Les boucliers furent jetés sur les côtés, soit cabossé soit fendu, les rendant inutilisables. C’était un combat à l’épée.

Mais soudain, Victor cessa de combattre. Tous pensaient qu’ils allaient recouvrir ses forces lorsqu’une aura noire apparut autour de son corps.

- « Non…il est en train…d’utiliser la magie. La magie de Lyszéreïs en lui. » dit Elizabeth, aux abois.

 

 

Il utilisait sa dernière carte tout comme Arialyss mais personne ne savait s’il manipulait la magie avec aisance car le pire allait arriver. Galvanisé par une force occulte dont personne n’arrivait à estimer la puissance si ce n’est Elizabeth, Victor désarma Yann, projetant son épée plus loin. Tout se passa en un éclair, la pointe de son épée s’abattit devant, transperçant…. Marcus ????!!! Le châtelain eut le temps de s’interposer à temps et de pousser son fils, Yann vers l’arrière, lui faisant perdre l’équilibre.

- « NOOOOOOONNNNN » avaient-ils tous crier d’une même voix, craignant pour Yann puis pour Marcus lorsqu’ils percutèrent tous devant la scène. Elizabeth tentait de se ruer vers l’avant pour secourir son époux à l’agonie, un filet de sang le long de la lèvre.

Victor percutait enfin d’avoir transpercer son père et non son frère, un sourire démentiel apparût sur son visage.

- « Hahahahahaha ! Moi qui pensais tuer mon frère…c’est mon père… plus personne pour me barrer la route ! » hurlait-il, un rire sardonique retentit à nouveau dans la cour.

- « Pardonne-moi…mon fils…de ne pas avoir pu…te sauver de…ta folie. » dit Marcus en difficulté.

Soudain, Victor hoqueta…figé lorsqu’il sentit la vie le quitter, le sang chaud coulait doucement le long de la plaie béante créée près du cœur, par la lame de Marcus.

- « Non… je ne veux pas mourir !!! » rageait Victor. « JE NE PEUX PAS MOURIR !!! »

Les deux hommes se tenaient par l’épaule, chacun une épée en travers du corps. Marcus tombait mais fut rattrapé juste à temps par Yann qui s’était relevé. Victor chancela sur les genoux, se déversant de son sang, souffrant.

- « Pourquoi…. ai-je échoué…. » hoquetait-il.

Arialyss avait également accouru, agenouillée près de Marcus comme Elizabeth qui lui tenait la tête.

- « Marcus…mon époux. » sanglotait Elizabeth.

« Je vous aurai…au moins sauvé… Pardonne-moi Elizabeth, ma tendre épouse…tu m’as toujours été fidèle…et moi…j’ai failli…pour la famille, pour notre héritage…pardonne-moi d’avoir été si dur ces vingt dernières années… »

Il éprouvait des difficultés à parler, le sang remontait, le faisant tousser et cracher du sang.

- « Marcus, ne parle pas, économise tes forces… » pleurait Elizabeth.

- « Pardonne-moi…promets-moi de refaire….ta vie…pour le bien…de nos enfants. »

- « Non, je ne peux pas te le promettre, je te serai toujours fidèle Marcus… Nos enfants ont d’ores et déjà tracé leur voie et s’en sortiront. Je te fais la promesse…que notre famille perdurera. » dit-elle sur un ton doux, larmoyante.

- « Mes..enfants…promettez-moi…de ne pas reproduire les mêmes erreurs que moi…et Arialyss….chérie…l’enfant que tu portes…inculques lui les valeurs de la famille…ne le ferme pas aux sentiments… »

Ariayss demeurait interdite. Il savait… mais depuis quand ? Elle sentit le regard de son frère sur elle, ne comprenant pas.

- « Je ne peux…te reprocher les erreurs que j’ai faite…moi-même. »

Les larmes de Marcus montaient aux yeux, il sentait la vie le quitter.

- « Père…vous…vous excusez et pleurez. » dit Yann, attristé par la scène, tenant son Père dans ses bras avec sa mère et sa sœur.

Pour seule réponse…il sourit, comme fier, épanouie. Après un silence où il rassemblait ses dernières forces pour parler, il n’en eu cependant pas la robustesse. Il prit la main de Yann et la guida sur le pommeau de son épée. Il n’y avait pas besoin de paroles pour ce geste symbolique qui représentait la passation de pouvoir. Yann et Arialyss pleurèrent leur Père, décédé. Même si Marcus fut tyranique et ne fut pas un père démontrant des élans d’affection auprès de ses enfants, ceux-ci le respectaient et furent profondément émus par les dernières paroles de Marcus. Les trois silhouettes Arkxane étaient penchés sur le corps de Marcus sous la pluie battante. Les forces de Victor furent dispersés et pourchassées à travers les couloirs. Certains rendirent leurs armes sans s’opposer tandis que d’autres tentèrent de riposter pour sauver leur vie mais même en infligeant quelques dégâts dans l’armée de la famille, tous furent repoussés et tués. D’autres jetés au cachot. Quant au corps de Victor…il demeura introuvable.

Au bout de plusieurs minutes, les enfants aidés des sujets les plus fidèles, emportèrent le corps de leur père dans une ambiance funeste. 

Seule Arialyss demeurait au milieu de la Cour, l'épée droite à la main regardant fixement droit devant elle alors que la pluie contenait de s'abattre, ruisselant le long de son visage meurtri et de son armure endommagée. Les quelques blessures apparentes étaient partiellement nettoyées de leur sang. Au loin, à travers les cimes vertigineuses et abruptes des montagnes de Châteanoir, retentirent les premiers sons de cloche annonçant le décès du suzerain.


Page 53

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Horizon funeste

Citation

 

Alors que les cloches sonnaient l’événement de la mort du châtelain, le son mortuaire se répercuta dans la vallée, par-delà les cimes des montagnes et les courants d’eau, les collines où paissaient les équidés, ovidés et bovidés des bonnes gens, Garvera et les Saule-Larmoyant cessèrent le combat. Hartz fut libéré et les troupes hostiles chassées et réduites au silence. Les deux bataillons rentrèrent vers le château mais au lieu de brandir leurs couleurs, ils avaient remplacé leur étendard par un voile noir, indiquant le déchirement qui se produisit sur les terres de Châteaunoir. Lorsque les troupes de soldat revinrent par la rue principale qui menait vers le château, ils virent des chandelles allumées disposées sur le bord de fenêtre intérieur, les rideaux fermés.

Le silence de la petite ville était aussi funeste que l’événement. Malgré que Marcus ne fut pas apprécié de tout son peuple, néanmoins ceux-ci le respectèrent pour les valeurs nobles qu’il voulut défendre : la famille. Importante aux yeux de tous les hommes. Car même si Marcus était craint pour sa rigidité et son despotisme, il connaissait l’honneur, la puissance et la gloire qui firent le malheur de certaines familles opprimées. Mais chacun savait également que les Arkxane devait leur bonté aussi rarissime était-elle car à l’épouse de Marcus qui, pendant de longues années réussis à lui indiquer ses valeurs, pas toujours partagées mais écoutées. Car Marcus Arkxane savait écouter et récompenser celui ou celle qui le servait mais punir celui ou celle qui le trahissait. Et ce jour-là, il sauva non pas uniquement sa famille de son propre fils mais les nombreuses familles dont il avait la responsabilité. Tous…sauvés de Victor, surnommé « Le Prince Fou ».

Garvera et Hartz pleurèrent faiblement. Arialyss était toujours figée dans la Cour lorsqu’ils rentrèrent. Son jeune frère se précipita vers elle afin de se prendre dans les bras mutuellement, pleurant à chaudes larmes. 

« C’est fini… Hartz… tu es en sécurité. » dit faiblement Arialyss dans l’oreille de son frère, elle-même étreinte par sa sœur cadette.

Ils finirent par tous rentrer, Maya sur les talons.

Pendant ce temps, le château remettait tout en ordre. Les soldats regagnèrent leur poste, alors que d’autres menaient les prisonniers vers les geôles afin que leur exécution ait lieu prochainement. Les domestiques étaient de nouveau en pleine effervescence dans les couloirs. Certains préparaient les appartements et les chambres des combattants qui avaient vaillamment lutté contre l’ennemi, d’autres dressaient les préparatifs pour la procession et l’inhumation de Marcus Arkxane. Il fallait également préparer le repas du soir bien que personne n’avait l’envie de festoyer en l’honneur de cette victoire décisive…mais funeste.

Le château s’endormit peu à peu par l’ambiance morose où chacun s’enferma dans ses quartiers. Elizabeth, une fois dans une toilette propre, vint pleurer son époux et aida les servants à nettoyer son corps et le préparer pour les obsèques. Une fois terminé, elle vint prier sur sa dépouille, un chapelet entre ses mains.

Yann fut le premier sur les lieux pour venir prier avec sa mère, glissant une rose rouge entre les mains de son père avec son épée. Ses autres armes de prédilection furent polies comme son armure de combat également afin qu’il puisse la porter lors des funérailles. Même si Yann avait hérité de son épée, il l’avait remise entre les mains de son propriétaire légitime pour l’événement prochain.

Quant à Garvera, elle avait rejoint le personnel ecclésiastique afin que les funérailles se déroulent parfaitement le lendemain. Hartz était en consultation auprès du médecin afin de soigner les nombreuses contusions qu’il subit lorsqu’il fut emmené en dehors du château par une porte dérobée. Il rejoint à son tour sa mère pour prier avec elle.

Arialyss avait rejoint ses appartements à son tour. Lucile l’aidait à défaire son armure endommagée, découvrant les contusions et ecchymoses de sa maîtresse, provoquée par l’armure qui l’avait protégée mais également des coups brutaux portés par Tchezza et Victor. Un soldat bien protégé par une armure lourde non endommagée aurait subi les mêmes dommages aux coups portés par son adversaire malgré la tunique en tissu et cuir qui rembourrait son porteur. Malheureusement toutes ces armures n’étaient pas faites de tissus protecteurs sous les alliages de mailles et de plates. Les bleus étaient nombreux sur Arialyss et elle savait que Yann en avait tout autant, son armure étant plus lourde que semi-légère comme la sienne.

« Ma Dame…voulez-vous que j’appelle le médecin ? »

- « Oui, s’il vous plaît… je n’ai besoin que d’onguents pour les ecchymoses et de cataplasmes pour les plaies… le reste partira avec le temps. »

- « Ma Dame… sauf votre respect, n’aviez-vous pas plus de blessures dans le temps ? Je n’ai jamais …osé vous poser la question. »

- « Si… mais un Valencien m’a donné un onguent issu de l’Alchimie, faisant disparaître les plus vilaines cicatrices. »

- « Ah… je comprends. »

Puis ce fut dans un silence pesant que Lucile aida sa Maîtresse à entrer dans la baignoire afin qu’elle puisse se laver. L’eau aux huiles essentielles désinfectait ses plaies, lui irritant la peau. Une fois habituée, elle laissa sa tête posée vers l’arrière, les paupières closes.

Qu’était-il advenu de Victor… son corps avait disparu et aucune trace de sang ne prouvant qu’il s’était trainé hors du château… et si… ?

« LUCILE !!! »

- « Oui Ma Dame ?! Aaaaah !!! » La domestique s’était cachée les yeux en voyant sa maîtresse se dresser nue hors du bain telle une furie.

- « Alertez la Garde et prévenez-les aussitôt de fouiller les passages dérobés de Victor ! »

- « J’y cours Ma Dame ! »

Aussitôt demandé, aussitôt fait. Lucile courait à travers le château pour alerter immédiatement la Garde Rouge qui déboula rapidement dans la Salle de Jeux de Victor, vérifiant chaque recoin jusqu’à trouver un passage récemment emprunté sur lequel figurait plusieurs traces de sang. L’information remonta jusqu’aux oreilles de Yann qui, appuyé par les Généraux, se mit en chasse après Victor. Affaibli par une grave blessure, il était probablement encore dans le duché, qui fut…fouillé de fonds en comble durant toute la soirée et la nuit. Une annonce fut également proclamée que quiconque donnait l’asile à Victor – Le Prince Fou, était complice et coupable de mort, exécuté avec les sbires de Noirs Desseins sur l’échafaud et que si quelqu’un l’avait aperçu, il devait rapidement en référer. Etait-ce là le signe d’une paix éphémère ? Si Victor avait survécu à ses blessures, quand…allait-il revenir… ?

 

La cérémonie eut lieu le 15 Pierre de Sceau de l’An 286 au soir. Les tambours résonnèrent dans la vallée tandis que toutes les voix portantes chantonnaient un chant d’adieu. Tous chantèrent d’une même voix, unis dans cette affliction.

Toute la ville et le duché était en deuil. Les bannerets alliés faisaient partie du cortège, portant les couleurs noires de leur Maison, tenant une chandelle à la main. Le cortège réunissait la famille, les amis, les ecclésiastiques, les alliés de la Maison Arkxane, les Courtisans et Gentilshommes ainsi que tous les sujets et enfin les forces militaires refermaient la procession. Le long cortège s’étendait du bas de la ville jusqu’au château d’où le cercueil fut porté par la Garde Rouge, ses enfants l’encadrant, Elizabeth juste derrière dans une robe et un voile noirs. Ils marchèrent d’un pas lent, rythmé uniquement par les porteurs du cercueil et par les ecclésiastiques qui répandaient des fumerolles d’encens dans les cieux. Les enfants volontaires parsemèrent le sol de fleurs fanées, symbole d’une vie arrivée à son terme. Les nourrices gardant les enfants en bas âge et les vieillards, d’un âge trop avancé pour suivre le peuple dans la rue, observèrent le cortège du haut de leur maison, les fenêtres grandes ouvertes, jetant lorsqu’ils le purent des fleurs fanées. Maintenant que le suzerain était décédé et mis en terre, les jours endeuillés durèrent une dizaine de jours mais n’empêchèrent pas les gens de se poser des questions sur la suite. Même si certains étaient sûrs que les enfants reprendraient la suite, personne ne savait qui serait le régent. Arialyss ou bien Yann ? Ou bien allaient-ils se partager les responsabilités du duché ?

Mais une autre question politique retentit jusqu’aux oreilles de Yann, qui concernait les bannerets, qui depuis quelques années s’étaient montrés pour la plupart, hostiles à l’alliance avec la Maison Arkxane à cause de la sévérité de la régence et des alliances menées. Était-il temps encore de suivre les conseils d’Arialyss et d’appliquer la clémence comme Marcus le formula dans ses derniers vœux ?

 


Page 54

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

L’adieu d’Elizabeth

Citation

16 Pierre de Sceau

Je montais les marches menant à la sépulture de Marcus lorsque je vis ma Mère agenouillée devant le caveau, priant silencieusement. Une rose à la main et portant une armure légère en cuir noir, je venais à mon tour me recueillir sur la tombe de mon père mais je n’osais déranger à la tranquillité de ma mère lors de son oraison.

Lorsque je fis demi-tour pour m’éloigner, j’entendis une douce mélodie et les paroles d’une chanson. Les cheveux au vent, je me tournais à nouveau vers ma mère qui ne doutait pas de ma présence, écoutant le chant d’adieu.

Il était brun, les yeux gris-azurés

Un cœur de pierre, régissant avec sévérité

Il était le Seigneur de notre Duché

Il en était fier, mais pourquoi vous riez ?

Non ne le jugez pas, vous qui ne connaissez pas

Les principes et l’Honneur.

 

 

 

Vous êtes faussement heureux, vous troquez vos valeurs

Lui, il est tout mon monde, et bien plus que cela

Seule, je cris son nom quand vient le désarroi,

Et puis tout s’effondre quand il n’est plus là

J’aimerais tellement lui dire mais je ne peux pas

 

 

 

{Refrain}

Lui qui me fait tourner dans le vide, vide, vide

Tourner dans le vide, vide vide.

Il me fait tourner,

Dans le vide, vide, vide.

 

 

 

Mais qui peut bien me dire, ce qui est arrivé,

Depuis qu’il est parti, je n’ai pu me relever

Il n’est plus qu’un souvenir, une larme du passé,

Coincée dans mes yeux, qui ne veut plus s’en aller

On oublie pas, vous qui ne connaissez pas

Les vertiges et la douleur.

 

 

 

Ils sont superficiels, ils ignorent tout du cœur

Lui c’était tout mon monde et bien plus que cela

J’espère le revoir, là, pas dans le haut-delà.

Aidez-moi, tout s’effondre

Puisqu’il n’est plus là.

Sais-tu mon bel amour, mon beau soldat ?

 

 

 

{Refrain}

Que tu me fais tourner dans le vide, vide.

Tourner dans le vide, vide.

Que tu me fais tourner dans le vide, vide.

 

 

Révélation

Source : Indila - Tourner dans le vide - Les paroles du premier couplet ont subit une adaptation

Une fois la chanson terminée, je laissais échapper une larme à l’œil. C’était là, un appel au-secours de ma mère, une chanson d’adieu pour mon Père. Ma pauvre mère ne savait faire face au chagrin. Je vins doucement vers elle, posant délicatement ma main sur son épaule. Père était ce qu’il était malgré ses défauts, nous l’aimions pour ce qu’il représentait malgré sa sévérité. Je m’agenouillais auprès de ma mère, déposant la rose sur la tombe. Je sentis la main d’Elizabeth chercher la mienne. Nos doigts s’entrelacèrent afin de trouver la force nécessaire de combattre cette tristesse.

Révélation

Ce chant me rappelle celui que j’ai écrit lorsque j’ai quitté Châteaunoir après avoir erré plusieurs mois sur les routes. Référence : page 5.


Page 55

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Les derniers souhaits de Marcus

Citation

17 Pierre de Sceau

Sous les couleurs noires du deuil que tous les sujets et la famille portait, Yann avait appelé Elizabeth ainsi que ses frères et sœurs à se réunir dans la Grande Salle mais également sa femme Kamila qui se fit désormais plus présente. Seul le siège de Marcus demeurait vide.

« Je suis bien conscient de vous réunir un jour de deuil mais nous avons à parler. » dit-il solennellement.

A sa manière de s’asseoir et de se tenir droit, de formuler ces mots, je reconnus en lui la stature de Père. Je fus à la fois émue et respectueuse.

Silencieuse, j’observais et écoutais un premier instant, assise sur mon siège.

- « Je dois vous annoncer que nous n’avons pu retrouver le corps de Victor s’il a réchappé ou non de ses blessures. Un avis de recherche ainsi qu’une forte récompense est offerte à celui qui aurait des informations et sa capture pour nous l’apporter vivant et qu’il reçoive le même châtiment que ses sbires reçurent hier. »

Nous hochâmes tous la tête, en guise d’assentiment à ces nouvelles.

- « J’ai d’ailleurs veillé personnellement à ce que toutes les portes dérobées menant de l’extérieure à la Salle de Jeux de Victor soient toutes découvertes et scellées une bonne fois pour toute. La Salle en question a été vidé de tous ces instruments et détruite. »

Je vis les iris turquoises de Yann se poser sur moi comme pour me réconforter de cette nouvelle à laquelle j’inclinais la tête avec respect.

- « Nous allons désormais aborder quelques points délicats… la régence. »

Elizabeth se taisait, laissant ses enfants discuter avant de devoir intervenir.

- « Il n’y a pas à discuter de la régence », fis-je. « Tu es le plus à même à régner, Yann. »

- « Je pensais que tu souhaiterais avoir ta part…nous sommes deux aînés, j’aurai souhaité t’avoir à mes côtés comme stratège et diplomate que tu fus auparavant. »

- « Malheureusement… Yann, je ne puis remplir ce rôle depuis Calpheon. »

- « Pourquoi…à Calpheon ? Tu n’entends pas y retourner ? »

- « Si. Je me suis déjà entretenue avec Père à ce sujet. Ma vie est désormais à Calpheon, j’y ai un haras ainsi qu’une organisation que j’aide à gérer. Et de futures autres responsabilités. »

- « Tu ne comptes plus vivre ici ? »

- « Non, navrée Yann… si je n’avais aucune attache à Calpheon, je serai revenue ici. Mais rien ne m’empêchera de venir vous voir aussi souvent qu’il me sera permis de le faire. »

Il fronçait les sourcils, vexé de ne pas avoir sa sœur jumelle à ses côtés.

- « Yann… tu auras assez de monde pour t’épauler. Garvera en tant que future Haute-Prêtresse et Hartz que tu aideras à finir sa formation. Plus tard, il te sera un très bon conseiller militaire. De plus, tu as ta merveilleuse femme désormais pour te conseiller. »

 

A ces mots, Kamila esquissa un doux sourire, inclinant la tête avec respect.

- « Nous avons tous des qualités qui nous sont propres et difficilement remplaçables… »

- « Si tu as besoin de conseils diplomatiques…ou stratégiques, tu pourras toujours m’adresser des missives. » dis-je en souriant doucement, cherchant à le rassurer que mon absence n'était que physique.

Il souffla, contrit. « Bon… d’accord. Mais que fait-on des bannerets ? »

- « Établissez de nouveaux accords ou revoyez ceux de Père. Il faut que vous montriez que le régime instauré de Père sera différent grâce au nouveau régent mais soulignez les valeurs que vous souhaitez toujours défendre. » avisais-je calmement.

- « Devrait-on leur demander pardon ? » demanda Kamila.

- « Pourquoi Pardon ? » interrogeait Hartz.

- « Et bien… sous la régence de Marcus, j’ai cru comprendre qu’il y avait eu des soulèvements à cause d’alliances peu équilibrées et despotiques, sans vouloir vous manquer de respect. » s’excusait-elle.

- « Il est vrai que nous avons des torts mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de signifier des excuses. Ou plutôt, si vous les présentez, veillez bien à formuler de nouvelles collaborations qui respectent leurs demandes et les nôtres. », dis-je à nouveau en toute sérénité.

- « Nous ferons ainsi…. Et puis-je être désormais informé… de cette nouvelle qui me fut dissimulée. »

Tous haussèrent les sourcils.

- « Arialyss… de qui portes-tu l’enfant ? »

Nous y revoilà…

- « Seigneur… »

- « Ah, c’était donc cela… ! » disait Garvera qui avait des suspicions depuis quelques jours.

- « Quoi ? Je vais être tonton ? » s’excitait Hartz.

- « Donc… Arialyss ? » répéta Yann.

Je soupirais, levant les yeux vers le ciel. « Bon et bien… je n’y échapperai plus…fini les secrets. Il est… »

 

 

- « ....un enfant illégitime. » reprit Elizabeth. « Tout comme Victor l’était. »

Tous ceux présents regardèrent leur mère avec effarement.

- « Comment cela…. ??? Victor …était un… ? », s'exclamèrent tous les enfants excepté Arialyss.

- « Un bâtard oui. Sa mère est en vérité votre tante Helena. Et je vous prierai, feu votre père, de ne pas le juger. C'était il y a bien longtemps en d'autres temps, dans d'autres conditions. Je ne tolérais aucune remarque et si vous avez des questions à me soumettre, nous en rediscuterons en privé. »

- « Bâtard et cousin…. » disait Garvera.. « En fait, même en décimant notre famille, il n’aurait pu avoir l’accession légitime à Châteaunoir. Triste récompense. Etait-il au courant ? »

- « Apparemment non… », hochait doucement Hartz.

- « Seigneur, Mère, quand alliez-vous nous révéler ce secret ???!!! » vociférait Yann.

- « Du calme…  cela ne change plus grand-chose. Nous l’aimions comme un frère. » disait Garvera pour tempérer son frère.

- « Et toi…Aria’, depuis quand le sais-tu ? »

- « Un peu après que je suis rentrée. »

- « Donc, pour revenir à notre sujet...nous allons avoir un autre enfant illégitime dans la famille… »

- « La question ne se pose même pas. Tu es le futur régent et tu donneras beaucoup d’enfants pour que notre famille perdure. Et comme je l’ai déjà dit, dans plusieurs années, il n’y aura plus du tout de Nobles alors commencez à élever vos enfants dans cette perspective-là. Je ne réponds certes pas à mes responsabilités qui furent d’épouser un Noble et de perpétuer ma descendance dans une bonne famille. Mais même en tant que bourgeoise, je pourrai m’en sortir. »

- « Bourgeoise… Arialyss, tu es ma soeur et je t'aime beaucoup et avec tout le respect que je te dois, j'envisage mal que l'une de notre famille s'accorde à de telles bassesses. C'est le commencement de la décadence pour la famille. » répétait Yann, peu convaincu et agacé.

- « Yann… nous n’allons pas nous disputer…. Tu as eu beaucoup de chance de trouver une femme que tu aimes et que Père a pu t’imposer. Si, ma décadence te choque, je suis prête à l'assumer seule et à me retirer de cette famille. »

Kamila et Yann se regardèrent en se prenant la main.

 

- « Crois-tu que nous avons tous cette chance-là ? Père savait que je porte l’enfant d’un non-Noble et pourtant…lors de ces dernières paroles, il ne dit rien contre. Il ne pouvait me reprocher ses mêmes erreurs. Désormais, notre Père souhaite que nous perdurions la famille à travers le temps mais que nous régissons le duché mieux qu’il ne l’ait fait. »

 

- « Mes enfants, du calme. Nous n'allons pas nous entre-déchirer pour les bonnes mœurs de la famille et de la Noblesse. Je suis mère de cinq...de quatre enfants. Je suis très bien placée pour dire que le travail d'une femme, peu importe son rang et je dirais qu'au vu du nôtre, il est plus compliqué car nous avons beaucoup de responsabilités et en tant que mère, je refuse qu'Arialyss perde son enfant pour des titres dépassés, qui n'octroient aucun privilège et qui tangent à réduire nos protections à néant. Seul l'or, à mon plus grand regret sera désormais notre défense patrimoniale et nous devons faire en sorte de préserver notre famille à travers les âges, les ères en nous adaptant. », déclara Elizabeth avec sagesse.

- « Mère vous avez raison... Bien que ces perspectives ne m’enchantent pas, j’aurai préféré que tu restes et que tu élèves l’enfant en toute quiétude à Châteaunoir. Il serait en sécurité. », finit par dire Yann.

- « Je le ferai à Calpheon et une fois grandi, tu pourras lui enseigner les valeurs de la famille, si tu le souhaites. J’espère seulement que vous ne le verrez pas comme un…paria. Et ne t'inquiètes, il ne craindra rien à Calpheon. Notre nom n'est pas connu et bien que je sois une Noble, j'assumerai pleinement mes responsabilités, me manquant bien des rumeurs. Il me vient un passage d'un écrivain que je vous cite selon ma mémoire : "Elle est sale, elle est glauque et grise, insidieuse et sournoise, d'autant plus meurtrière qu'elle est impalpable. On ne peut l'étrangler. Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l'anguille morte. Elle sent. Elle put. Elle souille. C'est la rumeur." Les rumeurs sont le produit de l'imagination des gens vulgaires, le reflet des plus basses conjectures. »

- « Ne t’en fais pas, Arialyss, moi je lui enseignerai tout ce que Père nous a appris. J’ai toujours rêvé d’avoir un petit frère. » plaisanta Hartz.

Malgré encore le cœur amer, Yann ne put s’empêcher de sourire. Arialyss vint lui tapoter la main afin de le réconforter.

 


Page 56

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Égoïsme ?

Citation

18 Pierre de Sceau

Je vous avoue cette fois, ne savoir quoi écrire dans ce journal. Avec le recul, Mère avait raison. Coucher ses pensées, ses réflexions et ses souvenirs sur le papier est une bonne idée. Le journal me permet de me replonger dans les limbes du passé et de prendre avec sagesse ce qui pourrait se produire, afin d’éviter que les erreurs se répètent.

Voilà que mon Père est décédé depuis quatre jours et il vit sur cette ville une ambiance morose. Et pour rien n’arranger, ajoutez à ceci qu’il pleut. Je déambule dans les longs et froids couloirs du château comme une âme sans but. Les jours de mon départ approchent et je n’ai pas encore commencé à faire mes malles. Mère insiste pour que j’en emporte une troisième avec des plantes médicinales pour m’aider à mieux appréhender la grossesse et pour compléter ses bons conseils, voici qu’un ouvrage orne mon guéridon. Pour le moment, je n’ai aucune envie de l’ouvrir. La tête n’y est pas.

Hartz continue à s’entraîner, décidé à devenir aussi fort que Yann, espérant pouvoir un jour, être le parfait Conseiller Militaire. Garvera est à nouveau plongée dans ses ouvrages… Tout le monde semble avoir repris leur quotidien comme si tout était comme d’habitude…mais pourtant cela a bien changé.

Dès que l’on met un pied en dehors des quartiers, tous nos hommes portent des tabards noirs, complémentaire aux bannières de Père qui ornent les murs et les plafonds. Tous les gens que je croise me présente des vœux de condoléances, si bien qu’à la fin de la journée, je suis certaine que certains me les ont présentés plusieurs fois.

A l’heure que j’écris, je ne souhaite que très peu sortir de mes appartements. Est-ce une escapade pour ne pas affronter la réalité ? Peut-être bien. La mort d’un proche est difficile à affronter même s’il fut votre Père avec lequel les démonstrations d’affection étaient nulles. Il était de mon sang. Nous sommes issus de la même chaire.

Mais il ne s’agit pas là d’une tristesse profonde comme celle que subit Mère. Il est naturel qu’elle soit moins forte et feu notre père, elle en était éprise malgré sa sévérité et son despotisme. Non…ce que je ressens-là…est de la honte et un profond malaise.

Les problèmes que je pouvais rencontrer avec mon avenir étaient surtout engendrés par Père. Le fait qu’il fallut vite me trouver un bon parti, mener une vie comme les Arkxane devaient la mener. Absolument tout m’était dicté et contrôlé. Et maintenant ? Voilà que Père décède et le chemin que j’emprunte se trouve éclairci. Les obstacles amoindris pour ne pas dire…avoir disparu puisque Yann, et dans un sens je puis le comprendre, me reproche mes choix futurs comme…avoir engendrer un enfant hors mariage, me retrouver dans une situation de destitution de la Noblesse si jamais j’envisageais à prendre pour mari un Non-Noble et quel avenir ainsi accordais-je à l’enfant que je porte ?

Je sais que si Père était là…il m’accablerait de tous les mots. La honte et le déshonneur pèsent sur moi. Je ne puis être rattachée à une famille aussi puissante et totalitaire que sont les Arkxane. Honte à moi. Aucun Arkxane ne s’abaisserait à de telles bassesses. Mais pourtant… nous avons tous nos casseroles dans la famille. Et aucune n’est parfaite. Je ne dis pas là, que je puisse m’adonner à toutes les déshonneurs seulement parce que d’autres avant moi les ont faites. Je suis censée être plus mure et sage que mes aïeuls.

Me voilà donc dans une situation où j’ai honte car presque…enchantée que le chemin se soit dégagée devant moi. Cela n’aurait de toute façon rien changé. Que mon Père soit là ou non, j’aurai continué à mener ma vie comme je l’entendais. Non pas que je veuille être toujours dans la confrontation avec les miens mais j’ai le droit…d’avoir cette vie et d’en assumer les conséquences. C’est égoïste…oui. Je ne remplis pas ma part comme mes frères et mes sœurs le font pour la famille. Je sais seulement que si je n’étais pas partie de chez moi, j’aurai été un peu plus sage et réceptrice des ordres que l’on me donnait. Et si je n’avais rien qui m’attachait à Calpheon, ni Isaac, ni le Haras, je serai rentré tôt ou tard auprès des miens. Mais peut-on reprocher à un oiseau de ne pas aimer sa cage après avoir goûté à la liberté ?

 


Page 57

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Châteaunoir

Citation

19. Pierre de Sceau

Cette morosité doit cesser. Cela ne me ressemble guère de rester cloîtrer dans mes quartiers bien que comme n’importe quel humain, j’ai le droit de souffler. Mère me rabâcherait ô combien, de par mon statut, il est malséant pour une femme de se terrer comme un paysan au fond de son trou. Elle n’a pas tort.

Châteaunoir est encore endormie dans cette monotonie et je ne peux le lui reprocher. De toute manière…, nous n’avons jamais été un château heureux ou bien très lumineux, reflétant ainsi la joie et le bon vivre. D’où son nom… Châteaunoir. Original n’est-ce pas… ? Mais cette originalité (ironie) ne vient pas de nous, les Nobles mais bien du bas-peuple. On raconte qu’il y a de cela plusieurs centaines d’années avant que les Arkxane établissent des partenariats commerciaux avec les pays voisins, le Seigneur et Maître qui régnait sur ces terres étaient dix fois plus despotiques que Marcus Arkxane (si, si…cela existe ou du moins…cela a existé). Le premier commerçant à paraître dans la Grande Salle (cette pièce fut la plus grande du château et à l’époque quand le château n’était qu’un manoir, elle prit son nom à cause de sa superficie. Si bien que lorsque le château continua à se construire, il fut établit qu’aucune autre salle ne surpasse la superficie de celle-ci afin qu’elle garde son nom. Il est si compliqué de changer une pièce de nom…c’est à nouveau de l’ironie) …bref, où en étais-je… ? Ah oui. Le premier commerçant à paraître était un Valencien. Il fut bien loin de ses terres. Mais le château en ce temps-là fut bien moins éclairé qu’il ne l’est aujourd’hui, obscur et très venteux, si bien que la vie entre ses murs fut difficile jusqu’à ce qu’on ait l’idée d’installer un système de chauffage interne. Il est bien trop complexe de vous l’expliquer ici mais en quelques lignes… des passages comme des conduits de cheminée ont été aménagé dans les pièces de trois étages. Cette construction fut laborieuse car il fallut rajouter des murs et revoir la superficie de certaines pièces qui avaient diminué. Ainsi à chaque étage, un grand poêle venait alimenter en air chaud les murs intérieurs afin que les pièces puissent être correctement chauffées. Ces aménagements prirent plusieurs mois, obligeant le château à être inhabitables dans certaines ailes.

Pour en revenir à ce marchand, il fut tellement décontenancé par le milieu dans lequel il fut accueilli qu’il appela les lieux « Le Château Noir ». Avec le temps et les routes commerciales empruntées, ce nom se répandit, si bien que nous nous décidâmes par l’accepter.

Et voici comment des lieux importants sont nommés aussi simplement.


Page 58

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Le bon enfant et l’aigrie

Citation

19 Pierre de Sceau

Voici que j’entends les cors et les clairons du haut de ma fenêtre. Quelqu’un vient d’important. Je délaisse le journal et me précipite en dehors de ma chambre pour venir accueillir le ou les visiteurs. Pourtant, personne n’était attendu aujourd’hui à cause des jours de deuil qui suivent l’inhumation. C’est une tradition. Aucune festivité ne doit être organisé ni aucun invité ne doit être annoncé afin de laisser à la famille et au peuple, un temps pour pleurer les morts.

Elizabeth a tenu a prolongé ces jours endeuillés pour permettre aux familles des 15 exécutés lors du Jour Rouge de faire leur deuil convenablement. Cela lui permettait également de continuer à veiller et prier plusieurs heures au caveau familial, profitant de sa présence pour prier également les disparus antérieurs de la famille comme grand-père Menethil et grand-mère Annabeth Solaris. Les 15 familles endeuillées remercièrent Elizabeth et vinrent déposer une rose sur la tombe de Marcus, bien qu’il fut le bourreau des victimes. Un moyen à tous de faire la paix même si certains étaient très réticents. Mais comme Elizabeth était celle qui avait le plus le cœur sur la main et en tant qu’ex-régente, elle était respectée.

Prenant mon manteau car ce jour-ci il faisait froid, je descendis les escaliers qui menèrent à la Grande Salle. Mais à peine eu-je le temps de rejoindre mon siège qu’une voix sèche et sifflante m’arrêta.

« Hé bien… toujours en retard. »

Plaît-il… ? Je me tourne en reconnaissant trop bien cette voix, observant la stature maigrichonne et sèche d’Aurore Delacroix, la mère d’Elizabeth. Le visage fermé et de ses yeux gris-bleu, elle me dévisage de haut.

- « Et toujours aussi maigre… pas étonnant que tu ne sois toujours pas mariée et qu’aucun homme veuille de toi. »

Nul besoin pour elle de porter l’épée, ses paroles étaient aussi acerbes et tranchantes qu’une lame. Je restais devant elle, peu encline à faire le moindre mouvement. Seuls mes iris la suivirent.

- « Ne reste pas plantée-là et décharge-moi. »

A peine eu-je le temps de tendre les bras et de m’avancer vers elle qu’elle me jeta son manteau de fourrure d’ours blanc au visage. Et pour couronner le tout, son maudit volatil vient s’asseoir sur ma tête, me prenant pour un perchoir.

Elle ne m’avait point manquée.

- « Mère… voyons, cessez d’embêter Arialyss. Nous avons des domestiques qui pourront très bien s’occuper de vos bagages. »

- « Allons bon, tu es trop à chouchouter tes enfants qu’on dirait des larves… bon à ramper. »

Bien entendu… si elle nous prend pour des domestiques, nous ne pouvons que ramper, pensais-je, préférant me plonger dans mes pensées plutôt que d’écouter son venin.

Les domestiques accoururent et vinrent me débarrasser des vêtements. Je dus chasser la chouette blanche de plusieurs revers de mains car celle-ci revenait toujours vers moi pour se poser sur mon épaule. Maya qui se tenait près de moi, grognait pour indiquer à ce volatile de décamper sinon elle en ferait du pâté en croûtes.

- « Tes domestiques sont trop lents et point réceptifs pour que je me débarrasse de mes vêtements. Ta fille remplit merveilleusement ce rôle. »

Je pense qu’Aurore ne m’a jamais apprécié car je refoulais depuis toute petite la magie… Bercée dans les sciences occultes, puisqu’elle était la petite fille de Lyszéreïs… Je soupirais. Yann serait très enchanté de la voir, pensais-je ironiquement. Personne n’appréciait vraiment Aurore à part Garvera qui par chance était dans ses bonnes grâces.

- « Comment se fait-il que vous soyez déjà rentrée Mère ? », s'enquit Elizabeth.

- « Et bien, ce n’est pas la joie qui t’étouffe ma chère fille. Nous n’étions qu’à quelques jours d’ici et on nous fit vent de la triste nouvelle. Nous sommes donc rentrés plus tôt. Nous avons eu un mal de chien à entrer dans le bourg. Encore des incapables qui gardent la porte. »

Je levais les yeux vers le plafond, maugréant la stupidité de ma grand-mère et son égocentrisme.

- « Voyons, Aurore, vous savez très bien que nous respectons les traditions. » fit Yann en entrant à son tour dans la Grande Salle, en retard et surtout trempé comme une soupe.

Talonné par Hartz, les deux rentrèrent bredouille de la chasse, certainement écourtée par les clairons qui annoncèrent la venue d’Aurore. Derrière eux marchait un homme de plus petite taille et trapu par l’âge. Mais je le reconnus aussitôt. Janus, le père de Marcus. Malgré son vieil âge, il ne semblait avoir aucune difficulté à marcher, ayant relayé sa canne à un domestique. Aurore n’avait également aucun sillon qui puisse trahir son âge, le sang elfique malgré qu’il fut au quart lui était bénéfique. J’étais plus ravie de voir Janus qu’Aurore. Il était bien moins acerbe qu’elle bien qu’il fut le père de mon père. Étonnant n’est-ce pas ? Il répète souvent qu’avec le poids des responsabilités et de ses voyages, il a perdu en sévérité. Je me demande si un jour il le fut, bien qu’on le surnommait Janus le Terrifiant. A se demander si ce n’était pas une fable pour faire justement croire quelque chose qui ne l’était pas, engrossant sa réputation de régent sordide.

Il sourit en me voyant mais son sourire s’effaça lorsqu’Aurore vint prononcer encore quelques paroles toxiques.

- « Encore à te traîner sans ta canne… tu sais bien que tu n’es plus tout jeune. Cela ne sert à rien de montrer à tes petits enfants que tu es vigoureux… »

- « Tu sais ce qu’elle te dit ma canne… ? Occupe-toi de ton popotin. »

- « Janus, je suis content de vous voir. » fit Yann. Les deux hommes se prirent dans les bras.

- « Moi aussi je suis content, fiston. »

Même son langage pompeux s’était perdu, préférant peut-être être plus proche de ses enfants qu’il ne le fut auparavant.

- « Ah… Arialyss, toujours aussi belle et lumineuse. Il faudrait que tu me donnes ton secret. » fit-il en s’approchant de moi, un mince sourire aux lèvres.

Je lui fis une révérence avant de l’embrasser sur la joue, gâteux qu’il devenait.

- « Raaaaah… ce n’est pas du tout ainsi que cela doit être. » fit Aurore, énervée par nos échanges trop familiers.

J’entendis grogner puis il me demanda de me pencher afin de me chuchoter quelque chose à l’oreille.

- « Ne l’écoute donc pas. Tu es radieuse et je ne te dis pas le calvaire qu’il fut de faire la route avec elle… toujours à se plaindre de tout. On ne la refera pas hein. »

Je souriais comme il me souriait de cette esquisse complice.

- « Que racontez-vous encore sur moi ??!! » siffla-t-elle.

- « Rien. Mais dit à ton pigeon de décamper d’ici ou je le mange ! » fit Janus, agacée par la chouette blanche qui fit des rondes autour de nous, comme commandée à distance par Aurore…

Elle siffla et la chouette vint se poser sur l’accoudoir du siège qu’elle finit par occuper. Le mien… en fait. Un sourire ingrat vient affubler son visage desséché comme pour me narguer. Je lui souris en haussant les épaules, lui montrant que je me moquais bien sur quel siège elle posait son arrière-train. Agacée, elle finit par tapoter de ses ongles crochus le bout de l’accoudoir en tête de serpent et finissait par l’érafler pour m’énerver davantage. Je lui tournais le dos, peu respectueux mais je m’en moquais. J’entendis derrière moi.

- « Le respect se perd dans cette famille. »

Elizabeth esquissa un faible sourire pour toute réponse puis prononça : « S’il vous plaît, Mère… ne commencez pas les hostilités. Nous sommes en période de deuil. Respectez au moins cela. »

- « Très bien, très bien ! », dit-elle presque vexée. Le monde à l’envers…

- « Et je ne veux pas entendre un mot sur l’incompétence de Marcus comme vous avez l’habitude de faire pour amuser la galerie car cela ne m’amuse point. », fit sèchement remarquer Elizabeth.

- « Bien dit ! » fit Janus, un sourire satisfait lorsqu’Elizabeth rabattu le caquet à sa propre mère.

- « Et maintenant, j’ai faim. »

- « Vous ne songez pas à manger maintenant !? »

- « Bien sûr que si… » maugréa Janus.

- « Vous n’avez cessé de manger durant la route ! », se consterna Aurore.

- « Je mange cinq fois par jour ! C’est l’heure pour moi ! Eliza’ s’il vous plaît…pourrions-nous manger quelque chose ? »

- « Oui bien sûr. » Elizabeth fit demander aux domestiques afin qu’ils préparent quelque chose.

- « Tiens au fait…jours de deuil mais vos fils chassent… ? » fit remarquer Aurore comme pour chercher les embrouilles.

- « Le gibier n’attend pas et nous avons des bouches à nourrir. De plus la chasse, chasse les mauvaises pensées. Ce n’est pas un loisir mondain cette fois mais un travail dans lequel nous préférons, Hartz et moi nous plonger. », rétorqua Yann, plein de bon sens.

Aurore finit par hausser les épaules, à court de répondant. Je jubilais intérieurement.

Les serviteurs installèrent la grande table en chêne noire bien massive et lourde. Il fallut dix ans pour la soulever et la placer au centre de la salle. On apporta ensuite les premiers plats dont l’odeur exquise vous emplissait déjà la panse.

Janus ne se fit pas prier pour se mettre à table et bien que l’ouragan engendré par Aurore lors de son arrivée, le repas se fit dans un calme absolu. Comme le répète souvent « Lorsqu’un homme confortablement assis à table mange silencieusement c’est qu’il sait apprécier. »

Mais je tendais l’oreille en amont de la table où Aurore discutait avec Mère.

« Lorsque nous fûmes prévenus du décès de Marcus, Janus s'enferma dans un mutisme deux jours durant. Et pauvre de moi, je n’eus guère le choix d’entamer la discussion mais non, rien n’y faisait. Il restait de marbre et songeur. Même pendant cette maudite route, il ne pipa mot. »

Je tournais la tête doucement vers Janus, soucieuse de son état. Il était normal pour un parent d’être attristé de se voir survivre à ses enfants. Marcus fut le second enfant à partir. Plusieurs années avant ma naissance, Janus perdit Lucilia Arkxane, sa fille aînée, emportée par la dévastatrice peste noire qui ne fut pas arrêtée malgré notre autarcie et nos frontières fermées en ce temps-là. Il ne reste plus que mon oncle Karl du côté de sa famille avec lequel nous n’avons aucune nouvelle… La dernière fois que j’entendis parler de lui, il se mariait pour la troisième fois.

Plus tard dans la soirée, Janus me prit à part afin que nous marchâmes un peu le long des arcades du rez-de-chaussée.

- « Comment vous sentez-vous Janus ? » demandais-je, poliment.

- « Bien…bien, Arialyss. Ne t’en fais donc pas. », dit-il en soupirant doucement, comme las.

- « Je suis désolée pour Père. »

Il me regarda longuement.

- « Il avait ses défauts mais il avait notre respect à tous, même celui d’Aurore mais elle ne l’avouera jamais. »

J’hochais doucement la tête.

- « Tu sais… qu’il fut à mon image, dans le temps… ? J’étais encore plus craint et respecté que lui. Il m’admirait plus que de raison. J’étais jeune et égoïste. J’ai l’impression que cela remonte à plusieurs siècles. »

- « Janus, je vous ai toujours connu comme je vous vois. Un boute-en-train jovial. »

- « C’est amusant comme nous changeons avec le temps, n’est-ce pas ? »

- « Je pense, que vous avez réussi à vous assagir et prendre le bon tournant de la vie afin de rattraper vos erreurs. Je suppose que si Père n’a jamais su être très affectif avec nous, c’est qu’il n’avait pas besoin d’affinités avec vous ? »

- « Tu dis vrai. Pour résumé, pendant de longues années où j’eu ma première fille, j’étais un jeune con. Lucilia naquit quand j’eu…. de trop jeunes années pour me tenir responsable de ma paternité. Annabeth ne me le reprocha jamais. Trop douce et trop gentille, elle me craignait également. Il faut dire qu’au début ce ne fut qu’un mariage arrangé. Ensuite naquit Marcus et je n’étais pas très présent… je préférais me repaître de l’oisiveté des mondanités, laissant Annabeth avec nos enfants. Pour ainsi dire, je ne visitais la couche d’Annabeth pour assouvir mes besoins primaires sexuels. Un mariage sans amour. Mais lorsque Lucilia décéda…j’en voulus à Annabeth de ne pas s’en être suffisamment occupée mais en vérité…je m’en voulais. J’avais été négligent et je ne fus ni présent dans la vie de ma femme que pour remplir sa couche ni dans celui de ma fille qui décéda des restes de la peste noire qui vint jusqu’ici. Renfermé dans ma solitude, je dirigeais Châteaunoir d’une main de fer encore plus drastique que Marcus. Je lui montrais la dureté de la vie et que s’il ne remplissait pas son rôle de père protecteur, il ne serait jamais un bon Arkxane, responsable de sa famille qu’il devait préserver du monde extérieur. Mais avec le temps, je me rendis compte, bien trop tard, que j’avais élevé des enfants qui me ressemblaient et que le démon de l’homme était son propre reflet. »

- « Il n’est jamais trop tard, Janus. »

- « Si…et encore maintenant, je me dis que si Marcus n’avait pas été si dure, peut-être que Victor n’aurait pas été aussi différent, peu importe s’il est d’Elizabeth ou d’Hélène … car je sais que vous êtes au courant. Rien ne sert de trouver le fautif et la provenance de l’enfant. Son éducation a été trop rigide. Et même si Marcus est décédé en protégeant son fils et sa famille, je sais qu’il ne souhaitait pas non plus que ce soit Yann qui vienne à bout de Victor car ton frère jumeau aurait mal vécu un fratricide. Il s’est sacrifié pour nous tous. Arialyss… si tu as un jour un enfant, épargne-lui la sévérité de la famille. Comme toutes les anciennes familles Nobles, nous avons nos histoires et nous ne sommes pas franchement fières de toutes. Nous prions que certaines soient oubliées…mais elles ne le seront jamais car elles nous hantent. »

J’hésitais à lui confier que je portais déjà un enfant en moi mais je n’étais pas certaine de sa réaction. Pour l’instant, il valut mieux que je me taise. Ne crions pas au loup inutilement.

J’inclinais la tête en approuvant ses paroles et j’osais demander : « Qu’est-il advenu d’Annabeth après la mort de Lucilia ? »

- « Elle fut fort attristée… et comme pour me racheter, je lui fis mille cadeaux, des plus coûteux aux plus exotiques. Mais l’amour ne s’achète pas m’avait-elle rétorqué et même avec tout l’or du monde, elle ne me l’offrirait point. Elle avait un sacré caractère. « Tu peux avoir mon corps autant que tu voudras mais jamais tu n’auras mon âme. » me disait-elle. J’en rie lorsque j’y repense et plus elle se refusait de m’offrir ce que j’attendis d’elle plus je tombais sincèrement amoureux d’elle. Nous avions une sacré différence d’âge… je craignais que mon physique avancé lui déplaise. Mais ce n’était pas cela… seul mon caractère égoïste et égocentrique freinait notre idylle. Mais je n’eus de cesse de lui faire la Cour comme un paon…pendant plusieurs mois jusqu’à une année ne s’écoule. Nos enfants pensaient que nous nous amusions, du moins, c’est ce que je leur fis croire. Jusqu’au jour où je tentais de malice de lui faire croire que je me lassais de tous ces petits jeux et que nous vivrions chacun de notre côté. Au début, elle le prit bien. Mais au fur et à mesure, ma présence lui manquait. Je surenchéris ma stratégie en invitant plusieurs Courtisanes afin que nous jouions des jeux d’argent dans le fumoir. Courroucée par mon comportement, elle vint me voir pour me hurler un tas de noms d’oiseaux au visage. Je congédia les Courtisanes et….je te laisse deviner la suite. Nous fûmes à nouveau mari et femme, partageant de bons moments. Après son décès prématuré, je ne puis trouver aucune femme, trop épris d’elle. »

- « De quoi Annabeth est-elle décédée ? »

- « La phtisie. Sais-tu que tu lui ressembles beaucoup ? »

- « Non je l’ignorais. »

- « Quand elle avait ton âge, vous aviez le même sourire et ce petit air hautain agaçant lorsque vous avez réponse à tout, vous les femmes. »

- « Et pas celui d’Aurore ? » fis-je, riant.

Il balaya l’air d’un mouvement de main, las. « J’aime beaucoup ta mère mais je me demande comment elle fait pour supporter sa propre Mère et comment Aurore a bien pu élever ses enfants. Je ne vois rien en Aurore qui puisse expliquer la bonté qu’a Elizabeth envers vous. C’est un mystère que je dois encore relever si mes vieux jours ne sont pas trop avancés. »

- « Allons, Janus… vous ne faîtes pas votre âge. »

- « Tu dis cela pour me faire plaisir ! » riait-il d’une voix rauque.

J’esquissais un sourire, ne souhaitant pas répondre. Mes paroles étaient sincères mais je ne souhaitais en rajouter davantage.

- « Revenons vers eux sinon ils vont encore se demander où nous sommes passés. »

Lorsque nous revînmes vers la salle, Mère me héla.

- « Sache que je n’ai rien dit pour l’enfant à Aurore et ne dit surtout rien….elle serait bien capable de trouver un sujet jubilant à décortiquer sous tous les angles. »

- « Oui bien sûr, Mère. »

Mais je ne fus pas tranquille pour deux sous lorsque je revins seule vers la Grande Salle. Janus était en train de boire un peu de vin rouge lorsqu’Aurore claqua dans les doigts comme si elle ordonnait à des domestiques de venir. Mais c’était moi qu’elle appelait. Je feignais de ne rien avoir entendu, faussement absorbée par une conversation entre Hartz et Yann qui se défiait d’un bras de fer. Malheureusement l’assiette posée à l’extrême limite de leurs poings qui s’abattirent sur la table fut projetée sur le sol dans un craquement de porcelaine brisée. La sauce et son contenu se déversa sur le sol auquel Maya ne fut pas mécontente d’en lécher les restes.

- « Es-tu sourde ma parole ?!!! » hurlait Aurore dans ma direction.

Et juste pour l’agacée encore plus, je venais vers elle d’un pas lent, chieuse comme il m’était permis de l’être.

- « Le fais-tu donc exprès ? »

Je ne laissais qu’entrevoir un sourire poli sur mon joli minois et m’excusait de ma paresse.

- « Quand comptes-tu te marier hm ? Yann n’a pas attendu… pourquoi es-tu si longue ? Ne serais-tu pas attirée par les femmes ? »

- « Seigneur…non. » fis-je les sourcils levés mais amusée. J'aurai peut-être du répondre que oui pour qu'elle me laisse en paix. L'entendre se lamenter était assez risible du moment qu'elle me fichait la paix. 

- « Alors pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison ? Pourtant engrossée comme tu es, tu ferais mieux de trouver un mari et très vite avant que tu n’attires la honte et le déshonneur sur nous. » grinçait-elle, horripilée par ma présence comme si j’étais un être abjecte.

A ces mots, Janus leva la tête comme peu certain d’avoir bien entendu. Aurore savait que j’étais enceinte et cela je l’ignorais. Même Mère qui s’était retirée, sans doute trop lassée par sa propre mère avait gardé le secret. J’assassinais mes frères du regard comme si je craignais que l’un d’eux m’avait dénoncé.

Yann leva innocemment les mains et Hartz haussa les épaules.

- « Ne les blâmes pas, ils n’y sont pour rien. C’est toi la porteuse de l’enfant et c’est ta faute si tu nous mènes au désastre familial. Le père de cet enfant est Noble au moins ? »

- « Avec tout le respect que je vous dois, Aurore, cela ne vous regarde pas. »

- « Pour sûre que cela me regarde ! Alors le père n’est pas Noble ! Honte à toi ! C’est la disgrâce qui nous pèse ! Il faut immédiatement te trouver un homme et que tu puisses consommer le mariage et faire croire que l’enfant vienne de lui. »

Je levais les yeux au plafond. Elle me fixa.

- « Tu peux bien regarder le Ciel, ce n’est pas lui qui a mit l’enfant là. Tu n'es pas une Sainte et lui encore moins ! Et tu n’en feras pas à ta tête cette fois ! Ne pouvais-tu pas cesser de penser à toi à un moment et penser à ta pauvre Mère et à moi ? A ta famille ? Non, il a fallut que tu forniques avec le premier rampant que tu es allée dénichée dans la boue ? »

- « AURORE !!! » gronda Janus, de sa voix grave et résonnante.

Je restais plantée-là… écoutant passivement ses sermons. Ils ne m’atteignirent pas… du moins c’est ce que je pensais. Plus que deux jours et je serais partie d’ici…je n’aurai plus à subir Aurore et sa haine profonde envers ce qui n’est pas magique et ce qui était imparfait à ses yeux. Mère ne lui a surement pas dit que j’avais fait don de la magie et en un sens c’était mieux ainsi. Je ne voulais pas qu’Aurore m’apprécie par intérêt.

- « Si tu n’es pas capable de te marier au plus vite, nous n’aurons guère le choix que de te renier ! » vociférait-elle.

- « Ce n’est pas grave. J’avais déjà envisagé cette solution. » fis-je.

- « Ha !!! », défia Aurore, se comportant comme une jouvencelle.

- « Ah non… » fit Janus, comme déçu.

- « Aurore, calmez-vous. Nous en avons déjà discuté et même Père était au courant avant sa mort. »

- « Mais savait-il de qui l’enfant était-il ? »

- « Non mais il savait qu’il n’était de sang-bleu ce qui revient au même. »

- « Marcus n’aurait jamais accepté… »

- « AURORE CELA SUFFIT !! Je vous somme de ne jamais parler au nom de mon défunt fils ou je vous jure que vous m'entendrez longtemps vous faire la leçon sur la politesse qui vous incombe en tant que Mère sur votre fille et Grand-Mère sur vos petits enfants ! » grondait hostilement Janus.

Je ne l’avais jamais entendu ainsi. Il me regarda un instant comme s’il méditait.

- « Je sais quelles sont les conséquences à assumer pour moi et l’enfant. Et si pour cela vous devez me renier, je me plierai à vos exigences mais jamais je n’épouserai un homme que je n’aime pas. Pour l’heure, mon cœur est déjà pris et il ne peut en être autrement. Et maintenant, si vous voulez bien m’excusez. »

Je m’inclinais et pris congé, laissant une Aurore décontenancée et un Janus en méditation. Mais avant de me retourner, il me glissa une œillade. Je fus soulagée, il ne semblait pas me haïr, lui.

J’entendis Yann soupirer et sermonner Aurore qui se sentit de nouveau vexée. Hartz prit également congé et me rattrapa dans le couloir en m’enlaçant de dos.

- « Ne t’inquiète pas Aria’, moi jamais je ne te tournerai le dos, ni à toi, ni à ton enfant. »

Les yeux emplis de larmes, je me tournais vers lui pour le prendre dans mes bras. Et pour la première fois, ce fut Hartz qui me consola telle une enfant. Sa candeur et son affection l’avaient rendu tellement plus sage et d’une fragilité naïve que je ne pus me résoudre à briser, dans le besoin d’être soutenue. Je souhaitais qu’il ne soit point influencer et qu’il trouve sa voie au sein de cette famille de fous.


Page 59

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Quelques trésors de bibliothèque

Citation

20 Pierre de Sceau

Avant de préparer mes valises, je me dirigeais vers la bibliothèque souhaitant emporter quelques souvenirs dans mon journal, n’étant pas certaine de revenir de si tôt avec le retour peu appréciatif d’Aurore. Mais je tombais sur ma mère dans la bibliothèque, elle paraissait bien mélancolique en revoyant les portraits de mon père.

« Non, ne pars pas, tu peux rester. » me dit-elle alors que je rebroussais chemin.

Fermant la porte derrière moi, je m’approchais pour observer le tableau dans lequel ses yeux bleus étaient rivés.

- « Mère… si vous vivez avec le passé…cela ne sera bénéfique pour vous. » dis-je doucement, sans vouloir la blesser.

- « Je sais… mais il me manque. » Elle vint sécher une larme de son pouce et tout en reposant le cadre sur le pupitre, elle m’interrogea.

- « Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

- « Et bien…avec votre permission Mère…j’aimerais prendre quelques esquisses si toutefois elles existent pour les emporter et les garder précieusement dans mon journal. Des esquisses des portraits de Lyszéreïs et de Père. »

- « Oui, bien sûr. Mais pour quelle raison viens-tu aujourd’hui… ? N’est-ce pas en lien à l’affreux accueil que fit Aurore avec toi ? »

- « C’est lié… j’ignore quand je reviendrai ici…honnêtement. Je suis traitée en paria en sa présence. Peut-être n’a-t-elle pas tort… et j’ignore combien de temps je serai encore des vôtres. Mes portraits et mon nom seront peut-être bientôt effacés des livres et ouvrages familiaux… »

- « Jamais ! Tu entends ! Jamais je ne le permettrai ! Et tu es ici chez toi ! Tes frères et ta sœur ne l’entendront pas autrement. Peu importe que l’origine de cet enfant ! J’entends bien le voir également grandir ici pendant plusieurs étés et hivers ! »

Je souris, rassurée par cette nouvelle.

- « Mais j’accède à ta requête. J’ai ici quelques trésors qui te permettront de te souvenir des tiens. »

arbre.png

 

Arialyss à 20 ans.jpgElle s’approcha d’une cassette fermée dont elle possédait la clé autour du cou. En l’ouvrant, elle prit plusieurs portraits miniatures, sans doute réalisé il y a un temps car les bordures étaient jaunies et défraîchis bien que bien conservés. Je reconnus même des dessins lorsque je fus plus jeune, sous la neige. Elle me céda également un exemplaire de l'arbre généalogique de la famille que je possédais déjà à Calpheon. En le contemplant un instant, je me dis qu'il fallut le mettre à jour en fixant le médaillon de père.

 

Portrait de Lyszéreïs.jpgElle m’en offrit plusieurs. Dont l’un où il présentait une femme aux cheveux bruns et habillée tout de blanc. Elle symbolisait la pureté. On aurait dit un ange.

 

- « Lyszéreïs… ? » demandais-je au hasard.

- « Oui, c’est bien elle. »

- « Comme elle est belle… si pure. »

- « N’est-ce pas ? » fit ma mère, amusée par ma remarque.

Elle se dirigea vers une petite armoire après m’avoir offert les diverses petites peintures que je contemplais, dans laquelle était enfermé un petit écrin de bois qu’elle posa sur le pupitre devant lequel je me tenais debout.

- « Qu’est-ce donc ? » interrogeais-je intriguée.

Il n’y avait là aucune fermeture visible. Le coffret était lisse et sans aucun ornement. Très simple à vue d’œil et je jugeais qu’il fut décoratif bien qu’il parût assez banal de prime abord.

- « Je t’offre ce coffret. Viendra le temps où tu seras plus sage, plus expérimentée. Et lorsque tu sauras l’ouvrir, cela voudra dire que tu es prête. »

Je la regardais sans comprendre en prenant l’objet. Aucune rainure ne trahissait une éventuelle ouverture comme s’il fut taillé d’un seul bloc. Je ne pus m’empêcher de le contempler avec curiosité sous le regard amusé de ma Mère qui pour toute réponse, m’embrassa sur le front.

Encore un mystère à résoudre.

 


Page 60

Modifié par Ceresayaria
1 personne aime ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

On est ce que l’on choisit d’être

Citation

21 Pierre de Sceau

L’avant départ était arrivé. Mes malles étaient prêtes depuis l’aurore, je reçus encore la visite du médecin de la famille afin de me donner quelques lotions et médicaments en cas de mal lors des mois à venir de ma grossesse, sur ordre de ma mère qui s’inquiétait. Je sais qu’elle espérait me voir développer l’enfant en sa présence de son œil expert mais il ne pouvait en être autrement. Je lui promis qu’elle le verrait quelques mois après sa naissance afin qu’elle puisse me donner des conseils. Mais je savais que j’aurai ses précieux conseils par missive.

Les valises de Lucile Desmont furent également montées dans la voiture comme toutes les miennes. J’avais l’impression d’en avoir plus qu’en arrivant et ce n’était pas une impression… c’était vraiment le cas ! Une remplie de médicaments et mère me promettait de m’envoyer des vêtements pour le bébé dès qu’elle serait fixé sur son sexe.

Il n’était plus question que je monte à cheval, pas dans ces conditions, c’est pour cela qu’on affréta une voiture à six chevaux afin que je puisse arriver sans encombre à destination. Hermès et Esperanza étaient attelés au centre car ils n’étaient pas des chevaux de traits et n’avaient aucune rigueur pour mener les autres chevaux. Il fallait que ce soit de bons chevaux d’attelage qui mènent la tête du carrosse. Maya grognait déjà de ne pas se voir faire la route à pied, embarquée comme un vulgaire chien de compagnie dans la voiture.

« Maya… ce n’est que provisoire. Je ne tiens pas à ce qu’on te tire dessus en pensant que tu appartiens à une meute de loups en train d’attaquer la voiture. Allez, file. »

Dans un dernier grognement de mécontentement, elle bondit pour atteindre le plancher du carrosse. Je ne pouvais lui reprocher de ne pas savoir utiliser le marchepied trop étroit et casse-figure. Même une Dame dans une robe peinerait à monter et à descendre de la voiture. Heureusement que les miennes étaient au fond d’une des malles, préférant de loin le pantalon d’une tenue plus pratique. Malheureusement bientôt, dès que mon ventre trahirait ma grossesse, il faudra porter des robes un peu plus amples. Dans un mois ou deux.

- « Tu comptes partir sans nous dire au revoir ? » fit remarquer Yann les bras croisés, derrière moi.

- « Je n’aime pas les adieux. » dis-je calmement.

- « Cela, on l’avait bien remarqué. Mais partir comme une voleuse, tu aurais pu l’éviter ! » dit Hartz.

- « Fuyarde. » rétorqua Garvera sur le ton de l’humour.

Elle fut la première à me prendre dans ses bras. « Et au diable Aurore, ne l’écoute pas. Viens dès que tu le souhaites, d’accord ? »

- « Très bien. »

Mais à peine Garvera m'avait-elle lâché que Yann et Hartz accoururent en me prenant dans leur bras. Kamila restait en retrait, amusée par ces embrassades fraternelles.

- « Ma chère petite sœur, ma chère moitié. » fit Yann.

Je sais qu’il parlait de moi ainsi, nous étions deux jumeaux, deux moitiés formant un tout.

- « Tu nous reviendras, n’est-ce pas ? Que je puisse enseigner à mon neveu les vertus de notre famille ? »

- « Tu es bien certain qu’il puisse être neveu et pas nièce ? » dis-je amusée.

- « Peu importe. Si c’est une fille, elle sera certainement comme toi. Une petite guerrière. Mais nous ne la laisserons pas tomber. Elle sera aimée. Tu entends ? »

- « Oui, j’entends. Mais prends garde à ne pas lui enseigner toutes les vertus de notre famille. » conseillais-je. Certaines des vertus avaient été nos faiblesses.

- « Et si tu as à nouveau besoin de moi au Haras, n’hésite pas. » fit remarquer Garvera.

Mais je savais qu’elle était très occupée par son apprentissage et n’aurait la possibilité de se déplacer autant.

- « Au pire, on enverra Hartz, afin qu’il s’instruise de la culture de Calpheon. » railla Yann.

- « Cela ne me déplairait pas ! »

- « Puceau comme tu es, tu tomberais dans le piège de la première jouvencelle… »

- « Heyyyy !!! » s’écriait-il.

Nous rîmes.

- « Ne t’inquiètes pas… Yann, si jamais Hartz venait me seconder pendant un temps, je veillerais sur lui. »

- « Nous verrons cela. Avant j’aimerais retrouver le gibier de potence. »

Il avait raison. Avant d’envisager que les membres de la famille visitent Calpheon, il fallait se débarrasser de notre ennemi commun ou du moins veiller à ce qu’il ne soit plus une menace.

- « Je viendrai également un jour te rendre visite, sans doute durant ta grossesse. », annonça Elizabeth qui s’approcha de moi pour me prendre longuement dans ses bras et de m’embrasser comme il se doit. Ces adieux n’avaient rien à voir de la manière dont j’avais quitté Châteaunoir la dernière fois.

Sans surprise, je ne vis pas Aurore, m’ayant relayée aux rebuts de la noblesse décadente.

- « Hey, Aria’, j’ai oublié de te dire que la famille va grandement s’agrandir. », dit Yann un sourire aux lèvres.

Je penchais la tête malicieuse puis posais mes iris sur Kamila.

- « C’est une surprise que nous voulions vous partager avant que vous ne partiez. » dit joyeusement Kamila, les mains sur son ventre.

- « Tu auras également une nièce ou un neveu. Ils pourront grandir ensemble, comme des frères et sœurs. »

Cette idée me plût. Que les enfants puissent grandir dans un environnement sain, comme nous le fûmes auparavant.

- « Ne fais pas les mêmes erreurs que feu notre père. » dis-je simplement.

- « Ne vous inquiétez pas, je veillerais sur lui comme Dame votre Mère veilla sur votre Père. » dit Kamila avec bienveillance.

- « Dans ce cas, je ne suis point inquiète. »

- « Mère sera toujours là pour nous aider. »

Elizabeth semblait être aux anges. Deux fois grand-maman. Elle aurait de quoi faire lorsque les enfants naîtront.

- « Enfin… un enfant légitime qui arrive au monde dans cette famille. C’est une bonne nouvelle. », rétorqua Aurore que nous n’attendions plus.

Je levais à nouveau les yeux au ciel mais comme pour répondre à ma prière, Janus lui frappa la tête de sa canne.

- « Aurore, si c’est pour raconter des inepties, vous feriez mieux de vous enfermer avec votre poulet volant dans votre tour et sonder vos vieux grimoires pour nous inventer l’impossible. »

Janus n’était pas un fervent partisan de la magie et il n’aimait pas les activités d’Aurore qu’il dépréciait hautement.

- « Ma chère petite-fille. » fit-il en s’avancement vers moi pour me prendre les mains.

- « Je pensais que vous ne viendriez pas, trop déçu. »

- « Déçu de quoi parbleu ! »

- « Que j’entraîne la disgrâce et le déshonneur de par mes choix pour un homme sans condition que j’aime et de l’enfant résultant de notre amour commun. »

- « BALIVERNES !!! Laisse-donc ces imbécillités à Aurore ! Ne vois-tu pas comme je suis heureux ! Je survis à mes enfants…et mes petits-enfants, j’ai la chance de pouvoir connaître mes arrière-petits-enfants. Ce que tu ne sais pas, Arialyss, c’est que je suis on ne peut plus fier de toi. Tu as toujours su te dresser contre tes paires pour faire entendre ta voix et malgré que ton père ne fut pas d’accord avec toi, tu as toujours su faire opposition avec respect. Si tu as décidé de suivre une autre voix, c’est ton choix et ton droit, en acceptant les conséquences. Bien des hommes nous ont craint de nous défier, certains se sont mis à ramper pour ne pas subir notre courroux et n’ont même pas osé donner leurs impressions, qu’elles fussent justes ou non. Beaucoup de tes frères et sœur, sont restés dans le droit chemin pour ne jamais faire affront ni contrarier leurs parents…mais attention, je ne dis pas que tu es impolie au point d’ignorer tes devoirs et tes droits, ne sachant faire la distinction entre les deux. Non, toi, tu as eu le courage de mille hommes et la bravoure d’avancer. Qui pourrait te le reprocher ? Tu as mon plus profond respect. »

Ces paroles m’atteignirent. Savoir que Janus le Terrifiant fut craint lorsqu’il fut gérant et que sa sévérité était plus drastique que celle de mon Père, me respectait malgré mes choix en toute opposition avec l’esprit de la famille, j’en étais sous le choc mais profondément émue. Je savais que ma stature avait également changée. Malgré les réconforts de mes paires, je n’étais plus l’héritière de la famille, je n’étais plus l’espoir fondé comme l’était Yann. Je n’avais pas de mari mais un enfant. J’étais entre la noblesse et la déchéance de mon rang. Inqualifiable. Ni Noble, ni bourgeoise. Ni mariée, ni célibataire. Mais j’allais devenir mère. Pour Aurore, j’étais une Noble déchue. Mon statut était encore rattrapable mais je ne le souhaitais pas. C’était mon choix et mes responsabilités. La famille ne me tournait pas le dos, pas pour l’instant. Mais un jour…peut-être allais-je devoir prévoir mon propre emblème et mon propre arbre généalogique. Rien que cette pensée me fit monter les larmes aux yeux. Savoir que nous pouvons à tout instant être écarté de sa famille est un déchirement. Les yeux bleutés de ma mère me fixèrent et comme si elle savait ce qui me tourmentait, elle me reprit les mains.

- « Jamais… tu entends. Jamais tu ne seras écartée de la famille et ce vœux-là, qu’ils m’en soient tous témoins aujourd’hui, j’en fais le vœu éternel, qu’il survive ma mort. Que tes enfants et ton homme, si un jour, il se décide à nous rejoindre, soient toujours accueilli comme étant la descendance des Arkxane et celle de cet homme. J’en fais le vœu solennel. »

- « Mère… »

Je sautais au cou de ma mère qui m’enlaça. C’est embrassade était un peu déplacée mais personne ne put le contester. Kamila, qui partageait nos émotions communes vint également nous embrasser, comprenant certainement en tant que fille, femme et future mère les tracas qui me tourmentaient. Garvera a son tour, Yann et Hartz également. Nous nous tenions tous dans les bras l’un de l’autre, créant petit à petit un cercle où nos mains entouraient le cou de notre voisin.

- « Tiens, tu ne râles pas… ? » fit remarquer Janus auprès d’Aurore qui se tenait droite, la chouette blanche sur son épaule.

Elle haussa les épaules. « Il n’y a pas toujours quelque chose à dire, Janus. Je pense avoir assez rappeler à nos petits-enfants leurs choix et leurs responsabilités. »

- « Tu as une manière un peu cruelle de leur rappeler. »

- « Il faut qu’ils soient forts et qu’ils sachent toujours se défendre. Qu’adviendrait-il si quelqu’un d’autre le leur rappelait leur faute ? »

- « Tous ne savent pas et j’estime que par courtoisie, les gens sachent ne pas fourrer leur nez dans des affaires qui ne les regardent pas. »

- « Tu ne peux empêcher les rumeurs. Quel est la différence entre une rumeur et une tumeur selon toi ? »

- « A part la première lettre…je n’en vois aucune. Elles font les mêmes ravages. »

- « Exactement. »

- « Si je comprends bien…il a fallu que tu fasses du théâtre pour blesser Arialyss et créer des situations malfaisantes ? »

- « Peut-être. N’oublie pas que dans mon temps, je fus une très bonne comédienne. »

- « Aurore…. Je ne te comprendrais jamais. »

- « Depuis que tu t’es ramolli… il faut bien qu’après Marcus, quelqu’un montre la sévérité de la famille et rappelle les décisions de chacun.  »

- « Si je comprends bien, c’est ma faute ? »

- « Je n’ai pas dit cela. Et maintenant, si tu veux bien, j’aimerais remettre mon masque de mégère. »

Janus soupira en levant ses yeux turquoises vers le ciel, se disant que cette femme était folle.

Les Arkxane avaient cessé de se prendre dans les bras et chacun revint à sa place lorsqu’Arialyss monta dans le carrosse. Le cochet se mit en route et Arialyss, la tête penchée en dehors du carrosse agitait un carré de soie pour leurs dire au revoir. Les femmes agitaient également un mouchoir jusqu’à ce que le carrosse disparût du sillage, descendant la rue principale de Châteaunoir, passant les portes imposantes avant de quitter définitivement le bourg en direction de la route nord où il fallut franchir la chaîne de montagne avant de pouvoir espérer se retrouver en terre elfique et ensuite dans la province de Calpheon.

Lucile était assise en face de moi, les deux mains jointes sur ses genoux tandis que la voiture empruntait la route brimbalante. A peine avait-t'elle fait quelques mètres qu'Arialyss regrettait de ne pas avoir son postérieur sur une selle de cheval, bien plus confortable et moins tape-cul. 


Page 61

Modifié par Ceresayaria
2 personnes aiment ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Un nouveau souffle

Citation

21 Pierre de Sceau - vers midi après l'envoi du courrier

 

« Je sens que je ne tiendrais pas… »

- « Plaît-il ? » demanda Lucile.

- « J’ignore si c’est le confort d’une voiture ou si c’est la route qui rend ce voyage désagréable. »

- « Un peu de deux je dirais, Ma Demoiselle. », dit-elle d’un demi sourire. « Mais si je peux vous donner un conseil, mettez plus de coussins en dessous. »

Je m’exécutais, ramassant les couvertures et coussins qui nous serviraient durant la nuit pour les mettre sous mon postérieur ainsi que celui de Lucile, rendant le voyage moins pénible.

- « Mes Demoiselles, nous franchissons les cols. Veillez à mettre une double couche, les cimes sont enneigées. » annonça le cocher.

Je sortis la tête par la fenêtre afin de voir la distance que nous avions parcourus. A peine quelques heures pour monter le sentier caillouteux qui nous permettrait de franchir la chaîne de montagnes. Nous avions déjà dépassés les monts les plus petits. La végétation était inexistante et à cette altitude, la neige éternelle recouvrait les sommets des montagnes que nous pûmes observer sans difficulté. L’air était frais et une brise glaciale nous rappelait à quel point nous étions vivantes.

« Je ne suis jamais sortie du pays… » fit Lucile, comme inquiète.

- « Vous n’allez pas regretter d’être restée ? »

- « Non, j’ai un peu peur c’est vrai mais c’est une nouvelle aventure pour moi, et je ne suis pas seule. » dit-elle en souriant doucement en me regardant.

- « Et votre famille ? »

- « Je n’en ai plus… je n’ai donc plus de regret. »

- « J’en suis navrée. »

Elle secoua la tête puis profita de la vue pour observer le paysage qu’elle n’avait jamais vu de si près. J’observais également la route que je n’ai pas prise en arrivant ici. Un sentier plus étroit était praticable plus bas, à condition d’être à pied ou sur un cheval. Mais malheureusement les carrosses ne purent passer, il fallait emprunter la route des cols, plus larges et moins abruptes même si certains virages étaient serrés et ne permettaient pas que deux transports se rencontrent. Il fallait donner la priorité à l’un tandis que l’autre patientait un peu plus loin. Il y avait peu de passages à cause de l’autarcie de la province, les frontières étaient pratiquement fermées. Seuls les coursiers et les personnes de fortes influences pouvaient passer.

Je penchais la tête vers l’arrière afin de contempler la vallée qui disparaissait, enserrée et écrasée par les versants des montagnes. Un vent de liberté soufflait entre les pentes, faisant écho de mes choix mais également des événements qui s’étaient déroulés durant le séjour dans ma famille. Victor était dans la nature et certainement diminué mais sans preuve il était difficile d’estimer la suite. Mais je sentais au fond de moi que je pouvais souffler, comme soulager d’un énorme poids. Je n’étais plus sous le poids de la Noblesse loin des miens, j’ai toujours mes responsabilités mais je suis seule et je ne nuis à personne. Je ne dois rien, je ne suis obligée de rien, je suis maître de mon propre destin. C’est cela qu’on appelle la liberté.


Page 62

Modifié par Ceresayaria
1 personne aime ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Entre Châteaunoir et Calpheon

Citation

La nuit, les cochers s’alternent. Ils sont deux à conduire le véhicule. Pendant que l’un conduit, l’autre dort ou bien se repose. Quant à nous deux, nous dormons comme nous le pouvons. Soit assises, la plupart du temps ou bien Lucile s’étend sur sa couchette. J’ai une préférence pour être sur le sol, c’est moins dangereux. Lovée contre Maya, son corps me réchauffe durant la traversée du col. Les cochers se sont promis une halte dès que nous arriverions après la chaîne de montagnes afin que les chevaux puissent se reposer et paître un peu l’herbe, rarissime à cette altitude. Je sais que nous emportons un peu de fourrage afin que les chevaux puissent manger un peu mais le froid est mordant et il est déconseillé de rester figer trop longtemps sur place, si bien que les membres des équidés seront engourdis.

C’est au petit matin que je sens que l’air est moins glacial. Nous avons franchi les montagnes. La voiture est arrêtée sur le bas-côté de la chaussée, les chevaux se repaissent des premiers brins d’herbes comestibles près d’un cour d’eau.

J’entends la porte qui s’ouvre de mon esprit mi endormi mi éveillé. Lorsque mes yeux s’ouvrent, ce sont sous les dessous de Lucile qui tente de m’enjamber avec difficulté mais par malheur, la demoiselle s’empêtre le bas de la robe dans le loquet de la porte et dégringole. Ce sont les bras adroits et forts du fils du cocher qui la rattrapent de justesse avant de finir dans la boue mais ses bottes finissent crottées. Le jeune homme la regarde avec une mine hébétée mais point fâché d’avoir voler au secours de la donzelle.

« Ma Demoiselle…voyons, ce n’est tout de même pas le confort qui manque. » me fait remarquer le cocher lorsqu’il me voit me prélasser dans les couvertures à même le sol. J’étire mes bras avant de bailler puis m’appuie sur mes coudes, les cheveux défaits. De l’allure noble, rien n’est resté. J’ai l’air d’une paysanne. Une paysanne dans un carrosse seigneurial. Problématique. Je fais tâche dans le décor. Même Lucile paraît plus distinguée que je ne le suis mais cela m’amuse, au contraire. Voici que je me complais dans des frivolités. A croire que l’on m’a drogué.

Restant toujours allongée sur le sol, Maya me devance en bondissant hors du carrosse afin d’aller se dégourdir les pattes. Je ferais mieux d’en faire autant avant de rester enfermée dans cette boîte brimbalante. Je finis par me lever, remettant de l’ordre dans le fiacre afin que nous ne ressemblions pas à des gens du voyage et je sors enfin respirer le grand frais. Lucile a eu le temps de se dépêtre des bras du jeune cocher pour aller chercher le panier à repas, toute cramoisie qu’elle était, autant que le cocher. Je ne pus réprimer un sourire amusé en le voyant. Si bien que cela me rappela le dîner avec Isaac. Le prétexte des épices de Balenos offerts par le Conclave… merci à eux. Je crains que sans eux ni en leurs épices, nous serions restés que des amis ou bien des confrères de travail… Est-ce qu’Isaac aurait songé à faire le premier pas ? Et moi… y aurais-je songé ? J’y songeais un peu…mais je n’étais pas prête à me relancer dans une histoire. Je craignais encore une mésaventure. Le désert m’a suffi…à cause de ce Seth. J’aurai pu y laisser ma peau. J’étais désespérée… et sans ressource. Sans le comprendre, ses souvenirs refoulés que j’avais dissimulé dans un travail acharné en retrouvant Calpheon me firent larmoyer. J’étais devenue une femme qui s’était coupée des autres pour ne pas souffrir. J’avais perdu de précieux amis car ils s’en étaient allés à leurs affaires, ne pouvant restés à Calpheon et cela m’avait attristé bien plus que je ne l’avais voulu le montrer. Et maintenant je songeais à ces stupides épices qui, si elles n’avaient pas été offertes, n’auraient jamais permis un dîner aussi agréable et idyllique qu’il fut. Car je savais que j’avais endormie mes hormones de chasseuse. C’est honteusement vulgaire dit ainsi…je le sais mais ce que je cherche à dire c’est que…ma volonté était telle que plongée dans le travail tel un bourreau, je n’aurai jamais songé à prendre un peu de temps pour moi et peut-être ne me serais-je point rapprochée avec Isaac. Mais ce dîner fut le déclic. Le jeu du chat et de la souris. Qui était le chat et qui était la souris ? Nous avons tenu ce rôle tous les deux. Isaac me défia. Tout défi est un jeu attrayant pour moi. Lorsqu’on me lance… je ne m’arrête point. Cependant, je fus arrêtée, l’herbe coupée sous les pieds par Isaac même car nous nous étions mal compris. J’avais trop joué avec la souris. Ou la souris ne voulait plus jouer avec le chat. Limité ou bien vexé. Ou peut-être les deux. Nos jeux durèrent une semaine environ. Si bien que le jeu n’en était plus un. Nous avons tous les deux pensés avoir froisser l’autre, embourbés dans un quiproquo. Avec le recul, nous étions bien bêtes. Nous avons joué sans prendre en considération les limites de l’autre. Cela aurait pu mal finir si Isaac n’était pas si calme et si avenant, préférant dépêtre les situations fâcheuses plutôt que de les laisser courir et voilà comment on crée les disputes les plus bêtes. En ne communiquant point.

Perdue dans mes souvenirs, je n’entends plus Lucile qui m’appelle jusqu’à ce qu’elle me tapote sur l’épaule. Je crois que mon cœur vient d’avoir un sursaut.

- « Pardon Ma Demoiselle mais vous étiez tellement plongée dans vos pensées que ma voix ne suffisait plus. »

- « Ne vous excusez-pas et vous avez eu raison de me ramener dans le présent. »

Il faisait froid au petit matin mais bien moins qu’en montagnes. Nous nous assîmes sur le sol vert afin de manger notre repas. Des œufs durs, du jambon et du pain avec une tasse de thé et quelques pommes, grâce au feu de camp préparé par les cochers.

Stupides et bien heureuses épices, songeais-je. Pourquoi stupides ? Parce qu’il est déplorable qu’une chose aussi futile et insignifiantes puissent créer des événements aussi heureux qu’il faut chérir chaque instant de sa vie. Je sentais le regard pesant de Lucile qui me dévorait du regard. Oui, Lucile.

J’étais à nouveau dans mes pensées et point d’une bonne compagnie. Sa principale compagne de voyage était un mur. J’entendais les paroles mais ne les écoutais point. Lucile n’insista point, certainement convaincue que j’appréhendais mon retour à Calpheon ou bien que quelque chose me poursuivait entre Châteaunoir et Calpheon.

Mais si j’ai fait le pas avec Isaac, accepter le défi et toute la suite des événements, je sentais que je pouvais avoir confiance en lui et c’était bien le premier avec qui cela arrivait. Voilà comment je me suis laissée porter…porter dans cette aventure où les sentiments sont nés grâce à notre complicité. Un sourire apparût sur mes lèvres ce qui rassura immédiatement ma compagne de voyage.


Page 63

Modifié par Ceresayaria
1 personne aime ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Lucile

Citation

Le 25 Pierre de Sceau 286

« Ouaaaah c’est ça Longuefeuille ? » me questionnait Lucile, la tête penchée vers l’extérieur du carrosse.

- « Lucile…ne vous penchez pas autant, vous allez…tomber !!! » Je la retiens au dernier moment en l’agrippant par la robe. La jeune demoiselle s’était penchée bien trop en avant pour tenter de distinguer les maisons bâties en haut des arbres.

- « Hiiiii !!! Qu’est-ce que c’est !!! Vite !! Aidez-moi à remonter ! » piaillait-elle telle une hystérique en apercevant les géants à un œil qui patrouillait en bas des arbres.

- « Du calme… » fis-je comme excédée par ce remue-ménage inutile. Je n’étais pas très enchantée par le confort du voyage que désormais Lucile me tapait sur les nerfs. Entre son extasie frénétique et ses piaillements, il n’y avait pas de demi-mesure. Ce petit bout de femme n’était pas pour trois sous courageuse mais je ne pouvais lui en vouloir. Tout ce qu’elle vit ici, elle ne l’avait vu que dans les livres. Elle était très curieuse. Un peu trop…à me poser sans cesse des questions, si bien que rapidement exténuée, je feignais de dormir. Sans demander son reste mais fort peinée, elle sût trouver du réconfort et des réponses auprès du jeune cocher qui lui contait ses quelques traversées. L’entendant s’extasier tel un oisillon en partance pour le nouveau monde à tir d’ailes, je gloussais non pas de moquerie mais de voir tant de naïveté et de candeur dans ce petit bout.

 

« Ma Demoiselle, sommes-nous encore loin de la destination ? »

- « Non. Nous avons même de l’avance, ce qui n’est pas surprenant de par notre rythme et le bon relayage entre les cochers. »

- « N’est-ce pas qu’ils sont doués ?! »

Je haussais un sourcil, sceptique. Je m’interrogeais sur la qualification des cochers ou bien sur un seul… celui de Pierre, le jeune cocher.

- « Ne sous-entendez-vous pas les compétences de Pierre ? »

Pour toute réponse, elle s’empourpra et bafouilla. Je jubilais en esquissant un sourire en coin droit.

- « Ma Demoiselle… ne riez pas de moi…s’il vous plaît. »

- « Je ne ris pas. Je me délecte de votre innocence. »

- « Vous savez…c’est comme un nouveau départ. Quand on a fermé son cœur pendant une longue période voir des années et qu’on se sent…respirer, libre…lorsque ce sentiment naît doucement dans notre cœur. Je me sens transportée…revivre. Est-ce que cela vous est arrivé ? »

Je souriais doucement à ce qu’elle dit, repensant à ce sentiment. « Oui, Lucile. »

- « Combien de fois si je puis demander ? »

- « Deux fois. »

- « Est-ce que je peux demander quand… ? »

- « Une fois avec Isaac et la seconde fois lorsque nous quittâmes le château. Lucile, il y a différentes formes d’amour. Celui que l’on porte à sa famille, à des amis très chers, à des instants précieux que l’on souhaite chérir ou bien à des événements ou encore à des compagnons auxquels vous ne songeriez peut-être pas. » fis-je en caressant la tête de Maya, dépassant de sous la couchette.

- « Et il est très possible que ce que vous ressentez pour Pierre ne sont que les prémices d’un sentiment mais il ne s’agit peut-être pas d’amour. Vous vous sentez revivre, vous l’avez dit vous-même. Vous goûtez à quelque chose de nouveau ou d’oublié. »

- « C’est vrai… mais je pensais que vous parleriez d’amour dans les deux cas. Combien de fois avez-vous aimé ? »

Je soupirais doucement à cette question. « J’ai souhaité aimé, j’ai cru aimé et dans de nombreux cas, je me suis fourvoyée mais il y a peu que j’ai compris ce qu’était le véritable sens d’aimer. Que ce soit des amis ou bien quelqu’un que l’on estime, que l’on souhaiterait avoir pour toute la vie à ses côtés et cela…m’est arrivé qu’une fois dans ces deux cas. J’ai perdu des amis qui m’étaient chers. Je dis perdu car j’ignore quand est-ce que je les reverrai. Dans le second cas, il concerne mon compagnon, Isaac, le père de l’enfant que je porte. »

- « Ce doit être un homme charmant alors. »

- « Il est bien plus que cela. Il a bien plus de qualités que tous les hommes qu’ils m’ont été donné de rencontrés. »

- « J’aimerais trouver un homme tel que vous le décrivez. »

- « Peut-être que Pierre a certaines qualités à ne pas négliger mais attendez bien de connaître une personne avant de vous lancer… je n’aimerais pas vous rappeler quelles étaient les circonstances lorsque vous êtes entrée à mon service. »

- « Vous…vous avez raison, Ma Demoiselle. » Sa voix devint faible lorsque je fis écho au passé, la tête baissée. Je me mordis la lèvre car je ne souhaitais pas là ni la décourager, ni la blesser mais je ne souhaitais surtout pas qu’elle fasse les frais du premier pervers sexuel déchaîné. Lorsque j’eu quitté Calpheon, les rues n’étaient pas très sûres. On rappela sans cesse, par des rumeurs, que des femmes périssaient assassinées. Hmm…cela me faisait penser qu’avec mes conditions nébuleuses, j’allais devoir à nouveau déménager. Misère…me faire naturalisée à Calpheon pour pouvoir prétendre à la tranquillité des Quartiers Nobles pour finir au bout de deux mois, à nouveau ailleurs. Peut-être pouvais-je attendre quelques jours avant de faire quoi que ce soit…mais ma grossesse ne tarderait pas à se faire savoir et si dans le Quartier Noble on sait qu’une Noble sans époux porte un enfant mais ouvre sa porte souvent à un homme, c’est la fin des haricots. J’aurais mieux fait de rester à Gabino…loin de la fange des langues de vipère. Il me faudra prospecter les maisons plutôt spacieuses et dans un quartier plus populaire. Non pas spacieuse pour mes goûts de luxe dont je me contrefous mais pour pouvoir y agencer mes meubles convenablement. Je ne souhaitais pas louer encore un entrepôt sur les quais et y laisser moisir le mobilier. A part l’humidité que je pouvais craindre, c’était les vers à bois ainsi que les résidus des souris et tout ce que les entrepôts laissaient entrer de la taille d’un chat. Je soupirais. J’avais de quoi m’occuper au retour…une nouvelle adresse, le haras et les nouvelles joutes à prévoir. Et la Ruche… j’espère que tout s’est bien passée pour elle durant mon absence.

« Lucile, lorsque nous serons arrivés à Calpheon, je vous donnerai assez d’argent pour que vous puissiez louer une petite chambre convenable mais ne vous précipitez pas pour le faire car peut-être devrais-je déménager. Mes recherches dépendront des logements abordables mais surtout des critères que je vais y placer et cela…s’avérera complexe car je suis assez exigeante. D’autant que j’aimerais que vous n’ébruitiez point autour de vous ma grossesse. La Noblesse de Calpheon est particulièrement vivace, prolifique et nuisible pour éviter de leur donner matière à se distraire. Ce qui implique que dans un premier temps, vous serez logée chez moi. »

- « Je comprends Ma Demoiselle et tout ce qui se passera dans votre demeure restera entre ses murs. »

- « Je vous remercie. Et maintenant si vous me le permettez, je vais faire un somme, je me sens un peu lasse. »

Je profitais du ballottement de la voiture pour être bercée et trouver le sommeil.


Page 64

1 personne aime ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Et après ?

Citation

Le 28 Pierre de Sceau

Après nos tendres retrouvailles entre Isaac et moi, nous dûmes discuter de nos activités durant l'absence de l'un et de l'autre. J'appris pourquoi Isaac mit du temps à répondre à une de mes lettres. Il avait été honnête, jouant carte sur table sur la reprise en contact de son ex-compagne qui avait attiré son attention sur Mediah, ravageant une ancienne demeure et causant plusieurs troubles qui confrontèrent Isaac à son passé. Je n'ai pas eu peur, contrairement à ce qu'Isaac aurait pu s'imaginer, j'ai une confiance inébranlable en lui. Bien au contraire, je l'ai avisé de se méfier des personnes atteintes de folie, pleine de promesses. Victor en était la preuve.

Bien que mon frère jumeau poursuit les recherches déclarées veines par Garvera, je partageais le point de vue de Yann. Le corps de Victor serait la preuve de son échec et de notre victoire contre ses desseins. Mais pour l'heure, il fut introuvable. Impossible de dire s'il est vivant ou mort ou bien encore affaibli. Mais j'étais certaine qu'il était diminué mentalement. Vaincues à plates coutures, ses forces militaires étaient tombées, ne lui laissant aucun soutien. Ses plus fidèles sbires ont été exécuté le lendemain de l'invasion au château. Quant aux autres, ils ont déserté. Leurs motivations n'égalaient pas celles de Victor. Connu pour être un tyran vindicatif, Victor était craint même de ses soldats, préférant dans le cas actuel, sauver leur peau que de l'exposer à un homme sanguinaire et lunatique.

Victor n'était pas ma priorité malgré la menace qui pouvait peser. Je savais que blessé dans son orgueil, humilié, et peut-être blessé physiquement, il ne reparaîtrait pas de si tôt. Il devait reprendre ses forces et rassembler des hommes. Mes pensées étaient noyées de projet et de questions. Je devais penser à mon avenir sur Calpheon. Mais également à la présence d'Isaac à mes côtés...et du chemin que l'on prendrait à deux si nous devions faire front aux nombreux obstacles. Celles de la vie.

J'appris que le projet de la Ruche est sur la pente douce, ce qui renforça mes positions à quitter non plus que le Quartier Noble mais également la ville. Mais pour aller où ? Et que ferait-on des commerces d'Isaac et de moi-même qui nous permettaient de vivre ? Beaucoup de questions et peu de solutions...sauf une...radicale.


Page 65

1 personne aime ça

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !


Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.


Connectez-vous maintenant