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Parcours et errances d'un loup de mer...

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Drelnas
Révélation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ephéria...

 

 

 

 

 

 

 

J'suis dans la merde. Bon je l'ai souvent dit, souvent été, mais là je patauge dedans. A priori je devrais pas crever demain d'une dague dans le bide, mais j'aimerais presque autant. Depuis le désert je ressasse et je cogite, chose que je faisais pas avant. Avant dès que le cigare commençait à s'emballer, je le noyais à grandes lampées de rhum ou entre les cuisses d'une femme reconnaissante. Comme ça mon esprit cessait de travailler et était plongé dans un coma réparateur. Le réveil par contre des fois c'était moche, tant au niveau de la gueule de bois que de la culbute de la nuit passée. Au petit matin, sobre, des fois y a des surprises et tu te dis "nonnnn j'ai pas fait ça.."  Putain que si je l'ai fait, et pas qu'une...

 

Tu l'as choisi ducon...

 

La nouveauté, c'est ça.. Depuis que j'ai arrêté de fuir mes responsabilités et d'essayer d'être un poil meilleur, j'l'entends sans arrêt c'te maudite voix. Je me suis même demandé si les sorcières de Tarif m'avaient maudit. Mais ça encore, si j'avais pas ouvert les vannes, ça serait le cadet d'mes soucis. Sauf que je me suis vraiment foutu dans la merde. J'en dors plus, j'en mange quasi plus. C'est à la fois une angoisse et une délivrance que d'lui avoir tout dit. Même si je comprends pas pourquoi j'lui ai tout déballé. Et maintenant j'fais quoi ?

 

Et si tu commençais pas te comporter en homme..?

 

Putain mais jamais elle la ferme sa gueule c'te voix..? Quand je suis rentré au port, crevé, éreinté et chamboulé par tout ce que j'ai cru voir dans la poussière et la chaleur étouffante... J'suis tombé sur ma forgeronne. C'était la rencontre à pas faire, le piège, l'embuscade. Cette femme, depuis le début elle me retourne et me touche sans que je sache comment. La revoir là, bien réelle après l'avoir si longtemps cherchée dans le désert parmi mes hallucinations c'était comme un cadeau. J'en aurais presque eu des larmes sur le moment tellement ça m'avait secoué les boyaux. Elle était comme dans mes souvenirs, et encore mes souvenirs lui rendaient pas hommage. Elle dégageait toujours cette espèce de grâce impassible qui m'apaise rien qu'en la voyant.

 

Dis lui, tête de con..

 

Je me suis approché, on a causé. Dans sa spontanéité elle me dit que je lui ai manqué, il paraîtrait qu 'Ephéria est plus calme sans moi. Putain ça m'a fait emballer la mécanique, j'ai pas compris. Pourquoi quand je parle à cette femme j'ai l'impression d'être nu ? Elle est ni sorcière ni magicienne, et pourtant face à elle je suis aussi désarmé qu'un chiard juste sorti des entrailles de sa mère. C'est humiliant. On pourrait parler de vêtements, du temps, de bouffe, de n'importe quoi ça serait pareil. C'est pas que je l'écoute pas, c'est que je suis hypnotisé et que j'ai l'impression que le temps me file des doigts comme si tentais en vain de retenir de l'eau..

 

Moi je dis que t'es dans une belle merde. Alors, tu fuis ou tu te lances burne de phoque?

 

Je t'emmerde. Je sais pas qui t'es mais je t'emmerde. Mais putain t'as pas tort. J'hésite, je sais plus quoi dire et le silence commence à m'angoisser. J'fais quoi ? J'fais une sortie à la Aithe en disant que j'vais pisser et j'disparais ? C'est tentant mais après ? Je vais pas faire ça toute ma chienne de vie merde à la fin. Je la regarde, je tremble. J'inspire, je me retiens de me chier dessus et puis ben contre toute attente, je me lance. C'est pathétique. Pitoyable et pathétique. Pourtant j'en ai embobiné des gens par le passé mais là je bafouille je trouve pas mes mots. On dirait un puceau qui parle à sa première fille. J'me serais donné des claques dans la gueule tellement c'était grotesque. Elle a tout entendu, tout encaissé et .. ben elle m'a laissé une chance.

 

Oui, mais tu l'as fait en fin de compte, tête de con...

 

Le tête de con c'était obligé là ? Ouais je l'ai fait. C'était dur au début et puis après c'est tout sorti. P'tet trop, ou pas assez. J'lui ai dit ce que je ressentais. Ce que je voulais, ce que je voudrais, et surtout ce que je devrais être pour la mériter. Parce que le constat de chiotte il est là. J'suis un enculé, un coureur et un menteur. Un lâche même des fois ouais. Bref j'suis pas un type bien, et surtout pas assez bien pour elle. Et je lui dis. Parce que c'est vrai et qu'elle mérite la vérité. Elle mérite.. qu'on change pour elle, qu'on devienne meilleur si c'est possible. Pour la première fois depuis des années, j'ose regarder en arrière et assumer mes actes. C'est très douloureux, violent même. Mais faut en passer par là. Parce qu'au bout y a elle. Mais le problème, le pire du pire, c'est que non, y a pas qu'elle...

 

Putain tu cherches vraiment les emmerdes..

 

Non. Elles me tombent dessus c'est tout. Oui je suis complètement subjugué par ma Forgeronne d'Haso c'est sur. Mais dans le désert, entre la folie la chaleur et le désespoir j'en voyais une autre dans la brume . Aithe. Ça fait un petit moment qu'on se côtoie et qu'on voyage elle et moi. C'est totalement différent, mais en son absence je ressens aussi un manque. Et c'est pas qu'au niveau du cul. Ça serait si simple autrement. C'est surement bancal et cassé, mais y a un lien entre elle et moi. C'est beaucoup moins romancé que pour Kae mais c'est tout aussi fort, tout aussi important à mes yeux. Aithe c'est aussi une sorte de phare pour moi dans la nuit. Et putain à présent que j'ai aperçu la lumière, je ne veux plus retourner errer dans les ténèbres. Plus jamais

 

Oui mais non là. Eh ho faut choisir à un moment !

 

Et pourquoi ? Pourquoi on peut pas aimer deux personnes ? Parce que c'est douloureux ? Bien sur que c'est douloureux d'aimer connard, même une seule personne, même soi même c'est compliqué de s'aimer. Pourquoi en aimer deux ça serait pire au final ..? Ca reste de l'amour. J'ai tout avoué à Aithe. Et elle m'a surpris par sa réaction. Elle était prête à s'effacer, à partir pour que je sois heureux. Mais pour l'être j'ai besoin d'elle. Je lui ai dit que je m'étais attaché à elle, qu'elle était aussi mon phare à présent et à quel point j'étais terrorisé à l'idée de retourner dans les ténèbres. Elle a eu un peu de mal à encaisser ça, parce que jamais on lui avait parlé ainsi je crois. Pour la première fois on a parlé sincèrement de cœur à cœur, en ôtant nos habits de menteurs, connards et d’effrontés. C'était chouette comme moment. Je l'ai redécouverte, comme mise à nu, d'abord symboliquement et après..

 

Soit, y en a une qui est plus ou moins d'accord, mais l'autre..?

 

J'ai la trouille. J 'ai réussi à ouvrir une porte aussi bien de mon côté que du sien. Je sais qu'elle a déployé des efforts colossaux pour me montrer un peu d'affection. Je sais que c'est pas dans sa culture, et ça me touche qu'elle se laisse aller avec moi. Mais je tremble à l'idée de tout gâcher encore et tout foutre en l'air. Je veux pas la perdre elle non plus. J'ai besoin d'elle, mais l'idée de lui faire du mal me déchiquette les couilles. J'ai l'impression d'être un mioche capricieux. J'ai jamais rien connu à ces choses là. Et là, la première fois que ça me tombe dessus je pisse sur les règles établies et je fais mon caprice ; "non je veux pas choisir, je repars avec les deux !"  Putain pourtant qu'est ce que j'aimerais que ça se passe ainsi, car choisir serait aussi simple et irrémédiable que de me couper en deux, et ça c'est pas encore possible...

 

Je suis fière de toi.

 

Hein ? Tu te fous de ma gueule là ? Tu m'incendies, tu m'as tourmenté des années et là tu me sors cette phrase qui tombe comme une merde sur une planche ! Fière de quoi ? De m'enliser dans des problèmes sentimentaux, de pleurnicher sur mon nombril ?

 

Tu as été au bout de tes sentiments, tu leur as fais face et les as assumé. A présent avance...

 

Ah ben me v'là beau tiens.. Des fois je me demande si je perds pas un peu la boule quand même..

 

 

 

 

 

 

 

 

Drelnas

Les Limbes...

 

 

 

 

 

Il y a un état au delà du sommeil, au delà de la transe que provoquent certains rituels et potions, presque comme un autre niveau de perception du monde à travers soi même. C'est là que j'ai été emprisonnée toutes ces années.Bienvenu, je vous attendais. Je me présente, je suis la Conscience de cet empaffé de Nennius...  Vous pensiez commencer à le connaître, détrompez-vous car toute son existence repose sur la dualité entre lui et moi. On ne l'a jamais éduqué dans une optique où certaines valeurs élémentaires comme le "Bien" ou le "Mal" existent. Car tout petit on lui a démontré que tout est relatif.

Si la prostitution est quelque chose de mal voir au mieux quelque chose de dédaigneux pour bien des gens, pour lui c'était ce qui permettait à sa Mère de vivre. Ainsi que lui et ses Tantes. La prostitution lui donnait un toit, à manger. Aussi méprisable soit-il, jamais il n'a manqué de respect à une putain durant toute sa vie, et pourtant bien des gens vertueux ne peuvent s'en vanter.

 

Aussi, dans un monde où tout est extrêmement relatif et où la faim justifie souvent les moyens, il n'est guère évident d'avoir une ligne de conduite claire et des idéaux à défendre. C'est son cas. Là où je devrais être, il y a une sorte de girouette qui analyse le sens du vent et si cela vaut la peine de le suivre ou non selon un rapide calcul de "bénéfice/risque". Jamais je n'ai eu voix au chapitre car il ne m'a jamais écouté. Il n'a jamais eu conscience que j'existais. Jusqu'à il y a peu...

Depuis quelques temps sa vie tourmentée semble trouver malgré tous ses efforts contre une certaine stabilité et un semblant d'ordre. Peut-être s'est il assagi, ou peut-être qu'il ne cherche plus à combler frénétiquement le vide de son existence par ses excès. Ou bien peut-être en a t-il simplement assez de fuir. Toujours est-il que depuis peu ma prison se fissure et j'ai accès à lui, à ses sentiments, à ses motivations. Et lui de ce fait commence à prendre conscience de sa Conscience.

 

Les rares fois où c'est ponctuellement arrivé, il s'est noyé dans l'alcool ou d'autres excès pour me faire fermer ma gueule. Mais à présent il commence à accepter ce fardeau et à l'endosser. Je pense que certaines femmes y sont pour beaucoup. Oh il en a connu beaucoup, dont la plupart il a oublié le nom à présent. Mais récemment sa vie a été faîte de rencontres déterminantes.

Déjà il y a celle qui lui ressemble ; la petite coquine qui cache ses oreilles pointues. A sa manière, elle a établi une sorte de lien. Ce n'est ni de l'amitié ni de l'amour. Mais il la considère comme son égale, et à sa manière il la respecte. Les voyages passés ensembles, les longues heures où ils ont baisé les ont en quelques sorte rapprochés, peut-être à leur insu. En tout cas il ne le sait pas, mais il tient beaucoup à elle, à sa façon. Même si ce sont deux débauchés, avec elle il se noie moins dans l'alcool et les ivresses destructrices qu'auparavant. Elle le stimule sur le plan commercial et le pousse à exceller. Libre et infidèle, il déploie des trésors d'imagination pour susciter son intérêt et la garder près de lui..

 

 

Et puis il y a l'autre, l’Énigmatique forgeronne. Celle-là, il ne l'a jamais touchée, et pourtant elle l'obsède. Elle le terrifie aussi en même temps. Car il ne sait comment elle est parvenue à le toucher au plus profond de lui même. Elle a contourné tous ses pièges et toutes ses défenses et a réveillé une partie de lui qu'il ne soupçonnait pas. Il s'est surpris à éprouver de la pudeur, de la déférence pour une femme comme jamais il n'en avait ressenti. Elle réveille en lui ses instincts de protection et de compassion. Elle lui a montré que toutes ses certitudes étaient fausses et a fait voler en éclats bien des préjugés ancrés profondément en lui.

Mais elle, elle lui est inaccessible. Déjà il y a sa culture qu'il ne comprend pas et puis il y a sa peur, sa lâcheté. Mais cette fois-ci elles sont légitimes. Car il craint de ne pas être à la hauteur d'une telle merveille. Il l'idéalise et s'en fait une montagne qu'il ne gravira jamais. Et du coup il en souffre. Et plus il en souffre, plus au fond de lui il aspire à changer. C'est ainsi que ma prison se fissure peu à peu, car en acceptant le changement, il prend conscience de ses actes, passés et à venir.

 

 

Il a accepté de porter le fardeau de tous ses choix, bons et bien souvent mauvais, voir immoraux. L'autre jour il a tué son ancien second, Ryk'. C'était mal bien sûr, mais c'est sa façon de chercher un moyen de se racheter. Il le fait pour lui bien évidemment, mais il le fait aussi surtout pour Elle...

Alors moi j'attends, j'attends que ma prison soit descellée et je regarde, un brin taquine ce con souffrir. Car il est vraiment dans la merde...

 

 

Drelnas

Tarif, à l 'aube...

 

 

 

 

Cette putain de ville me fout les miquettes. Déjà c'est le berceau des sorcières, et même la vendeuse de légumes peut te jeter un sort, quand c'est pas une gamine qui se balade avec un esprit noir dans la rue comme si elle promenait son clébard. Putain ils ont l'air d'avoir un grain par ici. Mais j'préfère fermer ma putain de gueule avant de finir énucléé ou de servir de composant dans un rituel dégueulasse. Heureusement que y a la p'tite Layah, j'me dis que y aura toujours une bouteille de Rhum qui m'attend. Maigre réconfort, mais réconfort quand même à défaut d'avoir accès à ses cuisses. J'avais dans l'idée de tisser d'autres liens avec les marchands de la région, histoire de pas voyager à vide. J'ai donc erré un peu en ville jusqu'à tomber sur "Elle".

Une silhouette assez fine et agile, une panthère en terrain conquis. Je l'ai croisée en train d'engueuler une marchande sur un litige. J'ai littéralement adoré la façon dont elle lui a fait fermer sa gueule. Ce beau geste méritait donc que j'accoste poliment la Panthère en question.

 

 

Faut dire ce qui est, j'suis habitué aux coups de griffes quand j'aborde une femme. Mais là c'était glacial. Plus froid que le froid du pire hiver de ta vie... Putain je me suis dit que c'est quand même malheureux d'aller vivre dans un coin où il fait si chaud et si peu l'être. Tisser des relations d'affaires ça s'annonce coton dans ce pays où y aurait presque que le sable d'accueillant. Mais bon je suis de nature persévérante et il est hors de question de voyager à perte, alors j'insiste. En général, partout où je vais suffit de dire que t'es un marchand et des fois ça t'ouvre des portes. A une époque je me souviens c'étaient les grouillots barbus qui jouaient de la musique qui avaient le vent en poupe. L'vent a tourné, bien fait pour ces barbus qui puent.

La Panthère mord froidement à l'accroche, visiblement elle est surtout intéressée par le transport. Elle a besoin de livrer des cages à un avant poste loin au nord. Trajet dangereux qui j'espère est bien payé. J'aime pas les courses risquées, souvent le bénéfice / risque est merdique. C'est là que les p'tits jeunes se plantent et parfois crèvent jeunes, l'appât et la gourmandise.

 

 

Mais là elle me parle d'un commerce appelé la Croisée. Ça m’intéresse forcément alors j'la rencarde et j'tombe sur l'cul. Elle en fait partie. Putain pour montrer patte blanche et me faire un minimum de bonne réputation j'vais devoir accepter sa course. J'la suis jusqu'à ses quartiers - entre temps j'apprends que c'est aussi une sorcière donc j'la ramène pas trop - et elle me montre sur la carte où je dois me rendre. Bon la bonne nouvelle c'est que la paye est propre, si j'y arrive entier j'suis pas mal. Par contre ses cages avec des amulettes dessus.. ça pue la magie noire ou pire et j'en suis pas friand.

Mais bon le pognon c'est du pognon et lui il est pas magique. Bref j'accepte et je vais commencer à charger son bordel magique ou maudit dans ma carriole. J'y prends bien soin de l'attacher, j'ai bien fait d'avoir gardé d'la paille et des étoffes invendues pour bien les caler et les calfeutrer. Ca devrait pas bouger, mais du coup j'aurais pas beaucoup de place pour pioncer. Coup de chance que y ait pas Aithe, elle aime pas qu'on envahisse son espace de baise...encore que ça dépend comment.

 

 

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La vendeuse que cette dénommée Sadie avait pourrie m'a aidé pour charger tout ça. Toute joviale la coconne. En fait j'lui sauve la mise, parce que si je m'y collais pas c'était son fils qui devait se taper le voyage. Du coup j'la sens un peu redevable et j'gratte un peu de compagnie. Elle avait un mari pêcheur qui partait plusieurs jours. Là je me suis dit que le vent tournait p'tet en ma faveur, et vas y que je l'aide à porter les trucs lourds, que je la joue "ouais demain j'vais p'tet partir pour mon dernier voyage". Mais c'te bourrique me souhaite bonne nuit et file pioncer. Putain de pays de mes couilles de merde !

J'ai passé la majeure partie de la soirée à bien ficeler ses putains de cages, filer à bouffer et à boire aux canassons et préparer vivre et flotte pour la route. J'ai mis mon mousquet à côté de moi, comme ça si un connard de cultiste veut me vendre un calendrier ou toute autre engeance du même type, je défouraille et j'lui roule sur sa gueule. C'est vrai quoi, après tout j'suis un convoi exceptionnel...

 

 

En tout cas à l'aube j'étais prêt à partir, et j'avais hâte d'en avoir fini alors que j'avais pas commencé. C'est dire si les jours prochains allaient être long. J'suis allé chercher la bouffe en dernier et j'ai recroisé ma sorcière bien aimée en terrasse. J'l'ai ignorée histoire de lui montrer, quoi.. Ben en fait elle m'a sur-ignorer plus que moi. Bref elle m'emmerde celle-là. J'suis parti dans la foulée, le soleil était déjà à peine levé qu'il faisait déjà une chaleur à crever. Putain qu'il me semblait loin l'océan...

Bref je lève le camp, allure tranquille, pas la peine de faire crever les chevaux sinon j'aurais l'air malin et pas plus avancé. A peine que je démarre qu'on m'arrête. Les gardes viennent à ma rencontre et m'informent que les cultistes d'Elric sont agités en ce moment. Putain mais qu'est ce que je peux être le cul bordé de nouilles ! Vraiment ! J'les rassure en leur montrant on mousquet chargé et j'leur assure que le premier cultiste que je croise j'lui refais son cul et ça sera pas triste.... Ouais bon euh non plus ça les a pas fait marrer c'te blague.

 

 

Je me tire enfin de cette ville de fous et de sorcières. J'ai vu sur sa carte à ma sorcière mal baisée que y a des fermes et des habitations sur le trajet. J'm'y arrêterai faire souffler les chevaux et les y faire boire. J'ai pas mi trop de temps pour rallier la première halte. C'était une ferme qui appartenait à un certain Ahto. J'ai garé ma carriole sous un des rares arbres, filé à boire aux canassons et suis allé voir si y avait moyen de gratter un p'tit quelque chose chez l'habitant. Je suis reparti après m'être un brin reposé et laissé les chevaux boire leur soul et on est repartis à bonne allure direction la prochaine ferme.

La suivante j'ai mis un peu plus de temps à l'atteindre. Déjà la chaleur magnait pas mal les canassons qui en chiaient autant que moi. En plus les routes étaient pas toujours en bon état, et pour peu que le vent se lève ; déjà il était brûlant , tu y voyais rien.

 

 

Pareil, je me suis garé au mieux et suis allé voir ce que je pouvais tirer de cette ferme. Bon j'ai pas eu grand chose à part un peu d'eau, ça s’engueulait sévère dans la maisonnée, ça parlait d'araignées à la con et d'autres sujets de merde. Y avait quelques gardes en faction qui m'en ont parlé aussi, apparemment ces saloperies emmerdent pas mal les gens du coin. J'demande si y a une récompense si j'en tue une, ils m'ont ri à la gueule. Ben qu'ils aillent se faire enculer avec du sable, mais qu'ils viennent pas se plaindre alors. Bref on cause un peu mais ils se lassent vite et me font comprendre que j'ai plutôt intérêt à décamper et pas m'attarder.

Mais putain quelle hospitalité dans ce pays...

 

 

J'ai repris ma route sous un soleil de plomb. Et encore il te ferait fondre le plomb ce con de soleil. Et pis le sable la poussière, t'as pas intérêt à ouvrir la bouche sinon t'en as plein la gueule. Avec la sueur j'ai des espèces de dépôts pâteux sur le contour des yeux et le visage, comme si cette poussière mélangée à la sueur te faisait un masque d'argile. Les chevaux aussi morfflent et ils avancent beaucoup moins bien, mais je les pousse pas. Je préfère arriver entier avec tout l'attelage qu'en perdre en route. Mais quand l'vent se lève c'est étouffant et en plus t'y vois vraiment rien. J'ai eu le nez creux de faire le plein de flotte, mais j'espère que je rallierai le prochain point bientôt parce que les chevaux en ont sacrément besoin aussi. J'espère arrivé à ce bled appelé Kusha rapidement.

J'ai aperçu au loin le fameux sanctuaire des cultistes. Comment dire, la vue sinistre de cet édifice te fait pas songer aux prairies fleuries et aux jouvencelles que tu culbutes dans la paille. Non leur sanctuaire clairement il a pas une gueule de porte bonheur. Mais bon j'ai vu aucun de ces connards et c'est pas plus mal. J'avais le mousquet pas loin et j'me tenais prêt au cas où.

 

 

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J'commençais quand même à pas mal dérouiller. Je m'étais fait une petite gourde en plus de mes rations d'eau ou j'avais dilué de l'eau avec du rhum de Layah. Un sacrilège, mais j'espérais que le sucre contenu dans son rhum avec beaucoup d'eau désaltère un peu plus que l'eau plate. En plus vu la dilution je risquais pas d'être saoul. Sauf qui faisait sacrément chaud et que j'ai sacrément bu. On avançait difficilement, et dans le brouillard de poussière à un moment j'ai cru apercevoir une silhouette. J'aurais juré voir M'man. Mais c'était une illusion. Putain de chaleur... Plus loin j'ai vu deux personnes, j'aurais juré avoir vu Arryn et ce connard de Ryk'.. Mais c'étaient deux piquets de bois dans le sol en fait.

Bordel j'ai commencé à pas me sentir bien, je sais pas si c'était la chaleur, le rhum qui m'avait poché sans que je fasse gaffe ou bien si mes démons avaient choisi ce moment là pour ressurgir. J'entendais des voix à présent et j'comprenais pas d'où ça venait. J'me suis dit que y avait p'tet des mauvais esprits qui voulaient m'emporter et j'la ramenais pas. Le soir tombait mais ça refroidissait toujours pas...

 

 

Et puis comme sortie d'un cauchemar, un forme immense et massive se ruait vers moi. J'entendais gueuler derrière mais c'était flou. Les chevaux ont freine des 4 fers et ont paniqué de suite. Ca commençait sérieusement à puer du cul pour mon voyage. J'ai à peine eu le temps de gueuler un juron, deux maximum avant que l'impact m'éjecte comme une merde. J'ai entendu le bois craquer et les chevaux gueuler de panique et j'ai vraiment, mais vraiment pas aimé ce putain de bruit. Bref j'avais la gueule pleine de sable et de poussière et quand je me suis relevé j'ai vu ma carriole qui penchait selon un angle improbable. Un peu plus loin une de ces putain d'araignées poursuivait sa route, après avoir défoncé la mienne.

Y avait un petit groupe de personnes qui lui courraient après. Apparemment ces cons là élèvent ces montres pour leur faire produire de la soie. La bonne nouvelle ça voulait dire que j'étais pas loin de Kusha. La mauvaise, c'est que j'avais un essieux de pété. Les chevaux étaient vivants et pas blessés, mais ça je m'en branlais pour être honnête. J'ai surement eu de la chance, parce que la bestiole est partie comme si de rien n'était et pourtant le choc était violent. J'imagine le résultat si elle avait été en pétard contre moi. La cargaison était pas abîmée, je l'avais bien calfeutré, mais j'pense que la caisse de rhum a morfflé, et ça, vraiment, ça m'a fait chier.

 

 

Le petit groupe semblait tout confus et gêné de mon accident. Tu me connais, j'en ai rajouté des caisses pour les faire culpabiliser. Du coup ils m'ont promis gite et couvert à leur bled. C'était pas si mal mais bon j'avais roulé toute la putain de journée. J'avais chaud, j'avais soif, je ruisselais de sueur et j'avais pété ma carriole. Bref j'avais les nerfs.  Apparemment l'avant poste était qu'à deux heures à cheval. Et ben ça tombait bien, j'en avais des chevaux. J'les ai persuadé d'emmener 3 des 4 chevaux à leur bled et d'en prendre soin. J'ai pris le 4e et j'suis allé à l'avant poste chercher de l'aide. Visiblement à Kusha le petit groupe de bras cassés connaissait personne qui sache me réparer mon soucis. Quelle veine putain, ça n'arrête plus !

Et donc me v'la parti dans la chaleur du soir vers l'avant poste de Sarma. Avant de partir j'ai prévenu le petit groupe que si jamais des affaires disparaissaient de ma carriole en mon absence, j'irai enculer leurs cadavres.  Pas habitués à ce genre de propos je pense qu'ils ont toutefois saisi l'importance et le fond du message. Sur ces précautions standards, j'suis parti. J'ai emporté que de la flotte, j'espère que là bas ils trouveront une solution à mon problème. Du moins ils ont intérêt s'ils les veulent ces putains de cages.

 

 

Alors l'avant poste, comment te dire l'accueil. Déjà j'ai failli prendre une lance dans le cul d'entrée. Les gars ils voient un type à cheval, certes couvert de sueur et de poussière, mais d'une certaine prestance tu vois et ben ils me prennent pour un connard de Sausan. Donc moi forcément vu la journée formidaaaaaaaable que je me suis payée, je les reçois avec les insultes d'usage hein. Et donc ça finit qu'on m'amène voir un officier les fers aux poignets et un bel œil au beurre noir tout neuf. Là au gradé j'y déballe tout mon sac et j'lui explique ma mission. Il me regarde perplexe, soupçonneux qu'un étranger vienne se mêler des affaires de leur pays. C'est vrai qu'il faudrait être sacrément con pour s'en mêler..!

Alors j'lui dis qu'il peut faire une croix sur son calendrier parce qu'il a en face de lui l'con de l'année et que j'roule bien pour une Sadie, sorcière de son état. Bizarrement au nom d'ma sorcière mal aimée j'le vois tiquer un peu. Là il me fait réexpliquer mon expédition d'un air plus sérieux et disposé à entendre. L'enfoiré, la première fois il s'en était cogné le coquillard je suis sur.

 

 

Au bout d'un petit moment et d'âpres négociations j'finis par obtenir une charrette qu'on m'prête pour aller chercher les cages restées à Kusha. Puisque le gars avait pas de bonshommes à distraire pour aller aider un marchand, et ben le marchand allait s'aider tout seul. Sauf que la nuit est tombée. Je décide de partir à l'aube demain et je vais voir si une bidasse a un bout de ratta à partager. Bien sur, personne n'en a, ils ont trop la dalle pour partager. Du coup j'suis obligé de jouer mon repas aux dés avec les bidasses. J'me suis fait un bol de ragoût dégueulasse, mais ça m'a évité de dormir le ventre vide.

L'aube s'est pointée et j'suis parti à "la fraîche" avec ma charrette toute merdique récupérer mes cages. Arrivé à Kusha j'suis allé directement à ma carriole voir si tout y était et manquait rien. Heureusement. J'ai chargé les cages comme j'ai pu et je les ai sanglées proprement avant de le mettre une couverture par dessus.

 

 

M'a fallu 4h de plus pour rejoindre à nouveau l'avant poste de Sarma. Les cages ont tenu le choc, mais moi j'étais cuit dans mon jus. Il pleut jamais là bas ? Putain ce que j'aurais donné pour un bain...

L'officier de la veille était tout content d'avoir les cages intactes malgré touts nos ravitaillements. J'ai été payé et la prime de risques était pas crade, mais bon sans personne pour me rafistoler la carriole j'étais pas bien barré. A mon avis les réparations allaient engloutir le salaire. Mais bon au moins j'aurais p'tet fait bonne impression à la Croisée. Une fois le pognon en poche et la charrette rendue je suis retourné à Kusha, profiter de l'hospitalité et de la culpabilité des gens là bas...

Après tout j'mérite bien un jour ou deux de repos, non ...?

Drelnas
Révélation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abun...

 

 

 

 

J'avais enfin amené ma carriole à Abun pour effectuer mon chargement. J'avais plus qu'à bien ficeler le tout, c'était plutôt mon intérêt vu que toute caisse même à peine abîmée m'était décomptée de ma course. Le pire c'est que c'est moi qui ait rajouté cette clause au contrat. Ben ouais, faut se distinguer pour se faire un nom et pour ça faut prendre des risques. Mais bon j'étais confiant, j'avais plus peur que Aithe pique dans les caisses qu'aut' chose sincèrement. Elle était partie boire un coup en ville et se chercher une nouvelle queue m'a t-elle dit. Non pas qu'elle soit déjà lasse de la mienne, mais elle a toujours apprécié la cuisine locale.

J'avais largement fait ma part de boulot et je partais donc boire un coup au bord de l'eau. Demain, direction Heidel, je décharge, j'encaisse. Et j'rentre au port. Si j'avais su, je serais allé pioncer au fond de ma carriole.

 

Là je me fais accoster par un mec tout enrubanné qui me dit rien comme ça, mais la voix m'évoque quelque chose qui me fait grincer les os. Le type défait son ruban, et tout de suite j'comprends mieux cette sensation merdique. C'était Ryk', jadis mon second sur mon précédent navire. Mon complice.. ma honte. Jamais pu blairer sa sale gueule à ce connard là et le temps y a pas arrangé. De plus le revoir là après toutes ces années, ça me refait penser à ces p'tits jeunes qu'ils m'ont fait balancer par dessus bord...

Et ce con là, il semble tout content de me voir et m'invite à boire un verre avec lui. De mémoire jamais ce connard ne fait une chose gratuitement, et je me doute qu'il a une idée derrière la tête. Mais j'le suis, ça ferait tâche de lui mettre sur la gueule en pleine rue.

 

Nous voilà assis à l'ombre d'une tenture à boire ensembles. Quelle hypocrisie. Et je suis sur que l'autre avec son œil torve il pense pareil. Mais j'aurais donné cher pour savoir ce qu'il me voulait l'enfoiré, pour ça que je suis resté. Et ça a pas mis de temps. Si tôt qu' on était à peu près au calme il se met à déballer sa dernière trouvaille. Le voilà bombardé capitaine de son rafiot et à présent il donnait dans la contrebande... humaine. Tout fier l'enculé. Il me raconte par le menu que y a de fortes demandes pour des arrivages de travailleurs bon marché ; ouais des esclaves quoi hin..  Mais là où il m'a scié les nerfs c'est quand il me raconte que ses cargaisons préférées sont celles remplies de filles et de femmes ôtées à leur foyer pour être vendues au 4 coins du monde comme chair à plaisir, ou pire. En ce moment il rajoute ce con là que c'est les p'tites typées Haso qui se vendent le mieux.

Et là à l'intérieur de moi j'te jure, c'est la tempête. J'pense à Maman. Elle est ce qu'elle est, mais on l'a jamais forcé à mettre les pieds à la maison, elle y était venue d'elle même, pareil pour mes Tatas. J'pense à ma Forgeronne, je sais pas pourquoi, p'tet l'allusion à Haso. J'pense à Aithe. J'pense à plein de trucs, et en ce moment faut dire que je me pose plein de questions existentielles. J'essaye de me racheter une conduite ou du moins de racheter mon âme parce que j'commence à en avoir ras le cul de faire des cauchemars remplis de culpabilité à peine j'ferme les yeux.

 

J'lui dis trop rien, mais je t'assure que ça bouillonnait sévère en dedans. Quand en prime il apprend que j'ai plus de bateau, là il a commencé à me chier dans les bottes ; il était plus mon ancien second, mais mon supérieur, car LUI il avait un putain de navire. Mais j'disais rien, me contentant de boire une gorgée. Ryk' a toujours été d'une intelligence maligne en plus d'être viscéralement un connard, mais il a jamais été plus malin que moi. Je le laisse débiter ses blagues, je le laisse m'insulter, se vanter de ses affaires prospères. Et moi pendant c'temps là j'réponds qu'dalle mais j'pense, j'réfléchis.

A la fin de son pamphlet, j'me lève et j'laisse quelques pièces et je fonce vers le rivage me changer les idées. Sauf qu'y me suis c'con de Ryk'. J'avance, je l'ignore mais il continue à vomir ses conneries, ses blagues et les détails de son commerce.

 

Une fois éloignés de la ville, j'me tourne vers lui et j'lui pose la main sur l'épaule. Il m'regarde avec son œil mauvais et j'lui murmure un truc. Il l'entend pas forcément ce con, donc il se rapproche. Je recommence, encore plus doucement et il entend toujours pas. Finalement le v'la tout près de moi, j'peux tellement bien sentir son haleine que je pourrais deviner ce qu'il a bouffé la veille... Alors, tant qu'il était tout prêt j'regarde que y ait personne et d'un coup sec, j'lui enfonce mon couteau dans l'bide et j'remue. Comme si je vidais un poisson, j'l'ouvre par le bas. Son œil me fixe d'un air incrédule et choqué. Et moi pour une fois je détourne pas les yeux. J'le fixe pendant que la vie s'en va petit à petit de sa carcasse qui se vide sur mes bottes.

Mais j'en ai rien à foutre. J'pense toujours à ce petit couple innocent, à Maman, à Aithe et Kaé...

 

C'est mal de tuer. Du moins c'est puni par la loi je sais. Donc doit y avoir une raison. Ce que j'ai fait c'est moche j'en suis conscient. J'ai laissé son cadavre se faire bouffer par les bestioles du coin, il en est rien resté de Feu Ryk'. Pourtant au beau milieu de toutes les merdes que j'ai faîtes, celle-là je sais me hantera pas. Je ressens une drôle de sensation, un bien être malsain. Une sorte fierté mal placée. Oui j'ai tué ce connard et il le méritait 100 fois. Parce que pour une fois j'ai agi au lieu de fuir... J'ai l'impression qu'on me rend quelque chose que j'ai perdu, bien que sur la forme si ça se trouve j'y ai perdu d'avantage. J'sais pas. Faire des choses justes salement c'est pire que laisser faire des choses dégueulasses honnêtement ? Je sais pas...

Je sais que la disparition de ce type fera pas pleurer beaucoup de gens, et tant mieux. J'me dis que quelque part y a une femme ou deux qui se feront pas tout de suite charger sur un rafiot pour aller se faire vendre et violer à l'autre bout du monde.

 

C'est p'tet venu le temps de commencer à changer..

 

 

Drelnas

Ephéria...

 

 

 

 

 

Richard est chiant. Il m'a d'office inscrit dans ce truc tenu par sa fifille et son coincé d'mari. Leur Chenapaon là. J'aime pas ces clubs soit disant élitistes. Le comble du comble c'est que pour en faire partie, faut te trouver un nom spécial. Je sais pas quel est l'intérêt. Le plus marrant c'est que dans les filières de contrebande ou de marchés illégaux, ils font pareil. Comme si ça protégeait vraiment. Non je pense que c'est pour se donner un genre. Si t'es nul tu restes nul, même si ton nom de code c'est "L'artilleur" ou n'importe quel titre pompeux qui compense une toute petite quéquette. Enfin c'mon avis.

Il a insisté, alors j'ai dit pourquoi pas "le bourreau des culs". Il a pas voulu. Résultat ils m’appellent le Paon, parce que j'ai mon chapeau à plumes. Je te passe les autres pseudos des membres que je connais pas pour la plupart et dont je m'en branle.

 

 

Je vois déjà le truc d'ici. J'ai déjà fréquenté des cercles de joueurs durant ma vie. J'suis moi même un joueur invétéré. Ça se donne des noms, des surnoms et sous couvert de ces masques, ça fait n'importe quoi. Des fois même ça part en n'importe quoi et bien sur quand faut tomber les masques et poser les couilles sur la table, personne assume. Ah bien pratique le surnom, le code, comme si ça permettait de tricher. Moi j'triche pas en dehors du jeu. Ah ben oui si j'peux planquer un As dans ma manche hin.. J'te rappelle que cet enculé d'unijambiste avec sa jambe de bois m'a pris mon bateau comme ça !

Moi ça me gave ces réunions où ces cercles se croient tous plus hauts ou plus forts les uns que les autres. Ils ont un de ces égos ces cons là. J'pense qu'ils se regardent tellement le nombril qu'ils en oublient qu'ils ont une bite. Les 3/4 du temps ça se chamaille pour des conneries et pour un rien, le restant ça cherche à niquer dans les coins. Et ceux qui sont trop bêtes pour baiser leur soul ils se déchargent à faire chier ceux qui sont actifs au lit. Sous ce prétexte de mes couilles où ils se planquent derrière des noms et des identités qu'ils ont pas au final, ils jouent au delà d'la vie et s'en fabriquent une autre, souvent mieux ou plus romancée qu'la vraie qu'est toute à chier. Moi ceux là j'leur file l'adresse de l'anguille séchée et ils iront se faire dépuceler par Aithe...

 

 

J'ai pas envie d'aller les voir au Chenapaon. J'sens que je vais me faire chier. Pour moi s'amuser c'est se marrer avec des gens d'bonne compagnie, partager quelques moments drôles et sympathiques. Si y a du rhum et à bouffer c'est mieux. Ça arrive de baiser dans la foulée, quel mal y a à ça? Du moment que c'est bien fait.. J'vois pas pourquoi j'irai chier dans la gueule de mon voisin de jeu parce qu'il s'est sauté la croupière. J'ai l'impression que je vais devoir me farcir des culs serrés toute la soirée qui vont se prendre pour des libertins.. Ça va aguicher sévère avec des tenues en dentelles et froufrous et puis ça plissera le nez quand faudra retrousser les jupons pour se faire labourer. L'autre fois j'ai vu comment Aithe était regardée, elle au moins joue carte sur table et franc jeu. Sont qui ces cons pour juger quelqu'un qui a les couilles d'être elle même ? J'peux pas encaisser l'hypocrisie. Autant y m'arrive d'être con et lâche parfois, mais au moins j'dis ce que je pense et à ma façon j'reste droit.

 

Bref, suffit pas d'avoir une plume dans l'cul pour avoir l'air d'un Paon..

 

Drelnas

Calphéon...

 

 

 

 

 

Ca fait bien longtemps que j'ai pas refoutu les pieds dans cette ville. Pourtant je l'ai arpentée en long en large et en travers durant ma jeunesse. Mais depuis mes déboires avec l'armée, bref depuis que M'man m'avait vendu j'y suis presque pas revenu. Mais là j'ai reçu un courrier de mes Tatas, M'man a une petite santé, alors bon j'ai fait un détour. En plus j'ai de bonnes nouvelles pour elle, alors j'aimerais qu'elle soit fier de son chiard au moins une fois dans sa vie. Bref me v'la en route pour la "maison".

Et ben j'ai déchanté rapido en arrivant à la devanture. Que de changement ! Je savais qu'ils avaient un balais dans l'cul dans cette ville mais là ça battait des records. Où était passée la splendide demeure massive et fleurie de mon enfance ? On y entendait jadis de la musique, des rires et des chants ; ça couvrait les cris d'amour de mes Tatas. Là j'avais devant moi une bâtisse austère, sobre. Les jardinières étaient fânées, plus de musiques, les volets étaient clos et les rares fenêtres non fermées on avait tiré les rideaux. Triste à mourir l'accueil.

 

 

Bref je pénètre dans la maison de mon enfance, et là d'instinct je zieute sur la droite pour voir qui se tient sur le tabouret. Je m'attends encore à voir Rob', même si j'sais qu'il est cané depuis belle lurette. La nostalgie surement. J'entends un bruit de soieries froissées, j'me retourne et j'vois ma Taty Cassandre qui vient vers moi avec Tata Odessa. C'étaient les plus jeunes travailleuses quand j'ai du quitter la maison et là de les revoir après toutes ces années... Elles ont plutôt bien veilli je trouve quand on sait les risques du métier. Elles sont toutes contentes de me voir revenir en homme fait... et voilà qu'elles me palpent le paquet... Ah mes Tatas, tellement consciencieuses dans leur bienveillance qu'elles voulaient voir si j'avais bien grandi et profité de partout. Mais bon avant de venir pour me faire papouiller j'étais là pour voir M'man avant tout.

J'suis donc monté à l'étage laissant mes Tatas fières mais sur leur faim pour rejoindre ma chère et tendre mère. Oh elle était mal en point et avait pris un méchant coup de vieux. Je la voyais là, allongée dans son lit comme une vieille femme. Bon ça l'empêchait pas de faire tourner la boutique d'une main de fer, mais bon de ce que j'ai compris la morale puritaine avait le vent en poupe ces temps ci et les initiés devaient se faire discrets. Bref c'était bien ce  que je pensais y avait eu une large distribution de balais dans l'cul.

 

 

J'ai expliqué tout fier  où j'en étais à M'man. J'lui ai raconté ma rencontre avec le vieux Riton, sa promesse de me coller à la tête d'un navire et de voguer sous ses couleurs. Elle, elle m'a questionné sur les femmes... Est-ce que je les culbute bien comme elle et les Tatas m'ont appris, si je m'applique bien pour leur lécher l'abricot tout ça. Moi j'insiste sur mon désir de reprendre la mer, elle me demande si je compte me marier et faire des chiards... Bref on se comprend pas. Mais bon en même temps est-ce anormal ?

Je l'embrasse, lui souhaite de se remettre et après cette parodie de fils aimant je prends congé. Et là je tombe sur Tata Suzy. Ahh Tata Suzy...  C'était la plus belle fille de la maison, les gens venaient de loin et payer un bras pour se l'offrir. Mais voilà elle picolait un peu beaucoup. Ca l'aidait à tenir le rythme aussi. Sauf que ça lui en a déchaussé les dents. C'est pas beau une femme sans dents et du coup sa carrière était menacée. On sait tous ce que ça signifie pour les Tatas quand on fait moins bander le client, c'est la porte, la rue, le caniveau et la mort...

 

 

Mais Tata Suzy était d'une autre trempe. C'est presque un modèle dans le milieu tu vois. Car de son handicap elle en a crée un avantage. Tu vois parce que en fait sans dents et bien certaines faveurs ont une.. saveur inédite. Et là crois moi ou non, mais sa carrière elle a pas fanée, mais décollé de plus belle. Un vrai phœnix ma Tata ! En plus ces prestations exquises chèrement tarifées l'épargnait sur le plan physique car c'était plus reposant que de faire la totale et en plus c'est plus rapide. Bon elle a dérouillé au niveau des cervicales mais bon on va pas non plus chipoter...

Mais là Taty elle me regarde avec ses yeux de miel et me félicite pour l'homme que je suis devenu... Si elle savait cette andouille. Je me sens un peu con et pataud, c'est quasiment mon premier amour ma Taty. Tu l'aurais vu à ses 20 ans, une beauté à couper le souffle. Une bouche pulpeuse, des hanches bien comme y faut et une poitrine aguichante. Et là si tu veux avant que j'ai eu le temps de dire  <<Mais qu'est ce que tu branles bordel Taty? >> je me retrouve les chausses sur les chevilles et la queue à l'air.. J'allais protester mais...

Wao putain je comprends à présent pourquoi sa carrière a flambé à Taty. Comment dire... Faut l'avoir vécu au moins une fois dans sa vie sinon vraiment c'est un coup à mourir con et malheureux.

 

 

J'pense que je passerai rendre visite à M'man plus souvent...

Drelnas

Épisode 1 :  Servir et fermer sa gueule..

 

 

Révélation

 

 

Calphéon...

 

 

 

 

 

Cela faisait à peine quelques mois que j'avais été vendu à l'armée avec les résidus de taule, les clodos et les enfants-à-charge-en-surplus comme je les appelle. Parce que la famille de crève-la-faim qui pond sont 7e ou 8e gosse, soit elle le bouffe, soit elle en tire un substitut. Parfois ils gardent le bébé et se débarrassent d'un plus vieux. Genre le boiteux, le malade, le neuneu. C'était Arryn ça. Il partageait la couchette d'à côté dans les dortoirs. Un gentil garçon Arryn, pas très malin, pas très fort, mais gentil. Des fois il me branlait la nuit quand j'me sentais seul parce que j'avais plus mes Tatas pour venir me chatouiller les noix quand je dormais pas. Mais bon c'est pas là l'débat...

Bref, ma sale gueule, Arryn et tous les autres bras cassés, on avait incorporé le régiment dit des Éphémères. Tout est dans le nom, on comptait pas faire de vieux os. On était là pour se faire charcuter la gueule et occuper les ennemis le temps que les vrais soldats la leur déboitent ensuite. Pour te dire, on avait même pas de vraie instruction au combat. Limite on nous a dit : l'épée elle se tient par le manche tas d'cons et le bout pointu vous l'enfoncez dans le type en face, et pis voilà.

 

 

Non sérieusement je veux bien que notre condition soit merdique mais là c'était un peu trop, même pour moi. Y a toujours eu des gens qu'on envoie se faire trucider pour la gloire de bidule, ou l'honneur de truc. Mais là, autant nous mettre en rangs d'oignons et devant le canon puis tirer dans le tas à bout portant. C'était pareil. Du coup ça m'a pas plu. Du coup j'suis allé voir mon officier et j'ai ouvert ma gueule. Du coup c'est là que j'ai commencé à dérouiller.

Ah ça l'instruction après on en a eu. Enfin si on peut appeler ça ainsi. Ils nous ont appris à tenir une arme, à porter une armure et à vaguement taillader ce qu'on aurait en face. Le reste du temps on bouffait de la marche, avec des sacs de caillasses, ou bien on servait de boniches à faire des corvées ingrates. Bon on était logés, nourris et blanchis c'était pas si mal. La discipline militaire avait un truc séduisant, le problème c'était son hypocrisie. Déjà parce que ce connard d'officier s'est approprié mon idée, qui était pas conne pour une fois. En nous rendant plus fort on augmentait considérablement les chances de victoire, et puis si on crevait moins et moins vite ils risquaient moins d'avoir des carences en chair à canon.

 

 

Moi les gens qui se posent en donneurs de leçons, de morales ou d’exemples et qui sont pas foutus de tenir le quart de ce qu'ils prêchent, ça m'a toujours fait gerber. Et à Calphéon des engeances de ce genre y en avait un beau paquet, tout plein de grades de médailles et de galons. Je passe sur les prêcheurs qui causent de Foi, de grands préceptes et que si on sort des sentiers cloutés on se prend un rappel divin dans la gueule. Mon cul tout ça, tu risques surtout un bon vieux bûcher à l'ancienne où tu fais cramer l'idiot du village pour faire un exemple. Le problème, à l'armée, c'est que quand tu commences à penser et surtout dire ou exprimer ce que tu penses - pour peu que tu saches ni mentir ni fermer ta gueule t'es mal - c'est le début des emmerdes. Si avec les années j'ai appris à mentir, pour la bonne cause toujours hin, fermer ma gueule ça a jamais été mon fort.

Et tu te doutes bien que les grandes gueules, tel le clou qui dépasse, se prennent généralement un grand coup de marteau dans cette fameuse gueule. Alors j'en ai bouffé du parcours, des punitions, des brimades et des humiliations. Mais ça m'a rendu plus costaud, plus robuste, plus fort quelque part. Ils voulaient me faire plier, et ça je voulais pas. J'avais déjà un caractère de merde vois-tu. Sauf que l'armée, à la fin, elle gagne toujours cette salope...

 

 

La première fois qu'on nous a envoyé au charbon j'ai de suite déchanté. Des groupuscules de harpies avaient semé la pagaille sur les routes autour de Calphéon. Une mission de routine en apparence, pas de quoi mobiliser l'élite de Calphéon déjà bien occupée ailleurs. Si un jour je chope un des éclaireurs de cette mission je lui découpe les burnes et je les lui fait bouffer. Mission de routine tu parles... Les gars étaient pas prêts à ça. J'étais pas prêt à ça ! On a perdu 1/4 de l'effectif cette opération là, connement. Les gradés nous ont laissé crevé au front pendant qu'ils causaient sur leurs chevaux de la marche à suivre. J'allais dire ma façon de penser à l'un d'eux, et même y mettre mon poing dans sa gueule. Mais là l'enfoiré il me sèche d'entrée et m'explique que je peux très bien rester seul à tenir la position, avec un bel étendard de Calphéon en guise de linceul... Quel fils de pute celui-là ! Et j'sais d'quoi j'parle...

Bref après ce massacre on est rentrés, là on faisait moins les guignoles. Les couleurs, l'uniforme, le prestige, les gonzesses à impressionner en se pavanant en ville. Tout ça on en avait rien à foutre. On était crevés, blessés, blasés. On voulait rentrer, se pieuter et oublier cette merde. Les gradés se marraient, ils avaient rempli leur mission, écrémé les plus faibles d'entre nous et l'un d'eux s'était payé ma grande gueule. Journée de merde, vraiment, et c'était que le début...

 

 

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Drelnas

 

Révélation

 

 

 

Épisode 1.0 :  Ma Succube des Mers..

 

 

 

 

Y a des jours où c'est le bordel, c'est la merde et rien ne va. Et puis heureusement, parfois y a des jours comme aujourd'hui...

La petite Aithe, je l'ai rencontrée l'autre jour sur le port. La journée était belle j'allais profiter du beau temps pour aller boire un coup sur le ponton. J'étais de fort bonne humeur et en de bonnes dispositions. J'allais donc en chantant tranquillement vers mon petit coin habituel, celui où tu peux voir au loin les navires qui viennent appareiller à Ephéria, quand elle m’apostrophe. Là j'me dis que voilà un bout de femme qui a du culot et ça me botte. Donc j'y cause un bout à la donzelle. Pas farouche, elle m'répond et sait faire preuve de répartie, mais surtout on découvre qu'on a des points communs, c'est un marin c'te bout de nana là ! Ni une ni deux j'l'invite à boire avec moi qu'on discute, comme j'te dis j'étais de fort bonne humeur c'jour là. Charmant presque. Ça m'arrive.

Nous v'là sur la plage, à boire, à rire, à chanter. Un bon moment vraiment. Aithe c'est une femme comme on en trouve pas assez. Déjà elle est pas dégueulasse à reluquer, et pas farouche quand elle s'en aperçoit. De plus elle aime la Mer, a son propre bateau et aussi une forme d'ambition sur laquelle on peut miser. Elle use de tous ses atouts pour réussir, moi j'respecte ça. J'serais qui pour la juger en même temps ? Ce que j'ai surtout aimé c'est que malgré ce bon moment et ce rapprochement, elle se soit tirée et m'ait laissé en plan, comme une merde. Bon je l'ai eu mauvaise hein, mais au fond j'adore ce côté sauvage et libre. Cette nana là elle est un peu comme moi, elle va où va le vent et saisit les opportunités à la volée. C'est clair, net , précis. Y a pas d'espoirs à la con, pas de romance à deux sous ou de prises de tête. J'sais que j'la reverrai à la prochaine marée. Et puis quand bien même l'océan est plein de poissons.

Je regarde la Mer, songeur, j'ai du rhum en quantité, je suis posé sur le sable et j'entends plus les quatre bécasses qui piaillaient sur le rocher pas loin. Jamais vu autant de moules accrochées sur un rocher. Bref je suis pas trop mal même si j'ai plus de compagnie. Dommage, elle chassait les mauvaises pensées, mais pour ça y reste mon bon vieux r'mède ; une bonne grosse cuite...

 

 

 

 

 

 

 

 

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Drelnas

Écrit sur fond de Hurt ~~ Jonhy Cash©

 

 

 

 

 

 

Ephéria...

 

 

 

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Le soleil est déjà haut, et je reprends peu à peu conscience. Je sais pas où j'ai atterri mais je constate avec amertume que j'suis toujours là... Quelque part j'suis content, mais d'un autre côté... Si on avait pu en finir une bonne fois pour toute ça aurait pas été plus mal que ça. J'maudis sur 7 générations l'empaffé d'la veille qu'a même pas été foutu de finir le boulot, c'te couille molle. Je me relève difficilement etje constate que je gisais sur le pavé, couvert de merde et j'en passe. J'ai du pisser le sang et j'ai la gueule qui me fait mal à en hurler. Et par dessus tout je sens que si je bois pas très vite une gorgée d'alcool  sous peu ça va être le bordel... J'en ai déjà les mains qui tremblent et le palpitant qui s'emballe. Fais chier tiens.

Vraiment l'aut' con il aurait pu finir sa besogne...

 

 

Pourtant hier les nouvelles commençaient enfin à devenir bonnes. Enfin ce putain de vent s'était mis à tourner. Du moins je le croyais. Ça a commencé avec la rencontre avec ce vieux un peu bizarre. Ensuite ça a déboulé sur du boulot et surtout la promesse de reprendre bientôt la Mer, et ça, ben ça devait se fêter. J'me suis alors rendu à la taverne la plus proche histoire de célébrer ce nouveau départ dans quelques litres de rhum, et pourquoi pas entre quelques cuisses accueillantes. Sauf que j'ai pas eu beaucoup de chance une fois là-bas. Déjà parce que le gibier local est plutôt du genre farouche, mais qu'en prime j'me suis fait emmerder par une gamine aux yeux rouges qui m'a privé du chemin de l'ivresse... Et c'est à partir de là que tout a merdé, encore.

Cette emmerdeuse a joué les juges et sans le savoir les bourreaux, car en m'ôtant ma bibine elle m'empêchait de plonger mon esprit dans cette douce torpeur à demi consciente qui m'aide à trouver le sommeil et à tenir le coup. Ah ça pour me vomir et me chier des grandes phrases toute faîtes, ça elle était douée... J'aurais même eu la patience de l'écouter débiter ses conneries si j'avais pu la trousser sur le sable. Mais ça non plus même pas pu. Chienne de soirée décidément..

 

 

Sauf que voilà même après m'être soustrait à cette connasse en jupons, privé de bibine et du réconfort d'une femme pour la nuit, voilà que j'ai le cigare qui se remet à tourner à plein régime. Vas dire à ta tête d'arrêter de penser, qu'est-ce qu'elle fait ? Mais bien sûr, elle pense d'avantage, la bourrique. Et voilà que c'est reparti pour le manège infernal des souvenirs de merde, des moments glauques et honteux qui remontent à la surface. Un peu comme si une fosse à merde se mettait à dégueuler en geyser si tu vois l'image... J'me revois me tenir la tête jusqu'à la taverne, bien décidé à endiguer coûte que coûte cette avalanche qui commençait à nouveau à me bouffer. Putain j'voulais pas revivre tout ça, pas le jour où j'veux fêter mon départ en mer bordel.

Fort heureusement y avait ce qui fallait dans la taverne. J'aperçois un bonhomme immense avec des mains comme des battoirs. Mieux encore il est accompagné d'une gonzesse. Tant mieux, j'avais pas de temps à perdre. Je me suis approché, et j' ai glissé ma main sur les miches de sa copine au grand. Elle s'est r'tournée, m'a gifflé et s'est tirée en gueulant. Là le gros s'est tourné vers moi et je l'ai fixé dans les yeux en quête de quelque chose. Et plus je le fixais, plus je voyais cette petite lueur de haine s'embraser peu à peu. Chouette, c'était pas une couille molle il avait l'air bien décidé à me mauler la trogne. C'était exactement ce que je cherchais, la promesse d'un coma rapide et profond, loin de toutes ses pensées qui m'accablent.

 

 

Oh bien sur je lui ai collé quelques gnons. Mais le but c'était pas de gagner. Non le but c'était de me faire cesser de cogiter et ruminer à tout ce passé de.... Putain faut plus que j'y pense. Bref il m'a cassé la gueule proprement et une part de moi aurait souhaité ne pas se réveiller comme une sous merde encore dans une ruelle crasseuse. Mais bon on dirait que plus tu souhaites un truc dans la vie, plus la vie te chie dessus. Au moins j'ai pu éviter pour cette fois de songer à tout ce merdier que j'essaye d'enterrer au fond de moi. Mais même en le noyant dans le rhum ça remonte cette merde, fais chier. J'traine ça comme un boulet au pied, et pas moyen de m'en défaire.

Tout ça pour quoi au final ? Je pue. J'ai mal. J'crois même qu'on m'a pissé dessus. J'ai la tête ankylosée, et la désagréable envie impérieuse de me murger la gueule à nouveau. C'comme un cercle vicieux. Même les clodos du coin m'regardent de haut, les enculés. Mais en même temps une part de moi peut que leur donner raison ; la même parcelle que j'essaye de museler tant bien que mal. Que penser d'un pauvre con qui préfère se faire refaire le portrait à coup de tatanes plutôt qu'à assumer ses actes et voir la vérité en face ? Réponse : pas grand chose de bien ni de louable... En même temps la vérité je la connais, j'suis qu'une grosse merde. Et pour en être sur y aurait qu'à juste regarder en arrière, si j'en avais les couilles....

 

 

Alors je fuis la réalité, le passé, et les soucis en général. C'est plus facile. Plus simple. Plus lâche aussi. J'ai jamais eu de Père, mais j'aurais aimé qu'on m'apprenne à être un homme droit, honorable et fier. P'tet que j'aurais pas merdé autant. Alors j'mets tout sur le râble de ce père absent que je tiens fautif de tout, mais au fond de moi y a toujours cette petite parcelle qui me regarde et me fait "non non". Car même moi je sais que c'est pas vrai, et que je tente encore une fois de juste me rassurer pour éviter de trop me dire que je suis un déchet et une sous merde.

Putain d'merde... c'que je donnerais pas là pour une gorgée d'gnôle...

Drelnas

Keplan...

 

 

Me voilà encore bien loin de la mer et des promesses qu'elle peut offrir. Mais que ne ferait-on pas pour survivre hein ? J'avais un contrat simple ; récupérer une marchandise pour un client qui paye bien. J'avais un petit budget que j'ai allégrement flambé en rhum et une bonne portion de barbac'. J'misais sur ma grande gueule pour marchander et m'en tirer à moindre frais. Sauf que le mec en face il a rien voulu lâcher. D'toute façon il en demandait le double qu'on m'avait donné à la base. Hors de question que j'y sois d'ma poche, il va pas se r'payer tout seul mon navire. J'ai voulu être aimable et arrangeant tout ça, mais bon à un moment, il a quand même fallu que je lui mettre mon front dans le buffet pour faire pencher les affaires de mon côté. Bref le type était à demi inconscient dans une marre de sang, faut dire que ça pisse vachement le nez une fois pété. C'est tonton Rob' qui m'avait appris ça jadis, avec son putain de tabouret.

Bref me voilà en train de me tirer gentiment par la fenêtre quand j'entends la femme de mon "client" accourir en gueulant et en chialant. Elle s'est aussitôt précipitée vers on épave de mari. J'suis pas certains que ses pleurnicheries et ses jérémiades aient réellement contribué à l'faire cesser d'pisser le sang mais bon, p'tet que ça lui a apporté du réconfort. Bon pas longtemps après elle a commencé à gueuler et m'insulter et j'voulais pas avoir les voisins et la garde sur le râble. J'aurais pu l'avoiner aussi, mais j'cogne pas les bonnes femmes. Enfin le moins possible quoi...

 

 

Pendant que je levais le camp et me dirigeais vers mon canasson, je pensais aux piécettes qui m'attendaient. Mais il y avait un truc qui clochait. Comme une petite piqûre sournoise qui t'empêche de dormir ou bien tu sais quand un connard de moustique t'a piqué là où tu peux pas t'gratter. J'avais mis une lieue entre Keplan et mon cul que je croyais encore entendre les pleurs de cette bonne femme. C'était impossible, on était bien trop loin, mais alors pourquoi..?

Et puis comme d'hab' cette salope de mémoire qui se remet en branle et qui comme un barrage cède, me vomit des souvenirs que j'aurais préféré oublier.

 

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Eaux de Velia, il y a 5 ans..

 

 

Époque faste. J'étais l'heureux Capitaine d'un bi-mât que j'avais baptisé "La petite Vérole". Les affaires allaient bon train. Je transportais tantôt des épices ou de l'alcool voir des passagers ayant besoin de discrétion. Du moment qu'on me payait, moi et mes gars on se démenait pour faire parvenir la marchandise au lieu souhaité. J'avais oublié cette putain de nuit...

J'commançais à ronfler dans ma cabine quand mon second est venu me déranger. Ryk' était un bon marin, mais j'ai jamais pu blairer la lueur malsaine qui brillait au fond de son œil. Y m'a demandé de le suivre, sans en dire plus. "Connard de borgne va" que je me suis dit en le suivant tout en prenant mon sabre avec moi. Car faut pas croire, même si j'les traitais convenablement ces chiens d'mer c'est pas rare d'apprendre de retour au port qu'un copain capitaine s'est fait ouvrir en deux par le bas par ses gars pendant un voyage. Et comme c'est pas comme ça que j'souhaite finir, toujours garder à portée son arme ou d'quoi calmer les ardeurs d'aspirants mutins.

 

 

Ryk' m'a amené sur le pont où les autres gars m'attendaient. Bordel, sur l'moment j'me suis dis que ça commençait sérieusement à puer la mort. Les gars avaient l'air contents et surs d'eux. Putain d'merde j'avais vraiment pas intérêt à m'louper sur ce coup. Alors, prenant mes couilles à bras comme on dit, j'leur ai rentré d'dans avec l'autorité naturelle du capitaine qui est à deux cent lieues de s'imaginer finir cloué au grand mât. J'ai jamais été mauvais aux cartes, surtout pour mentir. Autant qu'ça serve...

Finalement les gars se sont sentis cons et ont perdu de leur assurance que j'les ai tancés sur le pont. Ryk' s'est alors approché de moi en murmurant que lui et les gars avaient pensaient à un gros coup. Bordel de merde ! V'là qu'ils réfléchissent ces burnes de phoque ! Passée la surprise, ça m'a intrigué quand même surtout si au bout y avait un peu de pognon à se faire dans la foulée. En fait ces couillons avaient eu l'info juste avant qu'on lève l'ancre qu' une cargaison d'épices allait partir de Calphéon. On venait de quitter Velia, on était bien placés pour arriver dans les premiers, surtout que la Petite Vérole portait bien son nom, elle était foudroyante.. par jour de bon vent!

 

 

Seulement voilà, on avait chargé un couple de bourgeois qui voulait se rendre discrètement à Altinova, et nous en avions déjà pris le cap. Mais les gars avaient une autre idée en tête, puisque le voyage était déjà payé, rien ne les obligeait à remplir le contrat. En somme, un coup de canif sur la gorge, et bonjour les poissons pendant qu'on vire de bord, direction Calphéon. C'est vrai que d'un point de vue purement commercial, le plan était super bon. On gagnait sur tous les tableaux, et si les proches du couple nous demandaient des comptes on aurait qu'à dire qu'on les avait débarqués un peu avant le port d'Altinova, et que si y a eu un pépin après, c'pas notre faute.

C'était chiant, car ils étaient mignons tous les deux. Pas chiants, pas regardant sur leur cabine, ils avaient payé sans rechigner et d'avance. J'crois qu'ils avaient chaud au cul d'où ils venaient. Enfin bon tu te tires pas en pleine nuit sur un rafiot appelé ''La Petite Vérole" si t'as pas au minimum la mort au trousse j'pense.

 

 

Bref me voilà en train d'emboiter le pas à Ryk' direction le pont inférieur où les tourtereaux dorment. J'entends encore derrière moi le rire grinçant des gars, tout excités et le souffle court qu'ils étaient ces cons là. Je sais pas trop ce que j'avais dans la tête à ce moment là, j'étais comme spectateur de mon propre corps, ça m'est arrivé une fois ou deux en forçant à l'excès sur le rhum mais c'était encore différent. Plus on se rapprochait de la piaule du couple plus j'étais mal. Je leur souhaitais pas du mal à ces deux tourtereaux, ils m'avaient rien fait en plus. Mais d'un autre côté, si je me rangeais pas du bon côté j'risquais de finir comme eux.

Mon connard de borgne en second s'est alors tourné vers moi pour me demander la marche à suivre. Putain c'était moi le capitaine, mais ça m'aurait arrangé qu'ils agissent sans que j'ai à participer ou pire, diriger. Au pire si le bonhomme se défendait bien et en trucidait quelques uns, j'pourrais faire tourner le vent et calmer le jeu.

 

 

M'enfin je commençais même à envisager la mort d'mes gars comme une solutions alternative à... à quoi d'ailleurs ? A ma putain d'survie ? Malgré les années j'ai encore envie de dégueuler quand j'y songe. Quelle grosse merde j'ai été...  J'ai fait un signe rapide aux gars leur indiquant d'entrer en nombre dans la piaule pour leur sauter dessus. Je savais qu'ils se gêneraient dans la précipitation et que ça pourrait leur nuire, mais je m'en cognais. J'voulais pas finir ni embroché par ce p'tit gars qui dormait, ni par mes marins. J'avais pas l'avantage du nombre ni du terrain, fallait d'abord voir comment allait tourner le vent pour choisir le meilleur cap. Bon les gars sont entrés comme des sauvages, mais ils avaient l'effet de surprise. Le bonhomme a été vite maté et déjà Ryk' lui collait sa lame sur la gorge prêt à lui faire un bel abreuvoir à mouches à la première connerie.

Sa femme était maintenue par les gars qui se la passait tour à tour ne se privant pas pour la peloter. Quels gros salaces ces fils de gorets. Mais ça puait vraiment la merde à ce moment. Les gars avaient envie de se les faire avant de les balancer par dessus bord et ils attendaient mon aval. Si je le leur donnais pas, ça allait chier pour moi aussi sous peu c'était couru d'avance.

 

 

J'ai pensé alors les balancer dans un canot et puis tracer notre route, ça me paraissait l'issue la moins dégueulasse. Sauf qu'avant que j'ai eu le temps d'en placer une, le bonhomme a voulu sauver l'honneur de sa compagne qu'un de mes marins doigtait. Ryk' a pas cherché à comprendre, il l'a proprement égorgé et ça a giclé sur sa femme, juste avant qu'un autre de mes gars lui plante une lame dans le bide. Putain d'merde. Putain fallait pas flancher. Putain fallait pas dégueuler là d'vant ces pourritures sinon j'étais cuit. Fallait rester digne, fallait rester le cap'tain. Allez, fallait la traverser cette putain de tempête, encore.

J'leur ai dit de lester les corps et de les balancer par dessus bord. On était proches encore de Velia ça aurait été con qu'une marée les dégueule sur le littoral un beau matin. On aurait eu des emmerdes. Les gars ont acquiescé et se sont mis en ordre de marche. J'suis monté sur le pont prendre l'air et calmer cette chienne de nausée et leur faire croire que je supervisais les opérations.

 

 

Quand je suis redescendu encore plus mal que tout à l'heure dans ma cabine, j'ai vu un des mes marins nettoyer les flaque de sang dans la cabine d'â côté. Tranquille, peinard. Ça l'a pas plus émoustillé que ça d'avoir buté et balancé un couple d'innocents. Il avait déjà tourné la page et s'affairait à nettoyer les traces du crime qu'on venait de commettre, histoire que les prochains clients aient confiance. Putain mais il est sérieux cet enculé ?! Je lui ai collé un bon coup de botte en passant, mais ça m'a pas soulagé pour un sou. Je me suis claquemuré dans ma cabine, j'ai choppé la première bouteille de rhum que j'ai trouvé et j'en ai vidé autant que je pouvais jusqu'à ce que j'arrive plus à penser.

J'ai gardé mon sabre pas loin au cas où les gars viendraient me faire la peau, mais c'était une peur qui me rassurait. Ouais c'est compliqué et il m'a fallu bien des années pour accepter la vérité sans faillir. J'étais qu'une grosse merde. Je me rassurais d'avoir peur de finir victime de mes mutins plutôt que d'assumer le fait que je n'avais strictement rien fait, non rien pour sauver les miches de ces deux passagers. J'étais tétanisé par mon propre instinct de survie qui m'a littéralement coupé les couilles. J'ai fermé ma gueule, j'ai pas tenu mon équipage comme l'aurait fait un vrai capitaine et j'ai été complice et acteur de ce meurtre...

 

 

Je me rappelle avoir dégueulé tripes et boyaux cette nuit là. Pas tant à cause du rhum mais parce qu'au fond de moi je savais que j'avais commis une faute irréparable. J'avais sûrement enterré cette nuit là le peu de bien qui subsistait en moi, et une fois que j'avais creusé cette tombe j'avais chié par dessus avant de reboucher avec de la terre. Putain si y avait pas l'alcool et les femmes, des fois je crois que je me serais foutu en l'air tellement je me trouve à gerber. En plus c'était la première fois, et ce constat était à lui seul encore plus piquant et humiliant que le fait de les avoir tués...

Comment ils font les types qui vivent selon leurs idéaux sérieux..?

 

 

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Drelnas

L'océan...

D'abord, la première fois que je l'ai vu je m'étais dit en mon fort intérieur : "Putain qu'c'est grand.."

 

 

Au début j'en ai eu un peu peur, une sorte de crainte révérencielle. Un peu comme quand j'étais mioche et que je croisais le regard de Taty Martha. Taty Martha à la Maison une fois elle avait émasculé un client avec les dents. Il voulait pas payer ce con. J'crois qu'elle a réinventé le verbe "débiter". Et ben la Mer, l'Océan, c'est un peu le même effet la première fois que tu lui fais face. Tu sais intimement que si tu merdes, t'es foutu, il te loupera pas.

J'ai toujours aimé ce postulat, même quand il vous noue les tripes en pleine tempête. L'Océan, lui, il ment pas. Il a pas le temps, il en a rien à foutre. Si tu l'emmerdes, si tu le respectes pas ou si t'es pas assez fort, il t'avale. Point final. Y a quelque chose de rassurant dans cette brutalité primitive, quelque chose que je n'ai jamais trouvé dans mes rapports sociaux. Les gens ils m'angoissent, on sait jamais ce qu'ils pensent et ils sont trop peu à avoir les couilles de l'exprimer.

 

 

Mais quand t'es en mer, t'es seul avec toi même et puis l'Océan. Et par les couilles d'Elion, mais qu'est-ce que c'est bon ! Mis à part se faire suçoter l'grand mât en sirotant du rhum j'connais rien de plus enivrant ! Bordel rien que d'y penser la mer me manque... Heureusement que sur terre y a les filles de mauvaise vie, sinon j'serais au supplice. D'ailleurs cette évocation réveille une douce chaleur dans mes braies qui me fait penser que j'aurais à régler ce problème d'ici peu...

J'ai pris la mer la première fois j'avais à peine 19 ans. Mes camarades de régiment dégueulaient tripes et boyaux, mais pas moi. Je me sentais bien, en communion presque. J'avais l'impression qu'on volait sur l'horizon, qu'on était libres d'aller n'importe où tant qu'on aurait assez de couilles et de vent pour manœuvrer. Je me sentais tellement bien que mon officier supérieur m'a collé de corvée à nettoyer le dégueulis des autres sur le pont. Quel gros connard quand j'y repense, et l'avenir m'a donné raison...

 

 

J'ai jamais oublié ce jour depuis. J'ai continué quelques temps dans l'armée, mais le soir quand je somnolais, je revoyais l'Océan. Ou d'autres fois une paire de nichons. Parfois les deux. C'était plutôt plaisant... J'ai gagné mon premier bateau aux cartes, honnêtement même pour une fois, face  à un tocard d'Epheria. Le type il avait une main d'enfer mais il tenait pas le rhum. Et les froufrous et les décolletés des serveuses lui faisaient perdre son sang froid à cet idiot. Je l'ai mis à poil et j'suis parti avec son navire. C'était un frêle esquif tout merdique, mais c'était MON frêle esquif merdique. Je l'avais appelé l'Empaleur, comme ma queue. Par chance ma bite s'en est mieux sorti que mon navire. Je l'ai perdu aux dés quelques mois plus tard vers Velia. J'espérais gagner gros et remonter ensuite jusqu'à Calphéon pour faire un coucou à M'man. J'lui aurais acheté un p'tit cadeau, comme font les bons fils. J'lui en ai jamais voulu de m'avoir vendu. C'ma maman quand même, sans dec'...

M'man était passée Matrone, les affaires allaient bien pour elle. C'était pile poil car l'âge avançant elle risquait d'être mise sur la touche, et dans ce beau métier tu fais pas de vieux os si tu rapportes plus rien. J'ai perdu quelques Tatas comme ça, c'est ainsi.

 

 

Je me suis fait copieusement fait casser la gueule ce jour là, j'suis sur que cet enculé d'unijambiste avait pipé les dés. Et le pire j'étais coincé sur la terre ferme. J'ai jamais dégueulé en mer, mais sur la terre j'ai l'impression que ça tangue des fois, j'vous jure. C'est horrible. Du coup j'suis obligé de boire du rhum pour compenser l'équilibre. Je déteste être coincé sur la terre, je me sens enchaîné, enraciné. Même galoper sur un canasson ça ne me procure pas la moitié de la sensation que t'as à la proue de ton navire quand les vagues et les embruns viennent te lécher la gueule. Je me suis refait bien sûr, plus ou moins honnêtement parfois, ça dépend. J'suis un survivant je m'adapte. Vivre comme un saint selon des principes moraux tout ça c'est bon pour ceux qui croient encore aux Dieux et autres conneries. Moi je pense que ces doctrines ça a fait surtout beaucoup de morts précoces. P'tet autant de veuves éplorées.

R'marque je me dis que ça augmente le nombre de gueuses à trousser, ben ouais faut bien leur remonter le moral à ces pauvres dames esseulées... Du coup j'irai mettre une pièce au prochain cul béni que j'croise, si leurs conneries me fabriquent des veuves en chaleur à baiser, c'est p'tet qu'une forme de Dieu existe. Ce soir  j'lèverai bien haut ma chopine à la santé des abrutis morts pour leurs idéaux, et puis après j'irai lever ma pine tiens...

Drelnas

Velia, de bon matin...

 

 

 

La marée commençait à monter peu à peu et déjà les premiers esquifs de pêcheurs prenaient la mer pour débuter leur journée de labeur, en quête de leur maigre pitance. Assis sur les quais, un bonhomme les regardait partir au large tiraillé entre envie et dédain. Le dédain pour cette existence qu'il qualifiait de misérable et qu'il mettait sur un manque d'ambition, voir de "couilles au cul". Mais d'envie aussi car depuis qu'il était coincé sur la terre ferme, le large lui manquait férocement. Il se sentait comme un enfant privé de ses parents et aussitôt cette évocation lui rappela son parcours. Alors, fermant les yeux et savourant les embruns, il laissa ses pensées vagabonder et revenir longtemps, longtemps en arrière..comme s'il écrivait pour lui même son journal, après tout les grands capitaines tiennent bien un livre de bord...

 

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Calphéon, il y a 30 ans...

 

J'ai jamais eu de père. Enfin si probablement, mais M'man a jamais voulu m'en parler. C'est vrai qu'on parlait pas beaucoup boulot à la maison, M'man aimait pas ça, ni mes Tatas. La seule image paternelle que j'ai jamais eu c'était Rob' . Rob' c'était un géant il s'occupait du bien-être de M'man et des autres. Par là je veux dire qu'il s'arrangeait pour qu'il leur arrive rien de trop désagréable, ou du moins rien qui n'ait pas été négocié auparavant. Rob' en fait il avait toujours le cul vissé sur son tabouret vers l'entrée de notre Maison. Il était tellement gros que sa vue intimidait les messieurs. Des fois même ils débandaient direct , ça déplaisait pas à M'man ni aux Tatas, mais c'était moyen pour les affaires. Du coup ils l'ont consigné à l'entrée pour intimider mais pas trop... Une fois je me souviens  je jouais à l'étage avec une de mes Tantes et j'ai entendu du bruit. C'est la seule fois où j'ai vu Rob' lever son gros cul du tabouret. Je savais pas qu'un tabouret ça pouvait autant refaire la gueule à un salopard. Parce que le type qui allait par la suite être condamné à manger de la soupe toute sa vie en fait il avait cogné sur Tata Claudia et elle avait gueulé pour qu'on l'aide. J'crois même que Taty Suzy lui a collé un coup de talon bien placé.

 

J'aimais bien Rob' moi, je voulais qu'il m'apprenne à manier un tabouret plus tard. Malheureusement il est mort quand j'étais petiot, apparemment il avait perdu pas mal de pognon aux cartes avec des types pas patients. Bref j'ai jamais eu de Père. Le remplaçant de Rob' il était moins bien, il picolait sur le tabouret de Rob' et tripotait mes Tatas en douce. Une fois il a voulu me tripoter la nouille alors que je jouais pas loin du tabouret. M'man lui a éclaté un verre sur la gueule ce jour là et ça a chié un moment. C'est après ce jour là qu'on m'a vendu. Je pouvais plus rester là bas à cause de cet enfoiré et M'man pouvait pas perdre sa place, elle était pas loin de passer Matrone, c'est une super place... C'est con, à cette époque je commençais à peine à apprécier et à palper toutes ces paires de nichons que j'avais dans le paysage. J'crois que ça m'a plus emmerdé que le sentiment d'abandon qui m'a un peu piqué ce jour là. En même temps, quand t'es un fils de pute hein..

 

Bref on m'a vendu à un type qui s'était spécialisé dans la fourniture en chair à canon pour l'armée de Calphéon. Métier prospère puisque les raisons et chances de se faire étriper ne manquent pas dans notre cher pays. J'ai pas beaucoup de rancœurs envers lui, c'était les affaires après tout. En plus ce con gagnait 100 pièces nettes par tête de pipe qu'on lui rachetait, alors qu'en raclant les clodos du port et les taules il s'en tirait une misère à l'achat. Bref ce type était un visionnaire et il a occupé quelques jours l'espace de la figure paternelle qui me manquait tant. Bon après il m'a vendu avec un coup de pied au cul, mais bon comme j"ai jamais eu de père pour moi c'était pas si mal ni si anormal en fait...

 

C'est là que j'ai fait mes classes dans l'armée de Calphéon. Bon rien de très glorieux, on était pas aussi beaux et réputés sur ceux de Trina ou de Delphe. Mais bon j'avais un nouveau foyer, une pseudo famille et un métier. J'serai pas allé jusqu'à dire un avenir, parce que tout ce qu'on nous promettait c'était de finir écharpé par la première bestiole venue loin de chez nous. Mais j'étais bien, après avoir été un enfant de putain, puis abandonné, vendu. A l'armée on m'a filé une épée et on m'a dit qu'il fallait s'en servir pour tuer. J'avais 14 ans, trois poils aux couilles, mais j'étais persuadé qu'avec ce bout de métal je pouvais trucider tout ce que je voulais. C'est con un mioche quand même...

Même pas tu réfléchis au bien au mal, si c'est noble ou juste. On te dit, t'obéis. On te dit "saute" tu réponds : "Où ça?". On te dit "cours" tu continues jusqu'à ce qu'on te dise d'arrêter. C'est simple en fait, tu n'as pas besoin de réfléchir, parce que de toute façon, dès que tu réfléchis, c'est le bordel... Mais bon ça c'est autre chose..