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  • Anderhole Amerton

    Introduction et Prologue

    Par Anderhole Amerton

    Au sérénissime prince Kirseh Shoore qui chercha à apprendre l'art des armes, l'art de combattre à la barrière, de lance, hache, épée et dagues, des mains et des bras, à pied et à cheval, en armes et sans armures. Il cherchait aussi à connaître la trempe du fer et les charmes de chacune des armes, tant pour défendre que pour attaquer, et surtout les choses du combat à outrance. Mais également d'autres choses merveilleuses et secrètes, lesquelles sont connues de peu d'hommes d'armes dans ce monde. Et ces choses sont vraies, et de très grande offense et de grande défense, pour celui capable de les comprendre. Des choses infaillibles, si enseignées à l'âme d'un combattant libre.

    Et ledit seigneur appris lesdites choses de moult maîtres en bien des provinces et cités, avec énormément d'effort et à grand prix. Mais ces maîtres toujours portèrent l'écusson de la Chèvre Noire, car à la cour de grands seigneurs, princes, ducs, marquis et comtes, aucun chevaliers et écuyers ne pouvaient percer leurs flancs. Ces maîtres fantômes seront innomés mais non pas oubliés par leurs compagnons. Ce livre suivra une structure classique qui fera en sorte qu'un élève ne manque rien en l'art que je cède. Nous commencerons à la lutte, laquelle se donne pour deux raisons qui sont la récréation et la colère, c'est-à-dire pour la vie, avec toute l'astuce, le mensonge et la cruauté possible. Et je veux parler et démontrer par la raison celles qui se fait pour la vie et principalement en obtenant les prises comme l'usage lorsque l'on combat pour la vie.
    L'homme qui veut lutter veut être avisé de celui contre qui il va lutter ; si son adversaire est plus fort, si il plus grand de stature, si il est trop jeune ou trop vieux. L'apparence, la posture et la garde, donnent les clefs aux prises et permet toujours la défense des prises par leurs contraires.
    Et si ton ennemi est sans armure, sois attentif à frapper aux endroits les plus douloureux et les plus dangereux à savoir dans ses yeux, dans le nez, dans le faible sous le menton ainsi que dans les flancs. Et ne te garde pas si tu peux venir aux prises ou aux clefs, soit en armes, soit désarmé, de faire l'un et l'autre.
    La lutte demande huit choses qui sont la force, la rapidité ainsi que le savoir des prises avantageuses, savoir faire des fractures, c'est à dire rompre les bras ou les jambes ; connaître les clefs, c'est à dire lier les bras de manière que l'homme n'aie plus de défense ni ne puisse se libérer ; savoir frapper aux endroits les plus dangereux. Également savoir mettre quelqu'un à terre sans danger pour soi-même,  également de savoir disloquer les bras et les jambes de diverses façons. Lesquelles choses sont toutes écrites et possiblement dépeintes dans ce livre, pas à pas, comme le veut l'art.

    Nous avons dit ce que requiert la lutte, nous parlerons maintenant des gardes de la lutte. Les gardes de la lutte peuvent se faire de diverses façons, et une façon est meilleure qu'une autre. Mes quatre gardes sont les meilleures, en armes et sans armes, sans excuses, car les gardes ne sont pas stables dès que les prises se font.
    Les quatre premières représentations de maître que vous voyez - ceux couronnés - montreront les gardes de la lutte, à savoir la Posture Longue et la Dent du Sanglier, lesquelles sont faites l'une contre l'autre, de la même façon que l'on peut faire la Porte de Fer et la Posture Frontale l'une contre l'autre. Ces quatre gardes peuvent faire toute les choses susdites, de la lutte en armes et sans armes, qui sont les prises, les clefs, les fractures, etc. J’ai besoin de faire en sorte que les gardes soient connues des Maitres joueurs, et les élèves des joueurs, et les joueurs des Maitres, et le remède du contre bien que toujours le contre est placé après le remède de telle façon « le remède » est après ou après tous ces jeux et de cela ce sera claire. Nous disons que connaître les gardes ou les postures est une chose facile, d’abord les gardes ont leurs armes en main l’une contre l’autre et ne se touchent pas l’une l’autre. Et elles restent attentives et fermes l’une contre l’autre pour voir ce que le compagnon veut faire. Et celles-là sont appelées postures ou gardes ou premier maitre de combat. Et ceux-là portent une couronne sur la tête parce qu’ils sont positionnés en place et de façon à faire une bonne défense, avec elles on attend ainsi. Et je suis le principe de cet art, qui est de cet art de l’arme avec laquelle les dits maitres sont en garde. Et beaucoup est à dire des postures et des gardes. Et la garde veut dire que l’homme se met en garde, et se défend avec celle-ci, des frappes de son ennemi. Et tant est à dire de la posture qui est la façon d’approcher son ennemi pour l’attaquer sans danger pour sa personne. L’autre maitre qui suit ces quatre gardes vient à la suite des gardes et se défend d’un autre joueur avec les coups qui sont donnés depuis les quatre gardes. Et ce maitre porte également une couronne, et il s’appelle second Maitre. Il s’appelle également Maitre remède parce qu’il fait le remède qui le protège des coups ou bien qui fait qu’il ne sera pas blessé dans cet art qui sont les dites postures ou bien gardes. Et ce second maitre, c’est à dire le remède, a certains joueurs sous lui, lesquels joueurs font les jeux que pourrait faire le Maitre qui est avant, c’est à dire le remède pour prendre cette couverture ou alors les prises que fait ledit remède. Et ces joueurs portent une jarretière sous le genou. Et ces joueurs font tous les jeux du remède jusqu’à ce que se trouve un autre Maître qui contrera le remède et tous ses joueurs. Et donc celui qui fait le contre du remède et contre ses joueurs porte la tenue du Maitre remède et de ses joueurs c’est à dire la couronne à la tête et la jarretière sous le genou. Et ce Roi est appelé Maitre troisième et on l’appelle contraire parce qu’il est contre les autres Maitres et contre ses jeux. Je dis encore qu’à certains endroits dans l’art se trouve le quatrième Maitre c’est à dire le Roi qui contre le troisième Roi, c’est à dire le contraire du remède. Et ce Roi est le quatrième Maitre que l’on appelle quatrième maitre. Et on l’appel Contre-Contraire. Bien que peu de jeu passent le troisième Maitre dans l’art. Et si plus se fait se fera avec danger. J’ai assez dit sur cela. De la même façon dont nous avons parlé ici avant des gardes de la lutte et du second Maitre, c’est à dire du remède, et de ses joueurs, et du troisième Maitre contraire au second Maitre et à ses joueurs, et du quatrième Maitre qu’on appelle contre contraire, ainsi on a ces Maitres et joueurs qui reviennent pour l’art de la lance avec les lances et leurs gardes, Maitres, et joueurs. Je commencerai à traiter d'abord de la lutte, ou abrazare, ensuite de la lance et de l'épée ainsi que la lutte à cheval. Puis, derrière, de la lance, épée et lutte à pied et en armure. Puis, de l'épée à deux mains, le jeu large, puis l'étroit, puis le jeu de la hache, puis certaines parties, puis de l'épée à une main, puis du jeu de la lutte et ensuite du jeu de la dague. Et de cette manière, tu pourras voir tout l'art des armes en ce livre, qui ne peut jamais faillir, tant la glose est bien dite au dessus des figures dépeintes. Maintenant occupons-nous aux figures dessinés et à leurs jeux et à leur texte, lesquels nous montreront la vérité.
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  • Néron

    Les Putains et les jongleurs

    Par Néron

    Lorsque Dieu eut créé le monde tel qu'on peut le voir à la ronde, avec tout ce qu'il mit dedans, il fonda trois classes de gens: les nobles, les clercs, les vilains. Les chevaliers eurent les terres; quand aux clercs, il leur octroya le fruit des dîmes et des quêtes; le travail fut le lot des autres. La chose faite, il s'en alla.    Sur son chemin il aperçoit une bande de chenapans: des ribaudes et des jongleurs. Il ne va pas loin, ils l'accostent et se mettent tous à crier: " Restez là, sire, parlez-nous. Ne partez pas; où allez-vous ? Nous n'avons rien eu en partage quand vous avez doté les autres." Notre-Seigneur les regarda et, les entendant, demanda à un saint qui le suivait quels pouvait être ces gens-là. " Ce sont des gens faits par mégarde, que vous avez créés comme ceux qui ont foi en vous. S'ils vous hèlent, c'est qu'ils voudraient avoir leur part à vos largesses." Notre-Seigneur, au même instant et sans faire d'autre réponse, vint aux chevaliers et leur dit: " A vous qui possédez les terres je baille et donne les jongleurs. Vous devez en prendre grand soin et les retenir près de vous. Ne les laissez manquer de rien; accédez à tous leurs désirs. Tenez bien compte de mes ordres. A vous maintenant, seigneurs clercs, je donne à garder les putains." Depuis, les clercs se gardent bien de désobéir au Seigneur: ils n'ont d'yeux que pour les ribaudes et les traitent du mieux qu'ils peuvent.    Comme ce fabliau le montre, si vous l'avez bien entendu, les chevaliers vont à leur perte quand ils méprisent les jongleurs, leur refusent le nécessaire et les laissent aller pieds nus. Les putains ont chaudes pelisses, doubles manteaux, doubles surcots; les jongleurs ne reçoivent guère tels cadeaux des chevaliers. Ils ont beau savoir bien parler; ils n'ont droit qu'à vieille nippes; on leur jette comme à des chiens quelques bouchées des bons morceaux. Mais en revanche les putains changent de robes tous les jours; elles couchent avec les clercs qui subviennent à leur besoins. Ainsi les clercs font leur salut. Quand aux chevaliers, ce sont des pingres qui ne donnent rien aux jongleurs, oubliant les ordres de Dieu. Les clercs en usent autrement, pour les putains ont la main large et se plient à tous leurs caprices. Pour elles, voyez-les à l'oeuvre: ils dépensent leur patrimoine et les richesses de l'Eglise; en leurs mains est bien employé l'argent des rentes et des dîmes.     Donc, si mon fabliau dit vrai, Dieu veut que les clercs soirent sauvés, que les chevaliers soient damnés.    
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Nos blogs communautaires

  1. Frères assassins :

    Condamnés à l'océan au vent qu’mène le bal
    Oubliés des honnêtes gens des Dieux des cathédrales
    Rien n'pouvant plus nous sauver on peut trainer nos âmes
    De l’Ouest aux bas quartiers d’Valencia
    A force d’chercher les brumes où cacher nos erreurs
    Nous gentilshommes d’fortune d’quoi avons-nous peur ?
    Plus d’gibet d'Calphéon qu'd'Elion et ses Flammes
    On préfère la mort du bras qu’tient une lame
    Prêts à livrer mille batailles pour l'or d’Rois sans âmes
    Le pont témoin d'nos ripailles sait chaque fois qu’l'on gagne
    L’rhum et l’chant des hommes font briller les étoiles
    Sur une gigue on fait l’mômes, on r'met les voiles
    Le cap sur les mers du Nord le temps nous en fait voir
    On r'trouve not' lot d' solitude, de haine, d’désespoir
    Tant pis pour la proie facile qu’croise notre route
    Des filles contre un droit d'asile, c'est c'que ça coûte
     
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l'sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l' sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
  2. AnnelsySerosa
    Dernier billet

    Je regarde ce chien depuis des heures maintenant, si petit et déjà orphelin. Il tourne en rond toute la journée, après avoir fait des siestes qui durent des heures... comment il fait pour dormir autant ? Je ne sais pas. Il a réussi à attraper sa queue, il me regarde avec ses crocs refermés dessus. Il est mignon... mais je ne dois pas me laisser attendrir. Il m'avait promis de ne pas me laisser seule, au final j'en suis au point que je n'attends plus son retour. C'est triste d'en venir là, mais j'ai besoin de sa présence et il le sait, je l'avais prévenu. Il a une place importante dans mon cœur, jusqu'à ce qu'il soit brisé. Ce chien me regarde encore, je tends la main vers lui et le voilà qui saute sur mes genoux pour se coucher contre moi. 

    Levant les poignets à auteur de mes yeux je regarde ce bracelet qu'Aedan m'avait offert, il est beau... en argent et avec des pierres vertes et bleues. Des beryls. Et ce collier immense autour de mon cou, je n'en reviens pas. C'est l'opinion qu'il se fait de moi ? Un beau bijou et on oublie tout ? D'où je viens on n'avait pas besoin de bijoux pour apporter attention à l'autre. Mes doigts se serrent autour de cette parure d'argent et de rubis, je ne veux pas être apprêtée comme un chien qu'on tient en laisse. Mon cœur est nomade, et mon cœur ne se laisserai pas enchaîner. L'attache se rompt sous la pression que j'exerce, laissant tomber cette chose au sol, je réserve le même sort à ce bracelet. Il n'arrivera pas à me faire taire ainsi, et encore moins à me rendre heureuse. Je ne veux pas être complice d'une guerre entre couillons des bas fonds.

    Après mon entrevue avec le Capitaine de Fierempart, j'ai obtenu le droit de rester vivre à Calphéon... et je n'ai même pas fait cette démarche pour lui. Je pose le chien au sol et je descends dans la chambre pour sortir mon sac vide de l'armoire, ainsi que mes quelques affaires. C'est périlleux de ranger ces robes dans un si petit contenant, mais j'y parviens. Je remonte alors avec ce sac et je m'attable afin d'écrire quelques mots. Ce chien me regarde toujours, il est insupportable ! Vas t-en ! Oust ! 

    Je tiens longuement la plume au dessus du parchemin, il y a une minute mes idées étaient claires mais maintenant, tout devient difficile. Les larmes n'arrangent rien, brouillant ma vue et trempant la feuille de papier je repense à ces derniers jours. Je ne l'ai vu que deux fois en deux semaines, voire plus, comment fait-il pour se montrer invisible ? Il travaille, certes, mais j'ai connus des rois qui gardaient du temps pour leur femme. Je me redresse et calme enfin mes pleurs. Les yeux clos, je pense un instant à autre chose. Et ma main commence vaguement à écrire.

    Révélation

    Aedan,

    Je ne peux continuer à te regarder nous détruire pour une simple vengeance.

    Tu as souffert, je le sais bien. Mais cette vengeance ne t'apportera rien de plus que ce que tu es en train de perdre.

    Peut-être que je t'ai menti, je ne dois pas t'aimer suffisamment pour prendre pareille décision aussi vite.

    Tu m'en voudras je le sais, mais je ne suis pas la femme que tu crois.

    Ces bijoux, non. Offres les donc à une femme vénale qui n'attend rien de plus de toi. 

    Mon choix va te sembler égoïste, mais même Dieu permet aux gens de faire des choix égoïstes pour la santé de tout le monde.

    Tu m'avais fait des promesses, que tu oublies, je ne t'attendrais plus à la maison comme la femme au foyer parfaite.

    Mon cœur est nomade, je ne suis pas comme ce petit chien qui sera obligé de supporter ton absence.

    Tendrement,

    Beryl.

     

    PS: Ce chien ne fait pas la cuisine. Ni le ménage, ni la lessive. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de lui apprendre.

     

    Une fois ceci fait, je prends mon sac et me dirige vers la porte. Après avoir jeté un coup d’œil à ce chien, il me parait bien plus triste qu'Aedan ne le sera jamais. Tant pis, je le prends avec moi. Aucune autre femme de remplacement ne pourra le toucher. Je ne m'étonnerai pas de voir à nouveau des tournantes se faire à l'heure dans son lit. Les promesses, elles sont faciles à faire, mais encore faudrait-il les tenir. Ce petit chien vagabonde autour de moi, ma jument me suit et mon sac sur l'épaule, je me balade dans les rues de Calphéon. Chassant de ma mémoire ces pensées horribles qui pourraient me raviver toutes ces douleurs. Un peu de marche avec un sourire de surface, et voilà, je fini même par croire moi-même à mon bonheur. 

  3. Cendrelune
    Dernier billet

     

     

     

    Après ma longue discussion avec ce foutu Basané, j'avais besoin de prendre l'air, de me mouvoir autre part qu'entre les quatre murs de la confortable chambrette que je louais. La nuit était bien avancée et les rues de Velia étaient quasiment désertes tandis que je me dirigeais vers les quais. Je les entendis bien avant de les voir, des rires gras, sans nul doute avinés. J'allais passer mon chemin quand j'entendis une plainte d'une tonalité plus douce et des sanglots qui ne laissaient plus de doute possible. Je débouchais alors sur une plate forme en planches branlantes et vermoulues, mon regard se portant légèrement en contrebas. Ils étaient trois autour d'elle, s'amusant à se la passer de l'un à l'autre par de brusques poussées. Je les observais un petit moment alors que le goût de bile montait déjà dans ma gorge et que la rage allumait mes yeux et me vrillait les entrailles. Instinctivement, je serrais les poings et je sus alors qu'il m'était désormais impossible de passer outre. Des mains brunes sur une peau blanche et douce. Le bruit de l'étoffe qui craque, le parfum de la peur et de l'impuissance qui montait à mon esprit, nourrissant colère et haine.

    Mûe plus par instinct que réelle stratégie, je chargeais le premier, le prenant totalement au dépourvu. Un coup de genouillère en plates dans son entrejambes le fit se plier en deux, je l'attrapais par les cheveux et lui écrasait sa face rougeaude contre mon genou armuré. Ce n'était pas subtil, j'avais juste besoin d'agir vite, pour éviter de me retrouver en surnombre. Déjà, je ne m'appartenais plus, mon corps se tendait, mon âme en ébullition réclamait la curée. Le poing de l'homme s'écrasa contre mon nez et un bouquet délicieux de douleur, mêlé à la chaleur rassurante du sang, me fit éclater de rire. Un rire froid, sombre, la folie s'emparait de mon esprit. La douleur devenait une force et je savourais, presque enivrée, l'énergie vitale des deux hommes restants, comme un fin gourmet salive devant un plat. De justesse, je me fis violence pour ne pas utiliser la magie. Mes deux mains percutèrent violemment les oreilles de mon adversaire, le sonnant de précieuses secondes pour que ma Main de Fer lui écrabouille le visage, faisant éclater son nez et le haut d'une de ses pommettes comme un fruit trop mûr. Le dernier tenta de me ceinturer mais par chance, j'avais vu son ombre se mouvoir et des deux, c'était moi la plus avantagée par la faveur de la nuit. Je glissais légère et silencieuse, opérant une manoeuvre de contournement pour me retrouver dans son dos. Vu mon gabarit, le frontal c'était pas mon truc, même sur de petites frappes comme eux. Un autre coup m'enverrait certainement au tapis et très honnêtement, j'avais une autre idée de comment terminer ma soirée. Un coup bien senti dans les reins le fit ployer. Ce n'était pas le combat le plus glorieux que j'ai pu mener mais me défouler me faisait du bien. Il se défendait bien sûr, tellement plus fort, tellement plus endurant que je ne l'étais. Je restais sur la défensive, pour le fatiguer. Je prenais le temps de jouer un peu avec ma proie, ses deux compères ayant choisi de détaler dans la nuit. Il soufflait comme un boeuf, son odeur aigre de transpiration, de crasse et de mauvais vin me retournait l'estomac. Je voulais le détruire, l'annihiler. Le faire disparaître de la surface du monde. M'abreuver de sa peur, de sa souffrance, des ténèbres sales de son coeur et de son âme... Déjà je prenais la vague, tout bascula...

    Une voix me parvint dans le brouillard écarlate. D'abord plaintive, la voix féminine se teinta de panique: "Arrêtez! Vous allez le tuer!" Une main se posa sur mon bras. Comment avais-je fini à califourchon sur l'homme? Ma Main de Fer était rougie par le sang, elle avait réduit le visage de l'homme en bouillie... Mais il vivait encore. Je suspendais mon geste, perdue pendant quelques secondes. La jeune femme me regardait les yeux agrandis par le traumatisme, la terreur. Un jour, moi aussi, j'avais croisé ce regard dans une glace. Instantanément, ma rage reflua et la Bête se lova de nouveau dans mes tréfonds, repue, rassasiée pour cette nuit.

    "Barre toi." Je me relevais, ne la regardant déjà plus. "Mais... Vous m'avez...", balbutia t-elle.

    "Je t'ai dit de te barrer...", je grondais presque, secouant ma main endolorie, vérifiant que mon nez n'était pas cassé..

    Elle détala et je m'éloignais bien vite, errant un long moment sans but, calme, toujours bien trop calme alors que je devrais exploser, vibrer, sortir de moi. Mais je n'y parvenais toujours pas. Je levais un instant mon museau vers le ciel, contemplant la lune. Je n'étais qu'une louve solitaire, condamnée à l'errance. Loin de ma terre dont l'absence me faisait chaque jour un peu plus mal. Loin des miens dans une terre hostile, inconnue dont je ne comprenais pas toujours les méandres. Je goutais le sang qui avait dégouliné sur mes lèvres et mon cou. Ca, c'était une réalité. Demain, je partais et vu ce qu'il venait de se passer, ce n'était pas plus mal que je me fasse oublier quelques temps. Je repoussais la mélancolie qui menaçait de me submerger, j'avais besoin de soigner ce corps meurtri qui payait pour d'autres blessures qui ne voulaient pas se refermer.

    Un sourire, la vie reprenait ses droits. Je boitillais jusqu'à ma chambre, riant déjà de ma mésaventure et surtout du fait qu'en fin de compte, c'était Ezechiel que j'aurai adoré dézinguer ce soir. Ce pauvre hère n'avait été enfin de compte qu'un pâle substitut pour évacuer mes émotions. Ca m'allait aussi. Je n'étais pas du genre à me morfondre dans les remords et la culpabilité. Pour cela il aurait fallu que j'ai une véritable conscience.

    En tout cas, c'est ce que je me disais.

     

  4. Révélation

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ephéria...

     

     

     

     

     

     

     

    J'suis dans la merde. Bon je l'ai souvent dit, souvent été, mais là je patauge dedans. A priori je devrais pas crever demain d'une dague dans le bide, mais j'aimerais presque autant. Depuis le désert je ressasse et je cogite, chose que je faisais pas avant. Avant dès que le cigare commençait à s'emballer, je le noyais à grandes lampées de rhum ou entre les cuisses d'une femme reconnaissante. Comme ça mon esprit cessait de travailler et était plongé dans un coma réparateur. Le réveil par contre des fois c'était moche, tant au niveau de la gueule de bois que de la culbute de la nuit passée. Au petit matin, sobre, des fois y a des surprises et tu te dis "nonnnn j'ai pas fait ça.."  Putain que si je l'ai fait, et pas qu'une...

     

    Tu l'as choisi ducon...

     

    La nouveauté, c'est ça.. Depuis que j'ai arrêté de fuir mes responsabilités et d'essayer d'être un poil meilleur, j'l'entends sans arrêt c'te maudite voix. Je me suis même demandé si les sorcières de Tarif m'avaient maudit. Mais ça encore, si j'avais pas ouvert les vannes, ça serait le cadet d'mes soucis. Sauf que je me suis vraiment foutu dans la merde. J'en dors plus, j'en mange quasi plus. C'est à la fois une angoisse et une délivrance que d'lui avoir tout dit. Même si je comprends pas pourquoi j'lui ai tout déballé. Et maintenant j'fais quoi ?

     

    Et si tu commençais pas te comporter en homme..?

     

    Putain mais jamais elle la ferme sa gueule c'te voix..? Quand je suis rentré au port, crevé, éreinté et chamboulé par tout ce que j'ai cru voir dans la poussière et la chaleur étouffante... J'suis tombé sur ma forgeronne. C'était la rencontre à pas faire, le piège, l'embuscade. Cette femme, depuis le début elle me retourne et me touche sans que je sache comment. La revoir là, bien réelle après l'avoir si longtemps cherchée dans le désert parmi mes hallucinations c'était comme un cadeau. J'en aurais presque eu des larmes sur le moment tellement ça m'avait secoué les boyaux. Elle était comme dans mes souvenirs, et encore mes souvenirs lui rendaient pas hommage. Elle dégageait toujours cette espèce de grâce impassible qui m'apaise rien qu'en la voyant.

     

    Dis lui, tête de con..

     

    Je me suis approché, on a causé. Dans sa spontanéité elle me dit que je lui ai manqué, il paraîtrait qu 'Ephéria est plus calme sans moi. Putain ça m'a fait emballer la mécanique, j'ai pas compris. Pourquoi quand je parle à cette femme j'ai l'impression d'être nu ? Elle est ni sorcière ni magicienne, et pourtant face à elle je suis aussi désarmé qu'un chiard juste sorti des entrailles de sa mère. C'est humiliant. On pourrait parler de vêtements, du temps, de bouffe, de n'importe quoi ça serait pareil. C'est pas que je l'écoute pas, c'est que je suis hypnotisé et que j'ai l'impression que le temps me file des doigts comme si tentais en vain de retenir de l'eau..

     

    Moi je dis que t'es dans une belle merde. Alors, tu fuis ou tu te lances burne de phoque?

     

    Je t'emmerde. Je sais pas qui t'es mais je t'emmerde. Mais putain t'as pas tort. J'hésite, je sais plus quoi dire et le silence commence à m'angoisser. J'fais quoi ? J'fais une sortie à la Aithe en disant que j'vais pisser et j'disparais ? C'est tentant mais après ? Je vais pas faire ça toute ma chienne de vie merde à la fin. Je la regarde, je tremble. J'inspire, je me retiens de me chier dessus et puis ben contre toute attente, je me lance. C'est pathétique. Pitoyable et pathétique. Pourtant j'en ai embobiné des gens par le passé mais là je bafouille je trouve pas mes mots. On dirait un puceau qui parle à sa première fille. J'me serais donné des claques dans la gueule tellement c'était grotesque. Elle a tout entendu, tout encaissé et .. ben elle m'a laissé une chance.

     

    Oui, mais tu l'as fait en fin de compte, tête de con...

     

    Le tête de con c'était obligé là ? Ouais je l'ai fait. C'était dur au début et puis après c'est tout sorti. P'tet trop, ou pas assez. J'lui ai dit ce que je ressentais. Ce que je voulais, ce que je voudrais, et surtout ce que je devrais être pour la mériter. Parce que le constat de chiotte il est là. J'suis un enculé, un coureur et un menteur. Un lâche même des fois ouais. Bref j'suis pas un type bien, et surtout pas assez bien pour elle. Et je lui dis. Parce que c'est vrai et qu'elle mérite la vérité. Elle mérite.. qu'on change pour elle, qu'on devienne meilleur si c'est possible. Pour la première fois depuis des années, j'ose regarder en arrière et assumer mes actes. C'est très douloureux, violent même. Mais faut en passer par là. Parce qu'au bout y a elle. Mais le problème, le pire du pire, c'est que non, y a pas qu'elle...

     

    Putain tu cherches vraiment les emmerdes..

     

    Non. Elles me tombent dessus c'est tout. Oui je suis complètement subjugué par ma Forgeronne d'Haso c'est sur. Mais dans le désert, entre la folie la chaleur et le désespoir j'en voyais une autre dans la brume . Aithe. Ça fait un petit moment qu'on se côtoie et qu'on voyage elle et moi. C'est totalement différent, mais en son absence je ressens aussi un manque. Et c'est pas qu'au niveau du cul. Ça serait si simple autrement. C'est surement bancal et cassé, mais y a un lien entre elle et moi. C'est beaucoup moins romancé que pour Kae mais c'est tout aussi fort, tout aussi important à mes yeux. Aithe c'est aussi une sorte de phare pour moi dans la nuit. Et putain à présent que j'ai aperçu la lumière, je ne veux plus retourner errer dans les ténèbres. Plus jamais

     

    Oui mais non là. Eh ho faut choisir à un moment !

     

    Et pourquoi ? Pourquoi on peut pas aimer deux personnes ? Parce que c'est douloureux ? Bien sur que c'est douloureux d'aimer connard, même une seule personne, même soi même c'est compliqué de s'aimer. Pourquoi en aimer deux ça serait pire au final ..? Ca reste de l'amour. J'ai tout avoué à Aithe. Et elle m'a surpris par sa réaction. Elle était prête à s'effacer, à partir pour que je sois heureux. Mais pour l'être j'ai besoin d'elle. Je lui ai dit que je m'étais attaché à elle, qu'elle était aussi mon phare à présent et à quel point j'étais terrorisé à l'idée de retourner dans les ténèbres. Elle a eu un peu de mal à encaisser ça, parce que jamais on lui avait parlé ainsi je crois. Pour la première fois on a parlé sincèrement de cœur à cœur, en ôtant nos habits de menteurs, connards et d’effrontés. C'était chouette comme moment. Je l'ai redécouverte, comme mise à nu, d'abord symboliquement et après..

     

    Soit, y en a une qui est plus ou moins d'accord, mais l'autre..?

     

    J'ai la trouille. J 'ai réussi à ouvrir une porte aussi bien de mon côté que du sien. Je sais qu'elle a déployé des efforts colossaux pour me montrer un peu d'affection. Je sais que c'est pas dans sa culture, et ça me touche qu'elle se laisse aller avec moi. Mais je tremble à l'idée de tout gâcher encore et tout foutre en l'air. Je veux pas la perdre elle non plus. J'ai besoin d'elle, mais l'idée de lui faire du mal me déchiquette les couilles. J'ai l'impression d'être un mioche capricieux. J'ai jamais rien connu à ces choses là. Et là, la première fois que ça me tombe dessus je pisse sur les règles établies et je fais mon caprice ; "non je veux pas choisir, je repars avec les deux !"  Putain pourtant qu'est ce que j'aimerais que ça se passe ainsi, car choisir serait aussi simple et irrémédiable que de me couper en deux, et ça c'est pas encore possible...

     

    Je suis fière de toi.

     

    Hein ? Tu te fous de ma gueule là ? Tu m'incendies, tu m'as tourmenté des années et là tu me sors cette phrase qui tombe comme une merde sur une planche ! Fière de quoi ? De m'enliser dans des problèmes sentimentaux, de pleurnicher sur mon nombril ?

     

    Tu as été au bout de tes sentiments, tu leur as fais face et les as assumé. A présent avance...

     

    Ah ben me v'là beau tiens.. Des fois je me demande si je perds pas un peu la boule quand même..

     

     

     

     

     

     

     

     

  5.  

    Chaleur.

     

    J’ouvre un œil, allongé sur le sol en plein zénith sur le bas côté de la route. Un arrière-goût de fer dans la bouche, je passe ma langue sur mes dents pour vérifier qu’aucune ne manque à l’appel. Toutes là, parfait. Je cherche à me relever lentement.

     

    Douleur.

     

    Renonce, cloué au plus bas, j’hésite encore à trouver le fait le plus accablant. Une possible côte fêlée, veinard. Cette migraine d’un lendemain de cuite, habitué. Ou l’absence de ma bourse dans la poche de ma veste, gênant, ...

     

    *****

     

    -Qu’est ce que tu viens de dire ?

     

    -’Foirés d’Sérendiens ... <Accompagnant mes dires d’un geste de la main.> T’aurais pas vu un grand type qu’aurait une gueule comparable à la mienne mais … <Je mime tant bien que mal un individu de grande taille.> Plus grand !?

     

    -Tu t’fous de nous là ?

     

    Qu’est ce que j’ai dit. Ma parole, les gens d’ici sont encore plus limités qu’on ne le dit. Je vais tenter de reformuler avant de recommander une pinte à cette charmante aubergiste. Haussant le ton et je fais l'effort d'articuler :

     

    -Je répète ! Enf-…

     

    Le type trouve ça judicieux de répondre d’un crochet avant la fin de ma phrase, c’est légitime. Je recule sous l’impact, manque de m’étaler misérablement devant une bande de sérendiens ingrats. Mais fier et bien imbibé, je lève ma garde. Grave erreur, autant les inviter à me cogner plus fort joue tendue. Je reprends un coup, et je flanche pour de bon.

     

    La lumière s’éteint là-haut ...

     

    *****

     

    Enfin debout. Je me tiens pas bien droit, courber le dos calme les maux dans ces moments là. Assez reposé, faut trouver de quoi se rincer pour se réveiller, un bout de gras pour calmer le ventre et la niaque nécessaire pour attaquer la journée.

    J’en tirerai une bonne leçon. Sergio, soit tu la fermes, soit tu formules, soit tu frappes en premier.

    Maintenant, en route, Il t’attend.

  6. La faible lueur de la bougie éclairait la mine pâle de sa cousine, il la voyait plisser des yeux et se fatiguer à relire des papiers posés sur le bureau. C’était le soir, et l’enfant commençait à s’ennuyer. Assis sur un confortable fauteuil, Il regardait autour de lui. Les meubles étaient propres et avaient l’air d’une grande valeur ; sur une table basse en face de lui, il y avait une coupelle de fruits et il avait le droit de se servir autant qu’il le voulait. Le garçon avait d’ailleurs le ventre plein, le raisin de table avait disparu. Il soupira, pour signaler qu’il ne savait pas quoi faire. Sa cousine remua le nez, elle ne l’avait pas remarqué.

    Il semblait très tard, même si dehors il y avait encore du bruit : les nuits de Calphéon étaient très différentes de celles de Glish. A cette heure si, tante Madeline l’aurait déjà fait coucher alors qu’ici, des gens criaient encore dans la rue.

    Le garçon tourna alors le regard vers deux petits yeux verts brillants qui l’observaient depuis tout à l’heure. Il leur fit une grimace puis chercha sur le fauteuil son cheval en bois, un cadeau de Myna et son premier jouet. Le garçon commença alors à faire galoper son destrier dans le salon. Le cheval n’eut aucun mal à sauter du fauteuil à la table basse. Dans sa course, Il dut éviter les oranges mais son agilité était sans pareille, il put passer entre les dangereuses agrumes. Impossible à arrêter, le cheval ne voyait aucun obstacle insurmontable et après avoir conquis le table basse sans mal, il bondit sur la chaise à bascule interdite. On lui avait dit « C’est une terre dangereuse habitée par une sorcière aux pouvoirs terribles qui la garde jalousement » mais la sorcière était absente, il n’en fallait pas plus pour que le destrier n’attaque. Le cheval prit son élan et bondit. Ce fut un saut remarquable, un saut dont on ne parlait que dans les légendes. Le cheval réussit à poser ses sabots sur le siège, glissa un temps et s’arrêta in extremis près du rebord. Fier de sa victoire, le cheval hennit de bonheur, il trottait sur la chaise à bascule de la sorcière. Ivre de réussite, il se demanda alors, quelle serait ma prochaine conquête. Un lourd grondement fut sa réponse. Les yeux verts. Le cheval fit face à celui-ci et toisa son adversaire. Les yeux verts appartenaient à une immense créature qui atteignait presque le plafond, faite de roches et de racines. Il se tenait dans le salon sans bouger et avait observé les exploits du cheval. Son heure était venue. Le destrier légendaire frappa du sabot en signe de défi, ce à quoi le titan répondit d’un grognement interrogatif. « Te crois-tu capable de vaincre un golem comme moi ? » disait-il. « J’ai survécu aux plaines des oranges et aux terres tumultueuses de la sorcière, je n’ai pas peur de toi, Golem. » répondit le cheval sans une once de crainte. Le golem fut tétanisé par tant d’audace et regarda la charge du cheval, qui s’élança et, n’écoutant que son courage, commença à gravir le bras du Golem, il allait atteindre la tête du monstre, plus que quelques kilomètres et…

    « Roger aide moi à monter… » demanda l’enfant sur la pointe des pieds.

    Le cheval retrouva soudain de la force et put atteindre la forêt qui siégeait sur la tête du titan. Le destrier avait ainsi vaincu le plus dangereux des êtres en ce monde.

    « Tim, tu ne serais pas en train d’embêter Roger, par hasard ? » demanda sa cousine qui ne quittait pas ses papiers des yeux.

    « Non, non. Roger, le cheval t’a tué. Allonge-toi. »

    Le golem, bon perdant, s’allongea doucement, après avoir vérifié qu’aucun meuble ne serait broyé dans son action. Il resta inerte même face à l’orgueil de son adversaire qui sautillait sur son corps.

    « Mais pourquoi tu as tué Roger ? » sa cousine avait finalement quitté le bureau pour s’asseoir à côté d’eux. Roger bougea la tête pour signaler qu’il n’était pas mort.

    Tim vint s’asseoir à côté d’elle et sourit.

    « Sawyier, tu me racontes une de tes missions de mercenaire ? »

    « Euh… Je suppose que je peux faire ça. Mais pour cela, il me faudrait d’abord en choisir une… Et vérifier qu’il n’y a pas trop de gros mots… »

    Sawyier réfléchissait sous son chapeau de magicienne, elle repassait dans son esprit ses différentes aventures. Parfois elle grimaçait, Tim pensait alors qu’il devait s’agir d’un monstre énorme qu’elle avait dû terrasser. Après une petite réflexion, elle commença :

    « Eh bien, je me souviens, d’une aventure… Ah mais on a juré de ne plus jamais en parler… »

    « Allez, raconte-moi, je ne le dirai à personne, promis. »

    « Je n’arrive pas à me décider, il y a la fois où nous avons été recrutés pour combattre des cultistes, très mauvais souvenir… Un combat dans les marais de Glish, j’ai pris une flèche ce jour-là, une horreur quand j’y repense. Ah si, j’en ai une pour commencer. Notre mission contre une troupe de bandits d’effrits ! »

    Tim se tut et ouvrit grand ses oreilles.

    « A l’époque, Roger n’était qu’un tas de cailloux qui prenait le soleil, mais nous étions déjà une fière bande de mercenaires. Il y avait Bélier, le guerrier sans peur aux paroles plus tranchantes que son épée. Valerya, la pourfendeuse d’estime de soi, qui pouvait pétrifier d’un regard. Miette, une ombre féline, qui pouvait crocheter n’importe quelle serrure. Alessio un guerrier qui pouvait pousser à bout autant ses amis que ses ennemis, et d’autres qui, comme lui, ne sont plus là. Et enfin et surtout, Glish, la magicienne, belle et intelligente qui manipule une magie puissante et utile, et qui a des blagues très drôles aussi.

    Le Trillium avait été appelé pour vaincre le chef d’une terrible bande d’effrits sanguinaires dont le repère était une tour en ruine. Ces effrits étaient aussi sauvages que des nagas et aussi rusés que des fogans. Il nous fallait un plan pour débarrasser d’une menace aussi périlleuse. La conception d’un plan est toujours une étape importante chez le Trillium. Pendant que Miette se glissait dans leurs rangs pour faire une reconnaissance, nous avions décidé d’aller à leur rencontre. Miette ne se fait jamais prendre, elle se déplaçait dans l’ombre sans qu’aucun effrit ne puisse la remarquer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut manger très vite ton assiette quand elle est là, sinon tu risques de mourir de faim. Elle put alors trouver différents passages à emprunter en cas de retraite. Pendant ce temps-là, les effrits se rassemblèrent pour accueillir le Trillium. Ils étaient armés jusqu’aux dents, et tu sais bien que les effrits ont de très grandes dents. Alessio demanda alors à Glish la puissante de lancer un sort pour les impressionner : une boule de feu à leur pied pour les intimider. »

    « Et alors ? »

    « Et alors, c’est difficile la magie, qu’est-ce que j’y peux si ma boule de feu n’était pas assez grande pour eux ? Bref, Glish ne se découragea pas et en relança une deuxième bien plus grande qui explosa aux pieds des effrits, qui paniquèrent. Le plan marcha et le Trillium obtint un entretien avec le chef, sa cible. Il fallut grimper tout en haut de la tour, et ce fut au sommet que les mercenaires purent voir le chef. Il était bien plus grand que tous les autres, une montagne de muscles, rustre et grossier. Les mercenaires négocièrent alors avec le chef un duel entre l’un des nôtres et celui-ci. Si le Trillium gagnait, il pouvait repartir avec la tête de l’effrit. Sinon … Mieux valait ne pas y penser. Alessio se porta volontaire contre l’effrit et son épée et déclara qu’il allait se battre avec une arme particulière, la magicienne Glish. »

    « Mais, tu n’es pas une arme ? »

    « Cet effrit-là n’était pas très malin, et il accepta. Les deux mercenaires durent éviter les coups d’épée terribles de l’effrit ; à plusieurs occasions, ils manquèrent de se faire couper en deux et Glish riposta avec sa magie. Et lorsque l’effrit leva son épée en l’air prêt à nous couper la tête une bonne fois pour toute, Glish lui lanca un sort de foudre qui le fit tomber à terre. Ça et les coups d’épées d’Alessio et je crois bien qu’un d’entre nous a tiré une flèche… Bref, les effrits nous ont accusé de tricherie et ont voulu venger leur maître. Bélier put alors s’illustrer au combat en découpant des effrits à tout va et il fit tomber l’échelle qui permettait d’accéder au sommet de la tour. Heureusement, le Trillium connaissait un autre passage, un assemblage d’échelles et de plate-formes en bois, un échafaud de fortune et put se replier. Il fallut par plusieurs fois affronter des effrits sur le chemin, mais les mercenaires parvinrent à atteindre le sol. A cet instant-là, Valerya marmonna quelque chose d’incompréhensible entre ses dents, que la magicienne Glish comprit comme une invitation à brûler l’échafaud. Il se trouva que ce n’était pas du tout ça, il fallait en réalité brûler les effrits vers une autre direction. Valerya s’excusa auprès de Glish et lui promit de faire d’avantage d’efforts pour articuler la prochaine fois. Un contretemps de rien du tout qui n’empêcha pas nos fiers mercenaires de retourner en ville pour réclamer leur prime, leur travail accompli avec talent. Ils s’éloignèrent de la tour en flamme sur leurs destriers, sous le soleil couchant… A moins que, non ça devait être en pleine journée. Voilà, l’une de mes premières missions ! »

    Tim et Roger applaudirent.

    « Tu peux me raconter l’aventure, celle où vous avez juré de ne plus jamais en parler ? Ça a l’air chouette ! » dit Tim

    « Oui. » surenchérit le golem d’une voix grave dont le ton n’exprimait pas l’enthousiasme réel de celui-ci.

    « Tu devrais demander à Miette ou à Valerya… Si je la raconte ça va se retourner contre moi. » la magicienne se redressa et épousseta sa robe. « Bien, je pense que nous n’aurons pas de client pour aujourd’hui. On rentre. Roger, je compte sur toi pour surveiller la boutique ! »

    Après que Tim eut dit au revoir au golem, Sawyier éteignit sa bougie et ferma la porte à clef. Le quartier général du Trillium fut plongé dans l’obscurité, à part la salle de réunion où deux yeux verts brillaient. Le gardien des lieux avait toute une nuit pour repenser à cette histoire et à rêvasser.

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    Poussière de roche en Ruines de Runes. 
     
    Immobile de silence, aussi mort que massif. Pachydermique cadavre caressé par le temps. 
     
    Rugueux ossements rongés de sable et de vent. Qui craint l’os endormi ? J’attends.

    - Le Crabe Carapatombe
    Interprétation de la Vivace pour les 14 jours de Lune Croissante :
    Valeurs : Patience. Résilience.
    Santé : Vous avez plus de vitalité que vous ne le pensez.
    Émotions :  Faites-vous une carapace. Vous en aurez besoin. 
    Activités : Vos tâches actuelles vous semblent particulièrement pesantes, mais vous aurez en fin de période la force de relever les défis.
    Devise : Menaces et conflits, surtout s’ils sont enterrés de longue date, pourraient se réveiller d’ici la Pleine Lune.
     

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    Je sens mes paupières lourdes, on dit que la nuit porte conseil mais me voilà maudite. Maudite par ma bêtise et mon entêtement. Je ne me sens plus moi-même et je regrette d'avoir un jour laissé des mortels lire en moi. Mon père est mort, ma mère a disparu, et j'ai bu une fiole entière de poison pour tuer cette petite vie qui grandissait en moi. Pourquoi l'ai-je fait ? Par égoïsme. Je compte bien repartir sur les routes et un enfant serait un énorme poids et je n'ai pas neuf mois à perdre à attendre qu'il soit pondu pour le faire adopter. Ma jument équipée, mon armure apprêtée, ma lame affûtée... j'ai quelques choses à faire. 

     

    ***

     

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    Je n'arrive pas à m'endormir, j'ai beau essayer de fermer les yeux mais me voilà obsédée par l'idée de ma vengeance. Je n'ai besoin ni d'hommes, ni d'alliés. J'ai des serviteurs et ils sont là pour ça. Mon esprit est depuis un moment rongé par les remords et la haine. Le remord de ne pas avoir frappé quand j'en ai eu l'occasion. Son père a tué ma mère, j'ai tué son père. J'aurais ainsi sa tête... mon propre père ? J'ignore où il est. Tout comme mon demi-frère. Ma famille est décimée certes, mais pas assez à mon goût. J'aurais chaque tête de chaque personne, mais surtout celle de ma chère et tendre cousine. La mort lui irait si bien... ses anciens amis seraient soulagés autant que moi de la voir six pieds sous terre !

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    « M’prends pas pour ‘xemple gamin… Profite ‘core d’ta jeunesse… Tan qu’on t’a pas ‘core volé ton ‘nnocence. »

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    J’crois bien qu’j’ai était t’quille durant presque huit ou neuf piges, aye. M’enfin, par rapport au reste d’ma vie, ces quelques ‘nnées là ont ‘taient pour moi l’moins pires faut dire.

    ‘près la mort d’ma daronne, on m’a r’filé à son frère Ahmed. L’seule personne qu’voulait bien d’moi faut croire. Au début ça ‘llait bien. Ahmed et sa femme ‘taient comme d’parents pour moi et Jasmine, leur p’tite gamine c’tait comme une sœur.

    Ahmed ‘tait un c’mmerçant sans grande ‘fluence à Valencia. Il gagnait d’quoi donner d’la croûte à s’famille et s’faire un peu p’sir, mais c’tait clair’ment pas un Nobliaud. C’que j’pigeais pas d’suite mais qui s’révélé êt’ clair plus tard c’que ce gars-là, il en avait rien à fout’ d’ma trogne.

    J’avais pas l’droit de m’ger avec eux à table, j’d’vais soit v’nir après le r’pas manger l’restes ou m’mette dans une pièce à part, si j’voulais pas manger froid. C’tait Jas’ qui m’apportait l’tout, j’oublierai jamais son s’rire à c’te gamine-là.

    Puis, pendant qu’eux ils sortaient, pour ‘ller à l’pêche ou faire un tour au m’ché, moi j’devais rester à la b’raque pour faire l’ménage, l’linge et toutes sorte d’conn’ries qu’on p’vait m’donner. Une vraie fée d’logis pour sûr, sauf qu’j’avais pas v’ment l’choix.

    Puis quand j’tais plus grand, Ahmed à c’mmencé à s’faire plus s’vère avec moi. Si j’avais l’malheur d’faire t’ber un truc, ou d’mal laver l’sol, j’me faisait rouster d’vant sa femme et sa fille. Sa donzelle s’marrait en m’voyant pleurer mais pas Jas’, naye. Elle, elle m’fixait l’air triste et d’pas savoir quoi faire. Et moi j’restais-là à ‘ttendre qu’ça s’tasse et ‘caissant l’mieux que j’pouvais en m’protégeant. Il frappait pas mal l’vieux con, hein ! Ca a c’mmencé d’abord par l’bottine, puis l’ceinturon et au f’nal c’taient d’vrais coups d’poings et d’pieds.

    Pour sûr, à ma m’nière j’lui rendais coups pour coups, bien que j’s’vais que j’allais m’faire rouster au f’nal. Jas’ me f’sait faire l’mur pour que j’puisse v’nir jouer avec les aut’ môme du quartier d’temps à aut’, l’temps qu’son vieux était au boulot. Mais comme à chaque fois j’r’trait avec d’croutes sur l’g’noux ou aut’ j’me faisais découvrir d’recte et là… PAF PAF PAF !! Torgnole sur torgnoles !!

    Puis un beau jour, j’sais plus trop c’mment, mais j’me r’vois là en train d’laver l’vaisselle d’vieux porc. Quand il est rentré, puant l’alcool avec sa mine d’macchabé pas frais. Il avait dû faire une m’vaise journée, ou perd’, comme pas mal d’fois, d’l’argent aux jeux. Sauf qu’ce jour-là, moi, en bon c’nnard d’p’miers jours j’ai v’lu l’titiller. J’aurai pas dû.

    J’ai fait en sort’ d’casser l’vase du s’lon, comme si j’m’étais pris l’pieds dans l’tapis d’merde. L’boucan qu’ça a fait, il s’est mis à hurler m’nom dans toutes la m’son, sauf qu’quand il m’a chopée l’vieux Ahmed… J’pensais f’nir m’jours sur c’même tapis là.

    En boule, habitué vous m’direz a ‘caisser l’coups, sauf qu’là, ça s’rrêtait plus. L’jambes, l’dos et même l’v’sage ! Il frappait, ‘core, ‘core et ‘core ! J’tendais sa greluche rire et l’courager puis Jas’ s’mise à pleurer… Fallait pas l’faire pleurer la Jas’ !

    J’me suis un peu d’battu et j’ai cogné l’bourse du vieux… L’sensation d’un vieux sachet d’thé à l’herb’ moisie sous m’pied. Héhé, mais ‘core une fois… M’vaise ‘dée.

    Il a r’prit d’plus belle et plus fort c’te fois. Même Jas’ p’vait pas l’rrêter.  P’tit à p’tit, j’me suis sentir partir. J’ai fermé l’yeux avec un sourire au v’sage puis j’ai vu l’visage de Jas’ pour la dernière fois d’ma misérab’ vie.

    Puis là ! Comme si l’dieux v’laient pas m’voir clamser car j’avais pas ‘ssez s’ffert comme ça. J’me suis r’veillé, ‘llongé l’long d’un caniveau dans une rue sombre. C’t’ait p’t’êt’ pas plus mal d’êt’ enfin à l’air lib’. Il m’a cru mort, j’pense bien l’vieux, mais m’en fallait d’jà plus pour y rester.

    J’ai voulu m’lever, mais imp’ssible ! J’avais l’jambe qui f’sais l’même tresse qu’un cordage d’brick. J’me suis ‘ppuyé sur l’bras et l’même, hop l’tronche à terre. J’vais tout d’brisé, même des os que j’pouvais pas sentir avant. Puis j’me suis simp’ment ‘llongé sur l’sol froid m’disant qu’un clebs allait bien m’terminer. Quand j’ai vu ‘pprocher d’bottines…

    J’ai ‘ssayé d’parler pensant qu’c’tait pour m’reprend’ la suite, mais ma bouche était grande ‘verte et seul l’gout d’sang pouvait s’faire sentir. L’salaud moi qu’était si joli p’tit ! Il m’vait complét’ment pété la m’choire !

    Ces même godiaux s’sont rapprochées d’moi. Puis j’ai ‘tendu un rire avant d’fermer ‘core une fois l’yeux. M’laissant ‘ller pour al d’nière fois.

    P’tain d’enfance !

  8. Troisième jour du mois de l'Éléphant, an 286.

    Il est près de quatre heures du matin et j'écris ces lignes à la hâte, j'vais quitter Calphéon. Ouais, j'en ai ma claque de rester entouré de noble aristocratique et de vieille grue de serf. En plus, Mescal refuse de me payer une nouvelle paire de talon. Ici c'est trop coûteux pour mon petit porte pièce. En plus, on commence à enquêter sur les corps que j'ai essayé de faire disparaître. Formidable.

    Il est près de huit heures, mon cheval me fait mal aux fesses. Très peu confortable comme moyen de transport. Enfin... C'est un cheval volé dans un haras, on s'en moque un peu. C'est gratuit. Oh? Que vois-je? Un village! Formidable. Que... Quoué? Quoi? Qu'est-ce? Keplan? Merde, je ne suis pas passé par le bon chemin.

    Il est près de dix heures et j'écris ces lignes avec ennuis, je me suis dupé toute seule. Keplan n'était pas du tout ma destination. Hélas, je suis fatiguée, je vais m'arrêter ici pour cette nuit. Que diable ! Pas de taverne? C'est quoi ce village en piteux état? Même pas de grange avec du foin pour sommeiller... Formidable.

    Il est près de quinze heures et je viens de me réveiller. Je loge dans une chambre dans une auberge à prix bas, il y a vraiment que le strict minimum. J'ai une envie irrésistible de tuer la femme qui hurle de plaisir dans la chambre à côté. Ah oui, c'est un bordel, pas une auberge. Formidable. 

    Il est près de huit heures et je suis gênée. Une femme est entrée dans ma chambre sans vêtement. J'ai failli la tuer. Elle est partie en courant. 

    Il est près de minuits et je termine cette page de mon journal. Une journée assez mouvementée pour mon pauvre cerveau. Même ma lame ne savait pas ou se planter. Tristesse... Frustration... Tristesse... Frustration... Formidable. J'ai faim, pas d'argent, pas de comble. J'ai faim. Que faire? Dormir. Oui, dormir ... (...) Arrête de gémir, catin !

     

  9.  

       Celui qui sait raconter de belles histoires ne doit pas les cacher quand on se trouve entre bonnes gens; au contraire, il doit les révéler, les meilleurs et les plus frappantes, surtout quand il voit que l'auditoire est bien assis et que chacun lui prête attention car, à la fin, tout le monde sera content. Donc taisez-vous et écoutez-moi. Puisque vous attendez que je vous raconte une bonne histoire, je ne vais pas vous en priver.

       Je vous parlerai de deux coquins dont l'un s'appelait Thibaut et l'autre Régnier. Jamais le premier ne gagna un seul denier sans le reperdre aux dés et son compagnon ne voulut jamais faire autre chose. Les deux compagnons étaient de la même trempe car s'ils n'avaient eu qu'un petit pain, ils l'auraient vendu à un Serendien ou un Médien rencontré en chemin pour en jouer le produit plutôt que de le manger. Maintenant je vais vous parler d'eux.

       Un jour, ils marchaient tous les deux sur le grand chemin; Thibaut s'adressa à Régnier et lui dit:

    "Sais-tu compagnon, qu'hier soir, j'ai bien plumé Briset, le frère de CHapel ? Il ne lui est pas resté le moindre vêtement: il a perdu jusqu'à ses braies!

    -Je l'ignorais, par saint Péjon de Calphéon !

    -Et pourtant il a plus d'un tour dans son sac, plus que n'importe quel coquin que j'aie jamais rencontré!

    -Et comment as-tu fait pour le tromper ? fait Régnier; il est si méfiant !

    -J'ai un jeu de dés mal marqués dont toutes les faces font ou deux ou trois. Je les ai rapportés l'autre jour d'Heidel et c'est avec eux que j'ai vidé les poches de mon ribaud !

    -Mais il ne faut pas jouer avec quand ils sont ainsi faits, répliqua Régnier.

    -Certes non, mais ils m'ont apporté plus d'argent que n'en auront jamais tous mes parents car, en me voyant pauvre, avec une mauvais mine et peu de vêtements, ils ne se soucient pas de faire de tels coups et ne le souhaitent même pas! "

       Comme ils cheminaient en discutant ainsi l'un l'autre, ils rencontrèrent un chapelain qui venait à l'amble sur un palefroi bai. Il semblait en bonne santé et heureux de vivre. Avant même qu'il ait eu le temps de les saluer, ils l'ont mis au défi de jouer aux dés car ils n'ont que cette idée en tête.

    "Je gagnerai bien peu à jouer avec vous car j'ai idée qu'à vous deux vous n'avez pas même en poche dix malheureux deniers calphéens !

    -Vous parlez sans savoir ce que nous pouvons avoir en poche, répond Régnier. Nous avons plus de deniers en poche que tel qui mène grand train. Nous les avons gagnés à maçonner des murs en torchis pendant toute une semaine. J'en suis encore éreinté. Et nous les avons soigneusement mis de côté."

       Le prêtre les regarda et vis leurs chemises en lambeaux qu'ils avaient noués en maints endroits devant, derrière et sur le côtés. On leur voyait la peau de partout car il y avait peu de tissu intact. Alors il pensa que, sans mentir, c'étaient des deniers qu'ils avaient serrés dans les nœuds de leurs haillons. Il se dit sans trop se fatiguer, il pourra gagner une bonne somme à ces deux fanfarons qui ont tant de deniers qu'ils ne savent où les cacher. Il s'adressa alors à Régnier:

    "Je vais jouer avec toi, fait-il, puisque tu me l'as demandé. Cherchons un endroit où nous installer."

    Le prêtre met pied à terre et laisse paître son cheval. Ils regardent aux alentours et trouvent une petite butte de terre qui leur convient. Thibaut, qui est impatient de jouer, s'y installe le premier et sort ses dés avant son argent car il a envie de mener le jeu.

    "Combien voulez-vous miser, sire ? Une maille ?

    -Certe, fait le prêtre, je n'ai jamais été très hardi, mais jouons au moins des deniers calphéens.

    -Soit! Marchons pour les deniers calphéens. Voici les dés. Gagne qui pourra et à la grâce de Dieu! réplique Thibaut en jetant les dés. En tout j'ai dix !

    -Puissiez-vous réaliser cette chance de dix au premier coup! fait Régnier au prêtre. Que Dieu vous aide !

    -Faite-moi donc voir votre mise, avant que je jette les dés" fait le prêtre.

    Thibaut, qui était retors, porta la main à son argent: il défit un nœud de sa chemise et en retira cinq deniers heideliens, trois deniers calphéens et deux deniers olviens. C'était tout ce que son compagnon et lui avaient en poche. Mais ils ne songeaient qu'à jouer et ils les posèrent gaiement sur le tapis.

    "Jouez sans arrière-pensée et ne faites pas le soupçonneux: j'ai encore sur moi une dizaine de nœuds dont pas un denier n'a été ôté."

    Et il se pencha de nouveau sur le jeu. Le chapelain crut fermement que tous les nœuds étaient pleins de deniers comme l'était celui-ci.

    "Et voilà ma mise, fait-il. Puisse Dieu me permettre de gagner!

    -Douze, fait Thibaut. Je mise deux deniers: je n'ai pas intérêt à trop mettre en jeu sur ce coup-là ! (En aparté): Je vais piper le premier coup !

    -Et moi, sept ! Voyez comme j'ai de la chance ! J'ai l'impression que Dieu me donne la pire qu'on puisse avoir !

    -C'est un coup de malchance, fait Thibaut d'un air faussement navré. (Il joue son tour.) Regardez: douze ! Vous avez perdu ! Vous devez quatre deniers. (Il rejoue) Et hasart !

    -Va ! fait le prêtre, puisses-tu être maudit ! N'oublie pas de secouer les dés la prochaine fois !

    -Volontiers, sire. Je n'en savais rien car je n'ai jamais appris les règles! "

    Il ramasse les dés avant même de prendre l'argent, fait mine de les secouer et leur substitue les dés truqués qu'il tend au prêtre. La fièvre du jeu reprend le dessus.

    "Hasart ! Par Dieu, fait Thibaut, j'ai six !

    -Va à Hadum, tu as posé les dés et je ne te paierai pas. Je crois que tu m'as grugé avec des dés pipés.

    -Pas du tout, sire, je le jure sur les saintes écritures ! "

    Thibaut lui en montre d'autres; le chapelain les regarde et les trouve bien normaux.

    "Par le cul de Dieu, fait-il, c'est vrai ! J'ai perdu, c'est sûr ! Maintenant j'ai perdu tout ce que j'avais; il ne me reste plus un sou. Et je venais juste de ramasser les troncs ! Et je n'ai rien pour me refaire si je ne joue pas mon cheval. Mais certes, je le jouerai plutôt que de ne pas récupérer mon avoir; Allez, jette les dés, et allons-y pour douze deniers !"

       Et celui qui était expert en l'art de tricher releva le défi sans se dérober. Que vous dirais-je de plus ? La fièvre du jeu avait si bien saisi le prêtre qu'il mit tout ce qu'il possédait sur le tapis et son filou de partenaire s'y prit si bien qu'il gagna cent sous sur le cheval.

    "Ho ! dit Régnier, ça suffit: vous l'avez perdu ! 

    -Ribaud, vous mentez, fait le prêtre, il vaut sept livres !

    -Que Dieu m'en soit témoin, dit alors Thibaut, vous allez être obligé de vous séparer !"

       Le prêtre se leva d'un bons, blanc de colère, pour attraper son cheval et leur répliqua qu'ils ne l'emmèneraient pas. C'est alors la bagarre. Tous les trois, ils se précipitent sur le cheval.

    "Halte-là ! s'écrie Régnier, vous ne monterez pas dessus !" Ils bousculent le prêtre, le font tomber à terre et le rouent de coups de poing et de coups de pied à tel point q'ils l'ont à moitié assommé, puis ils se saisissent du cheval. Mais peu s'en faut qu'ils ne se battent pour savoir qui montera le premier. Ils l'ont tellement tiré par la bride qu'ils ont bien étiré celle-ci de sept pouces !

    "Certes, fait Thibaut, espèce de sale crapaud, c'est moi qui monterai le premier !"

    Mais Régnier se défend vigoureusement et lui dit que s'il peut l'en empêcher, ce ne sera pas le cas.

    "Puisqu'il en est ainsi, il nous faut joueur aux dés pour savoir lequel montera le premier. Vas-y commence.

    -Et toi, compte, fait Thibaut. Je crois que j'ai neuf.

    -Et moi je n'ai en tout et pour tout que huit, fait Régnier. Que Kzarka se saisisse de ces dés !"

       Alors, sans plus attendre, Thibaut bondit et enfourche le cheval. mais les étriers étaient trop courts pour lui car il avait de longues jambes plus noires qu'un tuyau de poêle. Il avait les pieds plats et démesurés. Il était grand, maigre et chétif, et vêtu de haillons. Le bonnet qu'il portait était si gras qu'il ressemblait plus à du cuir qu'à de la toile. De la cuisse à l'orteil, il n'avait plus le moindre lambeau de vêtement, je peux vous l'assurer, et pas plus du coude jusqu'au poing. Il aurait fait un beau mercenaire pour aller à la guerre ! Il frappe le cheval des talons qu'il avait durs et osseux, tant et si bien qu'il le fait marcher à l'amble. Mais ribaud manque de perdre l'équilibre et chancelle car jamais il n'avait chevauché, excepté peut-être en maison close, mais ce n'était pas sur la même bête ! Et le cheval vint se bloquer au bord du fossé avec une telle ruade qu'il envoya le ribaud voler à terre avec une telle violence que celui-ci manqua de se tuer. Mais il fit ce qu'il put pour amortir sa chute: il s'accrocha si fort à la selle qu'il en fit rompre les sangles et il se retint si fermement aux rênes qu'il arracha le mors de la bouche du cheval avant de s'affaler dans le fossé.

    "Dieu me préserve de jamais monter une telle rosse, fit Régnier, car elle m'aurait vite brisé une cuisse ou même la tête ! Puissé-je n'avoir jamais de bonnes surprises si je tente seulement d'y monter aujourd'hui !"

    Ils s'approchent tous les deux du cheval et tentent de lui remettre le mors mais ils ne peuvent y réussir car ils ont peur qu'il ne les morde ou qu'il ne les renverse d'une ruade. Ils reviennent trouver le chapelain qui a eu une bien dure journée. Ils le voient morne et abattu.

    "Levez-vous, lui ordonne Thibaut, et mettez-lui ce mors ou le dos vous en cuira !"

    Quand le chapelain les vit dans cet état, il eut grand-peur car il n'était en mesure de leur tenir tête.

    "Seigneurs, leur dit-il, sait bien cacher sa fourberie. Il a un tel caractère qu'il ne se laisse faire par personne. Si l'on ne monte pas sur lui, il est impossible de lui passer le mors entre les dents.

    -Alors, dit Régnier, montez dessus puisqu'on ne peut faire autrement pour le lui remettre. Quant à moi, Dieu et les saints m'en soient témoins, je ne tenterai pas de le monter !"

    Le prêtre monte en selle, passe le mors au cheval et pique des éperons en leur criant:

    "Adieu, seigneurs, je m'en vais. Ce cheval ne tombera pas entre vos mains aujourd'hui, car on le lui aurait vite vu les côtes si vous en aviez été les maîtres. Vous l'auriez plus souvent nourri de coups que d'avoine, car il aurait été rétif !"

       Alors il pique des deux et les laisse là bien trompés. Il les a bien eus! Grâce à sa ruse et à son astuce, il a pu récupérer son cheval et l'emmener. Ainsi peut-on voir qu'il est parfois utile d'apprendre à ruser et à tromper: maints hommes en ont eu souvent besoin.

     

     

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    Je te chérie

    Je te hais

    Qui es-tu pour moi ?

    Pourquoi me laisses-tu dans l’émoi !?

    Je suis toi, tu es moi.

    Mais tu me délaisse et je perds toute confiance en moi.

    Je ne suis rien d’autre qu’une âme frêle et sans défense.

    Déchiqueter et marteler par l’innocence.

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    Mise à part le plus faible des êtres ?

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    Lorsque le voile de lumière éclair tes paupières.

    Et que l’homme vin se taire.

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    Comme une bouffé d’air.

    Qui le sors de son côté austère.

    Et l’ensorcelle de son parfum de soleil.

     Elle le rend fou et sévère.

    Quelle misère !

    Le voilà désarmé par ce soleil.

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      Il y avait deux frères, n'ayant ni père ni mère pour les conseiller au besoin et sans nulle autre parenté. Leur amie était Pauvreté qui toujours restait avec eux; on souffre en cette compagnie: il n'est pas pire maladie. Les deux frères dont je vous parle partageaient le même logis. Une nuit, mourant à la fois de soif de faim et de froid, tous maux qui volontiers harcèlent ceux que Pauvreté asservit, ils se mirent à méditer comment ils pourraient se défendre contre Pauvreté qui les presse. Un homme qu'on disait très riche habitait près de leur maison. Ils sont pauvres, le riche est sot. Il a des choux dans son courtil et des brebis dans son étable. C'est chez lui qu'iront les deux frères: Pauvreté fait perdre la tête. L'un accroche un sac à son cou, l'autre à la main prend un couteau. Tous deux se mettent en chemin. L'un, se glissant dans le jardin, entreprend, sans perdre un instant, de couper les choux du courtil. L'autres'en va vers le bercail, fait si bien qu'il ouvre la porte et tout semble aller pour le mieux; il tâte le plus gras mouton. On était encore sur pied dans la maison: on entendit le bruit de l'huis quand il l'ouvrit. Le bourgeois appela son fils:

    "Va-t'en donc, dit-il, au jardin et regarde si tout va bien. Appelle le chien du logis."

    Le chien se nommait Estula, mais par bonheur pour les deux frères, il n'était pas à la maison. Le garçon, qui prêtait l'oreille, ouvre l'huis donnant sur la cour et crie:

    "Estula! Estula!"

    Du bercail le voleur répond:

    "Et oui! Vraiment, je suis ici."

    L'obscurité était profonde: le fils ne pouvait distinguer celui qui avait répondu; mais il fut vraiment convaincu que c'était le chien qui parlait. Aussitôt, sans prendre de temps, il revient droit à la maison où il arrive tout tremblant.

    "Qu'as-tu, mon cher fils ? dit le père.

    -J'en fais le serment sur ma mère, Estula vient de me parler.

    -Qui ? Notre chien ?

    -Vraiment, ma foi; et si vous ne voulez m'en croire, appelez-le, vous l'entendrez."

    Le bourgeois veut voir la merveille et sur-le-champ va dans la cour; il appel Estula son chien. Le voleur, ne soupçonnant rien, répond:

    "Mais oui, je suis ici !"

    Le bourgeois en reste interdit:

    "Par tous les saints, toutes les saintes, fils, j'ai ouï bien des merveilles, mais certes jamais de pareilles. Va conter la chose au curé. Il faut l'amener avec toi: recommande-lui d'apporter son étole et de l'eau bénite."

    Le fils s'empresse d'obéir et court à la maison du prêtre. Aussitôt, sans perdre de temps, il dit:

    "Sire, venez chez nous ouïr des choses merveilleuses: telles jamais n'avez ouïes. Prenez l'étole à votre cou."

    Le curé répond:

    " Tu es fou de vouloir m'emmener dehors; je suis pieds nus, je n'irai pas."

    Le fils là-dessus lui réplique:

    " Vous viendrez, je vous porterai."

    Le prêtre, ayant pris son étole, sans ajouter une parole, monte sur le dos du garçon et celui-ci se met en route; mais afin d'arriver vite, il descend droit par le sentier qu'avaient emprunté les voleurs. Celui qui dérobait les choux vit la forme blanche du prêtre: il crut que c'était son compère qui apportait du butin. Il demande tout joyeux:

    "Vas-tu m'apporter quelque chose ?

    -Sûrement oui." répond le fils, croyant avoir ouïr son père.

    Le voleur dit:

    "Dépose-le. Mon couteau est bien émoulu; on l'a affûté à la forge et je vais lui couper la gorge."

    Le prêtre, l'ayant entendu, convaincu qu'on l'avait trahi, lâche les épaules du fils et décampa tout affolé; mais il accrocha son surplis à un pieu, où il le laissa; car il n'osa pas l'attraper pour tenter de le décrocher. Ignorant ce qu'il en était, le voleur qui coupait les choux ne resta pas moins étonné que celui qu'il avait fait fuir; et cependant il s'en va prendre l'objet blanc qu'il voit au pieu pendre et il décroche le surplis. Son frère à ce moment sortit du bercail avec un mouton; il appela son compagnon qui avait son sac plein de choux. Ayant chargés leur épaules, et sans s'attarder d'avantage, tous deux regagnent leur maison, et le chemin ne fut pas long. Alors le voleur au surplis montre à son frère son butin. Ils ont bien plaisanté, bien ri. Le rire, naguère perdu, maintenant leur était rendu.

    En peu de temps, Dieu fait son oeuvre. Tel rit le matin, le soir pleure; et tel est le soir chagriné qui le matin fut en gaieté.

     

    Révélation

     

    Je vais vous raconter l’histoire d’un vilain et de sa femme.

    Pour la fête de Notre-Dame, ils allèrent prier à l’église. Avant de commencer l’office, le curé vint faire son sermon. Il dit qu’il était bon de donner au Bon Dieu et que celui-ci rendait le double à qui donnait de bon cœur.

    « Entends-tu, ma chère, ce qu’a dit le curé ? fait le vilain à sa femme. Qui pour Dieu donne de bon cœur recevra de Dieu deux fois plus. Nous ne pourrions pas mieux employer notre vache, si bon te semble, que de la donner au curé. Elle a d’ailleurs bien peu de lait.

    — Oui, à cette condition, je veux bien qu’il l’ait, dit-elle. »

    Ils regagnent donc leur maison, sans en dire davantage. Le vilain va dans son étable, et prend la vache par la corde. Il la présente à son curé. Celui-ci était fin et madré :

    « Cher sire, dit l’autre les mains jointes, en jurant qu’il n’a pas d’autres biens. Pour l’amour de Dieu, je vous donne Blérain. »

    Il lui a mis la corde au poing, et jure qu’elle n’est plus sienne.

    « Ami, tu viens d’agir sagement, répond le curé dom Constant qui toujours est d’humeur à prendre. Retourne en paix, tu as bien fait ton devoir. Si tous mes paroissiens étaient aussi sages que toi, j’aurais du bétail en abondance. »

    Le vilain quitte le prêtre qui commande aussitôt qu’on fasse, pour l’apprivoiser, lier Blérain avec Brunain, sa propre vache.

    Le curé les mène en son jardin, trouve sa vache, puis les attache l’une à l’autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait paître. Mais Blérain ne le veut pas, et tire la corde si fort qu’elle entraîne l’autre dehors, et la mène à travers maisons, champs et prés si bien qu’elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé qu’elle avait bien de la peine à tirer.

    Le vilain regarde, la voit, et en a grande joie au cœur.

    « Ah ! dit-il alors, ma chère, il est vrai que Dieu donne au double. Blérain revient avec une autre. C’est une belle vache brune. Nous en avons donc deux au lieu d’une. Notre étable sera petite ! »

    Par cet exemple, ce fabliau nous montre que fou est celui qui ne se résigne pas. Le bien est à celui qui Dieu le donne et non à celui qui le cache et l’enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance. C’est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule.

     

    Révélation

      J'ai ouï conter qu'un larron vint rôder près d'une maison où habitait un homme riche. Il cherchait moyen de voler. Il grimpa vite sur le toit et prêtant l'oreille écouta si quelqu'un au logis veillait, ce qui l'eût alors obligé à renoncer à son projet. Mais le maître de la maison aperçut fort bien le larron et se promit de l'enseigner. Il parla tout bas à sa femme:

    "Demande,dit-il, à voix haute - peu m'importe si l'on entend - d'où mes venue cette richesse qui me fait mener si grand train."

    Elle fit comme il le voulait, à haute voix lui demanda:

    "Sire, pour Dieu, contez-moi donc comment vous avez amassé votre richesse, votre avoir, jamais je n'ai pu le savoir, et jamais je n'ai vu marchand ni prêtre ayant pu gagner tant."

    Il répondit:

    "Vous avez tort de me poser cette question; usez à votre volonté de ce que Dieu nous a prêté."

    Mais elle le pressa plus fort pour obtenir une réponse. Il se faisait prier encore; il fit mine enfin de céder et se mit à lui raconter comment il s'était enrichi.

    "Je fut jadis, dit-il, larron: c'est de là que vient ma fortune.

    -Comment ! vous avez pu voler sans jamais être incriminé ?

    -Je tenais, dit-il, de mon maître un charme qu'il prisait beaucoup. Je disais ce charme sept fois, j'embrassait un rayon de lune et descendais dans la maison où je dérobais à mon gré. Et quand je voulais déguerpir, j'embrassais le rayon de lune, j'y montais comme une échelle.

    -Enseignez-moi, répliqua-t-elle, comment vous usiez de ce charme.

    -Quand j'avais dit sept fois Saül, je pouvais alors à mon aise, porté par un rayon de lune, pénétrer dans une maison sans éveiller grands ni petits."

    Sa femme ajouta:

    "Par saint Maur, ce charme vaut un vrai trésor. Si quelque ami, quelque parent, ne peut prospérer autrement, je lui enseignerai ce charme et le ferai riche et puissant."

    Le prudhomme alors la pria de se taire et de s'endormir: ayant, dit-il, longtemps veillé, il avait besoin de sommeil;  elle le laissa en repos, et il commença à ronfler.Le larron, l'ayant entendu, pensa qu'il était endormi. Il gardait mémoire du charme. Il le répéta bien sept fois, embrassa un rayon de lune, y noua ses bras et ses jambes, et dégringola sur le sol: il se brisa cuisse et bras droits; le rayon l'avait mal porté. L'homme, feignant de s'éveiller et d'être effrayé par le bruit, demanda, en criant bien fort, qui pouvait faire un tel tapage.

    "Je suis, lui dit l'autre, un larron; j'eus tort d'écouter vos propos. Le charme m'a si bien porté que je suis meurtri et brisé."

    On appréhende le larron; vite on le livre à la justice: il est promis à la potence.

     

    Révélation

     

     Un roi avait un ménestrel qui l'amusait de ses récits. Celui-ci avait, une nuit, tant conté qu'il n'en pouvait plus et qu'il voulait aller dormir. Le roi ne lui permit pas, l'invitant à conter encore et à dire une longue histoire; puis il irait se reposer. Le ménestrel se rendit compte qu'il ne pouvait faire autrement, et c'est ainsi qu'il commença: "Un homme qui avait cent sous voulut acheter des brebis; il en acheta donc deux cents, chacune coûtant deux deniers, puis il les poussa vers sa maison. Mais on était dans la saison où les rivières sont en crue, où les eaux sortent de leur lit. Ne pouvant pas trouver de pont, il se demandait où passer. Enfin il trouva une barque qui était petite et légère et ne pouvait y prendre place que le bonhomme et deux brebis. Le vilain embarque deux bêtes, puis vient s'asseoir au gouvernail et navigue tout doucement..." Là-dessus, le conteur se tut. Son maître lui dit de poursuivre. "Sire, la barque est bien petite; la rivière à franchir est large et les brebis sont très nombreuses. Laissons donc les brebis passer et puis nous reprendrons l'histoire." Ainsi s'en tira le conteur.

     

     

    Révélation

    Le blog, sera mit à jour le plus souvent possible et sera donc facile d'accès pour tous, pour le moment il n'est pas très garni mais je travail sur le sujet, pour vous permettre de vous divertir un MAXIMUM ! :D.

     

     

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    Neith
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    Une par une, elle entremêlait les tiges des pivoines dans sa ceinture de cuir tressé. Constituant ainsi une longue enfilade de fleur. Estimant la longueur correcte, elle noua la ceinture autour de son front, obtenant ainsi une couronne de fleur solidement arrimée. Le regard malicieux, elle décocha un tendre sourire au doux prince assis à ses cotés et qui lui adressait des regards mêlant passion et dévotion.
    Mon tendre...
    Se penchant vers lui, faisant par ce geste glisser la lanière de sa fine tunique translucide, elle offrit ses lèvres au beau blond qui l'embrassa. 
    Le baiser se révéla tel qu'il devait être, doux, mou et humide. Les lèvres tremblant sous la vibration du ronflement qui s'en échappait.

    ...

    Un ronflement? L'elfe regarda le blond en face d'elle. Un ronflement de plus en plus sonore s'extirpait de ses lèvres.

     

    Elle se réveilla dans le grabat ou elle avait finit sa soirée, un sac à vin, utile en son heure, ronflant à ses côtés.
    Repoussant le bras en travers de son ventre, elle se leva et sans un bruit se rhabilla, ne perdant pas son temps en au revoir inutiles, elle ignorait même son nom.
    Quel rêve à l'con. Gerbant !

    L'air vif de l'aube finit de la réveiller, elle acheta un petit pain à un vendeur ambulant et se dirigea vers les quais.
    Elle possédait enfin sa propre barque. Pas de quoi naviguer en haute mer, mais pour faire du cabotage c'est bien suffisant. 
    La journée s'annonçait belle
     

  10. - 16 du Hibou-tehan 286 -

     

    je suis arrivée ce jour à Trent. J'ai suivi la description que Nalazarh à fait dans sa lettre. Cela ma mené à une petite maison aux pieds des montagnes.

    Les lieux sont désert et la maison est abandonnée depuis longtemps. Les quelques prédateurs qui rôdent dehors m'ont contrainte à faire entrer mon cheval à l'abris.

    J'ai passé l'après midi à fouiller les lieux et j'ai trouver un petit coffre contenant de quoi me faire un campement douillet. J'ai également trouver un médaillon dans lequel j'ai découvert un pièce de monnaie ancienne... plus ancienne même que celle que le marin m'avait offert au relais.

    Elle semble avoir été frappée du côté de Tarif. Demain, je reprendrai la route et je passerai voir père et mère.

    Il y avait un mot avec le pendentif. Signé N.S. qui demandait a ce que l'on laisse quelque chose en échange de ce que l'on prends.

    J'ai passé la soirée à graver un petite pièce et pour compléter, je me suis couper une mèche de cheveux pour l'accompagner vu que dans la lettre, Nalazarh exprimait le souhait que je laisse un peu de ma présence en ce lieu...

    Medaillon_trent.jpg

  11.   Le savais-tu ? Le Caméléon n'était autre fois qu'un lézard. Un simple habitant du sol comme toi et moi. Grâce à ses pattes il s'accrochait frénétiquement contre vents et marées aux branches d'une vie sans remous. Mais ses yeux, eux, voyaient tout, car les dieux l'ont doté de la capacité à voir partout, et même, dans deux directions différentes. Voici son histoire.

      Avant que les hommes ne dirigeassent le monde tel que nous le connaissons, ce sont les bêtes qui en étaient maîtres. Le Cheval, fougueux ; le Taureau, toujours mugissant ; le Lièvre, rapide ; le Lion, puissant ; et le Corbeau, plein de sagacité... Et bien d'autres encore. Tous resplendissaient de leur vertus et s'attachaient à leur linceul. Car ils étaient la preuve de leur si belles différences dans la sidérante parité de leur condition.

      Il existait un autre animal, qui lui, resplendissait plus que les autres, car sa carapace était recouverte de plus belles pierres que le monde eut à offrir. Une tortue qui parcourait le monde de part et d'autre sans jamais s'arrêter, ni prendre un quelconque repos. A son passage elle illuminait de mille nuances les plaines, les forêts et les montagnes. Si sa course fit rire au début, on s'interrogea en haut lieu, puis vint le moment où l'on s'agaçait de la voir toujours tourner autour de la Terre sans jamais s'arrêter tout en éblouissant la populace de sa magnifique couronne. On convoqua une assemblée.

     

      Le sage Corbeau présidait.

    " Qui pourra arrêter la tortue ?" Coassait-il avec sagesse. Le Taureau, mugissant de colère s'ébroua.

    " Moi, qui suit le plus fort d'entre vous tous, je saurais m'en charger. "

    " Mais, personne ne saurait arrêter la tortue. " Croassait toujours sagement le Corbeau.

      Mais le Taureau, bille en tête l'attendit en son fief. Il trépignait d'impatience et quand les lumières annonçant la venue de la Tortue s'approchèrent, il commença à rugir et à ruer, tant et si bien qu'un nuage de sable l'entoura. Il était aveugle. Et la Tortue passa sans qu'il ne la vit.

     

      On convoqua une assemblée. Le sage Corbeau présidait.

    " Qui pourra arrêter la tortue ?" Coassait-il avec sagesse. Le lion, s'avança avec toute la grâce des membres de sa race.

    " Moi, qui suis le plus grand chasseur d'entre vous, je saurais l'attraper. "

    " Mais, personne ne saurait arrêter la Tortue." Crossait toujours sagement le Corbeau.

    Le Lion, choisit son terrain de châsse favoris. Une immense plaine que surplombait un immense rocher. Il se posta là et attendit la venue de la Tortue. Mais l'ennui le gagnant, il se prit à faire un somme. Et la Tortue passa devant lui sans qu'il ne la vit.

     

    On convoqua une assemblée. Le Corbeau présidait.

    " Qui pourra arrêter la Tortue ? "Coassait -il avec sagesse. Le cheval s'avançât alors et s'ébroua d'un geste lent et majestueux.

    " Moi qui suis le plus endurant de vous tous, je saurais l'attraper."

    " Mais, personne ne saurait arrêter la Tortue."Crossait toujours le Corbeau avec sagesse.

    Le Cheval était une bête de somme que l'effort avait rendu vigoureux. Il s'entraîna durement comme le font les plus grands athlètes avant une course difficile. Mais ses muscles furent si engourdis par l'exercice, qu'il ne put bouger quand la Tortue passa devant lui. Il la vit passer sans rien pouvoir tenter.

     

    On convoqua une assemblée. Le sage Corbeau présidait.

    " Qui pourra arrêter la Tortue ? " Coassait-il avec sagesse. Le Lapin qui trépignait sauta devant l'assemblée.

    " Moi ! Moi ! Moi ! Moi qui suis le plus-plus rapide d'entre vous, je saurais la rattraper !"

    " Mais, personne ne saurait arrêter la Tortue. " Coassait sagement le Corbeau.

    Le Lapin était vif, plus que n'importe quelle bête sur la terre ou dans le ciel, il parcourut le monde à la vitesse de l'éclair, passant parfois plusieurs fois au même endroit. Mais il mit tant d'effort dans sa course et en fut tant exténué, que lorsque la Tortue passât devant lui, il ne put lui courir après.

     

    Le caméléon, lui, était toujours resté accroché à sa branche. Un oeil sur l'assemblée, l'autre sur la Tortue qui ne semblait jamais en démordre de sa course. Le caméléon était patient, en son fort intérieur, il savait qu'il pourrait arrêter la Tortue.

    Il l'attendit un jour, à une source d'eau fraîche où il savait qu'elle aimait à se désaltérer. Quand la Tortue s'arrêta enfin pour goûter l'eau, il s'écria " Bonjour Tortue !".

    La Tortue fut prise d'une telle panique, qu'elle en oublia de boire et partit en trombe, remuant boue et roseaux, salissant sa belle parure. Mais le caméléon savait la Tortue fière, jamais elle ne laisserait ses joyaux salit par l'herbe et la terre.

    Il l'attendit à une source particulière, dont les eaux si pures, lavaient, dit-on, les plus impures souillures. Quand la Tortue s'avança dans l'eau pour s'y rincer, il s'écria " Bonjour Tortue !"

    La Tortue n'eut pas le temps de souffler son désarroi, qu'elle était déjà partit. La peur lui faisait souvent regarder derrière elle, car le caméléon semblait maintenant connaître sa proie mieux qu'elle même. Et, dans le désert, il l'attendit, il avait placé là un rocher particulièrement volumineux, car il savait maintenant, que la Tortue avait chaud et qu'elle ne pourrait résister à la fraicheur de cet abris si enviable.

    Sur le chemin de sa course, elle croisait le roc, et pour la première fois, fit demi tour pour s'y reposer. Le caméléon qui l'attendait, cette fois, ne la salua pas. Au contraire, il déroba chaque pierre une à une avec minutie, s'en fit un manteau, et comme par magie, disparu dans la nature dont il avait pris la couleur.

     

    Tu as maintenant toutes les clefs pour comprendre le modus operanti du Caméléon, et rien ne t'empêchera plus de rentrer dans sa tête. A présent, tu es lui. Prend garde à toi.

  12. Minuit doit être passée. La charrette a traversé la ville et s'est arrêtée devant une grande bâtisse. Tous les prisonniers sont descendus et nous avons été escortés par des gardes armés à travers une petite ruelle, puis on nous a fait entrer dans des cellules taillées dans la roche. Celle dans laquelle je suis n'est pas très grande, mais nous ne sommes que deux. Des genre de tapis tressés sont étalés au sol, et il y a un pot crasseux dans un coin. J'ai essayé de voir l'extérieur, mais la seule ouverture en dehors de la lourde porte de bois est une petite lucarne dans une paroi, qui laisse filtrer la lumière de la lune, trop haute pour que je puisse y accéder. Mon compagnon de cellule, vu la couleur basanée de sa peau, semble être un local. Il m'a adressé quelques mots, mais je n'ai pas compris. Pour l'heure il dort. Mais peut être arriverais-je grâce à lui à apprendre quelque mot de cette langue étrange.

    Puisque je n'arrive pas à trouver le sommeil, je vais donc reprendre mon récit là où je l'avais laissé tout à l'heure.

    Tout récemment donc, après une quinzaine d'années de bons et loyaux service pour les Moretti, nous avons décidés Fredrik et moi de prendre notre envol. L'élément déclencheur a été en vérité la mort d'Anna, la femme de chambre de madame Moretti, celle qui nous a recueillie le soir où nous sommes arrivés en venant de Glish, et qui a ensuite veillé sur nous toutes ces années. Nous avons donc choisi de faire nos adieux à tous nos compagnons, tous nos amis dont nous avions partagés la vie à la plantation, et avec qui nous avions grandis, en leur promettant de revenir les voir dès que nous serions établis.

    J'avais pour espoir de rester avec mon petit frère. Mais malheureusement pour moi, son amour des chiffres a été plus grand. Il a choisi de partir vers le nord, près de Velia, où il compte acheter un petit bout de lopin et établir sa propre exploitation. "Un jour je serai aussi riche que les Moretti, tu verras ! Et ce jour là on retournera tous les deux à Glish et on rouvrira l'auberge des parents !", m'a-t-il dit. Ma folie des grandeurs et ma soif d'aventure m'ont poussées à prendre une autre voie. Toutes ces histoires qui avaient bercées mon enfance, j'allais maintenant les vivre. Je suis donc parti, avec le peu de matériel que j'ai pu acheter, vers la lointaine Valencia, dont j'avais entendu que c'était là là plus somptueuse cité du monde... 

    Mais, bien entendu, quand on est qu'un jeune homme de vingt-deux ans, avec pour seule arme une épée d'occasion à la lame émoussée, et pour seule expérience de la vie et du combat, quelques entraînement avec un vieil homme bedonnant, et quelques voyages entre la plantation et la grande ville... Et bien... Lorsqu'on se heurte à la réalité, on se retrouve dans ma situation. Mediah n'est pas fait pour les aventuriers d'opérette. Je me suis rapidement fait attraper, sans doute m'aura-t-on pris pour un vagabond ou un déserteur, et après quelques temps passés sur des marchés aux esclaves ou dans des cages sordides, me voici donc ici, à Altinova. 

    Mais je ne perd pas espoir, j'ignore ce qu'il va advenir de moi, mais on dit de cette ville qu'elle est la plus libre du continent, et que tout y est possible. Je ne sais pas encore à qui ni pourquoi on m'a vendu, mais je trouverai un moyen de regagner ma liberté. Pour l'heure cependant mes paupières sont lourdes, je vais aller dormir. La journée de demain sera certainement rude.

     

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    Vitto
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    Extrait de la Genèse du Manuscrit de Giacopo Vellucci, Prêtre de Calpheon aux environs de l'an 136 du Calendrier d'Elion.

     

    Chapitre I

    Au commencement

     

    Au commencement, Elion créa les plaines, les arbres et les animaux avec la Pierre noire, puis, il modela les créatures civilisées.

    (...)

     

    À l’origine, tout n’était qu’ordre dans la création. Mais l’ordre n’exclut pas la liberté : Elion n’a rien créé qui soit esclave. Au contraire, la liberté parfaite se trouve dans l’ordre car il exclut les contraintes nées de la peur de l’intrusion, de la crainte de l’agression, de la lutte contre des volontés contraires destructrices.

    Tel était l’univers tout entier avant qu'Hadum n’abuse de sa liberté pour susciter en lui-même le désordre des passions - et cela, par sa propre volonté

     

    Elion fonda une cité entre les cieux et la terre et y plaça des anges chargés de surveiller le royaume des humains.

    (...)

     

    Elion n’a pas créé le Mal, c’est Hadum qui l’a engendré par sa désobéissance au début des temps. À cause de cela, la Haine est apparue et l’Enfer éternel a été créé.

     

    C’était un ange, le plus beau des anges. Son esprit parfait n’était inférieur qu’à Elion. De tout ce qui existe, il était le second en beauté, le miroir pur qui reflétait l’insoutenable Beauté de Dieu. Il aurait eu comme mission auprès des hommes d’être l’exécuteur de la volonté de Dieu, le messager des décrets de bonté que le Créateur aurait transmis à ses enfants bienheureux sans péché, pour les amener toujours plus haut à sa ressemblance.

     

    L'Ange Hadum aimait incomplètement. L’orgueil de soi prenait de la place en lui, une place dans laquelle l’amour ne pouvait exister. Il se voyait en Dieu, il se voyait en lui-même, comme, en outre, les anges le vénéraient comme le plus parfait miroir d'Elion, il s’admira. Présent aux côtés d'Elion dès les premiers actes de la Création, il ambitionna que la Création dise de lui que tout avait été fait par lui. Dès cet instant l’archange devient sacrilège, assassin et prédateur.

    Il ne devait admirer qu'Elion, mais il s’admira lui-même. En chaque créature, toutes les forces bonnes et mauvaises sont présentes et elles s’agitent jusqu’à ce qu’un côté l’emporte pour produire du bien ou du mal.

    Hadum attira à lui l’orgueil.

    De même qu'Elion avait voulu qu'Hadum se tienne à ses côtés dès les premiers actes de la création et qu’il en connaisse le destin d’amour, de même, il voulut qu’il sache la nécessité que son péché imposerait à Dieu : l’Incarnation et la Mort d’un Dieu pour contrebalancer le péché qu'Hadum créerait s’il ne surmontait pas son orgueil. Il lui en montra la vision. Le premier anéantissement d'Elion se trouve dans cet acte de conviction douce et suppliante, envers l’orgueilleux.

    C’était un acte d’amour. Mais Hadum, au lieu de l’amour, ne vit que de la peur, de la faiblesse, un affront et une menace. Il engagea donc les hostilités contre Elion en disant :

    "Tu es? Moi aussi, je suis. Ce que tu as fait, c’est pour moi. Il n’y a pas de Dieu. Et s’il y a en a un, c’est moi. Je m’adore. Je t’abhorre. Je me refuse à reconnaître pour Seigneur celui qui ne sait pas me vaincre. Il ne fallait pas me créer si parfait, si tu ne voulais pas que je me pose en rival. Maintenant je suis, et je m’oppose à toi. Triomphe de moi, si tu le peux. Mais je ne te crains pas. Moi aussi, je vais créer et ta création tremblera à cause de moi. Je te hais et je veux détruire ce qui est tien pour créer sur ses ruines ce qui sera mien. Je ne connais et ne reconnais aucune autre puissance que moi. Désormais, je n’adore plus que moi-même "

     

    Chapitre II

    La Naissance du Mal

     

    La Création tout entière, fut alors prise d’une convulsion horrifiée devant l’infamie de ces paroles sacrilèges, une convulsion comme il n’y en aura pas de semblable à la fin de la Création.

    Il en naquit l’enfer : le règne de la Haine

    Hadum fit de son orgueil une arme de séduction : Il séduisit ses compagnons les moins attentifs. Il les détourna de la contemplation d'Elion comme Beauté suprême.

    Ainsi Kzarka le Bon devint Kzarka le Maléfique,

    Et son corps était couvert de 25 tentacules, et sa peau solide comme la roche et rouge comme le sang, et il vomit du feu par sa gueule énorme.

    Et Hadum lui donna sa puissance et une grande autorité.

    Cette révolte tua, en lui et en ses partisans, la charité, l'ordre et l'harmonie.

    Avec ses partisans, Hadum a été foudroyé par Elion, et terrassé par les anges fidèles. Foudroyé, car dépouillé désormais de la puissance de son état de grâce, et « précipité au fond de l'abîme » où son terrible feu de haine, sa lumière et sa flamme désormais horribles, si différentes de la flamme de grâce et d'amour reçues lors de sa création, ont allumé un feu éternel qui est d'une atrocité inimaginable.

    L'Enfer, le lieu d'éternels et inconcevables tourments dans lequel se précipitent ceux qui vivent dans la haine du Seigneur et de sa Loi, cet Enfer a été créé à cause de lui, l'Archange rebelle, Hadum.

     

    Le Mal existait donc avant que l’homme ne fût créé. Elion avait précipité hors de la cité des Anges, l’Incubateur maudit. Mais ne pouvant plus la contaminer, il a contaminé la terre.

     

    C’est par lui en effet que tout le mal est venu….

     

    Au fond du gouffre où il était tombé, laid pour l’éternité, Hadum, était assoiffé de vengeance. Son premier acte de vengeance toucha les premiers hommes. Sa dent empoisonnée mit le signe de sa bestialité dans la perfection de la création, lui communiquant son propre appétit de luxure, de vengeance, d’orgueil.

    Cet ordre se résume ainsi :

    « Semez l’horreur, le désespoir, les erreurs pour que les peuples se détachent de Dieu en le maudissant »

     

    Les démons obéissent et sèment horreur et désespoir, éteignent la foi, étranglent l’espoir, détruisent la charité. Sur les ruines, ils sèment la haine, la luxure, l’athéisme. Ils sèment l’enfer. Et ils réussissent car ils trouvent le terrain déjà propice.

    (...)

     

     

     

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    Moxley
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    Les Passions Étranglées

    Thanatopraxie

     

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    Point par point, rupture après rupture, nous recollerons les morceaux.

    Nous les recollerons jusqu'à ce qu'ils suppurent, nous les recollerons  en lambeaux.

    Je garde en moi ces images de toi, là, tout au fond de mes orbites vides,

    Qui goutte à goutte me lacèrent les joues, qui me rongent à l'acide.

    Et nos amours cousus au scalpel saignent encore de nous voir séparés.

    De nos baisers chauffés à blanc nous en cautériserons les plaies.

    Alors levons nos verres et buvons la tasse.

    À nos espoirs fanés, au putain de temps qui passe.

    Aux histoires damnées et à nos cicatrices sur la peau.

    À nos feux éteints, à nos amours qui prennent l'eau.

    À nos passions étranglées, à la tasse de trop.

    Et buvons encore, oh oui buvons à en perdre les crocs.

    Le foie percé, la tête vide qui s'étiole.

    Je m'envole loin, le cerveau nu dans du formol.

    Je t'ingère, mon antidote, oh mon poison à moi.

    Reviens-moi petite idiote, déchirons-nous encore une fois.

    Et même si tu l'ignores ou bien que tu le chasses, il reviendra au galop,

    Battant plus fort, toujours pugnace.

    Je ne suis que chiffons, je ne suis que coutures.

    Mais c'est à toi que je l'offre, ce point de suture.

    À toi mon amour, mon cœur.

    À toi, rien qu'à toi, mon thanatopracteur.

     

     

     

     

  13. Tiamat

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    Phileor
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    Babylone.

    -Rêves-tu?

    -Parmi les ombres de mes aspirations oui, je rêve. Je rêve des vertes prairies qui s'éveillent en mon esprit tel des tapisseries où se mêlent smaragdins et cérulées, à l'image du trouble évanescent d'un océan sous un ciel d'été. J'y ressens une violence, terrible violence comme un peintre fou qui jetterai ces couleurs sur une toile vierge et inviolée. A trop d'émotions nait le chaos.

    -Ressens-tu?

    -De la crainte et au fond, tout au fond de ce tunnel qu'est mon cœur, frémit les prémices d'une lueur, d'une étincelle prêt à s'embraser.

    -Quelle est cette étincelle?

    -L'espoir je crois.

    -L'espoir te consumera.

    Et son visage disparaît, alors que je me réveille en sueur. J'ai chaud, si chaud, le drap de soie me colle au corps et ma peau humide et moite baigne sous le linceuil. J'écarte les doigts et ils dansent le long du vaste lit, trop vaste pour un seul homme. Je tâtonne, je cherche une présence en vain, alors je resserre les draps d'une poigne nerveuse et pose un regard sur cette chambre aussi luxueuse que vide. Les marbres parfaits se reflètent de rayons d'or sur des surfaces immaculées, les colonnes jumelles au centre de la pièce en pierres striées renvoient la chaude lumière en un firmament étincelant, des rosaces d'or et d'argent. Passe à travers les fenêtres une légère brise sèche qui agite les voilages pourpres, pauvres fantômes dansant à l'aube. Je me relêve, seul, elle est partie une nouvelle fois. Mais qu'ais-je à en dire? Fumée d'ivresse qui disparaît aussitôt capturée.

    Je me relève, je sens la fraicheur du sol sur la plante de mes pieds et j'avance vers la fenêtre. Dehors tout un royaume, tout un royaume qui m'est interdit. J'ose à peine en observer l'orée à travers le rideau d'organza. Il me revient tant de souvenirs. Ces souvenirs sont ma seule et unique richesse, mes seules et uniques trésors. Je les chéris précieusement car ils sont ma vie, son témoignage et mon refuge. Blessent les souvenirs car nous les craignons comme nous les chérissons. Les larmes ne sont que le sang qui coule de ces blessures de l'esprit. Pour que le corps guérisse, il faut parfois le saigner. Il en est de même pour le cœur, il faut parfois le pleurer.

    Au loin le désert, au delà Mediah, et toi, tu es là quelque-part en ce monde lointain. Au delà des frontières...Outrepasser cette frontière, c'est outrepasser notre condition, c'est embrasser l'interdit, et tout simplement essayer de vivre. Vis Shaqiq, vis pour moi, vis pour nous...Vis...Pour toutes ces choses que je ne t'ai jamais dite, par crainte d'être emporté par l'abime. Pour le souvenir de ce sourire sur ton visage, et ton regard rieur et fuyant sous quelques mèches sauvages, à jamais gravé en mon royaume. Pour tout ce que nous aurions voulu faire et être et que nous ne serons jamais. Pour tout cela et pour tout ce que tu veux encore...Vis...

    Je rêve...Je rêve... des vertes prairies qui s'éveillent en mon esprit tel des tapisseries où se mêlent smaragdins et cérulées, à l'image du trouble évanescent d'un océan sous un ciel d'été. J'y ressens une violence, terrible violence comme un peintre fou qui jetterai ces couleurs sur une toile vierge et inviolée. Mais à trop d'émotions nait le chaos. A trop d'émotions...nait le chaos...

  14.  
    Verger Ossuaire.
    Delphe : la nuit, de la jeunesse s'écoule vers la vieillesse. Elle sourit. Il passe non loin. Et la lune chante...
     
    Elle avance lentement suivant les pas d'ombre sur le sol recouvert d'une poussière blanchâtre. Une pensée soudaine lui offre l'amusement : suivre les dalles de lumière vers la terre promise. Elle baisse les yeux vers les empreintes sombres ressortant sur le sentier de cendre se demandant brusquement ce qu' elle faisait là.
    Le monde prend texture autour d'elle comme si le fait d'y avoir songé lui donnait corps.  Un sentier, simple rigole entre les racines épaisses et noueuses d' imposants arbres aux troncs tortueux , file sinueusement vers une trouée plongée dans la pénombre.  La lumière n'est qu'un jeu terne oscillant entre le blanc fade et le gris brumeux.

    <Où sommes nous?>

    <Ailleurs.>


    La réponse la fige dans l'indécision. Puis dans le silence, elle perçoit la pulsation aqueuse. Elle reprend sa route, déviant à présent de la voie toute tracée. Les branches griffues des conifères dépouillés de feuillage s'étirent vers elle donnant l'impression de vouloir la retenir.  Parfois l'une d'elle lacérait sa tunique ou son visage laissant une traînée pourprée sur sa peau.

    <Tu vas le faire?>

    <Oui.>


    Elle sent la colère que sa réponse lui procure, elle sourit de plus belle continuant à avancer.

    <Elle n'est pas loin, tu sais....>

    <Elle ne l'est jamais, tu l'oublies juste.>



    Une fois encore elle s'arrête, quelque chose entre les arbres attire son attention. Une sensation de chaleur sur sa joue, machinalement elle la frotte avec le dos sa main et le temps qu'elle comprenne, il est trop tard. La terre se dérobe sous ses pieds et le vide l'avale comme l'air quitte ses poumons.
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  15. Edern
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     ~

    ~

    Des nuages voyagent lentement.
    Desséchés, seulement vêtus de blanc.
    Et moi, je les regarde passer.
    Vêtue de gris, je les contemple s'en aller.
    S'effacer.

    Ma prière si faible et floue.
    Se déverse comme les vagues du reflux.
    Arrivant sur la plage et détruisant l'absolu.

    Elle pleure et tombe.
    Du haut de mon château de sable blanc.
    Fait d'étoiles que j'ai volées au firmament.

    Un monde si sombre.
    Un monde sans son.

    Même si ma prière disparaît.
    Balayée par les rafales du vent.
    Jamais je ne laisserai mourir ce feu brûlant.

    Mon château de sable, je le referai mille fois de mes mains gelées.
    Les doigts et poignets liés.
    Comme les vagues du reflux de l'océan.
    Arrivant sur la plage et tout détruisant.

     

    ~

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  16. Le mois du Chameau ramenait enfin la lumière, la chaleur et les bourgeons sur Mediah. En y pensant elle s’étonnait de la présence réelle des quatre saisons sur ces terres arides, elle avait pourtant enduré la chaleur de l’été dernier, vu la neige tomber cet hiver et entendu les pluies lourdes s’abattre en claquements irréguliers ces dernières semaines.

    L’eau glacée du fleuve Junaid lui mordait les chevilles, elle imaginait très bien la peau de ses orteils virer doucement au violet. Derrière elle les premiers bruits matinaux s’élevaient, les volets de l’auberge avaient claqué contre les murs, les barques des pêcheurs avaient tangué sous le poids des filets, les corbeaux avaient croassé et un hurlement de mane avait salué l’aube nouvelle.

    Un clapotis un peu plus vif battit ses pieds et elle leva les yeux vers le fleuve, les pêcheurs partaient. Il lui semblait vivre la même scène encore et encore chaque matin, une routine bien ordonnée, des habitudes bien ancrées et un rythme qui s’égrainait savamment au fil du temps et des saisons. Ces derniers mois avaient été d’un calme inébranlable, à part quelques histoires propres aux sorcières, rien n’était venu secouer son quotidien. Pas de maléficienne, pas de Serpent Noir, pas de pierre de vie, pas de cultistes : rien. Une monotonie rythmée par la conception des potions, la pousse des plantes, la confection des talismans. Le comptoir était désormais ce qui agençait son quotidien, le reste se faisait en fonction de ça, qu’il s’agisse de ses travaux personnels, des problèmes de Tariff ou de la nouvelle lubie d’Ahon de l’obliger à se pencher sur les anciennes coutumes et traditions.

    L’année passée avait été une suite d’explosions, des drames et des liesses à n’en plus finir, une alternance éreintante  de situations qui l’avaient laissée à bout de souffle plusieurs fois mais cette nouvelle année semblait, elle, marquée par le sceau du repos et de la monotonie. Du moins avait-elle commencé ainsi.

    La Sadvhi soupira, tourna les talons et enjamba les quelques rochers pour regagner la terre sableuse qui menait à Tariff. Le froid avait engourdi ses pieds et elle sentait les picotements désagréables de sa peau qui se réchauffait désormais doucement. Elle avait des elixirs à préparer et un sceau à terminer, Minyas devait passer la voir pour la commande d’une amulette, elle avait rendez-vous avec Ahon et, déjà, des silhouettes se dirigeaient vers La Croisée. Il lui semblait que désormais le quotidien s’inscrivait comme des notes sur du papier à musique, de façon millimétrée, au rythme d’un métronome invisible et inaudible mais qui pourtant marquait chacun de ses instants. Ca n’était pas désagréable, c’était reposant. C’était le nid douillet d’une nouvelle paix.

  17.  

    La bête de selle était plus ratatinée qu'un ravaudeur en fin de vie ; aussi, lorsque ses quatre sabots s'immobilisèrent sur l'éminence dominant le cheptel, l'obstiné bretteur ne s'en étonna-t-il point. D'où il se tenait, il tournait maintenant le dos à la forêt, qu'il venait de franchir et du côté de laquelle le jour se couchait. Avec les arbres empesés de neige, dépouillés des feuilles que la saison avait ravies, s'évanouissait l'inquiétude de poursuivre à pied ; les bois, c'est chose connue, sont le carrefour des détrousseurs, et ont cet effet de clair-obscur qui vous font prendre des ombres pour des menaces, et des menaces pour des ombres. 

    Une fois qu'il eût posé pied à terre, et qu'il eût administré, sans la voir, une tape gaillarde à sa monture, ses regards descendirent sur l'exploitation agricole qui se trouvait en face de lui. Il vit un champ nu de paysans, des outils abandonnés des bras qui les maniaient et ce blé particulier qui ne germe qu'en hiver. 
    Il s'efforça bien de ne pas voir la bicoque trouée de lézardes qui se dressait à distance d'un jet de pierre, mais ses efforts demeurèrent stériles : et à rebours même de ce qui a été dit, ce fut ce qui frappa sa vision, à se l'avouer, en premier. 
    Qui sur terre pouvait croire qu'une telle banalité architecturale abritait le cœur même de tout son univers ? Il existait bien quelqu'un pour le savoir ; et sans doute, conscient de cette faiblesse qu'ils avaient tous deux en partage, l'y attendait-il pour mieux le perdre. Seulement Ragasac, que le tour des événements avait vivement ébranlé, ne paraissait guère s'en soucier : et en l'actualité, l'unique chose qui lui importait, au mépris du danger dans lequel il se jetait, semblait de revoir sa chère grisonnante, la seule robe qui lui fut jamais fidèle au cours de sa vie.