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  • Anderhole Amerton

    Introduction et Prologue

    Par Anderhole Amerton

    Au sérénissime prince Kirseh Shoore qui chercha à apprendre l'art des armes, l'art de combattre à la barrière, de lance, hache, épée et dagues, des mains et des bras, à pied et à cheval, en armes et sans armures. Il cherchait aussi à connaître la trempe du fer et les charmes de chacune des armes, tant pour défendre que pour attaquer, et surtout les choses du combat à outrance. Mais également d'autres choses merveilleuses et secrètes, lesquelles sont connues de peu d'hommes d'armes dans ce monde. Et ces choses sont vraies, et de très grande offense et de grande défense, pour celui capable de les comprendre. Des choses infaillibles, si enseignées à l'âme d'un combattant libre.

    Et ledit seigneur appris lesdites choses de moult maîtres en bien des provinces et cités, avec énormément d'effort et à grand prix. Mais ces maîtres toujours portèrent l'écusson de la Chèvre Noire, car à la cour de grands seigneurs, princes, ducs, marquis et comtes, aucun chevaliers et écuyers ne pouvaient percer leurs flancs. Ces maîtres fantômes seront innomés mais non pas oubliés par leurs compagnons. Ce livre suivra une structure classique qui fera en sorte qu'un élève ne manque rien en l'art que je cède. Nous commencerons à la lutte, laquelle se donne pour deux raisons qui sont la récréation et la colère, c'est-à-dire pour la vie, avec toute l'astuce, le mensonge et la cruauté possible. Et je veux parler et démontrer par la raison celles qui se fait pour la vie et principalement en obtenant les prises comme l'usage lorsque l'on combat pour la vie.
    L'homme qui veut lutter veut être avisé de celui contre qui il va lutter ; si son adversaire est plus fort, si il plus grand de stature, si il est trop jeune ou trop vieux. L'apparence, la posture et la garde, donnent les clefs aux prises et permet toujours la défense des prises par leurs contraires.
    Et si ton ennemi est sans armure, sois attentif à frapper aux endroits les plus douloureux et les plus dangereux à savoir dans ses yeux, dans le nez, dans le faible sous le menton ainsi que dans les flancs. Et ne te garde pas si tu peux venir aux prises ou aux clefs, soit en armes, soit désarmé, de faire l'un et l'autre.
    La lutte demande huit choses qui sont la force, la rapidité ainsi que le savoir des prises avantageuses, savoir faire des fractures, c'est à dire rompre les bras ou les jambes ; connaître les clefs, c'est à dire lier les bras de manière que l'homme n'aie plus de défense ni ne puisse se libérer ; savoir frapper aux endroits les plus dangereux. Également savoir mettre quelqu'un à terre sans danger pour soi-même,  également de savoir disloquer les bras et les jambes de diverses façons. Lesquelles choses sont toutes écrites et possiblement dépeintes dans ce livre, pas à pas, comme le veut l'art.

    Nous avons dit ce que requiert la lutte, nous parlerons maintenant des gardes de la lutte. Les gardes de la lutte peuvent se faire de diverses façons, et une façon est meilleure qu'une autre. Mes quatre gardes sont les meilleures, en armes et sans armes, sans excuses, car les gardes ne sont pas stables dès que les prises se font.
    Les quatre premières représentations de maître que vous voyez - ceux couronnés - montreront les gardes de la lutte, à savoir la Posture Longue et la Dent du Sanglier, lesquelles sont faites l'une contre l'autre, de la même façon que l'on peut faire la Porte de Fer et la Posture Frontale l'une contre l'autre. Ces quatre gardes peuvent faire toute les choses susdites, de la lutte en armes et sans armes, qui sont les prises, les clefs, les fractures, etc. J’ai besoin de faire en sorte que les gardes soient connues des Maitres joueurs, et les élèves des joueurs, et les joueurs des Maitres, et le remède du contre bien que toujours le contre est placé après le remède de telle façon « le remède » est après ou après tous ces jeux et de cela ce sera claire. Nous disons que connaître les gardes ou les postures est une chose facile, d’abord les gardes ont leurs armes en main l’une contre l’autre et ne se touchent pas l’une l’autre. Et elles restent attentives et fermes l’une contre l’autre pour voir ce que le compagnon veut faire. Et celles-là sont appelées postures ou gardes ou premier maitre de combat. Et ceux-là portent une couronne sur la tête parce qu’ils sont positionnés en place et de façon à faire une bonne défense, avec elles on attend ainsi. Et je suis le principe de cet art, qui est de cet art de l’arme avec laquelle les dits maitres sont en garde. Et beaucoup est à dire des postures et des gardes. Et la garde veut dire que l’homme se met en garde, et se défend avec celle-ci, des frappes de son ennemi. Et tant est à dire de la posture qui est la façon d’approcher son ennemi pour l’attaquer sans danger pour sa personne. L’autre maitre qui suit ces quatre gardes vient à la suite des gardes et se défend d’un autre joueur avec les coups qui sont donnés depuis les quatre gardes. Et ce maitre porte également une couronne, et il s’appelle second Maitre. Il s’appelle également Maitre remède parce qu’il fait le remède qui le protège des coups ou bien qui fait qu’il ne sera pas blessé dans cet art qui sont les dites postures ou bien gardes. Et ce second maitre, c’est à dire le remède, a certains joueurs sous lui, lesquels joueurs font les jeux que pourrait faire le Maitre qui est avant, c’est à dire le remède pour prendre cette couverture ou alors les prises que fait ledit remède. Et ces joueurs portent une jarretière sous le genou. Et ces joueurs font tous les jeux du remède jusqu’à ce que se trouve un autre Maître qui contrera le remède et tous ses joueurs. Et donc celui qui fait le contre du remède et contre ses joueurs porte la tenue du Maitre remède et de ses joueurs c’est à dire la couronne à la tête et la jarretière sous le genou. Et ce Roi est appelé Maitre troisième et on l’appelle contraire parce qu’il est contre les autres Maitres et contre ses jeux. Je dis encore qu’à certains endroits dans l’art se trouve le quatrième Maitre c’est à dire le Roi qui contre le troisième Roi, c’est à dire le contraire du remède. Et ce Roi est le quatrième Maitre que l’on appelle quatrième maitre. Et on l’appel Contre-Contraire. Bien que peu de jeu passent le troisième Maitre dans l’art. Et si plus se fait se fera avec danger. J’ai assez dit sur cela. De la même façon dont nous avons parlé ici avant des gardes de la lutte et du second Maitre, c’est à dire du remède, et de ses joueurs, et du troisième Maitre contraire au second Maitre et à ses joueurs, et du quatrième Maitre qu’on appelle contre contraire, ainsi on a ces Maitres et joueurs qui reviennent pour l’art de la lance avec les lances et leurs gardes, Maitres, et joueurs. Je commencerai à traiter d'abord de la lutte, ou abrazare, ensuite de la lance et de l'épée ainsi que la lutte à cheval. Puis, derrière, de la lance, épée et lutte à pied et en armure. Puis, de l'épée à deux mains, le jeu large, puis l'étroit, puis le jeu de la hache, puis certaines parties, puis de l'épée à une main, puis du jeu de la lutte et ensuite du jeu de la dague. Et de cette manière, tu pourras voir tout l'art des armes en ce livre, qui ne peut jamais faillir, tant la glose est bien dite au dessus des figures dépeintes. Maintenant occupons-nous aux figures dessinés et à leurs jeux et à leur texte, lesquels nous montreront la vérité.
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  • Néron

    Les Putains et les jongleurs

    Par Néron

    Lorsque Dieu eut créé le monde tel qu'on peut le voir à la ronde, avec tout ce qu'il mit dedans, il fonda trois classes de gens: les nobles, les clercs, les vilains. Les chevaliers eurent les terres; quand aux clercs, il leur octroya le fruit des dîmes et des quêtes; le travail fut le lot des autres. La chose faite, il s'en alla.    Sur son chemin il aperçoit une bande de chenapans: des ribaudes et des jongleurs. Il ne va pas loin, ils l'accostent et se mettent tous à crier: " Restez là, sire, parlez-nous. Ne partez pas; où allez-vous ? Nous n'avons rien eu en partage quand vous avez doté les autres." Notre-Seigneur les regarda et, les entendant, demanda à un saint qui le suivait quels pouvait être ces gens-là. " Ce sont des gens faits par mégarde, que vous avez créés comme ceux qui ont foi en vous. S'ils vous hèlent, c'est qu'ils voudraient avoir leur part à vos largesses." Notre-Seigneur, au même instant et sans faire d'autre réponse, vint aux chevaliers et leur dit: " A vous qui possédez les terres je baille et donne les jongleurs. Vous devez en prendre grand soin et les retenir près de vous. Ne les laissez manquer de rien; accédez à tous leurs désirs. Tenez bien compte de mes ordres. A vous maintenant, seigneurs clercs, je donne à garder les putains." Depuis, les clercs se gardent bien de désobéir au Seigneur: ils n'ont d'yeux que pour les ribaudes et les traitent du mieux qu'ils peuvent.    Comme ce fabliau le montre, si vous l'avez bien entendu, les chevaliers vont à leur perte quand ils méprisent les jongleurs, leur refusent le nécessaire et les laissent aller pieds nus. Les putains ont chaudes pelisses, doubles manteaux, doubles surcots; les jongleurs ne reçoivent guère tels cadeaux des chevaliers. Ils ont beau savoir bien parler; ils n'ont droit qu'à vieille nippes; on leur jette comme à des chiens quelques bouchées des bons morceaux. Mais en revanche les putains changent de robes tous les jours; elles couchent avec les clercs qui subviennent à leur besoins. Ainsi les clercs font leur salut. Quand aux chevaliers, ce sont des pingres qui ne donnent rien aux jongleurs, oubliant les ordres de Dieu. Les clercs en usent autrement, pour les putains ont la main large et se plient à tous leurs caprices. Pour elles, voyez-les à l'oeuvre: ils dépensent leur patrimoine et les richesses de l'Eglise; en leurs mains est bien employé l'argent des rentes et des dîmes.     Donc, si mon fabliau dit vrai, Dieu veut que les clercs soirent sauvés, que les chevaliers soient damnés.    
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    Billets récents

    Aunrae
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    Le 2 Berserker 287

    Ce jour je prends la route vers Heidel. Cela fait à présent plusieurs jours que je cherche dans tous les livres et documents que je trouve. Rien ne semble parler de cela. Pour finir, je me suis repliée dans la méditation durant des jours. Implorant le seigneur de me guider sur la bonne voies. JE me suis éveillée ce matin, l'esprit clair et une crainte tenaillant mon cœur. J'ai probablement mis la vies de personnes en danger par un excès de Zèle, persuadée d’être dans la vérité, alors que j’étais dans l'erreur. Nous pourrions qualifier cela de déviances, mais pas d’hérésie. Rien dans les textes divins que j'ai parcouru ne semblent en parler. Ainsi donc, cela n'est que la conception erroné d'un esprit obscure et mortel, fermé a la lumière d'Elion au point de remettre en question la volonté de notre père tout puissant, car après tout, n'est-ce pas lui qui décide de notre destinée en nous guidant à chaque instant de notre vie ? Si l'amour, quel-qu’il soit, est une Hérésie, alors le monde devrait brûler.

     

    Si ce que j'ai rapporté venait a tomber entre les mains de Fanatiques. Pire ! Des Fanatique Obscurantiste, il se pourrait que je me retrouve indirectement avec du sang sur les mains. Je me dois d'allez au plus vite clore cette affaires. Quelque soit ce que je trouverai, je dois impérativement garder a l'esprit que seul la lumière d'Elion me permettra de voir la vérité. Dussé-je offrir ma vie pour les protéger de la sottise que j'ai engendrée. 

    Elion, puisse-t-il guider mes pas.

     

    Valkyrie

    Venastra Artemis

  1. La Vie au Domaine.

    Ceresayaria
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    Par Ceresayaria,

    Hiver 288.

    Pied-Boueux, gobelin au service du Haras Mirabela est chargé de nettoyer les stalles et aide à l'entretien des infrastructures, il fut pendant longtemps, au service de Monsieur Severro Loggia, son ancien employeur, qui a précédé la propriété de la ferme.

    Il fait un froid de canard dehors, le temps se gâte et seuls les plus courageux sont de sorties pour aider dans les vignes. Pied-Boueux n'y connaît rien à la vigne mais d'après les Humains connaisseurs, ça se prépare tout au long de l'année pour que le fruit délivre le meilleur de ses nectars. Le problème c'est le temps. Il faut qu'il fasse soleil. Et ça,  ça arrange le gobelin aux oreilles de chauve-souris quand il fait soleil, il n'a pas à frotter sans arrêt ses pieds dégoutants de boue. Mais l'hiver...il pleut, il neige...et voilà qu'il est tout crotté.

    Et aujourd'hui, pour compléter ce froid glacial, il a neigé durant toute la nuit, laissant une couche monstrueuse devant la porte que lorsqu'il l'a ouverte, le monticule de neige l'a enseveli sur le perron. A noté que le malheureux gobelin ne mesure qu'un mètre vingt. Seule sa tête dépassait du manteau blanc envahissant.

    Lio qui a eut la riche idée de se confectionner des grands chaussons à l'aide de filet de pêche et de planches de bois marchait en canard dans la cour couverte de neige. Il avait l'air ridicule...mais avec classe. Lui ne s'enfonçait pas bêtement dans la poudreuse malgré sa petite taille de loutre.

    "T'as besoin d'aide ?" s'écria Lio depuis le puits.

    "Non....", ronchonnait le gobelin.

    "Couic ! Je vais aider Bertrand et Sarah à déblayer la cour, c'est fou ce qui est tombé cette nuit !"

    Pied-Boueux ne répondit pas, il en avait marre de l'hiver. La saison la plus dégoutante de l'année. Il détestait la neige, la pluie... le crottin...tout ce qui pouvait le rendre sale. A force notre gobelin développait une forme hypocondrie de la saleté.

     

    Un peu plus tard dans l'après-midi, quand la cour était enfin débarrassée de la neige, les employés pouvaient enfin circuler sans difficulté, surtout Lio...qui pouvait ranger son équipement ridicule mais pratique.

    Mais ce que craignait Pied-Boueux arriva. A l'instar que la neige avait enfin disparu, elle laissa derrière elle un souvenir inoubliable d'horreur pour le gobelin. La cour était un marécage. Des flaques d'eau grises et noires ici et là ! Les trois poils de cheveux qui lui restaient sur la tête s'hérissèrent lorsque le gobelin tira sur ses oreilles de chauve-souris vers le bas, dépité. Une promesse d'un nettoyage très....long.

    Plusieurs heures passèrent, la cour devenait enfin impeccable. Tout est relatif entre les yeux d'un gobelin atteint d'hypocondrie de l'hygiène et un humain ...normal. Pied-Boueux put passer à l'infrastructure principale du Domaine. Là où la nouvelle employée Mademoiselle Aquilla vendait le vin, secondée de Crâne-Bleu. Ce sobriquet lui allait comme un gant selon Pied-Boueux. Il n'a jamais vu d'humain avec des cheveux bleus.

    La porte s'ouvrit sur la petite stature du gobelin, transportant serpillère et seau. Profitant de l'absence de Mlle Aquilla, le gobelin entreprit de nettoyer le sol carrelé poussant la serpillère devant lui, lui marchant derrière...de ses pieds crottés. Au bout de plusieurs minutes, il essuya la sueur sur son front et admira son travail avant de jurer et pester ! Cet idiot avait oublié de se laver les pieds et surtout, il aurait du nettoyer en reculant afin de nettoyer ses empreintes de pieds dégoutantes, laissée un peu partout dans le magasin. Il reprit sa serpillère, la trempa dans le seau pour l'esserer et recommença. Cette fois...il pouvait enfin rentrer. Son travail était terminé. Il sourit. Le patron pourra être content.

    Lorsqu'il reprit son seau et son balai enroulé d'un torchon (serpillère), il put se diriger vers la sortie. Le comble du sort...lorsqu'il saisit la poignée pour se rendre dehors...une pluie fine venait de tomber, se métamorphosant en un gros déluge... Les oreilles du gobelin chavirèrent d'une profonde tristesse...

    Demain...serait un jour très très long.

     

     

  2. Cendrelune
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    Elle contemplait son visage dans le miroir, sans vraiment se voir au demeurant, ayant du mal à reconnaître ce regard dur, ce pli amer qui barrait sa bouche et ses traits anguleux dessinés par un visage amaigri. Elle aimait le calme qui régnait dans la yourte, là, à l'abri du monde. A quelques mètres, dans l'espace qu'il s'était aménagé, Shidean vaquait à ses occupations, sans doute penché sur une carte en train de faire de savants calculs auquel elle ne comprenait rien.

    Tout s’était effondré. D’un seul coup, le barrage qu’elle avait tant bien que mal érigé ces derniers mois avait cédé, vaincu enfin par les coups de boutoir que les événements successifs avaient donnés. Tout s’était mis à tournoyer et elle n’avait eu que la force de tout abandonner pour venir se réfugier ici, dans le décor familier de son refuge.

    Elle avait fui, lâchement sans doute, mais surtout pour se préserver, pour se reconstruire et prendre le temps d’accepter certaines choses. L’elfe n’avait plus la volonté nécessaire, ni la force de vie pour pouvoir mener de front sa vie d’aventurière, de mercenaire, de Lame Sombre et de traqueuse de la Gardienne.

    A Shakatu, tout était soudainement redevenu plus simple, plus tranquille. La guerrière travaillait parfois pour ramasser l’anis étoilé dans les fermes voisines afin d’oeuvrer pour sa petite affaire commerciale. De temps en temps, elle assurait le transport des marchandises à Altinova où elle en profitait pour se ravitailler et venir aux nouvelles. On la sollicitait de plus en plus pour soigner et apaiser les petits bobos de la communauté de Shakatu et c’est presque avec affection que ses habitants parlaient désormais de “la yourte de la sorcière elfe”.

    Une vie simple dans lequel son corps en souffrance et son esprit en éruption avaient pu doucement ralentir le rythme jusqu’à trouver une relative et fragile sérénité. La Vedir avait frôlé un territoire dangereux et interdit et il faudrait qu’elle apprenne à vivre avec cela. Elle savait que ses amis lui en voudraient de cette défection mais elle s’était volontairement mise à l’abri pour ne pas les exposer, eux. Elle était le Bouclier encore et toujours quitte parfois à parer les coups de ceux qu'elle aimait le plus également.

    La fuite avait semblé l'ultime recours, et étrangement, cette brusque disparition avait été bénéfique. Même si la nuit d’étranges rêves la faisaient s’assoir dans le lit, sa peau recouverte d’une sueur glacée, les tempes bourdonnantes avec encore le souvenir des grands yeux bleu azurs d’une elfe leucique.

    Peu à peu, la réalité la rattrapait, se faisant plus présente. Tôt ou tard, il lui faudrait de nouveau affronter ses démons. Quand au marché d’Altinova, elle entendit le récit de compagnons mercenaires parlant de phénomènes étranges s’étant produit dans une abbaye désaffectée au sud de Calphéon, elle sut qu’elle allait devoir reprendre du service.

    Elle se mit aussitôt en route, la peur au ventre. Avec Llianne à Calphéon, elle ne pouvait pas se permettre que le Chevalier Noir reparte sur la sente de sa folie. Il lui fallait savoir s’il était responsable du massacre et le cas échéant préserver la Ganelle de son influence et l’arrêter coûte que coûte...

  3. Ceresayaria
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    Un carnet ficelé de plusieurs pages écrites d'une main manuscrite. Quelques vers ici et là... composant un poème, un chant... sans une once de prétention. Parfois une auto-composition...ou le souvenir d'un patrimoine enfoui dans le cœur de l'auteur.

    Pour seule phrase d'en-tête et sans aucun autre commentaire, ces quelques mots inspirent un état d'esprit.

    "La musique est chère à mes yeux, elle est la parole la plus profonde de l'âme, le cri sans appel et harmonieux de la joie et de la douleur."

     

     

    Le chant de l'Hiver

     

    La nuit de l'Hiver, calme et paix

    Tout est paisible, tout est lumineux.

    Flammes et bougies allumées.

    Cloches lointaines sonnent.

     

    Retentissez, chantez

    Chants d'espoir dans un doux air

    Adoucissement de l'aiguillon de ce calvaire

    Pour un moment, rangez les braises et les cendrées.

     

    Verres colorés de teintes rosées.

    Ne pleurez pas pour les jours qui ont passé

    Séparez le présent de l'antécédent

    Sur l'horizon, la Lumière éclaire le sentier.

    Avec l'Aube du Soleil

    La Nature nous bénit de ses souhaits.

     

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    Année après année

     

    L'étrange coutume de l'Hiver à Calpheon

    Je revisite à nouveau cette tradition

    Bien étrange mais dont mes yeux s'en nourrissent

    Avec étonnement encore et délice.

     

    La merveille emplit l'air

    Paix et bienveillance planent

    Présence révélée

    Tout le monde scintille et brille

    Lumière Sainte de l'amour

    Sortie de l'Intérieur

     

    Griefs du passé

    Rêves fissurés

    Ne jamais regarder en arrière

    Laissez votre cœur ressentir le divin.

     

    La Vie entière doublée de Lumière

    Laissez votre désir, soulevez et respirez

    La présence d'une âme angélique nous bénie.

    Remplissez-nous de bienveillance pour notre prochain.

  4. Heidel..

     

     

     

    Les premiers rayons du soleil commencent à éclairer le plafond par le trous des volets. J'entends dans la rue en bas la ville qui s'anime, le bruit des sabots des chevaux sur les pavés, les gens qui se saluent, qui s'engueulent. A mes côtés Aithe roupille comme une chatte près du feu. J'entends son souffle régulier et lent qui me fait penser à un ronronnement et je ne peux m'empêcher de sourire. Malgré moi je m'extirpe avec la souplesse d'un acrobate du lit pour ne pas la réveiller, Aithe au réveil c'est Kutum avec la gueule de bois tu vois, vaut mieux pas la faire chier. J'regarde la rue par la fenêtre, tout en me servant une lampée de rhum qui traine de la veille. Faut pas déconner avec ses médicaments, faut pas sauter de prises. J'sais que si j'en avale pas tôt ou tard une bonne lampée j'vais dérouiller. Pis au moins ça règle le soucis de la bonne vieille haleine matinale hin. Enfin c'est c'que je me dis pour me rassurer et dédramatiser. C'que les mensonges peuvent être traitres quand ils sont doux comme des bonbons...

    Tout le monde ment, sans exception. Et moi le premier bien entendu, d'ailleurs le mec qui se ment à lui même mériterait le titre de prince des menteurs. Si j'en suis cette logique j'ai assis ma dynastie dans la royauté pour un moment vu comment je parviens à me voiler la face depuis tout ce temps. Mais là, à ce jour, je m'en cogne royalement. Tout le monde ment, l'honnêteté, la sincérité sont des choses rares voir disparues, et quand on les croise, ça finit mal. Moi par exemple, baratineur dans l'âme - c'est le commerce qui veut ça tu le sais bien.. - je me gêne pas pour n'pas mâcher mes mots quand ça me chante. Tu verrais la gueule des gens quand tu leur déballe ce que tu penses, sans filtre aucun. Ah c'est sur, tu risques de passer pour un gros connard, voir un type étrange. Ces bonnes gens sont tellement habitués à leur doux mensonges au goût de miel qu'ils en ont oublié que la vérité avait ce petit arrière goût âcre et acide..

     

     

    C'est pas leur faute je me dis. Dès l'enfance on nous surprotège. Non ma petite, ton chat n'est pas mort, il est parti vivre d'autres aventures. Écoute les douces paroles de maman pendant que papa nettoie ses tripes que le chien a éparpillées devant la maison... Les grands parents ne meurent pas, ils vont en pèlerinage au delà de Valencia pour un voyage qui dure loooooonnngtemps... Où est parti ton Papa ? Il est parti à la guerre pour tous nous sauver, c'est un héro... qui se tape la sœur de ta mère dans tous les bouges du coin... Pourquoi le monsieur est suspendu à la corde ? C'est rien, ils font un concours pour retenir leur respiration..

    C'est tellement facile de cacher la vérité, surtout lorsqu'elle est horrible. Surtout lorsqu'on veut protéger ceux qu'on aime et à qui on tient. C'est tellement humain quelque part. Et tellement cruel aussi. Car on pense bien faire, agir pour le bien d'autrui ou le sien, faut pas se le cacher, mais au fond on sait. On sait que ce n'est que du vent, que des paroles, rien de plus qu'un mince linceul de mots savamment entremêlés pour arranger la réalité à notre goût. Et il suffit que la vérité souffle une simple bise pour déchirer ce linceul. Ça aussi on le sait tous et pourtant, on continue de mentir. Pourquoi cherchons nous à bâtir des châteaux de cartes prêts à s'effondrer au moindre souffle ? Peut-être par lâcheté mais aussi par paresse.. C'est toujours plus facile d'aller vers la voie sans efforts dit-on. Alors on gave nos gosses de mensonges et d'histoires à la con pour pas leur faire voir qu'en réalité le monde, eh bien il est salement dégueulasse. Y a pas de fins heureuses à tout bout de chant, les gens qui font pas gaffe ou qui ont pas de bol ils crèvent, et ils crèvent atrocement. Non la p'tite bergère est pas partie vivre le grand amour sur les flots avec un marin de Velia. Non filston, elle s'est faite bouffer par les loups en rentrant chez elle et ils y ont déchiqueté la gorge ces bestiaux.

     

     

    Parfois mentir est un jeu, un art. Je le vois souvent dans les affaires. C'est le côté ludique du métier, savoir renifler qui est un enculé qui va tenter à tout prix de m'enfler ou bien lequel est le plus honnête. J'ai toujours eu la passion du jeu, souvent à mes propres dépends. Mais c'est tellement enivrant. Et je suis pas mauvais non plus à ce petit jeu là faut avouer. Au moins ça sert à quelque chose d'avoir une grande gueule. Mais j'en ai croisé qui mentaient pas pour faire des profits, mais parce qu'ils s'étaient eux-mêmes emmurés dans cette forteresse de bobards. Toute leur vie n'était qu'un vaste mensonge, une supercherie grotesque qui soutenait tout leur être mais qui pouvait être balayé par un simple murmure appelé vérité. En étaient-ils conscients ou bien ne voyaient ils pas qu'il s'enfonçaient d'avantage dans leurs propres abysses ? Après tout c'est leur problème, chacun sa merde. J'ai assez de mes propres emmerdes.

    J'ai assez de mes propres mensonges à devoir gérer. Certains me donnent la nausée et me font honte, des paroles et des actes que j'aurais du faire autrement jadis j'en suis conscient. D'autres, j'en suis pas encore là.. Quand je tremble et qu'Aithe me demande c'que j'ai j'lui réponds que j'fais de la fièvre. J'veux pas l'emmerder avec mes soucis, ni lui montrer quelle grosse merde je suis au fond. Non je voudrais encore un temps voir dans le reflet de ses yeux l'image d'un bonhomme d’aplomb. C'est lâche, ouais. Mais c'est mon choix.

     

     

    Je savais pas qu'on pouvait mentir pour pas blesser ceux qu'on aime. C'est presque beau, ça serait presque noble si ça revenait pas à la même chose fondamentale, leur mentir. De quel droit ? Aithe n'est plus une gamine à qui l'on se doit de dissimuler les horreurs de la vie par de jolies peintures imagées et féeriques. Non ça les horreurs elle en a vu son quota, hélas. Je ne souhaite pas la faire souffrir, je ne veux ni l'inquiéter ni l'emmerder avec la vérité. Et encore moins qu'elle m'aime moins parce que je lui dévoilerai une part de moi qui serait susceptible de la repousser. Cette idée me terrifie autant qu'elle me révolte et je sais au fond de moi que je ne reculerai devant rien pour empêcher ça. Alors, bien qu'avec regrets, je continuerai de lui glisser çà et là ces petits mensonges innocents au délicieux goût de bonbons, afin de ne pas l'inquiéter et de faire en sorte que la réalité demeure douce comme le miel de mes cachoteries.

    J'espère qu'elle me pardonnera un jour cette lâcheté de plus, car c'est pour une fois l'amour qui me pousse à agir. Ou peut-être la peur de perdre cet amour pour être plus honnête - une fois est pas coutume. Tout le monde ment, les adultes aux enfants, les enfants aux adultes. Pourquoi serais-je ou devrais-je faire différemment ? En quoi m'incomberait-il de devoir faire mieux au final..? Je ne fais que ce que je peux avec ce que j'ai. Bien sur, je rêve parfois de tout lui dire. Mais je redoute tant ses réactions. Car nous ne sommes pas dans un mon enchanté ou parfait où même les salopards ont une fin heureuse. Non nous vivons dans un monde impitoyable en plein mouvement et en proie au changement et au chaos. Regarde pour preuve les rues sont envahies de gonzesses qui collent des pains capables de fendre des parpaings, tu trouves ça idyllique comme monde..?

     

     

     

  5. L’espère !
    Quel joli nom pour désigner l’affût, l’attente du chasseur embusqué, et ces heures indécises où tout attend, espère, hésite encore entre le jour et la nuit. L’affût du matin un peu avant le lever du soleil, l’affût du soir au crépuscule.

    La voûte céleste au-dessus d’elle, où trônait une lune ronde et ivoirine, éclairait le territoire des manes d’un éclat de cristal encore accru par la froidure sèche de cette première nuit de la nouvelle année.

    La température de la pierre sous elle se transmettait à ses jambes, la refroidissait lentement, et pourtant elle ne bougeait pas, là, tapie sur un rocher surélevé à guetter les meutes nocturnes. C’était une mission d’apprentie, elle n’avait rien à faire là. Mais elle n’avait pas envie d’être ailleurs. Les lueurs de fête s’élevaient de Tariff, l’on fêtait le renouveau et l’allongement des jours, elle voyait très bien les accolades, entendait les vœux, humait les senteurs alcoolisées. Mais elle était mieux ici, sur son rocher perchée, suspendue entre les heures et les mondes, bénissant silencieusement l’existence de ce temps où rien n’existe à part nous-même.

    Elle avait expérimenté, ces derniers jours, le retrait de l’esprit noir et la sensation étrange de plénitude que son absence avait laissé.  Dans ses souvenirs la sorcière s’était toujours attendue à le vivre comme un manque, une déchirure, et pourtant il lui semblait qu’une main divine venait juste de recoller un morceau dont on l’avait privée il y a fort longtemps. L’énergie fourmillait sous son torse, ondulait avec constance et profondeur, parfois les souvenirs de son corps la laissait deviner ce vide qui avait été là quelques semaines auparavant et la différence était saisissante, même pour sa mémoire fragmentée.

    Sadie rassembla ses membres autour d’elle, conservant comme elle le pouvait sa propre chaleur. Le froid l’anesthésiait, sans doute était-ce pour cela qu’elle était bien ici, dans cette pénombre hivernale sa colère s’étouffait et la laissait enfin respirer. Elle avait plus ou moins dompté son malaise, le reléguant dans un coin de son corps à grand renfort d’automédication… Un rire lui échappa, autodérision, c’était une façon polie de parler de tout ce qu’elle absorbait. Mais elle le savait bien : l’attente deviendrait insupportable, la frustration immense et il lui semblait n’avoir aucun moyen de les exprimer. Par quel biais ? L’écriture était diablement trop longue et laborieuse pour la soulager et pour écrire quoi et à qui ? Elle n’aurait elle-même pas su quoi coucher sur ces pages blanches.

    Aussi la chasse lui avait paru le meilleur moyen d’exulter, laisser sortir ce trop-plein quitte à devoir perpétrer quelques sanglants carnages chez les fauves ou les bandits. Elle s’étira le cou. On avait toujours besoin de sang de mane ou d’obsidienne de toute façon. En parlant de sang… Les premières lueurs de l’aube s’étiraient au loin, couvrant l’horizon d’une chape scintillante, et venaient paisiblement la révéler. Elle se savait assise, là, sur son rocher. Elle sentait que sa peau la tiraillait, que ses vêtements s’étaient raidis. Elle connaissait ses exactions de la nuit mais n’aurait pas pensé être toute de sang et de boue habillée.

    La sorcière soupira. En ces temps d’hiver l’eau du fleuve était trop froide pour qu’elle s’y baigne, elle allait devoir rentrer ainsi à Tariff, ensanglantée sans être blessée. En contrebas de son rocher, sous ses pieds, une meute entière gisait et tandis que les premiers rayons la réchauffaient déjà elle sentait poindre de nouveau cette colère qui se nourrissait de sa privation.

    Rentrer, se laver pour effacer les traces de cette chasse qui n’était rien qu’un massacre, s’abrutir de travail et puis recommencer. Le froid et la langueur de la nuit l’enveloppaient encore suffisamment pour qu’elle reste insensible à ce constat mais, quelque part, sa conscience abîmée lui soufflait que cette espérance apathique ne pourrait durer encore longtemps.

    Quelque chose devait se produire, dusse-t-elle le provoquer elle-même, où elle resterait ainsi.

  6. Le vent glacial soufflait dans les branches mortes, et la lueur pâle de la lune naissante se jouait de leurs ombres en une sinistre interprétation. Le pas était lourd. La chaleur sous sa peau de bête s'opposait au froid saisissant, les deux liés par la condensation de sa respiration. Il avançait, à l'orée de ces bois macabres, morts été comme hiver, brandissant sa torche pour observer une direction, statique, puis reprenant sa marche lente. Piètre sentinelle, si il en est, qui s'avançait pas à pas vers le prédateur tapis dans l'ombre.

    Kashok Orpaz Tun'bi.

    Elle attendait, immobile malgré le froid. Le fil du temps était perdu, mais cela lui importait peu. Tendue, prête à bondir, elle était là, aux aguets, voyant enfin sa proie s'approcher. Plusieurs étaient passées avant cette dernière, mais aucune n'était celle attendue. Cette fois, cependant...

    Gashek Wurc Mraba.

    Elle avait médité et réfléchi, durant toute cette attente. La patience du chasseur, elle en était d'habitude dépourvue. Mais ici, seule dans les ténèbres, en ce lieu si repoussant et pourtant si tristement familié, elle avait fait travailler son esprit. Tout devait être prêt, et elle avait fait le nécessaire pour cela. Alors pourquoi ce goût désagréable en bouche? Alors que la silhouette ridicule s'approchait peu à peu, elle finissait de se remémorer une nouvelle fois les derniers événements, avide de réponses aux questions maintes fois posées.

    "T'es qui?"

    Elle n'avait fait qu'une très brève halte à Tarif, après son long retour de Trent, et seulement pour rencontrer brièvement Ahon Kirus, puis l'une de ses lieutenants. "Sadie Kelevra est sauve". Ainsi avait-elle commencé son résumé. Le soulagement visible sur le visage lui faisant face l'avait agacé, sans qu'elle ne sache pourquoi. A la fin de récit, alors que la sorcière la remerciait et se replongeait dans la lecture d'un grimoire, elle avait attendu, debout, sans rien dire. Le mince espoir, dont elle ignorait elle même la teneur, s'envola aussitôt lorsque la sorcière releva la tête, s'enquérant "Autre chose?". Martèlement sourd. Les muscles de son cou s'étaient tendus, alors que les veines battaient, résonnant profondément en elle, telles des tambours de guerre emplis de colère. Cette sensation désagréable de n'être qu'un outil, revenant en tête, avec l'image de sa propre mère, sans savoir pourquoi. Amertume sur la langue de son âme.

    Keehl Sha!

    Une profonde inspiration. Deux mots, lancinants. "Non, rien". Le ton était bien neutre, comme si elle avait prononcé ces mots détachée de son propre corps. Et alors qu'elle tournait les talons, elle laissa la sorcière à son étonnement. Ne pas claquer la porte, ne pas claquer la porte, ne pas... tant pis. Villageois, gardes, et badauds se trouvant sur la place, sous la protection du vénérable arbre, tournèrent la tête. La stupéfaction se lisait sur leurs visages, puis la crainte. Des pas en arrière lui ouvrèrent la voie, alors qu'elle remontait la rue.

    "T'es qui?"

    Elle monta les marches deux à deux et s'engouffra dans une vaste demeure, dorénavant les quartiers d'une guilde. De sa guilde. Qu'elle allait laissé, pour un temps indéterminé, sous la tutelle d'une lieutenant. Une elfe. L'ironie de la situation lui arracha un sourire, ou plutôt un rictus. L'affaire fût vite réglée; après tout, il s'agissait d'un ordre non discutable. La surprise laissa place au doute sur le visage de l'elfe. "Tout va bien?" s'enquit-elle. Sa seule réponse fût un nouveau claquement de porte, après un long regard en biais. Ce goût infecte qui ne veut pas partir...

    Shoo Now Mouh?

    Les heures, ou jours, qui s'ensuivirent restent encore brumeux. Douleur, exaltation, souffrance, rage se mêlaient aux frontières du délire et de la lucidité. Tout juste le visage penaud du Sezec en souvenirs de l'accord passé, et la peur sur celui de son acolyte. "Un membre par jour de retard" se souvient-elle avoir prononcé. Les lourds regards appuyés des géants et des nains, alors qu'elle prenait de dernières informations au mausolée. Puis ces deux Sausans lui revinrent en tête, juste avant son retour à Kusha. Elle s'en était débarrassée sans user de sa magie. Un poignet et une nuque brisée, un nez pouvant presque renifler sa nuque, en guise de dernier salut. Cracher ne changeait rien au parfum nauséabond.

    Gigak! Gigak!

    Ils ne lui pardonneraient pas. Sûrement. Elle leur pardonnait encore moins, d'avoir joué avec elle toutes ces années. Alors ce qu'ils pensaient était bien le dernier de ses soucis, et tant pis si ce qu'elle comptait faire allait à l'encontre de leurs principes et héritages. Elle avait choisi sa propre voie l'année précédente, loin de tout clan ou lignée. Elle pensait avoir trouvé où vivre, et choisit avec qui. Mais tout ça était remis en question. Ou bien était-ce un nouveau et fugace délire? Ces quelques lettres gribouillées sur un carnet revenaient sans cesse. "T'es qui?". Une massue s'abattant sur une digue fragile, contenant tant bien que mal cet océan sombre et pourpre qui ne demandait qu'à déferler. Goût infecte de ceux et celles qui blessent ceux et celles qu'ils aiment. Cet arrière goût est d'autant plus prononcé lorsqu'il porte sur des personnes chéries. Les mots entendus la dernière nuit à Trent, seule face à la lune cendrée, n'en furent que plus lacérant pour l'esprit fatigué et chancelant.

    Yarik Kshaba Xilia.

    Ils étaient rentrés depuis, elle le savait. Elle avait aperçu le chariot dans les rues de Tarif dans l'après-midi. Elle irait les voir avant de partir. Elle avait besoin d'elle, et de lui. Et de lui parler, à elle qui ne parle plus. Les muscles se contractèrent. La proie était là. Un bond. Une main tendue. Nulle trace de magie. La force brute. Le cou saisi. Plaqué contre un arbre mort, les pieds ne touchant plus le sol, alors qu'une main couvrait sa bouche, l'autre enserrant son cou, la vie le quittait. Il la fixait. Elle soutenait son regard fou et apeuré, comme l'on regarde un chien mourir dans le caniveau. Derniers tressaillements. Elle lâcha prise, puis lui ôta sa peau de bête dont elle se vêtue. L'ascension sera longue, jusqu'à la bibliothèque de ce monastère maudit, mais elle avait besoin de cet ouvrage et cet exemplaire était le seul à portée.

    "T'es qui?"

    Moi je sais kikiki.

    Elle se souvint. Nulle folie ici. Juste l'oubli d'une voix lointaine du passé.

    Qrik Shagu Rezt Norsti!

    "Silence".

    Elle inspira et s'enfonça dans la noirceur de la nuit, rejetant toute pensée autre que son objectif.

  7.  

        Le marquis de Montferrat, homme d’une grande vaillance et gonfalonier de l’Église, avait passé les mers pour suivre une croisade générale faite à main armée par les Eloniens. Comme on parlait de sa valeur à la cour du roi Philippe le Borgne, lequel s’apprêtait lui aussi à partir de Calphéon. pour la même croisade, un chevalier prétendit qu’il n’y avait pas sous les étoiles un couple pareil au marquis et à sa femme, attendu que, autant le marquis l’emportait en tout sur les autres chevaliers, autant la dame l’emportait sur les autres femmes du monde par sa beauté et sa vertu. Ces paroles entrèrent de telle façon dans l’esprit du roi, que sans avoir jamais vu cette dame, il se mit soudain à l’aimer avec passion, et résolut, pour faire le voyage qu’il projetait, de ne pas prendre la mer ailleurs qu’à Epheria, pour ce que, allant jusque-là par terre, il aurait une occasion favorable d’aller voir la marquise, songeant aussi que, si le marquis était absent, il pourrait mener son désir à bonne fin. Et, comme il l’avait résolu, il fit ; c’est pourquoi, ayant envoyé en avant le gros de ses gens, il se mit lui-même en route avec peu de serviteurs et de gentilshommes. Arrivé près des terres du marquis, il envoya un jour à l’avance prévenir la dame qu’elle l’attendît pour déjeuner le matin suivant. La dame, sage et avisée, répondit gracieusement que c’était pour elle une faveur au-dessus de toute autre, et qu’il serait le bienvenu. Puis elle se mit à réfléchir sur ce que voulait dire la visite d’un pareil roi, alors que son mari était absent, et elle ne se trompa point en pensant que c’était sa réputation de beauté qui l’amenait ; néanmoins, en vaillante dame, elle se disposa à lui faire honneur. Elle fit prévenir ceux de ses gentilshommes qui étaient restés auprès d’elle, et préparer, après avoir pris leurs conseils, tout ce qu’il fallait, mais elle voulut ordonner autant de poules qu’il y en avait dans le pays, elle ordonna elle seule le festin et les mets. Ayant fait rassembler sans retard à ses cuisiniers de préparer uniquement ce genre de mets pour le royal convive.

        Au jour dit, le roi arriva et fut reçu par la dame avec grande fête et grand honneur. Comme il la regardait, elle lui parut belle et avenante bien au delà de ce qu’il avait pu en juger par les paroles du chevalier ; il s’en émerveilla beaucoup et lui fit force compliments, son désir s’allumant d’autant plus qu’il trouvait que la dame surpassait l’idée qu’il s’en était faite auparavant. Après qu’il eût pris quelque repos dans des appartements richement décorés de tout ce qui convenait pour recevoir un tel personnage, et l’heure du dîner étant venue, le roi et la marquise s’assirent à la même table, tandis que les autres convives, selon leur qualité, prirent place aux autres tables. On servit alors successivement au roi des plats nombreux, des vins excellents et rares, et comme en outre il ne cessait de regarder complaisamment la belle marquise, il éprouvait un grand plaisir. Pourtant les plats se succédant les uns aux autres, le roi commença à s’étonner un peu en voyant que les mets, très variés comme assaisonnement, se composaient uniquement de poules. Bien qu’il connût le pays où il était comme étant très copieux en gibier de diverses espèces, et qu’il eût annoncé son arrivée à la dame assez tôt pour qu’elle pût faire chasser, cependant, quel que fût son étonnement, il ne voulut pas en prendre occasion pour le lui témoigner, si ce n’est au sujet de ses poules : et s’étant tourné vers elle d’un air joyeux, il lui dit :

    "- Madame, est-ce qu’en ce pays il ne naît que des poules, sans aucun coq ? "

        La marquise comprit très bien la question, et il lui sembla que, suivant son désir, Dieu l’avait envoyée en temps opportun pour faire connaître ses dispositions. À la demande du roi, elle se tourna vers lui et lui répondit avec franchise :

    "-Monseigneur, non ; mais les femmes, bien qu’elles diffèrent entre elles par les vêtements et les dignités, sont toutes faites ici comme ailleurs. "

        Le roi, à ces paroles, comprit très bien la raison pour laquelle on lui avait servi un repas tout en poules, ainsi que la sagesse cachée sous cette réponse. Il s’aperçut qu’il perdrait son éloquence avec une pareille femme et que ce n’était point le lieu d’employer la force. Pourquoi, de même qu’il s’était enflammé inconsidérément pour elle, il comprit qu’il fallait sagement pour son honneur éteindre le feu si malencontreusement allumé. Sans plus dire un mot, craignant ses réponses, il renonça à tout espoir et, le dîner fini, afin de couvrir par un prompt départ le motif de sa visite déshonnête, il la remercia de l’honneur qu’il avait reçu d’elle, la recommanda à Dieu, et partit pour Epheria.

     

     

  8. Receuil

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    By DWilsonArtCreations

    A l'heure où j'écris ces quelques mots, le soleil s'est couché derrière les pierres ancestrales de notre sainte cité, et avec l'obscurité vient la quiétude d'un royaume réconfortant. Aujourd'hui encore, la journée fut longue et harassante, levé alors que la nuit fut encore pleine et je ne suis guère encore couché. L'université dévore la plupart de mon temps et j'ai l'impression d'en poser chaque pierre à chaque entretien privé. Ils errent tous dans mon giron comme de la vermine cherchant à tirer leur épingle d'un jeu dont ils ne savent rien, les fous. Et plus le temps passe, plus me revient l'image de mon père et résonne sa voix à mes oreilles, chuchotement du passé, mise en garde d'une cruelle vérité.

    "Ne penses pas fils que le plus dur soit de te hisser au sommet. Il viendra le temps où ton zénith dominera mais sache qu'en cet instant fatidique, la chute ne sera alors jamais bien loin et ton véritable accomplissement sera alors de garder ce pouvoir jalousement convoité entres tes mains." A cet homme que j'ai tant détesté, j'emprunte l'amer sentier et suit ses pas. A cet homme que je hais, je ressemble affreusement désormais.

    J'ai tant sacrifié pour me défaire de mes ennemis, lui en premier. Jusqu'à plonger au cœur d'un néant aux allures de furieuse tempête. J'ai suivi ces enseignements à la lettre, enchainer mon cœur et lier ma langue, bruler mes aspirations et avorté chaque étincelle de sentiment. J'ai trahis des amitiés estimées, rayé les souvenirs du passé pour rebâtir notre avenir, et Dieu sait que je dois bâtir sur des ruines aussi abjectes que les manœuvres dont il se faisait l'écho, triste témoignage d'une décennie de perdition et de folie. Mais aujourd'hui le monstre a été lui-même dévoré. O que tu dois être fier de moi aujourd'hui Père, lorsque lié à ton état, tu ne peux que contempler mon œuvre et avouer ta propre faiblesse. A ce fils dont tu t'assurais la loyauté par les manigances et la violence, et qui à force de ramper a creusé ta propre tombe.

    Trois mois que tu sommeilles, si on peut appeler cela sommeiller. Trois mois que je lui ai offert la possibilité de se venger, trois mois qu'elle te retient captif au sein de ton propre domaine, ce domaine que tu as voulu pour toi seul est qui est devenu ton plus terrible cauchemar. Le sommeil me guette Père, cela fait déjà seize heures que je suis éveillé, les ombres s'agitent dans le plus absolu silence et demain sera comme aujourd'hui, et comme aujourd'hui fut hier. Bien des affaires m'attendent, j'espère qu'Adrastee aura réussi à convaincre Sire Fallagi, c'est le seul moyen pour atteindre les Erne et ainsi les Encarotia. Eux seuls ont assez d'influence pour contrer l'alliance des conservateurs. Et depuis l'attaque de l'Université qui a couté la vie à un soldat de Trina, je les suspecte d'œuvrer dans l'ombre. Je me méfie de tout le monde, alliés comme ennemis, tous se mélangent et je suis sur que certaines de leurs promesses pleines d'espoirs et de soutien cachent la lame d'une dague prêt à décapiter les fondations de notre grande œuvre. Ne jamais baisser sa garde, non jamais.

    Ps: Peut être que le mariage de Dame Arkxane me permettra de respirer un peu. Je crois avoir besoin de cette douce parenthèse.

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    Asphee
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    Au petit matin, le 23 Marteau 286.

     

    A l'abri du froid accompagnant l'arrivée de la saison hivernale, un homme semblait songeur, assis non loin d'une cheminée dont les flammes léchaient avidement les bûches apposées à l'intérieur. Son regard émeraude se posa sur les dalles froides de la ville qu'il chérissait particulièrement au plus profond de son cœur. Ô, ce n'était pas la ville qui l'avait vu naître, ni qui l'avait éduqué, mais elle était la ville qu'il avait choisi pour s'y établir et d'y commencer sa vie à l'origine.

    Son regard se leva vers le soleil levant au large, dont les rayons magnifiaient le bord de mer. La ville maritime avait son propre charme qu'aucune ville ailleurs ne pouvait égaler. Les mouettes sillonnant le ciel en toute liberté symbolisait bien là l'aspect modeste de la ville. Il aperçut de ses yeux illuminés par la splendeur de l'aube quelques gardes de la ville traverser la rue, les marchands déballant leurs affaires et préparant leurs comptoirs, il aperçut également la fumée émanant des cheminées des autres maisons plus loin. La nuit laissait peu à peu place à la vie, qui reprenait son cours.

    Epheria était une ville maritime, isolée au bord de mer et semblant isolée des soucis. Pourtant, plus que n'importe qui d'autre, l'homme tenant une tasse fumante savait. Beaucoup de choses s'étaient produites et certaines avaient laissé les traces de ses conséquences. Il avait été parmi les chanceux à ne pas en hériter. Il était passé au travers du filet.

    Epheria avait été un point de départ pour beaucoup. Il pensa alors que s'il n'avait pas été dans cette ville à ce moment précis, sa vie aurait pu rester monotone et sans intérêt. Bien entendu, cette vie qu'il avait comportait des hauts et des bas, dont beaucoup de mésaventures, mais l'homme ne se démontait pas. Pour rien au monde, il aurait échangé sa place.

    Puisqu'à travers les larmes et le désespoir, la flamme du bonheur ne s'était jamais éteint. Malgré les souffrances, il y avait eu des moments uniques de joie et de bonne humeur qu'il chérissaient tels des trésors inestimables.

    Pourtant, le périple était loin d'être terminé. A peine avait-il réussi à contrer l'ennemi qui menaçait son futur proche et sa famille, qu'il devait affronter les aléas de la vie. Parmi eux, l'une des raisons de son retour dans cette coquette ville, se situait à l'étage de sa maison. Dans son lit. Endormie paisiblement, les cheveux blonds encadrant son fin visage, le corps étendu de tout son long sous les draps de soie du lit à baldaquin. Un détail aurait pu attirer l'attention des regards curieux. La présence d'une bague fleurie ornée de diamants et d'or ravissait l'annuaire gauche de la fée endormie.

    Il souffla sur sa tasse, encore assis sur le rebord de fenêtre comme il en avait toujours eu l'habitude ici. Il était enveloppé d'une épaisse couverture pour se maintenir au chaud. Il aimait être ici et observer la vie. Il avait toujours aimé observer pour ensuite le retranscrire. Dessin ? Peinture ? Pour lui, ces arts qu'il aimait tant lui paraissait lointain. Il n'en avait plus produits depuis des lustres, lui semblait-il. Avec bonne foi, il admit qu'il aurait peut être perdu un peu la main, mais il fut motivé par la promesse de se remettre à l’œuvre très bientôt. Ce vœu le fit sourire.

    L'ex-lieutenant ne s'était jamais imaginé marié et encore moins avec des enfants. Les deux aventures qu'il avait eu précédemment ne l'avait pas porté en ce sens et l'avaient refroidi de ce côté. Il pensait qu'il mettrait fin à la lignée des Dralereth.
    Pourtant, il semblait bien que la fleur de l'espoir avait de nouveau éclot au plus profond de lui. Après tout, il suffisait d'une rencontre pour que tout bascule. Cela n'avait jamais été aussi vraie pour l'artiste.

    Elion l'avait béni de sa lumière en lui apportant une fée. Il n'avait su résisté longtemps au charme taquin de la jeune femme. Une chose en entrainant une autre, il tomba dans les filets de la dame sans réellement réaliser ce qui lui arrivé. Il avait prit un peu peur, suite à deux échecs et surtout au vu dans la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait à ce moment là, il ne savait plus ni quoi penser ni quoi faire mais elle sut trouver les mots justes.

    Elle releva l'homme qui était un jour tombé seul.

    Quelque chose d'inattendu se passa pourtant, à force d'amour et de passions, la fée accueillit bientôt en son sein, le fruit de leur union charnelle et magique. Quel bêtise de procréer hors-mariage. Beaucoup de questions et de doutes avaient traversé l'homme aux yeux émeraudes. Mais une question ne se posait plus, il voulait reconnaître sa progéniture. Même si celle-ci s'avérait particulière.

    Il souhaitait le meilleur pour celle qui lui permettrait de devenir un père et de manière plus étendue, de poursuivre sa lignée. Il souhaitait le bonheur de son petit à venir. Il ne devait pas reculer et se montrer en fier homme. Il devait se montrer digne.
    Il était vrai que la fée n'était pas issue de noblesse mais plus d'une fois elle avait su subjugué le brun par sa douceur et sa prestance naturelle, sans parler de son goût exquis pour le raffinement. Qu'importe les détails, il la voulait pour femme et il ferait tout pour que cela soit possible.

    Le seul obstacle restait le patriarche.

    Il avait beau parcourir des yeux la belle Epheria en quête de réponse, il y avait tellement de paramètres à énoncer qu'il avait bien peur que quelque soit le scénario envisagé, son père le prendrait forcément mal, pire il le prendrait comme un affront. Pourtant, il ne reculerait pas devant cela. Il se devait de continuer. Il souffla doucement sur la fumée qu'émanait sa tasse en poussant un bref soupir.

    Il essaya de trouver la paix, il ferma les yeux quelques instants en inspirant le délicat fumet du thé qu'il s'était préparé. Epheria avait le don de l'apaiser. C'était une ville portuaire si calme et chaleureuse. Il avait fait le bon choix de retourner chez lui pour les quelques jours à venir. Loin de la tempête qu'était Calpheon où l'étiquette comptait plus que la personnalité.

    Ô, en tant que personne sophistiquée, il savait très bien jouer la noblesse Calpheonienne pour s'y fondre comme si de rien était, mais ce n'était pas lui. Son enfance à Olvia et sa formation à Trina lui avait permis de porter un regard différents de ces attachements et coutumes sociales. Il avait toujours été un noble modeste et le resterait à vie. A cette pensée, il rajusta la couverture ses épaules, en remerciant sa Mère. Il lui était reconnaissant d'avoir insisté pour l'élever lui et son frère à Olvia, loin des compromis et soucis de Calpheon. Dans des contrées saines et naturelles.Grâce à cela, il n'était un l'un de ces nobles sans personnalité et sans intérêt qui ne jurait que pour l'argent ou la renommée. Il était bien plus que cela, et ceux grâce à ses aventures avec ses amis, et il pressentait que chaque expérience le grandissait toujours plus.

    Percevant du mouvement à l'étage, il but une gorgée de sa tasse de thé et la posa sur la table la plus proche. Il se décida à rejoindre celle qui partageait à présent sa vie à l'étage. Une femme sortant des songes. Il ne remarqua pas que les rayons du soleil baignait la maison de lumière comme une bénédiction.

     

  9. Pitikali
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    La lune apparaît alors que je couche mes pensées
    Je voulais écrire une belle histoire mais ma plume refuse
    Chui pas un de ces poètes qui veut être idolâtré
    Ce soir mon âme chante et mon encre sera de sang

    Je le sens en moi, il est là prêt à exploser
    Je tente de résister de toutes mes forces mais ça m’use
    Combien de temps encore avant que je ne sois dévoré
    Car comme un poison il parcourt mes veines et s’insinue lentement

    Je ne leur dit rien pour ne pas les inquiéter 
    Mais je garde en moi toutes ces choses enfouie profondément
    Déjà dans le désert j'ai faillit craquer
    Je ne dois ma survie qu'à ce petit renard malin

    Vais je finir comme elle, possédé?
    Vais je pouvoir revenir de cet enfer brûlant?
    Que ce passera-t-il une fois que j'aurais cédé ?
    Tant de questions sans réponse ni maintenant ni demain

    Alors je dois continuer à lutter 
    Ne pas céder à ce trouble malsain
    Pas avant d’avoir réussi à me maîtriser
    Pas avant d'être sur de revenir de ce brasier

    Des errements de mon âme déchirée 
    Ce bout de papier sera seul témoin
    Destiné à ne jamais être lu 
    Il disparaîtra avec ce carnet….
    Quand à la suite, nul ne la connaît
    Ni moi, ni ce qui se terre au fond de moi.

  10. Lliane

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    Cendrelune
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     the Planet to the Star, par Louis Soutter, 1938

     

    Je ne sais pas comment je suis arrivée ici

    Mais nous ne pouvons plus sortir

    Je suis entourée d'étrangers

    Et la musique commence à jouer

    Alors je vois les corps lentement qui commencent à se balancer

    Bougeant côte à côte

    Je sens l'animal qui s'ébroue

    Alors que je reviens tout doucement à la vie.

     

    Tout le monde commence à se mouvoir

    Et je veux tous vous voir céder

    Je veux raser ce lieu ce soir

    Et vous voir me remercier pour cette rage

    Dites moi pourquoi vous êtes là

    Puis-je seulement vous donner un avant goût ?

    Je veux vous voir perdre à votre tour la raison

    Et, à votre tour, raser ce lieu

     

    Je vais vous déchiqueter

    Je vais dévorer vos coeurs
    Je veux voir les os de vos corps se briser les uns après les autres

    Je suis ce dont vous avez besoin, la maladie parfaite

    Ne voulez vous pas vous détourner de la beauté et vous changer en bête ?


    Une étrange extase s'empare de moi

    Tandis que je monte m'installer sur mon trône

    Je sens le monstre emprisonné en moi

    Hurlant au travers de mes os
    Je veux vous voir vous liquéfier d'angoisse

    Je veux vous voir perdre l'esprit

    Je veux vous ressentir tous en train de sombrer

    Et vous voir vous balancer tout le reste de la nuit


    Je veux vous voir saigner

    Je veux vous voir hurler

    Je veux vous voir bouger

    Et vous l'entendre dire


    Détournons nous de la nature, laissons la bête parler...

     

    Révélation

     

     

  11.  

     

    C'est en Abun que se trouvait la jeune femme, et c'est en ce jour du 3 Gobelin 286, que celle-ci se posait devant le village Medhien. N'ayant visiblement que faire de salir son mantel noir de poussières. Les coudes posés sur la cime de ses genoux, reliant ainsi ses dextres lascives sur les coins de ses pommettes.  "Aujourd'hui, il est temps de prendre au moins une petite heure pour réfléchir." s'était-elle dit, une décision singulière quand l'on sait que la Sorcière n'aime flâner que dans sa propre maisonnette, qui d'ailleurs lui manquait terriblement.

     

    ~

     

    "Ce qu'il manquait..." Voilà un angle de réflexion, qui pouvait entamer sa mise au point. Sur le coin de sa route ensablée, Edern consentait à reflèchir à son manque, longue fût sa réflexion remuant ses dernières années, ses derniers mois, ses dernières semaines pour n'en sortir qu'une vaine constatation. C'est maintenant qu'elle était lancée dans un périple dangereux, loin de son foyer et de ses relations qu'elle réalisait qu'elle ne manquait de rien. Cette révélation semblait troublante pour cette jeune femme que l'on pouvait auparavant juger d'"éternelle insatisfaite", se trouvait-elle vide ? Déchue de ses convoitises et de ses caprices ? Non... Elle vît alors cette constatation comme peut être un moyen de passer à autre chose, d'avancer plus concrètement dans sa courte vie d'Humaine, passer son temps avec une Ganelle ne devait pas l'aider en ce sens. 

    Elween avait toujours été une figure, un modèle pour elle. Depuis leurs rencontre, tout avait été plus doux, plus simple pour la jeune Sorcière, bien qu'au départ, rien n'était gagné ! Et pourtant toutes deux nouaient une amitié solide. Les amis d'Edern étaient rare et le sentiment d'avoir une oreille à qui parler, un thé à déguster ou même des ragots à raconter la plongeait dans un profond ravissement.

    Puis vint inévitablement l'idée des pertes de cette année troublante qu'était celle de ses vingt trois printemps. Bien des rencontres, bien des propositions, bien des opportunités, comme bien des pertes. Son Père avait rejoint Elion, seul et dernier représentant de sa famille dont elle n'est maintenant que la seule héritière. "Homerion" se disait-elle, ce nom ne signifiait pas grand chose finalement, il n'était ni noble, ni pauvre, simplement un témoin du temps passant et de sa propre époque. Un cycle auquel elle ne cessait de penser depuis ces derniers jours, laissant derrière elle des visages qu'elle souhaitait farouchement revoir. Quelque chose tournait en elle, tournait longuement comme le bruit d'une horloge cherchant à se calibrer, s'apaiser...  

    Il était temps que l'horloge fonctionne à nouveau, une nouvelle année commençait pour elle. La jeune femme ne pouvant que se promettre de sauvegarder son corps, sauvegarder son âme, vierge de toutes blessures. Et son cœur toujours réchauffé de courage.  Une boussole venait de se trouver un cap, une île à conquérir, une personne à contenter, à rassurer. 

     

    ~

    Sa méditation venait de se clore alors que sa comparse elfique lui intimant de la rejoindre pour reprendre leurs activités.  Elle se levait, époussetant son mantel avant de la rejoindre, réhaussant son sac de toile sur son épaule.

    Sur le départ ~

  12.  

     

     

     

     

     

     

     

     

    Haso, terres du Clan Yuzhen..

     

     

     

     

     

     

    Les enfants sont un don, un cadeau des Dieux. Pourtant, malgré tout cet amour qu'ils représentent, toute cette innocence qui fait leur charme il existe peu de créatures aussi cruelles. C'est peut-être là une des plus grandes ironies de la nature humaine, la capacité à porter autant de noirceur que de lumière même à l'âge de l'innocence. C'est justement parce qu'ils sont innocents que leur cruauté est la plus pure, elle est souvent exprimée quand l'éducation et la morale sont absentes. De ce fait elle est innée, instinctive. N'allez pas croire que les mots d'enfants sont moins cruels du fait d'un vocabulaire moins riche que celui d'un adulte. Ils savent faire mal.

    C'est ce qu'expérimentait justement un jeune garçon à ses dépends. Les autres enfants du clan s'étaient tous ligués contre lui et après quelques petites chamailleries en guise de mise en bouche, les mots assassins furent brandis tels des poignards. Les enfants ne connaissent pas non plus la pitié. Car ils ne voient pas le mal même quand ils est devant eux, ou à travers leurs propres actes. Et en plus des mots terriblement offensants qu 'ils s'égosillaient à marteler comme une chorale sadique, les plus hardis en venaient à le rouer de coups quand ce n'étaient pas des pierres.

     

     

    L'enfant en question était un membre du clan Yuzhen au même titre que les autres. Mais il était un sang mêlé, et pour les autres enfants, il était donc différent. Et différent dans beaucoup de lieux signifie hélas inférieur. Mais les enfants s'ils portent en eux les graines de la cruauté ne sont que les reflets de ce qu'ils entendent et voient souvent chez eux. Et machinalement ils reproduisent les erreurs de leurs parents ainsi que de leurs proches.

    Mais qu'importait pour l'heure de savoir pourquoi et comment on en était arrivé là, le gamin sanglotait en se tenant ses petits membres douloureux. Il savait au fond de lui que demain cela recommencerait et que rien n'y changerait. Il était et resterait un bâtard parmi les inférieurs. Car même lorsque sa condition n'est pas reluisante, l'homme cultive ce don de mépriser ce qu'il estime être pire que lui, peut-être pour se rassurer dans une quête hypocrite et narcissique.

     

     

    Le plus douloureux pour le jeune garçon humilié fut l'inaction tout autour de lui. Personne ne leva le petit doigt pour que les autres cessent leurs brimades et leurs coups. Personne n’éleva la voix ou ne fit mine de désapprouver. Tous les gens autour abhorraient ce sempiternel masque derrière lequel ils cachaient émotions et sentiments. C'est un sentiment accablant, le désespoir. De se sentir sombrer petit à petit comme lors d'une chute sans fin, où l'on redoute et espère en même temps le moment où elle cessera.. violemment. Et dans cette abime obscure où il n'y a ni lumière ni son, où l'on peut hurler sans que rien ni personne n'entende le moindre son l'espoir se flétrit et pourrit inexorablement. Le désespoir est un creuset, un gouffre qui vous avale et ne vous recrache pas.

    Mais parfois, il arrive que les cendres de l'espoir récemment flétri s'embrasent, si on leur en donne l’opportunité.. ou une main tendue. C'est là, les yeux plein de larmes, qu'il vit l'espoir sous sa plus belle forme. Une fillette à peine plus grande que lui s'était emparé d'un shinai et rouait de coups ses agresseurs. C'était une furie, une furie vengeresse. Elle avait bougé, elle avait ôté son masque pour prendre parti. Pour lui, le rebus, le sang mêlé. Jamais il n'oublia ce jour ni cet instant.

     

     

    Elle l'a ensuite regardé, l'a aidé à se relever et quand ses larmes furent suffisamment endiguées il constata avec stupeur que son salut venait ni plus ni moins de.. sa princesse. Elle était l'héritière des Yumao avec sa jumelle et son frère. Elle n'avait pas à lui venir en aide, elle moins que quiconque. Et pourtant elle avait brisé tous les codes pour le secourir. Si la cruauté n'a pas d'âge, il en va de même pour l'amour. Ainsi va l'équilibre qui tend à harmoniser les courants de la vie. Jamais il n'oublia ce visage ni ce qu'il sentit au plus profond de son être même s'il était bien trop jeune pour le comprendre.

    Une graine avait été semée, l'avenir seul dirait si elle germerait ou non..

     

     

     

  13. Il était temps de partir désormais. Feliciano lui avait souhaité bon voyage et donné quelques pièces pour les besoins primaires. Elle avait pris soin de seller sa jument, attacher ses quelques sacs avant de serrer son ami dans ses bras. Lui promettant de revenir, quel que soit le temps que cela lui prendrait. Une fois l'au revoir fait, elle se mit en selle.

    Avançant au pas dans les rues de Calphéon, un sourire aux lèvres mais quelque peu anxieuse... Aal allait-il lui pardonner d'être ainsi partie loin de chez elle ? Elle avait presque connu la misère, tombée amoureuse d'un Calphéonien et la voilà qui vivait chez un soldat, dans une maison secondaire. Son enfance lui paraissait soudain si loin, loin le temps où elle étudiait à Valencia ou jouait avec ses frères de clan aux abords du Désert. Mais elle allait le retrouver, dans toute sa superbe étendue. Cet amour lui fit presser les flancs de sa jument pur sang valencienne après avoir passé les portes de la ville et déposé un message à l'adresse d'un Capitaine de Trina. Galopant ainsi vers la libération, celle de son cœur. Elle allait pouvoir demander pardon à son seul Maître. Partagée entre la peur et la joie.

    Aal allait-il lui pardonner ? Ou la faire payer ces affronts ?

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  14. Frères assassins :

    Condamnés à l'océan au vent qu’mène le bal
    Oubliés des honnêtes gens des Dieux des cathédrales
    Rien n'pouvant plus nous sauver on peut trainer nos âmes
    De l’Ouest aux bas quartiers d’Valencia
    A force d’chercher les brumes où cacher nos erreurs
    Nous gentilshommes d’fortune d’quoi avons-nous peur ?
    Plus d’gibet d'Calphéon qu'd'Elion et ses Flammes
    On préfère la mort du bras qu’tient une lame
    Prêts à livrer mille batailles pour l'or d’Rois sans âmes
    Le pont témoin d'nos ripailles sait chaque fois qu’l'on gagne
    L’rhum et l’chant des hommes font briller les étoiles
    Sur une gigue on fait l’mômes, on r'met les voiles
    Le cap sur les mers du Nord le temps nous en fait voir
    On r'trouve not' lot d' solitude, de haine, d’désespoir
    Tant pis pour la proie facile qu’croise notre route
    Des filles contre un droit d'asile, c'est c'que ça coûte
     
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l'sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
    Frères assassins déserteurs au destin sanguinaire
    Les Dieux, l’Jolly Roger à bord ça va de pair
    C'n'est pas l' sang sur nos mains qui f'ra peur aux femmes
    Comme nous elles valent moins qu'rien, moins qu'leurs charmes.
  15.  

    Chaleur.

     

    J’ouvre un œil, allongé sur le sol en plein zénith sur le bas côté de la route. Un arrière-goût de fer dans la bouche, je passe ma langue sur mes dents pour vérifier qu’aucune ne manque à l’appel. Toutes là, parfait. Je cherche à me relever lentement.

     

    Douleur.

     

    Renonce, cloué au plus bas, j’hésite encore à trouver le fait le plus accablant. Une possible côte fêlée, veinard. Cette migraine d’un lendemain de cuite, habitué. Ou l’absence de ma bourse dans la poche de ma veste, gênant, ...

     

    *****

     

    -Qu’est ce que tu viens de dire ?

     

    -’Foirés d’Sérendiens ... <Accompagnant mes dires d’un geste de la main.> T’aurais pas vu un grand type qu’aurait une gueule comparable à la mienne mais … <Je mime tant bien que mal un individu de grande taille.> Plus grand !?

     

    -Tu t’fous de nous là ?

     

    Qu’est ce que j’ai dit. Ma parole, les gens d’ici sont encore plus limités qu’on ne le dit. Je vais tenter de reformuler avant de recommander une pinte à cette charmante aubergiste. Haussant le ton et je fais l'effort d'articuler :

     

    -Je répète ! Enf-…

     

    Le type trouve ça judicieux de répondre d’un crochet avant la fin de ma phrase, c’est légitime. Je recule sous l’impact, manque de m’étaler misérablement devant une bande de sérendiens ingrats. Mais fier et bien imbibé, je lève ma garde. Grave erreur, autant les inviter à me cogner plus fort joue tendue. Je reprends un coup, et je flanche pour de bon.

     

    La lumière s’éteint là-haut ...

     

    *****

     

    Enfin debout. Je me tiens pas bien droit, courber le dos calme les maux dans ces moments là. Assez reposé, faut trouver de quoi se rincer pour se réveiller, un bout de gras pour calmer le ventre et la niaque nécessaire pour attaquer la journée.

    J’en tirerai une bonne leçon. Sergio, soit tu la fermes, soit tu formules, soit tu frappes en premier.

    Maintenant, en route, Il t’attend.

  16. La faible lueur de la bougie éclairait la mine pâle de sa cousine, il la voyait plisser des yeux et se fatiguer à relire des papiers posés sur le bureau. C’était le soir, et l’enfant commençait à s’ennuyer. Assis sur un confortable fauteuil, Il regardait autour de lui. Les meubles étaient propres et avaient l’air d’une grande valeur ; sur une table basse en face de lui, il y avait une coupelle de fruits et il avait le droit de se servir autant qu’il le voulait. Le garçon avait d’ailleurs le ventre plein, le raisin de table avait disparu. Il soupira, pour signaler qu’il ne savait pas quoi faire. Sa cousine remua le nez, elle ne l’avait pas remarqué.

    Il semblait très tard, même si dehors il y avait encore du bruit : les nuits de Calphéon étaient très différentes de celles de Glish. A cette heure si, tante Madeline l’aurait déjà fait coucher alors qu’ici, des gens criaient encore dans la rue.

    Le garçon tourna alors le regard vers deux petits yeux verts brillants qui l’observaient depuis tout à l’heure. Il leur fit une grimace puis chercha sur le fauteuil son cheval en bois, un cadeau de Myna et son premier jouet. Le garçon commença alors à faire galoper son destrier dans le salon. Le cheval n’eut aucun mal à sauter du fauteuil à la table basse. Dans sa course, Il dut éviter les oranges mais son agilité était sans pareille, il put passer entre les dangereuses agrumes. Impossible à arrêter, le cheval ne voyait aucun obstacle insurmontable et après avoir conquis le table basse sans mal, il bondit sur la chaise à bascule interdite. On lui avait dit « C’est une terre dangereuse habitée par une sorcière aux pouvoirs terribles qui la garde jalousement » mais la sorcière était absente, il n’en fallait pas plus pour que le destrier n’attaque. Le cheval prit son élan et bondit. Ce fut un saut remarquable, un saut dont on ne parlait que dans les légendes. Le cheval réussit à poser ses sabots sur le siège, glissa un temps et s’arrêta in extremis près du rebord. Fier de sa victoire, le cheval hennit de bonheur, il trottait sur la chaise à bascule de la sorcière. Ivre de réussite, il se demanda alors, quelle serait ma prochaine conquête. Un lourd grondement fut sa réponse. Les yeux verts. Le cheval fit face à celui-ci et toisa son adversaire. Les yeux verts appartenaient à une immense créature qui atteignait presque le plafond, faite de roches et de racines. Il se tenait dans le salon sans bouger et avait observé les exploits du cheval. Son heure était venue. Le destrier légendaire frappa du sabot en signe de défi, ce à quoi le titan répondit d’un grognement interrogatif. « Te crois-tu capable de vaincre un golem comme moi ? » disait-il. « J’ai survécu aux plaines des oranges et aux terres tumultueuses de la sorcière, je n’ai pas peur de toi, Golem. » répondit le cheval sans une once de crainte. Le golem fut tétanisé par tant d’audace et regarda la charge du cheval, qui s’élança et, n’écoutant que son courage, commença à gravir le bras du Golem, il allait atteindre la tête du monstre, plus que quelques kilomètres et…

    « Roger aide moi à monter… » demanda l’enfant sur la pointe des pieds.

    Le cheval retrouva soudain de la force et put atteindre la forêt qui siégeait sur la tête du titan. Le destrier avait ainsi vaincu le plus dangereux des êtres en ce monde.

    « Tim, tu ne serais pas en train d’embêter Roger, par hasard ? » demanda sa cousine qui ne quittait pas ses papiers des yeux.

    « Non, non. Roger, le cheval t’a tué. Allonge-toi. »

    Le golem, bon perdant, s’allongea doucement, après avoir vérifié qu’aucun meuble ne serait broyé dans son action. Il resta inerte même face à l’orgueil de son adversaire qui sautillait sur son corps.

    « Mais pourquoi tu as tué Roger ? » sa cousine avait finalement quitté le bureau pour s’asseoir à côté d’eux. Roger bougea la tête pour signaler qu’il n’était pas mort.

    Tim vint s’asseoir à côté d’elle et sourit.

    « Sawyier, tu me racontes une de tes missions de mercenaire ? »

    « Euh… Je suppose que je peux faire ça. Mais pour cela, il me faudrait d’abord en choisir une… Et vérifier qu’il n’y a pas trop de gros mots… »

    Sawyier réfléchissait sous son chapeau de magicienne, elle repassait dans son esprit ses différentes aventures. Parfois elle grimaçait, Tim pensait alors qu’il devait s’agir d’un monstre énorme qu’elle avait dû terrasser. Après une petite réflexion, elle commença :

    « Eh bien, je me souviens, d’une aventure… Ah mais on a juré de ne plus jamais en parler… »

    « Allez, raconte-moi, je ne le dirai à personne, promis. »

    « Je n’arrive pas à me décider, il y a la fois où nous avons été recrutés pour combattre des cultistes, très mauvais souvenir… Un combat dans les marais de Glish, j’ai pris une flèche ce jour-là, une horreur quand j’y repense. Ah si, j’en ai une pour commencer. Notre mission contre une troupe de bandits d’effrits ! »

    Tim se tut et ouvrit grand ses oreilles.

    « A l’époque, Roger n’était qu’un tas de cailloux qui prenait le soleil, mais nous étions déjà une fière bande de mercenaires. Il y avait Bélier, le guerrier sans peur aux paroles plus tranchantes que son épée. Valerya, la pourfendeuse d’estime de soi, qui pouvait pétrifier d’un regard. Miette, une ombre féline, qui pouvait crocheter n’importe quelle serrure. Alessio un guerrier qui pouvait pousser à bout autant ses amis que ses ennemis, et d’autres qui, comme lui, ne sont plus là. Et enfin et surtout, Glish, la magicienne, belle et intelligente qui manipule une magie puissante et utile, et qui a des blagues très drôles aussi.

    Le Trillium avait été appelé pour vaincre le chef d’une terrible bande d’effrits sanguinaires dont le repère était une tour en ruine. Ces effrits étaient aussi sauvages que des nagas et aussi rusés que des fogans. Il nous fallait un plan pour débarrasser d’une menace aussi périlleuse. La conception d’un plan est toujours une étape importante chez le Trillium. Pendant que Miette se glissait dans leurs rangs pour faire une reconnaissance, nous avions décidé d’aller à leur rencontre. Miette ne se fait jamais prendre, elle se déplaçait dans l’ombre sans qu’aucun effrit ne puisse la remarquer. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut manger très vite ton assiette quand elle est là, sinon tu risques de mourir de faim. Elle put alors trouver différents passages à emprunter en cas de retraite. Pendant ce temps-là, les effrits se rassemblèrent pour accueillir le Trillium. Ils étaient armés jusqu’aux dents, et tu sais bien que les effrits ont de très grandes dents. Alessio demanda alors à Glish la puissante de lancer un sort pour les impressionner : une boule de feu à leur pied pour les intimider. »

    « Et alors ? »

    « Et alors, c’est difficile la magie, qu’est-ce que j’y peux si ma boule de feu n’était pas assez grande pour eux ? Bref, Glish ne se découragea pas et en relança une deuxième bien plus grande qui explosa aux pieds des effrits, qui paniquèrent. Le plan marcha et le Trillium obtint un entretien avec le chef, sa cible. Il fallut grimper tout en haut de la tour, et ce fut au sommet que les mercenaires purent voir le chef. Il était bien plus grand que tous les autres, une montagne de muscles, rustre et grossier. Les mercenaires négocièrent alors avec le chef un duel entre l’un des nôtres et celui-ci. Si le Trillium gagnait, il pouvait repartir avec la tête de l’effrit. Sinon … Mieux valait ne pas y penser. Alessio se porta volontaire contre l’effrit et son épée et déclara qu’il allait se battre avec une arme particulière, la magicienne Glish. »

    « Mais, tu n’es pas une arme ? »

    « Cet effrit-là n’était pas très malin, et il accepta. Les deux mercenaires durent éviter les coups d’épée terribles de l’effrit ; à plusieurs occasions, ils manquèrent de se faire couper en deux et Glish riposta avec sa magie. Et lorsque l’effrit leva son épée en l’air prêt à nous couper la tête une bonne fois pour toute, Glish lui lanca un sort de foudre qui le fit tomber à terre. Ça et les coups d’épées d’Alessio et je crois bien qu’un d’entre nous a tiré une flèche… Bref, les effrits nous ont accusé de tricherie et ont voulu venger leur maître. Bélier put alors s’illustrer au combat en découpant des effrits à tout va et il fit tomber l’échelle qui permettait d’accéder au sommet de la tour. Heureusement, le Trillium connaissait un autre passage, un assemblage d’échelles et de plate-formes en bois, un échafaud de fortune et put se replier. Il fallut par plusieurs fois affronter des effrits sur le chemin, mais les mercenaires parvinrent à atteindre le sol. A cet instant-là, Valerya marmonna quelque chose d’incompréhensible entre ses dents, que la magicienne Glish comprit comme une invitation à brûler l’échafaud. Il se trouva que ce n’était pas du tout ça, il fallait en réalité brûler les effrits vers une autre direction. Valerya s’excusa auprès de Glish et lui promit de faire d’avantage d’efforts pour articuler la prochaine fois. Un contretemps de rien du tout qui n’empêcha pas nos fiers mercenaires de retourner en ville pour réclamer leur prime, leur travail accompli avec talent. Ils s’éloignèrent de la tour en flamme sur leurs destriers, sous le soleil couchant… A moins que, non ça devait être en pleine journée. Voilà, l’une de mes premières missions ! »

    Tim et Roger applaudirent.

    « Tu peux me raconter l’aventure, celle où vous avez juré de ne plus jamais en parler ? Ça a l’air chouette ! » dit Tim

    « Oui. » surenchérit le golem d’une voix grave dont le ton n’exprimait pas l’enthousiasme réel de celui-ci.

    « Tu devrais demander à Miette ou à Valerya… Si je la raconte ça va se retourner contre moi. » la magicienne se redressa et épousseta sa robe. « Bien, je pense que nous n’aurons pas de client pour aujourd’hui. On rentre. Roger, je compte sur toi pour surveiller la boutique ! »

    Après que Tim eut dit au revoir au golem, Sawyier éteignit sa bougie et ferma la porte à clef. Le quartier général du Trillium fut plongé dans l’obscurité, à part la salle de réunion où deux yeux verts brillaient. Le gardien des lieux avait toute une nuit pour repenser à cette histoire et à rêvasser.

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    Poussière de roche en Ruines de Runes. 
     
    Immobile de silence, aussi mort que massif. Pachydermique cadavre caressé par le temps. 
     
    Rugueux ossements rongés de sable et de vent. Qui craint l’os endormi ? J’attends.

    - Le Crabe Carapatombe
    Interprétation de la Vivace pour les 14 jours de Lune Croissante :
    Valeurs : Patience. Résilience.
    Santé : Vous avez plus de vitalité que vous ne le pensez.
    Émotions :  Faites-vous une carapace. Vous en aurez besoin. 
    Activités : Vos tâches actuelles vous semblent particulièrement pesantes, mais vous aurez en fin de période la force de relever les défis.
    Devise : Menaces et conflits, surtout s’ils sont enterrés de longue date, pourraient se réveiller d’ici la Pleine Lune.
     

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    Je sens mes paupières lourdes, on dit que la nuit porte conseil mais me voilà maudite. Maudite par ma bêtise et mon entêtement. Je ne me sens plus moi-même et je regrette d'avoir un jour laissé des mortels lire en moi. Mon père est mort, ma mère a disparu, et j'ai bu une fiole entière de poison pour tuer cette petite vie qui grandissait en moi. Pourquoi l'ai-je fait ? Par égoïsme. Je compte bien repartir sur les routes et un enfant serait un énorme poids et je n'ai pas neuf mois à perdre à attendre qu'il soit pondu pour le faire adopter. Ma jument équipée, mon armure apprêtée, ma lame affûtée... j'ai quelques choses à faire. 

     

    ***

     

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    Je n'arrive pas à m'endormir, j'ai beau essayer de fermer les yeux mais me voilà obsédée par l'idée de ma vengeance. Je n'ai besoin ni d'hommes, ni d'alliés. J'ai des serviteurs et ils sont là pour ça. Mon esprit est depuis un moment rongé par les remords et la haine. Le remord de ne pas avoir frappé quand j'en ai eu l'occasion. Son père a tué ma mère, j'ai tué son père. J'aurais ainsi sa tête... mon propre père ? J'ignore où il est. Tout comme mon demi-frère. Ma famille est décimée certes, mais pas assez à mon goût. J'aurais chaque tête de chaque personne, mais surtout celle de ma chère et tendre cousine. La mort lui irait si bien... ses anciens amis seraient soulagés autant que moi de la voir six pieds sous terre !

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    « M’prends pas pour ‘xemple gamin… Profite ‘core d’ta jeunesse… Tan qu’on t’a pas ‘core volé ton ‘nnocence. »

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    J’crois bien qu’j’ai était t’quille durant presque huit ou neuf piges, aye. M’enfin, par rapport au reste d’ma vie, ces quelques ‘nnées là ont ‘taient pour moi l’moins pires faut dire.

    ‘près la mort d’ma daronne, on m’a r’filé à son frère Ahmed. L’seule personne qu’voulait bien d’moi faut croire. Au début ça ‘llait bien. Ahmed et sa femme ‘taient comme d’parents pour moi et Jasmine, leur p’tite gamine c’tait comme une sœur.

    Ahmed ‘tait un c’mmerçant sans grande ‘fluence à Valencia. Il gagnait d’quoi donner d’la croûte à s’famille et s’faire un peu p’sir, mais c’tait clair’ment pas un Nobliaud. C’que j’pigeais pas d’suite mais qui s’révélé êt’ clair plus tard c’que ce gars-là, il en avait rien à fout’ d’ma trogne.

    J’avais pas l’droit de m’ger avec eux à table, j’d’vais soit v’nir après le r’pas manger l’restes ou m’mette dans une pièce à part, si j’voulais pas manger froid. C’tait Jas’ qui m’apportait l’tout, j’oublierai jamais son s’rire à c’te gamine-là.

    Puis, pendant qu’eux ils sortaient, pour ‘ller à l’pêche ou faire un tour au m’ché, moi j’devais rester à la b’raque pour faire l’ménage, l’linge et toutes sorte d’conn’ries qu’on p’vait m’donner. Une vraie fée d’logis pour sûr, sauf qu’j’avais pas v’ment l’choix.

    Puis quand j’tais plus grand, Ahmed à c’mmencé à s’faire plus s’vère avec moi. Si j’avais l’malheur d’faire t’ber un truc, ou d’mal laver l’sol, j’me faisait rouster d’vant sa femme et sa fille. Sa donzelle s’marrait en m’voyant pleurer mais pas Jas’, naye. Elle, elle m’fixait l’air triste et d’pas savoir quoi faire. Et moi j’restais-là à ‘ttendre qu’ça s’tasse et ‘caissant l’mieux que j’pouvais en m’protégeant. Il frappait pas mal l’vieux con, hein ! Ca a c’mmencé d’abord par l’bottine, puis l’ceinturon et au f’nal c’taient d’vrais coups d’poings et d’pieds.

    Pour sûr, à ma m’nière j’lui rendais coups pour coups, bien que j’s’vais que j’allais m’faire rouster au f’nal. Jas’ me f’sait faire l’mur pour que j’puisse v’nir jouer avec les aut’ môme du quartier d’temps à aut’, l’temps qu’son vieux était au boulot. Mais comme à chaque fois j’r’trait avec d’croutes sur l’g’noux ou aut’ j’me faisais découvrir d’recte et là… PAF PAF PAF !! Torgnole sur torgnoles !!

    Puis un beau jour, j’sais plus trop c’mment, mais j’me r’vois là en train d’laver l’vaisselle d’vieux porc. Quand il est rentré, puant l’alcool avec sa mine d’macchabé pas frais. Il avait dû faire une m’vaise journée, ou perd’, comme pas mal d’fois, d’l’argent aux jeux. Sauf qu’ce jour-là, moi, en bon c’nnard d’p’miers jours j’ai v’lu l’titiller. J’aurai pas dû.

    J’ai fait en sort’ d’casser l’vase du s’lon, comme si j’m’étais pris l’pieds dans l’tapis d’merde. L’boucan qu’ça a fait, il s’est mis à hurler m’nom dans toutes la m’son, sauf qu’quand il m’a chopée l’vieux Ahmed… J’pensais f’nir m’jours sur c’même tapis là.

    En boule, habitué vous m’direz a ‘caisser l’coups, sauf qu’là, ça s’rrêtait plus. L’jambes, l’dos et même l’v’sage ! Il frappait, ‘core, ‘core et ‘core ! J’tendais sa greluche rire et l’courager puis Jas’ s’mise à pleurer… Fallait pas l’faire pleurer la Jas’ !

    J’me suis un peu d’battu et j’ai cogné l’bourse du vieux… L’sensation d’un vieux sachet d’thé à l’herb’ moisie sous m’pied. Héhé, mais ‘core une fois… M’vaise ‘dée.

    Il a r’prit d’plus belle et plus fort c’te fois. Même Jas’ p’vait pas l’rrêter.  P’tit à p’tit, j’me suis sentir partir. J’ai fermé l’yeux avec un sourire au v’sage puis j’ai vu l’visage de Jas’ pour la dernière fois d’ma misérab’ vie.

    Puis là ! Comme si l’dieux v’laient pas m’voir clamser car j’avais pas ‘ssez s’ffert comme ça. J’me suis r’veillé, ‘llongé l’long d’un caniveau dans une rue sombre. C’t’ait p’t’êt’ pas plus mal d’êt’ enfin à l’air lib’. Il m’a cru mort, j’pense bien l’vieux, mais m’en fallait d’jà plus pour y rester.

    J’ai voulu m’lever, mais imp’ssible ! J’avais l’jambe qui f’sais l’même tresse qu’un cordage d’brick. J’me suis ‘ppuyé sur l’bras et l’même, hop l’tronche à terre. J’vais tout d’brisé, même des os que j’pouvais pas sentir avant. Puis j’me suis simp’ment ‘llongé sur l’sol froid m’disant qu’un clebs allait bien m’terminer. Quand j’ai vu ‘pprocher d’bottines…

    J’ai ‘ssayé d’parler pensant qu’c’tait pour m’reprend’ la suite, mais ma bouche était grande ‘verte et seul l’gout d’sang pouvait s’faire sentir. L’salaud moi qu’était si joli p’tit ! Il m’vait complét’ment pété la m’choire !

    Ces même godiaux s’sont rapprochées d’moi. Puis j’ai ‘tendu un rire avant d’fermer ‘core une fois l’yeux. M’laissant ‘ller pour al d’nière fois.

    P’tain d’enfance !

  18. Troisième jour du mois de l'Éléphant, an 286.

    Il est près de quatre heures du matin et j'écris ces lignes à la hâte, j'vais quitter Calphéon. Ouais, j'en ai ma claque de rester entouré de noble aristocratique et de vieille grue de serf. En plus, Mescal refuse de me payer une nouvelle paire de talon. Ici c'est trop coûteux pour mon petit porte pièce. En plus, on commence à enquêter sur les corps que j'ai essayé de faire disparaître. Formidable.

    Il est près de huit heures, mon cheval me fait mal aux fesses. Très peu confortable comme moyen de transport. Enfin... C'est un cheval volé dans un haras, on s'en moque un peu. C'est gratuit. Oh? Que vois-je? Un village! Formidable. Que... Quoué? Quoi? Qu'est-ce? Keplan? Merde, je ne suis pas passé par le bon chemin.

    Il est près de dix heures et j'écris ces lignes avec ennuis, je me suis dupé toute seule. Keplan n'était pas du tout ma destination. Hélas, je suis fatiguée, je vais m'arrêter ici pour cette nuit. Que diable ! Pas de taverne? C'est quoi ce village en piteux état? Même pas de grange avec du foin pour sommeiller... Formidable.

    Il est près de quinze heures et je viens de me réveiller. Je loge dans une chambre dans une auberge à prix bas, il y a vraiment que le strict minimum. J'ai une envie irrésistible de tuer la femme qui hurle de plaisir dans la chambre à côté. Ah oui, c'est un bordel, pas une auberge. Formidable. 

    Il est près de huit heures et je suis gênée. Une femme est entrée dans ma chambre sans vêtement. J'ai failli la tuer. Elle est partie en courant. 

    Il est près de minuits et je termine cette page de mon journal. Une journée assez mouvementée pour mon pauvre cerveau. Même ma lame ne savait pas ou se planter. Tristesse... Frustration... Tristesse... Frustration... Formidable. J'ai faim, pas d'argent, pas de comble. J'ai faim. Que faire? Dormir. Oui, dormir ... (...) Arrête de gémir, catin !