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  • Anderhole Amerton

    Introduction et Prologue

    Par Anderhole Amerton

    Au sérénissime prince Kirseh Shoore qui chercha à apprendre l'art des armes, l'art de combattre à la barrière, de lance, hache, épée et dagues, des mains et des bras, à pied et à cheval, en armes et sans armures. Il cherchait aussi à connaître la trempe du fer et les charmes de chacune des armes, tant pour défendre que pour attaquer, et surtout les choses du combat à outrance. Mais également d'autres choses merveilleuses et secrètes, lesquelles sont connues de peu d'hommes d'armes dans ce monde. Et ces choses sont vraies, et de très grande offense et de grande défense, pour celui capable de les comprendre. Des choses infaillibles, si enseignées à l'âme d'un combattant libre.

    Et ledit seigneur appris lesdites choses de moult maîtres en bien des provinces et cités, avec énormément d'effort et à grand prix. Mais ces maîtres toujours portèrent l'écusson de la Chèvre Noire, car à la cour de grands seigneurs, princes, ducs, marquis et comtes, aucun chevaliers et écuyers ne pouvaient percer leurs flancs. Ces maîtres fantômes seront innomés mais non pas oubliés par leurs compagnons. Ce livre suivra une structure classique qui fera en sorte qu'un élève ne manque rien en l'art que je cède. Nous commencerons à la lutte, laquelle se donne pour deux raisons qui sont la récréation et la colère, c'est-à-dire pour la vie, avec toute l'astuce, le mensonge et la cruauté possible. Et je veux parler et démontrer par la raison celles qui se fait pour la vie et principalement en obtenant les prises comme l'usage lorsque l'on combat pour la vie.
    L'homme qui veut lutter veut être avisé de celui contre qui il va lutter ; si son adversaire est plus fort, si il plus grand de stature, si il est trop jeune ou trop vieux. L'apparence, la posture et la garde, donnent les clefs aux prises et permet toujours la défense des prises par leurs contraires.
    Et si ton ennemi est sans armure, sois attentif à frapper aux endroits les plus douloureux et les plus dangereux à savoir dans ses yeux, dans le nez, dans le faible sous le menton ainsi que dans les flancs. Et ne te garde pas si tu peux venir aux prises ou aux clefs, soit en armes, soit désarmé, de faire l'un et l'autre.
    La lutte demande huit choses qui sont la force, la rapidité ainsi que le savoir des prises avantageuses, savoir faire des fractures, c'est à dire rompre les bras ou les jambes ; connaître les clefs, c'est à dire lier les bras de manière que l'homme n'aie plus de défense ni ne puisse se libérer ; savoir frapper aux endroits les plus dangereux. Également savoir mettre quelqu'un à terre sans danger pour soi-même,  également de savoir disloquer les bras et les jambes de diverses façons. Lesquelles choses sont toutes écrites et possiblement dépeintes dans ce livre, pas à pas, comme le veut l'art.

    Nous avons dit ce que requiert la lutte, nous parlerons maintenant des gardes de la lutte. Les gardes de la lutte peuvent se faire de diverses façons, et une façon est meilleure qu'une autre. Mes quatre gardes sont les meilleures, en armes et sans armes, sans excuses, car les gardes ne sont pas stables dès que les prises se font.
    Les quatre premières représentations de maître que vous voyez - ceux couronnés - montreront les gardes de la lutte, à savoir la Posture Longue et la Dent du Sanglier, lesquelles sont faites l'une contre l'autre, de la même façon que l'on peut faire la Porte de Fer et la Posture Frontale l'une contre l'autre. Ces quatre gardes peuvent faire toute les choses susdites, de la lutte en armes et sans armes, qui sont les prises, les clefs, les fractures, etc. J’ai besoin de faire en sorte que les gardes soient connues des Maitres joueurs, et les élèves des joueurs, et les joueurs des Maitres, et le remède du contre bien que toujours le contre est placé après le remède de telle façon « le remède » est après ou après tous ces jeux et de cela ce sera claire. Nous disons que connaître les gardes ou les postures est une chose facile, d’abord les gardes ont leurs armes en main l’une contre l’autre et ne se touchent pas l’une l’autre. Et elles restent attentives et fermes l’une contre l’autre pour voir ce que le compagnon veut faire. Et celles-là sont appelées postures ou gardes ou premier maitre de combat. Et ceux-là portent une couronne sur la tête parce qu’ils sont positionnés en place et de façon à faire une bonne défense, avec elles on attend ainsi. Et je suis le principe de cet art, qui est de cet art de l’arme avec laquelle les dits maitres sont en garde. Et beaucoup est à dire des postures et des gardes. Et la garde veut dire que l’homme se met en garde, et se défend avec celle-ci, des frappes de son ennemi. Et tant est à dire de la posture qui est la façon d’approcher son ennemi pour l’attaquer sans danger pour sa personne. L’autre maitre qui suit ces quatre gardes vient à la suite des gardes et se défend d’un autre joueur avec les coups qui sont donnés depuis les quatre gardes. Et ce maitre porte également une couronne, et il s’appelle second Maitre. Il s’appelle également Maitre remède parce qu’il fait le remède qui le protège des coups ou bien qui fait qu’il ne sera pas blessé dans cet art qui sont les dites postures ou bien gardes. Et ce second maitre, c’est à dire le remède, a certains joueurs sous lui, lesquels joueurs font les jeux que pourrait faire le Maitre qui est avant, c’est à dire le remède pour prendre cette couverture ou alors les prises que fait ledit remède. Et ces joueurs portent une jarretière sous le genou. Et ces joueurs font tous les jeux du remède jusqu’à ce que se trouve un autre Maître qui contrera le remède et tous ses joueurs. Et donc celui qui fait le contre du remède et contre ses joueurs porte la tenue du Maitre remède et de ses joueurs c’est à dire la couronne à la tête et la jarretière sous le genou. Et ce Roi est appelé Maitre troisième et on l’appelle contraire parce qu’il est contre les autres Maitres et contre ses jeux. Je dis encore qu’à certains endroits dans l’art se trouve le quatrième Maitre c’est à dire le Roi qui contre le troisième Roi, c’est à dire le contraire du remède. Et ce Roi est le quatrième Maitre que l’on appelle quatrième maitre. Et on l’appel Contre-Contraire. Bien que peu de jeu passent le troisième Maitre dans l’art. Et si plus se fait se fera avec danger. J’ai assez dit sur cela. De la même façon dont nous avons parlé ici avant des gardes de la lutte et du second Maitre, c’est à dire du remède, et de ses joueurs, et du troisième Maitre contraire au second Maitre et à ses joueurs, et du quatrième Maitre qu’on appelle contre contraire, ainsi on a ces Maitres et joueurs qui reviennent pour l’art de la lance avec les lances et leurs gardes, Maitres, et joueurs. Je commencerai à traiter d'abord de la lutte, ou abrazare, ensuite de la lance et de l'épée ainsi que la lutte à cheval. Puis, derrière, de la lance, épée et lutte à pied et en armure. Puis, de l'épée à deux mains, le jeu large, puis l'étroit, puis le jeu de la hache, puis certaines parties, puis de l'épée à une main, puis du jeu de la lutte et ensuite du jeu de la dague. Et de cette manière, tu pourras voir tout l'art des armes en ce livre, qui ne peut jamais faillir, tant la glose est bien dite au dessus des figures dépeintes. Maintenant occupons-nous aux figures dessinés et à leurs jeux et à leur texte, lesquels nous montreront la vérité.
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  • Néron

    Les Putains et les jongleurs

    Par Néron

    Lorsque Dieu eut créé le monde tel qu'on peut le voir à la ronde, avec tout ce qu'il mit dedans, il fonda trois classes de gens: les nobles, les clercs, les vilains. Les chevaliers eurent les terres; quand aux clercs, il leur octroya le fruit des dîmes et des quêtes; le travail fut le lot des autres. La chose faite, il s'en alla.    Sur son chemin il aperçoit une bande de chenapans: des ribaudes et des jongleurs. Il ne va pas loin, ils l'accostent et se mettent tous à crier: " Restez là, sire, parlez-nous. Ne partez pas; où allez-vous ? Nous n'avons rien eu en partage quand vous avez doté les autres." Notre-Seigneur les regarda et, les entendant, demanda à un saint qui le suivait quels pouvait être ces gens-là. " Ce sont des gens faits par mégarde, que vous avez créés comme ceux qui ont foi en vous. S'ils vous hèlent, c'est qu'ils voudraient avoir leur part à vos largesses." Notre-Seigneur, au même instant et sans faire d'autre réponse, vint aux chevaliers et leur dit: " A vous qui possédez les terres je baille et donne les jongleurs. Vous devez en prendre grand soin et les retenir près de vous. Ne les laissez manquer de rien; accédez à tous leurs désirs. Tenez bien compte de mes ordres. A vous maintenant, seigneurs clercs, je donne à garder les putains." Depuis, les clercs se gardent bien de désobéir au Seigneur: ils n'ont d'yeux que pour les ribaudes et les traitent du mieux qu'ils peuvent.    Comme ce fabliau le montre, si vous l'avez bien entendu, les chevaliers vont à leur perte quand ils méprisent les jongleurs, leur refusent le nécessaire et les laissent aller pieds nus. Les putains ont chaudes pelisses, doubles manteaux, doubles surcots; les jongleurs ne reçoivent guère tels cadeaux des chevaliers. Ils ont beau savoir bien parler; ils n'ont droit qu'à vieille nippes; on leur jette comme à des chiens quelques bouchées des bons morceaux. Mais en revanche les putains changent de robes tous les jours; elles couchent avec les clercs qui subviennent à leur besoins. Ainsi les clercs font leur salut. Quand aux chevaliers, ce sont des pingres qui ne donnent rien aux jongleurs, oubliant les ordres de Dieu. Les clercs en usent autrement, pour les putains ont la main large et se plient à tous leurs caprices. Pour elles, voyez-les à l'oeuvre: ils dépensent leur patrimoine et les richesses de l'Eglise; en leurs mains est bien employé l'argent des rentes et des dîmes.     Donc, si mon fabliau dit vrai, Dieu veut que les clercs soirent sauvés, que les chevaliers soient damnés.    
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Nos blogs communautaires

  1. Les empires ne périssent pas sous les coups de leurs ennemis mais par leur propre épuisement et par la démission des forces qui les soutiennent.
    Il en va de même de nos amours et de notre vie.

    Les premiers flocons tombaient mollement, à peine chahutés par la brise froide qui lui claquait les joues. Sous ses pieds Heidel disparaissait dans un manteau grisâtre, le vrombissement des chariots sur les pavés montait jusqu’à son perchoir, l’on aurait dit une usine perdue dans ses propres fumées. Mais ça n’était que l’hiver qui s’installait doucement, rien de très fabuleux en soi. Et pourtant. Il lui semblait voir la ville pour la première fois, telle une massive silhouette qui aurait émergé d’un brouillard épais.

    A tout autre moment cette vue lui aurait probablement inspiré divers sentiments, un peu d’émoi, un peu de moquerie, quelques souvenirs qui remontaient de loin. Mais elle se sentait apathique face à ce tableau, la fatigue qui l’habitait semblait dévorer tout ce qui s’approchait d’elle d’un peu trop près pour la toucher.

    Son corps était froid, impossible pour elle de se réchauffer, rien n’y faisait. Toute force l’avait désertée et si quoi que ce soit lui arrivait maintenant elle ne pourrait probablement même pas se défendre. Non par manque d’énergie. Non. Par simple absence de réaction. Par un épuisement si intense qu’elle s’était éteinte, sans plus aucune possibilité de réagir.

    La sorcière souffla devant elle, une légère buée blanche voleta devant son visage et s’évapora ensuite rapidement. Elle percevait la morsure du froid tandis qu’elle respirait, ses doigts devaient probablement tirer sur le violet maintenant. Depuis combien de temps était-elle là ? Perchée. Peut-être cinq minutes, peut-être cinq heures, peut-être cinq siècles. Sa conscience d’elle-même avait récemment volé en éclat, elle ne savait plus qui elle était. Elle était cet enfant des taudis, cette gamine de Tarif, cette sorcière revancharde, cette fille de Siari, cet être irrémédiablement étouffé de colère et de regret… Tout en n’éprouvant pas le moindre remords. Pour qui et pour quoi ?

    Les souvenirs s’emmêlaient dans sa tête et elle n’avait aucun moyen de les contrer. En avait-elle seulement l’envie ? Sadie ne savait pas, elle n’avait pas la force de savoir. Elle ne voulait qu’une chose : que tout s’arrête, en finir avec cette béance qui la grignotait chaque jour un peu plus et surtout, surtout, ne plus se sentir comme la poupée, l’expérience !, de cette alchimiste obsessionnelle. De cette savante folle. De sa mère.

    Un reflux de sanglot vint lui bloquer la gorge et y restât coincé. Elle déglutit avec amertume. Tant de chemin parcouru pour n’être finalement pas maîtresse de sa destinée. La sorcière souffla comme elle le pu, les dents tellement serrées qu’elle avait presque de la peine à respirer. Que faire ? Que faire ? Que faire ? Impossible de répondre à cette question. Quelque part elle espérait que les craintes de tous furent fondées. Que Luthice la tue. Tout serait fini. Que l’extraction échoue. Tout serait fini. Que la suspicion de Falkynn s’avère vraie. Les sorcières auraient bien vite raison d’elle ; Et tout serait fini également.

    La Sadvhi leva le visage au ciel, sa peau froide accueillant les derniers flocons qui tombaient. Elle aurait pu rester ici des milliers d’ans sans que jamais personne ne vienne la chercher. Elle expira un souffle agacé. La défection, même à venir, même hypothétique, la mettait tellement en colère. C’était bien dans cet unique sentiment qu’elle parvenait à trouver encore un peu de force. Une bourrasque plus violente que les autres hurla à ses oreilles et la percuta, la faisant chanceler et se recroqueviller sur elle-même. Si seulement quelqu’un pouvait souffler cette bougie, elle pourrait enfin se reposer.

  2. Receuil

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    Phileor
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    Révélation

    Nous courrons sur les chemins d'or,
    Tel des anges cherchant le soleil.
    Et nos ailes scarifiées décorent,
    Les murs de notre éveil.
    Je t'en prie, n'aie pas peur,
    Nous plongerons ensemble,
    Au cœur du chaos et de la noirceur.
    Et ton corps qui tremble,
    Sous l'étreinte de mes mains.
    N'est qu'une poupée de chiffon,
    Une ruine, un presque rien,
    Souillé des plaies de ma déraison.
    Je ne suis qu'un pauvre pêcheur,
    Et toi mon ultime absolution.
    Tu n'es qu'un pauvre rêveur,
    Et moi ton éternelle affliction.
    Je t'en prie, n'aie pas peur,
    Nous plongerons ensemble,
    Au cœur de l'antichambre,
    Du chaos et de l'horreur.
    Inspires, et ouvres les yeux.
    Hurlent tes lourds silences,
    Comme une sainte prière,
    La plus belle des récompenses.
    Je m'agenouille face à ton corps,
    En digne dévot face à l'autel.
    Ta bouche tel une amphore,
    Déverse sang et fiel.
    Je t'en prie, n'aie pas peur,
    Nous plongerons ensemble,
    Au cœur de l'antichambre,
    Du chaos et de l'horreur.

     

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    Ambiance

    " De ta souffrance s'élèvera mon bonheur."

     

    La fin des festivités était annoncée et la fraîcheur de l'hiver venait s'écraser contre les simples mortels qui peuplaient ce monde, Heidel s'endormait doucement et il ne restait que quelques courageux alcoolisés aux abords des tavernes.

    C'est à travers les rues d'Heidel que se frayait un carrosse aux couleurs d'or et d'ombre, rebondissant maladroitement aux rythmes des pavés déformés, décoré d'une rose noire sur chaque portes.

    A l'intérieur, la jeune femme admirait le spectacle que lui offrait la ville alors qu'elle ne pouvait que constater l'ironie dont l'univers faisait preuve en la conduisant sur les lieux même où tout avait commencé.

    Le véhicule s'enlisait à travers la dernière ruelle accessible avant d'annoncer son arrêt d'une voix sans saveurs.

    "Nous sommes arrivés à destination, Madame. Elles sont en position."

    Nystria poussa la porte du carrosse avec lassitude avant de s'engouffrer dans la ruelle qui lui faisait face, le supplice ne s'arrêterait que si elle faisait preuve de rapidité.

    A travers les poivrots, les sifflements des simples d'esprit et les regards interloqués, elle se fraya un chemin sans grand mal. Tous avaient remarqués les deux femmes qui la suivaient sur les toits et les problèmes n'étaient pas les bienvenus en cette soirées festives.

    La sorcière fut rapidement rejoint par les deux Hasoïtes aux pieds d'une demeure dont les couleurs fades laissaient annoncer le délabrement et le vice qui y régnaient. Il ne fallut pas longtemps aux deux protectrices pour pénétrer à l'intérieur du bâtiment, la porte n'avait rien de solide et peut-être était elle même dévorée par l'humidité depuis des années.

    Nystria attendait la, calmement. La nuit était si belle pourtant et son occupation principale était de récupérer son argent, de démontrer qu'on ne crache pas sur un pacte sans en subir les conséquences.

    Ses pensées s'éloignaient peu à peu tandis que le chaos régnait à l'intérieur; combien de temps encore cela allait durer avant qu'elle ne puisse rejoindre Tarif à nouveau? Allait-elle torturer un mauvais payeur ou le laisser s'en sortir pour cette fois? Des questions qui trouveraient une réponse rapidement alors qu'elle fut extirpée de ses pensées par un sifflement qu'elle ne connaissait que trop bien.

    Elle ajusta le voile noir qui lui cachait le visage et pénétra à l'intérieur de la bâtisse.

    Davon était assis sur la chaise et son visage était intact. La décoration en avait prit un coup mais les deux femmes s'étaient assurées de ne pas le blesser pendant cette brève lutte.

    " Tu sais pourquoi je suis ici Davon?" Lui souffla-t-elle à l'oreille dans un lent murmure glacial.

    " Je n'ai pas de quoi vous payer ce mois-ci ! Le mois prochain juré !" L'homme ne pouvait pas plus écarquiller les yeux sous peine de les sortir de leurs orbites. Il y avait quelque chose chez lui qui amusait Nystria, il était si bon menteur qu'il arrivait même à se convaincre lui même.

    " Voyons Davon, combien m'as-tu emprunté déjà? Tout cela pour payer la fiole de rêve éveillé que je t'ai proposé. Tu as déjà une journée de retard sur le paiement et je passerai le détail des intérêts." Elle glissa alors deux doigts contre son menton pour le redresser à sa hauteur et entremêler leurs regards dans un silence glacial. Seuls les tremblements du drogué semblaient murmurer aux oreilles des créanciers.

    "Mesdames, fouillez la propriété."

    Nystria se redressait lentement alors qu'une main vint saisir une lame camouflée dans sa cuissarde. Le métal glacé vint lui apporter le toucher amer de la mort alors qu'elle glissait son plat contre son cou.

    "Ne faites pas ça." Davon suppliait encore et encore, des mots, des gestes, de l'urine vint rapidement bénir son pantalon de lin et la vie lui apporta un air misérable avant de lui retirer toute la dignité dont il pouvait faire preuve. Il pleurait.


    "Nous avons l'argent Madame." Annonça Shikase en entrant dans la pièce principale.

    Nystria lui accorda un sourire satisfait. Dans un geste elle vint loger la lame dans la cuisse du malheureux. Les paroles qu'elle prononça à ce moment là étaient mêlées au hurlement étouffé du mauvais payeur.

    "Tu vois Davon, ce n'est pas si compliqué. Assurez vous qu'il se souvienne de vous Mesdames, accordez lui le symbole de la trahison."

    Sur ces mots, la créancière reprit la route jusqu'à son carrosse en laissant ses ombres apporter le symbole de la rose noire sur le front de Davon.

    Elle entra machinalement dans son carrosse et annonça le départ d'un léger coup contre la paroi du cocher. Il était maintenant temps d'aller rendre visite à celui qui n'avait pas encore réglé sa dette à Vélia.

    C'est tout naturellement que le véhicule reprit la route de Vélia en laissant un homme marqué au fer rouge derrière lui.

    " Ils sauront que tu n'as aucune parole, trésor."

  3. Pitikali
    Dernier billet

     

    La lune apparaît alors que je couche mes pensées
    Je voulais écrire une belle histoire mais ma plume refuse
    Chui pas un de ces poètes qui veut être idolâtré
    Ce soir mon âme chante et mon encre sera de sang

    Je le sens en moi, il est là prêt à exploser
    Je tente de résister de toutes mes forces mais ça m’use
    Combien de temps encore avant que je ne sois dévoré
    Car comme un poison il parcourt mes veines et s’insinue lentement

    Je ne leur dit rien pour ne pas les inquiéter 
    Mais je garde en moi toutes ces choses enfouie profondément
    Déjà dans le désert j'ai faillit craquer
    Je ne dois ma survie qu'à ce petit renard malin

    Vais je finir comme elle, possédé?
    Vais je pouvoir revenir de cet enfer brûlant?
    Que ce passera-t-il une fois que j'aurais cédé ?
    Tant de questions sans réponse ni maintenant ni demain

    Alors je dois continuer à lutter 
    Ne pas céder à ce trouble malsain
    Pas avant d’avoir réussi à me maîtriser
    Pas avant d'être sur de revenir de ce brasier

    Des errements de mon âme déchirée 
    Ce bout de papier sera seul témoin
    Destiné à ne jamais être lu 
    Il disparaîtra avec ce carnet….
    Quand à la suite, nul ne la connaît
    Ni moi, ni ce qui se terre au fond de moi.

  4.  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Valencia...

     

     

     

     

     

    Le soleil était déjà pas levé que ça faisait une chaleur à suer comme un porc sur une broche. Aithe roupillai collée contre moi et même si sa chaleur ajoutée à la mienne était presque insupportable j'avais pas le cœur de la virer. J'l'ai dans la peau c'est comme ça. Je l'ai tellement dans la peau qu'après l'histoire de l'elfe Llianne, j'l'ai épousée sur mon navire. Ça m'a pris comme une envie de chier, quoique ça faisait un moment que l'idée me trottait dans la tête. J'étais vivant, j'avais survécu à l'autre pute réanimatrice de Horitis, je voulais célébrer ça en l'épousant. Et comme dans le fond je reste un petit merdeux qui fait que ce qu'il veut, j'l'ai épousée. Et je regrette pas...

    Même si une sacré page s'est tournée il en reste une coriace à venir. Pour aider Fhalaine et les autres j'ai accepté de me salir les mains auprès du Dandy en allant lui chercher une cargaison humaine à Valencia. Si tu savais à quel point ça me fait mal au cul. Déjà parce que moi l'esclavagisme j'ai jamais été un partisan pur et dur de cette merde, j'aime trop ma liberté et ça me ferait chier qu'on me l 'enlève. Ensuite parce que c'est pas quelque chose de légal là bas ni très bien vu et que je me suis toujours refusé à tremper dans ces merdes là. J'compte vivre heureux, et longtemps. J'ai toujours dit que les marchés illégaux avaient la fâcheuse tendance à faire raccourcir les têtes et les vies. Et le pire de tout c'est que ce marché au final en valait pas la peine puisque les informations reçues en retour étaient merdiques...

     

     

    Mais j'avais signé. Donc je devais aller à Valencia. Ce qui y a de bien avec les types plein de frics, c'est qu'ils sont tellement imbus de leur propre pouvoir et tellement éblouis par leur égo et leur éducation qu'ils en sous-estiment les petites merdes issues du caniveau comme moi. Déjà son contrat comportait plein de failles où rien ne précisait les contre parties en cas d'échec ou d'incapacité à effectuer la livraison. Et dans ce cas là omission fait foi et loi. De plus j'ai réussi à le signer en mon nom, pas en celui de D.T.C. ce qui fait que j'étais pas obligé d'appliquer la clause qui stipule qu'on rembourse la casse. Quand j'y repense j'en suis presque vexé. Il m'a vraiment pris pour un jambon l'autre.

    Mais même si sur papier c'était clair il fallait encore extirper ces esclaves à leur triste sort. Déjà les Valenciens ont beau être un peuple éclairé et très cultivés, ils ont pas de nature à ouvrir leurs bras aux étrangers comme ça, que ce soit pour le commerce ou bien dénoncer un trafic d'esclaves. Fort heureusement durant mes péripéties j'avais croisé Falkynn à Tarif. Une femme comme je les aime, belle et dangereuse. Non contente d'être à la tête d'une troupe armée elle était noble en Valencia et a su me renseigner précieusement sur la méthode à appliquer une fois là bas.

     

     

    Elle serait fière de moi je pense. J'ai non seulement appliqué ses méthodes mais grâce à mes p'tits loups on l'a améliorée. Mes p'tits loups c'est Nolwy et son Rhazar ainsi qu'une étrange copine à eux nommée Nyrnx. Étrange mais futée la gosse. Non content de me mettre bien vis à vis de la populace locale elle a eu la bonne idée d'assurer nos culs du côté des gens moins fréquentables à Valencia même. C'est comme ça que mes loulous se sont mêlés à la populace faisant naître çà et là des rumeurs à divers endroits. Et quand la pègre locale en a eu assez d'entendre toujours les mêmes noms revenir sur sa table, on était prêts à passer à l'action. De mon côté je démarchais nobles et gens influents pour de prime abord chercher un "parrain" en ville afin d'être introduit dans les bons cercles. Mais en sous mains je sondais mes interlocuteurs en cherchant lequel serait suffisamment intègre pour m'aider sur place localement.

    Petit à petit nous disposions nos pièces sur le vaste échiquier qu'était la cité. Les rumeurs et bruits comme quoi un certain établissement attendait qu'on vienne charger une précieuse livraison parvint aussi bien aux oreilles de la garde Katane que de la pègre qui vit d'un mauvais œil d'être ainsi exposée dans ses affaires. Tu m'étonnes.. Quand on sait qu'un forgeron s'est fait exécuter une fois pour avoir arnaquer ses clients..alors des esclavagistes imagine ce qu'ils doivent prendre..

     

     

    J'ai la trouille et pas mal d'appréhension mais je suis confiant sur le principe, notre plan est chiadé. Mais bon ça m'empêche pas d'avoir une envie de chier cataclysmique sur le trajet tu vois. On se rend au oint de rendez-vous comme stipulé dans les instructions du commanditaire jusqu'à la périphérie de la cité. Étrange, y avait pas un rat, on aurait cru que toute la vie avait déserté ce coin là. Tu parles.. On se présente et on montre la lettre en guise de preuve de nos identités pour qu'enfin on nous autorise à rentrer. Et là tu comprends pourquoi le quartier est calme comme un cimetière. A l'intérieur de l'établissement ça grouille de gueules cassées et de malfrats probablement payés à défourailler sur le premier trouble fête qui se pointe ici. Pragmatique l'esclavagiste je lui reconnais bien ça.

    Mais je m’apitoierai pas sur son sort à cet enculé car il était foutu d'entrée de jeu. D'abord nous on voulait sa peau.. parce qu'avant tout c'est un sale connard et secundo parce que s'il venait à trop l'ouvrir il pourrait nous mettre dans l'embarras. Et personnellement j'en ai assez bavé avec ces conneries là. Ensuite y avait la Pègre qui devait en avoir plein le cul d'entendre parler sans cesse de ce type depuis plus d'une semaine et qui du coup mettait leurs affaires en lumière. Enfin la Garde Katane qui je pense avait pas prévu de faire dans la clémence avec un trafiquant de viande humaine surtout que la viande était Valencienne...

     

     

     

  5. Cendrelune
    Dernier billet

    Depuis plus d'un an maintenant, je vivais dans une sorte de tourmente et un tourbillon d'activités. Une longue fuite en avant où ma mémoire morcelée par la malédiction de la Gardienne ont fait de moi une pantomime grotesque de cet être que je vois lentement et de nouveau émerger des décombres de mon existence.

    Aussi brusquement qu'il était né, ce tourbillon est mort. D'un coup, refluant si brutalement qu'il m'a laissée totalement désemparée, un peu sonnée. Non, rien n'est terminé bien sûr, Echidna foule encore cette terre sous une autre apparence et nous ne savons toujours pas quelles sont ses intentions. Mais ma tâche est accomplie, la demande des Trois Soeurs exaucée. Nous avons choisi -sans doute bien malgré nous, de laisser la Gardienne libre de vivre sa vie, une vie qu'on lui a volé autrefois. Il nous a fallu faire un choix et nous avons privilégié la survie de Llianne à tout le reste. Même à la possibilité d'avoir laissé une menace dans la nature. Moi la Vedir, je me surprends à avoir fait un choix d'humanité tandis que certains humains que j'ai croisés n'ont pas su me démontrer qu'ils en étaient capables. Un étrange paradoxe qui tend à me faire quelque peu sourire.Protéger et défendre Kamasylve , c'est aussi pouvoir apporter soutien et aide à ceux qui le peuplent. J'aurai pu faire le choix de la haine et du ressentiment en laissant mourir la Ganelle pour abattre la Gardienne. Aurai-je été meilleure alors que ces Acher qui nous ont humiliés et crachés au visage? Et je savoure une victoire secrète que mes autres compagnons ne peuvent appréhender: Celle de jubiler à l'idée que Liandra, cette Acher que je hais au plus profond de mon être m'en dois une désormais. En remettant les Chaînes Spirituelles à mes Vénérables, j'ai déclenché une réaction en chaîne - ironique jeu de mots, dont je savoure à l'avance les répercussions... 

    Le choix de l'humanité laisse place sans doute à l'instrumentalisation d'une situation et surtout de Llianne à mon avantage. Et quoi? Je ne serai pas celle que je suis si je ne provoquais pas de temps en temps les opportunités pour en jouir. Reste une inconnue: les Adenlars. Il faudra que je discute avec Leo de cela. J'e me suis habituée à la présence de ma soeur Vedir, aussi farfelue et décalée soit-elle. J'espère que nous aurons de nouveau l'occasion de faire front ensemble... 

    Quelque chose s'est apaisé en moi. Un chemin initiatique pavé de souffrances et d'angoisse certes, mais une initiation tout de même vient de se terminer. Je suis morte autant physiquement que symboliquement et voici que je renais. De par ma formation et ma nature, il ne saurait en être autrement, la douleur a toujours été quelque chose de familier et de rassurant. Les Trois ont raison quand elles affirment que je dois accepter tout ce qui bouillonne en moi: si je ne le fais pas, ma propre faiblesse m'anéantira. L'acceptation, les humains disent que c'est la dernière phase d'un deuil. Et je fais le deuil de ma propre personne. Fhalaine n'est plus, elle ne reste qu'un paravent social que j'offre au reste du monde et derrière lequel je me dissimule. Maelwenn, elle, se retrouve face à de nouveaux défis et enjeux. La sombre présence en moi s'agite et s'ébroue, bercée par la puissance dont le Vediant la nourrit. Jusqu'à présent, je l'ai tenue à distance, la gardant seulement dans mon ombre, m'en servant comme on se sert d'une bête de somme pour avancer. Isandir me presse de passer à l'étape suivante, affirmant que je suis prête, que j'ai la force nécessaire en moi pour se faire et que nulle peur n'est de taille à m'arrêter.

    J'ai d'abord été dans le Déni, un déni imposé par la malédiction de la Gardienne mais aussi par le refus d'envisager que je ne pouvais être autre chose qu'une simple lame que les autres pouvaient utiliser à leur convenance contre de l'argent. Et puis il y a eu la colère, une déferlante émotionnelle qui a menacé de me balayer: prisonnière de mon ignorance et de mes émotions, je me suis rebellée contre tout et contre tous, parce que j'avais perdu de vue les valeurs de mon clan et qu'inconsciemment j'essayais de les reproduire en une parodie grotesque. Il y a eu la tristesse et la résignation. Face à l'adversité, je crois qu'à un moment j'ai renoncé, j'ai déposé les armes et je n'aurai pas su me relever si mes compagnons n'avaient pas été là, tout autour de moi, si Shidean n'était pas enfin venu vers moi pour m'expliquer cet immense bouleversement qui se nomme amour. Je dois aussi faire un choix, celui d'aimer inconditionnellement cet homme mais de balancer ce déséquilibre par une retenue en tout point pour le reste. Si je me laisse aller, si je ne place pas de jalons protecteur, je serai consumée. J'ai tenu tête à Isandir, je sais qu'elle voit d'un très mauvais oeil cette relation, et je n'ai pas envie de lui donner raison.

    La phase initiatique est presque terminée. Moi, la Dispensatrice de Mort, je dois terminer mon propre deuil. Avec l'Acceptation viendra la Reconstruction et surtout l'évolution de ce quelque chose que je sens s'agiter et naître en moi. Avec un sourire, je jette les bouts de bois en l'air et je les regarde retomber, me concentrant sur leur message.Au début du pèlerinage dans le déset, l'Epine Noire avait prédit cette quête initiatique. Désormais c'est le Lierre qui me montre la voie.  Mon esprit doit se tourner vers son intérieur et arpenter le labyrinthe de l'être. Ma propre quête désormais est celle du Moi afin de pouvoir enfin révéler ma force et ma profondeur spirituelle, un gouffre dans lequel je n'ai jamais vraiment osé puiser et que je me suis efforcée d'ignorer. Ainsi commence ma danse en spirale. J'ai un rôle à jouer auprès de mes compagnons, les protéger et les aider à voyager, au sens propre comme au figuré, comme eux m'ont aidé, chacun à leur manière.

    Si je ne suis pas complète, rien ne se produira. Il faut que je fasse ce dernier pas en avant, il le faut, je le dois. A moi et au reste du monde.

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  6. Lliane

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     the Planet to the Star, par Louis Soutter, 1938

     

    Je ne sais pas comment je suis arrivée ici

    Mais nous ne pouvons plus sortir

    Je suis entourée d'étrangers

    Et la musique commence à jouer

    Alors je vois les corps lentement qui commencent à se balancer

    Bougeant côte à côte

    Je sens l'animal qui s'ébroue

    Alors que je reviens tout doucement à la vie.

     

    Tout le monde commence à se mouvoir

    Et je veux tous vous voir céder

    Je veux raser ce lieu ce soir

    Et vous voir me remercier pour cette rage

    Dites moi pourquoi vous êtes là

    Puis-je seulement vous donner un avant goût ?

    Je veux vous voir perdre à votre tour la raison

    Et, à votre tour, raser ce lieu

     

    Je vais vous déchiqueter

    Je vais dévorer vos coeurs
    Je veux voir les os de vos corps se briser les uns après les autres

    Je suis ce dont vous avez besoin, la maladie parfaite

    Ne voulez vous pas vous détourner de la beauté et vous changer en bête ?


    Une étrange extase s'empare de moi

    Tandis que je monte m'installer sur mon trône

    Je sens le monstre emprisonné en moi

    Hurlant au travers de mes os
    Je veux vous voir vous liquéfier d'angoisse

    Je veux vous voir perdre l'esprit

    Je veux vous ressentir tous en train de sombrer

    Et vous voir vous balancer tout le reste de la nuit


    Je veux vous voir saigner

    Je veux vous voir hurler

    Je veux vous voir bouger

    Et vous l'entendre dire


    Détournons nous de la nature, laissons la bête parler...

     

    Révélation

     

     

  7. Les prochains billets parleront de Lucile Desmont, la nouvelle servante employée au service d'Arialyss qui racontera ses aventures dans ce monde qu'elle ne connaît pas, aussi bien ses pensés couchées sur du papier. Nous y ferons d'ailleurs la connaissance d'un autre personnage qui entrera bien plus tard au service d'Isaac Salviati, surnommé le "Sauveur".

                Lucile portrait                                                                                                                                                                                                   Lucile interprétée en jeuLucile Desmont2.png

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    Petit rappel sur le profil du personnage :

    Prénom : Lucile

    Nom : Desmont

    Age : La vingtaine

    Sexe : Femme

    Rang social : Petit peuple

    Métier : Gouvernante au service d'Arialyss Arkxane

    Particularités : Partie du visage gauche scarifiée (joue, lèvre inférieure et sourcil)

    Histoire : Dans le temps, Lucile Desmont fut promise à un homme aussi vilain que mauvais. Accusée d'avoir vendue sa virginité avant d'avoir sceller les liens du mariage, elle fut traînée devant un tribunal aussi implacable qu'exemplaire afin de recevoir son châtiment. Cependant, les méandres du destin jouèrent en sa faveur lorsque son récit fut démenti devant les yeux du coupable futur mari qui l'avait sévèrement et brutalement violentée. Libérée et sauvée par Arialyss, elle servit dès lors la famille Arkxane tandis que son futur époux fut exécuter sur place.

    Son visage encore aujourd'hui trahit les vilaines blessures qui lui firent commises.

    Traits sociaux : loyale et fidèle, confidente et bonne travailleuse mais également curieuse, naïve et anxieuse. Elle se méfie des hommes vantards et mal entretenus.

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  8.  

     

    C'est en Abun que se trouvait la jeune femme, et c'est en ce jour du 3 Gobelin 286, que celle-ci se posait devant le village Medhien. N'ayant visiblement que faire de salir son mantel noir de poussières. Les coudes posés sur la cime de ses genoux, reliant ainsi ses dextres lascives sur les coins de ses pommettes.  "Aujourd'hui, il est temps de prendre au moins une petite heure pour réfléchir." s'était-elle dit, une décision singulière quand l'on sait que la Sorcière n'aime flâner que dans sa propre maisonnette, qui d'ailleurs lui manquait terriblement.

     

    ~

     

    "Ce qu'il manquait..." Voilà un angle de réflexion, qui pouvait entamer sa mise au point. Sur le coin de sa route ensablée, Edern consentait à reflèchir à son manque, longue fût sa réflexion remuant ses dernières années, ses derniers mois, ses dernières semaines pour n'en sortir qu'une vaine constatation. C'est maintenant qu'elle était lancée dans un périple dangereux, loin de son foyer et de ses relations qu'elle réalisait qu'elle ne manquait de rien. Cette révélation semblait troublante pour cette jeune femme que l'on pouvait auparavant juger d'"éternelle insatisfaite", se trouvait-elle vide ? Déchue de ses convoitises et de ses caprices ? Non... Elle vît alors cette constatation comme peut être un moyen de passer à autre chose, d'avancer plus concrètement dans sa courte vie d'Humaine, passer son temps avec une Ganelle ne devait pas l'aider en ce sens. 

    Elween avait toujours été une figure, un modèle pour elle. Depuis leurs rencontre, tout avait été plus doux, plus simple pour la jeune Sorcière, bien qu'au départ, rien n'était gagné ! Et pourtant toutes deux nouaient une amitié solide. Les amis d'Edern étaient rare et le sentiment d'avoir une oreille à qui parler, un thé à déguster ou même des ragots à raconter la plongeait dans un profond ravissement.

    Puis vint inévitablement l'idée des pertes de cette année troublante qu'était celle de ses vingt trois printemps. Bien des rencontres, bien des propositions, bien des opportunités, comme bien des pertes. Son Père avait rejoint Elion, seul et dernier représentant de sa famille dont elle n'est maintenant que la seule héritière. "Homerion" se disait-elle, ce nom ne signifiait pas grand chose finalement, il n'était ni noble, ni pauvre, simplement un témoin du temps passant et de sa propre époque. Un cycle auquel elle ne cessait de penser depuis ces derniers jours, laissant derrière elle des visages qu'elle souhaitait farouchement revoir. Quelque chose tournait en elle, tournait longuement comme le bruit d'une horloge cherchant à se calibrer, s'apaiser...  

    Il était temps que l'horloge fonctionne à nouveau, une nouvelle année commençait pour elle. La jeune femme ne pouvant que se promettre de sauvegarder son corps, sauvegarder son âme, vierge de toutes blessures. Et son cœur toujours réchauffé de courage.  Une boussole venait de se trouver un cap, une île à conquérir, une personne à contenter, à rassurer. 

     

    ~

    Sa méditation venait de se clore alors que sa comparse elfique lui intimant de la rejoindre pour reprendre leurs activités.  Elle se levait, époussetant son mantel avant de la rejoindre, réhaussant son sac de toile sur son épaule.

    Sur le départ ~

  9.  

     

     

     

     

     

     

     

     

    Haso, terres du Clan Yuzhen..

     

     

     

     

     

     

    Les enfants sont un don, un cadeau des Dieux. Pourtant, malgré tout cet amour qu'ils représentent, toute cette innocence qui fait leur charme il existe peu de créatures aussi cruelles. C'est peut-être là une des plus grandes ironies de la nature humaine, la capacité à porter autant de noirceur que de lumière même à l'âge de l'innocence. C'est justement parce qu'ils sont innocents que leur cruauté est la plus pure, elle est souvent exprimée quand l'éducation et la morale sont absentes. De ce fait elle est innée, instinctive. N'allez pas croire que les mots d'enfants sont moins cruels du fait d'un vocabulaire moins riche que celui d'un adulte. Ils savent faire mal.

    C'est ce qu'expérimentait justement un jeune garçon à ses dépends. Les autres enfants du clan s'étaient tous ligués contre lui et après quelques petites chamailleries en guise de mise en bouche, les mots assassins furent brandis tels des poignards. Les enfants ne connaissent pas non plus la pitié. Car ils ne voient pas le mal même quand ils est devant eux, ou à travers leurs propres actes. Et en plus des mots terriblement offensants qu 'ils s'égosillaient à marteler comme une chorale sadique, les plus hardis en venaient à le rouer de coups quand ce n'étaient pas des pierres.

     

     

    L'enfant en question était un membre du clan Yuzhen au même titre que les autres. Mais il était un sang mêlé, et pour les autres enfants, il était donc différent. Et différent dans beaucoup de lieux signifie hélas inférieur. Mais les enfants s'ils portent en eux les graines de la cruauté ne sont que les reflets de ce qu'ils entendent et voient souvent chez eux. Et machinalement ils reproduisent les erreurs de leurs parents ainsi que de leurs proches.

    Mais qu'importait pour l'heure de savoir pourquoi et comment on en était arrivé là, le gamin sanglotait en se tenant ses petits membres douloureux. Il savait au fond de lui que demain cela recommencerait et que rien n'y changerait. Il était et resterait un bâtard parmi les inférieurs. Car même lorsque sa condition n'est pas reluisante, l'homme cultive ce don de mépriser ce qu'il estime être pire que lui, peut-être pour se rassurer dans une quête hypocrite et narcissique.

     

     

    Le plus douloureux pour le jeune garçon humilié fut l'inaction tout autour de lui. Personne ne leva le petit doigt pour que les autres cessent leurs brimades et leurs coups. Personne n’éleva la voix ou ne fit mine de désapprouver. Tous les gens autour abhorraient ce sempiternel masque derrière lequel ils cachaient émotions et sentiments. C'est un sentiment accablant, le désespoir. De se sentir sombrer petit à petit comme lors d'une chute sans fin, où l'on redoute et espère en même temps le moment où elle cessera.. violemment. Et dans cette abime obscure où il n'y a ni lumière ni son, où l'on peut hurler sans que rien ni personne n'entende le moindre son l'espoir se flétrit et pourrit inexorablement. Le désespoir est un creuset, un gouffre qui vous avale et ne vous recrache pas.

    Mais parfois, il arrive que les cendres de l'espoir récemment flétri s'embrasent, si on leur en donne l’opportunité.. ou une main tendue. C'est là, les yeux plein de larmes, qu'il vit l'espoir sous sa plus belle forme. Une fillette à peine plus grande que lui s'était emparé d'un shinai et rouait de coups ses agresseurs. C'était une furie, une furie vengeresse. Elle avait bougé, elle avait ôté son masque pour prendre parti. Pour lui, le rebus, le sang mêlé. Jamais il n'oublia ce jour ni cet instant.

     

     

    Elle l'a ensuite regardé, l'a aidé à se relever et quand ses larmes furent suffisamment endiguées il constata avec stupeur que son salut venait ni plus ni moins de.. sa princesse. Elle était l'héritière des Yumao avec sa jumelle et son frère. Elle n'avait pas à lui venir en aide, elle moins que quiconque. Et pourtant elle avait brisé tous les codes pour le secourir. Si la cruauté n'a pas d'âge, il en va de même pour l'amour. Ainsi va l'équilibre qui tend à harmoniser les courants de la vie. Jamais il n'oublia ce visage ni ce qu'il sentit au plus profond de son être même s'il était bien trop jeune pour le comprendre.

    Une graine avait été semée, l'avenir seul dirait si elle germerait ou non..

     

     

     

  10. Il était temps de partir désormais. Feliciano lui avait souhaité bon voyage et donné quelques pièces pour les besoins primaires. Elle avait pris soin de seller sa jument, attacher ses quelques sacs avant de serrer son ami dans ses bras. Lui promettant de revenir, quel que soit le temps que cela lui prendrait. Une fois l'au revoir fait, elle se mit en selle.

    Avançant au pas dans les rues de Calphéon, un sourire aux lèvres mais quelque peu anxieuse... Aal allait-il lui pardonner d'être ainsi partie loin de chez elle ? Elle avait presque connu la misère, tombée amoureuse d'un Calphéonien et la voilà qui vivait chez un soldat, dans une maison secondaire. Son enfance lui paraissait soudain si loin, loin le temps où elle étudiait à Valencia ou jouait avec ses frères de clan aux abords du Désert. Mais elle allait le retrouver, dans toute sa superbe étendue. Cet amour lui fit presser les flancs de sa jument pur sang valencienne après avoir passé les portes de la ville et déposé un message à l'adresse d'un Capitaine de Trina. Galopant ainsi vers la libération, celle de son cœur. Elle allait pouvoir demander pardon à son seul Maître. Partagée entre la peur et la joie.

    Aal allait-il lui pardonner ? Ou la faire payer ces affronts ?

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  11. Frères assassins :

    Condamnés à l'océan au vent qu’mène le bal
    Oubliés des honnêtes gens des Dieux des cathédrales
    Rien n'pouvant plus nous sauver on peut trainer nos âmes
    De l’Ouest aux bas quartiers d’Valencia
    A force d’chercher les brumes où cacher nos erreurs
    Nous gentilshommes d’fortune d’quoi avons-nous peur ?
    Plus d’gibet d'Calphéon qu'd'Elion et ses Flammes
    On préfère la mort du bras qu’tient une lame
    Prêts à livrer mille batailles pour l'or d’Rois sans âmes
    Le pont témoin d'nos ripailles sait chaque fois qu’l'on gagne
    L’rhum et l’chant des hommes font briller les étoiles
    Sur une gigue on fait l’mômes, on r'met les voiles
    Le cap sur les mers du Nord le temps nous en fait voir
    On r'trouve not' lot d' solitude, de haine, d’désespoir
    Tant pis pour la proie facile qu’croise notre route
    Des filles contre un droit d'asile, c'est c'que ça coûte
     
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l'sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l' sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
  12.  

    Chaleur.

     

    J’ouvre un œil, allongé sur le sol en plein zénith sur le bas côté de la route. Un arrière-goût de fer dans la bouche, je passe ma langue sur mes dents pour vérifier qu’aucune ne manque à l’appel. Toutes là, parfait. Je cherche à me relever lentement.

     

    Douleur.

     

    Renonce, cloué au plus bas, j’hésite encore à trouver le fait le plus accablant. Une possible côte fêlée, veinard. Cette migraine d’un lendemain de cuite, habitué. Ou l’absence de ma bourse dans la poche de ma veste, gênant, ...

     

    *****

     

    -Qu’est ce que tu viens de dire ?

     

    -’Foirés d’Sérendiens ... <Accompagnant mes dires d’un geste de la main.> T’aurais pas vu un grand type qu’aurait une gueule comparable à la mienne mais … <Je mime tant bien que mal un individu de grande taille.> Plus grand !?

     

    -Tu t’fous de nous là ?

     

    Qu’est ce que j’ai dit. Ma parole, les gens d’ici sont encore plus limités qu’on ne le dit. Je vais tenter de reformuler avant de recommander une pinte à cette charmante aubergiste. Haussant le ton et je fais l'effort d'articuler :

     

    -Je répète ! Enf-…

     

    Le type trouve ça judicieux de répondre d’un crochet avant la fin de ma phrase, c’est légitime. Je recule sous l’impact, manque de m’étaler misérablement devant une bande de sérendiens ingrats. Mais fier et bien imbibé, je lève ma garde. Grave erreur, autant les inviter à me cogner plus fort joue tendue. Je reprends un coup, et je flanche pour de bon.

     

    La lumière s’éteint là-haut ...

     

    *****

     

    Enfin debout. Je me tiens pas bien droit, courber le dos calme les maux dans ces moments là. Assez reposé, faut trouver de quoi se rincer pour se réveiller, un bout de gras pour calmer le ventre et la niaque nécessaire pour attaquer la journée.

    J’en tirerai une bonne leçon. Sergio, soit tu la fermes, soit tu formules, soit tu frappes en premier.

    Maintenant, en route, Il t’attend.

  13. La faible lueur de la bougie éclairait la mine pâle de sa cousine, il la voyait plisser des yeux et se fatiguer à relire des papiers posés sur le bureau. C’était le soir, et l’enfant commençait à s’ennuyer. Assis sur un confortable fauteuil, Il regardait autour de lui. Les meubles étaient propres et avaient l’air d’une grande valeur ; sur une table basse en face de lui, il y avait une coupelle de fruits et il avait le droit de se servir autant qu’il le voulait. Le garçon avait d’ailleurs le ventre plein, le raisin de table avait disparu. Il soupira, pour signaler qu’il ne savait pas quoi faire. Sa cousine remua le nez, elle ne l’avait pas remarqué.

    Il semblait très tard, même si dehors il y avait encore du bruit : les nuits de Calphéon étaient très différentes de celles de Glish. A cette heure si, tante Madeline l’aurait déjà fait coucher alors qu’ici, des gens criaient encore dans la rue.

    Le garçon tourna alors le regard vers deux petits yeux verts brillants qui l’observaient depuis tout à l’heure. Il leur fit une grimace puis chercha sur le fauteuil son cheval en bois, un cadeau de Myna et son premier jouet. Le garçon commença alors à faire galoper son destrier dans le salon. Le cheval n’eut aucun mal à sauter du fauteuil à la table basse. Dans sa course, Il dut éviter les oranges mais son agilité était sans pareille, il put passer entre les dangereuses agrumes. Impossible à arrêter, le cheval ne voyait aucun obstacle insurmontable et après avoir conquis le table basse sans mal, il bondit sur la chaise à bascule interdite. On lui avait dit « C’est une terre dangereuse habitée par une sorcière aux pouvoirs terribles qui la garde jalousement » mais la sorcière était absente, il n’en fallait pas plus pour que le destrier n’attaque. Le cheval prit son élan et bondit. Ce fut un saut remarquable, un saut dont on ne parlait que dans les légendes. Le cheval réussit à poser ses sabots sur le siège, glissa un temps et s’arrêta in extremis près du rebord. Fier de sa victoire, le cheval hennit de bonheur, il trottait sur la chaise à bascule de la sorcière. Ivre de réussite, il se demanda alors, quelle serait ma prochaine conquête. Un lourd grondement fut sa réponse. Les yeux verts. Le cheval fit face à celui-ci et toisa son adversaire. Les yeux verts appartenaient à une immense créature qui atteignait presque le plafond, faite de roches et de racines. Il se tenait dans le salon sans bouger et avait observé les exploits du cheval. Son heure était venue. Le destrier légendaire frappa du sabot en signe de défi, ce à quoi le titan répondit d’un grognement interrogatif. « Te crois-tu capable de vaincre un golem comme moi ? » disait-il. « J’ai survécu aux plaines des oranges et aux terres tumultueuses de la sorcière, je n’ai pas peur de toi, Golem. » répondit le cheval sans une once de crainte. Le golem fut tétanisé par tant d’audace et regarda la charge du cheval, qui s’élança et, n’écoutant que son courage, commença à gravir le bras du Golem, il allait atteindre la tête du monstre, plus que quelques kilomètres et…

    « Roger aide moi à monter… » demanda l’enfant sur la pointe des pieds.

    Le cheval retrouva soudain de la force et put atteindre la forêt qui siégeait sur la tête du titan. Le destrier avait ainsi vaincu le plus dangereux des êtres en ce monde.

    « Tim, tu ne serais pas en train d’embêter Roger, par hasard ? » demanda sa cousine qui ne quittait pas ses papiers des yeux.

    « Non, non. Roger, le cheval t’a tué. Allonge-toi. »

    Le golem, bon perdant, s’allongea doucement, après avoir vérifié qu’aucun meuble ne serait broyé dans son action. Il resta inerte même face à l’orgueil de son adversaire qui sautillait sur son corps.

    « Mais pourquoi tu as tué Roger ? » sa cousine avait finalement quitté le bureau pour s’asseoir à côté d’eux. Roger bougea la tête pour signaler qu’il n’était pas mort.

    Tim vint s’asseoir à côté d’elle et sourit.

    « Sawyier, tu me racontes une de tes missions de mercenaire ? »

    « Euh… Je suppose que je peux faire ça. Mais pour cela, il me faudrait d’abord en choisir une… Et vérifier qu’il n’y a pas trop de gros mots… »

    Sawyier réfléchissait sous son chapeau de magicienne, elle repassait dans son esprit ses différentes aventures. Parfois elle grimaçait, Tim pensait alors qu’il devait s’agir d’un monstre énorme qu’elle avait dû terrasser. Après une petite réflexion, elle commença :

    « Eh bien, je me souviens, d’une aventure… Ah mais on a juré de ne plus jamais en parler… »

    « Allez, raconte-moi, je ne le dirai à personne, promis. »

    « Je n’arrive pas à me décider, il y a la fois où nous avons été recrutés pour combattre des cultistes, très mauvais souvenir… Un combat dans les marais de Glish, j’ai pris une flèche ce jour-là, une horreur quand j’y repense. Ah si, j’en ai une pour commencer. Notre mission contre une troupe de bandits d’effrits ! »

    Tim se tut et ouvrit grand ses oreilles.

    « A l’époque, Roger n’était qu’un tas de cailloux qui prenait le soleil, mais nous étions déjà une fière bande de mercenaires. Il y avait Bélier, le guerrier sans peur aux paroles plus tranchantes que son épée. Valerya, la pourfendeuse d’estime de soi, qui pouvait pétrifier d’un regard. Miette, une ombre féline, qui pouvait crocheter n’importe quelle serrure. Alessio un guerrier qui pouvait pousser à bout autant ses amis que ses ennemis, et d’autres qui, comme lui, ne sont plus là. Et enfin et surtout, Glish, la magicienne, belle et intelligente qui manipule une magie puissante et utile, et qui a des blagues très drôles aussi.

    Le Trillium avait été appelé pour vaincre le chef d’une terrible bande d’effrits sanguinaires dont le repère était une tour en ruine. Ces effrits étaient aussi sauvages que des nagas et aussi rusés que des fogans. Il nous fallait un plan pour débarrasser d’une menace aussi périlleuse. La conception d’un plan est toujours une étape importante chez le Trillium. Pendant que Miette se glissait dans leurs rangs pour faire une reconnaissance, nous avions décidé d’aller à leur rencontre. Miette ne se fait jamais prendre, elle se déplaçait dans l’ombre sans qu’aucun effrit ne puisse la remarquer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut manger très vite ton assiette quand elle est là, sinon tu risques de mourir de faim. Elle put alors trouver différents passages à emprunter en cas de retraite. Pendant ce temps-là, les effrits se rassemblèrent pour accueillir le Trillium. Ils étaient armés jusqu’aux dents, et tu sais bien que les effrits ont de très grandes dents. Alessio demanda alors à Glish la puissante de lancer un sort pour les impressionner : une boule de feu à leur pied pour les intimider. »

    « Et alors ? »

    « Et alors, c’est difficile la magie, qu’est-ce que j’y peux si ma boule de feu n’était pas assez grande pour eux ? Bref, Glish ne se découragea pas et en relança une deuxième bien plus grande qui explosa aux pieds des effrits, qui paniquèrent. Le plan marcha et le Trillium obtint un entretien avec le chef, sa cible. Il fallut grimper tout en haut de la tour, et ce fut au sommet que les mercenaires purent voir le chef. Il était bien plus grand que tous les autres, une montagne de muscles, rustre et grossier. Les mercenaires négocièrent alors avec le chef un duel entre l’un des nôtres et celui-ci. Si le Trillium gagnait, il pouvait repartir avec la tête de l’effrit. Sinon … Mieux valait ne pas y penser. Alessio se porta volontaire contre l’effrit et son épée et déclara qu’il allait se battre avec une arme particulière, la magicienne Glish. »

    « Mais, tu n’es pas une arme ? »

    « Cet effrit-là n’était pas très malin, et il accepta. Les deux mercenaires durent éviter les coups d’épée terribles de l’effrit ; à plusieurs occasions, ils manquèrent de se faire couper en deux et Glish riposta avec sa magie. Et lorsque l’effrit leva son épée en l’air prêt à nous couper la tête une bonne fois pour toute, Glish lui lanca un sort de foudre qui le fit tomber à terre. Ça et les coups d’épées d’Alessio et je crois bien qu’un d’entre nous a tiré une flèche… Bref, les effrits nous ont accusé de tricherie et ont voulu venger leur maître. Bélier put alors s’illustrer au combat en découpant des effrits à tout va et il fit tomber l’échelle qui permettait d’accéder au sommet de la tour. Heureusement, le Trillium connaissait un autre passage, un assemblage d’échelles et de plate-formes en bois, un échafaud de fortune et put se replier. Il fallut par plusieurs fois affronter des effrits sur le chemin, mais les mercenaires parvinrent à atteindre le sol. A cet instant-là, Valerya marmonna quelque chose d’incompréhensible entre ses dents, que la magicienne Glish comprit comme une invitation à brûler l’échafaud. Il se trouva que ce n’était pas du tout ça, il fallait en réalité brûler les effrits vers une autre direction. Valerya s’excusa auprès de Glish et lui promit de faire d’avantage d’efforts pour articuler la prochaine fois. Un contretemps de rien du tout qui n’empêcha pas nos fiers mercenaires de retourner en ville pour réclamer leur prime, leur travail accompli avec talent. Ils s’éloignèrent de la tour en flamme sur leurs destriers, sous le soleil couchant… A moins que, non ça devait être en pleine journée. Voilà, l’une de mes premières missions ! »

    Tim et Roger applaudirent.

    « Tu peux me raconter l’aventure, celle où vous avez juré de ne plus jamais en parler ? Ça a l’air chouette ! » dit Tim

    « Oui. » surenchérit le golem d’une voix grave dont le ton n’exprimait pas l’enthousiasme réel de celui-ci.

    « Tu devrais demander à Miette ou à Valerya… Si je la raconte ça va se retourner contre moi. » la magicienne se redressa et épousseta sa robe. « Bien, je pense que nous n’aurons pas de client pour aujourd’hui. On rentre. Roger, je compte sur toi pour surveiller la boutique ! »

    Après que Tim eut dit au revoir au golem, Sawyier éteignit sa bougie et ferma la porte à clef. Le quartier général du Trillium fut plongé dans l’obscurité, à part la salle de réunion où deux yeux verts brillaient. Le gardien des lieux avait toute une nuit pour repenser à cette histoire et à rêvasser.

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    Poussière de roche en Ruines de Runes. 
     
    Immobile de silence, aussi mort que massif. Pachydermique cadavre caressé par le temps. 
     
    Rugueux ossements rongés de sable et de vent. Qui craint l’os endormi ? J’attends.

    - Le Crabe Carapatombe
    Interprétation de la Vivace pour les 14 jours de Lune Croissante :
    Valeurs : Patience. Résilience.
    Santé : Vous avez plus de vitalité que vous ne le pensez.
    Émotions :  Faites-vous une carapace. Vous en aurez besoin. 
    Activités : Vos tâches actuelles vous semblent particulièrement pesantes, mais vous aurez en fin de période la force de relever les défis.
    Devise : Menaces et conflits, surtout s’ils sont enterrés de longue date, pourraient se réveiller d’ici la Pleine Lune.
     

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    Je sens mes paupières lourdes, on dit que la nuit porte conseil mais me voilà maudite. Maudite par ma bêtise et mon entêtement. Je ne me sens plus moi-même et je regrette d'avoir un jour laissé des mortels lire en moi. Mon père est mort, ma mère a disparu, et j'ai bu une fiole entière de poison pour tuer cette petite vie qui grandissait en moi. Pourquoi l'ai-je fait ? Par égoïsme. Je compte bien repartir sur les routes et un enfant serait un énorme poids et je n'ai pas neuf mois à perdre à attendre qu'il soit pondu pour le faire adopter. Ma jument équipée, mon armure apprêtée, ma lame affûtée... j'ai quelques choses à faire. 

     

    ***

     

    2017-06-16_10328380.JPG

    Je n'arrive pas à m'endormir, j'ai beau essayer de fermer les yeux mais me voilà obsédée par l'idée de ma vengeance. Je n'ai besoin ni d'hommes, ni d'alliés. J'ai des serviteurs et ils sont là pour ça. Mon esprit est depuis un moment rongé par les remords et la haine. Le remord de ne pas avoir frappé quand j'en ai eu l'occasion. Son père a tué ma mère, j'ai tué son père. J'aurais ainsi sa tête... mon propre père ? J'ignore où il est. Tout comme mon demi-frère. Ma famille est décimée certes, mais pas assez à mon goût. J'aurais chaque tête de chaque personne, mais surtout celle de ma chère et tendre cousine. La mort lui irait si bien... ses anciens amis seraient soulagés autant que moi de la voir six pieds sous terre !

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    Septhis
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    « M’prends pas pour ‘xemple gamin… Profite ‘core d’ta jeunesse… Tan qu’on t’a pas ‘core volé ton ‘nnocence. »

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    J’crois bien qu’j’ai était t’quille durant presque huit ou neuf piges, aye. M’enfin, par rapport au reste d’ma vie, ces quelques ‘nnées là ont ‘taient pour moi l’moins pires faut dire.

    ‘près la mort d’ma daronne, on m’a r’filé à son frère Ahmed. L’seule personne qu’voulait bien d’moi faut croire. Au début ça ‘llait bien. Ahmed et sa femme ‘taient comme d’parents pour moi et Jasmine, leur p’tite gamine c’tait comme une sœur.

    Ahmed ‘tait un c’mmerçant sans grande ‘fluence à Valencia. Il gagnait d’quoi donner d’la croûte à s’famille et s’faire un peu p’sir, mais c’tait clair’ment pas un Nobliaud. C’que j’pigeais pas d’suite mais qui s’révélé êt’ clair plus tard c’que ce gars-là, il en avait rien à fout’ d’ma trogne.

    J’avais pas l’droit de m’ger avec eux à table, j’d’vais soit v’nir après le r’pas manger l’restes ou m’mette dans une pièce à part, si j’voulais pas manger froid. C’tait Jas’ qui m’apportait l’tout, j’oublierai jamais son s’rire à c’te gamine-là.

    Puis, pendant qu’eux ils sortaient, pour ‘ller à l’pêche ou faire un tour au m’ché, moi j’devais rester à la b’raque pour faire l’ménage, l’linge et toutes sorte d’conn’ries qu’on p’vait m’donner. Une vraie fée d’logis pour sûr, sauf qu’j’avais pas v’ment l’choix.

    Puis quand j’tais plus grand, Ahmed à c’mmencé à s’faire plus s’vère avec moi. Si j’avais l’malheur d’faire t’ber un truc, ou d’mal laver l’sol, j’me faisait rouster d’vant sa femme et sa fille. Sa donzelle s’marrait en m’voyant pleurer mais pas Jas’, naye. Elle, elle m’fixait l’air triste et d’pas savoir quoi faire. Et moi j’restais-là à ‘ttendre qu’ça s’tasse et ‘caissant l’mieux que j’pouvais en m’protégeant. Il frappait pas mal l’vieux con, hein ! Ca a c’mmencé d’abord par l’bottine, puis l’ceinturon et au f’nal c’taient d’vrais coups d’poings et d’pieds.

    Pour sûr, à ma m’nière j’lui rendais coups pour coups, bien que j’s’vais que j’allais m’faire rouster au f’nal. Jas’ me f’sait faire l’mur pour que j’puisse v’nir jouer avec les aut’ môme du quartier d’temps à aut’, l’temps qu’son vieux était au boulot. Mais comme à chaque fois j’r’trait avec d’croutes sur l’g’noux ou aut’ j’me faisais découvrir d’recte et là… PAF PAF PAF !! Torgnole sur torgnoles !!

    Puis un beau jour, j’sais plus trop c’mment, mais j’me r’vois là en train d’laver l’vaisselle d’vieux porc. Quand il est rentré, puant l’alcool avec sa mine d’macchabé pas frais. Il avait dû faire une m’vaise journée, ou perd’, comme pas mal d’fois, d’l’argent aux jeux. Sauf qu’ce jour-là, moi, en bon c’nnard d’p’miers jours j’ai v’lu l’titiller. J’aurai pas dû.

    J’ai fait en sort’ d’casser l’vase du s’lon, comme si j’m’étais pris l’pieds dans l’tapis d’merde. L’boucan qu’ça a fait, il s’est mis à hurler m’nom dans toutes la m’son, sauf qu’quand il m’a chopée l’vieux Ahmed… J’pensais f’nir m’jours sur c’même tapis là.

    En boule, habitué vous m’direz a ‘caisser l’coups, sauf qu’là, ça s’rrêtait plus. L’jambes, l’dos et même l’v’sage ! Il frappait, ‘core, ‘core et ‘core ! J’tendais sa greluche rire et l’courager puis Jas’ s’mise à pleurer… Fallait pas l’faire pleurer la Jas’ !

    J’me suis un peu d’battu et j’ai cogné l’bourse du vieux… L’sensation d’un vieux sachet d’thé à l’herb’ moisie sous m’pied. Héhé, mais ‘core une fois… M’vaise ‘dée.

    Il a r’prit d’plus belle et plus fort c’te fois. Même Jas’ p’vait pas l’rrêter.  P’tit à p’tit, j’me suis sentir partir. J’ai fermé l’yeux avec un sourire au v’sage puis j’ai vu l’visage de Jas’ pour la dernière fois d’ma misérab’ vie.

    Puis là ! Comme si l’dieux v’laient pas m’voir clamser car j’avais pas ‘ssez s’ffert comme ça. J’me suis r’veillé, ‘llongé l’long d’un caniveau dans une rue sombre. C’t’ait p’t’êt’ pas plus mal d’êt’ enfin à l’air lib’. Il m’a cru mort, j’pense bien l’vieux, mais m’en fallait d’jà plus pour y rester.

    J’ai voulu m’lever, mais imp’ssible ! J’avais l’jambe qui f’sais l’même tresse qu’un cordage d’brick. J’me suis ‘ppuyé sur l’bras et l’même, hop l’tronche à terre. J’vais tout d’brisé, même des os que j’pouvais pas sentir avant. Puis j’me suis simp’ment ‘llongé sur l’sol froid m’disant qu’un clebs allait bien m’terminer. Quand j’ai vu ‘pprocher d’bottines…

    J’ai ‘ssayé d’parler pensant qu’c’tait pour m’reprend’ la suite, mais ma bouche était grande ‘verte et seul l’gout d’sang pouvait s’faire sentir. L’salaud moi qu’était si joli p’tit ! Il m’vait complét’ment pété la m’choire !

    Ces même godiaux s’sont rapprochées d’moi. Puis j’ai ‘tendu un rire avant d’fermer ‘core une fois l’yeux. M’laissant ‘ller pour al d’nière fois.

    P’tain d’enfance !

  15. Troisième jour du mois de l'Éléphant, an 286.

    Il est près de quatre heures du matin et j'écris ces lignes à la hâte, j'vais quitter Calphéon. Ouais, j'en ai ma claque de rester entouré de noble aristocratique et de vieille grue de serf. En plus, Mescal refuse de me payer une nouvelle paire de talon. Ici c'est trop coûteux pour mon petit porte pièce. En plus, on commence à enquêter sur les corps que j'ai essayé de faire disparaître. Formidable.

    Il est près de huit heures, mon cheval me fait mal aux fesses. Très peu confortable comme moyen de transport. Enfin... C'est un cheval volé dans un haras, on s'en moque un peu. C'est gratuit. Oh? Que vois-je? Un village! Formidable. Que... Quoué? Quoi? Qu'est-ce? Keplan? Merde, je ne suis pas passé par le bon chemin.

    Il est près de dix heures et j'écris ces lignes avec ennuis, je me suis dupé toute seule. Keplan n'était pas du tout ma destination. Hélas, je suis fatiguée, je vais m'arrêter ici pour cette nuit. Que diable ! Pas de taverne? C'est quoi ce village en piteux état? Même pas de grange avec du foin pour sommeiller... Formidable.

    Il est près de quinze heures et je viens de me réveiller. Je loge dans une chambre dans une auberge à prix bas, il y a vraiment que le strict minimum. J'ai une envie irrésistible de tuer la femme qui hurle de plaisir dans la chambre à côté. Ah oui, c'est un bordel, pas une auberge. Formidable. 

    Il est près de huit heures et je suis gênée. Une femme est entrée dans ma chambre sans vêtement. J'ai failli la tuer. Elle est partie en courant. 

    Il est près de minuits et je termine cette page de mon journal. Une journée assez mouvementée pour mon pauvre cerveau. Même ma lame ne savait pas ou se planter. Tristesse... Frustration... Tristesse... Frustration... Formidable. J'ai faim, pas d'argent, pas de comble. J'ai faim. Que faire? Dormir. Oui, dormir ... (...) Arrête de gémir, catin !

     

  16.  

       Celui qui sait raconter de belles histoires ne doit pas les cacher quand on se trouve entre bonnes gens; au contraire, il doit les révéler, les meilleurs et les plus frappantes, surtout quand il voit que l'auditoire est bien assis et que chacun lui prête attention car, à la fin, tout le monde sera content. Donc taisez-vous et écoutez-moi. Puisque vous attendez que je vous raconte une bonne histoire, je ne vais pas vous en priver.

       Je vous parlerai de deux coquins dont l'un s'appelait Thibaut et l'autre Régnier. Jamais le premier ne gagna un seul denier sans le reperdre aux dés et son compagnon ne voulut jamais faire autre chose. Les deux compagnons étaient de la même trempe car s'ils n'avaient eu qu'un petit pain, ils l'auraient vendu à un Serendien ou un Médien rencontré en chemin pour en jouer le produit plutôt que de le manger. Maintenant je vais vous parler d'eux.

       Un jour, ils marchaient tous les deux sur le grand chemin; Thibaut s'adressa à Régnier et lui dit:

    "Sais-tu compagnon, qu'hier soir, j'ai bien plumé Briset, le frère de CHapel ? Il ne lui est pas resté le moindre vêtement: il a perdu jusqu'à ses braies!

    -Je l'ignorais, par saint Péjon de Calphéon !

    -Et pourtant il a plus d'un tour dans son sac, plus que n'importe quel coquin que j'aie jamais rencontré!

    -Et comment as-tu fait pour le tromper ? fait Régnier; il est si méfiant !

    -J'ai un jeu de dés mal marqués dont toutes les faces font ou deux ou trois. Je les ai rapportés l'autre jour d'Heidel et c'est avec eux que j'ai vidé les poches de mon ribaud !

    -Mais il ne faut pas jouer avec quand ils sont ainsi faits, répliqua Régnier.

    -Certes non, mais ils m'ont apporté plus d'argent que n'en auront jamais tous mes parents car, en me voyant pauvre, avec une mauvais mine et peu de vêtements, ils ne se soucient pas de faire de tels coups et ne le souhaitent même pas! "

       Comme ils cheminaient en discutant ainsi l'un l'autre, ils rencontrèrent un chapelain qui venait à l'amble sur un palefroi bai. Il semblait en bonne santé et heureux de vivre. Avant même qu'il ait eu le temps de les saluer, ils l'ont mis au défi de jouer aux dés car ils n'ont que cette idée en tête.

    "Je gagnerai bien peu à jouer avec vous car j'ai idée qu'à vous deux vous n'avez pas même en poche dix malheureux deniers calphéens !

    -Vous parlez sans savoir ce que nous pouvons avoir en poche, répond Régnier. Nous avons plus de deniers en poche que tel qui mène grand train. Nous les avons gagnés à maçonner des murs en torchis pendant toute une semaine. J'en suis encore éreinté. Et nous les avons soigneusement mis de côté."

       Le prêtre les regarda et vis leurs chemises en lambeaux qu'ils avaient noués en maints endroits devant, derrière et sur le côtés. On leur voyait la peau de partout car il y avait peu de tissu intact. Alors il pensa que, sans mentir, c'étaient des deniers qu'ils avaient serrés dans les nœuds de leurs haillons. Il se dit sans trop se fatiguer, il pourra gagner une bonne somme à ces deux fanfarons qui ont tant de deniers qu'ils ne savent où les cacher. Il s'adressa alors à Régnier:

    "Je vais jouer avec toi, fait-il, puisque tu me l'as demandé. Cherchons un endroit où nous installer."

    Le prêtre met pied à terre et laisse paître son cheval. Ils regardent aux alentours et trouvent une petite butte de terre qui leur convient. Thibaut, qui est impatient de jouer, s'y installe le premier et sort ses dés avant son argent car il a envie de mener le jeu.

    "Combien voulez-vous miser, sire ? Une maille ?

    -Certe, fait le prêtre, je n'ai jamais été très hardi, mais jouons au moins des deniers calphéens.

    -Soit! Marchons pour les deniers calphéens. Voici les dés. Gagne qui pourra et à la grâce de Dieu! réplique Thibaut en jetant les dés. En tout j'ai dix !

    -Puissiez-vous réaliser cette chance de dix au premier coup! fait Régnier au prêtre. Que Dieu vous aide !

    -Faite-moi donc voir votre mise, avant que je jette les dés" fait le prêtre.

    Thibaut, qui était retors, porta la main à son argent: il défit un nœud de sa chemise et en retira cinq deniers heideliens, trois deniers calphéens et deux deniers olviens. C'était tout ce que son compagnon et lui avaient en poche. Mais ils ne songeaient qu'à jouer et ils les posèrent gaiement sur le tapis.

    "Jouez sans arrière-pensée et ne faites pas le soupçonneux: j'ai encore sur moi une dizaine de nœuds dont pas un denier n'a été ôté."

    Et il se pencha de nouveau sur le jeu. Le chapelain crut fermement que tous les nœuds étaient pleins de deniers comme l'était celui-ci.

    "Et voilà ma mise, fait-il. Puisse Dieu me permettre de gagner!

    -Douze, fait Thibaut. Je mise deux deniers: je n'ai pas intérêt à trop mettre en jeu sur ce coup-là ! (En aparté): Je vais piper le premier coup !

    -Et moi, sept ! Voyez comme j'ai de la chance ! J'ai l'impression que Dieu me donne la pire qu'on puisse avoir !

    -C'est un coup de malchance, fait Thibaut d'un air faussement navré. (Il joue son tour.) Regardez: douze ! Vous avez perdu ! Vous devez quatre deniers. (Il rejoue) Et hasart !

    -Va ! fait le prêtre, puisses-tu être maudit ! N'oublie pas de secouer les dés la prochaine fois !

    -Volontiers, sire. Je n'en savais rien car je n'ai jamais appris les règles! "

    Il ramasse les dés avant même de prendre l'argent, fait mine de les secouer et leur substitue les dés truqués qu'il tend au prêtre. La fièvre du jeu reprend le dessus.

    "Hasart ! Par Dieu, fait Thibaut, j'ai six !

    -Va à Hadum, tu as posé les dés et je ne te paierai pas. Je crois que tu m'as grugé avec des dés pipés.

    -Pas du tout, sire, je le jure sur les saintes écritures ! "

    Thibaut lui en montre d'autres; le chapelain les regarde et les trouve bien normaux.

    "Par le cul de Dieu, fait-il, c'est vrai ! J'ai perdu, c'est sûr ! Maintenant j'ai perdu tout ce que j'avais; il ne me reste plus un sou. Et je venais juste de ramasser les troncs ! Et je n'ai rien pour me refaire si je ne joue pas mon cheval. Mais certes, je le jouerai plutôt que de ne pas récupérer mon avoir; Allez, jette les dés, et allons-y pour douze deniers !"

       Et celui qui était expert en l'art de tricher releva le défi sans se dérober. Que vous dirais-je de plus ? La fièvre du jeu avait si bien saisi le prêtre qu'il mit tout ce qu'il possédait sur le tapis et son filou de partenaire s'y prit si bien qu'il gagna cent sous sur le cheval.

    "Ho ! dit Régnier, ça suffit: vous l'avez perdu ! 

    -Ribaud, vous mentez, fait le prêtre, il vaut sept livres !

    -Que Dieu m'en soit témoin, dit alors Thibaut, vous allez être obligé de vous séparer !"

       Le prêtre se leva d'un bons, blanc de colère, pour attraper son cheval et leur répliqua qu'ils ne l'emmèneraient pas. C'est alors la bagarre. Tous les trois, ils se précipitent sur le cheval.

    "Halte-là ! s'écrie Régnier, vous ne monterez pas dessus !" Ils bousculent le prêtre, le font tomber à terre et le rouent de coups de poing et de coups de pied à tel point q'ils l'ont à moitié assommé, puis ils se saisissent du cheval. Mais peu s'en faut qu'ils ne se battent pour savoir qui montera le premier. Ils l'ont tellement tiré par la bride qu'ils ont bien étiré celle-ci de sept pouces !

    "Certes, fait Thibaut, espèce de sale crapaud, c'est moi qui monterai le premier !"

    Mais Régnier se défend vigoureusement et lui dit que s'il peut l'en empêcher, ce ne sera pas le cas.

    "Puisqu'il en est ainsi, il nous faut joueur aux dés pour savoir lequel montera le premier. Vas-y commence.

    -Et toi, compte, fait Thibaut. Je crois que j'ai neuf.

    -Et moi je n'ai en tout et pour tout que huit, fait Régnier. Que Kzarka se saisisse de ces dés !"

       Alors, sans plus attendre, Thibaut bondit et enfourche le cheval. mais les étriers étaient trop courts pour lui car il avait de longues jambes plus noires qu'un tuyau de poêle. Il avait les pieds plats et démesurés. Il était grand, maigre et chétif, et vêtu de haillons. Le bonnet qu'il portait était si gras qu'il ressemblait plus à du cuir qu'à de la toile. De la cuisse à l'orteil, il n'avait plus le moindre lambeau de vêtement, je peux vous l'assurer, et pas plus du coude jusqu'au poing. Il aurait fait un beau mercenaire pour aller à la guerre ! Il frappe le cheval des talons qu'il avait durs et osseux, tant et si bien qu'il le fait marcher à l'amble. Mais ribaud manque de perdre l'équilibre et chancelle car jamais il n'avait chevauché, excepté peut-être en maison close, mais ce n'était pas sur la même bête ! Et le cheval vint se bloquer au bord du fossé avec une telle ruade qu'il envoya le ribaud voler à terre avec une telle violence que celui-ci manqua de se tuer. Mais il fit ce qu'il put pour amortir sa chute: il s'accrocha si fort à la selle qu'il en fit rompre les sangles et il se retint si fermement aux rênes qu'il arracha le mors de la bouche du cheval avant de s'affaler dans le fossé.

    "Dieu me préserve de jamais monter une telle rosse, fit Régnier, car elle m'aurait vite brisé une cuisse ou même la tête ! Puissé-je n'avoir jamais de bonnes surprises si je tente seulement d'y monter aujourd'hui !"

    Ils s'approchent tous les deux du cheval et tentent de lui remettre le mors mais ils ne peuvent y réussir car ils ont peur qu'il ne les morde ou qu'il ne les renverse d'une ruade. Ils reviennent trouver le chapelain qui a eu une bien dure journée. Ils le voient morne et abattu.

    "Levez-vous, lui ordonne Thibaut, et mettez-lui ce mors ou le dos vous en cuira !"

    Quand le chapelain les vit dans cet état, il eut grand-peur car il n'était en mesure de leur tenir tête.

    "Seigneurs, leur dit-il, sait bien cacher sa fourberie. Il a un tel caractère qu'il ne se laisse faire par personne. Si l'on ne monte pas sur lui, il est impossible de lui passer le mors entre les dents.

    -Alors, dit Régnier, montez dessus puisqu'on ne peut faire autrement pour le lui remettre. Quant à moi, Dieu et les saints m'en soient témoins, je ne tenterai pas de le monter !"

    Le prêtre monte en selle, passe le mors au cheval et pique des éperons en leur criant:

    "Adieu, seigneurs, je m'en vais. Ce cheval ne tombera pas entre vos mains aujourd'hui, car on le lui aurait vite vu les côtes si vous en aviez été les maîtres. Vous l'auriez plus souvent nourri de coups que d'avoine, car il aurait été rétif !"

       Alors il pique des deux et les laisse là bien trompés. Il les a bien eus! Grâce à sa ruse et à son astuce, il a pu récupérer son cheval et l'emmener. Ainsi peut-on voir qu'il est parfois utile d'apprendre à ruser et à tromper: maints hommes en ont eu souvent besoin.

     

     

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    Neith
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    Une par une, elle entremêlait les tiges des pivoines dans sa ceinture de cuir tressé. Constituant ainsi une longue enfilade de fleur. Estimant la longueur correcte, elle noua la ceinture autour de son front, obtenant ainsi une couronne de fleur solidement arrimée. Le regard malicieux, elle décocha un tendre sourire au doux prince assis à ses cotés et qui lui adressait des regards mêlant passion et dévotion.
    Mon tendre...
    Se penchant vers lui, faisant par ce geste glisser la lanière de sa fine tunique translucide, elle offrit ses lèvres au beau blond qui l'embrassa. 
    Le baiser se révéla tel qu'il devait être, doux, mou et humide. Les lèvres tremblant sous la vibration du ronflement qui s'en échappait.

    ...

    Un ronflement? L'elfe regarda le blond en face d'elle. Un ronflement de plus en plus sonore s'extirpait de ses lèvres.

     

    Elle se réveilla dans le grabat ou elle avait finit sa soirée, un sac à vin, utile en son heure, ronflant à ses côtés.
    Repoussant le bras en travers de son ventre, elle se leva et sans un bruit se rhabilla, ne perdant pas son temps en au revoir inutiles, elle ignorait même son nom.
    Quel rêve à l'con. Gerbant !

    L'air vif de l'aube finit de la réveiller, elle acheta un petit pain à un vendeur ambulant et se dirigea vers les quais.
    Elle possédait enfin sa propre barque. Pas de quoi naviguer en haute mer, mais pour faire du cabotage c'est bien suffisant. 
    La journée s'annonçait belle